‹ Histoire de la nation française (volume 4)Chapitre 24 sur 86 · STATIONS MÉDITERRANÉENNES · texte numérisé non relu

STATIONS MÉDITERRANÉENNES

Moyenne de l'hiver. Moyenne de l'été. Écart annuel.

Nice 6°,4 2i°,i 14^,7

Hyères 8° 23" 15°

Perpignan 6°,7 22°,7 16°

Marseille 6°,3 22»,8 i6°,5

VA côté de l'étude générale des vents telle qu'elle résulte du mécaents tiisme que nous avons plus haut exposé, il serait très curieux d'examiner dans les différentes régions de la France quels sont les vents locaux et quels noms ils portent. G. Bigourdan a consacré une étude, dans l'un des récents Annuaires du Bureau des Longitudes (1916), aux vents régionaux en France, et il s'est spécialement occupé des deux les plus connus, le vent d'autan et le mistral.

Dans les noms que les paysans de nos régions françaises ont depuis des siècles attribués aux vents dominants, on reconnaît une sorte de vérification parfois pittoresque des grandes lois de la circulation atmosphérique en même temps qu'une application d'un intérêt plus strictement local. Dans le Maçonnais, le vent du Nordouest qui apporte souvent la pluie s'appelle le vent de la traverse ou encore vent du Morvan. Dans l'Aveyron, le vent d'Ouest est vulgairement dénommé vent noir ou vent charrieur; c'est le vent de la pluie ; le vent du Sud-est, qui est celui des périodes sèches et chaudes, est appelé vent solaire. Quand le vent du Nord souffle pendant la croissance des céréales, on l'appelle vent granaydé parce qu'il favorise et augmente le rendement des épis.

D'une des provinces de France à l'autre, les mêmes vents généraux n'ont pas le

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE

même nom, et il arrive que les mêmes noms changent de sens pour traduire des particularités locales ; chaque région possède ainsi un lot de noms de vents qui lui sont communs avec d'autres et un lot de noms qui lui sont particuliers. Dans le Cantal, tout voisin de l'Aveyron, les vents, arrêtés ou déviés par ce relief important, n'ont déjà plus tout à fait les mêmes appellations : le vent d'Ouest, qui est dans l'Aveyron le « vent noir », est ici le « vent de la nuit », celui du Nord-ouest s'appelle encore la « Traverse » (dans les Alpes, au contraire, la Traverse ou Traversière vient de l'Est) ; celui du Sud-est est dénommé « l'Autan », comme dans le Midi languedocien ; le vent d'Est est le « vent solaire ».

Dans la Lozère, sur la ligne de partage des eaux des Cévennes, les vents dominants sont ceux de l'Ouest et du Nord. Le premier, qui vient de l'Océan, est le « Rouergue » du Caussenard, ou le « vent d'Aubrac », ou « Aura Neigre » du montagnard (en Dauphiné, 1' « Aura Noura » est au contraire le vent du Nord) ; en Lozère, le vent du Sud-est ou « Auro » amène les grandes pluies d'automne, celui du Midi a le qualificatif pittoresque de « hâle des moissons ». Dans la Haute-Loire, les vents d'Est et du Nord ont reçu le nom de « Sibérie ».

Une revue plus complète nous apprendrait que, d'un bout de la France à l'autre, persiste, dans le parler populaire, l'opposition entre la « bise » et le « vent » ; le « vent », c'est seulement le vent de la pluie, le vent d'Ouest, humide et chaud ; la « bise », c'est le vent du Nord, qui dessèche au contraire — (« bis » est un vieux mot français signifiant noir comme dans pain bis, étoffe bise (i) ; — déjà les Grecs qualifiaient Borée de « vent noir », et c'est bien un vent noir, qui dérobe le soleil et cache le ciel, par les nuages ou « ballons de bise » qui se lèvent, surtout quand il tourne au Nordest et devient la « bise noire ». Les citadins ne savent plus le sens vrai des mots, mais le paysan se charge de les leur rappeler, et l'on est témoin à la campagne de dialogues de ce genre : « Quel vent depuis trois jours ! — Ce n'est pas du « vent »! — ! ? — Non, ce n'est pas le « vent », puisque c'est la « bise ».

L'Aure ou Oure est un autre mot latin, qui désigne à vrai dire le souffle le plus fort : vent de l'Océan, on l'a vu, dans les Causses, vent du Nord en Dauphiné. Le mistral aussi (2) est un mot latin et veut dire « le vent le plus fort » (« magistralis », c'est-à-dire maître- vent).

Les vents du Midi vont souvent par couples, — l'action de l'un amenant la réaction de l'autre, — ou bien ils se font suite et se relayent, l'un commençant à se

(1) C'est dans le même sens qu'au vers 815 de la Chanson de Roland « les roches bises » signifient. « les rochers sombres ».

(2) Voir ci-dessus, p. 77.

CLIMAT ET COURS D'EAU

faire sentir là où l'autre cesse d'agir. C'est ainsi que l'Autan est en relations très intimes avec un autre vent soufflant aussi d'entre Sud et Est, et qu'on appelle le Marin. Autan et Marin semblent être produits par un même courant aérien, mais dont les propriétés seraient profondément modifiées en chemin par le relief du sol. Le Marin désigne le vent qui souffle du Sud-est dans la plaine du Bas-Languedoc, de Montpellier à Narbonne et à Perpignan ; il est chaud, humide, accompagné d'une baisse du baromètre, et se fait sentir jusqu'au seuil qui sépare le bassin de la Méditerranée de celui de l'Atlantique. L'Autan, de même direction, entre Sud et Est, est parfois extrêmement violent, toujours chaud et sec, mais il se fait sentir à l'Ouest des mêmes montagnes : il est déterminé par l'appel d'un centre cyclonique sur le golfe de Gascogne (Emm. de Martonne). A lui s'oppose, dans toute la région de Carcassonne, le Cers qui est vent d'Ouest et Nord-ouest, sans doute appelé vers le golfe du Lion par les mêmes causes qui déchaînent le Mistral dans la vallée du Rhône (surtout à partir d'Avignon) et dans la vallée de la Durance (surtout à partir de la brèche étroite de Sisteron).

"P La pluviosité est le facteur du climat qui a sur la vie humaine et

A luies sur ies travaux de l'homme l'influence prédominante. La mesure du total des pluies tombées en chaque région du sol permet d'établir des cartes pluviométriques, telle que la carte générale de la^. 30 (1).

Les pluies sont par-dessus tout déterminées par les vents d'Ouest, Nord-ouest et Sud-ouest, et ce sont les régions adantiques qui bénéficient de ces pluies fines, pénétrantes, humifiantes qui s'incorporent entièrement au sol. La somme annuelle des pluies méditerranéennes est considérable en différents points de la zone littorale de notre Côte d'Azur ; mais ces pluies sont dues surtout à des averses rapides et parfois violentes (2).

L'atmosphère étant chargée de vapeur d'eau, il suffit d'une cause même minime de refroidissement pour déterminer les précipitations salutaires. C'est en ce sens que

(1) La cane générale de tefig. 30 est nouvelle ; elle a été dressée d'après les plus récents mémoires publiés par A. Angot dans les Annales de géographie en 1918 ainsi que d'après la carte d'E. BÉnÉvent, publiée dans le Recueil des travaux de l'Institut de géographie alpine de Grenoble en 1913. — L'œuvre du Directeur du Bureau Central Météorologique, A. Angot, est très considérable ; en un très grand nombre de mémoires analytiques ou synthétiques, il a étudié les divers éléments du climat de la France, puis ce climat lui-même.

(2) Des séries d'observations parallèles faites à Beaulieu (Alpes-Maritimes) et à Sèvres (Seine-et- Oise) par G. Eiffel ont démontré qu'à Beaulieu il tombe deux fois plus d'eau qu'à Paris, mais il y pleut deux fois moins souvent.

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