‹ Histoire de la nation française (volume 3)Chapitre 47 sur 186 · ROGER BACON · texte numérisé non relu

ROGER BACON

LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN LANGUE LATINE

Dieu, d’autres encore par lesquelles il espère augmenter notre puissance sur la nature et rendre notre sagesse plus complète, sans oublier ses projets sur la réforme du calendrier, qui ne seront réalisés qu’en 1582, et sur la prolongation de la vie humaine, que reprendront Descartes et Condorcet. On a pu le considérer comme un précurseur d’Auguste Comte et du positivisme moderne, mais on aurait tort d’oublier le chrétien et le théologien, le métaphysicien et le moraliste, pour lesquels travaille le savant. Comme ses contemporains, il use de la démonstration, mais il insiste sur une logique du probable et du sentiment, à la façon des modernes. Il invoque l’autorité des livres saints comme celle des savants et des philosophes, mais il la complète par l’expérience et il veut qu’on recoure, plus qu’aux traductions, aux textes originaux, en grec, en arabe, en hébreu, en chaldaïque. Même il écrit des grammaires grecque et hébraïque, peut-être des vocabulaires, et réclame l’étude des langues parlées par les peuples avec lesquels on entretient des relations politiques et commerciales.

D’une façon générale, Roger Bacon est un des précurseurs, chrétiens et catholiques, des érudits de la troisième Renaissance, des Réformateurs du seizième siècle, de nos savants et de nos éducateurs modernes. La synthèse théolo- gique et philosophique qu’il ébauche réunit, comme celle de saint Thomas, le savoir de son temps et celui de la période

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anterieure, mais elle laisse place a celm de l avenir, qm sera produit par les progrès de l’expérience et par la connaissance plus approfondie des sciences et des langues.

A côté de lui on peut ranger les savants qui rassemblent des données positives, des physiciens dont on cite un groupe à Paris et un autre à Oxford, des alchimistes en Italie où une école, qui a peut-être des ramifications en France, organise des expériences nouvelles pour remonter des pratiques aux doctrines et perfectionner la technique des arts, dont l’œuvre est alors si remarquable. Il y a des médecins qui font appel à l’expérience mais aussi à l’alchimie pour retarder les accidents de la vieillesse et prolonger la vie humaine, des opticiens comme maître Pierre, le constructeur d’un miroir comburant, et Vitellion que commentera Képler, des mathématiciens, comme maître Pierre et Sacrobosco, Léonard de Pise et Jean de Londres, peut-être Parisien d’origine, comme Campano de Novare ; des voyageurs, Carpini, Rubruquis, Marco-Polo qui augmentent les connaissances géographiques et ethniques. Toutes les directions dans lesquelles se développeront les sciences, à partir du dix-septième

HISTOIRE DES LETTRES

siècle, sont plus qu’esquissées, et c’est une des raisons, non des moindres, pour lesquelles le treizième siècle est une période importante dans l'histoire de l’humanité.

Saint bon aventure, Au point de vue mystique, Jean de Fidenza,

düns sco t, r. lulle saint Bonaventure, disciple à Paris d’Alexandre de Halès et de Jean de la Rochelle auquel il succède comme professeur, peut être rapproché d’Albert, de saint Thomas, de Roger Bacon. L 'Itinéraire de Pâme vers Dieu , son œuvre la plus caractéristique, réunit et développe tout ce qui vient de Plotin par saint Augustin et le Pseudo-Denys, les Victorins et saint Bernard, les

Byzantins, les Arabes et les Juifs.

De 1280 à 1315, on peut citer surtout Henri de Gand, Duns Scot et Raymond Lulle. Henri fat un des premiers hôtes, avec Guillaume de Saint-Amour, du Collège institué

par Robert de Sorbon, et son œuvre considérable n’est pas sans 'valeur mystique et théologique. Duns Scot étudie la théologie et enseigne la philosophie à Paris. S’inspirant de ses prédécesseurs franciscains, même de Roger Bacon, il attaque la plupart de ses contemporains et proclame en Dieu, comme fera encore Descartes, la prédominance de la volonté, tandis que les thomistes, laissant de côté le mysticisme de leur maître, soutiendront, avant Leibnitz, la prééminence de l’intelligence. Raymond Lulle enseigne à Paris, avec beaucoup de succès, le Grand Art, la méthode logique qui combine les idées générales, pour en faire sortir des solutions métaphysiques ou théologiques. Il étudie l’arabe, comme le recommandait Roger Bacon, pour convertir ou combattre les Musulmans et il survit avant tout par un mysticisme plotinien et chrétien, qui dénote un psychologue avisé en matière d’amour.

Les écoles discutent la question des universaux, celle du principe d’individuation, celles de l’être et de l’essence, des rapports de la substance, de l’attribut et de l’accident, des relations de la logique et de la philosophie, etc. L’Inquisition veille à ce qu’on n’attaque pas les dogmes, et les philosophes, comme les théologiens, ont grand souci, en général, depuis 1280, de rester orthodoxes.

LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN LANGUE LATINE

En résumé, le treizième siècle rassemble tout ce qui avait été trouvé auparavant, laisse des œuvres artistiques et scientifiques, théologiques et philosophiques d’une originalité puissante, qui rendra possibles, à partir du dix-septième siècle, les progrès nouveaux de la pensée et de la civilisation.

De 1315 La période qui va de 1315 à 1453 n’est certes pas aussi remara 1453 quable, mais elle ne saurait être, sans injustice, considérée comme tout à fait négligeable pour l’historien de la pensée humaine. Hauréau trouve qu’il n’y a pas de lecture plus pénible et plus fastidieuse que celle des écrits théologiques ou philosophiques du quatorzième siècle. Et l’on sait en effet combien les innombrables Commentaires sur les Sentences de Pierre Lombard, combien les discussions entre réalistes et nominaux présentent de redites, de subtilités où l’on n’entrevoit que rarement le désir de trouver la vérité ! De plus, le décret de 1315, qui fondait la Grande Sorbonique et obligeait le soutenant d’une thèse à répondre à toutes les objections qui lui pouvaient être faites, depuis six heures du matin jusqu’à six heures du soir, sans manger et sans boire, a donné naissance à une institution dont personne ne conteste les multiples inconvénients. Mais l’abbé Gerbet, M. de Rémusat et Hauréau sont d’accord pour affirmer qu’à cette école de discussions écrites et orales, d’argumentations logiques, notre langue a pris plus de clarté et de précision qu’aucune autre, notre esprit a contracté des habitudes sévères de raison, un tact

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