‹ Histoire de la nation française (volume 4)Chapitre 77 sur 86 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

cela est manifeste; mais s'agit-il de l'étendue brute? ou s'agit-il précisément de l'étendue comme assurant l'assemblage d'un plus grand nombre de régions hétérogènes? Sans nous occuper de prédire l'avenir, considérons le passé. Des États ont vécu et vivent encore, sains et prospères, quoique petits. Même après la crise historique redoutable que nous venons de traverser, l'élimination des petits États prédite par les historiens et les sociologues d'Allemagne ne s'est pas produite; tout au contraire, plus d'États sont nés des anciens complexes politiques, et ceux qui se développeront ne seront pas ceux qui seront géographiquement le plus homogènes. Le fait que tous tendent à la mer et cherchent à associer une part de l'activité maritime mondiale à leur activité intérieure n'est-elle pas une preuve, plus visible que toute autre, de cette nécessité pour toute société politique vigoureuse d'unir des contraires ou du moins d'associer des disparités ?

Notre France historique, quoique petite avec son demi-million de kilomètres carrés (et même moins à certaines heures de son histoire), a été grande parce qu'elle est née et qu'elle s'est développée sur une France géographique dont les parties diverses ont une incomparable variété de natures, d'aptitudes et de vocations.

A qui veut organiser une nouvelle division politique et économique de la France intérieure, ces considérations fondamentales s'imposent; le principe de la division doit être de chercher à créer des ensembles régionaux qui aient cette vie complexe et robuste qui a fait jadis la fortune historique d'une Bourgogne, d'une Normandie ou d'une Provence ; les provinces à créer ne sont pas les anciennes provinces, mais des régions neuves.

Pour la coordination de forces opposées et pour la fusion féconde de ressources complémentaires, la ville (et dès le début du second volume on examinera pourquoi) est appelée à jouer un rôle primordial. La région future ne doit pas être spécialisée au sens étroit du mot, mais fondée sur une adaptation aux conditions naturelles et humaines telle qu'elle s'oriente, — si l'on nous permet d'user d'une expression technique de l'économie industrielle la plus moderne, — vers l'intégration. Or, la région dépendra de son « chef », c'est-à-dire de la ville ; la distribution nouvelle de la France en régions doit être fonction des « centres de nodalité » (Vidal de la Blache), c'est-à-dire des vraies capitales provinciales. Celles-ci d'ailleurs ne seront rien, si elles ne savent pas unir — pour les interpréter et les diriger — les intérêts métropolitains de leur activité financière, intellectuelle, artistique, commerciale et industrielle à ceux de l'activité rurale et agricole de toute la « province ».

Le progrès humain tend à faire passer la nature et la terre du stade purement et proprement géographique au stade historique (à la fois économique et politique).

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE

La conquête rationnelle de la terre par les hommes ne peut s'effectuer que par une connaissance et une compréhension de plus en plus perspicaces et de plus en plus précises des phénomènes atmosphériques, océaniques ou terriens ; mais le développement politique, économique et social travaille à opérer sans cesse une réelle et puissante « transmutation » de la matière terrestre. S'il nous est permis de rappeler une chimère qui fut presque un mythe multiséculaire, disons que c'est par la « pierre philosophale » de l'effort humain que l'or véritable est créé ; car c'est par l'effort humain que la civilisation modifie tous nos rapports fondamentaux avec le cadre naturel et que de la géographie naturelle et mécanique sort une géographie humaine de plus en plus compliquée et méthodique, et si l'on peut dire aussi, de plus en plus volontaire.

L'épiderme de notre France, tout imprégné de tenaces et longs efforts, a été manié, ameubli et pétri à tel point que la géographie physique est partout suivie et enveloppée, dominée ou même contredite par la géographie humaine.

UNE VIEILLE RUE DE GRIMAUD (VAR). (A. Lepère.)

TABLE DES ILLUSTRATIONS

Page 1