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FlG. 106. — LA RÉPARTITION DES SUFFIXES DE NOMS DE LIEUX D'ORIGINE SCANDINAVE DANS LA NORMANDIE ORIENTALE (d'après J. Sion).
Vicq) ; — ou bien s'est combiné avec un nom de rivière : Vivonne sur la Vonne (Vedonna), Meuvy sur la Meuse (Mosa).
Les habitants de ces villages (vicani) constituent un groupe, possèdent une église, forment une paroisse. Mais l'origine de nombre de nos villages est plus humble encore ; il s'agit d'un simple domaine rural, appartenant à un propriétaire
des noms germaniques se trouve dans l'ancien pays de Vaud. Moudon, par exemple, sur la Broyé, forme le centre d'un groupe étendu et très dense d'établissements de Germains. De là, la zone se prolonge en large bande, à travers les districts d'Échallens et de Cossonay, et va ensuite se rétrécir entre le Jura et le lac Léman. Voir Jean Brunhes, la Géographie humaine, 2- édit. Paris, 1912, fig. 271, p. 705.
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE
gallo-romain : on appelait « villa » l'ensemble de l'exploitation, maison du maître et terres d'alentour. Le village est sorti de cet ancien domaine rural, et comme preuve de son origine il a gardé le nom de son propriétaire, possesseur ou fondateur. Le processus philologique qui, partant de quelques noms de famille peu nombreux, aboutit au nom actuel, est partout le même : ainsi la propriété de la gens Victoria s'appellera Victoriacus, et ce suffixe « acus », « acum », donnera, selon les provinces : Vitry, Vitrey, Vitré, Vitrac et Vitrée ; les innombrables Pouilly viennent de Pauliacum (Paulus); Florac et Fleury de Florus, Juilly de Julius, Char lieu de Carolus. A ce radical, chaque province ajoute sa désinence originale, ac dans la Gascogne et dans une grande part méridionale du Massif Central (Armagnac, Ribérac, Bergerac, Aurillac, Mauriac), ieu ou ieux dans la Bresse ou le Dauphiné ( Jallieu, Meximieux), parfois y (Isigny, Pontivy).
La limite entre les formes en ac et en y suit approximativement la frontière entre langue d'oc et langue d'oïl. Le Berry, par exemple, n'est pas loin de la lisière ; il s'y développe une forme de transition en at, très fréquente aussi en Bourbonnais et en Auvergne. En Limousin, il y a même une commune qu'on appelle indifféremment Bonnat ou Bonnac (Haute- Vienne).
Beaucoup de ces noms propres ont gardé intégralement le suffixe « ville » (de villa), comme en Beauce, en Lorraine et en Normandie (Lunéville, Anfreville). Aussi des contresens fréquents sur ce mot « ville » qu'on prend dans son sens actuel d'agglomération, ont permis d'échafauder des interprétations fautives, des légendes comme celle de la « ville de Brandes », en Dauphiné, qui aurait été la capitale du « prince Ladre », un prince lépreux, ou de la ville de Lupé en Limousin.
Le diminutif de villa, « villare », le hameau, a donné les nombreux Villards de la carte (Villars-les-Dombes) et les Viller de la région lorraine, en marge de la langue germanique : Ribeauvillé, Ramberviller (Ramberti villare), Gerbeviller (Gerbert), Badonviller et les Weiler d'Alsace. Quelquefois le mot « villa » était remplacé par le mot « court » (de Curtis ou Curtem) d'où sont venus les mots en court du pays de Montbéliard ou de la Picardie : Audincourt, Voujeaucourt, Hérimoncourt, Bellicourt, Wiancourt et les Goncourt (de Godon), Baudricourt (de Balderich).
Ainsi certains de nos noms de villages sont simplement des noms propres de personnes et nous ont transmis le nom du propriétaire primitif (i).
(i) A leur tour, des noms de villages ou de villes ont été accolés à des titres nobiliaires et se sont refaits « hommes », puisque l'on dit : un Bourbon, un Vendôme, un Luynes, un Montmorency, etc. Richelieu portait le nom d'un simple village dont il a fait, par vouloir orgueilleux et d'un seul coup, une très belle ville, qui resta mort-née (voir chap. XVIII, les Villes, au début du deuxième volume).
LES NOMS DE LIEUX, LA JONCHÉE DES NOMS DE FRANCE
Changements II ne faut pas croire que seules les époques passées ont eu
de noms ie privilège d'engendrer des noms. Notre époque actuelle a
aussi sa génération, formée non pas tant de noms de nouvelles agglomérations, comme Decazeville ou Paris-Plage, mais par les généralisations que les progrès de la géographie ont permis. Les premiers noms apparus, en effet, sont les noms de petits faits en rapport avec l'horizon borné d'hommes sédentaires ; on a commencé par nommer chaque sommet avant de nommer toute la chaîne. Les fleuves, jadis, ont eu sans doute plusieurs noms sur leurs cours, comme aujourd'hui les grands fleuves équatoriaux (Congo, Amazone), et au contraire, sur les lignes de faîte, les cours d'eau coulant en sens opposé portent souvent le même nom : Arc et Orco, Doire et Durance et peut-être Rhin et Rhône et même Garonne et Noguera qui serait le même nom. Cependant, en France, le premier nom représentant une idée synthétique qui ait apparu semble bien avoir été celui de la barrière continue qui borde le golfe du Lion vers le Nord, barrière qui reçut depuis la plus haute antiquité le nom de Cévehnes (Cebenna).
Mais il faut arriver à notre époque pour trouver des appellations désignant de vastes systèmes géographiques, appellations d'ailleurs souvent mal choisies, comme le Massif schisteux rhénan, le Plateau Central, qui n'a rien d'un plateau, la Champagne humide réunissant deux vocables contradictoires, les Corbières occidentales, etc. (i).
La création des noms appartient donc à toutes les époques ; c'est une des manifestations de la vie des noms ; mais une fois créés, les noms vivent en ce sens qu'ils se modifient.
Le changement de nom peut être radical. Telles les anciennes capitales des « civitates » gallo-romaines, qui ont pris le nom du pays qu'elles gouvernaient :
Limonum, capitale des Pictones, devenu Poitiers. Divona, — Cadurci, — Cahors.
Augustoritum, — Lemovices, — Limoges. Avaricum, — Bituriges, — Bourges.
Le cas inverse, l'ancien nom de la ville restant à la région environnante, est beaucoup plus rare. Cependant, Bayonne avant le douzième siècle s'appelait Lampurdum, nom
(i) Il y a plus de trente ans déjà que, dans un article de la Revue de Géographie sur Quelques réformes dans la terminologie géographique de la France, Paul Vidal de La Blache protestait contre ces mauvaises dénominations et proposait de proscrire les Corbières occidentales et YArgonne orientale comme « contraires à toute précision et à toute vérité ».
'.(."'. ». BUMAINE, T. I. 305 20
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE
que porte aujourd'hui le pays de Labourd dont Bayonne était l'ancienne capitale. Voici un tableau de quelques changements de noms :