‹ Histoire de la nation française (volume 5)Chapitre 15 sur 64 · STATIONS MÉDITERRANÉENNES · texte numérisé non relu

STATIONS MÉDITERRANÉENNES

Moyenne de l'hiver. Moyenne de Tété.

Nice 6»4 2i%i

Hyères 8* ly

Perpignan ., 6%7 22%7

Marseille 6%3 22%8

Écart annuel I2%6

Écart annuel.

VA côté de l'étude générale des vents telle qu'elle résulte du méca- ''"^ ûisme que nous avons plus haut exposé, il serait très curieux d'examiner dans les différentes régions de la France quels sont les vents locaux et quels noms ils portent. G. Bigourdan a consacré une étude, dans l'un des récents Annuaires du Bureau des Longitudes (1916), aux vents régionaux en France, et il s'est spécialement occupé des deux les plus connus, le vent d^ autan et le mistral.

Dans les noms que les paysans de nos r^ons françaises ont depuis des siècles attribués aux vents dominants, on reconnaît une sorte de vérification parfois pittoresque des grandes lois de la circulation atmosphérique en même temps qu'une application d'un intérêt plus strictement local. Dans le Maçonnais, le vent du Nordouest qui apporte souvent la pluie s'appelle le vent de la traverse ou encore vent du Marvan. Dans l'Âveyron, le vent d'CXiest est vulgairement dénommé vent noir ou vent charrieur;dest le vent de la pluie ; le vent du Sud-est, qui est celui des périodes sèches et chaudes, est appelé vent solaire. Quand le vent du Nord soufiSe pendant la croissance des céréales, on l'appelle vent granaydé parce qu'il favorise et augmente le rendement des épis.

D'une des provinces de France à l'autre, les mêmes vents généraux n'ont pas le

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même nom» et il arrive que les mêmes noms changent de sens pour traduire des par-^ ticularités locales ; chaque r^on possède ainsi un lot de noms de vents qui lui sont communs avec d'autres et un lot de noms qui lui sont particuliers. Dans le Cantal» tout voisin de rAveyron» les vents» arrêtés ou déviés par ce relief important» n'ont déjà plus tout à fait les mêmes appellations : le vent d'CXies^ qui est dans rAveyron le « vent noir »» est id le <( vent de la nuit »» celui du Nord-ouest s'appelle encore la « Traverse » (dans les Alpes» au contraire» la Traverse ou Traversière vient de l'Est) ; celui du Sud-est est dénommé « l'Autan »» comme dans le Midi languedocien ; le vent d'Est est le <( vent solaire ».

Dans la Lozère» sur la ligne de partage des eaux des Cévennes» les vents domi-^ nants sont ceux de l'CXiest et du Nord. Le premier» qui vient de l'Océan» est le « Rouergue » du Caussenard» ou le « vent d'Aubrac »» ou « Aura Neigre » du montagnard (en Dauphiné» 1' « Aiura Noiura » est au contraire le vent du Nord) ; en Lozère» le vent du Sud-est ou « Auro » amène les grandes pluies d'automne» celui du Midi a le qualificatif pittoresque de « haie des moissons ». Dans la Haute-Loire» les vents d'Est et du Nord ont reçu le nom de « Sibérie ».

Une revue plus complète nous apprendrait que» d'un bout de la France à l'autre» persiste» dans le parler populaire» l'opposition entre la«bise»et le« vent»;le « vent »» c'est seulement le vent de la pluie» le vent d'CXiest» humide et chaud ; la « bise »» c'est le vent du Nord» qui dessèche au contraire — (« bis » est un vieux mot firançais signifiant noir comme dans pain bis» étofife bise (i) ; — déjà les Grecs qualifiaient Borée de « vent noir »» et c'est bien un vent noir» qui dérobe le soleil et cache le del^^ par les nuages ou « ballons de bise » qui se lèvent» surtout quand il tourne au Nordest et devient la « bise noire ». Les citadins ne savent plus le sens vrai des mots», mais le paysan se charge de les leur rappeler» et l'on est témoin à la campagne de dialogues de ce genre : « Quel vent depuis trois jours ! — Ce n'est pas du « vent »! — !? — Non» ce n'est pas le « vent »» puisque c'est la « bise ».

L' Aure ou Oure est un autre mot latin» qui désigne à vrai dire le souffle le plus fort : vent de l'Océan» on l'a vu» dans les Causses» vent du Nord en Dauphiné. Lé mistral aussi (2) est un mot latin et veut dire « le vent le plus fort » (« magistralis »» c'est-à-dire maître-vent).

Les vents du Midi vont souvent par couples» — l'action de l'un amenant la réaction de l'autre» — ou bien ils se font siHte et se relayent» l'un commençant à se

(i) C'est dans le même sens qu'au vers 815 de la Chanson de Roland « les roches bises » signifient « les rochers sombres ».

(2) Voir ci-dessuS, p. 77.

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fiûre sentir là où l'autre cesse d'agir. C'est ainsi que l'Autan est en relations très intimes avec un autre vent soufflant aussi d'entre Sud et Est^ et qu'on appelle le Marin. Autan et Marin semblent être produits par un même courant aérien^ mais dont les propriétés seraient profondément modifiées en chemin par le relief du sol. Le Marin désigne le vent qui souffle du Sud-est dans la plaine du Bas-Languedoc, de Montpellier à Narbonne et à Perpignan ; il est chaud, humide^ accompagné d'xme baisse du baromètre, et se fait sentir jusqu'au seuil qui sépare le bassin de la Méditerranée de celui de l'Atlantique. L'Autan, de même direction, entre Sud et Est, est parfois extrêmement violent, toujours chaud et sec^ mais il se fait sentir à l'CXiest des mêmes montagnes : il est déterminé par l'appel d'un centre cydonique sur le golfe de Gascogne (Emm. de Martonne). A lui s'oppose, dans toute la région de Carcassonne, le Gers qui est vent d'CXiest et Nord-ouest, sans doute appelé vers le golfe du Lion par les mêmes causes qui déchaînent le Mistral dans la vallée du Rhône (surtout à partir d'Avignon) et dans la vallée de la Durance (surtout à partir de la brèche étroite de Sisteron).

PLa pluviosité est le £Eicteur du climat qui a sur la vie humaine et LUXES ^^ les travaux de l'homme l'influence prédominante. La mesure du total des pluies tombées en chaque région du sol permet d'établir des cartes pluviométriques, telle que la carte générale de la/^. 30 (i).

Les pluies sont par-dessus tout déterminées par les vents d'CXies^ Nord-ouest et Sud-ouest, et ce sont les r^ons atlantiques qui bénéficient de ces pluies fines, pénétrantes, humifiantes qui s'incorporent entièrement au sol. La somme annuelle des pluies méditerranéennes est considérable en différents points de la zone littorale de notre Côte d'Azur ; mais ces pluies sont dues surtout à des averses rapides et parfois violentes (2).

L'atmosphère étant chargée de vapeur d'eau, il suffit d'une cause même minime de refiroidissement pour déterminer les précipitations salutaires. C'est en ce sens que

(i) La carte générale de làfig. 30 est nouvelle;elle a été dressée d'après les plus récents mémoires publiés par A. Angot dans les Annales de géographie en 1918 ainsi que d'après la carte d'E. Bénévent» publiée dans le Recueil des travaux de Flnstitut de géographie alpine de Grenoble en 1913. — L'oeuvre du Directeur du Bureau Central Météorologique, A. Angot, est très considérable ; en un très grand nombre de mémoires analytiques ou synthétiques, il a étudié les divers éléments du climat de la France, puis ce climat lui-même.

(2) Des séries d'observations parallèles faites & Beaulieu (Alpes-A&aritimes) et à Sèvres (Seine-et- Oise) par G. Eiffel ont démontré qu'à Beaulieu il tombe deux fois plus d'eau qu'à Paris, mats il y pleut deux fois moins souvent.

FiG. 30. — CARTE GÉNÉKALB DES PLUIES (1 : 6000000].

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le relief joue un rôle de premier ordre dans la répartition totale des pluies sur notre sol français. Les couches atmosphériques qui sont obligées de franchir un relief même fidble sont contraintes de s'élever ; en s'élevant elles se dilatent ; la détente suffit à déterminer un léger refroidissement qui entraine la précipitation. Comparons une carte des pluies et une carte du relief français^ nous serons toujours frappés d'un double &it : les maxima de pluie correspondent aux principaux relie&, et comme la principale direction originelle des pluies est l'Atlantique, le versant occidental de ces r^ons est très arrosé, tandis qu'au delà de ces reliefs, sur le versant oriental et dans les dépressions qui sont situées à l'Est, se placent des r^ons de minima (plaine de la Limagne, plaine d'Alsace avec le minimum si expressif de Colmar).

Les phénomènes de l'atmosphère sont gouvernés à tel point par les fidts de relief que, dans des r^ons de relief faibles, les pluies se trouvent réparties par rapport au modelé même ténu ou presque insensible de la surface (i).

Gabriel Guilbert, qui a été le véritable initiateur des méthodes nouvelles de prévision du temps, constate, comme nous, cette prédominance des « précipitations » (pluies ou neiges) sur les reliefe, mais il a tenté de l'expliquer autrement. Car pour lui les seules pluies qui soient en réalité dues à l'humidité des couches inférieures de l'atmosphère et à leur saturation sont les pluies fines qu'on appelle les bnamsy composées de gouttelettes et non de vraies gouttes d'eau. Toutes les autres pluies résultent de la fusion de la neige; ce sont les mêmes nuages qui donnent de la neige sur le sommet du Puy de Dôme et de la pluie à Qermont. En descendant à travers l'atmosphère, l'eau s'évapore de plus en plus et beaucoup plus que la neige. Si donc, avant de toucher le sol, une goutte d'eau n'a que 200 ou 300 mètres à parcourir, elle sera plus volumineuse que si elle doit traverser 2 000 ou 3 000 mètres de couches d'air plus ou moins éloignées de la saturation. C'est pourquoi les montagnes reçoivent beaucoup plus d'eau que les plaines.

Dans la gamme des pluies modérées de nos latitudes, tant abondent les pluies, tant vaut une r^on. Car la pluie est richesse non pas seulement par son action phy^ue et chimique propre, mais encore par toutes les substances qu'elle apporte à la terre. Alphonse Berget, qui a écrit le si dair et remarquable

(i) Voir des exemples typiques dans la Plaine picarde de Dbmakœon, dans U Berry de Vacher, dans la Flandre de Blanchard, ainsi que dans rardde spécial de ce dernier, la Pluviosité de la plaine du Nord de la France (Annales de géographie^ XI, 1902, p. 203-220, avec deux planches hors texte), ou dans cdui de M. Sorre, Régime pbiviométrique de la Vendée (même recueil, XIII, 1904, p. 56-63, avec deux planches hors texte)

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volume le Temps qu'il fcdty le Temps quHl feroy rappelle avec raison : « La moyenne de la pluie qui tombe annuellement en France apporte au sol 20 kilogrammes d'azote par an et par hectare^ ce qui équivaut à y répandre 140 kilogrammes de salpêtre. L'eau de pluie est donc une eau indispensable à l'agriculture, et qu'un arrosage, fait à l'eau ordinaire, ne saurait remplacer. »

OBSERVATIONS popiTLAniBs Daus cc bcau pays de France où les pay-

8UB LA PLUIE ET LES NUAGES sans out été et sout eucore le grand nombre, ils ont enregistré depuis longtemps de fort justes remarques sur le beau et le mauvais temps : ils les ont consignées dans des proverbes. On aurait tort de prendre ces proverbes à la lettre et de leur donner une rigueur mathématique, mais ils rq)osent souvent sur de longues séries de constatations r^onales et on aurait pareillement tort de les mépriser (i).

n va de soi que ces dictons populaires devraient être examinés dans leur cadre spécial r^onal, mais comme la France est soumise à ce mécanisme d'ensemble que nous avons décrit et que, sauf le Midi proprement méditerranéen, les phénomènes s'y présentent non pas identiques, mais selon des rythmes analogues, on peut aisément rappeler id quelques-xmes de ces formules condensées qu'on se répète et qu'on se transmet de bouche en bouche en nos campagnes :

D n'est si gentil mois d'avril Qui n'ait son grain de

A la Sainte-Catherine [25 novembre] L'hiver s*aberline ; A la Saint-André [30 novembre] D est aberliné.

En général, les paysans se sont plu à observer des connexions qui les touchaient de près entre certaines éventualités atmosphériques et leurs conséquences agricoles, désastreuses ou heureuses.

Dans tout le Nord, l'CXiest, le Sud-ouest et le Centre de la France on a moins à redouter la sécheresse que les excès de pluie :

Année de rivière, Année de foin, Année d'herbe.

Année de misère. Année de rien. Jamais superbe.

(i) Au reste, dans des ouvrages scientifiques de premier ordre comme le Berry d'Antoine Vacher ou le Bas-Maine de René Musset, on leur a ait sagement une place.

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De même si les pluies de printemps se prolongent trop, la moisson est retardée :

Mai en boue.

Pluie en août.

Vers la Sainte-Maiguerite [20 juillet] Longue pluie maudite :

Le chou léussit

Et le foin pourrit.

De même, si l'hiver est très mouillé et si le froid n'arrive pas assez vite, l'année menace d'être mauvaise parce que la froidure se prolongera sans doute un peu trop au printemps :

Si lliiver commence en mouton^ A Noël le moucheron» Noël au perron, .

Il finit en lion. A Pftques le g^çon. Pfiques au tiaon.

Pluie de janvier remplit les dmedères.

Inversement :

Chaleur à la Saint-Laurent [10 août].

Froidure à la Saint-Vincent [22 janvier].

Pluie d'avril remplit les greniers.

Ou ce dicton bourguignon :

Chaque journée de mai Amène des raisins dans le panai [panier].

On dit aussi:

Peu de firuits sur le groseillier.

Peu de blé au grenier.

Toute une grande famille de dictons se rapportent enfin à la continuité des neiges ou des pluies lorsqu'elles sont amorcées à certaines périodes et même à certains jours de Tannée.

Neige de Saint-André Peut cent jours durer.

Et ce fut le cas, du 26 novembre au 21 janvier de l'hiver 1890-1891. À ce même point de vue, le pluvieux saint Médard a une renommée quasi imiverselle :

Quand il pleut & la Saint-Médard [8 juin] D pleut quarante jours plus tard.

Mais s'il £ût beau à la Saint-Bamabé [ji juin] Tout est réparé.

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Saint Médard n'est pas le seul saint de la pluie :

Pluie de la Saint-Gervais [19 juin] Il pleut quarante jours après.

S'il pleut à la Visitation [2 juillet] De pluie continuation.

Pluie de Saint- Jean [24 juin] Duie longtemps.

Et c'est précisément aux approches de la Saint- Jean de l'année 1875 4^^ ^ produisirent les pluies continues qui déterminèrent la grande inondation de la Garonne et de tous ses affluents.

Les paysans qui sont attachés d'un amour si âpre à la terre vivent les yeux fixés sur le del : ils cherchent à y découvrir le secret du lendemain et des semaines les plus proches.

Quelques-uns d'entre eux, par l'observation spéciale des nuages, devançant ainsi les idées les plus modemes sur les vraies méthodes de prévision du temps, sont arrivés à discemer d'une manière parfois extraordinairement juste la marche des événements atmosphériques.

En tous pays, ils suivent avec attention la succession des lunaisons : la nouvelle et la pleine lune sont pour eux riches de signification :

Brouillard dans le déoours. Brouillard dans le croissant,

Cest de l'eau sous trois jours. C'est du beau temps.

Ce n'est pas à eux qu'il fisiudrait apprendre qu'il y a toujours de la lune à Pâques et de la lune encore à la Pentecôte. Pâques est célébré le premier dimanche après la pleine lune du 21 mars ou des jours suivants : par conséquent, Pâques a lieu au plus tôt un jour ou au plus tard huit jours après la pleine lune, soit toujours entre la pleine lune et le dernier quartier. Il y a lune à Pâques, et lune descendante : cinquante jours plus tard à la Pentecôte, la lune apparaît toujours au delà du premier quartier, toujours lune montante.

Les nuages ne sont pas des nuages français, mais certaines de leurs combinaisons et de leurs formes composent les dels coutumiers de France.

En traversant la Beauce le 17 juillet 1914, on pouvait lever la tête et void ce qu'on apercevait : deux étages de nuages : de tout fins, des voiles légers, de délideuses draperies liberty au plus profond du dd, puis, passant devant eux à vive allure, poussés vers le Nord et le Nord-est, de gros nuages bossues et montueux>

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gris et même presque noirs, mais dont les flancs et toutes les franges étaient d'un blanc lumineux étincelant.

Qui ne reconnaîtrait là une physicmomie habituelle de nos dels atlantiques de France ! (Voir aussi la si belle Nuée de Lepère, planche V.) Et qui oserait prétendre que le del ne fait point partie de notre géographie?

OBSEBVATOZBXS DE MONTAGNE A côté de toutes ces observatious plus ou

ET TOUR EOTEL moius sagaces, et toujours fragmentaires, il

importe de rappeler combien sont aujourd'hui nombreuses les observations coordonnées sous le contrôle des Commissions météorologiques départementales et sous la direction du Bureau central météorologique. C'est un savant français. Le Verrier> qui a été Tinaugurateur des méthodes et des représentations systématiques des âdts atmosphériques pour tout l'ensemble de la terre. Il faut enfin signal» le rôle qui est dévolu, dans de tels ordres de recherches, aux établissements de notre pays que leur position géographique rend exceptionnels : l'observatoire de la Tour Eiffel et les observatoires météorologiques de montagne.

Le plus ancien de ceux-ci, le prototype, a été l'observatoire du Puy de Dôme. Fondé par Âlluard en 1873, à 1 465 mètres d'altitude, il est devenu un vrai centre d'observations de haute m^éordogie et de physique du globe, surtout sous la direction de Bernard Brunhes, de 1901 à 1910. On peut r^retter vivement que, depuis la mort de ce directeur, la grande signification internationale scientifique de cet observatoire ait été négligée. L'observatoire du Puy de Dôme a un passé qui devrait le sauver des mécomptes administratifs.

Le Strasbourgeois Ramond, devenu plus tard « le plus illustre des pyrénéistes »> a travaillé, comme on sait, au nivellement barométrique des Monts Dore et des Monts Dôme et, dans son mémoire sur la Formule barométrique de la mécanique célestey il s'est écrié : « Heureux si j'ai pu ajouter quelque chose à la science dans le lieu même où elle est née, au pied de cette montagne justement célèbre, où le tube de Torricelli, iaterrogé par le génie de Pascal, a déposé pour la première fois du décroissement graduel des pressions atmosphériques. De là, l'ingénieux artifice qui place le point de d^art de nos mesures, sur une limite inconnue dont le lieu se perd dans l'immensité de l'espace, qui saisit le plus iadodle des éléments par la propriété la plus saillante de la matière, soumet son poids à la balance, transforme le poids en dimensions, et marque des sondes au fond de l'invisible océan où nous vivons. La science a ses lieux saints, elle a ses patriarches. Honneur au théâtre des expériences de Pascal ! Honneur à cette forte tête, qui, imprimant à ses conceptions

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et à ses écrits l'imposant caractère des idées nettes et vigoureuses, nous a laissé à la fois et des sujets inépuisables de méditation, et d'admirables modèles dans ce bd art d'écrire qui n'est si difficile que parce qu'il est inséparable du grand art de penser. »

L'observatoire du Mont Gros, près de Nice, fondé par Bischofi&heim, est surtout astronomique; mais on y fait aussi des mesures météorologiques : il n'y a que 340 mètres entre les observations de la montagne et celles qui sont fûtes au niveau de la mer, tandis qu'au Puy de Dôme plus de 1 000 mètres séparent la station du sommet (i 465 m.) de la station dite de la plaine (388 m. à Rabanesse, près Qermont-Ferrand).

Trois observatoires météorologiques de grande importance, le second surtout, ont été créés l'un au Mont Ventoux à 1 900 mètres d'altitude, l'autre à l'Âigoual à 1500 mètres, et le troisième au Signal du Mont Mounier à 2740 mètres.

Deux postes d'observation et de recherche méritent une vénération particulière, l'un dans les Pyrénées, celui du Pic du Midi, l'autre dans les Alpes au sommet même du Mont Blanc ; mais le premier est permanent, tandis qu'au second, étant donnée sa position au-dessus des limites réelles de la vie humaine, l'activité sdenti- ^que, quoique extraordinairement féconde, ne peut être qu'intermittente.

Sur l'initiative première de la Société Ramond de Bagnères-de-Bigorre, et grâce aux efforts continus du général de Nansouty et de Vaussenat, l'observatoire du Pic du Midi de Bigorre fut édifié de 1875 ^ i^^y à 2 859 mètres, vraie ruche de cellules averses très bien adaptées à des travaux scientifiques d'ordres variés. Marchand a été le digne successeur des deux premiers directeurs.

Encore plus élevé de 2 500 mètres que le Pic du Midi est l'observatoire établi en 1890 sur un rocher des Bosses, au-dessous du sommet du Mont Blanc à 4 365 mètres d'altitude, par Joseph Vallot. Cette haute, noble et périlleuse entreprise suscita l'émulation de Janssen ; en 1893 celui-ci fit transporter sur les masses mêmes de neige du sommet, à 4800 mètres, un observatoire construit de toutes pièces à Meudon ; cette installation devait grandement souffrir dans la suite d'avoir été fondée sur des bases aussi peu stables. Dans ces deux observatoires, et surtout dans celui de Joseph Vallot, des expériences et mesures importantes ont été poursuivies.

La Tour Eiffel, construite comme grande attraction de l'Exposition universelle de 1889 et qui était destinée, dans la pensée de ses constructeurs, à une vie assez brève, est devenue l'un des postes météorologiques les plus importants de l'univers, permettant de suivre des observations à 300 mètres au-dessus du sol et de les

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%i)iiiij

»arer à celles du niveau du sol en un même point de la terre. Elle a révélé des. £ûts de premier ordre concernant les variations diurnes et nocturnes de la pression atmosphérique, de Télectricité atmosphérique, de la température, ainsi que la marche des vents. Elle préludait ainsi au rôle futur que devait lui conférer la. tél^raphie sans fil ; elle est devenue en temps de paix, par les ondes de son sommet,, la grande distributrice de l'heure dans l'univers, et en temps de guerre l'un des pomts les plus eflBcaces de l'enr^istrement et du rayonnement des pensées himiaines.

LES FUBuvss iT L'cau est donc pour un Etat et pour un peuple la

LES BiviÈBSs souveraine richesse. Elle est aliment. Elle est engrais. Elle est force. Elle est route.

La vapeur d'eau de l'atmosphère qui est précipitée sur le sol sous la forme de pluies, de neiges, de rosée, etc., fournit les eaux superficielles qui s'écoulçnt au moins en partie par les cours d'eau (i).

Tel climat, tels fleuves. Les fleuves sont comme des appareils enregistreurs; qu'on serait tenté de nommer organiques, et qui expriment mieux que tous baromètres, thermomètres et pluviomètres, quelle est la sonune des résultats de toutes les luttes entre facteurs de l'atmosphère pour une région déterminée. Mais un autre élément entre id en jeu : la porosité du sol. Le sol est-il imperméable, c'est-à-dire composé d'argiles ou de débris argileux ou de roches dures imperméables? l'eau, coule à la surface sans pénétrer dans le sol. Le sol est-il, au contraire, constitué de calcaires fissurés ou d'autres roches perméables? l'eau s'enfouit dans le sol, et va créer, à une profondeur plus ou moins grande, ces vraies rivières souterraines que. E.-Â. Martel a, parmi nous, plus que tout autre, explorées et révélées.

Les eaux qui coulent se rassemblent donc en filets d'eau qui travaillent à creuser leurs vallées et qui se rejoignent pour aboutir à des cours plus importants que nous appelons les rivières et les fleuves. Les grands fleuves de France, les grands fleuves de l'histoire de France sont au nombre de sept : la Garonne, la Loire, la Seine,. l'Escaut, la Meuse, le Rhin et le Rhône.

Ce n'est pas toujours le sillon occupé par le cours d'eau auquel on a donné le nom principal qui est le plus important dans la réalité physique et qui s'est révélé le plus important dans la géographie humaine. Le sillon de l'Yonne-Seine est, à ce double point de vue, le vrai sillon central et non pas celui du tout petit cours d'eau qu'est la Seine supérieure. On a parfois un peu trop exclusivement insisté sur

(i) Voir dans notre Deuxième volume : Houille blanche et houille verte ; Fleuves et canaux ; etc.

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les fleuves sans parler assez de quelques-uns de leurs grands affluents. A coté des « premiers grands rôles », c'est justice de faire une place aux « seconds » dont l'histoire physique et humaine a donné parfois son vrai sens à celui du cours d'eau principal. L'Yonne, la Mame et l'Oise, à des titres différents, expliquent la si forte signification historique qu'a eue la Seine de Montereau à l'embouchure. Le Cher et l'Allier sont des organes essentiels de la Loire, et l'Allier ne sêrait-il même pas le fleuve principal? La Dordogne, avec son harmonieux fiedsoeau d'affluents, et sa belle Vézère si anciennement humanisée, est un fleuve à l'^al de la Qaronne. L'Alsace est le pays de I'HI encore plus que celui du Rhin. La Moselle est un vrai fleuve. La Durance et llsère sont ou deviennent de plus en plus comparables à la Saône dont il semble qu'on ait de tout temps mieux saisi le rôle.

Tous ces cours d'eau ne se sont pas contentés d'égoutter les eaux tombées sur le sol français. Ils ont, grâce à leurs forces vives et grâce à la tactique des tourbillons, Êiçonné leur lit et Êiçonné leur vallée. Ils ont lutté pour leur vie et les réseaux que nous apercevons aujourd'hui ne doivent, pas être considérés comme ayant été tels depuis l'origine.

Dans toutes les r^ons de la France, nous constatons des « captures » de cours d'eau fûtes par les uns aux dépens des autres. Les événements géologiques ont imposé une recrudescence d'activité à tels et tels tandis qu'ils barraient ou qu'ils endormaient tels et tels autres. L'histoire ancienne des vallées est d'autant plus captivante à reconstituer que le dessin actuel du relief français en porte la trace et que très souvent les canaux qui font communiquer une région hydrographique avec une autre se sont appliqués à suivre les anciennes voies modeléeis, quoique délaissées, par des rivières antérieures.

Lugeon a démontré comment le Rhône supérieur, au lieu de s'infléchir dans la cuvette du lac Léman, se dir^eait vers le Nord et le Nord-ouest avant l'époque des grands glaciers et, par le cours de la Broyé et de l'Aar, allait rejoindre le Rhin.

Robert Douvillé a démontré par ailleurs comment, aux Pliocènes moyen et supérieur, le Rhin rejoignait la Méditerranée en empruntant les vallées du Doubs, de la Saône et du Rhône.

Les glaciers et tous les grands épisodes de la glaciation quaternaire ont également imposé aux reliefs des formes qui ont un retentissement déterminatif sur le peuplement humain. Depéret a très nettement décrit les trois terrasses de gravier pliocène qui correspondent à des temps d'arrêt dans le creusement progressif de la vallée du Rhône et la terrasse d'alluvions quaternaires qui correspond à une période de remblaiement. L'invasion du glacier rhodanien dans la vallée du Rhône « a eu

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lieU) dit-il, non pas seulement à deux reprises comme on Ta cru jusqu'ici, mais à trois époques différentes correspondant chacune à un état de creusement déterminé de la vallée et à la formaticm de trois terrasses fluvio-gladaires indépendantes ».

En petit comme en grand, les réseaux de modelé sculptural qui accompagnent les cours d'eau actuels sont commeVnrichis de modelés antérieurs plus ou moins évolués.

Blayac et Vacher ont expliqué comment la haute Vienne avait été enlevée à la Charente et capturée par la basse Vienne à une époque déjà reculée. Demai^eon s'est convaincu qu'à la hauteur d'Eguzon, la Creuse supérieure a été détournée du bassin de l'Anglin par la basse Creuse. W. M. Davis a reconstimé les captures successives du Petit-Morin et du Grand-Morin ; il a révélé par-dessus tout le caractère de la Meuse. La Meuse, la haute Meuse, solitaire aujourd'hui, s'est vu voler ses affluents de part et d'autre par l'Aisne et par la Moselle.

Insister sur un cas particulièrement saisissant de ces captures sera en fiadre comprendre l'intérêt au double point de vue physique et humain.

MOSELLE La a Moscllc » est, de par son nom, une « petite Meuse ».

ET MExrsi Or, par derrière cette appellation historique, il y a une première vérité géographique, de beaucoup antérieure à toute installation humaine sur la terre. La Moselle a bien été jadis* un affluent de la Meuse, une « petite Meuse », s'écoulant vers la grande ; peut-être même a-t-elle été la vraie Meuse, la plus puissante, celle qui, par excellence, a aidé la Meuse à creuser sa belle et large vallée de Lorraine. Void pourquoi, et void comment :

La Moselle s'échappe des Vosges. Dans la conque verdoyante de Bussang, des riviérettes rapides et claires se réunissent pour £ûre une vraie rivière qui va s'écouler vers le Nord-ouest. Ce sont ces eaux de Moselle qui passent à I^emiremont, à Ëpinal, à Charmes, à Pont-Saint-Vincent, et qui, de là, s'orientant tout à fait vers l'Ouest, vont à Toul. A Toul se produit un fait étrange : la Moselle change de direction, brutalement, et marche vers le Nord-est. Elle va rejoindre la Meurthe (Jig. 31).

Nous disons bien : elle va rejoindre le sillon et le lit de la Meurthe. La Meurthe et son affluent la Mortagne sont issus des Vosges comme la Moselle ; elles ont, dans toute la première partie de leur cours, une direction approximativement parallèle à celle de la haute Moselle ; les eaux de Mortagne et Meurthe, réunies sous le nom de Meurthe, bordent Nancy ; puis, pour leur plus grande surprise sans doute, elles sont envahies et absorbées par les eaux de cette Moselle étrange retour de Toul ; elles abdiquent leur nom ; c'est dans leur ample lit et à leur place que s'écoule, à partir

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de Pompey, la Moselle. Mais le vrai sillon originel et capital est celui de Mortagne- Memthe-Moselle.

Vers rOuest, un autre fleuve, tout à fait différent et par son origine et par sa direction, s'écoule du Sud vers le Nord : la Meuse.

FiG. 31. — MOSELU ET MEUSB, OOTBS DE MOSELLE ET OÔTBS DE MEUSE (Trinquier).

Arrivée à Pagny, à la latitude de Toul, la Meuse ne se trouve plus à voi d'oiseau qu'à moins de 15 kilomètres de la Moselle; et si la Moselle ne tournait court, les deux cours d'eau, destinés à se rencontrer, se renonitreraient évidemment.

Or il fut un temps oii, en ttnite réalité, ils se rejoignaient.

Entre Toul et Fagny, une vallée abandonnée, aux contours et aux talus encore

CLZHAT ET COURS Ttl^AXI

frais (Jjg. 32)3 est restée le témoin qui nous raconte cette vieille histoire. Vieille, si nous la comparons à llùstoire des hommes, puisqu'elle a précédé la présence des hommes sur notre planète ; mais toute jeune, toute récente si nous considérons Tincalculable succession des temps géologiques. •

Le sillon à méandres du cours d'eau détourné dont ime partie porte le nom de Val de TAne (Jig. 33) reste si bien une voie ouverte par la nature à la circulation des hommes qu'il est parcouru très exactement et par la route nationale n° 4 de Paris à Strasbourg, et par le canal de la Marne au Rhin, et par le chemin de fer de Paris à Nancy.

De la Moselle de Toul on passe ainsi à la Meuse de Pagny par le mieux âiçonné

Fio. 32. — tB

DB Là VALLÉE ABANDONNÉB ENTItB TODL ET FAGHT.

des couloirs naturels. Or vdd qu'en aval de Pagny, sur les deux rives de la Meuse, nous trouvons des dépôts de cailloux roulés qui ne peuvent provenir que des Vosges ; beaucoup plus loin, tout autour de Verdun, sur les deux versants de la creuse vallée où coule la Meuse, des masses de matériaux charriés sont aisément reconnaissables qui sont d'origine vosgienne. Us ne peuvent pas avoir été transportés là par le flot de la Meuse qui n'en vient pas. C'est donc la Moselle qui passait autrefois par le couleur de Toul-Pagny et qui a jonché le lit et la vallée de la Meuse de cette mitraille mêlée de grès, de quartz et de granités.

Ainsi la topc^raphie nous oblige à concevoir Toul conmie étant à la tôte de deux vallées : l'une qui « s'écoule » vers le Nord-est et conduit à Metz (Moselle), et l'autre qui « s'écoule » vers le Nord-ouest et conduit à Verdun (Meuse), L'hydrographie actuelle n'esprime plus la topographie encore présente ; les eaux, qui gagnent tou- )our8 les points les plus bas, sont devenues divergentes ; mais leur œuvre passée demeura et les « Trois-Ëvêchés i» forment un triangle dont les deux sommets sept»itrionaux se relient aussi aisément l'un que l'autre au sommet de Toul.

atoom. BuiuDn, t. i. Vt j

OÊOGRAPHIB HUMAINE DE LA FRANCE

Tout le monde sait aujourd'hui œ que sont les Hauts de Meuse que les gens du pays appellent et que nous appellerons avec eux les Côtes de Meuse. C'est parce que les Allemands ont pu &anchir les Côtes de Meuse qu'ils sont venus assi^^ — mais

FlG. 33. ~ LES MÉANDKES D'UNE PARTIE DE LA VALLÉE ABANDONNtB ENTRE TOUL ET PAGNT, ENTRE MOSELLE ET MEUSE (l)

vainement — le fort de Troyon, d^agé le 14 septembre par des troupes de Toul ; c'est parce qu'ils les ont franchies qu'ils sont parvenus jiisqu'à Saint-Mihiel et qu'ils ont pu établir leur tête de pont sur la Meuse à Saint-Mihiel et Chauvoncourt (24 et 25 septembre 1914).

Le grand fait orc^raphique à retenir, c'est que les Côtes de Meuse ne bordent pas la Meuse, mais au contraire sont une sorte de talus unilatéral dominant la plaine marécageuse de la Woëvre bien au delà de la Meuse vers l'Est (Voir chap. xni).

(l)ÉdieOe: i : 50000 (réduction de la cane à i : 20 000 du Service gét^nphique de rAimée).

GLZliAT ET COURS D'EAU

De même si les lignes de hauteur qu*on appelle les Cotes de Moselle dominent par place la Moselle, elles ne s'arrêtent point à la Moselle j elles se continuent sui la rive droite et font &oe et talus vers l'Est : c'est à ces hauteurs dites Côtes de Moselle que se rattachent et le Grand Couronné et le Petit Couronné de Nancy, toaa deux situés au delà de la Moselle, voire même sur la rive dnnte de la Meurthe.

La Meuse puissante d'autrefois, forte de finîtes ses eaux et de toutes celles de la Moselle, a eu raudadeuse ténacité de s'acharner à s'enfoncer dans le plateau corallien lui-même et d'y creuser cette somptueuse vallée, large, — de part et d'autre crénelé^ — qu'elle occupe maigrement aujourd'hui C'est dans ce superbe couloir antérieur, Tiaie ligne de circulation et petite région naturelle autonome, que se sont installés Comjnercy, Saint-Aiihiel et surtout Verdun (i).

La Moselle a pareillement pénétré dans .son plateau à elle; elle a creusé un lit <et une vallée larges et vigoiueux; aidée de la Meurthe, et profitant d'ime fiûUe, elle a tracé le sillon Frouard-Dieulouard- P<mt-à-Mousson-Aniaville-Ars, qui est bordé de hauteurs « éminentes n, si l'on peut ainsi parler, sur les deux rives.

C'est vers Toul que les deux tepographies se rapprochent le plus : le mont Saint-Michel qui domine Toul n'est que l'extrémité méridionale des Côtes de Meuse, et en suivant de & le cours ra^nde de la Moselle vers le Nord-est, on atteint les hauteurs de sa rive droite dont la &ce Nord ■et la ùcc Est sont les Côtes mêmes de Moselle (Voir de nouveau p. 96, fig. 31).

Par delà ces CÔtes, im affluent important de la Moselle, la SeiUe, s'est étalée sur Jes argiles liasiques, les a déblayées, et va rejoindre la Moselle au point où celle-d .semble s'évader en toute vérité du plateau jurassique et s'étaler, se diviser en plusieurs bras, former des Qes, et fitire à la Seille un ample accueil : nous avons par là ; désigné et dessiné ce point supeibe de concentration humaine qui est devenu

FiG. 34.

^SÛOàtaairt.

- LA SrrUATION TOPOGKAFHKtm DE METZ (i ! 500000)

^i) Vdrl'énideithudétuUéesutVerduDetleVenhmcHsauch^txezm.

OËOGHAPHIE HUMAINB DE Ul FRANCE

Metz. Metz est, par rapport aux rebords des Côtes de Mosdle, àtué comme Reims par rapport au biseau de l'Ue-de-France ; les raides talus, festomiés de vignes, qui dominent Metz vers TOuest et dont le prince est le âimeux mont Saint-Quentin, peuvent être à juste titre comparés à cette ligne continue de hauteurs qui encercle la cuvette de Reims vers TOuest et vers le Sud et qui porœ au Sud le nom de a Montagne de Reims ». On pourrait même, si l'on voulait poursuivre ce parallèle expressif qui n'a jamais été fênt^ retrouver dans des pitons messins, plus orientaux, et couronnés de forts, les équi^ents des hauteurs et forts champenois de Brimont^ de Berru et de Nc^ent-l'Abbesse... (Les cartons des deux fig. 34 et 35 sont destinés à démontrer à quel point Reims et Metz sont, de par leur site, de la même Emilie.) Toul est la tôt» de ligne intérieure qui ccmunande Metz et Verdun. Verdim est le réduit occidental enfoui dans la splendide demeure à méandres, que s'est bâtie une Meuse antique et que prot^ent les plateaux, les dentelures et les abrupts des Côtes de Meuse ; et la capitale, qui r^arde vers les peuples de l'Est pour les tenir en respect c'est Metz; là s'est dével<^pée et doit revivre une grande ville aisée, riche, dilatée, heureuse (i),

La Moselle est la fée qui, de sa force propre, a donné à tout ce pays son vrai sens actuel. Les eaux qui ont coulé dans le sillon Mortagne-Meurthe-Moselle ont meaé leur travail avec ardeur et avec joie ; elles ont traversé toute l'épaisseur des calcaires bathoniens et sont arrivées jusqu'aux schistes argileux du lias. Elles n'étaient plus sur l'emplacement de Metz qu'à 160 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les eaux de la Meuse étaient sans doute alors à un niveau plus âevé d'au moins zoo mètres. H a bien fallu que toute la Moselle supérieure d'aujourd'hui quittât les r^ons plus hautes pour se précipiter vers le sillon plus bas, et la bataille des

. (i) Nous ne parlons pas ici de Nancy, mais nous ne l'oublions point. C'est une capitale politique, dont nous diions dans le second volume de la OéagraphU humaine la signification géographique.

•^ Hauteur»

czi en

dmQAlOam. AICPAMÛm. d-200à.300jm.

FiG. 35. — LA SITUATION TOPOGRAPHIQUE DE REIMS (1 -.zoonDo)

CLIMAT ET COURS D'EAU

eaux s'est dénouée par la capture au détriment de la Meuse et au profit du cours d'eau oriental — le plus actif, le plus heureux, et qui, par le paysage moins austère, et plus découpé qui l'enveloppe, paraît encore aujourd'hui le plus riant.

Destinée encore plus fortunée, — ^ c'est en poursuivant ce fécond travail d'approfondissement que la Moselle a mis au jour la couche grise des schistes du lias qui donne l'incomparable minerai de fer phosphoreux qui est la minette. C'est parce que la Moselle l'a placée en vedette, à la portée des yeux et des mains des hommes, que depuis de longs sièdes les gisements de la minette étaient connus et localement exploités ; c'est parce qu'ils étaient là, visibles, qu'on eut plus tard l'idée d'en rechercher le prolongement sous les arides masses calcaites qui les dominent vers l'Est. A l'oeuvre primitive de la Moselle nous devons, en vérité, la découverte du bassin de Briey, mieux encore, pourrait-on dire, de tout le bassin lorrain du minà:ai de fer.

LE VBAi RÔUB DES FLEUVEE Mais s'il est captivaut de retracer ainsi lliis-

ET LES FAUX BA88IN8 toire de la formation progressive de nos cours d'eau, il importe par-dessus tout de suivre nos fleuves et rivières dans le détail de leurs pér^rinations présentes ; car si les hommes ont recueilli le bénéfice du long travail exercé par les eaux durant de multiples rnillénaires, ils se sont surtout établis sur les rives, sur les talus, dans les vallées, parmi les accidents topographiques qui accompagnent tout le réseau actuel des sillons hydrographiques* C'est par excellence de cette géographie-là que l'histoire est la compagne.

Les a pays », les « provinces », et même les « régions » ne sont pas simples faits natureb ; ces ensembles sont issus de telles volontés humaines unies aux données physiques, qu'ils sont par nécessité variables en leur expression historique et vitale comme en leurs limites (chap. xn et xm).

Les cours d'eau, eux, demeurent des réalités précises. Us ne sont certes pas les seuls liens géographiques entre les hommes, mais ils représentent toujours entre eux, du moins aux proches distances et sous nos latitudes à climat tempéré, quelque principe ou quelque possibilité de liaison. Les vieilles relations de Rhône à Loire, de Loire à Seine, de Seine à Escaut, de Saône à Rhin, de Meuse à Moselle sont inscrites dans notre plus antique histoire. Les gens de la Loire supérieure, et par exemple les habitants de ce Forez que n'atteignent nulle part les eaux du Rhôoe, sentent si réelle la présence voisine du couloir rhodanien et perçoivent tout ce qu'ils doivent à la circulation en provenance du monde méditerranéen qu'encore aujourd'hui ils disent couramment a le rivage » pour parler des coteaux rhodaniens ; « les vins du rivage », ce sont les vins du Rhône.

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE

Quelles vérités héritées et tangibles que celles qui sont contenues* en de tels mots !

Loin d'aller s'atténuant, la solidarité des faits humains groupés au long des rivières tend plutôt à s'affirmer davantage de la source à l'embouchure de chaque fleuve. L'exploitation de l'énergie totale que représente un cours d'eau a rapproché, pourrait-on dire, tous ses riverains. Jamais entre le haut Rhône, le Rhône de Lycm et le Rhône inférieur ne s'est manifestée aussi clairement que de nos jours l'interdépendance des intérêts et le hardi programme actuel de l'aménagement du fleuve sur twte son étendue, de la frontière suisse jusqu'à la mer, en est l'illustration. Le Rhin tout entier, qu'on pouvait jadis regarder comme composé de tronçons disparates et même hétérc^ènes, accuse de plus en plus son unité physique et tend à la traduire par une forte unité économique. Tous les grands travaux et tous les vastes espoirs conduisent les hommes à considérer un fleuve et ses affluents comme formant un tout qui doit être étudié et mesuré dans son ensemble physique. Les services des forces hydrauliques remettent en honneur l'unité de Ut, de régime et de profil d'un cours d'eau. Bien mieux, un projet de navigation comme celui de la Loire navigable qui paraissait devoir n'intâresser au début que les habitants des r^ons voisines du chenal transformable, a fini par Uer les intérêts de tout le fleuve et de tous ses affluents : en 1914, se sont réunies à Orléans les vingt-trois Chambres de commerce de tous les territoires de la Loire pour adopter, unanimes, une formule et un programme communs de « Loire navigable » (i).

Or l'idée qui avait dominé pendant un siècle et demi les études de géographie était celle des faux bassins fluviaux. L'origine de cette théorie est, comme l'on sait, dans un mémoire présenté par Philippe Buache, en 1752, à l'Académie des sciences. Quoique combatme par de bons esprits tels que Malte-Brun et plus tard par les auteurs de V Explication de la carte géologique^ Dufirénoy et Ëlie de Beaumont, elle acquit de plus en plus d'autorité ; un de ceux qui s'en firent l'avocat le phis rigoureux et le plus systématique fut un officier longtemps attaché au Dépôt de la guerre nommé Denaix. Pour lui, il n'était pas possible qu'il n'y eût pas, entre tous les bassins fluviaux, des dos de pays qui, pour les gens moins informés, devinrent des chaînes ; c'est pourquoi l'on se mit à dessiner, soit en oblique à travers toute la Russie, soit en plein plateau suisse, soit entre notre bassin de la Seine et notre bassin de la Loire, soit entre Marne, Meuse et Saône, de véritables chaînes de montagnes qui furent les fameuses lignes de partage des eaux. Une représentation schématique et un peu puérile répandit ces erreurs systématiques, et tes atlas de

(i) Dans notre deuxième volume, la Cinquième partie : Géographie de Pexploitationy Industries extrac' tfveSi HcuUle hlanche^ œntiendra un chapitre consacré à la houille blanche et à la houille verte.

CLIMAT ET COURS D'EAU

la fin du dix-neuvième siècle contenaient encore des cartes où les montagnes, figurées par des chenilles, n'avaient d'autre rôle que de former des espèces de murs de séparation factices entre les divers basàins hydrographiques.

On s'est tout à coup réveillé de cette conception si ântaisiste; on a reconnu des réalités simples telles que celle qui est représentée par la fig. 36 : des eaux, que ne sépare aucune chaîne, issues des mêmes régions de la Haute-Marne et de la Côted'Or vont les unes à la Seine, d'autres à la Meuse et d'autres enfin descendent à la Saône, courant vers la Méditerranée.

Mais, après avoir exagéré le rôle des bassins fluviaux, on est arrivé à ne concevoir les contrées que comme constimées de régions diverses qu'on a voulu trop rigoureusement accoler les unes aux autres (voir chap. xm) ; et l'on a, dans une certaine mesure, méconnu la solidarité naturelle et première que créent malgré tout entre les diverses parties d'un bassin hydrographique ou de deux bassins voisins le couloir central et les couloirs annexes des fleuves draineurs (i)« Une solution intermédiaire nous a semblé la préférable pour une Géographie humaine :

celle de prendre les rivières comme fils conducteurs d'une première et rapide description régionale totale, destinée par excellence au rappel des principaux établissements humains et à l'interprétation d'un certain nombre de fiûts décisifs de notre histoire nationale. Préface générale au très ample ensemble des

Fig. 36. — LA DIVERGENCE DES EAUX

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