LE PALAIS DES PAPES A AVIGNON
ni pour le monde laïque. Dans la guerre de Cent ans, les Français sont défaits à Crécy, à Poitiers, à Azincourt ; la folie de Charles VI, après le règne réparateur de Charles V, amène le traité de Troyes qui, en 1420, reconnaît Henri d’Angleterre comme le futur roi de France. L’intervention de Jeanne d’Arc et le réveil de la France terminent en 1453 cette guerre, également pénible pour la France et pour l’Angleterre. L’Ëglise souffre du séjour des papes à Avignon, que les Italiens appellent la Captivité de Babylone, puis du Grand Schisme, pendant lequel deux et même trois pontifes se disputent le pouvoir ; elle souffre des hérésies, en particulier de celles de Jean Wiclef et de Jean Huss. Des famines fréquentes, des pestes comme celle de Florence qui fit périr, dit-on, un tiers de la population, contri-
HISTOIRE DES LETTRES
buent enfin, avec les guerres et les dissensions de toute espèce, à ralentir les progrès de la civilisation.
La France Dans le travail fécond du treizième siècle, la part de la France est
et paris considérable. Et si Toulouse, Orléans, d’autres villes encore acquièrent ou conservent une certaine célébrité, c’est surtout Paris qui devient, pour la France et pour l’Occident latin, le principal centre de l’activité intellectuelle et littéraire.
Les langues et les littératures nationales étendent leurs moyens d’expression et produisent des œuvres de mérite. Mais le latin et les ouvrages de ses maîtres agissent, par le vocabulaire et la syntaxe, par les formes et les genres, par les rythmes et les mètres, comme par les idées, sur les langues et les littératures nationales, spécialement sur celles qui grandissent en France.
On sait que la civilisation latine s’est organisée, à partir du troisième siècle avant Jésus-Christ, en s’appropriant des éléments pris au monde grec, auxquels elle a joint plus tard ce que lui apportait le christianisme, où se mêlaient déjà le judaïsme et l’hellénisme. La langue et la littérature ont suivi un développement parallèle. On l’a vu précédemment pour la poésie profane et religieuse, pour la prose sous toutes ses formes. Cela est tout aussi vrai du vocabulaire. Pour exprimer les idées venues des Grecs, des Juifs et des chrétiens, il a fallu des mots nouveaux, qui ont été créés par les imitateurs et les traducteurs. Ce travail, interrompu au sixième siècle, a repris à la Renaissance carolingienne ; il s’accentue au douzième et au treizième siècle, avec les traducteurs qui sont auprès de Raymond de Tolède, auprès de Robert de Lincoln et de Frédéric II, auprès de saint Thomas et de Vincent de Beauvais. On met alors en latin des Grecs et des Byzantins, des Arabes et des Juifs, des philosophes et des théologiens, des mathématiciens et des astronomes, des physiciens, des naturalistes et des médecins. Les acquisitions verbales sont considérables : ainsi le Thomas-Lexikon de Schütz, qui donne les mots employés par saint Thomas, dépasse parfois d’un cinquième, voire d’un quart en étendue nos vocabulaires du latin classique.
tnfluence Or, ce que les littératures grecques et byzantines,
X des lettres latines chrétiennes, juives et arabes furent pour les Latins, la langue et la littérature latines, qui se sont développées dans tout l’Empire et
LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN LANGUE LATINE
dans notre pays, l’ont été pour la langue et la littérature qui n’ont pas cessé de grandir en France, à partir du douzième siècle. Des recherches nombreuses l’ont montré amplement pour le vocabulaire, la grammaire et la syntaxe. Il en est de même pour l’influence littéraire, que l’on constate tout à la fois dans la pensée et dans la forme, par les adaptations, les emprunts et les traductions, dont on travaille depuis un certain temps à établir exactement la nature et la portée. Qu’il nous suffise de rassembler quelques affirmations aujourd’hui inconstestées, qui portent tout à la fois sur le douzième, le treizième, le quatorzième et la première moitié du
quinzième siècle.
La légende d’Arthur et de Merlin, la matière de Bretagne viennent des œuvres latines de Nennius et de Geoffroy de Monmouth ; le Roman de Thèbes , type du roman antique, a été puisé dans un abrégé de prose latine où est condensée, d’après Stace, la légende d’Œdipe, d’Ëtéocle et de Polynice. Le Roman de Troie en trente mille vers, par Benoît de Sainte-More, qui développe l’ouvrage du Pseudo- Darès, le Troyen, et du Pseudo-Dictys, le Grec, „ tiendra la place de Y Iliade dans notre moyen âge.
(Gravure du XVIe. Bibliothèque nationale). x
Albéric tire son Alexandre d’un abrégé latin ; Jacques de Thuin, dont le Roman de César est mis en vers par Jacques de Forest, fait des emprunts à Lucain et aux historiens de César. Par le Roman de la Rose , où « l’art d’Amor est toute enclose », comme par les adaptations et les traductions d’Ovide, on voit quelle place prend la femme dans la société, la Vierge dans la théologie. Boèce et Macrobe, Abélard et Héloïse, Virgile, Ovide, Prudence sont partout utilisés. Guillaume de Lorris, par ce qu’il tire d’Ovide, annonce la carte du Tendre et les tragédies de Racine ; Jean Clopinel s’inspire des poètes latins, surtout d’Alain de Lille, en attaquant, avant Rabelais, le célibat, même ecclésiastique. Prudence et ses imitateurs latins fournissent des allégories et des personnifications à la Voie d'enfer , à la Voie du Paradis comme à la Divine Comédie . Pétrarque, dans une lettre latine à Boccace de 1373, suggère l’idée de sa pièce à l’auteur de Griselidis.
Des recueils latins, que tous les écoliers ont en main, donnent les fables françaises, qu’on retrouve en partie dans le Roman de Renard; or, l’association de Renard et d’Ysengrin est prise peut-être elle-même à un poème latin qui est VYsengrinus. Des jeux liturgiques, où figurent les patriarches et les prophètes, naissent les