ANCIENNES HUTTES, PROCHES PARENTES DES BOURRINES
(A. Lepère.)
En pleine craie : la Le Sénonais est un vaste plateau de craie blanche,
maison du sénonais ou i'on pourrait s'attendre à voir surgir la maison de pierre en beaux moellons équarris et éclatants de blancheur comme dans les autres pays calcaires. Non sans quelque étonnement, on découvre que la maison de la craie est une maison d'argile, dont l'aspect d'ailleurs est assez triste. On
GEOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE
n'a pu utiliser la craie à cause de sa perméabilité extrême, de sa faible résistance, et parce que le crépi ne peut tenir sur elle ; l'on a dû se contenter de l'argile à silex qui couvre comme d'une nappe la plupart des plateaux crayeux. Les silex branchus ont fourni le principal matériel de construction ; l'argile a été employée sous forme de mortier, de torchis ou de briques. Souvent une carcasse de croisillons de bois soutient la construction, toujours peu élevée, car le sol très meuble ne supporterait pas de hautes maisons.
Cependant le sous-sol calcaire se révèle : le pignon est bâti en craie. Comme le crépi ne peut y adhérer, on laisse nu ce triangle blanc (i).
A l'intérieur, la maison ne comprend qu'une pièce, et si même il y en a deux, on ne se tient que dans une seule, l'autre n'étant qu'une salle d'apparat. Le sol, carrelé en gros carreaux de Beauvais, couvre une cave qu'on a pu facilement creuser dans la craie. En haut le toit d'un grenier à mansardes coiffe la maison de ces petites tuiles plates à crochets qu'on appelle « tuiles de Bourgogne ».
Une étable est attenante à la maison et s'ouvre comme elle sur la cour qu'une remise borde sur un côté et que ferme de l'autre un petit mur. Au milieu de la cour, le puits représente le point vital de l'installation. Fréquemment, il atteint 40 ou 50 mètres de profondeur. Une couronne de maçonnerie le cerne, soutenant un tour à double manivelle et une petite toiture qui abrite ce précieux édicule. Précieux est bien le mot qui lui convient, car lé puits coûte plus cher à creuser que la maison à bâtir. C'est pourquoi les maisons pauvres se groupent en petits hameaux autour du puits unique, lequel est entretenu à frais communs suivant une coutume juridique tacitement acceptée.
Dans la vallée de l'Yonne au contraire, plus riche, la maison indique plus d'aisance; les bâtiments entourent la cour sur trois côtés et la brique supplante le torchis.
Les toits: deux Ainsi les maisons de France sont dissemblables
types, deux zones selon les régions, mais elles peuvent être plus aisément groupées si on les considère « par-dessus les toits » : le couronnement de la maison est une des parties les plus difficiles à construire, à entretenir et à réparer. Il échappe davantage, semble-t-il, aux caprices individuels et régionaux.
En France, deux types de toits traditionnels s'opposent l'un à l'autre : dans le Nord et dans l'Ouest, le toit aigu, à forte pente, recouvert d'ardoises, de tuiles plates, de chaumes, de plaquettes de pierre {laves, lauzes, etc.) ou de bois (fig. 167); et
1,1) P. Privat-Deschanel, 1'Habitaiion humaine dans le Sénonais {La Géographie, 15 octobre 1907)
TYPES DE MAISONS ET CARTE DES TOITS
le toit du Midi, le toit des vrais pays méditerranéens, bas, à pente modérée, à deux ou quatre pans, et rayé de rangées de tuiles courbes appelées aussi tuiles creuses (fig- 168).
On serait peut-être tenté de croire que la distribution des toits à forte pente et des toits à pente faible est en relation avec la distribution des pluies. Tout au contraire, plusieurs des régions les plus humides de France ont adopté le toit bas (Vendée, région de Limoges, Pays Basque). Bien mieux, dans l'un des domaines propres du toit à tuiles courbes, tel que l'Aquitaine, la maison tout entière paraît s'aplatir encore lorsqu'on va de l'Est vers l'Ouest, où il pleut davantage (i). Au delà de Tonneins, les hauteurs qui bordent l'immense Val de Garonne s'aplanissent ; tout est plat et large ; et la maison ellemême s'étale ; elle paraît surtout s'étaler grâce aux appentis à très faible pente qui la bordent sur l'un des côtés.
En vérité, les deux genres de toits français caractérisent les deux Frances septentrionale et méridionale. La limite de la couverture en tuiles creuses (qui est par ailleurs celle de tout le domaine septentrional de la Méditerranée) tantôt dessine des avancées vers le Nord, et tantôt, au contraire, recule en formant des golfes profonds, face aux hautes régions du Massif Central ou des Alpes.
A l'Est, la tuile méridionale occupe la Provence et les Alpes de Provence jusqu'au Nord de Digne (suivre la limite sur la carte de la fig. 169). Dans les massifs plus septentrionaux, elle ne fait que se glisser au fond des vallées (Graisivaudan), mais elle n'a pas réussi à s'acclimater sur les sommets, où elle
(1) Voir les cartes en couleur qui accompagnent l'étude d'Alfred Angot, Régime pluvioméirique de la France, régions Sud-Ouest et Sud {Annales de géographie, 15 janv. 1919), et ci-dessus fig. 30, p. 86.
FlG. I67. — VIEILLES MAISONS PICARDES A TOITS AIGUS. (A. Lepère.)
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE
FlG. l68. — LES TOITS MÉDITERRANÉENS COUVERTS DE TUILES CREUSES : VIEUX MENTON. (A Lepère.)
est remplacée par les toits à longue pente des chalets montagnards couverts en petites plaquettes de pierre ou de bois. Au Nord du Rhône, le toit à tuiles creuses longe le rebord occidental du Jura ; les vallées du Jura sont plus étranglées que celles des Alpes, et il n'y a point pénétré; dans la vallée de la Saône, il profite du large couloir pour étendre ses conquêtes vers le Nord; il atteint Louhans et Chalon; au delà, il se heurte aux grands toits bourguignons dont il ne réussit pas à parcer l'obstacle.
Mais voilà qu'il s'étale en une large île entre Moselle et Marne, dans la Lorraine et dans la Champagne orientale.
Ile très curieuse, étonnamment homogène, quoique toute entourée de toits aigus à petites tuiles ou à ardoises : les tuiles courbes commencent aux portes mêmes de Châlons-sur-Marne vers le Nord et vers l'Est; sur la route de Châlons à Sainte-Menehould, Verdun et Metz, dès le petit village de l'Épine, à 7 kilomètres de la ville, elles régnent en maîtresses, et sans discontinuité s'étendent jusqu'à la bordure de l'Alsace. Si bien que Verdun,
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