‹ Histoire de la nation française (volume 5)Chapitre 42 sur 64 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

PROVINCES ET PAYS

|A France est une; et dis les temps de la Gaule, surMut depuis la 1 décisive crise militaire et politique d*où sordt la Gaule romanisée, un certain nombre d'esprits ont eu la conception claire de cette unité. Entre la Manche, la Mer du Nord et le Rhin, entre l'Océan Atlantique et les Alpes, et bordée vers le Sud par le littoral méditerranéen et par la longue et haute masse des Pyrénées, une vaste étendue de territoire est apparue comme prédeistinée à devenir le théâtre d'action d'im grand peuple ; mais il fallait que ce peuple fût façonné en une nation qui fût capable, à son R)ur, de donner à tout cet ensemble de terres et d'êtres la cohésion de l'unité. ■

Tous les volumes qui suivront les nôtres seront destinés à raconKr comment a été acquise, conquise et maintenue cette puissance de cohésion. Ce n'est pas d'un

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seul effort que Tunité a été faite ; ce n'est pas d'un seul coup que la France atteignit sa majorité et rejoignit ses frontières naturelles. Laissons aux historiens ce qui est de rhistoûre; mais le retentissement de l'histoire profonde est encore marqué en géographie par la persistance non seulement de vieux noms, mais de tenaces réalités provinciales et r^onales qui expriment tout à la fois des portions du territoire et des fractions du peuplement.

Au cours de la guerre, les divisions administratives actuelles ont paru s'évanouir ; et du sol de notre France se sont levés, se sont dressés les noms et comme les personnes de nos <c provinces » : Flandre, Artois, Champagne, Lorraine, Alsace... Les départements étaient à peine mentionnés ; n'est-ce pas étrange que, durant les batailles, et dans tous les officiels « communiqués », personne ne songeât plus à dire « département du Pas-de-Calais » ou « département de Seine-et-Mame »? Avec quelle netteté, au contraire, ont paru ressusciter les vieux « pays » eux-mêmes que les géologues et les géographes avaient depuis quelques années retrouvés et remis en honneur, mais que tant de Français ignoraient ou vénéraient à l'instar de fossiles : Santerre et Soissonnais, Multien et Porden, Valois et Tardenois, Ai^ioone et Woëvre ! Ces expressions sont filles du terroir. Dès leur origine, pleines de sens, elles ont été pleines de vie ; et parce qu'elles furent pleines de vie, elles sont demeurées encore aujourd'hui pleines de sens (i).

« Province », « pays », « région »... ces trois mots distincts sont de plus en plus prononcés en toute occasion ; toutefois, pour leur malheur comme pour le nôtre, ils le sont trop indistinctement. Et pourtant des exemples significatifs indiquent assez qu'on ne peut pas les substituer l'un à l'autre : la Provence est par excellence « province », comme son nom l'illustre ; l'Aunis ou le Valois sont des « pays » dans le sens administratif qui procède du mot pc^y tandis que la Brie, la Sologne ou la Limagne ne sont des « pays » que dans le sens de r^ons ou unités physiques naturelles : ces deux sens du mot «pays », qui en certains cas peuvent s'appliquer en même temps au même territoire, ont causé bien des confusions. Mais voilà que le mot « r^on » luimême a pris un sens nouveau ; il ne s'emploie plus exclusivement pour désigner ces petites « régions naturelles » que sont les « pays » géographiques : les conceptions et l'heureuse propagande « r^onalistes » confèrent aux « r^ons » une signification très élargie qui en fait les équivalents de vastes circonscriptions <x provinciales ».

(i) Il est un géographe et géologue qui plus que tout autie a mis systématiquemeiit en valeur les c pays » et qui a toujours cherché à les expliquer sdentifiquement ; c'est ^bert de Lapparent, et notamment dans son livre la Géologie en chemin de fer, description géologique du Bassin parisien et des régions a^aeenteSf Paris^ 1888.

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L'on s'imagine enfin trop souvent que les « provinces », les « pays » ou les « régions » sont des zones inscrites sur la terre aussi nettement que peuvent l'être aujourd'hui nos départements sur une carte.

U existe en notre France des « provinces » historiques, dés « pays » traditionnels et des « r^ons » ou unités naturelles homogènes, mais tout notre territoire .ne peut être divisé en compartiments égaux ou analogues ; — mais il est très peu de c provinces », de « pays » ou de « régions » qui soient bornées de toutes parts par des frontières naturelles nettes ; — mais en troisième lieu les « provinces » et les a pays », entendus selon leur double signification historique et géographique, sont loin d'avoir été des unités immuables !

On verra, dans les volumes de V Histoire de la Nation française, comment a évolué la division territoriale et administrative de la Gaule, puis de la France. On a dtpvds longtemps reconnu telles et telles relations qui ont existé entre des « provinces », des a pays », des « diocèses » et des <x généraUtés », finalement entre des « généralités » et des « départements ». Mais combien tout cela fut complexe ! Il ne peut y avoir dans une telle constatation qu'une vérité générale ou approximative.

Le civitas ou cité nous apparaît bien comme ayant été en Gaule la plus ancienne division territoriale ; désignant surtout et d'abord un peuple ou nation, elle enveloppait du même coup le territoire occupé par cette nation. L'Eglise survint qui calqua ses circonscriptions diocésaines sur les cités; puis à l'époque franque les cités et diocèses se décomposèrent en pagi plus ou moins nombreux ; le pagus devint ensuite souvent un condtatus ou comté, et c'est sous cette forme qu'il survécut durant l'époque féodale. Par delà les comtés il est donc possible de reconnaître en bien des cas les pagiy qui, tout en ayant été multipliés ou divisés comme les diocèses, révèlent encore le plus souvent la marqueterie originelle des civitates.

Au vrai, « provinces » et « pays » sont des réalités, des réalités toutes traditionnelles, mais diverses et qui ont été soumises à des transformations grandes ou petites, surtout à des fluctuations de limites (i).

Il est des provinces qui sont demeurées jusqu'à l'époque contemporaine les héritières des « nations » gauloises et des « civitates » ou « dtés » gallo-romaines. Exemples :

(i) D'une étude récente de René Musset sur Le Perchêy nom de pays^ détachons la très juste conchision : « Le nom de Perche fournit un bon exemple de nom de pays dont la signification a varié avec le temps, n a d'abord été un nom de forêt ou de pays forestier; il est devenu un nom de pays à signification agricole, désignant un coin de terre se consacrant essentiellement à Télevage, par opposition surtout à la Beauce» pays de céréales par excellence ; il est en passe de devenir un nom de pays (assez mal défini d'ailleurs), à la fois agricole et conmierdal, s'appliquant à la contrée qui fait naître et vend au dehors le cheval de race percheronne. » (Annales de Géographie^ XXVm, 1919, p. 3590

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Le Poitou correspond à la « nation » des Pictanes ilt Rouergue exactement à la « dté » des Ruteni; la Touraine, avec précision et avec continuité, à la « nation » gauloise des Turanes et à la « dté » gallo-romaine, dvitas Turonum; le Maine à la a nation » des Cénomans; le Quercy à la « nation » des Cadurd; le Périgord à la « nation » des Peprocom; le Berry à la «nation » des Bituriges; le Limousin à celle des Lemovices; etc. Mais il en est d'autres et non des moindres qui ont une origine et qui ont gardé un caractère surtout politique : la Bourgogne, le Bourbonnais, la Guyenne ou Aquitaine, le Languedoc, le Dauphiné, la Normandie, TAlsace, la Lorraine... D'autres « provinces » enfin, en plus petit nombre il est vrai, n'ont été d'abord que des « pays », car elles sont nées des « pagi » : l'Âunis, pagus AUonensis; le Forez, pagus Farensis; le Sénonais, pcigus Senonicus; le Nivernais, pcfgus Nwemensis. U fisiudrait encore mentionner celles qui se sont fondues dans une province voisine plus puissante ou celles qui se sont divisées : c'est ainsi que, dès le troisième siède, de la dvitas Carnotum s'était détachée la dvitas AureUanensium qui était destinée à devenir plus tard l'Orléanais.

Les événements historiques comportent des changements de juridiction et de temporaire possession qui, pour chaque parcelle de la terre de France, rappellent les vicissitudes de la France elle-même.

Faut-il rappder id les belles études d'Auguste Longnon sur le Comté de Champagne? Autour des comtés primitifs de Troyes et de Meaux se sont agglomérées pendant trois sièdes nombre de sdgneuries ; au douzième siède, « l'ensemble tend à former un état compact », qui est le Comté de Champagne; à partir du treizième siède, sdon les expressions mêmes de Longnon, dans son Livre des Vassaux des Comtes de Champagne^ le Comté « fonne une des plus belles proviaces du Nord de la France et lui sert même pendant plusieurs sièdes de frontière orientale ».

Le Comté de Blois ou Blésois est-il une province ? Non, au sens propre du mot, mais il apparaît comme une petite unité distincte dès l'époque mérovingienne, lorsque la dvitas Camotum se subdivise en six « pagi » : Pincerais, Dreugesin, Chartrain, Dunois, Vendômois et Blésois auxquels correspondront plus tard les six archidiaconés du diocèse de Chartres. Sous les Carolingiens, Blois devint la capitale d'un pagus ou condtatus administré par un comte qui était un fonctionnaire royal amovible. Encore doit-on reconnaître, avec ceux même qui défendent le plus le prindpe de la fixité des provinces comme le vicomte de Croy, que le comté ne fut pas exactement superposé au pc^us. Mais voilà que beaucoup plus tard, en 1498, le comte de Blois devient roi de France et le comté entre dans l'unité française ; il conserve pourtant une certaine individualité au point de vue administratif et juridique; quoique

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dépendant du gouvernement militaire de l'Orléanais ou de la généralité et de Tintendance d'Orléans, il garde un bailli et demeure un bailliage, et Ton a pu dire, non sans vérité, qu'en 1789, le gouvemeur et bailli de Blois est le successeur des anciens gouverneurs et baillis du Comté; donc, bailli, bailliage représentent l'idée d'une certaine indépendance quasi-provindale.

Dans beaucoup de régions de notre France en croissance, la province a été surtout vivante sous la forme d'une coutume propre ; Êdt juridique et social très important et très significatif : la coutume est restée expression de la province, non pas simplement eiqiression verbale, mais expression réelle.

Pour nos anciennes provinces comme pour la France tout entière, il est donc permis de considérer qu'il y a toujours eu une sorte d'état de droit qui n'a correspondu que plus ou moins à l'état de fait.

La France a tendu vers ses limites qui sont celles de la Gaule, et même lorsqu'elle était incomplète ou lorsqu'elle fut mutilée, eUe voulait devenir ou redevenir la France de droit.

Le Comté de Nice, qui appartient géographiquement à la Gaule, appartenait féodalement à la Provence; en 1388, il fut rattaché à la Savoie. A partir de cette époque, il y eut, sdon les alternatives des guerres, une possession de fait tantôt par la Savoie, tantôt par la France. Le Comté de Nice fut repris notamment en 1747 par les armées françaises, puis, en 1792, il fut annexé sur sa demande à la France; mais, quoi qu'il fût advenu, il demeura toujours en droit une dépendance de la couronne de France, comme en font foi les traités sur les Droits du Roi. Il n'appartint pas à l'Italie, puisqu'il n'y avait pas dltalie. La Savoie et le Comté de Nice ne se sont pas seulement donnés à la France ; provinces françaises, elles ont saisi, — si l'on peut leur appliquer les vieilles expressions du droit monarchique français, — la première circonstance favorable vom faire retour à la couronne.

Sans être dupes d'une prétendue permanence du corps politique et historique de la France, nous avons donc le droit d'aflBrmer la permanence d'une France géographique en comprenant id que la géographie ne résulte pas seulement de l'ensemble de faits naturels, mais de cette combinaison des actions humaines et du travail humain avec les faits naturels, combinaison en toute vérité créatrice de faits nouveaux.

De même, sans être dupes d'une fausse permanence et fixité des provinces d'Ancien Régime, nous avons la liberté et le droit de considérer là plupart de ces étiquettes historiques comme adaptées à des parcelles authentiques de la France.

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Si la tradition des noms est, id ou là, restée très vivante, c'est que tout un œmplexe de vie profonde subsiste, sinon intégralement œnforme au passé, du moins œmme expression d'intime liaison entre ce passé et les possibilités du présent. Qui prononce aujourd'hui les simples mots « Provence », ou « Bretagne », ou « Lorraine », ou (( Rouergue », ou « Quercy »,.., éveille et réveille d'un seul coup des ensembles de souvenirs, de pensées, de coutumes, de passions et d'images correspondant à des séries séculaires de connexions humaines dont la synthèse est encore un £ût social, historique et géographique tout actuel.

Le seul tort que l'on avait eu parfois avait été de conférer gratuitement à ces divisions anciennes une sorte d'égalité géométrique, d'uniformité juridique, de développement logique et de pérennité mystique...

ESSAI DE GROUPEMENT GÉOGRAPmQUE Duraut tout le dix-huitièmc siède,

DES PROVINCES HISTORIQUES spiès que s'était opérée et qu'avait été

consommée la grande oeuvre de la centralisation monarchique, on vit renaître certaines aspirations provinciales, sous une forme à la fois très précise et matérielle d'une part, générale et presque mystique de l'autre. Ce mouvement d'opinion fut si fort qu'il aboutit en 1787, à la veille même de la Révolution, à la réunion des Assemblées provinciales. Dans les cahiers de 1789, ces revendications provinciales revêtaient le caractère de ce qu'on appellerait aujourd'hui des revendications « r^onalistes » ; et d'ailleurs elles ne paraissaient pas contradictoires avec le vœu général en faveur de l'unité.

C'était en un sens une protestation contre la centralisation excessive, et eb un autre une protestation contre la multiplicité et l'hétérogénéité des divisions administratives.

Le rapport présenté en 1789 par Thouret à l'Assemblée Constituante au nom du Comité de Constitution^ faisait ressortir la complication des diverses divisions territoriales de l'Ancien R^ime :

« Le royaume est partagé en autant de divisions différentes qu'il y a de diverses espèces de régimes ou de pouvoirs : en diocèses sous le rapport ecclésiastique; en gouvemements sous le rapport militaire; en généralités, sous le rapport administratif; en bailliages, sous le tappon judiciaire. »

Toutes ces divisions ne se superposaient point ; elles étaient emmêlées, et elles étaient d'étendue et d'importance très inégales.

Encore faut-il ajouter qu'en 1789, la principale division administrative était le ressort de l'intendance, que l'on a souvent assimilé sans réserves assez formelles à

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la généralité, c'est-à-dire au ressort territorial d'un bureau des finances, création du seizième siècle (i).

Ne correspondant avec précision à aucune de ces délimitations, et pourtant les exprimant toutes en un sens vague, le mot et la réalité vivante des provinces se d^ageaient ttmjours du vieux « magma » historique de notre ancienne France, — OMume ils le font du reste encore ai^ourdliui.

Lors du premier plan proposé à l'Assemblée nationale de 1789 par sonComitéde Constitution, les départements étaient inclus dans les provinces et portaient tous eux-mêmes d'andens noms de provinces, ou de

pays. Nous verrons (chapitre xin) qu'en &it, les divisions départementales, même celles qui furent en définitive adoptées en 1790 et qui durèrent depuis lors, contrarièrent beaucoup moins qu'on ne l'a dit les andennes divisions provinciales essentielles, et qu'au contraire on fit revivre ces divisions pour y insérer les nouvelles.

FiG. 117. — PREMIER GROUPE DB PROVINCBS : NOYAUX ATTKACTOS.

(i) ■ n en bieo vrai que les intendants ont été introduits dans les cadres dé}i existants pour l'admiaistration finaaciire ; mais il n'y avait pas toujours identité absolue cntic l'intendance et la généralité, puisque pat exen^le — on l'a souvent fait remarquer — le ressort de l'intendant du Languedoc con^renaît deux généralités, celles de Montpellier et de Toulouse. > (C. Bloch, la Nouvelle formation territoriaU de la France en 1789, dans Ui Divisions r^tenaUs de la France de la BiMiothêgue géniale dessdtnces

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE

La vérité c'est que, malgré les fluctuadons historiques, malgré les vicissitudes des lattachements ou des secdomiements politiques, il est un certain nombre d'ensembles provinciaux majeurs qui ont conservé ce que nous pourrions appeler une certaine continuité de personnalité, et cela jusqu'à notre siècle même.

Ce sont ces ensembles subsistants et persistants que nous pouvons r^arder, non plus comme des mutés, certes ! mais comme des âéments géographiques ; à ce titre, nous voudrions tenter de les grouper ici en quelques « familles gépgraphi-

FlG. Il8. — L8 FCHtT DB BOKMAtlX

ques ». Essai de classification selon des affinités à la fois naturelles et historiques, qui a pour nous la valeur d'une sorte de résumé synthétique.

Fkemibr groupe. — N<^aux attractifs : i, Ile-de-France; 2, Guyetme et Gas~ cogne; 3, Lyonnais, Forez et Bemgolms; 4, Tourainey Maine et Argou; 5, Alsace. (Tek sont les prédominants centres d'agglutination et d'influence politique ou éccmomique des p<^s de la Seine, des pt^s de la Garonne, des pays de la Saône et du Rhâne, des pt^s de la Loire et des pays gaulois du Rhin moyen) (voir le carton de la J^. x 17).

sociales, p. 2t.] — C'est Gabriel Hanotacx qui, dans sa thise sur Vlmtitution des Imendanu, a datrement montré le râle hors cadie de ces agents directs de la puissance royale : l'intendant de justice du seiaème siècle est devenu, par le développement et l'organisation de l'instinition, et sons l'iafluence âiergtque des Richelieu, des Colben et des Turgot, le grand Intendant des provinces au dix-septième et an «^-huitiènie siècle.

PROTIHGES ET PATS

1 . Ik-de-Prance (Paiis) . — Franda» Fzande, France, Ile-de-France ; dans le chapitre suivant, nous étudierons en détail les vicissitudes des noms et des divisions historiques qui se cristallisèrent dans cette r^on, de la Seine moyenne, de rOise et de la Mame, qui devint par excellence le centre d'attraction souverain sous la numarchie, comme sous la Convention, sous le r^ime impérial ounme sous les divers r^jmes républicains,

2. Gi^ernie-ei-Gascogne (Bordeaux, fig. ii8). — La « Guyenne-et-Gascogne » correspond à la grande unité naturelle du Bassin d'Aquitaine. La Guyenne propre

SOR U GARONNE. (A. Leptre.)

n*est autre que le Bordelais. Bordeaux exprime admirablement la puissance attractive qui s'est tout naturellement installée sur la Garonne inférieure, puissance attractive qui s'est manifestée jusqu'aux très lointains pays par Tennchissant commerce avec les Antilles et les Indes. Le gouvernement de « Guyenne-et-Gaso^e » en 1789 comprenait au Nord le Pér^rd et s'étendait au Sud jusqu'aux Pyrénées, figurant le vaste rassemblement des eaux qui du Nord et du Sud aboutit à l'estuaire de la Gironde. Mais l'ancienne Aquitaine, jusqu'au treizième siècle, s'était agglutinée paiement auu>ur de Toulouse sur la Garonne, &ce au seuil du Lauragais ; Toulouse, dès alors capitale bordière, a eu le sort de plusieurs de ces capitales de liaison j eUe est devenue capitale de la province voisine, le Languedoc.

3. Lyonnais^ Forez et Beatgoîms (Lyon). — Lyon, ville de confluent, a été très anciennement un centre gaulois de confluence humaine. C'est ensuite de Lycm,

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capitale des Gaules sous Auguste, que sont parties les fortes influences administratives romaines et que rayonnaient les grandes routes d'Agrippa ; le culte de Rome et d'Auguste avait comme centre Lyon, siège du Condlium GaïUanan; les diverses Lugdunaises se sont étendues jusqu'à la Manche avec Rotomagus (Rouen) et Augustodurus (Bayeux), jusqu'à la Loire inférieure avec Condivicnum (Nantes) et Juliomagus (Angers). Elles enveloppaient toute la Bretagne ainsi que toute la r^on centrale de la Seine avec Genabum (Orléans) et Lutetia (Paris) et la plus grande partie de la Bourgogne jusqu'à Bibracte et Langres. Nous ne confondons pas la réalité du pouvoir exercé avec l'extension du nom, mais cette extension est par elle-même très expressive. Le rayonnement de Lyon alla par la suite, et dès l'époque franque, en se restreignant beaucoup, mais le site du Rhône moyen et de la Saône inférieure a toujours conservé un intense rôle attractif (voir p. 25, 275 et 285).

Une part essentielle de l'influence rayonnante du Lyonnais lui vient de ses communications avec les régions supérieures de la Loire et c'est pour compléter cette signification que nous l'associons au Forez (ancien pagus Forensis avec Forum, Feurs) et au Beaujolais (originairement seigneurie de Beaujeu) avec lesquds il se trouvait uni en 1789 et avec lesquels le département de Rhône-et-Loire de la Constituante le maintint encore (i).

En souvenir du plus lointain passé, Tarchevêque de Lyon est aujourd'hui encore le primat des Gaules.

4. Taurainey Maine et Atgou (Tours et Angers). — Ces trois provinces forment un ensemble qui correspond au comté d'Anjou d'Henri Plantagenet (douzième siède) et au magnifique faisceau de rivières qui se réunissent dans la Maine pour aller se mêler aux eaux de la Loire (voir chapitre v).

Elles sont composées à l'Ocddent des terrains cristallins du Massif Armoricain, et à l'Est des auréoles secondaires du Bassin parisien. Elles s'étendent jusqu'à cette zone boisée et accidentée de l'anden saltus Perticensis^ vraie zone-limite correspondant à la province* du Perche (Mortagne) entre la Normandie et les pays de la Loire.

Anjou et Saumurois, Touraine (Duché-Pairie depuis 1356) et Maine (ancien comté, puis duché, puis province) ont la valeur d'une contrée de Loire qui a conservé sa personnalité et qui dans la géographie himtiaine de la France et du monde se marque encore par l'exceUence du parler français. La maison d'Anjou a figuré et nous rappelle le grand rôle politique qui fut dévolu à ces provinces et que la centralisation monarchique de la France en plein coeur du Bassin parisien a pu seule ralentir et éclipser.

(i) Sur les liens qui ont uni Lyonnais, Forez et Beaujolais, voir S. Charlety, le LyaimaiSy p. 5 et 6. {Lei Riions de la France de la Revue de Synthèse Mstorique^ Paris, 1904.)

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5. Alsace^Stashovang). — Entre les Vosges et le Rhin moyen, au cours si tumultueux et divagant, s'étend cette riche plaine de l'IU, où depuis le peuplement celtique s'est constituée une des plus nettes^des plus fortes et des plus permanentes agglomérations et agglutinations humaines. Un très remarquable historien alsacien a pu dire : «Depuis l'époque celtique, et sans doute antérieurement à elle, TÂlsace n'a cessé de constituer une unité ethnique. A travers toutes les vicissitudes de l'histoire, la conscience de cette unité est restée vivace. Elle s'est montrée indestructible (i). » Composée par excellence de petites unités très vivantes, sous la forme de républiques municipales, elle est « retournée (2) » à la France de Louis XIV, comme à celle de la Révolution, comme à celle de 1918, avec l'enthousiasme des peuples maitreis de leur sol et maîtres de leur sort, parce que toujours maîtres d'eux-mêmes. De Strasbourg, née, à l'exemple de Lutèce, d'une antique association de pêcheurs et de mariniers, installés sur les bras de l'Ill, partirent les premières initiatives hardies qui tentèrent de dompter le Rhin sauvage pour en fidre la magnifique route d'eau internationale qu'il est devenu maintenant. Strasbourg, la ville des « routes construites », a été et est de plus en plus un centre économique très important. D'autres dtés moindres,- Mulhouse notanmient, ont exercé sur le monde entier une influence industrielle et sociale éducatrice. Au milieu de toutes les tempêtes historiques qui ont partagé et sectionné de toutes manières et dans tous les sens l'Europe du Rhin, le bloc alsacien, bloc humain garanti à l'Ouest par le revers raide de ses montagnes et à l'Est par la zone inondée du grand fleuve violent, a « tenu » avec une fixité bien faite pour provoquer l'étonnement.

Deuxième groupe. — Provinces-carrefoursy provinces de semlsy situées aux passages entre les grands bassins natureby c^est-à-dire r^Ums prédestinées à la circulation et donc au lointain rayonnement^ soit intellectuel et religieux^ soit politique et commercial : i, Poitou^ SaintOÊf^e et Angoumois; 2, Lar^uedoc; 3, Bourgogne (et Nivernais); 4, Champagne; 5, Picardie (et Artois) . (Grandes abbayes de Ugugé^ de Saint-Hilaire^ de Saint-Guilhem duDésertydeMc^uelonneydeCluny^deClairvauXydeCtteauXydeFonrfro^ Satm-Vulfrany de Royaumont, etc.. Grandes foires de Champagne... Rôle politique de Poitiersy de Toulouse^ de Dijon^ de Reims et d"" Amiens.) (Voir le carton de làfig. 119).

(i) J. FlacHj VAme alsacienne et le retour de r Alsace à la France (Revue des sciences politiques^

15 juin 1919» P- 377).

(2) Cette expression était déjà celle du professeur Blessig, célébrant en 1781 ce « retour » « pour l'entrée joyeuse de Strasbourg dans le deuxième siède de la prospérité et de la paix dont elle jouit sous le gouvernement de la France ».

GÉOGRAPHIE HUHAIHE DE LA. FRANCE

I. Poitou, Samtonge et Ar^oimois (Poitiers, Saintes et Angoulême). — Le Poitou, ancien diocèse, puis comté, puis grand gouvernement, se éon^K>sait dedeuz parties :

l'inqxntante r^jon de circulation entre les contrées de la Loire et' l'Aquitaine que nous appelons aujourd'hui seuil du Poitou et le Bas-Poitou &it de bocages et de marais et qu'on appelle maintenant la Vendée. La principale route passe

FiG. 119. — OEUnÂME (UtOUPB : PKOVItlCES-CAKItEFOURS. ^ qq^ JOUTS VSX

Poitiers et Angoulême; TAngoumois est comme la partie méridionale du seuil;

mais autrefois, dans la Gaule romaine et durant le moyen

âge, les routes du Poitou se dirigeaient au Sud-ouest vers

la Saintonge : les pèlerins des chansons de geste allaient

de Saint-Hilaire de Poitiers à Saint- Jean-d'Angély et à

Saint-Eutrope de Saintes. Saintes est riche de belles

ruines romaines ; elle est justement fière d'un grand passé.

I^ Saintonge correspond à la nation gauloise des Santoms

qui se divisa en deux dvitates gallo-romaines : chitas Sartr-

tortum, devenue diocèse de Saintes, et civïtas Ecoîismemium

devenue diocèse d'Angoulême. C'est dans cettt zone de

grand passage « moitié Nord et moitié Midi » (G. Hanotaux)

que Qovis remporta la victoire décisive de Vouillé sur les Fig. 120. — un foubtin :

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