‹ Histoire de la nation française (volume 3)Chapitre 46 sur 186 · ALBERT LE GRAND · texte numérisé non relu

ALBERT LE GRAND

(Estampe du xvi° siècle. Bibliothèque nationale).

LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN LANGUE LATINE

aide, saint Thomas construit, en orthodoxe d’une habileté et d’une pénétration singulières, la synthèse philosophique qui gardera toute sa valeur à travers les siècles. Ce système est exposé dans la Somme de théologie. En histoire et en exégèse, saint Thomas accomplit une œuvre analogue : la Chaîne d'or réunit les quatre Évangiles comme s’ils étaient la rédaction d’un seul maître ; les Commentaires sur les livres saints, le Psautier, l’Oraison dominicale et le Symbole des Apôtres, montrent que tous contiennent en germe ce que développent la philosophie et la théologie thomistes. En lui, il y a certes un intellectualiste qui use de la raison, mais il y a aussi un mystique qui écrit l’Office du Saint-Sacrement, un Commentaire sur le

Pseudo-Denys et d’autres œuvres analogues. L’Église a accepté officiellement sa théologie et son exégèse au Concile de Trente. Avec Léon XIII, en 1879, elle a repris, de nos jours, les principes de sa philosophie.

D’Albert le Grand et de saint Thomas, il faut rapprocher les Dominicains Hugues de Saint-Cher, qui a révisé toute la Bible et en a commenté les diverses parties, et Vincent de Beauvais, l’auteur du Grand ou Quadruple Miroir. Pour composer cet ouvrage, Vincent eut des auxiliaires dans son ordre, et il se servit de la Bibliothèque de douze cents manuscrits que saint Louis avait fait rassembler à la Saintesaint thomas d’aquin Chapelle. Au-dessus de tout, Vincent place l’Ëcri-

(Gravure. Bibliothèque nationale).

ture. Après elle, il met les décrétales des souverains pontifes, les canons des conciles généraux, les œuvres des docteurs sacrés que l’Église a canonisés et dont les doctrines ont été approuvées par le Pape et les Conciles. Ensuite viennent les docteurs prudents et catholiques, mais non canonisés ; puis les philosophes, les docteurs des gentils qui ont ignoré la vérité de la foi, mais qui ont dit sur le Créateur et les créatures, sur les vertus et les vices, de belles et merveilleuses choses, vraies pour la croyance catholique comme pour la raison humaine. Aux Deflorationes ou emprunts anonymes, dont on use, d’Alcuin à Guillaume d’Auvergne, Vincent substitue le Florilège ou recueil de morceaux choisis dont la provenance est indiquée. S’il a suivi l’ordre des Sommes et de Y Ecriture, en parlant successivement du Créateur, des créatures, de la chute et de la réparation, des choses qui se sont produites dans le temps, il avait pensé d’abord à constituer une œuvre analogue à nos modernes Encyclopédies, en rangeant sous un même titre, Charité, Chasteté, etc., tous les extraits qui y avaient

HISTOIRE DES LETTRES

quelque rapport. Sous son nom, il donne ce qui lui vient des maîtres modernes, par l’enseignement ou par les livres ; sous les noms des auteurs, ce qui a été recueilli, par lui ou par ses collaborateurs, dans les écrivains antérieurs. Ainsi Vincent a préparé une introduction, érudite et historique, à l’œuvre plus personnelle d’Albert et de saint Thomas. Son Miroir , souvent comparé à Y Histoire naturelle de Pline l’Ancien, a été consulté jusqu’aux temps modernes.

Roger bacon C’est à Paris, où il est étudiant, que Roger Bacon ren-

et les savants contre ce merveilleux Pierre de Maricourt, le maître des expériences, peut-être aussi l’exégète incomparable, qu’il rappelle sans cesse. C’est

à Paris qu’il enseigne et qu’il écrit pour Clément IV, l’ancien secrétaire de saint Louis, ses grands ouvrages, Y O pus majus, YOpus minus , YOpus tertium. Ce qu’il recommande avant tout, c’est la recherche de la vérité, dont l’acquisition résulte du travail du théologien, du philosophe, du savant, employant tous l’autorité, le raisonnement et l’expérience. Et la vérité ainsi acquise ou la sagesse, il veut qu’on l’emploie à gouverner les laïques et les ecclésiastiques, à étendre la Cité de Dieu ou la société des nations chrétiennes, par la conversion des infidèles, à la protéger contre ceux qui ne voudront pas se convertir, sans effusion de sang chrétien, mais grâce à des inventions prodigieuses, par exemple à ce miroir comburant qui vaudrait plus qu’une armée pour saint Louis, et qui rappelle Archimède.

Au premier rang des moyens de connaître, Roger Bacon met l’expérience, intérieure ou extérieure. La première est une révélation que Dieu accorde à ceux dont l’âme est pure : elle leur fournit les vérités métaphysiques et morales que Y Ecriture présente à tous les chrétiens. La seconde crée les sciences, la science expérimentale, leur maîtresse à toutes, qui porte sur la nature, surtout sur la nature vivante; l’optique et les mathématiques que Bacon applique avant Descartes à la physique pour en tirer l’explication de toutes choses ; la multiplication des espèces, notre théorie actuelle de la propagation de la force ; l’alchimie spéculative et pratique ; la géographie, pour laquelle il fournit à Pierre d’Ailly des pages que Christophe Colomb lira avec profit ; la morale, qu’il couronne par l’union mystique avec

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