‹ Histoire de la nation française (volume 4)Chapitre 21 sur 86 · LES EAUX QUI TOMBENT ET LES EAUX QUI COULENT CLIMAT ET COURS D'EAU · texte numérisé non relu

LES EAUX QUI TOMBENT ET LES EAUX QUI COULENT CLIMAT ET COURS D'EAU

e climat est le plus clair révélateur de cette solidarité qui existe entre toutes les parties de notre planète. Une tempête qui se déchaîne sur le Nouveau Monde traverse souvent l'Atlantique et vient baigner de pluie ou de brume notre Bretagne, les Iles Britanniques et la Scandinavie. Un iceberg détaché du « pack » arctique

descend à la dérive des courants qui marchent vers les zones plus chaudes et

heurte le Titanic qui s'abîme dans les flots.

Les grands facteurs Pour faire connaître un climat, il ne suffit pas d'énu-

de notre climat mérer les faits de pression barométrique et de température, les vents et les pluies qui le caractérisent. Il convient d'aller plus loin ou, plus exactement, de monter plus haut, c'est-à-dire d'exposer le mécanisme des forces atmosphériques dont les luttes incessamment renouvelées déterminent les vicissitudes des saisons et des jours.

Le climat de notre France, à la bordure occidentale de l'Europe, est la résultante de la persistante bataille entre trois séries très complexes de phénomènes atmosphériques qui s'opposent les unes aux autres et qui alternativement s'imposent à la plus grande partie de l'Europe elle-même.

Le rôle des dépressions atmosphériques de V Atlantique. — L'Océan Adantique

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE

septentrional est, fréquemment au cours de l'année, et durant l'hiver surtout, le siège de faibles pressions atmosphériques; les centres de basse pression sont appelés par les météorologistes et les climatologistes des cyclones, et tout autour des cyclones, dans l'hémisphère Nord, les vents tournent dans le sens inverse de celui des aiguilles d'une montre. Ainsi les régions de l'air qui sont situées au-dessus de l'Atlantique Nord correspondent à des espaces autour desquels les courants sont régulièrement emportés en d'immenses mouvements giratoires qui les transportent vers l'Europe occidentale, puis les font remonter vers l'Islande et vers le Groenland pour les ramener sur les territoires de l'Est des États-Unis. Les centres de ces mouvements, loin d'être immobiles, subissent des translations incessantes ; mais lorsqu'un « cyclone » disparaît, un autre renaît, si bien que leur succession peut être par imagination comparée dans ses effets à une sorte de centre permanent.

Les couches atmosphériques que cette grande loi de circulation amène sur les côtes occidentales de la France et de toute l'Europe proviennent de zones qui sont situées au Sud-ouest de l'Europe : masses d'air de régions chaudes, et chargées de vapeur d'eau, puisqu'elles sont en contact avec de vastes nappes marines.

Dans cette région d'appel voilà que par une coïncidence singulière arrivent déjà des courants de l'atmosphère qui sont parallèles au courant marin le plus vigoureux et le plus apparent de tous les courants marins, le Gulf Stream. Issu du golfe de Mexique et de la mer des Antilles, ce fleuve de la mer en pleine mer marche à une vitesse de 4 à 6 kilomètres par heure, et cette translation a pour effet concomitant une translation du Sud-ouest vers le Nord-est de masses atmosphériques chaudes et humides. La force qui les entraîne est prolongée et relayée par la circulation autour du cyclone de l'Atlantique Nord ; cet ensemble, si harmonieux, accumule ses influences en des directions identiques : ainsi l'Europe occidentale et même centrale et même septentrionale se trouve bénéficier d'une température douce et d'une humidité qui se traduisent par ces faits essentiels :

i" Abondance des précipitations et surtout continuité des pluies fines et pénétrantes ; grand nombre de jours pluvieux au cours de l'année ;

2° Température toujours éloignée des extrêmes ; ni froids rigoureux, ni chaleurs torrides; peu d'écart, et comme l'on dit en style de météorologie, faible < amplitude » entre les températures moyennes du mois le plus chaud et les températures moyennes du mois le plus froid.

De là résultent pour notre pays des privilèges singuliers.

New York est à peu près à la même latitude que Lisbonne et que Naples; le froid y sévit pourtant durant l'hiver avec bien plus de rigueur et d'une manière

CLIMAT ET COURS D'EAU

beaucoup plus continue que dans notre rude région de l'Est français : à Metz ou à Belfort. Et si tout notre pays jouit, durant l'hiver, d'une modération extraordinaire, nos étés bénéficient d'une pareille et aussi extraordinaire modération ; non seulement les chaleurs estivales de Moscou ou de Vienne mais celles même de Milan l'emportent souvent sur les températures de Paris ou de Dijon. Quant à notre littoral adantique, il est en un sens unifié par la douceur humide de l'atmosphère qui lui est faite : les lauriers poussent en pleine terre à l'extrémité de la Bretagne ; les jardins de Jersey ou de Guernesey (qui sont géographiquement des îles plus françaises qu'anglaises) manifestent une aussi exubérante luxuriance en hiver que ceux des péninsules méditerranéennes et en été que ceux du Portugal.

Le rôle des hautes pressions de V Europe continentale. — Une seconde série de faits, directement contraires aux précédents, a pour centre principal la Sibérie orientale et régit le plus souvent des espaces immenses qui comprennent toute la Sibérie, toute la Russie, et jusqu'à une grande partie de l'Europe continentale.

De formidables masses d'air, correspondant à de hautes pressions barométriques, immobiles et froides, c'est-à-dire très peu chargées de vapeur d'eau, constituent ce qu'on appelle l'anticyclone sibéro-russe ; elles sont une sorte de bastion qui s'étend, suivant les mois et les jours, plus ou moins loin jusque sur l'Europe orientale et centrale. (Voir fig. 25.)

Quand l'Europe est sous la domination de ce régime atmosphérique, le ciel est en général dégagé, le temps est beau ; et cela est d'ailleurs associé à une température qui est en hiver très froide et en été très chaude.

Tandis que le cyclone atlantique met l'air en perpétuel mouvement et que ces mouvements, apportant vers l'Europe occidentale des couches humides, entraîne souvent la pluie et, sur les sommets, la neige, l'anticyclone, au contraire, marque son règne par l'absence de vents, la rareté des pluies et par une exagération des différences entre les températures nocturne et diurne, hivernale et estivale. Tandis

FlG. 25. — LE « BASTION » DES HAUTES PRESSIONS

Page 1