‹ Histoire de la nation française (volume 3)Chapitre 22 sur 186 · SULPICE SÉVÈRE · texte numérisé non relu

SULPICE SÉVÈRE

lois et francs, c’est la Vie de saint Martin et les deux dialogues qui la complètent : l’esprit français, a-t-on dit, s’y manifeste déjà par certaines coquetteries de l’auteur et par la grâce avec laquelle il raconte ses aventures, à la façon des écrivains qui ont porté en France le genre des Mémoires à sa perfection.

Un compatriote et un contemporain de Sulpice Sévère,

Q. Julius Hilarianus, écrit des traités sur la durée du monde et sur la Pâque, parmi lesquels il s’en trouve un, peut-être apocryphe, relatif à l’origine du genre humain.

Saint Paulin, né à Bordeaux, eut Ausone pour maître et pour protecteur. A la mort de son fils unique et par suite de ses relations avec saint Martin de Tours, saint Ambroise et saint Delphin, évêque de Bordeaux, Paulin se tourne vers la vie ascétique. Il meurt en Italie, vers 431, à Noie, dont il est devenu évêque en 409. En poésie,

Paulin est disciple d’Au-

sone qu’il aimera toujours, lui dit-il, quand il renonce « à la vie du monde pour mener la vie véritable ».

Pendant quatorze ans il compose chaque année un poème en l’honneur de saint Félix. Il en écrit en l’honneur

de saint Jean-Baptiste, de Nicétas, évêque de Dacie « qui apprend aux barbares à chanter le Christ avec des cœurs romains »; un autre où, pour consoler des parents de la mort de leur enfant, il évoque celle de son propre fils et rappelle la résurrection promise par le Christ ; deux contre les païens, où il critique le judaïsme et la philosophie ; un à Jovien qu’il exhorte à devenir un vrai chrétien pour chanter les véritables miracles de Dieu. Avec les genres cassien. et les formes de la poésie profane, qui étaient presque tout pour Ausone, Paulin a laissé une poésie chrétienne et même ascétique. Par ses poèmes, par les lettres qu’il adresse, en fidèle continuateur des rhéteurs gaulois, à Sulpice Sévère, à Amandus et à Delphinus de Bordeaux, à

HISTOIRE DES LETTRES

saint Augustin et à d’autres, on peut voir les progrès de l’ascétisme dans l’Occident chrétien.

On le voit mieux encore avec Cassien. Né entre 360 et 370 dans le Midi de la Gaule, il vécut dans un cloître de Bethléem, puis avec les moines et les anachorètes d’Égypte. Il fut à Constantinople le disciple de saint Jean Chrysostome et fonda à Marseille deux cloîtres, l’un pour les hommes, l’autre pour les femmes. C’est là qu’il écrivit les deux ouvrages, De Cœnobiorum institutis et Collationes Patrum , que l’on donna par la suite comme le véritable manuel de la vie monacale. Resté fidèle, comme les moines d’Égypte, aux études théologiques, littéraires et philosophiques, Cassien contribua à faire des monastères d’Occident des asiles pour la science et la littérature. Mais, adversaire de saint Augustin sur la question du péché originel et de la prédestination, il fut pris pour un des représentants du semi-pélagianisme en France. C’est chez Cassien qu’on trouve l’indication célèbre des huit péchés capitaux, parmi lesquels l’indolence, le dégoût, la désespérance.

Un prêtre du Midi de la France composa, entre 406 et 415, un poème sur la Providence divine, dont l’objet est de réfuter ceux qui mettent en doute le gouvernement de Dieu, en raison des calamités que le pays eut à supporter de la part des Vandales et des Gètes. Un laïque, Claudius Marius Victor, rhéteur à Marseille, a laissé un commentaire sur la Genèse, et une lettre à l’abbé Salmon, qui est une satire des mœurs du temps : les ravages des Barbares, dit-il, n’empêchent ni l’immoralité des hommes qui ne cultivent que la sagesse terrestre, ni celle des femmes qui cherchent la parure, le luxe, et ne lisent, comme les hommes, que Térence, Virgile, Horace et Ovide, au lieu de saint Paul et de Salomon. D’autres écrivains encore pourraient être cités, dont l’activité intellectuelle continuera à s’exercer et que nous retrouverons aux temps des Mérovingiens.

En résumé nous assistons, dans cette dernière période, à la formation d’une civilisation et d’une littérature, essentiellement chrétiennes, qui, conservant le meilleur des traditions gauloise, romaine et grecque, s’assimilent en outre les qualités des Barbares, et tendent de plus en plus à mettre au premier rang le prêtre, le moine et surtout l’ascète. La Gaule, qui possède les écoles de rhétorique les plus importantes de l’Occident, peut revendiquer, dans une certaine mesure, saint Ambroise et saint Jérôme, tandis qu’Eumène et Ausone, Rutilius Namantianus, saint Hilaire, Sulpice Sévère, Paulin de Noie, Cassien, Claudius et Marius Victor, lui appartiennent entièrement.

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