LA DORDOGNE ET SES AFFLUENTS
Sumène, Auze, Maronne, Cère et leurs nombreux tributaires, font un crochet au sortir de la zone des trachytes et des basaltes, lorsqu'elles atteignent les terrains plus anciens. Ces coudes ont permis des annexions dont la Dordogne a grandement profité, puisqu'elle recueille à elle seule la moitié des eaux cantaliennes (la Truyère s'est annexé les cours d'eau du versant Sud et Sud-est, continuant l'éventail jusqu'à l'Ander, qui coule au pied des basaltes de Saint- Flour ; il n'est resté à l'Allier qu'une branche unique, PAlagnon, qui s'échappe à l'opposé de la Cère, soulignant un même diamètre de l'ancien volcan circulaire). Dans le lit même de chacune de ces hautes rivières cantaliennes et de leurs moindres affluents, les eaux quittent ou franchissent les dures roches éruptives par une gorge comme le Pas de la Cère ou plus souvent encore par une cascade qu'on pourrait sans doute appeler d'un terme générique : « le saut du basalte ».
Dès lors, la Dordogne s'imprime dans la masse même du plateau cristallin, en
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de noirs déniés, dont les talus, non plus redressés à pic, comme les parois calcaires des Causses, mais escarpés pourtant, ont jusqu'à 200 et 250 mètres de creux ; ces gorges, encaissées dans les roches les plus dures, sont longues de 15 lieues, entre Madic et Argentat, et donnent à la Dordogne son vrai caractère de fleuve du
FiG. 61.
LES PLATEAUX CALCAIRES QUI BORDENT LA DORDOGNE : DOMME AU PREMIER PLAN, VUE PRISE VERS LE SUD-OUEST. (A. Lepère.)
Massif Central. Là, se cachent les confluents de multiples rivières et ruisseaux, drainant un pays humide, imperméable, riche en étangs et bien arrosé : à droite, la Diège d'Ussel, la Triouzonne, la Luzège de Meymac, la Doustre ; à gauche, venant du Cantal, la Sumène, l'Auze mauriacoise, coulant en contre-bas de Mauriac et surtout deux rivières à gros débit, la Maronne, dont la riche vallée aux bœufs vigoureux est dominée par la célèbre terrasse de la promenade de Barrouze du vieux Salers, et la Cère, de Vic-sur-Cère, dont la branche jumelle, la Jordanne, passe à Aurillac (625 m.). La Dordogne contourne le Puy d'Issolu, îlot calcaire détaché du Causse par la vallée de la Tourmente, position très forte dominant la dépression des
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marnes du lias (voir p. 36) et qui peut prétendre avoir été le site de l'oppidum d'Uxellodunum (voir p. 166). Elle sort du Massif Central pour déboucher dans l'oolithe, puis dans la craie, élargissant sans cesse ses méandres (méandre de Codon, 5 000 mètres de tour pour 500 mètres de flèche), au pied de roches escarpées portant de rudes châteaux ou de fières bourgades, Domme, la Roque-Gageac, Beynac ; à Limeuil arrive la Vézère, souvent toute rouge après les pluies de la riche terre des coteaux où croissent les châtaigniers.
La Dordogne, dans cette part de son cours, s'est ouvert une vallée dont les couleurs et les formes ont une harmonie et une splendeur incomparables (planche VI), tandis que de part et d'autre s'étalent les plateaux aux lignes douces du Périgord Noir (fig. 61).
La Dordogne a déjà descendu presque toute sa pente ; pourtant elle a encore des rapides à franchir, car peu de rivières en France ont un profil en long plus raide et
plus accidenté que cet émissaire du vieux Massif, relevé et rajeuni (fig. 62) ; les trois rapides de Lalinde l'abaissent de 8 à 9 mètres ; là cesse le « Val de Dordogne » et commence la vaste plaine alluviale où elle
Giynde__ — '^===:::::^^^ dent : Bergerac, où
OCEAN ' — FlG. 62. — REPRÉSENTATION SIMPLIFIÉE DES PENTES DE LA DORDOGNE, DE LA GARONNE ET DE QUELQUES AFFLUENTS.
s'étire et s'élargit à la surface des boues et des limons jadis apportés par elle.
Des villes, petites et moyennes, se succè-
le « Grand Barrage »
lui donne déjà l'apparence d'un fleuve, Sainte-Foy-la-Grande, Castillon, où se livra la bataille qui mit fin à la domination anglaise en Guyenne, et jusqu'où remonte le flot de marée. Libourne, enfin, où conflue l'Isle, en face du tertre de Fronsac (72 m.) et où la Dordogne devient aussi magnifique que la Garonne. La charmante Libourne (c'est-à-dire Livourne) fut dans le passé un port rival de Bordeaux, mais c'était trop de deux ports à une si petite distance, et elle fut condamnée à déchoir.
La Dordogne est bouleversée, vers l'aval, en équinoxe, lors des grandes marées, par l'impétueux « mascaret », flot de remonte pareil à la « barre » de la Seine, qui blanchit d'écume et souille de boue la surface du courant. Avant de déboucher, « mer » elle-même, dans cette autre « mer » qu'est la Gironde, elle passe sous le joug des deux ponts, prolongés par des viaducs, de Saint-André-de-Cubzac, longs l'un de 1 500 mètres, l'autre de 2000 mètres. Malgré son ampleur, ce n'est pourtant pas à partir du « Grand Barrage » de Bergerac qu'elle se prête à la navigation, contrariée
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tout le long par des rapides, mais elle est utilisée dès Libourne, et même dès Saint- Jean-de-Blagnac.
La Vézère tombe de saut en saut, de « ratch » en ratch, comme on dit dans le Sud-ouest; deux sont particulièrement marqués, le saut de la Virolle, haut de 15 mètres, par lequel elle s'échappe des Monédières, et le saut du Saumon, de 3 à 4 mètres seulement. Pittoresques sont les vieilles villes perchées sur les escarpements des gorges où elle bouillonne : Treignac, qui a trois anciens ponts ; Uzerche, capitale de l'Uzerchois, à laquelle les toits étages et les tourelles de ses maisons bourgeoises donnent si grand air et ont valu ce proverbe :
« Qui a maison à Uzerche, il a château en Limousin. »
Comme la Dordogne, la Vézère sort des roches cristallines pour entrer dans l'oolithe et dans la craie du Périgord, où elle s'est façonné une sorte de canon largement ouvert. Dans cette craie blanche, dont ça et là les tons ocres rougeoient au soleil couchant, sont creusées, on l'a vu précédemment, les plus vieilles demeures de ces hommes qui connaissaient déjà, plus de vingt mille ans avant notre ère, un art consommé de sculpture, gravure et peinture rupestres (voir chapitre m, p. ni et suiv.) ; là se sont déroulés en vérité les premiers épisodes de la plus ancienne histoire nationale.
Plus connue que la Vézère est son affluent, la Corrèze ; car elle a donné son nom à un de nos départements. Elle est formée par deux petits ruisseaux qui confluent à Tulle, Corrèze et Montane, laquelle saute par les trois cascades de Gimel ; elle n'est plus à Tulle qu'à 200 mètres, et rejoint la Vézère en aval de Brive-la- Gaillarde, capitale du Bas-Limousin, petite ville coquette et très aisée.
A Libourne conflue un énorme faisceau, presque entièrement tributaire du Massif Central, celui de l'Isle, grossie de l'Auvézère et de la Dronne. L'Isle passe comme ses voisines des roches anciennes dans le calcaire, puis dans la craie, où de gros jaillissements, Glane, Gorce, etc., l'épurent et l'amplifient; elle se grossit de la Loue, rivière de Saint- Yrieix-la-Perche, et, au Gour de Saint-Vincent, d'une résurgence d'eaux de l'Auvézère infiltrées dans le sol poreux; elle arrose Périgueux, tout resplendissant des coupoles de Saint-Front, Mussidan, Coutras, où elle reçoit la Dronne ; elle est plus ou moins navigable à partir de Périgueux, au moyen d'écluses, sur à peu près 150 kilomètres.
L'Auvézère, longue de 103 kilomètres, dont le nom n'est qu'un doublet de la « Vézère » par agglutination de l'article, quitte elle aussi le Limousin pour le Périgord, et, à son entrée dans l'oolithe, elle change de nature ; son eau, grossie des sources du calcaire, devient claire et pure ; mais, si elle grandit, elle perd des eaux aussi dans
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les fissures de son lit, à la Perte du Souci, eaux qui reviennent à l'Isle au Gour de Saint-Vincent.
La Dronne, le second affluent majeur, tombe dans l'Isle à Coutras, ville où remonte la marée; très développée, elle ne parcourt pas moins de 189 kilomètres. Elle naît près de Chalus ; elle a ses ratchs et ses cascades : elle passe à Saint- Pardoux, à Brantôme, à Bourdeilles, tout près de Ribérac, à Aubeterre, à la Roche-Chalais, où elle reçoit la Tude de Chalais.
C'est par le faisceau des affluents qui tombent à Libourne que la Dordogne tend les bras aux affluents de la Vienne : ainsi s'établit la liaison entre Garonne et Loire ; tandis que par le faisceau d'affluents qui débouchent à Toulouse, la Garonne, fleuve « liant », comme la Seine, établit un passage pareil vers les tributaires de l'Aude et ouvre une route toute naturelle vers les pays méditerranéens.
La La Charente, que les riverains prononcent « Chérente », et
Charente dont ie nom se retrouve, au diminutif, dans celui de la Charen tonne, affluent de la Risle, a un cours de 361 kilomètres si l'on en suit le développement, cours qui n'aurait que 150 kilomètres si on le mesurait en ligne droite de la source à l'embouchure (fig. 63). Elle égoutte un bassin d'un million d'hectares. C'est, avec la Somme, un des plus réguliers parmi nos cours d'eau, grâce aux sources, aux « fonts » du calcaire et de la craie qui le nourrissent et au besoin le reconstituent (la craie de Saintonge, perméable dans sa masse comme une éponge, joue le même rôle hydrologique que celle de Picardie).
Il y a une Charente Limousine qui naît dans la région de Rochechouart et s'approche de la Vienne jusqu'à la toucher presque, à moins de 3 kilomètres ; la Vienne s'éloigne par un brusque coude, tandis que la Charente continue dans la direction du Nord-ouest, comme si elle allait rejoindre le Clain ; elle se recourbe à son tour à Civray, et retourne comme sur ses pas, droit au Sud, jusqu'au confluent de la Tardoire. La Tardoire, affluent sur la carte, mais presque toujours à sec, arrive des hauteurs de Chalus, nœud hydrographique important, et passe par La Rochefoucauld ; c'est un événement quand on voit un filet d'eau dans son lit pierreux.
Ces eaux d'origine limousine (de la Tardoire, du Bandiat qui coule plus au Sud, mais est souvent à sec lui aussi) ne sont pourtant pas perdues pour la Charente ; elles réapparaissent dans le village de Touvres, en sources bouillonnantes ou en « gours » profonds et immobiles, par quatre « résurgences », le Bouillant, le Dormant, la font de Lussac, la Lèche, et constituent une rivière puissante, faisant tourner
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Hauteurs:
<4» 0 à 200 mitres
de 500 à. 1000
Echelle de i 2000.
i 10 20 30 to
moulins et papeteries, portant bateau, la Touvre ; c'est elle qui fournit la force motrice aux anciennes forges anglaises de Ruelle, devenues une fonderie de canons pour la marine, en liaison avec l'arsenal de Rochefort, et faisant corps aujourd'hui, par les faubourgs industriels de l'Houmeau et de Pontouvre, avec Angoulême, dont l'agglomération compte ainsi ioo ooo habitants. Le débit des « bouillons » de la Touvre n'est jamais inférieur à 4 mètres cubes par seconde.
La Charente, désormais grossie et mise au rang de « fleuve côtier », passe au pied du vieil oppidum d'Angoulême, qui est perché à 100 mètres; elle fournit force motrice et eaux limpides à une série de papeteries aux produits réputés ; elle arrose de coquettes petites villes, Jarnac, Cognac, capitale d'une eau -de -vie célèbre que l'on produit dans la « Grande » et la « Petite Champagne », Saintes, l'ancien Mediolanum Santonum, qui a laissé son nom à la riche Saintonge ; là un pont romain franchissait la
. ., . , , FlG. 63. — LA CHARENTE.
rivière, au pomt ou la marée accède, la Charente n'étant plus qu'à 3 mètres d'altitude; par les hautes marées, la mer remonte presque jusque sous Cognac. Puis se succèdent Taillebourg, dont le pont fut disputé jadis et resta aux troupes de saint Louis ; Saint- Savinien, où remontent les bâtiments de 200 tonnes ; le confluent de la Boutonne, Tonnay- Charente, où la marée gonfle son flot de 5 m. 50, enfin Rochefort, notre cinquième grand port militaire, qui se prêtait si bien, avant l'ère des cuirassés géants, à la mise en chantier des navires de guerre le long des rives du fleuve : dix-huit pouvaient tenir sur cale à la fois et ils étaient ensuite armés à l'Ile d'Aix. A Rochefort, la Charente a 150 à 200 mètres de large, mais il n'y a parfois que o m. 60 d'eau sur les vases à marée basse ; au delà de Soubise, elle atteint 500 mètres et devient un véritable golfe de la mer, une Gironde en miniature, large à l'embouchure de 2 500 mètres, entre le fort de l'Ile Madame, où furent enfermés jadis les prisonniers de la Commune, et le bourg de Fouras ; au large, c'est l'Ile d'Aix, dans cette petite mer intérieure qu'enclosent les îles de Ré et d'Oléron, et où fut livrée sous le premier Empire la bataille navale dite des Rades. Parmi les affluents de la Charente : le Né sépare la Grande-Champagne de la
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Petite ; la Seugne ou Sévigne passe à Pons et débouche, en amont de Saintes, aux Gonds, c'est-à-dire au « confluent », du celtique Condate ; enfin la Boutonne, née à Chef-Boutonne (Chef signifiant la source, comme Somme en Champagne), arrose Saint- Jean-d'Angély et Tonnay-Boutonne.
La Charente se tient, comme débit, entre un étiage de 35 mètres cubes et des crues de 300, avec un « module » de 95 ; ce cours d'eau du Midi est donc sage parmi les sages.
Hauteurs: de O à. 200 métrés
de ZOO à- 500
de 500 à. 1000
OLL-dessuj de IOOO m.
t e faisceau fluvial L'Adour (voiïfig. 64) est long d'à peu près 300 kilo-
J* de l'adour mètres. Cette longueur s'explique : non seulement
l'Adour vient de loin, presque du milieu de la chaîne des Pyrénées, passant à l'Est du Pic du Midi de Bigorre, mais il décrit un vaste demi-cercle, analogue, en petit, à celui de la Garonne ; il le dessine autour d'un de ces cônes « sous-pyrénéens », le cône des
graviers et des galets que le Gave de Pau a étalés jadis au débouché des montagnes, en aval de Lourdes, lorsqu'il s'écoulait droit au Nord au lieu de se recourber comme aujourd'hui vers l'Ouest. Le fleuve, malgré son origine pyrénéenne, est pauvre en eau, pour la même raison que les rivières indigentes du Lannemezan, faute de l'apport d'affluents issus de glaciers (le Gave excepté).
Le cours pyrénéen de l'Adour constitue, comme les cours alpestres, une vallée Fig. 64. - le faisceau fluvial de l'adour. fermée, qu'on appelle le Bi-
gorre (d'où le mot Bigourdan désignant les habitants), où il arrose Campan et la capitale du pays, Bagnères, à 550 mètres. A Tarbes, dont le nom vient de l'ancienne peuplade des Tarbelli, il n'est plus qu'à 300 mètres ; il est déjà sorti des montagnes, et il est saigné par des canaux d'irrigation (canal d'Alaric) comme la Garonne en aval de Saint-Martory.
L'Adour développe dès lors sa courbe en demi-cercle à travers les cailloutis,
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puis à travers les sables de la Chalosse, il arrose Saint-Sever qui est l'ancienne Cap-de-Gascogne (i), et Dax, ville d'eaux et de bains de boue, qui n'est autre que l'ancienne Aquce Tarbellicœ (Dax, c'est d'Ax, de Aqucé). Ses affluents de gauche, à part le Gave de Pau, sont insignifiants et ne l'enrichissent guère ; tout au plus peut-on mentionner le Luy fait du Luy de France et du Luy de Béarn. Parmi ceux de droite : l'Arros et surtout la Midouze, formée de la Midour et de la Douze, qui se réunissent, dans le Marsan, au pied de Mont-de-Marsan, « mont » qui culmine à 43 mètres. De tous ces cours qui s'enveloppent les uns les autres et qui ont été l'un après l'autre réunis à l'Adour, par échelonnement de captures, ou plutôt au Gave, qui est la vraie branche maîtresse, la Midouze, étant le plus au Nord, circonscrit tous les autres.
Tous les torrents pyrénéens arrivent, non à l'Adour, mais au grand Gave, au Gave de Pau, qui les intercepte.
Le grand Gave se forme, près d'Argelès, de la conjonction de trois gaves, celui de Gavarnie, le principal, qui vient du Mont-Perdu, celui de Cauterets, celui d'Argelès ; ils sont alimentés par des neiges et même de petits glaciers, tel celui de la Cascade, dans le grandiose cirque de Gavarnie, d'où les eaux s'échappent par des cascades en hémicycle, telle la Grande Cascade, haute de 422 mètres (voir chapitre I, fig. 20, p. 57). Le Gave descend par une série de gorges et de défilés où les romantiques pyrénéens, à la suite de Ramond, voulaient voir l'unique beauté sublime des Pyrénées, traverse le « chaos » de Gèdre, ancien éboulement, passe à Luz, à Saint- Sauveur, frôle Argelès et entre en plaine à Lourdes, grotte miraculeuse et rendezvous mondial de pèlerins ; du pic de Ger, au-dessus de la ville, où conduit un funiculaire, on a une vue d'ensemble de la chaîne. A Lourdes, le Gave se heurte à la butte du château et à une moraine frontale, déposée par l'ancien glacier qui remplissait sa vallée aux temps quaternaires, et il se rejette vers l'Ouest.
Le Gave sort du petit bassin de Lourdes par un défilé, que suit la ligne de Bayonne à Toulouse ; il arrose Pau, où il n'est plus qu'à 176 mètres, au pied du château des vicomtes de Béarn : de la terrasse on peut contempler le Pic du Midi d'Ossau, situé droit au Sud. Puis il passe près de Lescar, qui doit être l'ancienne Beneharnum, d'où le nom actuel de Béarn, rentre dans le roc près d'Orthez, qui eut une Université et où l'enjambe le pont fortifié que tenaient les vicomtes, et reçoit
(1) Cap-de-Gascogne ne signifie ni promontoire sur la mer, ni capitale ; c'est ici le sens premier du mot : tête, de caput, éminence (qui domine la plaine pour qui vient du Nord). Le sens de cap maritime n'est qu'un sens dérivé, qui a fini par l'emporter sur le premier ; le premier est toutefois maintenu dans la nomenclature géographique, par exemple aux environs de Toulon.
GiOGR HDMAINE. T. I. 177 13
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE
à Peyrehorade, c'est-à-dire Pierre-Percée, le Gave d'Oloron, son maître affluent. Celui-ci à son tour draine, par sa rive gauche, toute la série des Gaves entre Pic
du Midi d'Ossau et Pic d'Orhy, et il est constitué essentiellement, à Oloron, par la rencontre de deux eaux majeures : le Gave d'Ossau qui arrive de la haute contrée d'Eaux-Chaudes et d'Eaux-Bonnes par Laruns et Arudy où il se coude lui aussi, le Gave d'Aspe qui naît en Espagne et vient du si important passage du Somport. Il reçoit à Sauveterre-du-Béarn le Gave de Mauléon ou Saison. Au « Bec du Gave », confluent de l'Adour, conflue également la Bidouze de Saint-Palais. L'Adour, grâce au Gave, a désormais grand air, il porte bateau, il est soumis à la marée ; il passe à Bayonne, ville murée de Vauban, qu'il sépare du faubourg du Saint-Esprit, quartier des Israélites d'origine portugaise. Il y reçoit la Nive qui, née de plusieurs Nives, est passée à Saint- Jean-Pied-de-Port, à Cambo et à Ustaritz. L'Adour se jette à la mer par une ouverture artificielle, que lui ouvrit Louis de Foix, au Boucau-Neuf. Entre le quatorzième et le seizième siècle, ne pouvant forcer la chaîne des dunes littorales, il la longeait vers le Nord jusqu'au Vieux-Boucau, recueillant ainsi les eaux de l'étang de Soustons. Antérieurement encore il débouchait entre les deux, au
FlG. 65. — LES ANCIENNES EMBOUCHURES DE L'ADOUR.
Gouf de Cap-Breton (fig. 65).
SUR LES. ROUTES D AQUITAINE. (A. Lepère |