‹ Histoire de la nation française (volume 5)Chapitre 14 sur 64 · SUR L'EUROPE DURANT UN HIVER FROID · texte numérisé non relu

SUR L'EUROPE DURANT UN HIVER FROID

(D6ccinbra tS;9)

aÉOORAPHZE HUMAINE DE LA FRANCE

que les côtes occidentales de France ont ainsi des températures moyennes d'hiver et d'été qui ne seront différentes que de 9° ou iC ; dans la Lorraine française, ccnnme à Betfort ou à Strasbourg, les différences atteignent ou dépassent 15* ou 16°.

La zone atmosphérique, qui est située au-dessus du territoire de la France subit les influences prédominantes du cyclone atlantique, — nous le répétons, car c'est un fait essentiel, — et les vents pluvieux venus du Sud-ouest et de l'Ouest ainsi que les bourrasques accourant de la même direction font pénétrer leur action

jusque dans l'Est de notre pays, jusqu'aux Vosges, au Jura et aux Alpes ; mais les facteurs agissants de l*£urope de l'Est s'avancent souvent aussi sur la France occidentale, si bien que notre terre française se trouve au contact de ces deux régimes si disparates et toujours ennemis. Les courants atmosphériques à température douce et chargés de vapeur d'eau qui arrivent de l'Ouest peuvent être comparés à un jet de pompe, en perpétuel d^lac^nen^ qui vient battre le bastion des hautes pressions de l'Europe centrale {fig. 26) audessous de ce champ de bataille amtinuellement modifié, s'étale notre France harmonieuse, qui tantôt bénéficie de la victoire de l'un des deux &cteurs et tantôt jouit de la résistance de l'autre.

Le rôle des dépressions atmosphériques de la Méditerranée. — Une troisième série de ^ts atmosphériques, indépendante des deux premières, et qui vient encore en onnpliquer la perpétuelle querelle, est en relation avec la mer Méditerranée.

Au-dessus de cet ensonble de très creiises cavités recouvertes d'une nappe continue d'eau qui s'appelle la Méditerranée, l'atmosphère est soumise à un régime très irr^ulier et même fantasque en apparence ; car les événements climatiques y sont toujours en rapport avec le dessin « articulé » des côtes : les contours accidentés des hautes terres effilées enveloppent presque toute cette mer d'une ceinture de versants rocheux sur lesquels se joue l'éclatante lumière d'un midi déjà très sec. A la latitude de la Méditerranée s'étale en Asie la bande immense des vastes déserts. Les nappes méditerranéennes forment une très précieuse zone d'évaporation laquelle

FiG. 26. — VENTS DOMINANTS EN EUROPE (d'apcii A. Berget).

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a, pour l'Europe, écarté et rejeté vers le Sud, vers le Sahara, le terrible et épuisant voisinage du grand désert. Durant Tété, c'est le Sahara qui, dimatiquement, est le maître; la dépression atmosphérique qui résulte de l'exagération des températures pour les masses d'air en contact direct avec cette surface d'échauffement, étend son action jusqu'au-dessus de la Méditerranée ; l'air, plus chaud, est assoiffé de vapeur d'eau et ne donne pas de pluie ; du Nord au Sud, les étés de la Méditerranée sont de plus en plus secs ; heureusement nos rives, les rives françaises, sont les plus éloignées du Sahara. En hiver, il s'établit sur la Méditerranée une série de d^ressions atmosphériques ou cyclones qui sont des centres d'appel pour les r^ons avoisinantes. Plus ces cyclones sont prononcés ou plus ils se répètent, plus violenmient ils déchaînent des vents sur les territoires qui bordent la mer. Ainsi le mistral est-il déchaîné tout au long du couloir du Rhône par l'appel d'air bmtal des cyclones installés sur les golfes du Lion et de Gênes : vent qui vient de hautes régions froides pour gagner des zones marines plus humides et plus chaudes, et donc vent froid et sec, exact équivalent de la bara qui soufSe à Trieste et qui est attiré par les dépressions atmosphériques de l'Adriatique, ou du Vardcar qui soufile du Nord, à Salonique, vers les centres cydoniques de la mer de l'Archipel.

n advient que ces dépressions atmosphériques méditerranéennes sont de telle envergure et de telle attraction qu'elles appellent pour ainsi dire les bourrasques arrivant de l'Atlantique sur l'CXiest de la France, et que ces phénomène; d'origines indépendantes se joignent, se modifient ou s'accroissent les uns les autres.

Le climat de la Méditerranée est caractérisé essentiellement par des pluies d'hiver; dans le Nord de la Méditerranée, les pluies d'hiver sont abondantes et fréquentes et elles se répartissent dans la moitié de l'année qui va de l'automne au printemps. Sécheresse estivale et belle luminosité sont encore des traits distinctifs.

Tel est en fin de compte le dernier des trois champions qui contribuent à régler, en chaque saison et à chaque jour, le sort dimatérique de la France.

TYPX8 n est des situations atmosphériques qui se reproduisent avec

. DE TEMPS xinc certaine fréquence et xme certaine régularité : ce sont les types de temps. Comment méconnaître l'intérêt que peut présenter l'examen détaillé de deux ou trois « échantillons », exemples inédits qui sont tous pris à dessein en une même année et en des mois très proches de nous, ainsi qu'à des dates rapprochées les unes des autres. Nous vivons de la chaleur solaire et de tous les phénomènes dont elle est le grand moteur dans l'atmosphère. Et puis, de plus en plus, le développement prodigieux de l'aviation peuple l'air d'êtres humains : leur vie m&ne est inté-

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ressée à ce que nous acquerrions une connaissance de plus en plus scientifique du milieu changeant dans lequel ils évoluent. La « stylisation » classique que nous venons d'esquisser a besoin d'être conpiplétée et jusqu'à un certain point corrigée par le dessin varié de ces caprices incessants qui sont la réalité.

Une tempête venue d'Ouest. — Le type le plus fréquent des situations atmosphériques au-dessus de notre France est sans conteste la dépression du large ; de l'Océan vient alors la pluie qui arrose notre territoire. Mais tantôt cette dépression est de faible envergure^ ne couvrant qu'une zone limitée ; tantôt au contraire la baisse du baromètre est profonde et s'étend^ s'épanouit sur toute la France, amenant d'abondantes pluies et des vents de tempête.

Un très beau spécimen de ce dernier cas nous a été offert à la date du 7 janvier 1917.

De petites dépressions atmosphériques viennent de couvrir la Manche, tandis que de plus fortes se tiennent sur la Norvège. La pression est néanmoins remontée en France presque partout au-dessus de 765 millimètres. Mais voici qu'une nouvelle baisse de 6 millimètres, peu importante en soi, quoique annonciatrice de graves événements, est signalée à la pointe Sud-ouest de l'Irlande, à Valentia, — sentinelle avancée de l'Europe vers ce réservoir de tempêtes qu'est l'Océan.

Favorisée d'une manière exceptionnelle par des vents divergents dont aucun ne la combat, la baisse insignifiante de Valentia prend vite une extension considérable. De 7 à 18 heures, le baromètre baisse de 12 millimètres à Valentia et la tempête commence déjà sur la Bretagne. La nuit achève l'oeuvre de la journée : au matin du 8, un « cyclone » formidable a son centre, avec un minimum de 730 millimètres à Yarmouth, au Sud de l'Angleterre. De Dunkerque à Biarritz, sur toutes nos cotes, la tempête fait rage. Les pluies sont abondantes. Paris a mesuré à 7 heures du matin, le 8 janvier, 10 millimètres d'eau, tandis que Bordeaux en a déjà reçu 12, et Limoges 19, et Nantes 25, et Lorient 26, et Cherbourg 28, et Boulogne 21 !

Une seule région est encore indemne, la Provence, mais ce n'est qu'un retard tout naturel de quelques heures ; bientôt les pluies l'atteignetit et vont la dépasser vers le Sud et vers l'Est. L'Italie, l'Algérie, l'Espagne entrent dans l'orbe du tourbillon et sont arrosées en conséquence.

Le temps de la France entière et même, peut-on dire, de l'Europe entière, est, en cette journée du 8, soumis à l'action d'un seul centre cydonique. L'état du del, les variations de température, la force et la direction des vents, tout est sous la dépendance de la bourrasque dominatrice. Venue de l'Atlantique par llrlande, elle est allée expirer sur les régions du Sud de l'Italie; mais durant les heures où elle

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exerçait toute son action sur notre territoire entier, cyclone gigantesque qui avait son centre au Sud de l'Angleterre, elle commandait tous les vents de l'Islande à la Laponie, du Portugal à la Livonie, des Iles Britanniques à la Crimée.

Situations atmosphériques plus complexes. — On se souvient du rigoureux hiver de cette même année 1917 durant. les mois de janvier et février; on se souvient pour le moins de la si dure crise des combustibles qui accrut singulièrement les soufl&ances causées par la température. Or, à la différence des grands firoids de l'hiver 1879, — dont les caractéristiques ont exercé une trop exclusive influence sur les théories des météorologistes, — ces froids n'ont pas correspondu à une invasion totale de la France par un régime de hautes pressions et d'anticydone.

Le 30 janvier 1917 par exemple, la carte des pressions de l'Europe nous présente seulement une bande de hautes pressions modérées, qui s'étend du Nordouest de llrlande avec 770 millimètres, jusqu'à Moscou où le baromètre marque 762. Cette l^ère échine anticyclonique sépare deux zones de plus basses pressions, l'une au Nord, sur la Laponie, où les gelées cessent sous l'influence de vents d'Ouest, et l'autre sur le Nord de l'Espagne où la pression atteint 750. Sur la France, le baromètre indique la transition des hautes pressions de l'anticydone aux basses prisions du Sud, avec 757 millimètres à Dunkerque et 748 à Biarritz. Des vents, très froids, soufflent ainsi de l'Est et du Nord-est ; et ce régime nuancé mais typique détermine les très basses températures qui sont partout observées sur notre territoire, même sur le littoral océanique, même sur la côte de Provence, où il gèle. Chutes de neiges au Nord de la France. À Cherbourg, qui est en général le point le plus favorisé de notre côte atlantique pour la température en hiver, on enr^pistre un minimum de — 5' (au-dessous de zéro) ; à Brest et à Dunkerque, comme à Marseille et à Toulon, le thermomètre marque — 6' ; à Calais et à Lorient — %\ Caen inscrit — io%8 et Paris — io%3 ; à l'Est et au centre du pays les chif&es sont beaucoup plus forts et significatifs : Belfort — 12%8, Limoges — 12^4, Lyon — I7*>2, et surtout Qermont-Ferrand qui paraît être comme un pôle de froid : — i8%

Durant les deux premières décades de février, un régime analogue a subsisté ou s'est reproduit, donnant çà et là un minimum de température de — 20*.

Vers la fin du même mois de février 1917, un autre exemple pourrait démontrer comment, à l'inverse de ce que la théorie pure laisse supposer, une température relativement douce est parfois observée même sous le r^ime de hautes pressions. Ce fait a été d'autant plus saisissant qu'il succédait aux grands froids dont il vient d'être question. Le 25 février, un maximimi de hautes pressions s'étend, il est vrai, de l'Ouest de la Bretagne jusqu'au Sud de la Russie avec 775 millimètres sur la

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Suisse : vers le Nord s'écoulent de faibles courants de Sud et d'Ouest ; vers le Sud s'écoulent des coiurants d'Est. Mais, malgré xme grande darté de l'atmosphère et un important rayonnement nocturne, la température est aissez douce. Voici les faibles minima observés au matin du 25 février : — V à Dunkerque, — 2" à Qermont, — 2%5 à Besançon, — 3%9 à Paris, — 4°>2 à Belfort ; et dans la journée les maxima atteignent 10* (aurdessus de zéro) à Paris et à Brest, 14* à Qermont-Ferrand, 15' à Biarritz et Toulon. Quel contraste avec les chiflEres du 30 janvier précédent !

Les orages. — H convient de mentionner enfin ces petits et violents mouvements de l'air qui sont mêlés de phénomènes électriques et qui sont les « grains » et les a orages ». Nos récoltes, à la veille des moissons ou des vendanges, en soufi&ent parfois cruellement (i), mais que de fois aussi les averses des orages ont procuré à nos terres un arrosajge de fortes gouttes salvatrices d'eau électrisée et ionisée !

Durant toute la journée du dimanche 8 juillet 1917 le temps avait été pluvieux sur toute la France ; on avait recueilli 39 millimètres d'eau à Paris, 21 à Calais, 10 au Havre, 8 à Brest. Des orages nombreux avaient été signalés çà et là. Durant la nui^ entre minuit et une heure du matin, un orage d'une exceptionnelle violence s'abattit sur Paris et sur sa banlieue. Eclairs et roulements de tonnerre presque ininterrompus. La pluie tombait à torrents; les rues étaient littéralement inondées; le gros collecteur qui se déverse dans la Seine reçut une charge d'eau si brusque et si forte qu'une péniche, la Panfuloy portant 75 tonnes de charbon et amarrée au quai d'Auteuil, tomba à l'oadroit où le collecteur débouche dans le fleuve. Des arbres en grand nombre furent brisés ou déracinés par le vent et par la foudre.

En conclusion de tous ces conflits quotidiens ou saisonniers de l'atmosphère se dégage ce complexe qu'on appelle le « climat ». Hâtons-nous de le dire, et cela résulte expressément des exemples que nous avons analysés : il est faux de diviser la France en zones climatiques provinciales séparées par des lignes fixés à l'instar de divisions administratives. Selon la proximité de tel ou tel foyer de facteurs atmosphériques décisifs, telle ou telle région a xm climat ou plus océanique, ou plus continental, ou plus méditerranéen. Au vrai, nulle part aucun de ces facteurs n'exerce une toutepuissance sans contre-poids, et dans notre France les combinaisons sont plus

(i) Les orages du 20 juillet 1918 ont « versé » les plus beaux blés dans tout TOuest de la France. Il y a beaucoup de « grains » qui n'entraînent pas de phénomènes électriques. Et c'est par ailleurs une erreur de croire que les très fortes chaleurs déterminent nécessairement des orages. Les chaleurs exceptionnelles des 21 et 22 août 1918 qui ont présenté les maxima les plus élevés de l'année, surpassant partout 30Û et atteignant jusqu'à 37^)9 n'ont amené en ces deux journées aucun orage en France.

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diverses et plus nuancées que partout ailleurs. Les faits de relief et d'orientation multiplient encore les variétés de ces combinaisons : climats rudes comme ceux des plateaux lorrains ou bourguignons, climats phis rudes des plateaux jurassiens de Fontarlier ou des plateaux de l'Aubrac, climats de haute montagne (voir au frontispice la mer de nu^es enveloppant le groupe septentrional des Puys), et, d'autre part, climats

FiG. 27. — L£ CIEL NUAGEUX ET LA LARGE BANDE DES ROCHERS DÉCOUVERTS A MARÉE BASSE A 510N (Vendie).

exceptionnellement doux de Roscoff ou de Saint-Quay-Portrieux ou d'abris privilégiés des côtes méditerranéennes tels que Beaulieu et Menton, climats himiides de zones forestières et climats secs de causses pierreux... Pourtant ce qui domine tout, c'est qu'à de faibles distances de ces rives provençales où vibre la daire lumière de la Grèce, d'autres côtes, dont ime large bande humide est celle de la visite quotidienne des marées, représentent rinhnie collection de ces dimats tempérés où des vapeurs tamisent ou ouatent l'éclat des plus bdies journées {fg. 27).

Parmi les faits de l'atmosphère qui intéressent le plus directement la vie organique des plantes et des animaux et la vie humaine, trois l'emportent sur tous les autres en influence : la température, les vents et les pluies.

GÉOGRAPHIE HDHAZNE DE LA FRANGE

TSi Ton calcule les températures moyennes annuelles et si Ton BHrfoATQKB diessc ime carte d'isothermes annuels, on constate que les conditions exceptionnelles du climat de la France ne se traduisent pas d'une manière très manifeste.

Mais défions-nous toujotirs de moyennes trop moyennes ; il est d'un bien plus grand intérêt de calculer les températures moyennes de l'hiver et les ten^>ératures

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— TEMPÉRATUSES MOYENNES DB L'HIVER (l).

FiG. 29. — TEMPÉRATURES MOYENNES DE L'ÉTÉ (2).

moyennes de l'été et d*en ^urer les courbes sur deux cartes comparables. (Voir j^. 28 et 290. Les courbes d'^ale température moyenne de l'hiver, au lieu de suivre approximativement les parallèles, sont reîetées pour ainsi dire en golfes dans toute la r^on du Nord-ouest, révélant l'influence adoucissante de l'Atlantique ; en été l'ensemble des courbes est encore oblique par rapport aux parallèles, mais en sens inverse ; le golfe des courbes de 17° à 21° dans le Sud-ouest indique encore le rôle modérateur de l'Ouest. Ainsi se distinguent du même coup bien plus nettement les caractéristiques des différentes régions de la France ; l'écart entre la moyenne de l'hiver et la moyenne de Tété est beaucoup plus &ible pour toutes les stations de

(i) Hiver : c'est dans l'Est que se trouvent natuielienient les plus basses températures moyennes ; les moins basses sont à Biarritz et & Nice.

(2) Été : c'est eo Provence que s'observent les [dus hautes températures moyennes (23*), et c'est au Cotentin que s'observent les plus faibles (15*).

CXIMAT ET COURS D'EAU

la région atlantique que pour les stations du Nord, de TEst et du Centre, et quoique les températures moyennes de l'hiver et de Tété soient sensiblement plus hautes pour toutes les stations méditerranéennes, l'écart entre ces températures reste cependant plus fort que pour les stations atlantiques.

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