‹ Histoire de la nation française (volume 5)Chapitre 25 sur 64 · I. BASSIN D'AQUITAINE LA GARONNE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS · texte numérisé non relu

I. BASSIN D'AQUITAINE LA GARONNE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS

centre, le pays plantureux de l'^enais est tout coupé d*arbres I fruitiers, semé de maisons et de villages de briques roses et piqué Çà et là de hauts pigeonniers. Vers l*Est, les riches plaines toulousaines étalent leurs champs de froment et de maïs. Vers le Sud et I vers rOues^ les espaces caillouteux de l'Armagnac et du Bordelais forment une frai^ décorée des plus précieux vignobles. Toutes ces terres sont fécondées par un chaud soleil dont la lumière est déjà pareille en plein été à celle des plateaux hispaniques, mais dont Tardeur est le plus souvent tempérée par les moiteurs atlantiques.

Au Sud, les longues Pyrénées of&ent aux masses d'air apportées de l'Ocddent un versant septentrional raide que les pluies entretiennent verdoyant. Les pics miqeiirs ne dépassent 3 000 mètres que de 300 à 400 mètres. Mais l'ensemble est montagne-barrière s'il en fut : sur 200 kilomètres, entre le col de PuymcMms et le Somport, les Pyrénées dites centrales ne sont encore traversées par aucune route ; les > ports > ou cols sont à l'altitude de 2 200 mètres. Peu de lacs, peu de glacier^ mais de belles formes architecturales qui se ftmt plus pénétrables et qui sont aussi

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M itiii

plus arrosées à l'Ouest, en direction de la côte déchiquetée et toute verte basque.

De la Montagne Noire jusqu'au Limousin, le Massif Central se dévdopp un amphithéâtre dont les môles extrêmes sont distants de plus de 300 kilomètres. Les travées supérieures sont dominées par les systèmes déchiquetés des volcans d'Auvergne et d'Aubrac. Les gradins sont étages à différents niveaux et ils sont de différents aspects; ils sont ça et là interrompus et laissent place à des conques opulentes comme celle de Brive. En avant, les plaques calcaires des Causses, conime de grandes dalles sèches, fidsant taches claires, s'opposent aux violentes taches rouges des « rougiers » du Rouergue ; elles enserrent des pays plus variés qui viennent accorder leur végétation vigoureuse aiu zones centrales d'arbres fruitiers.

v^AssiN Chacun de nos fleuves a non seulement une ph^

MJ D'AQUITAINE propre, mais encore une expressive signification résumée qui en marque le caractère historique : la Seine est le fleuve parisien ; la Loire, le fleuve « français » par excellence, celui de la France moyenne, du franc parler tourangeau et de la douceur angevine ; le Rhône est le fleuve lyonnais et par lequel s'explique toute la part méditerranéenne de notre histoire ; le Rhin est le fossé-limite entre la Gaule-France et la Germanie; la Garonne est le fleuve de la France du Sudouest, de cette France de la « langue d'Oc », qui, sous des noms différents, a toujours gardé son individualité : pays de ceux qu'on a appelés, au temps de la croisade de Simon de Montfort, des a Albigeois », pays des « Cadets de Gascogne », des « Gascons », — « gens du Midi », — restés toujours très fiers de leur grand fleuve : les riverains prononcent le nom de « Garonne » avec un accent qui l'emplit de majesté !

Le fleuve de Toulouse a son bassin bien dessiné, à la fois géologique, topographique, hydrographique, vaste de 84 800 kilomètres carrés : le Bassin d'Aquitaine, cuvette circonscrite conrnie le Bassin de Paris, qui a deux points bas au lieu d'un seul, l'un correspondant à l'emplacement de Toulouse et l'autre à celui de Bordeaux, n serait en tout cas puéril de dessiner autour de la Garonne un cerde de hauteurs continues, d'élever les collines de Montalembert au rang de lignes de faîte, de placer, entre les affluents de l'Adour, les étangs landais et le fleuve, des collines imaginaires, comme celles du Médoc et des Landes, dont on a abusé notre enfimce crédule ! Au contraire, par le seuil du Poitou, le Bassin d'Aquitaine communique largement avec le bassin ligérien, et, vers le Sud-est, les Pierres de Nau-

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louze^ à 189 mètres seulement, œmmandent une « passe des deux Océans » qui un jour ouvrira, espérons-le, une voie maîtresse à un véritable Canal des deux mers. Comment, au long de ces deux seuils déprimés, les hommes n'ont-ils pas su ouvrir des communications par grands canaux, comme on l'a fait ailleurs, entre l'Escaut, l'Oise et la Somme? Ce que réalisèrent, avec de petits moyens, Riquet et les Stats de Languedoc, comment les modernes excavateurs n'ont-ils pu en venir à bout?

« Garonne » ^r « Gironde ». Communauté de nom. — Garonne et Gironde ont ensemble 650 kilomètres, dont 72 pour le vaste estuaire où coulent, désonnais confondus, les deux fleuves, Garonne et Dordogne; les géographes, qui aiment les dénominations nettes, ont réduit à ce seul estuaire marin, au delà du Bec d'Âmbez, le sens du mot « Gironde » ; or on trouve un Bourg-sur-Gironde, en amont du Bec, sur la Dordogne ; « Gironde » se disait également autrefois du fleuve de Bordeaux, et bien en amont jusque vers l'endroit où le flot de marée vient gonfler l'eau pyrénéenne ; là, un village de « Gironde », subsiste, témoin muet de l'ancien nom. Gironde et Garonne sont deux mots d'origine probablement ligure ; il y a une autre « Garonne » à Saint-Raphaël et une « Gyronde » en Vallouise.

CONDITIONS Void, d'après Georges Lemoine, la superficie qu'oc-

HTDROI1O01QUS8 cupent les divers terrains du bassin propre de la Garonne, au point de vue de leur perméabilité :

très imperaiéables 4 800 kilomètres canes.

A peu près imperaiéables 14200 —

Médiocrement peraiéables 22 100 —

Perméables 3700 —

Très perméables 11 000 —

Total 55 8ôo kilomètres carrés.

Les Causses représentent les terrains très perméables : E.-Â. Martel, qui a subi les grandes pluies du 19 au 24 juin 1875 dans la r^on du Causse Méjan, nous a raconté : « Pendant trois nuits et trois jours une pluie diluvienne nous tint assiégés. Le soir où Torage cessa, nous sortîmes pour aller voir du haut d'une colline l'aspect du pays. On se serait cra dans une région d'étangs. Tous les creux étaient remplis d'une couche d'eau variant de 2 à 9 mètres. Le lendemain, ces millions de mètres cubes avaient presque entièrement filtré dans l'intérieur du plateau rocheux pour ressortir par les grandes sources permanentes et par les milliers de crevasses des couronnes. Sur sa drconférence de 150 kilomètres, le causse Méjan était entouré d'une ceinture d'eaux jaillissantes. »

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La proportion des terrains parfaitement perméables serait presque nulle sans les surfaces du Jurassique : elle est du quart seulement du bassin, alors qu'elle est des trois quarts dans celui de la Seine.

La Garonne est Témissaire des Pyrénées, et dans une grande mesure aussi du Massif Central ; et ces parties déclives du bassin sont précisément les plus imperméables.

Lors de la terrible inondation de juin 1875, void les hauteurs des pluies enregistrées en soixante heures du 21 juin, à 8 heures du matin, au 23, à 8 heures du soir :

Bassin de TAriège Fois 190 millimètres.

n ' ^ t r> \ Boussenac 208 —

Bassmde la Gaiomie { . . ^,. ^

f Monttéieau 187 —

.. . . ^ i laSalvetat 212 —

BassmduTam J. ^i w ^

/ laSalesse-Murat.... 224 —

Bassin duLot Fîgeac m —

Les chutes d'eau recueillies du 15 au 19 février 1879, lors d'une inondation paiement néfaste, sont à peine moindres, au moins pour le faisceau des cours d'eau en amont de Toulouse :

Poix 194 millimètres.

Boussenac 223 —

Saint-Giions 100 —

U faut ajouter que sur la ligne de partage, le long des Cévennes, tombent les plus grosses averses que connaisse notre pays.

LA GARONNE Pendant une cinquantaine de kilomètres, dans sa haute

PTBfNÉSNNS vallée, — le Val d'Aran, — la Garonne, quoique dévalant au Nord de la plus haute crête pyrénéenne, le massif de la Maladetta (3 404 mO> coule sur territoire espagnol. En réalité, les Pyrénées forment id deux dudoes parallèles, au Nord celle du Mont Vallier, au Sud celle des Monts Maudits, et la Garonne chemine entre elles ; par un seuil peu marqué, le Pla de Béret (i 880 m.)> on accède à une autre vallée, celle du Pallars, tributaire par la Noguera Pallaresa du bassin de l'Ëbre. Des linguistes ont même soutenu que Garonne et Noguera étaient un même mot, ce qui appuierait cette observation, vérifiable aussi dans les Alpes, que, des deux côtés d'une ligne de fisdte, les cours d'eau coulant en sens opposé portent souvent le même nom, ainsi l'Arc et l'Orco, la Doire et la Durance. Le Pla de Béret fut une antique voie de circulation, à en juger par les tombes préhistoriques qui y ont été découvertes. Des deux Garonnes qui constituent le cours d'eau,

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Time, rOrientale, nait sur les prairies du Fia de Béret par deiiz petits « naissants «, à I 872 mètres, sources dites, en vertu d'une métaphore courante, les « Yeux de la Garonne ». (Il y a d'autres « Yeux », « Ojos », en Espagne, tels que ceux du Guadiana.) Plus importants sont ses tributaires, qui se nourrissent à de petits lacs de montagne, le rio Ruda, grossi du rio Malo, et surtout de « l'Aiguamoch » que Ton traduirait, dans les Alpes, par « la grande Eau » {j^. 54).

Au pied des ruines de Castelléon, dans un site austère, conflue la Garonne Occidental^ plus courte, mais plus abondante, surtout en été, parce qu'elle s'alimente à des glaciers. C'est la Garonne de Jouéou, ainsi nommée de sources vauclusiennes qui suivissent, énormes, les < joueil de Jouéou », les a Yeux de Jupiter »; en été elle s'échappe par une dizaine d'orifices, au printemps ce sont deux énormes poches se déversant en un double Rirrent par ime double chute de 30 mètres. D'où viennent ces eaux pures qui apparaissent ainsi, à 1 430 mètres, sur le versant septentrional?

Elles sont la résiu^ence, comme cela se voit souvent en montagne, d'un trarent glaciaire issu d'un des plus grands parmi les glaciers minuscules des Pyrénées (396 hectares) et situé dans la Maladetta, sur le versant méridional du massif. Le torrent entndne d'abord vers l'Ësera, donc vers l'Ëbre, ces eaux laiteuses, lorsque, au milieu des prairies, dans le « plan des Aygualles », par 2 025 mètres, il disparait soudain dans un abîme au fond duquel les eaux mugissent en ébranlant les échos de la vallée et qui s'appelle le « Trou du Taureau • (del Toro). Par des conduits souterrains qui passent par-dessous la chaîne, sous la Tusse de Bargas (2 852 mètres), l'eau engoufi&ée revient sur le versant Nord et rq)arait^ en fontaines darifiées, par les Yeux de Jupiter. Le cours supérieur de la Garonne est donc un défi à cette &meuse « ligne de partage des eaux » que l'on avait par ailleurs identifiée d'ime manière tout à &it abusive avec la ligne des plus hauts scanmets.

En dessous du château de Léon (Castel Léon), par 800 mètres d'altitude, la Garonne se trouve définitivement omstituée : 800 mètres, c'est par ce niveau que

FiG. 54. — LA GARONNE SUPÉRIBUM Et SES AFFLUENTS PYKËNÉENS.

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passe la ligne idéale qui en gros sépare la haute montagne de ce qui compose les avant-monts. On voit par là combien est rapide la descente du plus grand cours d'eau pyrénéen^ plus rapide que celle de ses rivaiu alpestres^ Arc, Isère, Inn.

Peu après, le fleuve, encore torrent, entre en France à la gorge du Pont-du-Roi, à 590 mètres, gorge ouverte dans la chaîne du Mont Vallier (2 839 m.)^ assez étroite pour qu'à la franchir suffise l'arche unique d'un pont

On peut étendre sensiblement plus bas le cours pyrénéen de la Garonne, jusqu'au pied de la haute colline de Montréjeau (mont Royal), à 400 mètres d'altitude et à 85 kilomètres de ses sources. Elle sort des roches cristallines pour couler dans l'oolithe, puis dans la craie, passe par Saint-Béat où les rochers bariolés sont sdés en marbres renommés; elle reçoit la Pique de Bagnères-de-Luchon, et frôle le rocher, sorte de barre due à l'érosion glaciaire, qui porte Lugdunum, l'anden oppidum, du peuple des Converuey dont le nom subsiste dans le Comminges, comme celui des Cansaram dans le Couserans. Lugdunum Convenarum, baptisé et mué en Saint-Bertrand-de-Comminges, reçut un évêché, conmie Saint-Lizier, l'oppidum du Couserans.

A Montréjeau elle reçoit la Neste, rivière de la vallée d'Âure, qui la double, ^t elle se coude à angle droit (i).

LA GRANDE COURBE Pourquoi cc coude? De Montréjeau à Port-Sainte-

DE iiA GARONNE Marie il n'y a, en ligne droite, que iio kilomètres ; or la Garonne en emploie 250 au moins à parcourir cet intervalle parce qu'elle décrit une courbe immense, un quasi demi-cerde dont les saillants sont Toulouse et, tout près de Moissac, le confluent du Tarn. Ce demi-cerde, d'allure presque géométrique, doit trouver son explication dans un phénomène d'ordre général ; et si l'on lemarque que c'est en aval de Port-Sainte-Marie que débouche la dernière rivière du Lannemezan, la Baïse, on constate que la Garonne contourne exactement le vaste plateau caillouteux du Lannemezan, lequel s'abaisse, depuis les environs de Capvem, de 680-600 mètres, par une pente régulière, et dans tous les

(i) Disons, dès les débuts de ces chapitres consacrés aux cours d'eau de France, que la description la meilleure, la plus précise et la plus vivante qui ait été jusqu'ici donnée de nos fleuves et rivières (jk l'exception du Rhin) est celle d'Onésime Reclus dans Le plus beau Royaume sous le Ctely Paris, 1899. Par malheur on doit r^etter que ce volume ne soit accompagné d'aucune illustration ni d'aucune' carte. Le même auteur, Onésime Rbclus, a écrit pour chacun des fascicules de la belle œuvre illustrée du Touring Qub de France, Sites et monuments, un préambule dans lequel une part exceptionnelle est faite aux cours d'eau. On consultera toujours avec intérêt le volume phis ancien d'Elisée Reclus, La France dé la Nouvelle Géographie Universelle.

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sens, jusqu'aux altitudes de 300 à 206 mètres dans les basses œllines de Lomagne et d*Armagnac {fig. 55).

Cet ample tracéj souligné par une dizaine de vallées en éventail, résulte de rétalemeat épanoui d'un vaste cône de déjections, produit de la démolition des Pyiénées aux ères tertiaire et quaternaire (l'émissaire principal se trouvait par conséquent sur remplacement de la Neste, tandis qu'à l'Ouest un second jalonnait l'actuel Gave de Pau). C'est lui qm, lentement et irrésistiblement a repoussé la Garonne vers le Nord, tandis que celle-d était d'autre part ramenée vers les Pyrénées par la pente générale du sol ; par là s'explique cette direction d'abord Sud-ouest-Nord-est, de Montréjeau à Toulouse, puis Sud -est-Nord- ouest, de Toulouse au confluent du Tarn, enfin Est- Ouest, avec déviation vers le Nc^ de Moissac à Port-Sainte-Marie.

En aval comme en amont de Montréjeau, la Garonne traverse une série de petites plaines qui ne sont autres que d'anciens bassins, marécageux ou lacustres, comblés par l'alluvioa : plaine de Saint-Gaudens, plaine en amont de Saint-Martory, d'où elle s'échappe par une série de défilés ou « d'étroits •». A Saint-Marfôry, là où la pente s'amortit, se détache un cours d'eau artificiel, le canal de Saint-Martory, qui, venant après le canal de la Neste et descendant i^us lentement que le fleuve, le long des collines de la rive gauche, distribue en été l'eau et la vie à cette plaine assoîflëe, où la poussière tourbillonne en formant des-

flg. 55. — la grande courbe

de u garonne et l'harmonie

d'un faisceau de rivières DIVERCXNTES.

Dans cène plaine, dont le centre est à Muret, les affluents se serrent contre lefleuve avant de l'atteindre (comme ils se couchent le loi^ du Rhin en Alsace, le long de la Loire en Touraine), tantôt séparés de lui, comme la Loi^e et le Touch, par une t hauteur des terres » &itt de cailloux roulés, tantôt circulant dans la même plaine alluviale. Cène plaine, on l'appelle la Plaine de Rivière, le mot désignant dans les pays de la Garonne, comme dans le Roussillon, non un œurs d'eau mais la plaine d'alluvions et d'inondation (« the Flood Hain » ou ce qui est dit ■ Val » le loi^ de la.

Loire). La Garonne reçoit ainsi le Salât, l'Ârize et i'Âri^ et, à Toulouse même, le canal du Midi représente l'anden lit de l'Hers. Celui-ci (l'Hers mort ou le Lhers, par opposition à l'Hers vif que boit l'Âri^) contoume la ville, se trouve encore, telle une « fausse rivière », le long du fleuve principal sur sa droite, et ne s'unit à lui qu'en face d'une ancienne « bastide » de la Save, Grenade (dont le nom atteste comme celui de Pampelonne, près du Viaur, — même mot que Pampdona, Pampelune de la Navarre — les relations avec l'Espagne des habitants de ce versant Nord).

Entre les quais, trop resserrés, de Toulouse la ville de briques, channante, savante, babillarde et rose, la Garonne n'est plus qu'à 120 mètres d'altitude, à peine 20 mètres de plus que la Loire à Orléans (102 m.)) 10 mètres de plus que la Seine à Troyes (i 10 m.)^ tandis que dans ses faubourgs viennent expirer, sous forme de dos ramifiés, les dernières hauteurs de cailloutis qui l'accompagnaient à distance. Toulouse est au noeud, au point de convergence de tout le £dsceau des afiSuents pyrénéens, le plus abondant en été, le seul qui s'alimente à des neiges et à des glaces.

 Toulouse paiement la Garonne scelle son destin et se dirige vers l'Atlantique.

L'altitude, 120 mètres, porte aussi son enseignement ; c'est, pour le cours d'eau du Sud-ouest, l'altitude critique. On voit là se confondre, en un flot unique, toutes les eaux pyrénéennes et sous-pyrénéennes comprises entre Néouvielle et Carlitte, Carlitte et Montagne Noire ! Ces eaux, en temps de crue, s'écoulent grâce à la pente relativenjent forte de tous les cours d'eau à profil en long redressé. Le flot d'inondation du haut fleuve«ne met que huit heures de Muret à Toulouse, celui de l'Âriège neuf heures depuis Foix. Mais, à partir de Toulouse, la pente du fleuve s'affaiblit, elle est insuffisante pour soutenir la vitesse des eaux et assurer leur écoulement rapide, et l'onde pyrénéenne, lorsqu'elle débouche en trombe par tous les affluents à la fois, ne p^ut que s'étaler, submerger le lit majeur, inonder toute la plaine. De Toulouse à Âgen le même flot de crue, qui n'avance que sous la pression des eaux d'amont, met vingt-six heures. C'est en pire la situation de Paris à la convergence des eaux d'amont et au point de brisure du profil en long. De là viennent les terribles inondations qui, trop souvent (1875 et 1879), submergent Toulouse.

Les fameux moulins du Bazacle, fiers jadis de leurs trente-quatre paires de meules, mettent à profit les restes de ce courant qui va s'amortir. En aval, la pente étant désormais à peine sensible, la Garonne se double jusqu'à Castets d'un cours d'eau artificiel, le canal latéral, suite du canal du Midi dont il n'a pas été tiré jusqu'à ces dernières années tout le parti souhaitable. Ce canal du Midi est au vrai le canal du Languedoc, primitivement des Ëtats de Languedoc.

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Au-dessous de Toulouse^ la Garonne parcourt sa grande plaine alluviale^ entre des collines de cailloutis qui ne sont autres que des terrasses quaternaires étagées. Les riverains de la Garonne continuent à appeler la plaine la « Rivière » (« Castelnau-de-Rivière »).

La Garonne coule donc^ serrée à petite distance par d'humbles collines, qui sont des « coteaux », mais qui simulent dans la brume matinale des berges élevées, où se plaît la vigne, où poussent, parmi les ceps, les plus beaux arbres à fruits de France, pruniers aux prunes géantes (dites d'Âgen), pêchers, abricotiers, etc. Si la Touraine est le « jardin de la France », cette <c Rivière » de Garonne, qui devient Gasconne en dessous de Toulouse, mériterait d'en être appelée le a verger ».

En entrant dans la « Rivière », les affluents se couchent toujours parallèlement au fleuve, se mêlant à lui comme à regret, en réalité repoussant le confluent par la masse d'alluvions qu'ils apportent ; c'est à partir de Toulouse que ce parallélisme se manifeste surtout, d'abord par l'Hers, pendant 2 ou 3 lieues, puis par le Tarn, dont, à partir de Moissac, le canal latéral emprunte même la vallée.

Ce n'est pas que villes et villages recherchent le voisinage du fleuve, trop soudain dans ses crues, trop violent dans ses caprices. Quelques localités sont pourtant sises sur le fleuve lui-même ou très près de lui : d'abord le paisible Âgen, qui n'est qu'à 43 mètres d'altitude et qui tient sa situation du « passage », comme l'indique le faubourg du Passage situé sur la rive gauche ; — et Port-Sainte-Marie, où s'achève la grande courbe ; la Garonne va de là s'échapper vers le Nord-ouest, n'étant plus contenue, sur sa droite, par les petites collines du Bas-Quercy et de l'Âgenais. Ces hauteurs de droite, elle les a d'ailleurs rongées in&dgablement, et c'est pourquoi il n'y a plus, entre Tarn et Lot, de « fausse rivière » sur cette rive.

Parmi les villes les plus nombreuses se tiennent prudemment à distance (Castelsarrasin) et souvent sur la hauteur, sur la terrasse prochaine, sur ces coteaux qui s'appellent déjà des « Graves » : Castelnau-d'Estrétefonds, Grisolles, Verdun-sur- Garonne, Bourret, Âuvillars, Layrac... Quelques-unes restent dans le Val, mais le long de l'affluent, non sur le fleuve : Grenade, sur la Save ; Moissac, sur le Tam ; Valence-d'Âgen, sur le canal.

AFFiiUSNTS La Pique est une troisième Garonne, plus occidentale que

PTRiNÉENS celles des Yeux de Jéou et formée à son tour de trois torrents» Pique, Lys et Onne : elle arrose la vallée de Luchon et les thermes de Bagnèresde-Luchon.

Puis la Neste, seconde branche mère, qui, longue seulement de 65 kilomètres

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(Garonne, 85 kilom.)> égouttant 91 000 hectares (Garonne, 128 000 hea.)> a pourtant de Teau autant que la Garonne ; elle est formée de trois Nestes, — « Neste » est un nom générique, œmme Gave, Doire, Doron, Gurra, désignant un torrent de montagne, — et elle descend des neiges de Néouvielle par l'intermédiaire de deux lacs, Cap^de Long et Orédon, (c'est-à-dire a l'arrondi ») que l'on est en train de capter ; un petit glacier de 36 hectares seulement, le glacier de Barroude (sur Troumouse), alimente l'une d'elles ; toutes ces Nestes forment la Neste d'Âure, émissaire du petit bassin d'alluvions, ancien lac comblé, dit la Vallée d'Âure ; elle est grossie à Ârreau de la Neste de Louron, qui garde le nom d'une vieille divinité pyrénéeime, du dieu topique Iluro ; à Labarthe, la Grande Neste heurte le pied des cailloutis du Lannemezan et toume brusquement à droite (à la hauteur du coude que le Gave de Pau forme à Lourdes, pour tourner à gauche); elle atteint la Garonne à Montréjeau. Mais eUe a été saignée au préalable par un canal d'irrigation, le canal de Sarrancolin, qui prend naissance à 650 mètres, pour déboucher sur le plateau à Capvem à 630 mètres ; long de 29 kilomètres, il devrait déverser 10 mètres cubes par seconde dans les Uts à sec du Lannemezan, auxquels il n'en donne guère plus de 5, répartis entre dix cours d'eau.

Les deux derniers affluents des Pyrénées, les plus importants, viennent de droite : le Salât et l'Âri^. Cours d'eau salé^ conrnie le dit son nom, le Salât passe au port de Salau, aux thermes de Saliers, à Salies de Salât ; il arrose surtout Saint-Girons, qui est la ville basse de Saint-Lizier, ancien oppidum des Ibères perché sur un rocher (autre Lyon, Lugdimum Consoranorum, de la peuplade des Consorani, dont le nom revit dans le Couserans ou Conserans) ; ancien évêché, comme Saint- Bertrand, Saint-Lizier garde encore les ruines de ses remparts gallo-romains. Un pont d'ime seule arche, du douzième ou du treizième siècle, enjambe le torrent

L'Ârize, qui se cache un temps dans la célèbre grotte du Mas d'Âzil, se jette dans la Garonne entre le Salât et la Lèze.

L'Âriège, longue de 163 kilomètres, naît limitrophe de la minuscule R^sublique d'Andorre, et débouche, à Âx-les-Thermes, dans le fossé rectiligne, orienté

Sud-est-Nord-ouest, qui limite au Sud la chaîne des Petites Pyrénées et qui donne un instant sa direction au Salât ; elle y coule d'Âx, par les thermes d'Ussat, à Tarascon où finissent ses défilés fiuneux ; à Foix, au pied d'un rocher de 58 mètres couronné par le vieux château comtal, elle débouche en plaine, par 380 mètres ; le rocher, a barre » ou îlot sculpté par les anciens glaciers, ferme la vallée, et Foix, jadis capir taie d'un petit pays, le « Pays » ou Comté de Foix, appartient à la lignée des villes sous-pyrénéeimes, placées au débouché des vallées, à l'entrée dans la plaine, telles

LA GARONNE, BE8 AFFLUENTS ET SES VOISINS

que Mauléon, Oloion, Lourdes, Bagnères-de-Bigorre, Saint-Bertrand, Saint-lizier, IJmouX} Prades. Désonnais apaisée, l'Aride coule en plaine, dans sa « Rivière » à elle, par Pamiers, Saverdun, ûntegabelle j elle reçoit, en hœ des ruines de l'abbaye de Boulbonne, l*Hers, qui est THers vif.

Lllers vif ou Grand Hers a lui-même ses petites gorges à travers la chaîne de Tabe, en avant des Petites Pyrénées, puis à travers les blancs rochers de la dudne de Plantauielï il arrose enfin la vallée de.Mirepoix, qu*un catadyane, le débordement subit du lac de Puyver^ inonda et ravagea en 1279. II s'alimente, chemin faisan^ à l'antre de Fontestorbes, fontaine intermittente, qui lui envoie de 500 Utres à 3 mètres cubes par seconde.

L'Ariège conflue dans la Garonne à 2 lieues en amont de Toulouse, par 138 mètres d'altitude. Elle lui verse 15 mètres cubes à l'étiage, 40 en eaux ordinaires.

CODXS D-XAU DU LAinmnzAN

Cet immense éventail de cours d'eau simule les génératrices d'un cône de déjections gigantesque } il représente l'étalement des anciennes érosions et destructions pyrénéennes, alors que la diaîne sui^issait peu à peu sous l'effort du plissement, et qu'elle était usée au fin et à mesure qu'elle se dressait.

Toutes ces rivières ont un caractère commun ; elles se traînent pauvres et sans eau à travers un pa}^ aride dont le sol de cailloutis boit l'eau du del h mesure qu'elle tombe. Comme les rayons trop rapprochés d'une demi-circonférence, elles ne laissent pas entre elles assez d'intervalle pour posséder de nombreux et vrais affluents (Jig. 56).

Ces gouttières, dont le dessin d'ensemble est si harmonieiix, sont aujourd'hui régénérées quelque peu par l'apport des eaux fraîches, pérennes, de la Neste.

La Louge tombe dans la Garonne à Muret.

Le Touch débouche en aval de Toulouse.

La Save, très maigre, passe par une série de locaUtés coimues, lIsle-en-Dodon, Lombez, llsle- Jourdain, l'andenne « bastide > de Grenade, l'ime de ces cités murées

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FiG. 56.

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE

et à arcades œnstruites au douzième et au treizième siècle sous la domination anglaise et que Ton compte par douzaines sur ces collines de Lomagne, d'Armagnac et de Gascogne.

La Gimone tire son nom de Gimont^ passe par Beaumont-de-Lomagne, et bien que longue de 135 kilomètres^ n'arrose rien^ faute d'eau. L'Ârrats passe à Mauvezin.

Le Gers, fossé à peu près rectiligne, orienté Nord-Sud, séput la Lomagne de l'Armagnac, pays des eaïu-de-vie renommées. Il arrose une série de localités qui eurent leur heure de célébrité du temps des cadets de Gascogne : Castelnau- Magnoac, Masseube, Auch, Fleurance (c'est-à-dire Rorence), Lectoure, Astaflfort, Layrac.

La Baise est plus nourrie que le Gers, parce qu'elle boit à quelques sources du calcaire. Baise-de-Mirande et Petite-Baise réunies passent à Valence, Condom, Nérac, ancien évêché et si^e d'une petite cour au temps de Marguerite de Navarre, à Vianne (c'est-à-dire Vienne), et se jettent près d'Aiguillon après avoir reçu la Gelise. Celle-ci qui passe non loin d'Eauze, ancienne capitale de la Novempopulanie, rejoint la Baise à Lavardac. Elle reçoit l'Auzoue, de Montréal, et la Losse, de Vic-Fezensac, qui est la capitale de ces pays bien gascons.

Save, Gers et Baise, les trois cours d'eau les plus importants, prennent tous trois leur source près du village de Lannemezan.

TARN, AvsnoN Les affluents de la rive droite de la Garonne se ressen-

KT AoouT tent, dans leur régime, de l'imperméabilité du Massif Central, schistes, gneiss et granits, et de la bande de lias interposée entre terrains anciens et secondaires ; ils sont oisuite filtrés et régularisés par leur passage à travers le crible des Causses calcaires.

Caussenard par excellence est le Tam, dont le sillon profond à travers les lèvres béantes du Causse constitue la plus pittoresque gorge du territoire français (Jig. 57). n prend sa source dans les montagnes de la Lozère, par 1 550 mètres d'altitude, et dévale sur les terrains anciens d'entre Bougés et Lozère, passant par le Pontde-Montvert, où il n'est plus qu'à 896 mètres. Il arrive ainsi jusqu'au confluent d'une seconde branche, le Tamon, venu du Sud, qui lui ouvre une échappée sur la conque de verdure où dort Korac (609 m.). Le Tamon arrive tout droit de l'Aigoual, château d'eau qui ruisselle des averses méditerranéennes. Le Tam s'insinue entre les grands Causses, sépare le Sauveterre du Méjan, s'encaisse entre des parois calcaires de plus en plus hautes à mesure qu'il descend lui-même, la surface du Causse restant horizontale, passe par Ispagnac, où lui arrive la belle source

Ui GARONNE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS

du Fesquier, qui double son omis et aimonce la série des grteses sources du calcaire. Fonts, Sorps, Sorgues, Divonnes, etc.

C'est à Ispagnac, par 500 mètres, que la xodie change de couleur et que le Tara entre dans son (^hbte « canon » pn^rement dit ; il s'enfonce entre le Serre de Pailfaos, à gauche (i 056 m.)j qui est un bastion du Méjan, et la Boissière de Molines (i 046 m.), à drtnte, qui s'attache au Sauvettrre ; la concordance des deux altitudes prouve la continuité de la table calcaire primitive coupée en deux par la vallée d'éiosi(m. Tout au f(md se blottissent, voyant peu le soleil, qui est pourtant le soleil du

FiG. 57. — LE TARN ET SES AFFLUENTS.

Midi, de minuscules localités, Saînte-Ënimie, où des bimiains vivent encore en tro- ^odytes, Saint-Cfaély, Pot:^nadoires, Frades, la Malène, escales de bateliers, coimues maintenant des touristes du monde entier qui font en barque la descente du Tarn.

De lieue en lieue débouchent de fortes fontaines vauclusiennes, font de Castelbouc, font de Burle, font de Coussac, où un pont aux arches élevées franchit le Tara, font des Ardennes, — ainsi survivent nos plus vieux mots celtiques, — laquelle se dédouble et se multiplie, lorsque, à la suite de pluies prolongées sur le causse, elle se dégoige par tous les trous d'alentour.

Le canon se rétrécit encore ; le batelier, qui souvent a dû mettre les pieds dans l'eau pour tirer la barque, annonce que l'on est aux a Etroits » ; puis on se trouve dominé par les parois éclatantes et menaçantes du cirque des Baumes, qui semblent toutes prêtes à s'écrouler ; une catastrophe analogue s'est produite jadis, un peu plus loin, au « Pas de Soucy », où le Tarn disparut sous un chaos de blocs.

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE

A la sortie des gorges^ au pont du Rozier^ près Peyrdeau^ le Tarn est à 375 mètres d'altitude^ ayant descendu 125 mètres dépuis Ispagnac. Il est désormais un cours . d'eau puissant) il est fort accru par la Jonte qui forme^ entre Causse Méjan et Causse Noir^ depuis Meyrueis, un autre canon grandiose^ — par la Dourbie, qui a creusé également un canon entre Causse Noir et Larzac^ et qui conflue à Millau^ à 368 mètres^ — par le Cemon — enfin par le Dourdou de Vabres^ qui baigne cette ancienne cité épiscopale et reçoit la plus belle source du Larzac^ la a Sorgues » larzacoise^ toute voisine de Saint-Affirique.

Dans les terrains anciens^ permiens et triasiques^ qui succèdent aux Causses^ les petits affluents ont tôt fait de rougir le dair flot filtré par le calcaire. Le Tarn se tord en des boudes^ dont la plus caractéristique^ celle d'Ambialet^ n'a que 12 mètres d'isthme pour 3 kilomètres de pourtour; enfin^ il forme des rapides dignes de torrents de montagne^ td ce Saut de Sabo que l'industrie a confisqué, que des digues ont noyé, et le long duqud, sur chaque rive, se rangent les laborieuses usines dites du « Saut du Tarn ».

Après ces gorges, le Tarn s'étale avec majesté, large de 120 à 150 mètres, et devient le fleuve de vraies villes : Albi (169 mètres), la splendide ville rouge, qui fut, du temps des « Albigeois », la capitale du Midi languedoden ; Gaillac, Lisle-d'Albi, Rabastens, Villemur, Montauban (84 m.), capitale du Bas-Querçy, Moissac, fière de son doître.

Le Viaur (rive droite), sorti de la Montagne du Pal (i 157 m.), paraît sur la carte un nudtre affluent par sa longueur de 153 kilomètres, mais, eau du gneiss et du micaschiste, il ne roule même pas 2 mètres cubes à l'étiage.

L'Aveyron, qui sépare le Causse du Comtal du Ségala du Rouergue, est un Viaur amplifié, long de 272 kilomètres, qui à l'étiage n'a que 5 mètres cubes ; il naît non loin du Viaur, à Séverac-le-Château, passe au pied de Rodez qui, du haut de sa pénéplaine, site de l'oppidum des Ruthènes, le domine de 100 m. Plus loin, il toume court vers le Sud, à Villefranche-de-Rouergue, pour rencontrer le Viaur à la Guépie. Villes historiques, châteaux, sites célèbres se succèdent : Najac, Saint- Antonin, qui sert d'écrin à son hôtd de ville. Penne, Bruniqud, Négrepelisse, jusqu'au débouché dans l'ample « Rivière » de Garonne.

A Lexos tombe, en aval du Viaur, un autre de ses affluents de gauche, le Sérou, qui passe à Carmaux, centre d'un bassin houiller, et au pied de l'incomparable vieille ville perchée de Cordes.

Si le grand affluent de droite est l'Aveyron, cdui de gauche est l'Agoût, long de 190 kilomètres, qui, comme tous ses affluents à lui, le Thoré, le Dadou,

LA OABONHE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS

se tord en plis et replis innombrables creusés dans les gneiss, granits et schistes andensj si bien que les villes s'écartent de ces grades profondes. Un de ces replis, celui de Roquecourbe, a une lieue de boucle pour cent mètres d'isthme. C'est à travers te Sidobre que T^^ût se roule et se déroule ainsi : plateau de 500 à 700 mètres, couvert de blocs aux fonnes Ëintastiques, de roches granitiques en forme de boules. L'août reçoit, peu en aval de Castres 0e camp romain, le < Castrum » par excellence), ville manufacturière, son affluent, le Thoré. Celui-ci, qui approdie Mazamet, centre industriel toujours très actif, a aussi ses

Hauteurs:

de O à.

de 200 à. SOO -

dcsûoniooa .

Fio. 58.

orifices, qui le boivent entièrement en saison sèche, ses « Gaunios » ou « Gaurios », près de Caucalières, où il s'enfouit en entier sur 800 mètres de long. Le Dadou entre, à Réalmont, dans une vallée tertiaire ample et cossue, où se trouve Graulhet. L'Agoût, qui est passé à Lavaur, rejoint le Tarn à Saint-Sulpice-la-Pointe.

LB LOT iT Le Lot est à lui seul un vrai fleuve, par sa longueur de

SIS AmraMTS 466 kilomètres, ce qui indique déjà Tampleur de ses méandres et de ses « cingles ». (Voir frontispice du présent chapitre.) H n^t au Nord de la Montagne de la Lozère, près de Villefort. A 731 mètres devant Mende, il est dominé par les escarpements du Causse de M«ide, puis il limite, vers le Nord, les Causses de Sauveterre et de Séverac, de même qu'il sépare plus loin le Causse de Limogne (au Sud) et celui de Gramat (au Nord) ; il reste ainsi longtemps caussenard, plus longtemps même que le Tarn ; de là il tient la beauté et la richesse de ses eaux, la transparence de son lit, que grossissent, sorties des entrailles du Causse, des sources magnifiques, la Lantouy, l'Eygue et surtout la Divonne de Cahors, ou Fontaine des Chartreux, la source « divine » entre toutes (Jîg. 58).

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE

Passé Mende^ le Lot s'est encaissé de plus en plus^ entre parois de 300 à 350 mètres ; il reçoit de Marvejols (640 m.) la Colagne^ qui^ issue de la Margeride, reproduit en petit la courbe de la Truyère. Il passe ensuite à des localités qui ont la même finale : Saint-Laurent-d'Olt^ Saint-Geniez-d'Olt, Sainte-Eulalie-de-Rived'Olt (« Rive » étant pris au sens de « Rivière m)^ Calmont-d'Olt, Saint-Vincent- Rive-d'Olt. Tous ces noms attestent une vallée ayant son individualité au creux du plateau, gardant, en guise d'un nom de «pays », celui du cours d'eau qui la féconde ; et le vieil et vrai nom du « Lot » est cet « Oit » (de même racine que l'Aluta, l'Oltu des Karpates roumaines).

Après Espalion (342 m.)» le Lot rencontre à Entraygues, par 240 mètres, le torrent de la Margeride, qui d'ordinaire triple son volume, la Truyère ou Trueyre. La Truyère passe sous l'arche unique du viaduc de fer de Garabit et contourne les monts d'Âubrac. Plus bas, c'est le Dourdou, dit Dourdou de Conques, parce qu'il coule au pied de la célèbre abbaye de Conques- La rivière sort des schistes pour rentrer dans les calcaires, où elle se dilate à son aise : là se montrent à nouveau, sur le Lot, « cingles » et méandres ; à chaque contour, veille une antique bourgade au pied de hautes roches, Capdenac, Cajarç, Saint-Qrq-Lapôpie ; à Cahors, le méandre a 5 000 mètres de développement pour 700 mètres de flèche ; c'est là que s'élevait l'ancien oppidum des Carduques, qui a dénommé le Quercy (Cahorsy), et c'est là que le Lot est firanchi par le superbe pont fortifié du quatorzième siècle, le pont Valentré.

En amont de Saint-Géry, le Lot a reçu le Celé, de Figeac, rivière indigente. Il décrit, après Cahors, des cingles de plus en plus amples (celui de Luzech, de 5000 mètres de développement, l'isthme n'en ayant que 100 à 150, celui de Puyl'Evêque, de 7 000 mètres de contour, l'isthme en ayant dix fois moins), et parcourt une vallée riche parmi les riches : passe par Fumel, Villeneuye-sur-Lot, Sainte- Livrade, Castelmoron, et conflue à Aiguillon, par 22 mètres seulement.

Capdenac sur son haut rocher et Luzech avec son Impemal et sa gracieuse Pistoule enveloppée par la courbe du Lot (J^. 59) cmt certes des droits à diq)uter au Puy dissolu la gloire d'avoir été llJxellodunum dont il est parlé dans les Commentaires de César.

LA OARONNB En aval d'Aiguillon, après le confluent du Lot, les petites

■■^*"°" villes avoisinent le fleuve, désormais plus sage. Ces villes, jadis prospères, avant que ne se fut propagé, comme une épidémie, le fléau de la dépopulation, se suivent à petite distance, coquettes et pittoresquement assises : Ton-

LA GARONNE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS

neins, la métropole du tabac, le Mas-d'^^enais, Mannande (24 m.), la Réole, CastetSt où cesse le canal lat^, Saint-Macaire en &ce de Langon, piiis les localités du Bordelais, 1» « châteaux » du Médoc, étiquettes &meuses des meilleurs parmi les crus de France.

D^à Ton sent Tappel de Bordeaux, assis en demi-cercle sur un méandre du

FlO. 59. — LUZBCH AVEC LA COLLINH DE LA nSTOtTU ENVELOPPÉE PAK LE « CIKGLB > DD LOT. (A. Upère.)

fleuve, d'où ses anciens noms de « Pwt de la Lime » et de « Fort du Croissant ». Les coteaux de la rive gauche s'efiacent et les Landes, plaines d'alîos et de sable, entrent en contact avec le courant ; tout le long de la côte du Médoc, des marais bordent le fleuve, ce sont les «Paliis » ; sur l'autre rive, au contraire, les falaises de craie se rapprochent et viennent border cette « Mer » effilée.

A Bordeaux Taspect du fleuve est devenu grandiose et, malgré l'importance de la ville, les ponts sont rares ; le pont de pierre, œuvre majestueuse, est l<mg de 484 mètres en dix-sept arches ; le poat de fer compte sept travées et unit Bordeaux-Bastide à Bordeaux-Saint-Jean. Le long du fleuve, les qiiais, les docks, les appontements se suivait sur les deux rives et se prolongent vers l'aval ; la guerre

de 1914-1918 et l'adjonction d'une base américaine ont doublé l'importance de l'ancien « port du Croissant » ; il avait été, au dix-huitième siècle, le premier de nos ports, lorsqu'il était l'entrepôt des marchandises à destination de l'Angleterre, des pays du Nord et aussi des « Indes occidentales », des pays du Nouveau- Monde.

Sitôt les ponts franchis, les <( Marais de Bruges », par leur nom, par leurs rigoles, par leurs damiers, rappellent le labeur patient des Hollandais de jadis. La Garonne, passé Bordeaux, est déjà une « Mer », — comme l'atteste l'appellation de « Pays d'Entre-deux-Mers », — elle se déploie en ondulations larges avant d'atteindre, à 25 kilomètres en aval, le Bec d'Âmbez, c'est-à-dire le Bec des deux fleuves, « Bec » désignant dans toute la France du Centre le confluent (Bec d'Allier).

U semble que la profondeur du fleuve doive augmenter avec sa largeur. Il n'en est rien, La Garonne est ensablée d'une part par les produits de la trituration des roches pyrénéennes ; les résidus de l'érosion se déposent là où la pente devient ' nulle, et le dépôt, la précipitation des troubles se font là où les eaux salées, d'une densité difiérente, viennent en contact avec les eaux douces. Elle est envasée d'autre ^ part par les impuretés qu'amène avec lui le flot de marée, boues de toute provenance et de tout calibre, et que le flot de retour, le jusant, ne ramène pas toujours avec lui. La Garonne est ainsi envahie par 2 500 mètres cubes de matériaux solides par jour sur ces 25 kilomètres (i).

Ces troubles, ces vases, ces « schlanuns » sans cesse en mouvement, remués et brassés par chaque marée, obstruent le chenal navigable, en diminuent de plus en plus la profondeur, parfois réduite à 5 m. 50, déplacent et encombrent les passes au fur et à mesure qu'on les aménage. C'est en vain qu'on a essayé d'obtenir un chenal constamment praticable en resserrant le lit, et en utilisant l'action du courant descendant; la marée, qui balaye en même temps qu'elle charrie, n'a plus pénétré aussi largement, et les alluvions malfaisantes, vases noirâtres, etc., se sont trouvées immobilisées, emprisonnées dans les points morts du lit corrigé. Les transatlantiques sont donc obligés de s'alléger à Pauillac, en attendant des travaux plus efficaces.

En aval du Bec, la Gironde grossie de la Dordogne s'épanouit largement, roulant en moyenne par seconde 1 100 mètres cubes d'eau douce ; ce volmne est faible en r^ard des 300 000 mètres cubes par seconde que le fleuve engorge à chaque flux

(i) Les efforts de sociétés actives, telles que le Comité de la Garonne navigable (ou du Sud-Ouest navigable), tendent à identifier l'origine des troubles et ces sociétés préconisent aussi le reboisement des Pyrénées.

LA GARONNE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS

et dégorge à chaque reflux. La largeur atteint 3 kilomètres et bientôt 8, lo^ jusqu'à II kilomètres près de Lesparre, pour se réduire à 4500 mètres en face de la pointe de Grave. C'est donc bien une mer que ce puissant estuaire, et Teau salée y prédomine sur l'eau douce.

Le confluent, le Bec, tend à se déplacer vers l'aval : une cluune d'îles tendent à se souder l'une à l'autre : île de Cuzeau (260 hect.), île du Nord (i 500 hect.) ; ces îles, îlots, grèves, barres se prolongent jusqu'en face de Pauillac... ;jm jour viendra où Garonne et Dordogne, larges d'environ 1 200 mètres chacune entre la chsune d'îles et la rive de terre ferme, ne s'imiront plus qu'à Pauillac.

Entre les deux rives, aucune ressemblance : la rive droite, qui s'incurve en un magnifique arc de cerde, entre Blaye (dont la citadelle, doublée du fort Pâté et du fort Médoc, barrait jadis l'estuaire), Talmont et Meschefs, est haute, dressée en fialaises blanchâtres de craie, au pied desquelles les alluvions régularisent peu à peu la courbe du fleuve ; à Royan, où s'attache la presqu'île d'Ârvert, on est en vue de la tom* de Cordouan, et la vaste mer Atlantique s'étale, entre la Pointe de la Coubre et celle de Grave. — La rive gauche, Médoc et Landes, est basse et plate ; ce sont toujours les « Palus », marais sans fin, restes d'un estuaire jadis plus large, conquis peu à peu sur l'eau ; le sol dénonce les dunes jadis mouvantes qui menaçaient d'engloutir Soulac, Soulac aux vents violents.

Trois passes sillonnent cette large embouchure ; celle du Nord, la plus creuse, convient mieux pour la sortie des navires ; celle du Sud sert pour leur entrée dans l'estuaire, par une des 161 journées claires dont les pilotes disposent sous ce cid trop souvent mouillé. A proximité de la passe du Sud est Le Verdon, tête du chemin de fer du Médoc qui a pu espérer un instant devenir le Saint-Nazaire de la Gironde ; il est placé en vue de la tour de Cordouan, borne et phare, sentinelle antique et lumière traditionnelle battue par les flots.

LA DORDOONE, Ce scndt faire injure à la Dordogne que de la cou-

la vÉztRE ET L'iSLE sidérer conune un simple afiËluent de la Garonne ; c'est un fleuve jumeau, débouchant dans l'estuaire commun, conune la Meuse et l'Escaut tians l'estuaire du Rhin.

A son origine, sur les flancs du Sancy, à i 720 mètres d'altitude, la Dordogne est d'abord une Dore comme les autres ; cette Dore chante sur les galets au pied de localités thermales, les bains du Mont-Dore, à 1000 mètres, la Bourboule, à 850 mètres ; elle se grossit du Chavanon qui lui imprime la direction Nord-Sud qu'elle gardera jusqu'à Bort. Là, elle bute contre un bloc complexe de phonolites

OÊOGIUlPHIE humaine de la FRANCE

issues des laves cantaliennes, qui soat découpées en prismes et en colonnades, les Oi^ues de Boit ; à Bort aussi elle boit la Rue ou Rhue de Riom-ès-Montagnes, qui, formée de multiples branches, Oamouze, Santoir^ etc., achève de la constituer. De longueur pareilles, 50 kilomètres contre 52, de bassin équivalentes, Dordogne et Rue égouttent chacune 100 000 hectares environ.

Les innombrables cours d'eau issus en éventail du haut ancien volcan oxiique du Cantal manifestent, dès la première inspection de la carte, l'origine de cet harmonieux relief (Jig. 60) : c'est tm type achevé d*hydr(^raphie de volcan. Les rivières.

FiG. 60. — LA IXMIOOGNB ET SES AFFLUENTS.

Sumène, Auze, Maronne, Gère et leurs nombreux tributaires, font un crochet au sortir de la zone des trachytes et des basaltes, lorsqu'elles atteignent les terrains plus anciens. Ces coudes ont permis des annexions dont la Dordogne a grandement profité, puisqu'elle recueille à elle seule la moitié des eaux cantaliennes (la Truyëre s'est aimexé les cours d'eau du versant Sud et Sud-est, continuant l'éventail jusqu'à l'Ander, qui coule au pied des basaltes de Saint-Flour ; il n'est resté à l'Allier qu'une branche imique, TAlagnon, qui s'édiappe à l'opposé de la Cèr^ soulignant un même diamètre de l'ancien volcan circulaire). Dans le lit même de chacune de ces hautes rivières cantahennes et de leurs moindres affluents, les eaux quittent ou franchissent les dures roches éruptives par une gorge comme le Pas de la Cère ou plus souvent enccnre par une cascade qu'on pourrait sans doute appeler d'un terme générique : « le saut du basalte ».

Dès lors, la Dordogne s'imprime dans la masse même du plateau cristallin, en

LA GARONNE, SES AFFLUENTS ET SES VOISINS

de noirs défilés^ dont les talus^ non plus redressés à pic, œmme les parois calcaires des Causses, mais escarpés pourtant, ont jusqu'à 200 et 250 mètres de creux ; ces gorges, encaissées dans les roches les plus dures, sont longues de 15 lieues, entre Madic et Âi^entat, et donnent à la Dordogne son vrai caractère de fleuve du

FiG. 61. —

LES PLATEAUX CALCAIRES QUI BORDENT LA DORDOGNE : DOMMB AU PREMIER PLAN,

VUE PRISE VERS LE SUD-OUEST. (A. Upère.)

Massif Central. Là, se cachent les confluents de multiples rivières et ruisseaux, drainant un pays humide, imperméable, riche en étangs et bien arrosé : à droite, la Diê^ d'Ussd, la Triouzonne, la Luzège de Meymac, la Doustre ; à gauche, venant du Cantal, la Sumène, TAuze mauriacoise, coulant en contre-bas de Mauriac et surtout deux rivières à gros débit, la Maronne, dont la riche vallée aux boeufs vigoureux est dominée par la célèbre terrasse de la promenade de Barrouze du vieux Salers, et la Cère, de Vic-sur-Cère, dont la branche jumelle, la Jordanne, passe à Aurillac (625 m.). La Dordogne contourne le Puy dissolu, îlot calcaire détaché du Causse par la vallée de la Tourmente, position très forte dominant la dépression des

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE

marnes du lias (voir p. 36) et qui peut prétendre avoir été le site de Toppidiun d'Uxellodunum (voir p. 166). Elle sort du Massif Central pour déboucher dans Toolithe, puis dans la craie, élargissant sans cesse ses méandres (méandfe de Codon, 5 000 mètres de tour pour 500 mètres de flèche), au pied de roches escarpées portant de rudes châteaux ou de fières bourgades, Domme, la Roque-Gageac, Beynac ; à Limeuil arrive la Vézère, souvent toute rouge après les pluies de la riche terre des coteaux où croissent les châtaigniers.

La Dordogne, dans cette part de son cours, s'est ouvert une vallée dont les couleurs et les formes ont une harmonie et une splendeur incomparables (planche VI)y tandis que de part et d'autre s'étalent les plateaux aux lignes douces du Périgord Noir (fig. 61).

La Dordogne a déjà descendu presque toute sa pente ; pourtant elle a encore des rapides à franchir, car peu de rivières en France ont un profil en long plus raide et

plus accidenté que cet émissaire du vieux Massif, relevé et rajeuni (fig. 62) ; les trois rapides de Lalinde l'abaissent de 8 à 9 mètres ; là cesse le <c Val de Dordogne » et commence la vaste plaine alluviale où elle

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