DE LA GARONNE ^ DE QUELQUES AFFLUENTS
s'étire et s'élargit à la surfsure des boues et des limons jadis apportés par elle.
Des villes, petites et moyennes, se succè-
Gironde ^-,^-^^====^^^^"'""'^ dcut : Bcrgenç, où
le « Grand Barrage »
lui donne déjà l'apparence d'un fleuve, Sainte-Foy-la-Grande, Castillon, où se livra la bataille qui mit fin à la domination anglaise en Guyenne, et jusqu'où remonte le flot de marée. Liboume, enfin, où conflue l'Isle, en face du tertre de Fronsac (72 m.) et où la Dordogne devient aussi magnifique que la Garonne. La charmante Liboume (c'est-à-dire Livoume) fut dans le passé un port rival de Bordeaux, mais c'était trop de deux ports à une si petite distance, et elle fiit condanmée à déchoir.
La Dordogne est bouleversée, vers l'aval, en équinoxe, lors des grandes marées, par l'impétueux <c mascaret », flot de remonte pareil à la <c barre » de la Seine, qui blanchit d'écume et souille de boue la surfiice du courant. Avant de déboucher, « mer » elle-même, dans cette autre « mer » qu'est la Gironde, elle passe sous le joug des deux ponts, prolongés par des viaducs, de Saint-André-de-Cubzac, longs l'un de 1 500 mètres, l'autre de 2000 mètres. Malgré son ampleur, ce n'est pourtant pas à partir du « Grand Barrage » de Bergerac qu'elle se prête à la navigation, contrariée
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tout le long par des rapides^ mais elle est utilisée dès Liboume^ et même dès Saint- Jean-de-Blagnac. .
La Vézère tombe de saut en saut, de « latch » en latch, comme on dit dans le Sud-ouest; deux sont particulièrement marqués, le saut de la Virolle, haut de 15 mètres, par lequel elle s'échappe des Monédières, et le saut du Saumon, de 3 à 4 mètres seulement. Pittoresques sont les vieilles villes perchées sur les escarpements des gorges où elle bouillonne : Trdgnac, qui a trois anciens ponts ; Uzerche, capitale de TUzerchois, à laquelle les toits étages et les tourelles de ses maisons bourgeoises donnent si grand air et ont valu ce proverbe :
« Qui a maison à Uzerche, îl a château en Limousin. »
Comme la Dordogne, la Vézère sort des roches cristallines pour entrer dans Too- Hthe et dans la craie du Périgord, où elle s'est façonné une sorte de canon largement ouvert. Dans cette craie blanche, dont çà et là les tons ocrés rougeoient au soleil couchant, sont creusées, on Ta vu précédemment, les plus vieilles demeures de ces hommes qui connaissaient déjà, plus de vingt mille ans avant notre ère, un art consommé de sculpture, gravure et peinture rupestres (voir chapitre m, p. m et suiv.); là se sont déroulés en vérité les premiers épisodes de la plus ancienne histoire nationale.
Plus connue que la Vézère est son aflSuent, la G>rrèze ; car elle a donné son nom à un de nos départements. Elle est formée par deux petits ruisseaux qui confluent à Tulle, Corrèze et Montane, laquelle saute par les trois cascades de Gimel ; die n'est plus à Tulle qu'à 200 mètres, et rejoint la Vézère en aval de Brive-la- Gaillarde, capitale du Bas-Limousin, petite ville coquette et très aisée.
A Liboume conflue un énorme £adsceau, presque entièrement tributaire du Massif Central, celui de l'Isle, grossie de l'Âuvézère et de la Dronne. Llsle passe comme ses voisines des roches anciennes dans le calcaire, puis dans la craie, où de gros jaillissements. Glane, Gorce, etc., l'épurent et l'amplifient; elle se grossit de la Loue, rivière de Saint- Yrieix-la-Perche, et, au Gour de Saint- Vincent, d'une résurgence d'eaux de l'Auvézère infiltrées dans le sol poreux; elle arrose Périgueux, tout resplendissant des coupoles de Saint-Front, Mussidan, Coutras, où elle reçoit la Dronne ; elle est plus ou moins navigable à partir de Périgueux, au moyen d'éduses, sur à peu près 150 kilomètres.
L'Auvézère, longue de 103 kilomètres, dont le nom n'est qu'un doublet de la « Vézère » par agglutination de l'article, quitte elle aussi le Limousin pour le Périgord, et, à son entrée dans l'oolithe, elle change de nature ; son eau, grossie des sources du calcaire, devient claire et pure ; mais, si elle grandit, elle perd des eaux aussi dans
GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE
les fissures de son lit, à la Perte du Souci, eaux qui reviennent à llsle au Gour de Saint-Vinoent.
La Dronne, le second afiQuent majeur, tombe dans llsle à G>utras, ville où remonte la marée ; très développée, eUe ne parcourt pas moins de 1 89 kilomètres. Elle naît près de Chalus ; elle a ses ratchs et ses cascades : elle passe à Saint- Pardoux, à Brantôme, à Bourdeilles, tout près de Ribéraç, à Âubeterre, à la Roche-Chalais, où elle reçoit la Tude de Chalais.
C'est par le &isceau des afiSuents qui tombent à Liboume que la Dordogne tend les bras aux affluents de la Vienne : ainsi s'établit la liaison entre Garonne et Loire; tandis que par le faisceau d'affluents qui débouchent à Toulouse, la Garonne, fleuve « liant », conmie la Seine, établit un passage pareil vers les tributaires de l'Aude et ouvre une route toute naturelle vers les pays méditerranéens.
LA La Charente, que les riverains prononcent « Chérente », et
CHARBNTS dont le nom se retrouve, au diminutif, dans celui de la Charentonne, afiËluent de la Risle, a un cours de 361 kilomètres si l'on en suit le développement, cours qui n'aurait que 150 kilomètres si on le mesurait en ligne droite de la source à l'embouchure (Jig. 63). Elle égoutte un bassin d'un million d'hectares. C'est, avec la Sonmie, un des plus réguUers parmi nos cours d'eau, grâce aux sources, aux « fonts » du calcaire et de la craie qui le nourrissent et au besoin le reconstituent (la craie de Saintonge, perméable dans sa masse comme une éponge, joue le même rôle hydrologique que celle de Picardie).
Il y a une Charente Limousine qui naît dans la région de Rochechou^rt et s'approche de la Vienne jusqu'à la toucher presque, à moins de 3 kilomètres ; la Vienne s'éloigne par un brusque coude, tandis que la Charente continue dans la direction du Nord-ouest, comme si elle allait rejoindre le Qain ; elle se recourbe à son tour à Qvray, et retourne comme sur ses pas, droit au Sud, jusqu'au confluent de la Xardoire. La Tardoire, affluent sur la carte, mais presque toujours à sec, arrive des hauteurs de Chalus, noeud hydrographique important, et passe par La Rochefoucauld; c'est un événement quand on voit un filet d'eau dans son lit pierreux.
Ces eaux d'origine limousine (de la Tardoire, du Bandiat qui coule plus au Sud, mais est souvent à sec lui aussi) ne sont pourtant pas perdues pour la Charente ; elles réapparaissent dans le village de Touvres, en sources bouillonnantes ou en (( gours » profonds et inmiobiles, par quatre « résui^ences », le Bouillant, le Dormant, la font de Lussac, la Lèche, et constituent une rivière puissante, faisant toumer
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moulins et papeteries, portant bateau, la Touvre ; c'est elle qui foumit la fbice motrice aux andeimes forges anglaises de Ruelle, devenues une fonderie de canons pour la marine, en liaison avec l'arsenal de Rochefort, et âisant corps aujoiudliui, par les fkuboiu^ industriels de l*Houmeau et de Fontouvre, avec Angoulême, dtmt ragglomération compte ainsi loo ooo habitants. Le débit des « bouillons » de la Touvre n'est jamais inférieur à 4 mètres cubes par seconde.
La Qiarente, désonnais grossie et mise au rang de « fleuve côtîer », passe au pied du vieil oppidum d'Angoulême, qui est perdié à 100 mètres; elle foumit force motrice et eaux limpides à une série de papeteries aux produits réputés ; elle arrose de coquenes petites villes, Jamac, O^nac, capitale d*unc eau-de-vie célèbre que l'on produit dans la tt Grande » et la « Petite Champ^ne », Saintes, l'an* den Mediolanum Santonum, qui a laissé son nom à ta riche Saintonge ; là un pont romain franchissait la rivière, au point où la marée accède, la Charente n*étant plus qu'à 3 mètres d'altitude; par les hautes marées, la mer remonte presque jusque a^us Cognac. Puis se succèdent Taillebourg, dont le pont fut disputé jadis et resta aux troupes de saint Louis ; Saint- Savînien, où remontent les bâtiments de 200 tonnes ; le confluent de la Boutoime, Tonnay-Charente, où la marée gonfle son flot de 5 m. 50, enfin Rochefort, notre cinquième grand port militaire, qui se prêtait si bien, avant l'ère des cuirassés géants, à la mise en chantier des navires de guerre le long des rives du fleuve : dix-huit pouvaient tenir sur cale à la fois et ils étaient ensuite armés à VD£ d'Aix. A Rochefort, la Charente a 150 à 200 mètres de lai^, mais il n'y a parfois que 0 m. 60 d'eau sur les vases à marée basse; au delà de Soubise, elle atteint 500 mètres et devient un véritable golfe de la mer, une Gironde en miniature, large à l'embouchure de 2 500 mètres, entre le fort de 111e Madame, où furent enfermés jadis les prisonniers de la Commune, et le bourg de Fouras ; au large, c'est 111e d'Aix, dans cette petite mer intérieure qu'enclosent les îles de Ré et d'Oléron, et où fiit livrée sous le premier Empire la bataille navale dite des Rades.
Parmi les affluents de la Charente : le Né sépare la Grande-Champagne de la
FlG. 63. — LA CHARENTE.
OËOaRAPHIE HUMAINE DE LA FBASGE
Petite ; h Seugne ou Sévigne passe à Pons et débouche, en amont de Saintes, aux Gonds> c'est-à-dire au o confluent », du celtique Condate ; enfin la "BoutcHine, née à Chef-Bout<Hine (Chef signifiant la souice, comme Somme en Champagne), arrose Saint-Jean-d'Ai^y et Tonnay-Boutonne.
La Charente se tient, comme débit, entre un étiage de 35 mètres cubes et des crues de 300, avec un c module » de 95 j ce cours d'eau du Midi est donc sage parmi les sages.
LE FAisciAu WLWXAL L'AdouT (yok fig. 64) cst long d'à peu près 300 kilo-
DB L'ADOUB mètTCs. CctK longueuî s'expUque : non seulement
l'Adour vimt de loin, presque du milieu de la chaîne des Pyrénées, passant à l'Est du Pic du Midi de Bigorre, mais il décrit im vaste demi-cercle, analogue, en petit, à celui de la Garoime ; il le dessine autour d'im de ces cônes « sous-pyrénéens », le cône des
graviers et des galets que le Gave de Pau a étalés jadis au dâjouché des montagnes, en aval de Lourdes, lorsqu'il s'écouiait droit au Nord au lieu de se recourber comme aujourd'hui vers l'Ouest. Le fleuve, malgré son origine pyrénéenne, est pauvre en eau, pour la même raison que les rivières ind^entes du Lannemezan, &ute de l'apport d'affluents issus de glaciers (le Gave excepté).
Le cours pyrénéen de l'Adour constitue, comme les cours alpestres, une vallée FiG. 64. — LE FAISCEAU FLUVIAL DE l'adour. fermée, qu'ou appelle le Bi-
gorre (d'où le mot B^urdan désignant les habitants), où il arrose Campan et la capitale du pays, Bagnères, à 550 mètres. A Tarbes, dont le nom vient de l'ancienne peuplade des Tarheîlù il n'est plus qu'à 300 mètres ; il est déjà sorti des montagnes, et il est saigné par des canaux d'irrigation (canal d'Alaric) conune la Ganmne en aval de Saint-Martory.
L'Adour développe dès lors sa courbe en demi-cercle à travers les cailloutis.
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l|[ft({Hllli
puis à travers les sables de la Chalosse^ il arrose Saint-Sever qui est lU Cap-de-Gascogne (i), et Dax^ ville d'eaux et de bains de boue^ qui n'est autre que l'ancienne Aqua Tarbellicœ (Dax^ c'est d'Ax^ de Aqtue). Ses afiËluents de gauche, à part le Gave de Pau, sont insignifiants et ne l'enrichissent guère ; tout au plus peut-on mentionner le Luy Êdt du Luy de France et du Luy de Béam. Parmi ceux de droite : l'Ârros et surtout la Midouze, formée de la Midour et de la Douze, qui se réunissent, dans le Marsan, au pied de Mont-de-Marsan, « mont » qui culmine à 43 mètres. De tous ces cours qui s'enveloppent les uns les autres et qui ont été l'un après l'autre réunis à l'Adour, par échelonnement de captures, ou plutôt au Gave, qui est la vraie branche nmîtresse, la Midouze, étant le plus au Nord, circonscrit tous les autres.
Tous les torrents pyrénéens arrivent^^ non à l'Adour, nmis au grand Gave, au Gave de Pau, qui les intercepte.
Le grand Gave se forme, près d'Argdès, de la conjonction de trois gaves, celui de Gavamie, le principal, qui vient du Mont-Perdu, celui de Cauterets, celui d'Argdès ; ils sont alimentés par des neiges et même de petits gladers, td celui de la Cascade, dans le grandiose cirque de Gavamie, d'où les eaux s'échappent par des cascades en hémicyde, telle la Grande Cascade, haute de 422 mètres (voir chapitre I, fig. 20, p. 57). Le Gave descend par une série de gorges et de défilés où les romantiques pyrénéens, à la suite de Ramond, voulaient voir l'unique beauté sublime des Pyrénées, traverse le a chaos » de Gèdre, anden éboulement, passe à Luz, à Saint- Sauveur, frôle Argelès et entre en plaine à Lourdes, grotte miraculeuse et rendezvous mondial de pèlerins ; du pic de Ger, au-dessus de la ville, où conduit un funiculaire, on a une vue d'ensemble de la chaîne. A Lourdes, le Gave se heurte à la butte du château et à une moraine frontale, déposée par l'anden glader qui remplissait sa vallée aux temps quaternaires, et il se rejette vers l'Ouest.
Le Gave sort du petit bassin de Lourdes par un défilé, que suit la ligne de Bayonne à Toulouse ; il arrose Pau, où il n'est plus qu'à 176 mètres, au pied du château des vicomtes de Béam : de la terrasse on peut contempler le Pic du Midi d'Ossau, situé droit au Sud. Puis il passe près de Lescar, qui doit être l'andenne Beneharmwty d'où le nom actuel de Béam, rentre dans le roc près d'Orthez, qui eut une Université et où l'enjambe le pont fortifié que tenaient les vicomtes, et reçoit
(i) Cap^'Gascogtie ne signifie ni promontoire sur la mer, ni capitale ; c'est id le sens premier du mot : tSte, de caputf éminence (qui domine la plaine pour qui vient du Nord). Le sens de cap maritime n'est qu'un sens dérivé, qui a &m par l'emporter sur le premier ; le premier est toutefois maintenu dans la nomenclature géographique, par exenoçle aux environs de Toulon.
OÉOOR. BUMAINB. T. I. 177 13
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à Peyrehorade, c'est-à-dire Pierre-Percée, le Gave d'Oloron, son maître affluent. Celui-d à son tour draine, par sa rive gauche, toute la série des Gaves entre Pic du Midi d'Ossau et Pic d'Orhy, et il est constitué essentiellement, à Oloron, par la rencontre de deux eaux majeiues : le Gave d'Ossau qui arrive de la haute contrée d'Eatix-Chaudes et d'Eaux-Bonnes par Laruns et Arudy où il se coude lui aussi, le Gave d'Aspe qui naît en Espagne et vient du si important passage du Somport. Il reçoit à SauTOterre-du-Béam le Gave (k A^uléon ou Saison. Au « Bec du Gave », confluent de l'Adour, conflue également la Bidouze de Saint-Palais. L'Adour, grâce au Gave, a désormais grand air, il porte bateau, il est soumis à la marée \ il passe à Bayonne, ville murée de Vauban, qu'il sépare du feuboui^ du Saint-Esprit, quartier des Israélites d*origine porti^se. Il y reçoit la Nive qui, née de plusieurs Nives, est passée à Saint- Jean-Pied-de-Port, à Cambo et à Ustaritz. L'Adour se jene à la mer par une ouverture artificielle, que lui ouvrit Louis de Foix, au Boucau-Neuf. Entre le quatorzième et le seizième siècle, ne pouvant forcer la chaîne des dîmes littorales, il la longeait vers le Nord jusqu'au Vieux-Boucau, recueillant ainsi les eaux de l'étang de Soustons. Antérieurement encore il débouchait entre les deiix, au Gouf de Cap-Breton {j^. 65).
FiG. 63.
SOR LES. ROUTES D'AQUITAINE. (A. UpÉi