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Histoire de la nation française

A conception de l'histoire de la nation française est antérieure, de plusieurs années, à la guerre. J'y avais longuement réfléchi et j'en avais achevé le dessein et distribué le travail quand la tempête se déchaîna. Je retrouve dans mes papiers une esquisse de la présente Introduction : elle est datée du 26 juillet 1914. Cette première rédaction constatait qu'une révolution s'était faite dans les études historiques. J'écrivais : « Le point de vue de l'Histoire change à chaque génération ; chaque génération doit écrire sa propre « Histoire de France ». Nous avons franchi le grand pas de croire qu'elle a pour terme la Révolution ; nous avons franchi le grand pas de croire qu'il n'y a d'histoire que des chefs et pour les chefs. Le peuple français connaît ses titres, et entend qu'on les lui livre. Tel sera le caractère de toute

future « Histoire de France ». Ce qu'il faut, maintenant, c'est une « Histoire de la Nation française ».

Combien ces remarques s'appliquent-elles avec plus de force depuis que la guerre de 1914 a démontré, une fois de plus, quelle place tient la France, dans les affaires générales de l'humanité !

Conception de l'histoire Si l'on disait : il est un peuple qui, dans une

de la nation française crjse extraordinaire, représenta la vigilance, le courage, la ténacité, la foi ; en même temps la patience, la belle humeur, la bonhomie ; qui sut endurer les maux les plus affreux, le départ de tous les hommes, la dispersion des familles, le bombardement de sa capitale, la mort d'une partie immense de sa population virile, attendant pendant quatre ans sa récompense, la Victoire, sans courber la tête, sans plier les genoux, la fièvre au cœur, le sourire aux lèvres, les yeux fixés sur son étoile ; si l'on disait cela, qui ne voudrait savoir d'où vient ce peuple, et d'où lui vient son âme ?

Car l'enveloppe, le costume, l'uniforme, les armes, la bravoure même, tout cela importe, mais en fin de compte, le nerf de tout, c'est l'âme. Il n'y a d'histoire que du moral. C'est donc cette histoire qu'il faut écrire.

L'Histoire du peuple français, de ce grand peuple « de la guerre », mes collaborateurs et moi l'avions donc entreprise précisément à la veille de la guerre. Elle éclate. Ceux d'entre nous que le service militaire ou la carrière des armes appelaient sont partis ; plusieurs ont péri ; ceux que l'âge retenait loin de la ligne du feu ont poursuivi l'œuvre comme une tâche de piété nationale. Ils se plongèrent, si j'ose dire, avec une passion anxieuse, dans l'Idée de la France.

La guerre finie, nous nous sommes remis au travail, pour que les générations à venir respirent l'âme de leurs aïeux telle qu'elle fut quand ils combattaient. Nous dirons quels étaient les pères de ces fils immortels qui ont donné pour suite à la France d'hier la France de demain.

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