DU PREMIER VOLUME DE LA GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE
A géographie régionale est donc établie sur ces premiers fondements critiques : l'évolution historique des divisions administratives de l'antique civitas jusqu'au département contemporain, d'une part, — et, de l'autre, les genres de vie des habitants des diverses régions s'exprimant par excellence dans la forme des maisons et des villages. Après avoir essayé de discerner sans aucun parti pris ce qu'ont été, au cours de plusieurs siècles, dans leur réalité géographique et historique, ces ensembles complexes et si dissemblables auxquels on a donné le nom de « provinces », de « pays » ou de « régions », nous avons maintenant le pouvoir et le devoir de dégager quelques premières conclusions positives qui puissent servir à préparer ou du moins améliorer la vie organique de la France de demain.
Il nous semble qu'au-dessus de la multitude des faits secondaires se détachent deux types de régions, qu'on nous permettra d'opposer en les appelant de termes simplifiés : régions géographiques et régions historiques.
Les régions géographiques (telles les plus simples des « pays ») correspondent à des unités plus ou moins étendues mais dont toutes les parties ont un certain nombre
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANCE
de caractères communs ; dans leur ensemble elles sont, ou elles tendent à être homogènes. Elles sont donc des unités naturelles. La figuration schématisée des cartes et notamment des cartes géologiques a souligné et renforcé à nos yeux cette distinctive unitaire.
Les régions historiques sont au contraire et par excellence composées d'unités naturelles disparates. Elles sont hétérogènes. Elles ont été façonnées en unités politiques par les vouloirs humains; or, les sociétés humaines à caractère politique ont des besoins si variés que la solidarité politique non seulement s'accorde, mais s'appuie à la disparité des morceaux terrestres qui deviennent leur territoire, c'est-à-dire tout à la fois leur champ d'installation et d'alimentation, leur zone de défense et leur base d'expansion.
Lorsque au chapitre xi nous avons classé les anciennes provinces entendues dans le sens de régions historiques selon leurs affinités, nous avons souligné, pour la plupart d'entre elles et pour la plupart d'entre les plus vivantes, ce caractère hétérogène des parcelles géographiques qui leur ont servi de socle territorial.
Il faut donc chasser ces conceptions trop simplistes, abstraites ou cartographiques, qui font chercher dans des ensembles naturels homogènes ou apparemment homogènes le soubassement logique des groupes ou des sous-groupes politiques. La grandeur morale et historique des Etats ne s'est pas mesurée jusqu'ici, quoi qu'en aient dit l'école allemande et le géographe-philosophe Ratzel, à l'extension territoriale. L'étendue, surtout pour les États modernes, joue un rôle très important,
FlG. 186. — UN BEAU VILLAGE FRANÇAIS : JOUY-LE-MOUTIER (à quatre
kilomètres du confluent de la Seine et de l'Oise.) (A. Lepère.)