LA DISTRIBUTION DES SAINT-JEAN EN FRANCE
TkjoMS et Le plus souvent les générations de noms diffèrent les unes
1^1 désinences des autxes par la terminaison des mots, en sorte que parfois le nom de lieu a de l'intérêt beaucoup plus par sa désinence que par le corps du mot
(1) Les nombreuses cartes de noms de saints, dans le Dictionnaire géographique de la France, par A. Joanne, expriment cette localisation géographique.
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE
lui-même. Dans le Bas-Maine (i), par exemple, les noms en « erie » et en « ière » pullulent sur la carte : La Bigoterie, La Peraudière... ; ils datent du onzième et du douzième siècle ; au treizième prévalent les noms en « ais » : l'Aubriais, l'Hamelinais. En Normandie, Sion (2) a dressé une carte de répartition des suffixes en « tôt », « mare»,
FlG. IO3. — SAINT-JEAN-DE-MONTS (VENDÉE). (A. Lepère.)
« bec » et « dale », qui sont Scandinaves (fig. 106). En Alsace, on rencontre des localités terminées en « heim » et d'autres terminées en « weiler »; d'après Arnold, les
(1) R Musset, h Bas-Maine.
(2) Sion, les Paysans de la Normandie orientale, p. 128. De même Auguste Longnon, dans ses Origines et formation de la nationalité française, écrit : « La nomenclature géographique de la Normandie» le départetment de l'Orne excepté, offre de multiples exemples de vocables géographiques imposés aux lieux qu'ils désignent par les compagnons de Rollon ou leurs successeurs immédiats : les uns sont originairement norois... Parmi les noms de lieu d'origine noroise, il en est qui présentaient les mots bekk du sens de ruisseau (Le Bec, Bolbec, Caudebec ); bu, maison ; mar, étang, marais 1 Alvimare,Briquemare, Londemare); toft, masure, emplacement de maison (Le Tôt, Criquetot, Yvetot \; etc. »
LES NOMS DE LIEUX, LA JONCHÉE DES NOMS DE FRANGE
« heim » seraient d'origine franque, tandis que les « weiler » seraient dus aux Alamans. Or, il semble acquis maintenant que, pour l'Alsace en particulier, où cette limite historique a tant d'importance, ce sont les lieux en « heim » qui ont été dénommés par les Alamans : ces noms sont groupés dans l'Est, c'est-à-dire dans la plaine ; à l'Ouest, la limite coïncide avec les avant-monts, ou collines sous-vosgiennes ; au Nord, elle s'arrête à la bordure de la forêt de Haguenau : c'est en effet le seuil
FîG. IO4. — L'ÉGLISE (BASILIQUE) DE SAINT-DENIS (SEINE). (A. Lepèra.)
d'un territoire de colonisation franque, dont Wissembourg était le centre (1). Le domaine du « heim » n'embrasse en Alsace, comme dans le Palatinat, que le plat pays ; sur les hauteurs s'échelonnent les localités en « weiler », montrant par là
(1) Tourneur- Aumont, l'homme qui est aujourd'hui le plus compétent sur les problèmes alémaniques, l'auteur des Études de cartographie historique sur VAlemanic et de V Alsace et PAlemanie, soutient même que les noms de localités en heim sont francs et ceux en willer, weiler d'origine gallo-romaine mais germanisés. La formation au deuxième siècle de notre ère d'une Alsace alémanique est une légende. L'infiltration du dialecte alémanique n'aurait commencé qu'au dixième siècle à l'époque où les duchés d'Alsace et de Souabe étaient unis sous les mêmes ducs.
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE
que l'invasion alamane, cheminant de l'Est, a refoulé devant elle, sur les montagnes, les indigènes celto-romans ; les établissements de ces réfugiés se reconnaissent à cette désinence «weiler», qui s'orthographie aussi «weiher», «weyr», «wir». Dans la partie Sud de l'Alsace dominent les noms en « ingen », qui se répandent aussi dans la Suisse du Jura ; ils sont alémaniques, mais datent d'une deuxième époque de colonisation (i). En plaine, les vestiges celto-romans ont presque disparu, sauf
FlG. IO5. — L'AGGLOMÉRATION INDUSTRIELLE DE SAINT-DENIS (SEINE). (A. Lepère.)
quelques noms de lieux, comme Colmar (Columbaria), Brumath (Brocomagus). Les Celto-romans, devant l'invasion alémanique, se sont sauvés dans le labyrinthe des bras fluviaux du Rhin et à proximité des îles.
Ainsi les terminaisons jouent pour les noms le rôle d'actes de naissance, de marques de fabrique pourrait-on dire.
(1) On peut suivre, au Sud, en Suisse, la délimitation des lieux en « ingen », qui révèle du premier coup l'emplacement des stations fondées par les Alamans, en face ou au milieu des établissements helvètes romanisés. En pays romand, c'est la terminaison « ens » ou 0 inges » (Renens, Palinges) qui correspond à la terminaison germanique « ing » ou « ingen». D'après J.Stadelmann, la grande masse
LES NOMS DE LIEUX, LA JONCHÉE DES NOMS DE FRANGE
Nos villages ont plusieurs origines : c'est tantôt un village préexistant, de création gallo-romaine, quelquefois d'implantation franque ou germanique, qui portait un nom correspondant à village : viens. Ce mot vicus s'est conservé dans une foule de noms de villages en Vie : Vic-sur-Cère, Vic-le-Comte, Vic-sur-Aisne, Moyenvic, Neuvic ; ou en Vy : Longwy, Neuvy, Viévy ; ou encore Vicq tout court (nombreux