U SOLDAT
DE LA GRAUDE GlIERKE.
(DesNn de J . Patittou )
INTRODUCTION
HOMOSAGES AUX COLLA- AU seuil du monument élevé à la gloire de notre
BOBATEURS DISPARUS pays, je dois inscrire d'abord les noms de ceux de nos collaborateurs qiii sont morts par la guerre ou de la guerre : le général Colin, Pierre-Maurice Masson^ le colonel Dussauge, Auguste Lepère.
LE 6<N<BAL Le général Colin est tombé à Salonique, £rappé d'un coup de
j. COLIN canon en plein corps tandis qu'il examinait du haut d'un monticule, sa carte imprademment déployée, les positions de l'ennemi. H avait accepté 4'écrire, dans notre ouvrage, VHistoire mUtaire de la France. A qui eussé-je songé pour cette entreprise sinon à cet homme de guerre complet, qui était, en même temps, l'historien militaire le plus averti de notre temps? « Ce qu'il y avait de précieux et d'unique dans le général Colin, m'écrivait un de nos amis communs, en appréciant sa mort, c'est qu'il avait étudié l'histoire militaire à toutes les époques, qu'il avait réfléchi à tout, qu^il connaissait aussi bien les campagnes d'Annibal ou la Ouerre de Cent ans que les guerres de Louis XIV ou de Napoléon. Sur tout, il avait des idées neuves, justes, mûrement réfléchies. Enfin, chose capitale, il connais* sait admirablement l'histoire de ce qui a causé essentiellement la transformation <le la guerre : « l'armement ».
Avec lui, vingt fois, dans nos rencontres du département de l'Aisne (le colond •Colin était alors en garnison à Laon), nous avons retoumé le problème d'une histoire delà France à forme nouvelle et du rayonnement qu'eQe pourrait avoir au dedans •et au dehors. H avait écrit quelques-unes des pages qui paraîtront en tête du premier Tolume de VHistoire militaire^ et il s'était arrêté devant la mêlée des Croisades, quand son devoir l'appela où il devait tomber.
LB UBUTBNAirr-coLONBL La guerre touchait à sa fin quand j'appelais à
ANDBi DU88AU6E jç remplacer le lieutenant-colonel Dussauge.
De solides travaux sur le maréchal de Belle-Isle et l'armée de l'anden régime avaient fidt connaître son nom, dès avant la tourmente, aux spécialistes de l'histoire militaire. Pendant la guerre, de brillantes études publiées sous le voile de l'anonymat dans le Correspondant avaient attiré l'attention. Ce jeune et charmant officier fiedsait preuve, dans tout ce qu'il écrivait, d'une compréhension profonde de l'âme du soldat n se mit au travail avec ardeur dès que je lui eus confié la succession du g^éral Colin.
Dussauge était aussi un héros. « Chef de corps de haute valeur, inspirant la plus grande confiance à son bataillon à qui il peut tout demander », dit l'une des
HKTOnŒ DE I.A NATION FRANÇAISE
six citations dont il a été l'objet ; « âme ardente », dit une autr^ il quitta, dès les premiers mois de la guerre, Tétat-major pour servir dans la treize. Parti jeune capitaine, il était, à la cessation des hostilités, lieutenant-colonel et officier de la L^on d'honneur.
Le i6 août 1918, une atteinte de gaz asphyxiants déterminait chez lui une cécité temporaire et une congestion pulmonaire. Les soins qu'il reçut semblèrent tout d'abord le sauver, mais une rechute l'emporta. Le 24 mars 1919, il mourait « pour la France ».
PiBRRK-MAiTBicx La secoude partie de VHistoire de la Littérature française
HASSON avait été omfiée à Pierre-Maurice Mdssrài. Ce jeune homme,
tout rayonnant de beauté, d'intelligence, de âamme, était l'im des plus nobles parmi ceux que la destinée avait marqués d'un signe. Ses études sax Jean- Jacques Rousseau
l'avaient mis au premier rang de la critique. Il avait doimé sa mesure. En creusant ce problème insidieux, la Religion de Jean-Jacques, il avait ploi^ le r^ard jusqu'aux plis les plus secrets de l'âme humaine. Dans Tavant-propos de ce livre publié cn pleine guerre, Maurice Masson disait : « L'ouvn^e était chez l'imprimeur d^niis quelques semaines, et déjà aux deux tiers composé, quand la guerre survint, et me mit à mon poste de annbat. J'y suis encore.
Il m'a paru préférable de ne pas attendre les hypothétiques loisirs d'une paix gwe je ne verrai peut-être points et de rendre, dès à présent, leur liberté à tous ces caractères que j'ai immobilisés depuis trop loi^temps.
« Les jours reviendrcmt où le
problème national ne sera plus
DANS LA TRANCHÉE. 0 p«tisso».) Tumquc problèmc, où la victoire
s INTRODUCTION
et la paix, nous libérant de l'ai^oisse collective, rendront, à chacune de nos âmes, le tragique de leurs destinées individuelles. Alors ce qu'a dit le Vicaire savoyard sur le a vrai prix de la vie » leprendra tout scm sens. D^id là, du reste, sa parole n'est pas inutile et heaucoupt sans le savoir, hd doivent peut-être quelque chose de leur courage et de leur sérénité, qui n'ont pas voulu redire le blas-' pi^me de PhiUppes et gui sont morts confiants dans la revanche du droit, avec Vespoir du juste gui ne trompe point.., »
Le sous-lieutenant au 261* r^jment d'infanterie tomba, qudque temps après avoir écrit ces l^es, aux tranchées de Flirey. Ainsi succombait, parmi tant d'autres, ce fils et disciple généreux des humanirës françaises. Les lettres ont formé ces courages. Pourquoi faut-il que des fleurs si bellçs ne soient plus que les ornements d'une « croix de bois? »
ADousTE Auguste Lepère avait embrassé, avec l'ardeur passionnée qui
"***»■ dévorait ce magnifique artiste, l'espoir « d'illustrer la France ». C'était le rêve de toute sa vie. Ensemble nous l'avions
parcourue des diamps de la Picar- 4ie aux contreforts des Alpes, du Vexin normandaux rivages de l'Atlantique.
Comme il jouissait des moindres traits de ce morceau exquis de la planète qu'on eût dit créé pour lui !
La nature, les diampsjesbommes.
LEPÈRE DANS SON ATEUER, (Dessin de Lepfae.)
les bois, les eaux, les routes, les horizons, le ciel pur ou chargé de nuages, tout le remuait, il vibrait à tout. Mais sa «mscieace sévère comprimait son enthousiasme et quand il se mettait à dessiner, c'était avec la gravité et l'application d'un enâmt. Il avait commencé sa grande randonnée à travers la France, et il m'avait envoyé, entre autres morceaux, et délicat et nuancé « Semur ■
qui est comme mie image des jomrs paisibles d'avant-guerre^ quand la guerre éclata.
n s'arrêta^ tout au bruit du canon et de la mêlée. Il donnait à VHistoire de la Guerre Illustrée cette incomparable série de frontispices^ où respire Tâme du peuplesoldat. Puis^ à la fois inquiet et confiant, il reprit les routes de France et, comme par un pressentiment, il se hâtait de noter ses émotions dans des croquis et des pastels, qui laisseront à l'avenir peut-être la plus belle image qu'il puisse y avoir de cette chose insaisissable, un pays. Il était arrivé aux r^ons préhistoriques des grottes des Eyzies et de Domme, lorsque la mort, au moment où la victoire illuminait le dd, le frappa. Ce grand amoureux de la France ne put comprimer les battements de son coeur quand il la sentit sauvée. Et.c'est le meilleur de lui-même, c'est cette «illustration de la France » que nous donnons au public, avec la Géographie humaine de Jean Brunhes.
Une oeuvre consacrée à la France qui met à son frontispice de tds noms, s'honore. Ces guides nous seront toujours présents puisque, dès le débu^ nous avions pris leur pas. Dans le travail commun est enclos ce quelque chose de leur vie que la mort n'ef&cera pas.
AmsTOiRE NouvKiiLEy En parlant de nos morts, j'ai déjà donné à com-
MfTHODE NouvELLS prendre notre œuvre et son caractère : le choix des collaborateurs indique la nature de la collaboration. L'Histoire que nous publions est, à la fois, en effet, collective et particulière : chaque ouvrier s'attache avec une compétence spéciale à chacune des parties de l'ouvrage; il a sa tâche particulière dans un ensemble dont il a accepté le dessin.
une Histoire de la Nation française cela apparaît, dès l'abord, comme une tâche infiniment plus complexe que ne l'était, jadis, l'entreprise d'une « Histoire de France ». Au fru: et à mesure que nos annales se développent et s'élargissent, eUes embrassent des sujets nouveaux et multiples. La démocratie a im arbre généalogique plus fortement enraciné et au branchage plus touffu qu'une dynastie. Les formes et le développement de sa vie ont une complexité et im rayonnement qui demandent des médiodes et des mensurations nouvelles. L'ancienne forme d'histoire était fatalement condamnée à ne donner que les annales des gouvernements. Présentant im rédt continu, des origines à la Révolution, elle laissait au second plan le travail du pays sur lui-même, les grandes évolutions de la pensée^ des techniques, de la science, des moeurs. En sonmie, tout se passait au centre ou était ramené vers le centre.
INTRODUCTION
tJne pénétradoD plus indine et une analyse plus approfondie sont nécessaires pour connaître ce peuple dont les ressources intimes viennent de se soulever en hénûsme
et d'éclater en victoire. C'est le fond de son être qu'il faut sonder ; c*est à toutes les formes de son activité qu'il &ut demaiiT der le secret de 88 omtinuirë et de sa force.
Four cela, de bonnes classifications sont nécessaires. En histeire;, comme en histoire naturelle, rien ne s'e^lique que par la série et l'ordre.
La civilisation a ses « genres ».et ses«espècesB :ils se ramènent à l'unité, mais il fiiut les distinguer d'abord. Par exemple, l'Histoire des sdences^l'Histoire militaire ont leur logique propre et leur développement intrinsèque
qu'il est nécessaire de découvrir et exposer pour faire comprendre comment ces efforts dispersés s'affirment finalement en puissance totale. Jusqu'ici, chacune de ces histoires était traitée comme une annexe, une branche seoondaiie : or.
l'arbre DB francs. (DcmId de J. Pmtinou.)
parfois, elle devient maîtresse. L'ancieiine conceptioa émondait trop souvent la partie la plus luxuriante et la plus généreuse de l'arbre de vie, celle qui s'enfonce le plus profondément dans le sol. Un paysan ou un artisan fiançais est plus racé <t France > que Louis XTV.
Notre désir est de rendre à cette végétation populaire sa force et son éclat et c'est ainsi que nous avons été amenés It^iquement à concevmr un nouveau type d'Histoire de France, qui s'est trouvé se définir de lui-même par ce titre significatif : Histoire de la Naâon française.
us PAYSAN FRANÇAIS. (DosiadeA. Lepcre.)
CAKACTÉRISTIQUIS Dl LA Cette tÙft-
ROUVSLU BISTOIBX tO^^ nOU-
velle, je la caractériserai en trois mots : elle sera encydopéSque, narrative, artistique.
EKCTCLOPJtDiQux Chacune des
formes de la civilisation et de la grandeur firançaises sera l'objet d'un ouvrage à par^ ayant sa place dans notre grand ouvrage. Nous ofiËFons donc, au public, une âérie d'histoires particulières, dont voici la liste :
Géographie humaine de la France ^ 2 vol. ; — Histoire poUtique du Peuple françmSi 3 vol. ; — Histoire de la Littérature française, 2 vol. ; — Histoire de VArt français i i vol.; — Histoire militaire, 2 vol.; — Histoire économique et sociale, i vol. ; — Histoire diphmatique, i vol. ; — Histoire religieuse, I vol.; — Histoire des Sciences et de la Philosophie sàennfique, 2 vol., en teut quinze volumes.
Je reviendrai sur ce caractère encyclopédique et sur le détail des collaborations pour chacune des histoires particulières, mais je veux m'expliquer d'abord sur œs deux traits de notre histoire e:q)rimés par ces adjecti& : elle sera narrative et artistique.
INTRODUCTION
NABftATmB Peut-être Tespression exacte serait-elle : discuràve.
En deux mots^ nous n'avons pas voulu faire montre d\ don. Chacun de nos collaborateurs étant choisi en raison de sa compétence spéciale^ c'est cette compétence qui £ût son autorité. Les recherches auxquelles il a consacré sa vie garantissent la valeur de son témoignage. Son nom et sa signature l'engagent et répondent de lui. Délaissant le travail souterrain auquel il a employé les années de la fouille^ il vient au grand jour^ et nous apporte le métal solide et reluisant. Son imagination se saisit de son propre acquis et le iq)ense, le rq)étrit, le modèle : son rédt se remet aux perspectives de la vie, la rend sensible par le plus puissant procédé de l'art, — le sacrifice. L'Histoire devient ainsi, selon le mot de Michelet, une résurrection; elle s'articule comme un organisme d'autant plus souple que le travail d'analyse est plus habilement dissimulé. Nous d^agean^ une bonne fois, des métiiodes germaniques, nous avons conçu notre livre comme un livre de lecture, un livre de synthèse, un livre de conclusion. Le lecteur qui travaille et produit n'a pas de temps à perdre aux détails de la recherche et aux chicanes de la discussion. Il faut se hâter, il &ut aboutir. Nous voudrions que le public pût lire d'une haleine ces Discours sur l'histoire, comme nous les voudrions écrits.
y^ BTisnQUB Notre histoire sera artistique, c'est-à-dire qu'elle suppose, à
^^ chaque pas, la collaboration de l'arL La parole ne suffit pas : il
Êiut des images. La vie de la France doit être vue, autant qu'aq)liquée. N'est-elle pas en efifet une belle, ime très belle image?
Le crayon, le goût, l'émotion de l'artiste sont indispensables pour la rendre. L'artiste, qui sent la beauté des choses, est un observateur non moins scrupuleux et non moins véridiqué de la vie nationale que le savant qui l'analyse. Par la vibration de son âme, celle des grands spectacles de la nature et du passé se renouvelle et se prolonge.
Pour cette illustration indispensable, nous avons rejeté le procédé photographique. Nous avons admis comme r^e qu'il n'y a de véritable « illustration » que du cerveau et de la main d'im artiste. Nous avons donc réuni, autour de notre Histoire, une de ces phalanges d'artistes, pareilles à celles qui ont ennobli de leur travail les belles éditions des siècles antérieurs. Une telle école, une telle élite, il fallait la grouper, il allait lui ofl&ir un procédé large, souple, fidèle, exact, conforme aussi aux exigences matérielles des grands tirages. Ce "ptocédéy nous l'avons découvert et adapté à notre entreprise : c'est celui qui
avait servi déjà à Tillustration de la Jeanne d'Arc, mais singulièrement élai^ et assoupli par les conseils d'un Lepère. Il a Mlu obtenir, en outre, de nos collaborateurs artistes, qu'ils voulussent bien se soumettre à une ligne de
conduite générale, tout "n en gardant la franche et loyale originalité de leur talent. Une documentation graphique abondante et des « hors texte • en couleurs, souvent d'apiès les maîtres, et où la technique la plus raffinée est mise en œuvre, permettront de lire notre Histoire, des yeux, avant même que l'esprit ne s'y applique.
Ce n'était pas une petite affidre d'obtenir ce Jumelage de l'art et de la science. On dira si notre effort a réussi. En tout cas, nous ne sommes pas peu fiers de l'avoir &it. Si ce peuple de France, qui, depuis qu^Q élevait les al^ements de Camac jusqu'à la journée de .
l'Arc de Triomphe, s'est perpétué dans ses monuments, trouve dans nos volumes une représentation de lui-même qui le satisfessc, nous aurons notre récon^>ense. Car nous avons considéré aussi l'histoire du point de vue de la beauté : ut pictura hisioria.
NOTBE-DAME DE PARIS. (Des^n de J. PatUtou.)
IHTRODUGTION
Je reviens au caractère emychpédique de l'ouvrage et à chacune des histoires particulières qui constituent les membres du corps général de YHistoire de la Nation française.
UN VILLAGE FRANÇAIS. (Cioquis de A. Lep«re.
LA GAooRAFEzi HtTMAiNE M. Jcau Bruiihes> professeur au Coll^ de
PAR H. jxAN BBUHHES Fraucc, s'cst chargé d'écrire les deux volumes de la Géographie humaine de la France. On sait que cette conception de la géographie est nouvelle : elle montre l'homme et les oeuvres de l'homme en fonctioii de la terre: les deux données, à savoir le sol et ses habitants, sont liées ; on ne les sépare plus; elles s'expliquent mutuellement. Il y a toute une partie de la terre de la France qui est l'ceuvre de l'homme. C'est par Im qu'elle est arable ; c'est par lui que certains de nos
rivages sont fixés, que les ports sont creusés, les mers reliées entre elles, les forêts percées , aménagées , conservées , les marais desséchés, les sommets atteints ; par lui, les routes, les canaux, les voies ferrées, les instruments infiniment variés du commerce et de l'industrie, depuis les mines jusqu'à la a houille blanche », ont &it, de la terre de France, cet admirable grenier de bien-^tre où le monde puise.
Les villes, les vill^es, les maisons, sorties de la terre, l'achèvent. La physionomie p(^tique et administrative du pays, frontières, provinces, diocèses, départements, langues, mœurs, mariage des races, tout cela c'est de la géographie vivante. Ainsi s'anime te froid squelette linéaire de la vieille mappemonde. On dit : le sol fait l'homme ; plutôt : l'homme fait le sol.
Voici donc, pour l'histoire d'une nation, un chapitre nouveau et fortement original. M. Jean Brunhes Ta con^>osé avec un succès que notre {premier volume permettra de reconnaître et qu'xm second volume confirmera par la suite. J'ai dit comment Ai^ste Lepère a dessiné, pour ce premier voltune, a le visage de la France n.
H I S T DIB X L'Histoire politique de la Nation française comprendra trois
pouTiQUB volumes. Le premier volume^ des origines à l'avènement de François 1^9 est écrit par M. Imbart de la Tour ; le deuxième, de François I^ à l'avènement de Napoléon empereur, par M. Louis Madelin; et je me suis réservé le troisième volume qui formera la conclusion, c'est-à-dire l'histoire du dix-neuvième siècle et des vingt premières années du vingtième siècle jusqu'à la signature des traités qui ont mis fin à la Grande guerre.
Les trois écrivains de VHistoire politique se sont inspirés d'ime même doctrine, à savoir, que c'est la nation elle-même qui, créant chaque jour sa propre histoire, détermine, avec ses cadres politiques, la forme de vie publique qui lui convient. Ayant le sentiment de l'unité, même avant la conquête de César, les habitants des Ggules se sont transformés selon .les lois de la civilisation antique, et ce peuple qui s'appelle a français », depuis quinze siècles a organisé ses conditions d'existence selon ses aptitudes, ses tendances, ses aspirations, ses passions. C'est donc en r^ardant attentivement la France que l'on découvre en elle la raison de ses gouvernements. Si l'homme est un « animal politique », à plus forte raison, un peuple. La politique française est l'empreinte, dans les fiûts, du caractère de la France. J'essaierai de dire tout à l'heure quel me paraît être ce caractère. En nous appliquant à le d^ager, mes collaborateurs et moi, nous l'avons reconnu toujours fidèle à lui-même. Admirable chose qu'un peuple ressemblant encore aux premiers portraits que l'on a tracés de lui, il y a si longtemps.
LB8 ORIGINES PAR M. P. M. Imbart de la Tour a, d'ime main ferme, fût
IMBART Ds I.A TOUR saillir ce portrait ancestral, celui qui apparaît dès les origines et qui se fixe alors que le monde sort si lentement de la période des grandes migrations et des tourbillons ethniques. Où se trouve la limite et le joint, entre les stratifications autochtones et les alluvions étrangères; quelle part il convient de fidre aux richesses de fond et aux apports de surfiice ; ce qu^il y a en nous de Gaulois, de Grec, de Romain, de Germain, il le dit, et comment de ces parentés s'est formée la grande famille, aînée des nations européennes. Par quelle suite logique de ces diverses traditions recueillies et agglutinées le peuple français s'est soumis au système féodal, puis au S3rstème royal pour obtenir l'unité, et comment une force ainsi créée, chassant les dominations étrangères, a mis la première main à l'organisation de l'Europe, tout cela M. Imbart de la Tour l'expose avec une science si sûre, une puissance de raisonnement si forte, un charme si pénétrant que le peuple français, en
INTRODOCTION
chair et en os» est debout devant nous, dès que l'histoire se met en marche.
La France de Jeanne d'Arc était faite au moment où finissent ces sièdes du moyen âge^ qui laissent à Tavenir : le sens de la nationalité, la constitution de la propriété libre, Tabolition de l'esclavage et du servage, le Droit, fils de la coutume, c'est-à-dire de l'adhésion volontaire, et enfin, — épanouissements sublimes, — la beauté des cathédrales et la charité de saint François.
M. Pâtisson, dont le talent nous a été d'un si grand secours, a reconstitué, d'après les mœiuments authentiques, la vie de l'époque Gallo-Romaine et du Haut Moyen Age. On admirera cette exactitude et cette pénétration intimes, cette intensité dans la sincérité qui fim^ de M. Pâtisson, un maître du « noir sur le blanc ».
L'AGI cLASsiqtn PAR M. Louïs Madelin dira la France éclatante des trois
M. touts KADSLEN grands siècles classiques, les siècles de la Société polie, le seîàème, le dix-septième et le dix-huitième. Quelle plume convenait mieux à xm td sujet? M. L. Madelin peint à £resque. Le seizième siède français prend la Renaissance à lltalie et la répand dans l'univers. Il réveille le monde. La France des Rois, tourmentée, comme les autres parties de l'Europe, par les probl^nes religieux, les résout à t'édit de Nantes, par la liberté de consdence. La France de Richelieu et de Louis XIV est celle qu'imiteront toutes les nations du monde et qui sèmera l'univers de ses académies, de ses Versailles, de ses tragédies, de sa philosf^hie, de ses meubles, de ses modèles en tous genres. Cette admirable partie de notre histoire grandit par le recul des sièdeâ. Unesplendeur si noble et si mesurée ne pourrait être reflétée avec phis d'éclat que par le talent à la fois vibrant et sûr de M. Madelin. Versailles. (DeuEn de j. patissouo
HISTOIRE DE liA HATIOH FRAHÇAISB
kiiiri «•
Hmcmm covTmatPcmAxmm Dans k troisième volimie de lIItstDiie
TàM m. Q, BàMOfTAvx pofidque, consacré à l'époque fcssaiCTai de ùàrc la synthèse de Tonivre de nos oollabocatems par de ce qui s'est passé au cours des géoéiatioas dont j'ai reçu k témoigDagp direct. Apïks Foqposéde la Grande guerre et de la nowrdk orgamsation européenne et mondiak qui la suit^je tenterai de d^ager la leçon de notre histoire et de kver — témérairement sans doute — les voiles de l'avenir.
U Histoire de la Littérature française comprendra deux volumes : la coiqnire se £ut à la fin du seizième siède, avant Ronsard et Montaigne.
Pour k premier volume^ la variété des sujets nous a portés à recourir à plusieurs écrivains : M. Picavet^ M. Bédier^ M. Jeanroy.
LA UTTÉBATUBS fBAHQAisB M. Picavet ouvre le vdume en donnant
ur LATm, PA» M. piCAVR l'exposé de cette énorme partk de notre littérature qui est écrite en latin. Jusqu'au dix-sqmème siède, la pensée de l'élite s'est açàsûéit en cette langue. Conmient s'e!q>liquer qu'une si vaste production soit tombée dans l'oubli et que nul enseignement n'ait conservé parmi nous et n'ait adapté aux pensers nouveaux le finit d'une si longue activité intellectuelle, artistique et morale? Nos origines latines et méditerranéennes rqx)sent sur cette persistante tradition ; nos racines y ont puisé leur sève.
L'antiquité classique a vécu pendant des siècles parmi nous et elle y vit encore. La langue firançaise et les langues provinciales ne sont que du latin prolongé. La religion^ la philosophie, l'histoire, la jurisprudence, la politique, la théologie, la polémique, la poésie, l'éloquence, la métaphysique, l'adiéisme même, s'essayaient dans la langue de Cicéron et de Virgile. Que n'avons-nous pas enq)runté à ce vaste latin inconnu ! Et combien de trésors la « docte» Allemagne ne lui a-t-dle pas dérobés !
Contraints de resserrer dans un trop étroit espace le développement de ces richesses immenses, réservées jusqu'ici au monde de l'érudition, nous avons du moins tenté de les fidre connaître. M. Picavet a donné un puissant coup de sonde vers ces nappes dormantes. Peut-être après lui, d'autres investigateurs de cette pensée maternelle tenteront-ils de relier, d'un fil continu, tous les âges de la pensée firançaise.
Lia CBAïf soira ds osstb Void M. Bédier qui, avec une autorité sans ^;ale,
PAR K. j. BtDiEB s'en pTcud suz Chansons de Geste. Il prouve que ces poèmes épiques nous appartiennent et ne sont rien autre chose que la mani-
IKTBODUCTIOH
festation la plus éclatante du génie français, de tradition latine et non gennanique, au moyen âge. Je ne connaîs pas d'exposé plus attachant.
Enfin j notre bien nous est rendu ! Les cortèges des pèlerins a chantant de Charlemagne et de Roland » suivaient les routes de Francs et visitaient les sanctuaires français. La sombre légende d'Odin n'assombrit
plus ces clairs visages. M. Bédier a refoulé définitivement l'invasion allemande de ce ticfae domaine où elle s'était si brutalement installée.
LBS QUATBE FILS AYHON, d'apria une mink
ces clairs visages. M. Bédier
LA uTTfiiATDBK EN FRAMÇAis AU Enfin, M. Jeanroy a écrit l'Histoire de
Monn Aos PAB H. JBAWROT /^ littérature et de la langue française au moyen âge. C'est une gaieté pour Tâme de prendre à sa naissance cette veine fifconde où puisèrent Rabelais, Molière et La Fontaine.
La belle humeur de la France anime le récit de M. Jeanroy. « Fabliaux » et « sotties » sont des meilleurs parmi les bons crus du pays. La ridiesse de l'invention des ccmteurs, la sensibilité des trouvères et des troubadours, leur sens déjà profond du ce mot mis en sa place », la « moralité » pratique, qui cherche les moyens de conduire le cœur en amusant l'esprit, le savoir-faire, le tCHir de main, et jusqu'au tour de rein risqué de la plaisanterie « gauloise «, tout annonce d'avance les ressources mfiniment diverses des lettres françaises. Amyot et Montaigne ont leurs précurseurs. Déjà, avec \nilehardouin, Jcnnville, Froissaft, Commines, se d^agent la gravité et la lucidité de la bomie prose, mère de l'histoire.
Ce premier volimie est illustré par M. Ripait dont la verve ingénieuse puise sm inspiration aux sculptures des cathédrales, aux miniatures, en ces livres d'heures incon^iarables cadiés au ftmd des bibliodi^ues. La physionomie et l'esprit de ces siècles réputés barbares revivent parmi nous.
XT
LA UTTÉRATUES KODiBiiE On CToi^ généralement, que par Tinfluenoe de
PAR m. F. 8TB0WSSI l'humanisme, la littérature s^est séparée de la vie sociale et renfermée dans son « étude ».
M. F. Strowski, élevé dans les traditions de Sainte-Beuve, rapproche et ressoude l'action et la pensée, en écrivant V Histoire de la littérature française aux époques classiques et romantiques. Il vise à aq)liquer la foule par les types, et la masse par ceux qui s'élèvent. Les maîtres de notre littérature parlent pour être compris et entendus. Nul p^dantisme. Le Plutarque d'Âmyot et les Essais de Montaigne sont la lecture du gentilhomme. Pascal fait descendre la diéologie du del sur la terre. Bourdaloue prêche pour les « honnêtes gens ». Racine voit les Français de son temps en hommes de tous les temps. X^ langue s'est dégagée, diamant le plus limpide, le plus finement taillé dont la pensée humaine se soit jamais omée. Elle reflète l'infini quand Pascal écrit ses Pensées^ et elle se joue aux enseignements de l'enfimce avec les Contes de Perrault et les Fables de La Fontaine. Aussi la littérature de ces grandes époques est « classique », puisqu'elle s'apprend dans les classes. Disons qu'elle est a hiunaine », puisqu'elle est comprise par tous les hommes.
La philosophie du dix-huitième siècle afiSne encore cet instrument délicat. La langue de Voltaire, légère et portative s'il en fut, voyage par toute l'humanité. Jamais l'esprit de propagande, que Joseph de Maistre donne comme l'esprit firançais par excellence, ne pénétra aussi loin et aussi profondément. Mais le nùsonnenient et l'abstraction finissent par dessécher la littérature d'une époque qui s'achève. Le sensualisme l'appauvrit. Le sentiment, l'émotion, le lyrisme, s'amindssent comme im cours d'eau qui va se perdre dans les sables.
Mais, les voilà qui renaissent, rompent les digues, se gonflent et s'épanchent au temps du romantisme. L'emphase grandiloquente se développe en ondes colorées et sonores. Le romantisme distend, au delà de ses forces peut-être, l'élasticité de l'imagination française. Bientôt le Parnasse et le réalisme lui-même reviennent aux traditions classiques ; des mots firappés en médaille et im rythme cadencé marquent le retour à la sévérité classique, non sans la raideur d'ime technique trop rafBnée peut-être.
La prose ne s'est jamais altérée ; au contraire, elle s'est enrichie et assouplie. Par elle, l'Histoire devient, comme aux plus belles époques de l'antiquité, la maîtresse des hommes. De Chateaubriand et Augustin Thierry jusqu'à Fustd de Coulanges et Vandal, elle est la forte nourrice des citoyens qui apprennent par elle à gouverner et à vaincre. La polémique et l'éloquence parlementaire lui font cort^. Les hommes pensent et écrivent pour l'action.
INTRODUCTION
iSToms MHjTAiBi; PBEMitBM PAKTiB PAR Llùstoire militaire comprcxH
LE GtNfitAL COUB «T U COLONEL EEBOCL ^,3 dCUX VOlumCS. H n'eXJStC
aucune histoire militaire de la France, depuis celle qu'a écrite au dix-huitième siècle le P. Griffet. On peut à peine s'espliquer une telle lacune : la France de Henri IV, de Turenne, de Condé, de Luxemboui^ du maréchal de Sax^ des soldats de la Révolution, de Napolécm et de ses maréchaux, de Jo&e, de Foch et de leurs lieutenants, n'a où se renseigner sur les médiodes que ces chefe illustres ont suivies, sur les raisons de leurs exploits et de leurs viaoires. L'art militaire est pourtant celui qui donne la plus haute mesure des facultés viriles ; il fonde les nations, les protège et les développe. Comment l'intelligence française peutelle être satisËiite si
elle ignore cette haute