‹ Histoire de la nation française (volume 3)Chapitre 77 sur 186 · LES FONDATEURS DE SAINT-PIERRE DE VEZELAY · texte numérisé non relu

LES FONDATEURS DE SAINT-PIERRE DE VEZELAY

(Porche de l’église).

HISTOIRE DES LETTRES

théâtre de l’action. Les poètes disposeront d’une double scène : en terre ennemie, le camp de Guillaume ; là-bas, à Paris ou à Laon, la cour, pleine de luxe et de joie, que trouble parfois le retour de Guillaume, venu pour réclamer le secours promis et pour reprocher au roi son indolence; et lors même qu’on n’a pas sous les yeux les deux « mansions » dressées à la fois, on sent toujours que la couardise du roi et de ses barons, qui s’abritent, fait repoussoir à la prouesse de Guillaume et des siens, qui se sacrifient ; par là des sources, à peu près interdites aux poètes de la Geste du roi, s’ouvrent, les sources profondes du tragique. Le contraste Ait du roi défaillant et de son impérieux vassal, voilà l’idée poétique nouvelle, très anciennement dérivée de l’idée de la perpétuelle croisade française, et qui se développera parallèlement à elle. Regardons-la courir sa chance à son tour.

Par définition, la charge de mener cette croisade n’est plus remplie par tous les barons de France, mais par une élite, et qui se connaît comme telle. D’où vient à Guillaume sa fierté et force ? De sa mesnie , de la bande de chevaliers qu’il a emmenés de la cour avec lui et qui, associés à sa fortune, forment sa famille fictive ; mais aussi et surtout de sa famille réelle, de son père Aymeri, de ses six frères, Bernard, Bovon, Hemaut, Garin, Aïmer, Guibert, qui correspondent aux douze pairs de l’autre geste. Servir en bons vassaux le roi Louis, bien qu’ils attendent peu de son aide

Page 1