GUILLAUME BUDÉ
(Gravure du XVIe siècle. Bibliothèque nationale).
sius. Oronce Finé, qu’on rattache à Lefèvre d’Ëtaples, écrit sur l’arithmétique, la géométrie, la cosmographie, la géographie. Jean Sturm, « le Cicéron, le Platon, l’Aristote de l’Allemagne », explique Cicéron d’après les conseils de Budé dans des cours libres fort suivis. Latomus fait en 1534 l’éloge de François Ier dans sa leçon d’ouverture sur l’étude des humanités. De studiis humanitatis. Toussaint, élève de Budé et maître de Ramus, laisse un Dictionnaire grec-latin. Ramus veut réformer l’enseignement par l’explication des auteurs. On cite avec raison sa Dialectique en français, mais il a donné en latin la plupart de ses ouvrages sur la rhétorique et la grammaire, sur les mathématiques, la physique et contre Aristote. A sa suite, les Ramistes pullulèrent dans nombre d’universités étrangères. Son successeur au Collège Royal, Jean Passerat, est l’un des auteurs de la Satire Ménippée , mais aussi de poèmes latins et de commentaires sur Catulle, Tibulle et Properce.
ni
Les La littérature en latin compte encore au seizième siècle un
réformés nombre incalculable de médecins, de savants, de jurisconsultes. Les historiens et les écrivains politiques, les érudits, les Estienne, les Scaliger et Casaubon, préparent la civilisation moderne.
Calvin, dont l’influence a été plus considérable en dehors de France qu’en France même, avait débuté dans les lettres en 1531 par une préface à YAntopologia de Nicolas
Duchemin, où il use d’un latin vigoureux et élégant. Puis il avait commenté en 1532 la Clémence de Sénèque, « égal à Cicéron, érudit remarquable et orateur insigne ». En 1534, sa conversion est suivie de la publication, en latin, de YInstitution chrétienne et d’une épître à François Ier où il conjure le roi d’examiner sérieusement la doctrine des évangéliques français. La deuxième édition latine est de 1539; la première traduction française, de 1541. C’est donc en latin que s’est exercée tout d’abord l’influence de ce livre, qu’on a pu compter parmi « les œuvres capitales du siècle ». Son collaborateur Théodore de Bèze, né à Vézelay et disciple de Volmar qui avait étudié avec Lefèvre d’Étaples, aimait jean calvin les poètes anciens et les imitait. Il avait écrit des vers
LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN LANGUE FRANÇAISE
français et latins qui lui avaient valu dçjà une certaine réputation et même des Juvenilia qui dénotaient une « existence licencieuse » ou tout au moins « mondaine ». A la suite d’une cruelle maladie, il quitte ses amis, ses parents, sa patrie pour suivre « Christ ». Il enseigne d’abord le grec à Lausanne, puis, avec Calvin, il organise à Genève la nouvelle école de théologie. S’il met les Psaumes en français, il écrit en latin la réponse à Castalion qui avait protesté contre le supplice de Michel Servet, bon nombre d’ouvrages de théologie dont l’action fut grande sur les protestants français. C’est en latin aussi que sont écrites les Icônes , ou portraits des précurseurs, des héros, des martyrs de la Réforme.
Michel Servet, Espagnol, avait étudié le droit à Toulouse. Correcteur d’imprimerie à Lyon, il y avait entrevu la géographie comparée, en éditant Ptolémée, et abordé la médecine avec Symphorien Champier. A Paris, sous le nom de Villeneuve, il travaillait auprès de Jean Gunther d’Andemach. Puis il exerçait la médecine à Charlieu près de Lyon et vivait ensuite douze années auprès de l’archevêque de Vienne, son ancien auditeur à Paris. Après avoir déjà traité
en latin des erreurs relatives à la Trinité, il publiait, dans la même langue, la Restitution du christianisme : « C’est, disait Servet lui-même en parlant de Calvin, la mort de luy ou de moi. » Ce fut celle de Servet : il fut brûlé à Genève. Sébastien Castalion, déjà brouillé avec Calvin dont il avait auparavant été l’ami, écrivit en français et en latin contre la condamnation de Servet : il est ainsi, avec Marsile de Padoue, un des précurseurs de la liberté religieuse. « Chacun doit être libre, dit-il, de servir Dieu selon la foi, non d’autrui, mais la sienne... Le magistrat n’a d’autre devoir que de protéger la vie et les biens des citoyens. » Le chancelier de l’Hôpital et Henri IV s’attachèrent à cette doctrine que suivirent plus tard Bayle, Locke, Voltaire et Montesquieu.