GILLES MÉNAGE
(Gravure de Nanteuil).
HISTOIRE DES LETTRES
en scène sous le nom de Vadius, Bussy l’accuse d’être l’amoureux plaisant de Mme de Sévigné. Doué d’une prodigieuse mémoire. Ménage écrit en français et en italien, en latin et en grec : son Dictionnaire étymologique n’est pas sans valeur; des
pièces grecques, latines et françaises figurent dans les Miscellanea de 1652 ; des Observations sur le texte gréco-latin de Diogène Laërce sont parfois réunies avec Y Histoire des Femmes philosophes , qui est une œuvre plus que singulière. Les Poemata , édités huit fois, mêlent l’histoire de ses amours à son éloge et à la critique de ses adversaires. La Vie des courtisanes grecques est en grec. Le recueil composé par Boivin et Pinsson, par Galland et l’abbé du Bos, par Valois, l’abbé Faydit et la Monnoye, sous le titre de Menagiana , le montre surtout désireux d’obtenir, par tous les moyens, l’admiration de ses contemporains.
Les orientalistes Cappel et Bochart sont au contraire des hommes de grand mérite. Le premier établit que les points voyelles et les accents ont été ajoutés au texte de /’ Ancien Testament à une époque où l’hébreu n’était plus parlé, que l’invention de ces signes ne remonte même pas à Esdras, que l’écriture primitive était celle des Samaritains et que les caractères sacrés ont été empruntés aux Chaldéens au retour de la captivité, qu’il y a enfin des variantes et des règles pour rétablir le texte dans sa pureté primitive.
Bochart fat « un des plus savants hommes du monde ».
Il étudie, pour la théologie et l’exégèse, l’hébreu, l’arabe, le syriaque et le chaldéen, le persan et le copte, le celtique, l’italien, l’anglais, et même l’éthiopien.
Sa Géographie sacrée (1646) a été recommandée par Humboldt ; son Histoire des animaux de VÊcriture (1675), par Cuvier. Dans un dictionnaire resté inédit, il expliquait plus de trente mille mots arabes.
Huet étudia les lettres avec Halley, la philosophie avec le P. Mambrun qui lui fit aimer la géométrie et les mathématiques, puis l’hébreu et le grec dont il avait pris le goût dans la Géographie sacrée de Bochart. Les exercices physiques avaient fortifié sa constitution d’ailleurs robuste et il s’assu-
SAMUEL- -JOSEPH SORBIÈRE
^ Gravure d’Audran).
LA LITTÉRATURE FRANÇAISE EN LANGUE LATINE
jettit de bonne heure à un régime qui le maintint en excellente disposition pour le travail, « ne soupant jamais, dînant sobrement, prenant le soir le bouillon rouge du médecin Delorme, recourant au thé, qui a la meilleure influence sur son humeur, sa santé et ses forces ». S’il étudie les lettres et l’antiquité, il s’occupe aussi des sciences qui ont une place si grande dans le monde moderne; il se repose en écrivant des églogues et des épigrammes en vers grecs ou latins. Contre Perrault, il soutient que celui-ci aurait pensé tout autrement des modernes s’il avait mieux connu l’antiquité.
A Caen, il fonde en 1662 une Académie des sciences et il étudie l’anatomie, dissèque surtout des yeux d’animaux, observe le parcours de la comète de 1664 et s’occupe de chimie, puis d’arabe.
En tête de la Zaïde de Mme de La Fayette, il publie son Essai sur V origine des romans. Nommé sousprécepteur du Dauphin, dont Bossuet est le précepteur, il prépare une édition des classiques et compte Mme D acier parmi ses collaborateurs. Il écrit une Démonstration évangélique où il soutient que seules la foi et la révélation sont capables de résoudre les questions sur lesquelles la raison ne peut se prononcer. Il renonce à la vie mondaine et devient prêtre à quarante-six ans. Abbé d’Aulnay, il compose les Quœstiones Alnetance sur la concorde de la foi et de la raison, la Censura Cartesiance philosophiez qu’il fait suivre de nouveaux Mémoires pour servir à l’histoire du Cartésianisme. Alors aussi il édite ses poèmes grecs et latins, il discute avec Boileau sur le Fiat lux de la Genèse, qu’il se refuse, malgré l’autorité du pseudo-Longin, à prendre pour une expression sublime. Évêque d’Avranches de 1689 à 1699, démissionnaire et abbé de Fontenay près de Caen, il meurt en 1721 dans la maison des Jésuites de la rue Saint- Antoine.