LES BALCONS EXTERIEURS DES MAISONS DU VERSANT SUD DU MASSIF CENTRAL
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pavée s'amoncelle un fumier pauvre et noir fait d'ajoncs, de bruyères, de feuilles de châtaignier et qui écoule ses eaux dans une prairie en contre-bas. Un petit édicule séparé s'élève enfin dans un coin de la cour, c'est la « sécada » ou séchoir à châtaignes qui rappelle étrangement le « dédier » des environs de Limoges et augmente encore la parenté surprenante qui existe entre ces deux types de maisons. Malgré son exiguïté, ce petit bâtiment est le trait distinctif de la ferme du Ségala. Lié aux belles châtaigneraies, il disparaît brusquement avec les terrains cristallins. Jamais non plus on ne le rencontre sur le plateau du Causse. Il ne réapparaît que sur cet autre Ségala qu'est, au Nord du Lot, le haut pays de la Viadène, appelé aussi, dans le pays même, du nom expressif de la « Châtaigneraie ».
Autrefois, toutes les bonnes maisons du Ségala avaient un four qui servait à deux fins : cuire le pain et sécher le chanvre. Il était de dimensions considérables. Les fournées de pain pour de nombreuses familles étaient faites pour une durée de quinze jours et même, dans certaines régions dépourvues de bois, pour un mois. Le pain étant dur, on le consommait principalement dans la soupe. De nos jours, le boulanger de profession s'installe au canton d'abord, au gros bourg ensuite. D'autre part, le chanvre est de plus en plus rare. Le four, qui donnait à la maison et à la « pagésie » un caractère d'indépendance, finira donc par disparaître à son tour.
Le Causse est un monde différent de celui où sont ainsi éparpillées les maisons des castagnaires. Le caussenard habite soit en de grosses agglomérations du fond des vallées, — soit dans de grandes fermes que l'énergie hardie et tenace des hommes a campées près de quelques « sotchs » au milieu de l'effroyable aridité des plateaux secs, nus et gris, — soit, à titre exceptionnel, en quelques villages juchés comme les bergeries à la frange même du Causse (Bozouls, fig. 161). Seul, le mouton se complaît sur le steppe morne ; il est l'agent et le sujet unique de l'exploitation. Tout est organisé pour lui : sentiers de transhumance, points d'eau, réglementation de la vaine pâture ; de toutes les constructions, la part essentielle est la bergerie.
La ferme du Causse se décompose en deux constructions séparées, quelquefois même éloignées : l'habitation et la bergerie. L'habitation paraît, de l'extérieur, un peu analogue à celle du Ségala : elle est surélevée au-dessus d'une cave ; mais elle n'a plus que très rarement une loge à porcs, car châtaigniers et chênes ont disparu ; l'étable, quand elle existe, est fort réduite et n'abrite que deux ou trois vaches ; la grange n'a plus de raison d'être et elle est remplacée par un grenier de dimensions modestes, le fourrage étant rare et médiocre ; il n'y a pas non plus de séchoir à châtaignes. Dans le Millavois (Millau), de petits bâtiments accessoires d'un autre type le remplacent : les mazets, éclatants de blancheur, semés au milieu des vignes sur
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les coteaux. Sur le Causse du Larzac, à l'altitude de plus de 800 mètres, l'un des coins de France où les conditions de la vie sont les plus rudes, où le vent d'hiver fait
rage, soulevant la neige, et d'où l'eau, en été, est absente, la maison est âpre comme le sol ; la dalle grise sert uniformément à couvrir les toits lourds et à construire les murs épais. Maisons voûtées en pierre : témoins d'un ancien type d'habitation qui fut beaucoup plus étendu dans tout le Massif Central et dont il subsiste d'autres spécimens soit dans la chaîne des Puys (par exemple à Orcines), soit dans le Haut-Vivarais.
La bergerie s'élève à la lisière du Causse, c'est-à-dire à l'entrée du vaste pâturage sec et caillouteux : long bâtiment massif, presque sans ouverture, dont la couleur et les matériaux se confondent avec ceux du plateau, gris par ses murs de moellons grossiers, gris par les larges plaques calcaires, dites « téoulos », de son toit. Il peut contenir jusqu'à cinq cents brebis, et les « pastres » ou bergers y logent avec les bêtes.
Cependant, au Nord du Causse, se dressent les longues croupes élevées qui portent les pustules aplaties des petits voicans de l'Aubrac : le sol de basalte est riche, et les herbages sont propices aux bovins ; de ces gazons monotones émergent les maisons dispersées des montagnards signalées par une haute branche portant un unique plumet de feuilles. La maison est basse et concentrée ; les appartements ne sont plus surélevés, car, sur le basalte, on n'a pas à craindre l'humidité des terrains cristallins ; un très ample toit en ardoises, à longue pente, très débordant, couvre l'habitation presque jusqu'au sol ; il abrite ainsi un grenier devenu vaste en ce pays de fourrage. A côté, l'étable, couverte d'un chaume épais, entasse à l'étroit, sous une voûte très basse, vingt bœufs ou vaches et trente brebis ; en hiver, les « boquiès » (vachers), qui y couchent, ont l'habitude de boucher avec de la paille pourrie toutes
FlG. l6l. — LES MAISONS DE BO- ZOULS AU BORD DU CAUSSE.
EN BAS, LE DOURDOU. (R. Broders.)
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les ouvertures afin de se garantir du froid ; l'on respire dans ce vase clos et surpeuplé un air invraisemblable... Vers les sommets, dans la région où les vents d'hiver rendent la vie presque impossible, les bouviers ne séjournent que durant l'été, — durant « l'estivage » des bestiaux, — dans ces « burons » de pierre, couverts de toits de pierre, qui sont en tout semblables à ceux des hauts pâturages des terrains éruptifs du Cantal voisin (i).
Ainsi le Rouergue rassemble trois types de maisons rurales qui chacune appartient à un territoire dont le type géographique s'étend, — entraînant celui de la maison, — bien au delà de la province. Et l'on devrait encore opposer à ces trois échantillons le type des maisons urbaines, celui de la région industrielle de Decazeville : habitations de torchis, hautes et sales, couvertes d'un toit de tuiles d'un brun noirâtre ; elles sont encore plus tristes et plus laides que les « corons » de briques du Pas-de-Calais et du Nord. Entassées dans les vallées profondes du Lot ou du Dourdou dont les flancs ont été ravagés et brûlés par le travail de l'homme, elles contrastent par leur grisaille avec la verdure épanouie des plateaux des « Rougiers ».
En Bretagne, la maison de la terre La Bretagne possède, elle aussi,
ET LA MAISON DE LA MER une maison OU plutôt des maisons
bocagères ; il ne s'y rencontre point un type uniforme comme celui du Limousin ; car l'Armorique est toute morcelée en pays séparés (Cornouaille, Porhoet, Léon, bassin de Rennes, etc.). Aussi la maison y présente-t-elle les formes les plus variées. Il y existe cependant deux « familles » de types de maisons, de même qu'il y a deux groupes de pays, les pays d'Armor et les pays d'Ar C'hoat : les maisons d'agriculteurs et les maisons de pêcheurs. La maison rurale a surtout, comme bâtiment caractéristique, l'habitation ou plutôt la pièce principale de l'habitation : jadis même c'était la pièce unique. C'est là que la Bretagne se retrouve avec tout son pittoresque et son originalité. Autant que les ossuaires et les grands calvaires, la « pièce » de la maison bretonne « figure » le terroir. Elle est à la fois cuisine, salle à manger, chambre à coucher, quoique souvent elle ne soit pas une grande pièce : l'ameublement, disposé partout de la même façon, est tel qu'il occupe le minimum de place, comme s'il s'agissait de quelque étroite cabine de ce grand navire immobile, à la proue avançante et déchiquetée, qu'est la péninsule armoricaine. L'aspect du mobilier augmente encore cette impression que l'étroitesse des ouvertures et le plafond bas auraient déjà donnée. Toute une face de la muraille est revêtue de cet étrange
(i) Voir l'intéressant volume d'U. AthanÉ, Précis géographique du département de VAveyron, Rodez, 191 7.
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meuble qui contient les lits clos : en haut, ceux-ci cachés dans leurs armoires de bois ajourés ; en bas, le banc (« dozel »), qui sert à la fois de marchepied pour atteindre les lits, de chaise à dossier pour la veillée et de vaste coffre pour les vêtements. Au milieu de la pièce, une table de chêne bordée de bancs réunit, à chaque repas, tout le personnel de la ferme. Près d'un coin, une autre longue armoire artistiquement sculptée forme le vaissellier ; c'est le « doustrill », souvent orné d'une statue de la Vierge. Dans le fond, une grande cheminée à feu de bois où les marmites ne sont pas suspendues à des crémaillères, mais sont placées simplement sur des trépieds. A l'extérieur, un beau plein cintre en pierre couronne la porte. Les mansardes ont des moulures taillées dans le granit.
Telle est cette habitation bretonne très soignée : on y découvre plus que de la propreté comme dans la maison des Flandres, plus que de la gaieté comme dans les mas du pays de Mistral, mais en vérité de l'art.
Les autres bâtiments de la ferme bretonne ont beaucoup moins d'originalité ; le génie breton ne semble pas s'être suffisamment attaché à la terre pour donner aux bâtiments d'exploitation ces formes perfectionnées qui sont toujours l'indice d'une longue adaptation au sol. Tout près de l'habitation, souvent même contiguë à elle, l'écurie tient le premier rôle dans les pays d'élevage du cheval : en Cornouaille et en Léon. Le Breton, qui devient de plus en plus un maquignon, est fier de ses chevaux : son écurie en témoigne, car elle est en passe de devenir le bâtiment essentiel de la ferme bretonne, du moins en Léon. L'étable, au contraire, ne se distingue que par ses formes rudimentaires ; fait bizarre, ce pays bocager n'a pas créé de véritables étables ; il s'est contenté d'une simple pièce carrée bordée d'auges sur les quatre murs (quelquefois même il n'y a pas d'auges). On s'attendrait à trouver la grange à côté; or, en Bretagne, il n'y a pas de grange : sans doute, au-dessus de l'écurie et de l'étable, s'étendent des greniers, mais on y rentre le grain et non la paille. Aussi la maison a-t-elle toujours comme compagnon le tas de paille ou de foin, non pas la meule ronde, mais le tas rectangulaire abrité derrière la maison et allongé dans l'axe du vent de mer. Malgré l'extrême humidité du pays, la meule est la forme normale. Aussi bien la paille ou le foin ne joue pas le rôle auquel on pourrait s'attendre en ce pays d'élevage. Le blé, une fois moissonné, est aussitôt battu, et la paille souvent vendue ; quant au foin, il est remplacé l'hiver, pour l'élevage du cheval, par la « lande », c'est-à-dire par l'ajonc qui est une des richesses foncières de la Bretagne.
La meule est élevée sur un de ces petits terrains qui entourent la ferme et qui en font partie autant que les bâtiments. C'est le « liers plouz », sorte d'aire bien
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plane en terre battue, généralement un peu surélevée. Jadis, à côté de la ferme, s'étendait le « liers camp », petit champ très favorisé qui recevait l'écoulement du purin et où l'on cultivait le chanvre. Devant les bâtiments, un manège avec brancards pour quatre chevaux produit la force motrice pour tous les travaux de la ferme (battage du blé, coupage de la « lande »).
Mais la ferme bretonne présente beaucoup de variantes. Différences dans les matériaux de construction depuis le torchis jusqu'aux beaux blocs de granit équarris ; mais surtout différences dans la disposition des bâtiments. L'écurie, par exemple, appartient à la Basse-Bretagne occidentale. Quelquefois, la ferme s'orne d'un nouvel édifice, le bâtiment du cidre : hangar pour le pressoir, cellier pour les grandes barriques allongées. On trouve çà et là en plein air de vieux pressoirs à cidre composés d'une couronne en granit creusée d'une auge circulaire, avec grosses meules de granit manœuvrées par un cheval. Dans le Morbihan jadis, et surtout dans la presqu'île de Rhuis, les petits édifices des vignobles parsemaient la campagne. Aujourd'hui, le pommier supplante le cep mort; peut-être la vigne ne s'est-elle pas évanouie sans quelque espoir de résurrection, car depuis quelques années on replante du vignoble : près de Saint-Gildas, les vagues marines viennent déchausser les racines des ceps.
La maison du paysan offre à l'observateur comme une gamme de types hiérarchisés, depuis l'ancien manoir du gentilhomme jusqu'à la petite closerie du « pentyer » ou ouvrier agricole ; mais toutes vivent isolément, soit complètement séparées, soit en groupes très modestes.
A ces maisons rurales de cultivateurs, il convient d'opposer les habitations de pêcheurs. Non pas qu'il y ait de démarcation très nette, car bien des « pentyer » sont plus ou moins des pêcheurs et bien des « pentys » (maisons d'ouvriers agricoles) sont des maisons de pêcheurs. En général pourtant, ces deux maisons répondent à deux fins différentes. La maison du pêcheur n'est qu'une habitation, elle n'a pas de bâtiments d'exploitation. Elle est plus soignée que la maison rurale ; les murs sont souvent blanchis (Le Croisic, Paimpol), et construits en beaux moellons ; à l'intérieur, l'original ameublement breton a peu à peu été remplacé par un mobilier banal ; plus de lits clos, plus de vaissellier ; seul le banc (« dozel ») a résisté aux innovations. La maison du pêcheur a atteint son apogée en ce cadre enchanteur de la petite mer intérieure du Morbihan. Dans plusieurs des innombrables petites îles boisées qui la parsèment et surtout dans l'île aux Moines, de coquettes maisons propres comme des maisons hollandaises percent la verdure et étalent sur leurs murs les treilles et les glycines. Là vivent de nombreux retraités de la marine. Ces
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vieux coureurs de la mer aiment à finir leurs jours dans la douceur de ce climat et dans l'apaisante tranquillité de la « petite mer ».
Les pêcheurs de sardines sont des pêcheurs aisés ; ils vivent en de gros bourgs (Douarnenez, Concarneau). Au-dessous d'eux, les pêcheurs de maquereaux, surtout sur les Côtes du Nord, vivent en des maisons plus arriérées. Souvent même, ils n'en sont pas les propriétaires ; la seule propriété qui est la leur ou qu'ils ambitionnent est leur bateau ; le bateau est leur vraie maison et reçoit tous leurs soins attentifs. Quant à la pêche hauturière pratiquée par les Terre-Neuvas, les Islandais ou les Grésillons, elle n'est pas liée à des types spéciaux d'habitation, car les équipages sont recrutés parmi les « pentyer ».
Les maisons de pêcheurs diffèrent par-dessus tout des maisons de paysans par l'emplacement qu'elles occupent : la maison du paysan vit plus souvent isolée; les maisons des pêcheurs vivent associées (voir chapitre xv).
Les deux maisons La Flandre française est presque en tous points un
de flandre pavs double : Flandre maritime pauvre, dunes et digues, et Flandre riche, au sol de limon fécond; Flandre très flamingante du littoral et Flandre de l'intérieur ; Flandre des petites maisons en file et Flandre des grandes fermes isolées.
La grande ferme de la Flandre des limons roux est peut-être, avec celle de la Brie, la plus belle des fermes de France. Toutes les parties sont également perfectionnées ; il n'y a pas de bâtiment prépondérant. La ferme flamande est essentiellement une cour ; en pays wallon, c'est la courte (ferme « La Courte a à Bouvines) ou la cens; en pays flamand, le hofstede. On comprend toute la splendide vigueur, toute la vie puissante et plantureuse de la ferme de Flandre, quand on pénètre dans une de ces cours fermées autour desquelles les bâtiments sont rangés en carré, tournant toutes leurs façades vers l'intérieur — sorte de château fort de l'art cultural (fig. 162).
On y pénètre par la grande porte au cintre poli par le frottement des charretées de blé et que surmonte un petit beffroi, commandant avec autorité toute l'exploitation d'alentour. La cour centrale est le vaste atrium de la ferme close. Elle est pavée pour que soit facilitée en toute saison la circulation intérieure. Au milieu, souvent, un abreuvoir rond borde un large tas de fumier qui s'étale devant l'étable et où une abondante volaille trouve une partie de sa nourriture. Fréquemment aussi, un petit bâtiment central abrite les chiens de berger et quelques porcs.
Au fond, et non sur la rue comme en Picardie, les vastes granges à la charpente de cathédrale, coiffées de l'immense toit de chaume ou de l'immense toit dépannes...
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Les portes, grandes comme des portes d'écluse, ont des barreaux qui dépassent, permettant ainsi au personnel de grimper sur les tas des récoltes amassées. Ces portes donnent accès d'un côté sur la cour intérieure et de l'autre sur un petit terrain vague qu'on appelle simplement « derrière-les-granges ». C'est là que sont groupés les meules coniques aux ventres renflés et les tas de fagots pour le four à pain. Là aussi les machines à battre sont installées au jour du battage.
Un bâtiment détaché s'y élève, le « carin », sorte de hangar pour les gros chariots à quatre roues des Flandres. Le silo à betteraves est le « drécher ».
Chose curieuse, on ne parle des granges qu'au pluriel, sans doute à cause de leurs vastes dimensions, et aussi parce que chaque portion a sa fonction spéciale d'engrangement; l'une est pour le lin : c'est celle où l'air circule le mieux, car le lin s'échauffe; l'autre pour la paille ; les autres pour le blé, l'avoine, la luzerne, etc. Chaque partie n'a pas tous les ans le même rôle : la grange étant le résumé du champ, il y a roulement pour l'organisation de la grange, comme il y a roulement pour la culture des champs. C'est tout un art que de savoir combiner l'engrangement. Les différentes récoltes n'arrivent pas toutes en même temps ; certaines sont tôt vendues ; d'autres doivent attendre quelque temps que les cours aient monté ; un bon engrangement permet de choisir le moment propice pour la vente. Il faut aussi qu'arrangement soit pris pour qu'à l'époque du battage une place soit libre où l'on entasse la paille et que cette place ne soit pas trop éloignée afin qu'on puisse éviter les longs transbordements.
L'habitation occupe un coin du carré de la « courte » flamande ; elle comprend surtout une grande salle commune où l'on se tient normalement et qu'on appelle
FlG. IÔ2. — UN TYPE DE FERME FLAMANDE : LA FERME DE « LA COURTE » A BOUVINES. (Roger Broders.)
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« la maison ». Deux tables la meublent : une grande table flanquée de deux bancs solides pour les ouvriers, une petite table ronde avec chaises pour le maître et sa famille. A côté, une salle d'honneur avec une longue table pour les réunions de famille qui sont fixées et organisées selon un ordre précis. Le plus souvent, il n'y a pas d'étage ; les chambres à coucher sont placées à la suite de la salle d'honneur.
L'écurie avoisine la maison d'habitation; bâtiment soigné, où sont abrités les gros chevaux flamands et les garçons d'écurie, les « cartons ». Au-dessus, un vaste grenier à grain approvisionne l'écurie en avoine, courte paille et seigle.
Les bergeries sont composées d'une ou plusieurs places carrées avec auge et râtelier. Après la moisson, elles sont souvent inoccupées, car les moutons vivent alors sur les jachères ; elles peuvent alors servir de granges complémentaires.
L'étable est moins perfectionnée ; une simple mangeoire court le long du mur ; elle ne comporte pas ces raffinements des étables bocagères avec auge extérieure. Car l'étable est ici plutôt un accessoire. La ferme de Flandre est surtout une ferme agricole, une ferme de champs, où la grange et l'écurie jouent le premier rôle ; par là elle rentre bien dans cette puissante « famille » des maisons rurales de France qu'on pourrait définir : les grandes fermes isolées à bâtiments disposés en carré autour d'une cour fermée ; types dont s'enorgueillissent pareillement et le plateau de Brie et l'uniforme Beauce.
Autour de la ferme, plusieurs terrains font comme partie de la maison. Derrière l'habitation, le petit jardin où sont cultivés les légumes et les fruits nécessaires à l'alimentation du fermier. A côté, « la prairie de derrière la ferme » avec quelques arbres, pommiers ou noyers, est souvent enclose par les alignements droits des hauts peupliers.
Vue de loin, cette ferme flamande, avec ses « atours », apparaît comme un véritable petit village. Peu de fermes françaises sont aussi vastes et surtout aussi complètes : à l'inverse de beaucoup d'autres maisons de France, elle ne s'est pas spécialisée dans telle ou telle fonction agricole ; la courte comprend toutes les variétés de bâtiments ruraux et c'est là sa distinctive particularité.
La grande ferme flamande subit une modification importante dans le pays flamingant de la Plaine et de la région sablonneuse de Cassel-Hazebrouck, où elle s'est implantée sous le nom de hofstede : ce n'est plus la ferme close, mais la ferme à trois bâtiments séparés, rangés autour d'une cour ; la porte n'est plus qu'une simple claie en poutrelles de bois. La limite entre ces deux types de fermes suit à peu près la limite linguistique entre le flamand et le wallon. C'est donc une influence ethnique et non géographique qui a créé ces différences. Il s'est développé même sur
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la lisière une forme de transition, où la « courte » n'est plus qu'un assemblage confus de bâtiments de hauteurs différentes, reliés comme artificiellement les uns aux autres par tout un rapiéçage de toits ; on dirait des hofstede dont on aurait bouché les ouvertures (i).
Voici, dans la plaine maritime, une autre petite maison flamande, bien différente de ses imposantes voisines. Les petites maisons des Flamands, au heu de vivre isolément comme la grande ferme, s'allongent en files le long des dunes ou le long des digues (voir chapitre xv).
Dans les dunes de la côte, de Calais jusqu'à Knocke, elles forment des rangées plus ou moins étirées. Les maisons, basses et sans étage, tournent leur façade vers le Sud-est ; la pente du toit du côté de la mer descend presque jusqu'au sol. Pour offrir moins de prise au vent, les pannes sont rejointoyées par un mortier blanc qui tranche sur le rouge cru du toit. Souvent le toit de chaume s'est maintenu ; la partie basse seule est frangée d'une bande de pannes qui abrite le parvis de la maison (fig. 163). Celle-ci, avec une porte flanquée de deux ou trois fenêtres, ne comprend qu'une seule pièce ; jamais elle ne possède de bâtiments d'exploitation. Un court jardin de sable gris fournit à la maison les maigres légumes qui se contentent de ce sol léger. Telle est la demeure de ce Flamand pauvre de la côte, que la terre stérile ne peut nourrir et qui est obligé de demander à la mer le supplément indispensable. Population flamande, abondante et vigoureuse, qui peuple le littoral depuis la Frise jusqu'au Boulonnais et qui toujours a déversé, en migrations pacifiques ou guerrières, le trop-plein de ses habitants sur les régions avoisinantes.
(1) Blanchard, la Flandre, p. 416.
FlG. 163. — LA PETITE MAISON BASSE DE FLANDRE. (J. Patissou.)
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Le long des digues de la plaine, les mêmes petites maisons basses allongent leurs toits pointus de chaumes bruns ou de pannes rouges (digue de Furnambacht sur l'Yser, les deux digues de l'Aa, en aval de Watten).Ici les maisons sont en quelque sorte accrochées à la digue, non pas qu'elles soient bâties sur la digue (celle-ci est trop précieuse et l'on craint trop de la détériorer pour se permettre d'y bâtir), mais elles s'appuient sur son flanc extérieur comme de gros contreforts espacés.
De telles maisons sont d'une propreté qui rappelle la fraternité ethnique entre Flamands et Hollandais. Leurs couleurs vives brillent sur l'horizon terne. Les façades sont blanchies à nouveau chaque année, ou quelquefois peintes de toutes les couleurs de l 'arc-en-ciel, les pannes et les briques fréquemment repassées au rouge, les volets peints en vert, les ébrasements des fenêtres en blanc. A l'intérieur, le sol en carrelage rouge est toujours luisant, les meubles sont cirés, des rideaux ornent les fenêtres.
Tenue parfaite de la maison, minutieuse et méticuleuse, commune à toute la Flandre. Nulle part ailleurs la demeure humaine n'est entourée d'autant de vigilance. La maison de Flandre est sans contredit la plus soignée des maisons de France.
Fait curieux, mais logique : les Flamands conservent loin de chez eux et pendant longtemps leurs habitudes d'extrême propreté : ainsi, des Flamands, ayant été introduits dans les marais de l'Aunis au seizième siècle pour y élever des digues, y construisirent de petites maisons à l'image de celles de leur pays : soigneusement bâties et entretenues, elles sont aujourd'hui devenues le type normal de la maison du marais des Charentes et constrastent singulièrement avec la maison grise et beaucoup moins avenante des plaines environnantes : l'Aunis est la seule région qui puisse le disputer à la Flandre pour la propreté éclatante de ses maisons.
Vendée : bourrines, Les maraîchins (voir fig. 8 et 9, p. 29 et 30) sont
huttes et cabanes fort différents des bocains (de la Vendée granitique) et des paysans de la plaine du Poitou (Fontenay-le-Comte).
Le marais le plus maritime et le plus caractéristique est le « marais occidental » qui s'allonge de Bourgneuf-en-Retz à Saint-Gilles-de-Vie : par les petits canaux bordés d'arbres, on circule en « yoles ». C'est là le domaine de la vieille maison maraîchine dite « bourrine ». Les murs ne sont qu'un mélange de roseaux secs et de boue que recouvre un lait de chaux éclatant : une porte basse conduit dans une pièce unique. Le toit est fait d'un épais manteau de roseaux, de « rouche », qui forme dôme arrondi sans arête médiane (fig. 164, et voir aussi plus haut sur la fig. 103, p. 300, des bourrines en plein Saint- Jean-de-Monts).
Cet ancien type d'habitation est aujourd'hui la maison des pauvres ; mais il sub-
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siste encore, on le construit encore, voilà le fait saisissant. Pour un nouveau jeune ménage, les voisins associés bâtissent même en un jour une semblable habitation. La bourrine disparaît : à côté d'elle, on rencontre la petite maison longue, basse, sans étage, couverte d'un toit à tuiles courbes {fig. 165); c'est celle-ci qui peuple exclusivement les marais méridionaux, aussi bien les « bas-villages » des marais d'Olonne que les marais poitevins ou le marais des Charentes (« Petite Flandre «autour de Rochefort).
FlG. 164. — UNE BOURRINE VENDÉENNE. (A. Lepère.)
L'habitation n'est pourtant pas exactement pareille dans le « marais desséché » et dans le « marais mouillé ». Dans le « marais mouillé », la maison s'appelle la « hutte » ; mais ce n'est plus la hutte de terre d'autrefois, proche parente de la bourrine (fig. 166) ; une population presque sauvage demeurait là jadis : c'étaient les « huttiers » ou « colliberts », très redoutés de leurs voisins (1). Les « huttiers » d'aujourd'hui ont
(1) « Connus anciennement sous le nom de 0 colliberts », les habitants de ces grands espaces vivaient d'une vie toute spéciale et n'avaient aucune idée du travail. Refoulés au loin par les dessèchements successifs, ils ont existé jusqu'à nos jours, et plusieurs de nos contemporains les ont vus, au milieu des marais mouillés de la Sèvre, tels qu'ils étaient jadis dans les terres, aujourd'hui essuyées, du Petit- Poitou, de Champagne, de Villedoux, de Benon, de Chouppeaux, de Maillezais, etc. Ils occupaient, sur les points élevés, des cabanes construites en bois et en roseaux, à moitié fixées dans le sol, à moitié suspendues aux arbres voisins, et dont le rez-de-chaussée n'était habitable que par les sécheresses de l'été ; à l'époque des pluies, une sorte de soupente leur servait de logement. Le foyer se trouvait au
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gardé leur nom sans ressembler à leurs devanciers ; et l'on peut en dire autant de leurs « huttes » qui conservent ce nom traditionnel sans le mériter.
Il s'agit d'abord de conquérir et de consolider l'emplacement même de la maison ; une ceinture de fossés, dont les terres ont servi à surélever le sol et à bâtir un « ter-
Fig. 165.
LA MAISON VENDÉENNE, BASSE, SANS ÉTAGE, COUVERTE D'UN TOIT DE TUILES COURBES. (A. Lepère.)
rier » au-dessus des plus hautes eaux, entoure la « hutte » et ses dépendances. La maison allonge sur une seule ligne ses diverses parties, séparées par des cloisons en
milieu de la chambre ; deux bois fourchus, solidement enfoncés, soutenaient une perche placée horizontalement, à laquelle la crémaillère était attachée. La fumée, ne trouvant pas d'issue, recouvrait les parois de la cabane d'une couche de suie noire et vernie. Les colliberts, appelés déjà 0 huttiers », du nom de leurs demeures, élevaient une grande quantité de canards qu'ils vendaient aux marchés de Marans et de Fontenay ; ils coupaient aussi des bois, qu'ils portaient dans leurs barques jusque sur la terre ferme. Aux époques de troubles, le voisinage des marais était redouté des voyageurs et des marchands ; leur asile impénétrable qui, sous la Ligue, servit de repaire à de nombreux malfaiteurs, abrita, pendant les guerres de l'Empire, des centaines de réfractaires. » (E. Risler, Géologie agricole, IV, Paris, 1897, P- 279 et 2%0-)
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clayonnages de roseaux : habitation proprement dite composée d'une ou de deux pièces au plus, laiterie ou fromagerie, écurie (dans ces pays, les animaux de trait sont l'âne ou le cheval et non le bœuf), enfin cellier. Le « quaireux », espèce de cour empierrée, se termine par un plan incliné et pavé pour l'abordage des barques qui sont attachées à des aulnes. Tout autour de la maison, des arbres fruitiers et des treilles. Les maisons de pierre, appelées plutôt « cabanes », sont de nouvelles venues ; elles doivent peut-être leur origine à l'influence des Flamands et des Hollandais qui ont été amenés dans ces parages pour entreprendre des travaux de dessèchement.
Avec les progrès du dessèchement ont pu s'établir de vraies fermes de cultivateurs ; ces fermes ont parfois plusieurs centaines d'hectares et sont très distantes les unes des autres.
Les cabanes diffèrent des huttes par leurs dimensions et par leur plus solide construction en pierre. Si elles n'avaient pas un toit à pente très faible, à couverture de tuiles courbes, on les prendrait pour des maisons de la Flandre maritime. Sur les murs blanchis se détachent des volets vert tendre ; un carrelage en briques sert souvent de plancher, et la propreté est telle que l'on change de sabots pour passer de la « souillarde » dans la cuisine. Les meubles, en noyer, sont cirés et les ferrures brillent. A cause de l'humidité du sol, les lits sont très élevés ; on y accède par un escabeau. Les cours sont très soigneusement balayées et le fumier est porté au dehors des bâtiments dans une fosse creusée pour cet usage. En pleine région des marais boueux et sales, ce type de maison se distingue, par sa nette propreté, des maisons d'alentour.