‹ Histoire de la nation française (volume 4)Chapitre 72 sur 86 · CARTE DES TOITS · texte numérisé non relu

CARTE DES TOITS

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FlG. 169. — LES DEUX PRINCIPAUX TYPES DE TOITS DE FRANCE.

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE

avant son martyre, avait des toits qui étaient pareils à ceux de Sienne, et la tuile creuse y est appelée « tuile romaine » !

A l'Est de la Saône, la limite des toits méditerranéens reste hors du Morvan et du Charolais, passe à Massilly entre Saint-Gengoux et Cluny, parvient à Charlieu près de la Loire, et dépasse Roanne vers le Nord. Ce type de toits peuple les monts du Lyonnais, du Beaujolais et du Forez et plus de la moitié du massif de la Madeleine.

Maîtresse de la Limagne (la limite est à l'Est entre Vichy et Cusset et à l'Ouest à Aigueperse), la tuile du Midi est également maîtresse des lisières orientales des Monts Dôme et des Monts Dore (Riom, Clermont-Ferrand, Issoire, Saint-Nectaire), mais elle se heurte partout au haut pays, après avoir poussé une pointe en Combrailles, vers Chambon et Évaux.

Il en est de même pour le Cantal dont les hauts reliefs éruptifs gardent leurs toits à pente raide revêtus de plaques de schistes, ou de phonolithes, tandis que la tuile creuse s'avance jusqu'à Saint-Flour d'une part et jusqu'à Aurillac de l'autre. Au delà de cet isthme, vers le Sud, la zone des toits à pente raide s'épanouit très largement dans le Rouergue, tandis que les toits à pente faible, après avoir contourné la Margeride, occupent tout le Velay ; là, des tuiles courbes d'argile très rouge enveloppent et décorent de leur couleur crue la cathédrale du Puy et toutes les maisons bâties de lave noire. La crête des Cévennes dans le Vivarais et le Tanargue leur échappe et forme une île allongée de toits à grandes plaques phonolithiques dites lauzes. Par l'étroit défilé de Langogne-Villefort, les tuiles courbes et creuses vont rejoindre leur immense domaine méditerranéen.

Le massif de l'Aigoual les rejette sur les pentes des Cévennes ; la trouée du Vigan les ramène sur le plateau caussenard, où elles occupent Millau et dessinent un curieux promontoire vers Séverac-le-Château en suivant le traditionnel couloir de circulation qui conduit aujourd'hui de Béziers vers Paris. Elles laissent au Sud deux îlots de toits montagnards sur les monts de Lacaune et sur la Montagne Noire.

A l'Ouest de Séverac-le-Château, le Levezou et le Ségala du Rouergue, régions de circulation malaisée, les rejettent vers Albi, qui est, lui, cité rutilante de briques et de tuiles. Le bastion du Rouergue est contourné ; le toit méditerranéen s'avance de nouveau au Nord par la dépression argileuse qui borde les terrains cristallins. De Figeac et d'Aubin, il rejoint Aurillac et pénètre même un peu plus à l'Est. A Vic-sur-Cère ou à Polminhac, au milieu des superbes toits pointus en pierre grise du Cantal, çà et là, quelque toit à tuiles creuses fait contraste, presque plat et rouge vif.

La limite rebrousse à l'Ouest vers le Quercy, au Sud de Gramat. La splendide vallée de la Dordogne moyenne échappe aux toits plus banals du Midi pour demeurer

TYPES DE MAISONS ET CARTE DES TOITS

fidèle aux pittoresques toits à forte pente. Sur sa rive gauche, perchée au haut de la falaise, la petite cité de Domme en est tout entière encapuchonné (Planche XI). A Bergerac seulement, les tuiles courbes et creuses franchissent la Dordogne; elles vont dès lors s'avancer vers le Nord largement jusqu'à l'estuaire de la Loire. Périgueux leur appartient ; le plateau du Limousin ne les arrête même pas ; elles occupent Chalus, Limoges, et dirigent comme un cap vigoureux vers Bourganeuf. Elles évitent les monts d'Ambazac, recouvrent entièrement Bellac, en partie seulement Montmorillon. A Poitiers, les toits à forte pente leur disputent la plupart des vieilles maisons ; mais Parthenay leur appartient. Elles occupent les Mauges sous le nom de tuiles du Fuilet, elles atteignent enfin la Loire vers Oudon entre Ancenis et Nantes ; elles la traversent et sont encore dominantes dans le pays nantais jusqu'à Savenay.

Dans les Pyrénées, la tuile creuse est arrêtée au pied des chaînes centrales des hauts sommets ; mais elle est largement installée aux deux portes occidentale et orientale, si largement qu'à l'Ouest, en Pays Basque, elle occupe même les sommets ; seul le petit pays de la Soûle, on l'a déjà noté, a été conquis par le toit béarnais à forte pente ; à l'Est, les toits du Roussillon sont, comme il est naturel, du domaine méditerranéen jusque près de Montlouis, et là, ils sont bien près de rejoindre les tuiles creuses de la Cerdagne (Puigcerda, Bourg-Madame) par-dessus les grands toits montagnards du col de la Perche. Ce sont les- tuiles courbes qui régnent par ailleurs, on le devine, en Catalogne comme dans les Castilles, dans les provinces basques espagnoles comme dans la plus grande partie de la Navarre (Pampelune, Tolosa, Vitoria).

Dans la Corse, un petit îlot de toits montagnards à plaques de pierre, et d'ailleurs à pente faible, entoure le Monte Cinto.

En négligeant de séparer des deux types principaux les variétés secondaires (toits de la haute montagne, ou tel type local, comme le toit flamand couvert de pannes), nous avons dressé pour la première fois la carte d'ensemble des toits de France.

Le dessin général en est frappant. Un examen, même très rapide, révèle d'abord, d'une manière péremptoire, combien il fut fantaisiste d'aller affirmant — avec une simplicité toute romantique — que la maison et son toit dépendent directement d'un facteur primordial, le climat !

En second lieu, cette figuration géographique paraît singulièrement imprégnée d'histoire ; car un fait lié par excellence à la vie sédentaire manifeste les trois grandes zones de circulation par lesquelles s'est avancée vers le Nord la civilisation méditerranéenne : Poitou, hautes vallées de l'Allier et de la Loire, couloir du Rhône et de la Saône. Le curieux îlot de toits méditerranéens en Champagne et Lorraine est

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE

lui-même comme un témoin qui exprime, à sa manière, les circulations aisées et répétées au cours de tant de siècles, entre Bourgogne et Flandre, entre le Midi hispanique, provençal et italique et la mer du Nord.

Bien plus, comme l'a justement remarqué M. Hubert, la tuile creuse — qui est sans conteste en voie de disparition, car on la fabrique de moins en moins et la technique paraît s'en perdre — s'est maintenue jusqu'à nous là où les fouilles archéologiques ont révélé de nombreux et renommés ateliers de potiers romains : en Saintonge, en Limagne, en Argonne... Notre seule ambition de géographe a été de figurer la distribution des toits alors qu'il en est tout juste temps encore ; mais on ne peut se défendre de considérer que sous la forme de ces deux types, si nettement juxtaposés et comme affrontés, semblent s'affronter l'art méditerranéen de la terre cuite et l'art des audacieuses et solides charpentes lié aux forêts de la France et de l'Europe septentrionales...

UNE FERME DE BRIE A V1LLENEUVE-SUR-BELLOT (SEINE-ET-MARNE, VALLÉE DU PETIT-MORIN).

(A. Lepère.)

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A. Lepère, del.

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