‹ Histoire de la nation française (volume 3)Chapitre 37 sur 186 · PLAN · texte numérisé non relu

PLAN

LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN LANGUE LATINE

Dans notre pays, le mouvement littéraire, d’abord stationnaire ou en décadence, reprend sa marche et prépare la magnifique éclosion du treizième siècle, de même que les progrès des Capétiens feront de la France, avec Philippe- Auguste et saint Louis, un des royaumes les plus puissants et les plus respectés de l’Occident.

Raoul Glaber montre, dans la première moitié du onzième siècle, comme l’a bien dit Gebhart, la vie misérable des moines, la croyance partout répandue à l’intervention incessante du démon, la crainte générale de l’enfer, les supplices qu’on inflige aux hérétiques, Manichéens d’Orléans et disciples de Vilgard, qui abandonnent l’Évangile pour Virgile, Horace et Juvénal. Aux églises dont « la France se pare comme d’un blanc manteau » après l’an 1000, il eût* pu joindre les écoles, qui s’y élèvent partout, à l’Ouest et au Nord, au Centre et dans le Midi, surtout dans l’Ile-de-France, préparant les Universités du treizième siècle, avec les maîtres qui vont enseigner et discuter de ville en ville.

Les écoles de Chartres Chartres a des évêques et des maîtres d’un et du bec grand renom. Fulbert, mort en 1029, se rattache

à Gerbert et a laissé des sermons, des vers mnémotechniques et des lettres. Yves, ami de Roscelin, de Robert d’Arbrissel, d’Hildebert et de saint Anselme, est resté surtout célèbre par sa collection de Canons , antérieure au Décret de Gratien. Jean de Salisbury, évêque de 1176 à 1180, a été, pendant douze ans, l’auditeur des maîtres les plus célèbres de notre pays. Secrétaire de Thomas Becket, ami de Jean Sarrasin, qui lui a dédié sa traduction du Pseudo-Denys, c’est un historien sagace et pénétrant, un écrivain qui n’est pas inférieur aux meilleurs humanistes de la troisième Renaissance. Son Polycraticus décrit les mœurs de la cour et du monde ; YEntheticus expose les systèmes des philosophes ; le Metalogicus est un plaidoyer pour les études classiques, contre les Cornificiens, dont il trace un portrait peu flatteur mais très vivant. Cet admirateur de Platon, qu’il juge le premier des philosophes, est un adversaire du scepticisme universel, un partisan du probabilisme de Carnéade et de Cicéron; il recommande aux théologiens et aux philosophes l’art de bien vivre, le plus difficile et le plus utile de tous. Son successeur, Pierre de Celles, avait un insatiable besoin d’apprendre ; ses yeux ne se lassaient point de voir des livres ni ses oreilles d’entendre lire. Son traité de la conscience, ses sermons, ses lettres font voir l’importance du rôle qu’il joua en son temps.

Aux écoles de Chartres se rattachent des maîtres et des élèves dont l’abbé Clerval a écrit l’histoire, versificateurs et médecins, grammairiens, philosophes et théologiens. Adelman, dans un poème rythmique, exalte Fulbert, « l’honneur de la ville de

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HISTOIRE DES LETTRES

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Chartres », et un certain nombre de ses condisciples. Bérenger admire Platon et Jean Scot Érigène ; il fait appel à la raison, à la dialectique péripatéticienne et à l’interprétation allégorique pour fonder sa doctrine relative à l’Eucharistie, qui est condamnée à plusieurs reprises en France et en Italie. Bernard et Thierry de Chartres donnent, dans l’enseignement, la première place à la grammaire et aux humanités, s’attachant surtout, comme fera le seizième siècle, aux écrivains classiques : « Nous

sommes, dit Bernard chez Jean de Salisbury, des nains assis sur les épaules des géants ; si nous voyons plus de choses et de plus lointaines, c’est parce que nous sommes élevés par eux et portés ainsi à une hauteur surhumaine. » Le commentaire de Bernard sur Y Enéide, qui offre, selon YHistoire littéraire , des traits de génie, semble une conciliation entre Platon et Aristote, en un sens plotinien qui n’implique nullement le panthéisme dont certains modernes l’ont accusé. Son frère Thierry, dans un traité sur les Œuvres des six jours, travaille à concilier Hermès Trismégiste, Platon et Virgile, avec la Genèse et Moïse ; YEptateuchon ou Encyclopédie des Sept Arts, réunit les ouvrages qu’il juge nécessaires pour l’étude du trivium et du quadrivium.

Comme Thierry et Bernard, Guillaume de Conches est un grammairien dont la pensée est tournée surtout vers la philosophie, ainsi que le prouvent son commentaire sur le Timée, ses traités sur la Philosophie du monde, et même celui où il rétracte les opinions qui l’avaient fait dénoncer à saint Bernard comme « païen, manichéen et sabellien ». Tous ces ouvrages sont infiniment précieux pour qui veut connaître le développement de la pensée médiévale. Il y faut joindre ceux de Gilbert de la Porrée, que l’on tiendra pendant longtemps pour un logicien original et profond : son livre sur les Six principes ou les six dernières catégories d’Aristote, aurait, selon Albert le Grand, une valeur presque aussi grande que YOrganon.

L’École du Bec, en Normandie, est représentée par deux Italiens, qui jouèrent

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