LES QUATRE FILS AYMON
plus ces clairs visages. M. Bédier a refoulé définitivement l'invasion allemande de ce riche domaine où elle s'était si brutalement installée.
La littérature en français au Enfin, M. Jeanroy a écrit l'Histoire de
moyen âge par m. jeanroy fa littérature et de la langue française au moyen âge. C'est une gaieté pour l'âme de prendre à sa naissance cette veine féconde où puisèrent Rabelais, Molière et La Fontaine.
La belle humeur de la France anime le récit de M. Jeanroy. « Fabliaux » et « sotties » sont des meilleurs parmi les bons crus du pays. La richesse de l'invention des conteurs, la sensibilité des trouvères et des troubadours, leur sens déjà profond du « mot mis en sa place », la « moralité » pratique, qui cherche les moyens de conduire le cœur en amusant l'esprit, le savoir-faire, le tour de main, et jusqu'au tour de rein risqué de la plaisanterie « gauloise », tout annonce d'avance les ressources infiniment diverses des lettres françaises. Amyot et Montaigne ont leurs précurseurs. Déjà, avec Villehardouin, Joinville, Froissart, Commines, se dégagent la gravité et la lucidité de la bonne prose, mère de l'histoire.
Ce premier volume est illustré par M. Ripart dont la verve ingénieuse puise son inspiration aux sculptures des cathédrales, aux miniatures, en ces livres d'heures incomparables cachés au fond des bibliothèques. La physionomie et l'esprit de ces siècles réputés barbares revivent parmi nous.
La littérature moderne On croit, généralement, que par l'influence de
par m. f, strowski l'humanisme, la littérature s'est séparée de la vie sociale et renfermée dans son « étude ».
M. F. Strowski, élevé dans les traditions de Sainte-Beuve, rapproche et ressoude l'action et la pensée, en écrivant l'Histoire de la littérature française aux époques classiques et romantiques. Il vise à expliquer ia foule par les types, et la masse par ceux qui s'élèvent. Les maîtres de notre littérature parlent pour être compris et entendus. Nul pédantisme. Le Plutarque d'Amyot et les Essais de Montaigne sont la lecture du gentilhomme. Pascal fait descendre la théologie du ciel sur la terre„ Bourdaloue prêche pour les « honnêtes gens ». Racine voit les Français de son temps en hommes de tous les temps. La langue s'est dégagée, diamant le plus limpide, le plus finement taillé dont la pensée humaine se soit jamais ornée. Elle reflète l'infini quand Pascal écrit ses Pensées, et elle se joue aux enseignements de l'enfance avec les Contes de Perrault et les Fables de La Fontaine. Aussi la littérature de ces grandes époques est « classique », puisqu'elle s'apprend dans les classes. Disons qu'elle est « humaine », puisqu'elle est comprise par tous les hommes.
La philosophie du dix-huitième siècle affine encore cet instrument délicat. La langue de Voltaire, légère et portative s'il en fut, voyage par toute l'humanité. Jamais l'esprit de propagande, que Joseph de Maistre donne comme l'esprit français par excellence, ne pénétra aussi loin et aussi profondément. Mais le raisonnement et l'abstraction finissent par dessécher la littérature d'une époque qui s'achève. Le sensualisme l'appauvrit. Le sentiment, l'émotion, le lyrisme s'amincissent comme un cours d'eau qui va se perdre dans les sables.
Mais, les voilà qui renaissent, rompent les digues, se gonflent et s'épanchent au temps du romantisme. L'emphase grandiloquente se développe en ondes colorées et sonores. Le romantisme distend, au delà de ses forces peut-être, l'élasticité de l'imagination française. Bientôt le Parnasse et le réalisme lui-même reviennent aux traditions classiques ; des mots frappés en médaille et un rythme cadencé marquent le retour à la sévérité classique, non sans la raideur d'une technique trop raffinée peut-être.
La prose ne s'est jamais altérée ; au contraire, elle s'est enrichie et assouplie. Par elle, l'Histoire devient, comme aux plus belles époques de l'antiquité, la maîtresse des hommes. De Chateaubriand et Augustin Thierry jusqu'à Fustel de Coulanges et Vandal, elle est la forte nourrice des citoyens qui apprennent par elle à gouverner et à vaincre. La polémique et l'éloquence parlementaire lui font cortège. Les hommes pensent et écrivent pour l'action.
INTRODUCTION
Histoire militaire; première partie par L'histoire militaire compren-
LE GÉNÉRAL COLIN ET LE COLONEL REBOUL (Jra deux volumes. Il n'existe
aucune histoire militaire de la France, depuis celle qu'a écrite au dix-huitième siècle le P. Griffet. On peut à peine s'expliquer une telle lacune : la France de Henri IV, de Turenne, de Condé, de Luxembourg, du maréchal de Saxe, des soldats de la Révolution, de Napoléon et de ses maréchaux, de Joffre, de Foch et de leurs lieutenants, n'a où se renseigner sur les méthodes que ces chefs illustres ont suivies, sur les raisons de leurs exploits et de leurs victoires. L'art militaire est pourtant celui qui donne la plus haute mesure des facultés viriles ; il fonde les nations, les protège et les développe. Comment l'intelligence française peut-
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