LA LOIRE, SES AFFLUENTS, COURS D'EAU ARMORICAINS
iïE « bassin de la Loire » à proprement parler (géologique et topographique) il n'y a point. Du centre du bassin, à Orléans, qui est à 116 mètres, la pente du terrain s'incline vers la Seine et vers Paris, qui est à 26 mètres. Le territoire que drainent la Loire et ses affluents se compose de trois parties, empruntées à des ensembles géologiques et topographiques distincts, entre lesquels la seule liaison vient du fleuve qui les parcourt : la première est le Massif Central, à l'intérieur duquel la Loire et l'Allier dessinent deux dépressions bien individualisées ; la seconde est le Bassin de Paris, dont la Loire traverse, entre le confluent de la Nièvre à Nevers et celui de la Maine à Angers, les enveloppes concentriques ; la troisième est le Massif Armoricain, primitif et primaire, que le fleuve divise en massif breton au Nord, vendéen au Sud. C'est dans le Bassin de Paris que la Loire a son plus long développement et ses « Vais » les plus fertiles.
La ceinture du bassin Aussi bien, la Loire ne possède pas
reliefs et heureuses lacunes une ceinture continue de montagnes ou de hauteurs. Dans les atlas de notre enfance étaient figurées, entre Loir, Loire, Juine et Essonne, une ligne de « chenilles », dénommée collines de la Beauce... Or ces
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collines n'existent point. Le bassin de la Loire n'est pas entouré ni ceinturé ; il s'appuie simplement, au Sud et à l'Est, au Massif Central.
Influentes, au point de vue humain, sont les dépressions, « portes », « seuils », qui correspondent le plus souvent à des « détroits » des mers secondaires ou tertiaires. Par ces dépressions s'établissent, presque de plain-pied, d'un bassin à l'autre, des communications faciles, par route, voie ferrée, même par eau. De la Seine, entre Moret et Paris, à la Loire, entre Briare, Gien et Orléans, on chemine sans peine, par un pays à la fois bas, plat et découvert. Un des points hauts de la Beauce, au carrefour de Voves, est à 147 mètres seulement, Pithiviers n'est qu'à 120 mètres. La plaine de Beauce ne conduit pas seulement de la Loire vers la Seine moyenne mais vers les affluents de la basse Seine, et c'est pourquoi, il y a cent ans, en 1820, l'ingénieur Brisson proposa d'unir la basse Loire à la Seine par un canal suivant les vallées de l'Orge et du Loir (1). On avait d'ailleurs le choix du tracé pour faire passer des canaux; celui de Briare fut le premier construit en France, sous Henri IV ; il est rejoint à Montargis par le canal d'Orléans.
Prolongeant vers le Sud-ouest cet axe de communications s'étale, entre le Clain et la Charente, la Charente et les affluents de l'Isle, le large et si important seuil du Poitou, détroit des mers jurassiques, où le calcaire est encore partiellement recouvert de placages tertiaires, que l'érosion n'a point dispersés.
Voilà deux seuils bas, moins de 150 mètres ; il y a plus bas encore, c'est celui qui, de l'autre côté des hauteurs confuses mais continues du Perche, du Maine, des Coëvrons, etc., unit soit Angers et la Maine par son affluent l'Oudon et la dépression d'Ille-et- Vilaine au golfe de Saint-Malo, soit Nantes et l'Erdre à la Vilaine et par elle à la Manche. Rennes, qui tient le milieu de la dépression, n'est qu'à 30 mètres d'altitude (2). Par là passe le canal de Nantes à Brest, auquel se raccorde celui d'Ille-et- Vilaine
Entre Digoin et Chalon-sur-Saône s'ouvre, non pas un seuil, mais un étroit passage, relativement bas (301 m. à l'étang de Longpendu), parfaitement continu malgré
(1) Vers l'Ouest, la Cisse, qui conflue en aval de Blois, ouvre un chemin de la vallée de la Loire vers la Beauce, chemin que suivait une voie romaine.
(2) Remarque générale importante sur l'altitude des villes : le plus souvent l'ensemble d'une grande cité n'est pas à un seul et même niveau ; de là de très sensibles différences entre les altitudes données en divers documents. Ainsi, pour Rennes, nous disons 30 mètres, alors que la Description géométrique de la France qui fournit la cote 54 mètres se réfère au seuil de l'église Sainte-Mélaine, aujourd'hui Notre-Dame. En réalité, le confluent de l'Ille et de la Vilaine est même à 23 mètres. Ce qui est ici noté pour cette ville devrait être répété, au cours du chapitre et du volume, pour Angoulême, Poitiers, Orléans, Paris, etc., etc.
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son étroitesse et malgré le coude brusque qu'il fait à Paray-le-Monial. Dissimulé entre les petites hauteurs d'entre Saône et Loire, qui là ne dépassent pas 600 mètres, on ne le soupçonnerait guère, sur la carte, s'il n'était souligné par les traits de deux rivières qui le jalonnent, la Bourbince et la Dheune, d'une route, d'un chemin de fer et d'un canal, le canal du Centre. On devrait l'appeler, d'après son importance et sa signification, « dépression de Saône et Loire », comme on devrait nommer, d'après le nom d'un ancien département dédoublé, « dépression de Rhône et Loire » celle qui est plus au Sud et qui passe par Saint-Ëtienne et Rive-de-Gier.
Donc vers la Seine et vers la Garonne, vers la Saône, vers le Rhône, vers l'Océan, où elle débouche, vers la Bretagne, et vers la Manche, la Loire offre des communications faciles ; les seuils sont si déprimés qu'ils sont tous ou presque tous parcourus par des voies navigables, — et il n'y a pas d'excuse à ce que celui du Poitou n'ait pas la sienne par la ligne d'eau Clain-Charente-Dronne-Isle.
Par les « pays de la Loire » passent veines et artères qui unissent en France la tête et le cœur aux membres, Paris aux provinces du Sud, du Sud-ouest, de l'Ouest et du « massif intérieur ». On n'a jamais pensé à montrer que trois de nos grands réseaux de chemins de fer (le Paris-Lyon-Méditerranée, P.-L.-M., aussi bien que le Paris-Orléans, P.-O., et le réseau de l'État) empruntent, pour une ou deux de leurs principales lignes, la vallée de la Loire ou de ses affluents. C'est donc un rôle de liaison que joue ce fleuve qui est, aussi bien et mieux que la Seine, « unificateur » de la France.
Loire supérieure La Loire et l'Allier sont les deux branches maîtresses
et allier et jumelles d'un même fleuve (fig. 66).
La Loire naît dans des prairies humides ou « narces », non loin du hameau des Estables, à 1 370 m., et à 3 kil. environ du cône de phonolite du Gerbier de Jonc (1 551 m.). Elle court droit au Sud, vers l'Ardèche, jusqu'à ce qu'elle se heurte à un ensemble volcanique qui la ramène au Nord. « On dirait que, dans leur hâte, ses flots pressés ne songent qu'à gagner la mer la plus proche ; car ils s'en vont d'abord vers la région de Vais ou de Largentière, comme s'ils voulaient se jeter à la Méditerranée par le Rhône. Mais le massif du Vivarais les contient et les voici partis au Nord pour le long voyage (1). » La Loire dévale rapidement et coule déjà bien en contre-bas du petit lac d'Issarlès (1 000 mètres d'altitude),
(1) G. Hanotaux, la Fleur des histoires françaises, p. 24. — Au sujet du Velay, Marcellin Boule a écrit un très beau livre, Description géologique du Velay, et un petit volume, la Haute Loire et le Haut Vivarais, dans la collection des Guides du touriste, du naturaliste et de l'archéologue, Paris, chez Masson.
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conque de plus de ioo mètres de profondeur et d'une contenance de plus de 60 milliers de mètres cubes. Comme la Dordogne, comme la Truyère, comme l'Allier, la Loire, en même temps qu'elle se précipite semblable à un torrent, s'encaisse dans la
pénéplaine des schistes cristallins, elle
Hauteurs:
de O à 20O mcires
de 200 à 500
de 500 à IOOO .
au dessiu de IOOO Echqlle de l : 2.000.000 o w 20 30 *o sob
FlG. 66. — LE FAISCEAU FLUVIAL DE LA LOIRE SUPÉRIEURE, DE L'ALLIER, DE LA DORE ET DE LEURS AFFLUENTS.
se cache au fond de gorges profondes, se tordant et se nouant sans cesse en replis sinueux, allongeant son cours au double ou au triple. C'est pourquoi on ne trouve pas sur la Loire, avant Feurs, de ville proprement dite. Les centres de population qu'elle côtoie sont en réalité dans de petits bassins d'alluvions, disposés en chapelet, qu'elle unit l'un à l'autre.
Quelle est l'origine de ces bassins minuscules, auxquels font pendant de semblables bassins disposés le long de l'Allier et même de la Dore (bassin d'Ambert) ? Ils sont dus, comme les fosses méditerranéennes, à des effondrements, ou contre-coups des mouvements alpins, qui, vers la fin de l'ère tertiaire, dressèrent les Cévennes à pic sur la vallée du Rhône, ressuscitèrent le Morvan, les Vosges, etc., et firent du versant atlantique une série de compartiments qui ont joué les uns par rapport aux autres, se surélevant ou s'abaissant. Dans ce bloc se dessinèrent trois directions de cassures, qu'empruntent tour à tour les cours d'eau : celle de la Loire, celle de l'Allier, et la troisième celle de la Dore qui coule en direction d'une part de la haute Loire, d'autre part du bas Allier (fig. 66 et 67).
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La première Loire ne possède donc pas de vallée proprement dite, donc pas de ville ; le Puy n'est pas sur le fleuve, ni même, malgré son nom, Monistrol-sur- Loire (qui fait pendant au Monistrol-d'Allier), ni Unieux. Chapelet de bassins : le premier, celui du Puy-en-Velay, à 600 mètres, bassin de cultures qui est à proprement parler le Velay, la Vellavie des Vellaves ; il est dominé de tous côtés à 800 mètres par les tables des plateaux basaltiques, et en son milieu se dressent les deux piliers éruptifs, celui du Rocher Corneille (755 m.) et la véritable colonne couronnée par la chapelle romane de Saint-Michel d'Aiguilhe. Ce bassin est séparé de celui de l'Emblavés par une arête granitique d'environ 1 000 mètres.
Succession de gorges, profondes parfois de 300 mètres, au fond desquelles court un filet d'eau sur un lit de galets, et qu'anime seul le sifflet des locomotives de la ligne de Saint-Étienne au Puy ; dès en aval du Puy elles commencent ; aussi les routes anciennes, romaines et préromaines, qui convergeaient vers le « Puy d'Anis » (Anicium désignait certainement le rocher Corneille qui porte la cathédrale, la célèbre Notre-Dame-du-Puy) par Saint-Paulien, l'antique Ruessium, ou par Yssingeaux, suivaient-elles les plateaux. Au moyen âge on appelait des Estrades (de Stratà) ces chemins majeurs rayonnent en tous sens. Ces gorges sont creusées dans les granits, roches dures (« Peyre Deyre »).
La seconde série de gorges commence à Chamalières, où la Loire n'est plus qu'à 500 mètres, se contournant entre des éperons d'un rouge brun que la voie ferrée coupe en tunnel. Au détour de caps, gardés par des tours féodales, elle reçoit comme en cachette des affluents (une Borne, un Lignon, une Ance) encaissés, enfoncés comme elle, débouchant comme elle par des gorges, — tels les Estreys ou « Étroits » de la Borne. Descendant toujours, elle arrive par Aurec dans une région où l'on voit toutes les nuits la flamme lécher le faîte des hauts fourneaux (non loin de Saint-Étienne). Elle s'encaisse en de nouvelles gorges, celles de Saint- Victor. Ensuite, de petites localités sur le fleuve, Saint- Just, Saint-Rambert, indiquent le début d'un bassin verdoyant, celui du Forez proprement dit, une vraie plaine, à l'altitude moyenne de 350 mètres, ainsi nommé de la cité gallo-romaine de Feurs, qui commandait le passage du fleuve (à 330 m.). Le Forez est une Limagne, semée comme elle jadis d'étangs, hérissée sur son bord Ouest de volcans minuscules : monts d'Uzore, mont Verdun, mont Brison, qui porte le chef-lieu actuel du pays, Montbrison, mais c'est une Limagne non desséchée, dont le centre est encore occupé par les étangs. On est descendu, depuis le Puy, de près de 300 mètres, d'un peu moins de 100 mètres par série de gorges.
Le quatrième bassin, c'est la plaine de Roanne, à 277 mètres, qu'on appelait
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le Roannais ou Roannez. Tandis que Feurs est mort ou demi-mort, comme Lezoux, Saint-Paulien (Ruessium), Bibracte, Javols, etc., Roanne avec son annexe du Coteau est bien vivante ; on y coud, on y file, on y tisse ; on y entend le tic-tac des métiers. Et les vastes installations de la guerre y survivent sous de nouvelles formes industrielles.
Du bassin de Feurs la Loire n'entre point de plain-pied dans celui de Roanne ; ces deux bassins tertiaires n'en faisaient qu'un jadis ; ils ont été séparés par des coulées de porphyres, empâtées de tufs porphyriques, à travers lesquels le fleuve n'a pu encore régulariser son cours et qu'il franchit, au plus pressé, par des « sauts », le Saut de Pinay, le Saut du Perron.
La Loire continue droit vers le Nord, puis se coude à Digoin vers l'Ouest-Nordouest, prenant la direction qui est celle de la Bourbince après le coude de Paray-le- Monial. Après Gilly-sur-Loire, au confluent de la Besbre, nouveau coude, elle reprend son cours vers le Nord, atteint Decize (191 m., au confluent de l'Aron dont elle suit un instant la direction), ville antique, située dans une île ; dans ce parcours, où elle limite vers l'Est la Sologne bourbonnaise, la Loire s'épand en bras multiples et atteint Nevers, au confluent de la Nièvre (176 m.), à proximité du Bec d'Allier (172 m.), où a lieu le mariage des eaux. La plaine de Roanne n'est point fermée vers le Nord comme elle l'est vers le Sud, elle se prolonge en une Vallée, un « Val » élargi.
Les affluents de la Loire dans le Massif Central sont relativement petits, courts et d'allure torrentielle, car le seul cours d'eau intermédiaire de quelque importance, et de sens longitudinal, la Dore, coule vers l'Allier. Au Puy passe la Borne, puis vient le Lignon de Tence, dit Lignon du Sud ou Vellave, puis la Semène, qui conflue, à 450 mètres, à Confolent, la bien nommée (« Confluent »). A gauche, vers Bas-en-Basset, tombe l'Ance forézienne, qui, descendue de Pierre-sur-Haute, ouvre dans leur longueur les monts du Forez, et coule en contre-bas de Craponne.
Dans la plaine de Feurs, une série de cours d'eau, brefs, nombreux, sur sol imperméable, écoule d'innombrables « gouttes », « mouilles » et « serves », le Furens, de Saint-Etienne, la Coise, de Saint-Symphorien-sur-Coise, le Rein, de Thizy, riviérette industrielle, le Sornin. De gauche vient le Lignon forézien, sur les bords duquel les pâtres chantés par Honoré d'Urfé jouaient du chalumeau et gardaient des moutons d'églogue ; non loin de là subsistent le château d'Urfé et la vieille ruine féodale de Couzan (Sail-5ows-Couzan) qui gardait la route du haut Lignon vers le col de Noirétable (754 m.), tandis que, plus au Nord, l'Aix (c'est-
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à-dire l'eau) de Saint- Just-en-Chevalet, qui coule en sens inverse de la Besbre, ouvre, par un col de 759 mètres, la route vers Lapalisse (1).
A Digoin débouche l'Arroux, rivière d'Arnay-le-Duc, d'Autun, de Toulon (sur Arroux) ; il arrive du Nord dans le prolongement du sillon de la Loire qui vient du Sud. Par ailleurs, les sources de l'Arroux voisinent avec celles de l'Armançon dans la région de Pouilly-en-Auxois.
A Decize connue une grosse rivière, l'Aron, qui sépare le massif de Saint- Saulge du Morvan propre, et qui, dans la plaine de Corbigny, se rapproche tellement de l'Yonne qu'on les a unis par un canal, le canal du Nivernais, la première des trois liaisons entre Loire et Seine.
Nevers, situé à 195 mètres (le fleuve coule à 176), est aussi en un site de confluent : la Nièvre, qui a donné son nom au département, possède une vallée courte, toute courte, où se réunissent les eaux de plusieurs Nièvres.
Tandis que le nom de Loire remonte sans doute aux Ligures, le nom d'Allier est latin (Elaver). Cette deuxième branche-mère de la Loire est longue de 410 kilomètres, dans un bassin de 1 450 000 hectares. L'Allier naît au Maure (c'est-à-dire Mourre) de la Gardille (1 501 m.), dans cette haute région, d'où coulent, en sens divergents, Baume et Chassezac, Cèze et Lot. Comme la Loire il s'encaisse assez vite au cœur de la pénéplaine ancienne, puis il coupe des nappes basaltiques descendues du Velay ; il se tord en sinuosités ; et il forme le lien qui unit une série de bassins tertiaires. Son cours est sinon parallèle à la Loire, du moins de même orientation générale. Il passe par de modestes localités, la Bastide, à 1 000 mètres, Langogne, puis il reçoit, à gauche, le Chapeauroux de Chateauneufde-Randon, et, à Monistrol-d'Allier (600 m.), l'Ance qui vient de la Margeride ; il atteint à Langeac, à 500 mètres, son premier petit bassin. Dès lors les bassins se succèdent, jalonnant un ancien chenal houiller dont les dépôts sont exploités à Langeac, Brassac, etc. A 50 mètres plus bas que Langeac, l'Allier entre, par Vieille-Brioude, dans une première Limagne, celle dite de Brioude. D'Arvant, la ligne pittoresque de Neussargues remonte la vallée du premier grand affluent de gauche, l'Alagnon, qui, se trouvant prolongée, sur le versant Sud-ouest du Cantal, par la vallée correspondante de la Cère, ouvre à travers le vieux volcan démantelé, par le col du Lioran, à 1 100 mètres environ, une communication rapide
(1) Il convient de remarquer ici l'orientation commune des affluents de droite et de ceux de gauche de la Saône et du Rhône ; ils arrivent même à couler dans le prolongement l'un de l'autre : cette direction générale, Sud-Ouest-Nord-est, c'est celle des plissements hercyniens, suivant laquelle s'alignent les dépôts houillers, ceux de Saint-Étienne, Montchanin, Montceau-les-Mines, etc.
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avec Aurillac. « L'Alagnon », c'est encore le mot « Lignon » déformé, de sorte que Allier et Loire reçoivent au moins trois Lignons à eux deux.
Nouvelles gorges, qui font pendant à celles de Saint- Victor sur la Loire, celles de Saint- Yvoine, qu'on appelait jadis, plus expressivement, Pierre Incise (de « incisa », pierre fendue), et l'on débouche dans le troisième bassin, une autre Limagne, celle d'Issoire. Chemin faisant, le fleuve reçoit, du Mont-Dore, toutes ses « Couzes », Couze d'Ardes, Couze d'Issoire, qui égoutte le lac Pavin, lequel s'étale à 1 197 mètres dans sa conque de laves, Couze de Chambon, qui est celle du lac Chambon (880 mètres), autre coupe d'origine volcanique, barrée par une coulée du volcan du Tartaret. Alors, en vue des Martres- de -Veyre, l'Allier pénètre dans la Limagne par excellence, la Limagne d'Auvergne. Comme dans le Forez, les villes s'écartent de la rigole médiane ; se suivant en série au pied du plateau cristallin qui porte les Puys, elles soulignent les lignes de faille et les points de réapparition des eaux infiltrées sous les « cheïres » : Clermont-Ferrand, Riom, Aigueperse, Gannat ; la seule localité sise sur le cours d'eau se trouve à 300 mètres, sur la route de Clermont à Thiers, au point de passage : c'est Pont-du-Château auquel correspond sur la Dore et sur le même ancien chemin, Pont-de-Dore. En vue de cette partie occidentale de la plaine qui est la Limagne, se sont dressés, à l'aube même des temps quaternaires, une soixantaine de volcans, « Puys » et « Dômes », sur un parcours de 15 lieues.
La fin de la Limagne, non plus que celle de la plaine de Roanne, n'est marquée par aucun défilé ; les deux plaines d'alluvions s'ouvrent sur la « Sologne bourbonnaise », qu'on désigne parfois, entre les deux fleuves, par le nom de « Pays entre Loire et Allier ». Passé Pont-du-Château, l'Allier s'est infléchi vers l'Ouest comme si c'était lui qui se jetait dans la Dore : il garde en effet à partir du confluent la direction de celle-ci, qui lui vient du Forez ; coulant droit au Nord, il s'élargit considérablement dans un lit d'ailleurs plus rempli de sable que d'eau. C'est ainsi qu'il passe sous les ponts de Vichy, où il est large déjà de 200 mètres, à Saint -Germain -des -Fossés, à Varennes- sur -Allier et qu'il parcourt, jusqu'en aval de Moulins, cette première Sologne, semée comme l'autre, d'étangs et de marais, pays de sables, d'argiles imperméables, de dépôts d'âge pliocène. Il coule (à 209 m.) sous les treize arches du pont de Moulins-sur-Allier. A quelques lieues de là, il atteint la Loire au Bec et lui impose sa direction.
Parmi les affluents notables de l'Allier, la Sioule, grossie du Sioulet, fait pendant à l'Allier sur le flanc Ouest de la chaîne des Puys. La Sioule et le Sioulet ont, comme l'Allier, leurs plaines fermées et comme une petite Limagne (la large
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vallée en amont de Pontgibaud) ainsi que leurs étroites gorges. Dans le site austère et saisissant de Châteauneuf-les-Bains, la Sioule coule sur les terrains anciens ; c'est à Saint-Pourçain qu'elle atteint la plaine bourbonnaise. hafig. 67 indique la signification
de sillon central du cours de la Dore. Celle-ci traverse également à Ambert (531 m.) une Limagne, le Livradois. Née près de Dore-1'Église, elle suit le pied oriental des monts de Pierresur-Haute, et s'échappe par les gorges d'Olliergues du bassin tertiaire, passe à Courpières, puis elle conflue dans l'Allier à 268 mètres. Son haut affluent, la Dolore, enclôt avec elle la chaîne de la chapelle de Notre- Dame-des-Monts, parfois appelée aussi monts Dolore. Ce nom est apparenté avec le sien, de même que celui de la Dorelle (petite Dore), transformé en Durolle, qui vient du col de Noirétable (754 m.) et passe à Thiers, où elle fait mouvoir les multiples roues hydrauliques et artifices qui font la renommée de la vieille cité des couteliers. Tandis qu'Honoré d'Urfé se constituait le chantre du Lignon, on sait que Chateaubriand a célébré la Dore et ses rives dans une romance mélancolique qu'aimaient à chanter nos grands-parents : l'un et l'autre reflètent les aspects harmonieux et variés d'un paysage bien français, sous un ciel limpide et léger, presque florentin. Au Bec d'Allier, à 172 mètres, la Loire est longue de 425 kilomètres, et
FlG. 67. — RÉSEAU GÉNÉRAL DES LIGNES FLUVIALES DIRECTRICES, ET SPÉCIALEMENT DESSIN DU SILLON CENTRAL EN TROIS TRONÇONS : LOIRE SUPÉRIEURE, DORE ET BAS ALLIER.
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l'Allier, long de 410 ; la première, disposant de pluies plus abondantes et d'un bassin drainé plus étendu, apporte pour sa part en moyenne 125 mètres cubes contre 90 seulement, part de l'Allier. De plus la Loire a servi, au moyen âge, de grande voie de pénétration à l'autorité royale vers la Méditerranée; dès l'antiquité, depuis le port fluvial de Roanne, terminus traditionnel de la batellerie, elle avait ouvert, par des « portages » ardus, mais courts, la route conduisant au Rhône vers Lyon ; une autre route plus au Sud menait, par Saint-Étienne, à Vienne ; plus au Sud encore, courait celle du Puy à Pont-Saint-Esprit par le col du Pal — qu'a décrit et fait si bien revivre un Américain, rare connaisseur des Terres françaises, W. Morton Fullerton. La Loire a toujours été navigable, quoique d'une manière précaire, jusqu'à Roanne et même jusqu'à Andrézieux ; il n'y a jamais eu de batellerie active sur l'Allier.
Grande courbe de la loire La grande courbe de la Loire, demi-cir-
entre allier et vienne conférence presque régulière ayant son sommet à Orléans (116 m.), n'est pas comparable à celle du fleuve de Toulouse; la Loire n'a pas été repoussée vers le Nord par des apports torrentiels, elle y a été attirée par une dépression dont le centre lointain est la plaine de la Seine à Paris.
Du Bec d'Allier jusqu'à la Vienne, et mieux encore jusqu'à la Maine, ce qui fait l'unité du cours du fleuve, ce n'est pas seulement cette courbe harmonieuse, — caractère géographique, — ni la diminution progressive de la pente, — caractère topographique, — ni le fait que de l'Allier au Cher, jusqu'en face de Langeais, il ne reçoit pas de grand affluent, — caractère hydrographique, — c'est surtout que la Loire est comprise dans le Bassin géologique de Paris : elle traverse les auréoles concentriques, jurassique entre Decize et Cosne, crétacique entre Cosne et Gien; elle entame le noyau tertiaire entre Gien et le débouché de l'Indre, et même le cœur du noyau, à savoir le calcaire de Beauce (calcaire lacustre miocène) entre Gien et Blois : si le centre topographique du bassin, le point bas de la cuvette, est à Paris, le centre géologique, c'est-à-dire les plus jeunes des assises tertiaires emboîtées les unes dans les autres, se trouve vers Orléans (voir plus haut les cartes géologiques^. 11, p. 35, /ïg. 18, p. 51, et voir ici même fig. 68).
Enrichies par la culture maraîchère, gardant une tête de pont sur le fleuve, anciennes places fortes, parfois anciennes places de sûreté pour les protestants, les petites villes anciennes se succèdent sur la Loire (sans parler de centres récents d'industrie comme Fourchambault) ; toutes ces villes, la Charité, ancien prieuré de l'ordre de Cluny, Pouilly, Sancerre, perchée sur sa hauteur, accotée au massif du Sancerrois, Cosne, l'ancienne Condate, c'est-à-dire le « confluent » du Nohain,
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eurent jadis une importance militaire ; le fleuve, entre la Charité et Briare ou Châtillon, surtout entre Sancerre et Cosne, parcourt un couloir (comme le Rhône à Viviers) ; il est pris entre le massif de Sancerre et la Puisaye, laquelle est une terre d'étangs
Hauteurs:
de O à- ZOO mètres de- 200 à. âOO de SOO à, WOO au-dessus de> WOO
Échelle de »: 2.000.000
FlG. 68. — LA LOIRE MOYENNE ET SES AFFLUENTS DE LA RIVE GAUCHE.
boisée, par où aboutit sur la Loire la mince bande de la « Champagne humide ». Là d'autre part commencent les « Vais », qui ne sont autres, plaines d'alluvions et de remplissage quaternaire, que le lit majeur, l'ancien lit d'inondation. C'est dans les « Vaux de Loire », dans les profondeurs de ce sable, que Paris travaille à capter les nouvelles sources d'eau pure dont il a besoin.
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Au sommet de la courbe, une série de villes sont également têtes de pont; elles tiennent les routes qui convergent vers Paris : Gien et Orléans, les deux principales, se disputent l'honneur d'avoir été l'antique Genàbum. D'autres points de passage sont secondaires : Sully, Saint-Benoît-sur-Loire, dont la magnifique église romane conserve le souvenir du temps où elle fut une ville importante, Châteauneuf-sur-Loire, Jargeau, Meung-sur-Loire, Beaugency où se déroula une part de l'épopée de Jeanne d'Arc.
Dans le Val d'Orléans, le fleuve ronge sa rive droite, tandis que le bord de la rive Solognote est serré de près par une fausse rivière, longue au maximum de 12 kilomètres, le Loiret ou Dhuis, qui naît au château de la Source. C'est bien une petite Loire, puisque les deux « surgeons », le Bouillant, qui est d'ouverture récente (1672), et Y Abîme, qui sourd en plein parc du château de la Source, ne sont que des réapparitions des eaux de la Loire : celle-ci les a perdues dès son entrée dans le Val, à Sully et à Saint- Benoît, par une série de puits d'absorption dans le calcaire fissuré dit calcaire de Beauce; R. Blanchard a compté 210 de ces engloutissons en 1902 et en a dressé la carte. Aussi, tandis que la Loire à Gien dispose d'un étiage d'une quarantaine de mètres cubes et n'en a plus que 20 à Orléans, le Loiret, qui roule 700 litres environ à l'origine, se nourrit de sources de fond jusqu'à gorger son lit de 12, de 15, de 20 mètres cubes, faisant mouvoir sous Olivet de grands moulins; il borde les parcs d'une série de châteaux et maisons de plaisance contigus aux chasses de Sologne la Fontaine, le Rondon, etc. Sur ces vastes alluvions quaternaires les villages et les domaines se pressent, entourés de cultures maraîchères, et portant le suffixe « en Val », Saint-Cyr-en-Val, Vienne-en-Val.
La Loire, continuant à dessiner sa courbe, se dirige au Sud-ouest, d'Orléans au confluent de la Vienne, avec une petite convexité vers le Nord dont le sommet est à Tours. Elle n'est point repoussée par des alluvions ni contrainte par un escarpement, elle est attirée par un autre point bas qui n'est autre que le Val de Touraine (Blois, 73 m., Tours, 48 m., Candes, 32 m.). L'allure des affluents est frappante : ils marchent aussi vers l'Ouest et vers le Sud, si bien que les rivières de Sologne, Cosson et Beuvron, reproduisent en petit la courbe majeure, et que les trois grands affluents, Cher, Indre, Vienne, au moment de rejoindre le fleuve, se couchent dans le même sens que lui, et l'atteignent sous un angle très petit, après lui être restés quelque temps parallèles : de là, cette forme de triangles effilés vers l'Ouest qu'ont les plateaux au Sud des Vais : petite Sologne de Chenonceaux ou forêt d'Amboise, Champeigne tourangelle, plateau de Sainte-Maure, etc.
LA LOIRE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS
Vers la fin de l'ère tertiaire, la mer miocène, que l'on a appelée la « mer des faluns », formait un golfe étroit et allongé, dessinant à peu près jusque vers Amboise le cours actuel de la Loire. Les cours d'eau du bassin ont été dociles à l'appel de la dépression ; ils se sont courbés, infléchis. La Loire a obéi la première, et c'est ainsi que le fleuve qui coulait vers Paris est devenu le fleuve de Nantes.
Autour et en aval d'Orléans, s'étendent les grandes forêts d'Orléans, de Marchenoir, de Blois, de Russie qui ont par leurs chasses retenu les rois ; le Val qui est ainsi enveloppé par les futaies est aussi bordé par les châteaux : Meung, Beaugency, Mer, Menars, Blois, Chaumont, Amboise... Chambord est sur le Cosson.
Au long de la grande courbe, les affluents, qui restent parallèles au fleuve dans leur cours inférieur, se rejoignent les uns les autres, formant sur la rive Sud du Val une « fausse rivière » presque continue : le Cosson rejoint le Beuvron à Candé, le Cher rejoint l'Indre. Ils demeurent ainsi collés au fleuve, qui les repousse jusqu'au pied des coteaux crayeux par l'alluvion qu'il charrie à chaque crue : la Cisse court de Chouzy à Vouvray, l'Authion ou Changeon de Bourgueil aux Ponts-de-Cé.
Blois et sa vallée sont déjà compris dans le Val de Touraine, dont le centre est à Tours, et qui mérite toujours son nom de « Jardin de la France ». Tours, où la Loire atteint sous le pont de pierre 434 mètres de large, n'a pas encore retrouvé son ancienne splendeur : elle fut jadis rivale, comme population, de Lyon, de Bordeaux, de Nantes. C'est vers Blois aussi que l'on voit apparaître, sur les deux versants, la craie, cette craie de Touraine qui a tiré son nom de la province (« craie Turonienne ») et le Val s'élargit soudain, comme la « Rivière » de Garonne à son entrée dans le pays molassique.
Sur les plateaux, au Nord et au Sud, la Gatine tourangelle, la Champeigne tourangelle, le triste plateau de Sainte-Maure, médiocre et pauvre, reposent sur un conglomérat éocène à silex. Au contraire l'entaille des rivières, profonde d'environ 100 mètres, fait de chaque val un « jardin ». Quant aux flancs crayeux, blancs ou à patine roussâtre, faciles à travailler, gardant des profils redressés jusqu'à la verticale, ils ont toujours été, pour les habitants du pays, attirants et hospitaliers, sites prédestinés à la vie des troglodytes.
La rive droite reste dominante ; elle se divise, de Vouvray à Cinq-Mars-la-Pile, Langeais et Bourgueil, en coteaux découpés par les petits affluents, bien exposés au Sud, et plantés en vignes. Le fond du Val, entre Cher et Loire, s'appelle la « Varenne », si fertile entre ses digues, ses levées, ses « turcies » qui, de temps
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immémorial, la protègent (i). Au confluent de la Vienne, le Véron de Chinon, cher à Rabelais, est une immense chanvrière.
En Touraine, la Loire se constitue à l'état de vrai grand fleuve; elle s'enrichit, elle se régularise, alors que la traversée du calcaire de Beauce, vers Orléans, l'avait plutôt appauvrie. Entre Tours et Chouzé, sur 50 kilomètres, le fleuve reçoit les trois grands affluents de gauche, qui lui viennent, comme l'Allier lui-même, du Massif Central, mais qui bénéficient des pluies adantiques et surtout des suintements ou des grosses sources des auréoles calcaires du Bassin parisien. La Loire, devant Saumur, est un autre fleuve, ressemblant plus à la basse Seine qu'au courant étique du Bec d'Allier.
La Loire est dès lors la basse Loire, laquelle ne se confond ni avec la « Loire- Inférieure », qui est un département, ni avec la Loire maritime, qui commence, avec la marée, à 8 kilomètres en amont de Nantes ; la basse Loire est formée à partir du point où lui arrive son plus gros affluent, la Vienne, suivi bientôt du faisceau composite de la Maine, plus fort encore.
La Loire continue à unir l'un à l'autre des « Vais » : le Val d'Anjou fait suite au Val de Touraine, mais élargi encore : les coteaux de la rive droite s'éloignent du fleuve, décrivant un vaste demi-cercle autour de l'alluvion quaternaire, laissant à mi-chemin « Beaufort-en-Vallée », tandis que ceux de la rive gauche, serrant de près le fleuve, le ramènent vers le Nord jusqu'en face d'Angers; à travers cette rive escarpée, le Thouet de Thouars s'est ouvert une percée que garde le site de Saumur, vieille place des réformés, comme Sancerre. Dans ce Val, qui s'élargit jusqu'à 10 kilomètres, la Loire elle-même a jusqu'à 1 500 mètres de large, et, par suite du ralentissement du cours, elle commence à déposer. A Orléans, elle courait sept fois plus vite que la Seine à Paris ; à Tours, trois fois encore ; maintenant elle s'assagit ; elle bâtit même des îles, de vraies îles, avec des prairies, des peupliers et des saules (fig. 69).
En amont du confluent de la Maine, là où l'afflux de l'eau tributaire suspend un instant le cours du fleuve, se suivent en série des îles dont l'homme a profité depuis des millénaires pour constituer, moitié gué, moitié chaussée, moitié pont, le passage historique des Ponts-de-Cé. Beaucoup de noms évoquent à nouveau le « Val », la « Vallée », même encore la « Varenne » (Saint-Rémy-la-Varenne). On en est au point où la Loire, fille du Bassin de Paris, va, pour en sortir, forcer le passage du Massif armoricain, — les roches anciennes apparaissent dès Angers, — et entreprendre, en petit, un cours laborieux, comme le Rhin à partir de Bingen,
(1) Les « levées de Loire » constituaient le premier chapitre du budget de nos rois.
LA LOIRE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS
comme la Moselle vers Trêves. Il est naturel qu'elle ait stationné en amont, et que les remous aient excavé en roche plus tendre un véritable petit bassin.
La position d'Angers s'explique par la confluence des eaux assemblées par la Maine et par la route qu'ouvre la Mayenne, car son site, à 8 kilomètres de la Loire, à 14 mètres d'altitude, le met à l'abri de l'inondation du fleuve et de l'énorme stagnation des eaux que provoque la « bouche » à Bouchemaine (c'est-àdire embouchure de la Maine). Sur la rive de la Maine expirent les coteaux sur lesquels est posé le château féodal (voir le frontispice du chapitre liminaire).
La Loire franchit un véritable défilé à travers un obstacle difficile à percer. Au Sud, le défilé est bordé par le plateau des Mauges, nom de pays qui n'est autre que la traduction de Pagus Metallicus, c'est-à-dire le pays de Melle (en latin «Metalla»). Les Mauges forment l'un de ces « pays de bocages » qui continuent sur la rive gauche de la Loire le Massif Armoricain. « De sol pauvre, d'accès difficile, elles ont conservé leur physionomie du siècle dernier et comme un air de chouannerie (1). » Regardant le fleuve se suivent des localités modestes, dont quelques-unes rappellent les souvenirs de la guerre de Vendée, Saint-Florent-le- Vieil, Champtoceaux, le Loroux; d'autres dénoncent, par les chevalements des puits, que l'on traverse le terrain carbonifère, au long duquel s'égrènent de petits bassins houillers (Chalonnes). A Ancenis (rive droite), on est en pleine Bretagne; la Loire
(1) Capitaine Levainville, Les Mauges, Notes de géographie humaine. (Annales de géographie, 15 juillet 1905, p. 310.)
FlG. 69. — LES RIVIÈRES ACCOMPAGNATRICES DE LA LOIRE DANS LES VALS ET LE MAGNIFIQUE FAISCEAU DE COURS D'EAU ASSEMBLÉS PAR LA MAINE.
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE
redescend vers le Sud; au point le plus méridional, se trouve située Nantes; déjà, à deux lieues en amont, le flot de marée gonfle et grossit le fleuve : avec lui a déjà commencé l'estuaire.
Les affluents de la loire Le Cher et ses affluents traversent, après les
après l'allier terrains cristallins et primaires, la série des au-
réoles du Bassin de Paris. Leur cours est dans l'ensemble « conséquent », c'est-à-dire conforme à la pente générale des couches. La dépression liasique, parcourue en sens inverse par la Marmande et par l'Aubois, affluent de la Loire en face de Germigny, forme un sillon assez nettement marqué au pied du talus oolithique de la « Champagne » de Bourges pour qu'on l'appelle « la Vallée », assez continu pour qu'il serve de lit au canal du Berry. Il est jalonné par Saint-Amand-Montrond, Sancoins, La Guerche-sur-1'Aubois.
Le Cher reproduit la courbe enveloppante de la Loire, courbe dont le sommet est pour le Cher à Vierzon, dans une situation correspondante à Orléans, et qui s'explique par la combinaison de la pente générale vers le Nord et de l'appel de la Loire vers Tours.
Le Cher prend sa source dans le Massif Central, dans la Combrailles, non loin de celles du Sioulet et du Chavanon ; à Montluçon, ville métallurgique et verrière, il n'est déjà plus qu'à 202 mètres, il atteint la plaine au pied de ce « Mont », passe au pied d'un autre de ces « Monts » modestes du Centre, le Mont Rond de Saint- Amand (165 m.), où il reçoit la Marmande (1). Il coule ensuite à la surface du calcaire jurassique, traversant dans sa largeur la plate et monotone « Champagne » du Berry. Les villages se tiennent avec soin sur la ligne d'eau, « sur Cher ». Il arrive ainsi à Vierzon, où le rejoint l'Yèvre de Bourges et le canal du Berry ; avec une largeur croissante de 80, 100, 120 mètres, il forme un fossé longeant le rebord de la Sologne, que l'apport des sables miocènes a relativement surélevée. Ses deux versants sont entaillés dans la craie, à partir de Vierzon. Par Montrichard, par Chenonceaux, dont le château l'enjambe, il atteint le Val de Loire à Tours, et s'il reste distant du fleuve, des lieues durant, c'est par le fait surtout des travaux de l'homme ; jadis sans doute Loire et Cher devaient mêler, dès Tours, leurs eaux, leurs grèves, qui ne se rencontrent maintenant qu'au Bec du Cher. Dans ce cours parallèle à la Loire, le Cher reçoit l'Indre, qu'on considère avec raison comme un affluent direct de la Loire. (Voir ici et pour la suite la carte de la p. 189.)
(1) La pente est assez faible pour qu'il soit accompagne, à partir de Montluçon, par un canal latéral.
LA LOIRE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS
Farmi les affluents du Cher, la Tardes (rive gauche) vient du Massif Central et se trouve, comme le Cher de Montluçon, presque sans eau en été ; l'Aumance (rive droite) reçoit, à Cosne-sur-1'Œil (« Condate »), l'Œil né près de Commentry ; l'Arnon de Lignières (rive gauche) est grossi du Théols d'Issoudun ; l'Yèvre (rive droite), de Mehun-sur-Yèvre, traverse les friches du camp d'Avord et reçoit à Bourges toute une série d'affluents se confondant en un vaste marais autour du vieil oppidum des Bituriges (156 m.) : l'un d'eux, l'Auron de Dun-sur-Auron, est accompagné par la branche principale du canal du Berry. Ce canal suit ensuite l'Yèvre, et longe le Cher jusqu'à Saint-Aignan, à l'aval du confluent de la Sauldre. Enfin la Sauldre (rive droite) égoutte l'eau des innombrables étangs de la Sologne, reproduit en petit la courbe de la Loire, passe à Salbris (autre camp dans les « brandes » et dont le nom rappelle celui de la rivière) et à Romorantin, capitale des étangs (dans ce seul arrondissement il y en a un millier). Elle reçoit la petite Sauldre, et elle est longée par un canal qui a permis de transporter jusque dans la Sologne, privée de calcaire, la chaux du Berry.
L'Indre, quoique longue, est une assez pauvre rivière, sans vrais affluents (sauf une petite Indre, l'Indroye), et une rivière toute droite, ou presque, dessinant la corde dont le Cher décrit l'arc. Sortie, dans le Massif Central, d'une source du massif de Saint-Marien (508 m.), elle traverse, en amont et en aval de la Châtre (201 m.), la bande d'argile liasique de Saint-Amand, puis le Boischaut : c'est bien le « Bocage » du Berry que ce pays de terres froides, parsemé de petits bois, reposant sur les sables et argiles pliocènes que l'Indre a déposés jadis à la bordure du Massif Central. L'Indre passe par Ardentes, Châteauroux (140 m.) et le vieux Déols, Buzançais, Châtillon-sur-Indre, et se déploie au pied du donjon de Loches, haut de 40 mètres, qui subsiste comme le plus gros cube de maçonnerie féodale de France, depuis que les Allemands ont fait sauter Coucy en 1917. Viennent enfin les châteaux de Touraine, Montbazon et Azay-le-Rideau ; la rivière sépare l'un de l'autre les plateaux de Sainte -Maure et de Champeigne. A Montbazon, la ligne de Paris à Bordeaux traverse d'un trait toute la vallée sur un magnifique viaduc, long de 750 mètres, en 59 arches de 21 mètres de haut.
Le troisième affluent du faisceau tourangeau est la Vienne, une ancienne « Vigenna » (qui porte donc le même nom que la Vilaine), anciennement la Vignane ou Vignagne, comme disent encore les riverains d'en haut.
La Vienne naît, comme la Vézère, du plateau de Millevaches, à 858 mètres, et, par Eymoutiers et Saint-Léonard, anciennes localités d'abbayes, elle descend très rapidement pour gagner la vallée du Taurion, au pied des monts de la Marche
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE
(puy de Sauvagnac, 701 m.) ; le Taurion est la vraie tête qui donne sa direction à la Vienne de Limoges. A cette croisée des chemins qu'est l'ancienne capitale des Lémovices, la Vienne n'est plus qu'à 215 mètres d'altitude et a déjà 80 mètres de large. Elle est nourrie par des riviérettes du granit, sinueuses, encaissées, la Combade, la Briance de Pierre- Buffière, qui a reçu la Ligoure, au pied de Chalusset, château à trois enceintes, un des plus formidables du treizième siècle. Traversant les « Terres Froides », dernière expansion du Massif Central vers l'Ouest, la Vienne coule droit à l'Ouest, par Aixe et Saint- Junien, jusqu'à ce que, vers Exideuil, alors qu'elle était proche de la Charente, à 2 500 mètres à peine, elle tourne brusquement au Nord et arrose Confolens, au « confluent » de la Goire. Ainsi la Vienne supérieure, et pareillement peut-être son affluent la Gartempe, qui, après avoir coulé de l'Est à l'Ouest, forme le même coude vers le Nord, non loin de Bellac, au Nord de la montagne de Blond (515 m.), ne semblent pas avoir appartenu primitivement au bassin de la Loire ; mais, faisant partie du système fluvial qui rayonnait tout autour du Massif Central, elles devaient gagner au plus court l'Océan. Les trois lignes d'eau originelles, de direction normale aux couches concentriques de la cuvette, c'est le Cher, prolongé en amont par l'Aumance, c'est l'Indre, et c'est la Creuse, qui ont gardé leur approximatif parallélisme initial.
La Vienne baigne de beaux sites féodaux, dominés par les ruines ou le squelette de leurs donjons, L'Isle- Jourdain, Lussac-les-Châteaux, Chauvigny ; elle s'enfle à partir de son entrée dans les calcaires oolithiques du Jurassique, à Availles-Limousine, de fortes sources ; elle reçoit en amont de Châtellerault son gros affluent, nourri lui aussi par le calcaire, quoique né près de Confolens dans les schistes anciens, le Clain. Celui-ci recueille à Voulon, en amont de Vivonne, tout un éventail d'affluents, et dessine, entre ce confluent et Poitiers, l'axe du seuil du Poitou. Il reçoit aussi la Vonne à Vivonne, la Vonne de Sanxay et de Lusignan, puis l'Auzance de Vouillé.
A Châtellerault (58 m.), la Vienne est assez robuste et court encore assez vite pour mettre en mouvement les roues et les artifices des couteliers qui précédèrent l'établissement de la manufacture nationale d'armes. Elle passe par Dangé, L'Ile- Bouchard, et cette « île » est une preuve que le cours d'eau s'élargit ; il atteint en effet 150 mètres de large dans ce pays de Chinon (32 m.), gras et riche à souhait, la capitale du pays rabelaisien. Dans son immense château féodal, rival de Loches, commandèrent les Plantagenets, rois d'Angleterre, qui dorment leur dernier sommeil dans le silence du cloître voisin de Fontevrault. La Vienne finit à Candes, par 32 mètres, après un cours long de 350 kilomètres.
LA LOIRE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS
La Creuse, née en Millevaches, sur ce plateau humide dit plateau de Gentioux, ne s'écarte guère de la direction Sud-est-Nord-ouest dans son cours de 255 kilomètres. Chère à George Sand, c'est la rivière « creuse », creuse surtout dans sa longue traversée des terrains cristallins, et deux fois pittoresque, d'abord à cause des gorges où elle coule sauvage et encaissée, puis des châteaux forts qui, sur ces confins du Limousin et du Berry, gardaient les coudes, les ponts, les gués. La Creuse passe ainsi au pied de Felletin, d'Aubusson, traverse le long couloir houiller qui va d'Ahun à Lavaveix, coule en vue de Guéret, reçoit à droite la Petite Creuse de Boussac. Elle baigne Crozant, au confluent de la Sédelle (rive gauche), reçoit la pittoresque Gargilesse, et pénètre, pour peu de temps, dans le plus aimable des pays, dans la bande liasique qui sépare le Massif Central de la bande oolithique ; à Argenton, elle est déjà sur l'oolithe, puis, par Saint- Gaultier, Le Blanc, Fontgombaud, elle décrit une petite inflexion, la seule de son cours rectiligne, autour du plateau à étangs de la Brenne, petite Sologne de sables et d'argiles déposés lors de l'éocène. Par la Roche-Posay, au confluent de la Gartempe, par la Haye- Descartes, châteaux anciens, châteaux modernes, par Port- de -Piles, elle rejoint la Vienne, dans un large triangle d'alluvions récentes.
La Gartempe, tributaire de la Creuse, reproduit dans son cours les deux éléments de celui de la Vienne, et, comme elle, se coude vers le Nord après avoir coulé vers l'Ouest. Elle s'apaise en passant du granit au calcaire, qu'elle entame à partir du confluent de la « Brame », en amont de Montmorillon ; la Brame passe par le Dorât. Son principal affluent est l'Anglin, rivière d'Angles (1).
Le faisceau fluvial Près d'Angers , à Bouchemaine, débouche la
de la maine Maine, tronc collecteur d'une des plus belles
a ramures » de rivières (fig. 70).
Le Loir, dans son cours supérieur, est une eau indigente, tout comme son mince affluent la Conie. Ce sont des cités beauceronnes que le Loir arrose, si toutefois l'on peut ainsi parler, puisqu'il ne roule pas un mètre cube d'eau dans les fossés de la première d'entre elles, Châteaudun, ville héroïque, digne du « dunum » gaulois qui survit en son nom, et qui fut le Verdun de l'autre guerre, celle de 1870 ; puis se suivent Fréteval, Vendôme, Montoire, vieille abbaye en aval de laquelle le Loir reçoit la Braye (de Vibraye), qui l'enrichit, qui le double, puis Château-du-Loir, le Lude, la Flèche, jadis célèbre par son collège des Jésuites auquel a succédé l'école
(1) Ce pays, français par excellence, est celui de Descartes, né à la Haye-Descartes, et de Richelieu ; les Plessis étaient originaires d'Angles-sur-Anglin).
militaire dite Prytanée, et maintes autres bourgades, taillées en partie dans la roche crayeuse tendre des versants, comme la Chartre.
Le Loir tombe dans la Sarthe, long de 312 kilomètres et riche de 25 mètres cubes en eaux moyennes.
La Sarthe, axe médian du faisceau des trois affluents, est une ample rivière de l'oohthe et de la craie ; elle est mieux équilibrée comme régime que la Mayenne,
tout entière armori-
FlG. 70. — LES TROIS COURS D'EAU DE LA MAINE.
caine. Elle est tour à tour normande, puisqu'elle naît dans le Merlerault, et trace son cours dans le Bocage normand, armoricaine par son coude vers l'Ouest, qui entame le massif ancien, où elle bute contre les Avaloirs, enfin mancelle.
Rivière d'Alençon (136 m.), elle traverse ensuite une série de « Campagnes » jurassiques, la « Campagne d'Alençon » et le Saos-
nois de Mamers, ou « Champagne mancelle », d'où le nom d'Orne Saosnoise, donné à un de ses affluents. Au Mans, où elle n'est plus qu'à 46 mètres d'altitude, elle reçoit l'Huisne, ou Hoëne, qui vient comme elle du Perche, dont les sources voisinent avec les siennes, et qui, tout en s'écartant pour la rejoindre ensuite, décrit avec elle un quadrilatère presque parfait ; l'Huisne passe par Nogent-le-Rotrou et la Ferté-Bernard. A Sablé, la Sarthe reçoit l'Erve (dont elle épouse la direction Nord-Sud), qui passe à 5 kilomètres d'Evron, d'où le nom donné aux hauteurs qui la dominent au Nord, les Coëvrons, à 357 mètres.
La Mayenne franchit en une percée, non loin de Juvigny-sous-Andaine, la longue ride de grès armoricain qui porte Mortain et Domfront; son affluent la Varenne ouvre la gorge gardée par le donjon de Domfront (c'est-à-dire Saint-
LA LOIRE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS
Front). Ainsi constituée, elle coule droit au Sud, passe à Mayenne, ville qui donna son nom à la rivière ou lui prit le sien, à Laval (54 m.), — c'est-à-dire « la Val », la Vallée, — à Château- Gontier. Longeant les confins de la Bretagne, « la Val de Mayenne » ouvre, entre Angers ej: Caen, par Laval, Mayenne, Fiers, Condé-sur-Noireau, une route directe. Elle reçoit, sur sa rive droite, l'Oudon, de Craon et de Segré ; mais elle arrive au rendez-vous de la Maine beaucoup plus pauvre en eaux moyennes ou basses que la Sarthe, parce que son cours est tout entier dans les terrains primitifs ou les schistes primaires ; d'autre part elle a des crues parfois violentes, et même méchantes.
La Maine porte le même nom que la Mayenne (ce sont ià deux orthographes d'un mot qui jadis s'est toujours prononcé Maine). Elle est la vigoureuse synthèse de ces trois cours d'eau si bien disposés pour l'installation et pour la circulation humaines, et qui à ce titre paraissent avoir tout spécialement tenté ceux qui ont baptisé nos départements : Maine-et-Loire, Eure-et-Loir, Sarthe et Mayenne.
La Loire Nantes et ses faubourgs d'aval sur la rive gauche dessinent
maritime ie creux d'une troisième courbe en demi-cercle, bombée vers le Sud, et qui va d'Ancenis à l'embouchure (fig. 71). C'est donc, comme Bordeaux, un port en croissant, un « port de la Lune », occupant une situation prédestinée pour la grande place de commerce qu'elle fut aux siècles passés et qu'elle est en train de redevenir. D'une part, comme Rouen, Anvers, Hambourg, Londres, Bordeaux, elle occupe la situation classique au contact de la partie maritime du fleuve, de l'estuaire gonflé par la marée, et du lit fluvial, plus étroit, moins profond, mais où l'on peut jeter les derniers ponts. Des îles faisant la chaîne (comme aux Ponts-de-Cé) facilitaient le passage du fleuve, qui se divisait là en six bras (le pont Maudit est sur l'un de ces bras ; voir aussi le frontispice du présent chapitre); puis des coteaux aboutissaient au fleuve : entre autres le Sillon de Bretagne, le premier des reliefs Sud -est -Nord -ouest de l'Armorique, vient imposer au fleuve son dernier étranglement; enfin un double confluent forme une « croisée des chemins » d'eau : au Nord l'Erdre, profonde et large comme un fjord, et qui est probablement un reste de la mer tertiaire, avec ses « plaines » d'eau élargies jusqu'à un kilomètre ; au Sud la Sèvre Nantaise, de Mortagne, de Tiffauges et de Clisson, avec son petit faisceau d'affluents, dont l'un, la Moine, passe au pied de l'active petite ville de Cholet. Telles sont les prédestinations naturelles qui firent de Nantes, dès l'époque de la Ligue hanséatique, et au temps où la France disputait l'Amérique à l'Angleterre et à l'Espagne, un de nos deux
GEOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE
plus grands ports (avec Bordeaux). Les renoncements politiques, et l'ensablement de la Loire, causèrent le dépérissement de Nantes jusqu'à l'ouverture du canal maritime de la basse Loire.
En présence de cette décadence, les riches armateurs du quai de la Fosse, toujours pleins d'initiative, transformèrent, grâce au charbon à bon marché, la ville maritime en cité industrielle. Les usines englobent aujourd'hui les îles du fleuve
et les terres basses de la rive gauche; elles s'étendent sur la rive droite jusqu'à Chantenay, et bien plus bas en aval, où s'est constitué, au temps des « forges anglaises », avec la houille anglaise, un centre industriel autonome comprenant Indre, Indret, dans une île, la Basse-Indre.
Toutes les îles qui se succèdent, verdoyantes, prairies et jardins, dénoncent cette
FlG. 71. — LA LOIRE MARITIME ET LES COURS D'EAU VENDÉENS. , , , ^
zone ou la lutte entre l'eau douce et l'eau salée précipite sur place les sédiments, où les masses énormes de vase noire, remuées et ramenées vers l'amont par la marée, tombent au fond et y constituent des bancs noirâtres. On estime qu'il se dépose, entre Nantes et Saint-Nazaire, 600 000 mètres cubes de boue par an, et l'ingénieur Collin a évalué à 43 millions de mètres cubes les apports qui se sont disséminés dans la basse Loire, de 1821 à 1853. Ainsi la Loire est un fleuve « travailleur », au grand dam des mariniers et des pilotes qui, d'une année à l'autre, ne reconnaissent plus les passes, et constatent que leur bateau « touche » là où il passait jadis sans encombre. An après an, la profondeur diminuait ainsi, au moment même où augmentait la cale des navires. La basse Loire était peu à peu délaissée par ses clients habituels, qui faisaient escale à Saint-Nazaire, tandis que les quais et les docks de Nantes restaient déserts. Il était temps de sauver Nantes de la ruine, et c'est alors que fut construit,
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Hauteurs.
de, 0 à 200 mètres de BOO à 500 [ichelle de 1:2,
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LA LOIRE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS
sur la rive gauche du fleuve, le canal maritime commencé en 1882, long de 15 kilomètres, large de 22 m. 50, profond de 6 à 6 m. 50, moitié en Loire et moitié dans les terres, qui part du Carnet près de Paimbœuf et aboutit à la Martinière, à 16 kilomètres en aval de Nantes. Le trafic se releva aussitôt : nous le dirons plus tard.
Donc la Loire ne s'approfondit pas comme la Gironde (qui atteint 32 mètres de creux), mais elle s'élargit et elle embrasse, en dessous de Le Pellerin, des îles de plus en plus grandes, de plus en plus nombreuses ; elle atteint jusqu'à 4 à 5 kilomètres de largeur en amont et en aval de Donges, au plus large de cet estuaire qui a 50 kilomètres de longueur. La rive Sud, serrée par le pays de schistes cristallins, reste nette et précise ; elle délimite le pays de Retz et s'entr'ouvre pour laisser passer la Chenau, « chenal » de décharge de cette nappe d'eau si peu profonde du lac de Grand-Lieu, tout enveloppé de roselières marécageuses plus étendues que luimême. Sur la rive Nord, jusqu'au pied du Sillon de Bretagne (91 m.), un pays de « brières » (c'est-à-dire « terre de bri » (1), terre de vase marine) annonce cette région plus méridionale de marais qui borde tout le Bas-Poitou ; entre la Loire et la Vilaine s'étend la « Grande Brière », dont les « paludiers » gardent des mœurs si curieuses.
Des deux ports de l'embouchure, l'un, escale traditionnelle de Nantes, Paimbœuf (formé sur le mot breton « Pen », tête), est situé en terre ferme, sur le granit ; l'autre, Saint-Nazaire, est une fondation artificielle du second Empire : il a développé (comme Port-Saint-Louis-du-Rhône) ses bassins à flot en terre basse, en plein marécage, et ce fut dans tous les sens une création. Destiné à être (comme Pauillac) le port en eau profonde, où débarquaient les paquebots, où s'allégeaient les cargos à destination de Nantes, il a reçu, de par la guerre de 1914-1918, du jour où il est devenu base anglaise, puis base américaine, une impulsion imprévue et magnifique, et il a été doté d'un nouvel outillage tout à fait moderne de voies ferrées.
La Loire débouche entre les pointes de Chemoulin et de Saint-Gildas, toutes deux granitiques, distantes de 12 kilomètres. Si l'on consulte la carte des fonds, au large, on constate qu'au-dessous des flots de cet estuaire s'étale en réalité un delta, et que les branches de ce delta se dessinent chacune entre deux traînées d'alluvions jusque bien loin en pleine mer. Les courants qui longent la côte ramènent d'ailleurs vers le Sud quantité des apports du fleuve, et ce sont ces sédiments qui, charriés et déposés avec le bri dans la baie de Bourgneuf, ont exhaussé lentement le fond,
(1) C'est Jules Welsch qui a nettemnt distingué des alluvions provenant des sédiments d'eau douce cette vase marine dite bri qui forme le revêtement de tous les « Marais » : de l'occidental et septentrional dit Marais Breton, comme du Marais méridional, vrai nom vendéen du Marais Poitevin. (Le Marais Poitevin, Annales de géographie, 15 septembre 1916, p. 336.)
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE
ont rattaché peu à peu à la terre ferme les îlots, les « étiers », les anses du Marais Breton et font tous les jours, durant quelques heures à marée basse, de l'île de Noirmoutier une presqu'île.
Les fleuves côtiers La presqu'île Bretonne reçoit des pluies prolon-
armoricains gées et gnes (du « crachin ») qui finissent par constituer
une couche d'un mètre au bout de l'an ; il y aurait là de quoi alimenter un grand
FlG. 72. — LES FLEUVES CÔTIERS ARMORICAINS.
fleuve médian, qui coulerait par exemple d'Est en Ouest. Tel n'est pas le cas : tous les fleuves bretons sont périphériques, ce sont des « fleuves côtiers » ; ils sont innombrables, mais peu développés, peu abondants aussi, et contrarient les communications plutôt qu'ils ne les servent (fig. 72).
Pourtant, aux approches de la mer, ils font grande figure ; les chemins de fer les enjambent sur de grands viaducs, tels que ceux de Morlaix, de Châteaulin, de Dinan, les navires de mer les remontent toutes voiles dehors, les vaisseaux de guerre pourraient y trouver, comme dans le Trieux, un asile sûr et des profondeurs suffisantes. Là où le fleuve devient bras de mer se trouve, avec le dernier pont, le passage obligatoire : ainsi Pon t- A ven,Pon trieux et les nombreuses localités en «Pont».
LA LOIRE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS
En partant du Couesnon, qui, « par sa folie, mit Saint-Michel en Normandie », énumérons simplement les principaux cours d'eau, qui se terminent en général en face d'une ville vivant de la mer, port de cabotage, port de pêche pour Terre- Neuve, port militaire, comme le sont restés Brest et Lorient, comme le furent autrefois Saint-Malo, Paimpol, Port-Louis. La Rance, ou rivière de Dinan, dont un affluent passe sous les murs du château de Combourg, finit entre les trois villes de Saint-Malo, Saint-Servan et Dinard ; sa direction et son ampleur de belle « ria » en font une voie de communication importante (fig. 73). Puis viennent l'Arguenon,
FlG. 73. — L'ESTUAIRE DE Î.A RANCE. (A. Lepère. i
Ar-Guenn, c'est-à-dire « la blanche », le Gouet qui coule en contre-bas de Saint- Brieuc et forme le port du Légué, le Trieux de Guingamp, qui passe à Pontrieux et Lézardrieux, noms formés sur celui de la rivière, le Tréguier de Tréguier (ancien évêché), le Léguer de Lannion, le Dossen de Morlaix : petites rivières, grands viaducs.
Dans la rade de Brest, débouchent le Penfeld, qui forme le port militaire où s'allonge l'arsenal, l'Ëlorn ou Rivière de Landerneau, l'Aulne, en breton le Steir Aoun, la « profonde eau » ou Rivière de Châteaulin, qui termine le canal de Nantes à Brest. Sur la façade du Sud, à partir de la pointe de Penmarch (ou mieux Penmarc'h), les rivières ont toutes à traverser le plateau méridional, ce qui accidente leur cours pittoresque. C'est l'Aven de Pont-1'Abbé, c'est l'Odet de Quimper (Kemper signifie aussi Confluent, comme dans Quimperlé, sur la Laïta), c'est l'Aven de Pont-Aven. Dans la rade de Lorient débouchent le Scorff, de Pont-Scorff, et le Blavet, qui donna son nom à Blavet, aujourd'hui Port-Louis, en face de Lorient : petit fleuve,
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE
qui débute assez loin pour drainer le bassin intérieur, le Blavet passe au carrefour de rivières de Goarec, à Mûr de Bretagne, à Pontivy, ville ancienne restée solitaire au milieu de sa lande, et perce les Landes de Lanvaux avant de s'épanouir en estuaire sous Hennebont. Le Loc, ou Rivière d'Auray, débouche dans la « petite mer a du Morbihan, où une autre « Rivière », celle de Vannes, abrite l'ancienne capitale des Venètes.
Aucune de ces rivières ne reçoit d'affluent transversal notable et ne constitue
un réseau fluvial, possédant des bras ou des branches : seule la Vilaine fait exception. C'est là un petit fleuve, au même titre que la Somme et l'Adour.
Vilaine, vilain nom, et point mérité. Dans les cartulaires du moyen âge, elle s'appelle « Visnonia », «Vitisnonia», «Vicenonia », ce qui devrait donner en français Visnaine, donc un mot analogue à la Vienne du Limousin, Ja Vignane, comme disent les paysans. Elle coule Est-Ouest, venant des collines du Haut-Maine hautes de 200 à 225 mètres, passe à Vitré, vieille ville plaisante, et atteint à 25 mètres à peine le carrefour important de Condate (le « confluent »), d'où est née la ville qui a pris le nom de la peuplade des Redones, aujourd'hui Rennes. Elle se coude dès lors vers le Sud, prolongée vers le Nord par l'Ille, laquelle communique avec la Rance, rivière de Dinan, par un seuil abaissé, utilisé par le canal d'Ille-et-Rance ; telle est la grande communication Nord-Sud de la Bretagne, tracée selon l'axe d'une dépression qui, si la mer se relevait de moins de 100 mètres, ferait de la Bretagne une île.
De Rennes à Redon, dans un cours à peu près Nord-Sud, le fleuve reçoit des affluents qui s'alignent selon les bandes schisteuses ou granitiques, dont la Seiche, le Semnon, le Don. Redon, dont le nom conserve aussi le souvenir des anciens Redones, est un carrefour fluvial plus important encore que Rennes ; en ces parages
FlG. 74. — EN PLEIN MARAIS POITEVIN. (A. Lepè
LA LOIRE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS
confluent trois cours d'eau, Ouït ou Oust, Arz, Isac, et là pénètre le flot de marée. La Vilaine s'élargit en estuaire et passe sous la travée du pont de La Roche-Bernard.
Le canal de Nantes à Brest s'en sépare pour gagner la Loire par l'Erdre. Vers le Nord ce canal, dont Napoléon prétendit faire l'axe commercial intérieur de la Bretagne, à l'abri des croisières de la flotte anglaise, remonte l'Oust, puis le Blavet qu'il atteint à Pontivy, ville à laquelle Napoléon voulut donner la même importance stratégique (Napoléonville) qu'à la Roche-sur- Yon (Napoléon- Vendée), et finalement se confond avec l'Aulne, en Rivière de Châteaulin.
Au Sud de la Loire, le Lay, formé du Grand- Lay et du Petit-Lay, ramasse des eaux qui courent aussi sur des roches cristallines après avoir traversé la bande allongée si typique (Hasique, oolithique et houillère) de la Champagne de Chantonnay. Il reçoit l'Yon de la Roche-sur- Yon.
La Sèvre Niortaise, qui arrose Saint-Maixent, Niort et Marans si délicieusement dépeint par Henri TV (i) mais beaucoup plus vivant alors qu'aujourd'hui, s'achève en se traînant en plein Marais Poitevin (fig. 74). Elle accueille cette modeste et calme Vendée, de Fontenay-le- Comte, dont le nom, à cette frontière extrême du Massif Armoricain, a eu en vérité un surprenant destin (2).
(1) Voir plus haut, le Visage de la France, p. 26.
(2) Voir plus loin la fin du chapitre XIV, la Division en départements : Origines, principes, critiques.
LAVEUSES DE L'iLE LACROIX, A NANTES. (A. Lepère.)