CONSTRUITE EN PIERRES SECHES ET RECOUVERTE D UN
toit fait de plaquettes de calcaire, (j. Patissou.) nais comme en Périgord, sur les
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rives du Loir comme sur celles de la Seine, nous trouvons des habitations encastrées dans le roc. Le plus souvent, comme au village de Pargnan au Nord de l'Aisne, l'ancienne grotte est devenue la cave ou l'écurie; la maison s'est développée d'abord modestement, en avant du trou de nos ancêtres préhistoriques, et le village tout entier semble s'être développé en espalier formant balcon au-dessus de la vallée.
Loches et les villages de la vallée de l'Indre semblent à peine sortis de leurs grottes et s'allongent comme s'ils étaient encore liés à elles.
Un autre type d'habitation très ancienne est représentée par la cabane ronde en pierres sèches. On la rencontre dans le domaine préhistorique de la Dordogne et de la Vézère : à Saint-Léon-sur- Vézère, à Laussel, comme dans toutes les régions des grands plateaux calcaires des Causses, notamment dans le Bas-Quercy, ou même sur les talus orientaux des Cévennes, dans les environs d'Uzès, par exemple. Elle ne sert plus maintenant que d'abri pour les pâtres ou de retire-tout pour les instruments de travail; mais la tradition de sa construction persiste ; de là l'intérêt qu'elle présente (fig. 152, 153 et 154).
Il convient en effet de rapprocher ce type de construction de ces fameux monuments préhistoriques qui sont les talayots des Baléares, les nouraghes de Sardaigne ou les specchie de la terre d'Otrante, au Sud de l'Italie. Aussi bien ces ruines archéologiques voisinent encore à côté de modestes habitations du même type : barracas de Minorque ou trulli des Pouilles ; lorsque le trullo se termine par un toit conique, habilement fait de petites plaquettes de calcaire dites chiancarelle, il s'appelle une casella.
Toutes ces constructions, comme celles de chez nous, sont essentiellement cons-
FlG. 153. — SAINT-LÉON-SUR-VÉZÊRE (DORDOGNE) : UNE AUTRE CABANE RONDE EN PIERRES SÈCHES DE STYLE PLUS FRUSTE ET DE TOIT MOINS SOIGNÉ QUE LA PRÉ- CÉDENTE. (J. PaHssou.)
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tituées par des anneaux circulaires superposés qui, vers le haut, font de plus en plus saillie à l'intérieur et déterminent des coupoles hémisphériques ou coniques vraiment parfaites.
Ce ne sont pas là de simples restes du passé ; la tradition est toujours vivante : les paysans savent encore réparer ou reconstruire ces abris, en France comme dans
les Pouilles. Dans une partie des Pouilles, ce mode de construction semble si bien adapté aux conditions générales du pays et il a encore une telle vitalité qu'au dixseptième siècle, de rural et dispersé qu'il était, il est devenu aggloméré et urbain pour s'épanouir dans cette petite ville qui est un chef-d'œuvre et qui est un musée, Alberobello.
L'exemple exceptionnel d'Alberobello doit nous apprendre à mieux comprendre le sens des constructions rondes de notre pays. Quand nous rencontrons, blottie derrière un mur de pierres ou sous les arbres de quelque verger une de ces petites cabanes terminées par un ingénieux toit conique, nous devons savoir qu'elle ne relève pas seulement de l'archéologie, mais de l'actuelle et réelle géographie humaine. La demeure a subsisté, mais aussi les procédés humains qui se sont transmis jusqu'aux hommes de notre âge.
Beaucoup de types de nos demeures paysannes remontent ainsi à une très haute antiquité. L'habitation entraîne un ensemble incommensurable de formes diverses et aussi de vestiges plus ou moins éphémères et successifs. Des ruines qui avaient été jadis considérées comme les restes de fortifications ou de monuments, tels les amas de pierres appelés Rotteln par les gens de Sarrebourg, ne sont autre chose que les vestiges d'habitations et d'établissements celtiques dans la région des
FlG. I54. — PRÈS D'UZÈS (GARD) : UNE CABANE RONDE DE PIERRES SANS CIMENT DE TYPE TOUT A FAIT PRIMITIF. (J. Patissou.)
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Vosges (i). De même, encore en Lorraine et dans les Vosges, les milliers de petites excavations dites mar délies doivent être aujourd'hui interprétées comme ayant formé le sol d'argile battue d'habitations faites d'un toit conique en branchages qui reposaient à même la terre sur le pourtour de ces trous (2).
Loin de nous l'idée que les maisons de France soient dérivées d'un seul type originel et qu'elles aient ensuite évolué partout de la même manière. Les maisons françaises ont dû toujours être diverses. Dès l'origine, des huttes ont coexisté avec les grottes des pays calcaires, des cabanes de bois ou de torchis avec des cabanes de pierres. L'histoire pourrait nous raconter les luttes entre ces dissemblables types d'habitations, leurs invasions respectives, leurs compénétrations. La géographie nous montre, plus d'une fois, entre les domaines différenciés des divers types, des zones de transition ou zones de bataille. Chaque type a sa vie propre et il exerce aussi une action sur les types voisins.
Aussi bien la maison rurale ne se compose pas que de bâtiments, mais d'un ensemble d'éléments qui l'accompagnent : prairie, verger, courtil, champs de chanvre, ainsi que des meules, d'une mare ou d'une fontaine, de certains arbres, acolytes traditionnels de telle ou telle maison : chênes ou châtaigniers, platanes ou cyprès...
L'histoire des exploitations rurales de France est une histoire vivante : tantôt ce sont des arbres nouveaux qui surviennent ; tantôt c'est une culture ou un assolement brusquement introduit ; tantôt c'est un mode de couverture substitué à un autre... Bref la France est peut-être le territoire fait de « pays » variés où l'habillement de la maison est le plus bigarré ; en chaque région l'habitation paysanne a sa robe à elle et ses accessoires à elle. La France est la terre aux cent types de maisons !
Il serait fastidieux de les décrire tous. Ou, mieux, ce devrait être l'objet d'un livre tout entier, tâche en tous points digne de tenter un vrai géographe (3). Ici,
(1) Rensch, Keltische Siedelungen in den Vogesen, 1912.
(2) Chr. Pfister, la Lorraine, le Barrois et les Trois-Evêchés (publications de la Revue de synthèse historique). Paris, 1912. Nous examinerons plus loin le type vendéen de la bourrine, qui est un des plus élémentaires qu'on puisse, de nos jours et chez nous, encore observer, et qui n'a été décrit ni par Passerai dans ses études sur le Poitou, ni par les collaborateurs de l'Enquête sur les conditions de l'habitation en France d'A. de Foville. En revanche, elle est notée dans le volume d'H. Baudrillart, les Populations agricoles de la France, Maine, Anjou, Touraine, Poitou, Flan ire, Artois, Picardie, Ile-de-France. Paris, 1888, p. 205.
(3) On trouve de nombreuses informations dans les deux volumes de l'Enquête sur les conditions de l'habitation en France, les maisons-types, enquête organisée et menée par A. de Foville au nom du Comité' des travaux historiques et scientifiques. Le premier volume a paru en 1894 avec une Introduction d'A. de Foville lui-même; le second, publié en 1894, est précédé d'une forte Etude sur les origines et les vicissitudes de l'habitation en France, par J. Flach.
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pour notre ouvrage et selon notre plan, s'impose le choix de beaux « échantillons ». On doit en appeler aux cas les plus représentatifs, et pour qu'ils apparaissent avec toute leur signification historique et géographique, on les prendra plus d'une fois tels que, dans une même région, deux types voisins et presque contraires soient juxtaposés ou même entremêlés (i).
L'etche basque et la Peu de pays ont un aspect physique aussi sem-
maison béarnaise blable que le Pays Basque et le Béarn; ils sont le prolongement l'un de l'autre et forment, à eux deux, cette longue plaine mamelonnée qui se déroule de l'Océan à la Bigorre entre la montagne et la lande. Cependant on trouverait difficilement deux pays voisins, possédant des types d'habitation aussi dissemblables et qui fussent à ce point la contradiction figurée l'un de l'autre.
La maison basque, Yetche, ne comprend qu'un seul bâtiment, lequel se résume en deux parties essentielles :
une façade unique et un immense toit.
Les autres côtés sont négligeables ou même souvent invisibles quand la maison est adossée à une pente.
La grande façade blanche, qui s'étale largement sous un vaste toit, est la partie vitale de la maison ; toute l'installation agricole, habitation, étable, grange, s'éclaire sur elle seule et c'est un vrai prodige que d'avoir aéré et rendu accessibles toutes les parties de la ferme en n'utilisant qu'une seule façade (fig. 155).
Le rez-de-chaussée est en plaques de calcaire ; au milieu s'ouvre la grande porte de la grange-remise, pièce capitale pour cette population mi-pastorale mi-agricole. Autour se rangent en bas-côté, à droite, l'étable, peu importante (les troupeaux sont la plupart du temps dans la montagne ou dans la lande) ; à gauche, l'habitation qui souvent occupe aussi le premier étage. Celui-ci est soutenu par des poutrelles
FlG. 155. — LE TYPE DE LA FAÇADE DE L'ETCHE BASQUE.
(A. Lepère.)
(1) Pour les trois chapitres qui suivent et qui traitent du peuplement — maisons et villages — un de mes jeunes disciples, Pierre Deffontaines, m'a donné la collaboration de son information étendue. Ce concours s'est traduit non seulement par des faits précis, mais par des idées neuves. J'ai tiré particulièrement profit de ses notes et indications personnelles pour tout ce qui concerne le Pays Basque, le Béarn et le Limousin.
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très apparentes, peintes couleur ocre. Quelquefois un deuxième étage le couronne, muni d'un balcon.
Le Basque aime cette façade ; il met le plus grand soin à en choisir l'exposition puisque c'est en elle que se concentre toute la vie de la maison. Il l'oriente toujours vers l'Est, lui faisant tourner le dos aux vents humides et violents de l'Ouest. C'est la façade qui exprime la richesse ; on la blanchit fréquemment et le bocage sombre paraît ainsi tout tacheté de petits points blancs ; on en sculpte les poutrelles et on grave des inscriptions euskariennes sur le linteau des portes.
Le second élément de la maison est le grand toit en tuiles creuses. Il est des plus simples : deux pans seulement, très longs, à pente faible, souvent de dimensions inégales ; l'arête est perpendiculaire à la façade; le toit couvre à lui seul toute la ferme et ses dépendances ; il fait songer à une de ces grandes tentes des douars africains abritant gens, bêtes et récoltes (fig. 156)...
A l'etche basque -type (qu'on rencontre aussi éparse à travers la campagne du Labourd) se rattachent peu de constructions annexes, puisqu'en
FlG. 156. — LA DISPERSION DES MAISONS BLANCHES COUVERTES DE TOITS A TUILES CREUSES DANS LA CAMPAGNE DU PAYS BASQUE. (A. Lepère.)
elle-même elle concentre toutes ses dépendances. Il lui faut cependant une mare d'eau qui est toute jaune, résultant de la décomposition des calcaires marneux sous le piétinement du bétail, une touffe de vieux chênes, dont l'ombrage puissant révèle de loin la présence d'un établissement humain, ou une voûte de platanes, arbres conquérants du Midi, qui détrônent de plus en plus les chênes atteints de maladie ; il lui faut ses meules de foin (non lié) soutenues par une longue perche, laquelle est coiffée de quelque ustensile de cuisine comme un mât de cocagne rustique ; il lui faut encore sa source ou son puits. Petit monde merveilleusement uni et très bien adapté à sa fin. Ce type très simple est aussi très souple. Dans les villes, il a dû se modifier. La façade s'est haussée, les arêtes des toits, orientées perpendiculairement à la rue, dessinent deux lignes de vallonnements
OÉOGR. HUMAINE, T. I.
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aux ondulations régulières et parallèles qui font songer à certaines dispositions des toits de villes flamandes. Dans la région de Saint- Jean-Pied-de-Port, on utilise, pour la façade, de beaux moellons de grès rouge qui donnent un aspect beaucoup plus monumental. On cherche aussi de plus en plus, pour remédier à l'absence de bois, à construire toute la façade en plaques calcaires sans poutrelles. Celle-ci est alors tout unie et perd son cachet de chalet montagnard. D'ailleurs, la forme de chalet montagnard, anormal en cette plaine du Labourd, est peu à peu supplantée par une autre forme, sans caractère, venue des plaines de la Garonne, celle de la maison carrée au toit à quatre pans presque plats. La vallée de la Soûle échappe aussi au type basque, elle est peuplée par la ferme béarnaise.
De l'etche basque, combien différente est la maison béarnaise ! Il s'agit ici d'une véritable ferme et non d'un chalet rustique. Les bâtiments se disposent autour d'une cour; en général au nombre de trois, ils comprennent la maison d'habitation d'aspect confortable, l'étable flanquée d'un poulailler- porcherie très spécial, la grange-remise, qui est le bâtiment le plus important et le plus caractéristique avec sa grand'porte plein cintre en beaux moellons. Les toits à quatre pans sont couverts d'ardoises des Pyrénées. Ce type d'habitation, qui rappelle certaines maisons de paysans aisés de l'Ile-de-France, peuple les fertiles vallées des Gaves. Les habitations y sont groupées en gros villages (i); elles sont bâties en galets retirés des Gaves ; tantôt les murs extérieurs ont un aspect bosselé assez grossier ; tantôt, par les lits très réguliers de cailloux posés de flanc, ils offrent un trait de structure fort décoratif.
Le château d'Henri IV à Pau, malgré le badigeon fâcheux dont on a cru devoir le couvrir décemment (!) est également construit de bandes bien alignées de cailloux roulés.
Mais sur les plateaux aux terres légères, pays aux grands métayages pauvres, les maisons ont un air moins plantureux ; elles sont bâties en plaques calcaires jaune grisâtre ; une poutre de bois tient lieu du plein cintre en pierre de la grand'porte. La maison est isolée, sur la crête des plateaux, cachée sous un bosquet de gros chênes et tournant le dos aux vents de l'Océan. Dans la partie occidentale du Béarn, à l'Ouest d'Orthez et de Navarrenx, la tuile plate qui imite l'ardoise la remplace et donne des toits très souples aux formes les plus curieuses ; c'est, en grande partie, aux bizarreries de leurs toits que Salies et Orthez doivent le pittoresque de leurs
(i) Très souvent, dans les agglomérations béarnaises, les maisons contiguès, au lieu de s'appuyer sur un même mur mitoyen, sont séparées par un étroit couloir (Salies-de-Béarn).
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rues ; elle ménage, en outre, une transition entre la tuile creuse basque et l'ardoise béarnaise. On entre ainsi dans le curieux domaine des formes de transition entre le chalet du montagnard et la maison du paysan de la plaine.
Si l'on part du Pays Basque, par exemple de Saint-Palais, véritable carrefour où se sont donné rendez-vous tous les types de maisons de la région, on voit d'abord les tuiles plates envahir le grand toit en tuiles creuses ; mais comme la tuile plate exige une déclivité plus rapide, le toit a été marqué par une rupture de pente ; la partie centrale, qui abrite toujours l'importante grange-remise, est couverte d'un revêtement béarnais ; toit pointu, à quatre pans, en tuiles plates. Sur les côtés, deux prolongements-annexes du toit couvrent, respectivement, l'habitation et l'étable, qui gardent toujours leur place subalterne, et ces deux bascôtés ont leurs toits en pente douce couverts en tuiles creuses à la manière basque (Jig. 157). Telle est la maison rurale de Sauveterre et de Saliesde-Béarn. Le plan est nettement basque en ce que toutes les dépendances s'abritent sous un seul toit, mais déjà un changement de forme et de pente indique la spécialisation des diverses parties de la ferme.
En continuant notre route vers le Béarn, nous voyons, peu à peu, la tuile creuse disparaître ; puis l'habitation se hausse par un étage à la hauteur de la grangeremise et perd son humble caractère de simple bas-côté ; un seul toit couvre toujours ces deux parties devenues égales ; souvent encore, le toit va en s'infléchissant au-dessus de l'habitation en souvenir de l'ancienne suzeraineté de la grangeremise ; l'étable garde plus longtemps sa place secondaire. Mais, plus loin, ces diverses parties acquièrent une individualité propre; le logement des maîtres forme un bâtiment séparé ; l'étable devient indépendante, elle aussi. Encore plus à l'Est, et d'abord dans la vallée, l'ardoise conquérante remplace peu à peu la tuile plate qui est partout en voie de recul.
Fig.
157. — LA MAISON DE TRANSITION ENTRE LA MAISON BASQUE ET LA MAISON BÉARNAISE. (A. Lepère.)
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La zone-limite n'est pas tant une zone de combat où l'on pourrait noter des transgressions, qu'une zone de fusion où se sont développées des formes faites d'un croisement singulier entre la maison de la montagne et la maison de la plaine (fig. 158).
FlG. 158. — DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DE L'ETCHE BASQUE AU TOIT ASYMÉTRIQUE ET DE LA MAISON BÉARNAISE AU TOIT A PENTES RAIDES. (Carte dressée par Pierre Deffontaines et dessinée par Besson.)
t a maison bocagère Le Limousin est par excellence un pays bocager, où
J-rf du limousin l'élevage du bétail atteint un haut degré de perfection.
En d'innombrables vallonnements s'étalent les grandes piairies, bordées de haies d'arbres étêtés. Une savante irrigation féconde le splendide revêtement vert des beaux herbages.
La maison limousine est l'expression intime de ce cadre bocager. Elle est, si l'on peut ainsi s'exprimer, la plus bocagère des maisons de France. Le bâtiment typique qui donne son sens à toute l'association rurale, c'est ici la grange-étable, c'est-à-dire une parcelle même du bocage traduit par la maison; on pourrait la définir « une
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prairie engrangée et du bétail abrité ». La caractéristique en est l'étroite union de la grange et de l'étable en un seul bâtiment sans même qu'une cloison ou un plancher les sépare.
Le Limousin ne connaît pas la meule, pas plus la meule de paille que la meule de foin (cependant bien des pays plus humides en font usage, comme la Bretagne ou le Pays Basque).
La grange-étable est un rectangle allongé dont une des faces longues est percée de trois portes, une grande encadrée de deux petites. La grande est la porte de la prairie ; elle livre passage aux charrettes de foin, tandis que les deux portes latérales servent au bétail rangé en deux files perpendiculaires à la façade ; en sorte que le bâtiment est divisé en trois parties : deux étables latérales séparées par un large couloir central. Mais ces trois parties se compénètrent intimement ; un simple treillage de petites poutres de bois sépare l'étable du couloir où sont disposées latéralement les mangeoires du bétail ; des œillères carrées (fig. 159), ménagées dans le treillage, permettent aux bêtes, en tournant la tête en oblique pour laisser passer leurs cornes, de venir manger leur ration quotidienne. Au-dessus de l'étable, et disposée sur des madriers espacés, on accumule les foins entassés jusqu'au comble, disposition avantageuse qui permet de donner la nourriture sans entrer dans l'étable. Dans le couloir central, des tas de raves 'et de topinambours servent à varier l'alimentation. Ainsi la prairie est toujours, été comme hiver, directement à la portée des bêtes. La maison réalise, autant que le pâturage, l'étroite association de l'herbe et du bétail.
Les autres bâtiments qui constituent la ferme limousine et qui sont tantôt alignés sur une seule ligne, tantôt séparés et dessinent alors une sorte de cour ouverte, comprennent en général l'habitation, une remise qui sert en même temps de grange supplémentaire, utile en ce pays sans meule, et une petite bâtisse adjacente pour les porcs.
La maison, en général, n'est pas un bâtiment très caractéristique. Rien ici ne rappelle l'intérieur si spécial de la maison bretonne. Il faut signaler cependant, dans la pièce qui sert de cuisine et salle à manger, la grande cheminée avec sa crémaillère
FlG. 159. — LES MANGEOIRES D'UNE GRANGE-ÉTABLE LIMOUSINE. (G. Hanotaux fils.)
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où sont suspendues les diverses marmites qui contiennent la soupe du paysan et celle de ses cochons. La maison limousine ne se distingue guère que par un certain dédain de la beauté et de l'agrément : les pierres sont à peine reliées par un mauvais mortier ; jamais on ne blanchit les murs ; la maison est toujours mal tenue et peu soignée.
Aussi le paysan préfère-t-il, dans les veillées d'hiver, s'établir dans le couloir central de la grange-étable où la chaleur du foin et des bêtes entretient une atmosphère favorable aux longues causeries.
Souvent à côté de la maison se dresse un petit bâtiment très spécial, le « dédier » ou séchoir à châtaignes. C'est un édifice carré avec une porte et pas de fenêtre, sauf une petite lucarne. A l'intérieur, à i m. 50 au-dessus du sol, est posé un treillage en lattes de bois, sur lequel sont étendues les châtaignes. Au-dessous, sur le sol en terre battue, un feu de bruyère est allumé, d'abord au milieu de la pièce, puis aux quatre coins, de manière que toutes les châtaignes soient successivement desséchées. Jadis, on trouvait, à côté du séchoir, le pressoir à vin. Le pommier a bien remplacé la vigne, mais il est encore là de trop fraîche date pour qu'on ait créé un édifice spécial pour la fabrication du cidre.
La ferme limousine ne se compose pas seulement de bâtiments ; elle a des accessoires qui lui forment cortège, et le plus curieux parmi eux est ce lopin de prairie, planté de quelques arbres fruitiers, qu'on appelle le « coudert ». Placé près de la maison, il répond à plusieurs fins ; le plus souvent, on y met les porcs ; aussi le sol y est éventré et défoncé ; c'est en outre un lieu de prédilection pour la volaille ; quelquefois même, on y laisse le gros bétail quand on n'a pas le temps de le conduire jusqu'à la prairie. La ferme limousine n'a pas de mare, mais elle a presque toujours une fontaine d'eau vive coulant dans de grands bassins monolithes, taillés dans le granit.
Telle est la métairie typique des environs de Limoges. Quelques formes différentes sont cependant à noter. Ainsi dans tout le Limousin faut-il nettement distinguer les grandes métairies, isolées au milieu de leur vaste domaine, des maisons des paysans petits propriétaires. Ces maisons-ci constituent souvent les hameaux (voir chapitre xv) ; elles n'ont pas, en général, de fontaine spéciale ; le séchoir à châtaignes est remplacé par un simple tamis suspendu à la porte, et l'opération du séchage est exécutée en plein air.
Dans la « Montagne », un autre type a remplacé la grange-étable. Ici règne en effet la « grange sur tirant » (1), bâtiment qui n'est pas spécial au Limousin et appartient à tous les hauts plateaux du Massif Central (Planèze, Haut-Vivarais, etc.) ;
(1) Demangeon, la Montagne dans le Limousin (Ann. de géographie, XX, 191 1, p. 323).
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l'intime union entre l'étable et la grange se relâche ; chacune a son étage : en bas, l'étable ; en haut, la grange à laquelle on accède par un tirant ou plan incliné.
Au Sud, dans le bassin de Brive au climat si doux, petit Eden entre les rudes granits et les âpres Causses, les grès et les calcaires ont fait naître ces coquettes petites maisons semées dans les vergers fleuris, au milieu des cultures de primeurs et des arbres fruitiers.
Rouergue : trois sols, Le Rouergue, comme beaucoup de nos plus
trois maisons vivantes provinces, est composé de « pays » très dif-
férents. Il unit les humides' croupes cristallines à d'arides plateaux calcaires, et l'herbeuse montagne volcanique aux fertiles grès rouges des Rougiers. Maisons du Ségala, maisons du Causse, maisons de l'Aubrac s'y succèdent du Sud au Nord.
Le chaulage a de plus en plus transformé les maigres « terres à seigle » du « Ségala » en excellents champs de froment. Mais la maison du Ségala reste une maison « bocagère », fort semblable à celle du Limousin ; elle est pourtant moins aisée, car le Ségala était naguère encore un bocage pauvre. Les moellons de schiste décomposé et les ardoises grossières lui donnent un aspect terne et gris. Elle comprend deux corps de bâtiment, le plus souvent contigus et disposés en équerre. L'un est l'habitation proprement dite. En sous-sol, une longue cave protège le logement contre l'humidité et abrite en même temps la provision de pommes de terre et l'étable à cochons. Les êtres humains logent au-dessus en deux pièces : une grande cuisine et une chambre commune.
La cuisine est assez vaste pour rassembler toute la vie de la maisonnée. La cheminée est caractérisée par un grand manteau dont la longueur et la largeur sont proportionnelles à l'importance de i'âtre. Au milieu, la légendaire crémaillère, et, à chaque coin, deux niches ménagées dans le mur à hauteur d'homme où les fileuses mettaient, dans l'une, les fuseaux vides, dans l'autre, les fuseaux pleins, au temps où la principale occupation de la veillée consistait pour les femmes à filer l'étoupe de chanvre ou la laine du troupeau. L'usage veut que le chef de la maison, l'aïeul, s'assoie de l'un des côtés du foyer, là où le bois est préparé pour alimenter le feu. Le « coffre à sel », la « salinhera ol cantoun » ou, dans les vieilles maisons, un fauteuil en bois de chêne lui sert de siège.
En quelques régions (Villefranche-de-Rouergue), un balcon abrité fait suite à la plate-forme de l'escalier extérieur et sert de couloir : il porte le nom de « bolet » (c'est une survivance de l'ancien « volet », espèce de pigeonnier dont l'usage était autrefois permis à ceux qui ne possédaient pas assez de terre pour jouir du droit
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANQE
de colombier). On retrouve ce type de balcon dans des maisons d'autres régions cristallines ou même volcaniques de l'Auvergne {fig. 160). Un grenier couronne la maison : on y place les châtaignes séchées.
Cette réunion, sous un même toit, des hommes, des pommes de terre, des châtaignes et des porcs n'est pas sans quelque raison, La pomme de terre et la châtaigne servent autant à l'alimentation de l'homme qu'à celle du porc; et le porc constitue la seule nourriture carnée de cette famille paysanne. Aussi bien, dans ce
pays de châtaignes et de chênes, l'élevage des porcs est-il de plus en plus développé; il dépasse de plus en plus les besoins locaux; les foires en font un trafic croissant ; et par un de ces retours qui mettent dans la maison un reflet de l'économie rurale, la porcherie tend de plus en plus à quitter son emplacement inférieur et négligé, pour occuper un bâtiment spécial mieux approprié.
La seconde construction est celle qui donne au Ségala son caractère vraiment bocager : la grange-étable qui exprime l'étroite association du bétail et de la prairie. La grange est placée au-dessus de l'étable ; l'on y accède, derrière la maison, par un plan incliné qui utilise la pente du terrain (disposition tout à fait analogue à celle de la « Montagne » en Limousin). Cette nécessité d'établir une « montée de grange » détermine bien plus l'orientation des maisons que l'exposition au soleil. Il s'ensuit que toutes les fermes sont établies à mi-versant.
Il convient de faire une place à part à certaines maisons plus belles, plus grandes
qui possèdent une petite tourelle à pignon. Ce sont les maisons de cette curieuse
classe sociale des « pages », espèce d'aristocratie paysanne, très respectée, et dont
les habitations sont souvent, plus que la mairie, le centre des affaires du village.
A l'angle formé par la jonction des deux corps de bâtiment, sur la cour mal
Fig. 160.