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CHAPITRE XIII

LA DIVISION EN DÉPARTEMENTS i ORIGINES, PRINCIPES, CRITIQUES

■A France est le seul pays du numde dont la division administrative ait 1 été étalement changée à une date précise, et dont toutes les appellations officielles aient été dérivées de Ëùts de géographie physique.

En réalité, les résultats finalement consacrés par les Lettres patentes du Roi du 4 mars 1790, sur décrets de l'AssenéUe Nationale des 15 janvier^ 16 et 26 février 1790 ordonnant la ^vision de la France en quatre-vingt-trois départemenis, ont été en un sens plus révolutionnaires, et en un autre sens mcnns novateurs que les Constituants de 1789 ne l'avaient d'abord voulu.

Cette dépendance historique dans laquelle se trouvent les hommes vis-à-vis de ceux qui les ont précédés se vérifia d'une manière indirecte mais manifeste. Pour établir la nouvelle division de la France, on commença par consoUder et même par reconstituer la division en provinces. En 1789, certaines provinces comme le P^gord, le Quercy, le Rouergue, n'avaient plus d'autonomie administrative ; dans leurs études pré^bles, les Constituants les rappelèrent à la vie ; de mêm^ ils s'efTorcèrent de d<mner à celles qui subsistaient encore une définition et des délimitations

GÉOGRAPHIE HUHAINE DE LA FRANCE

fixes qui ne correspondaient pas toujours, certes, à la situation immédiatement antérieure (voir chap. xi).

n est donc curieux de reproduire id la liste authentique des provinces telle qu'elle nous est présentée par ce document historique que soatles Lettres paterttes de 1790 :

Provence.

Dauphiné.

Franche-Comté.

Alsace.

Lorraine, Trois-Ëvêchés et Bartob.

Champagne, Principauté de Sedan, Carignan et Mouzon, Philippeville, Marienbourg, Givet et Charlemont.

Les deux Flandres, Hainaut, Cambrésis, Artois, Boulonnais, Calaisis, Ardrésis. Isle de France, Paris, Soissonnois, Beauvaisis, Amiénois, Vexin fiançais.

Normandie et Perche.

Bretagne et partie des Marches communes. Haut et bas Maine, Anjou, Toxiraine et Saumurois. Poitou et Pays des Marches communes.

Orléanois, Blaisois et Chartrain.

Berry.

Nivemois.

Bourgogne, Auxertois et Senonois, Bresse, Bugey et Valromey, Dombes et Pays de Gœ. Lyonnois, Forez et Beaujolois.

Bourbomuns.

Marche, Dorât, haut et bas Limousin.

Aigonnois.

Aunis et Saintonge.

Bordelois, Bazadois, Agénois, Condomois, Armagnac, Chalosse, Pays de Marsan et Landes.

Quercy.

Rouage.

Basques et Béam.

Bigorre et Quatre- Vallées.

FiG. 145. — DEVANT U CATHÉDRAU D'AimiN. <A. Lepète.)

Ui DIVISION EH DËPARTEMSHTO

Couserans et Fobc.

Roussillon.

Languedoc, Comminges, Nébouzan et Rivièie-Verdun.

Velay, haute et basse Auvergne.

Corse.

Ain8i,roidienoiiveau,in£mepour le boulevetser de fond en comble, prétendait s*appuyer sur l'ordre ancko.

n y a mieux : les noms qui avaient été proposés lors des pre^ miers travaux du Ckmdtè de Constitutim en 1789, loin d'exclure les n(»iis de provinces, semblaient destinés à les conserver au mépris même de la commodité. Non seulement certains départements avaient un nom double, Laomtms-Soissonruds, Aums et Samtortge. Landes et Chalosse, ou tripla mais le d^)arttment qui devait Être plus tard œlui de l'Ain portait même le nom quadruple de Bresse-Biigey- Val Romey et Gexy et celui qui devait être plus tard le I^-de-Calais s'appelait département de VArtois-Boulotmais-CaJaisis et Ardrésis!... Dans une seconde phase, les noms des départements furent empruntés tantôt aux anciennes provinces, tantôt aux principales villes telles qiie Strasbourg, Colmar, Toulouse ou Carcassonne. Ce ne fut que le 26 février 1 790, lors de la présentation du rapport de Pinttiville-Cemon, que le système nouveau de ncnnenclature administrative apparut en somme dans toute sa rigueur (i).

(i> Voir le mànoire présenté à TAcadéinie dea scteooes mondes et politiques iCom^e-rendu, 2* semestie 1917, août et septembie) par I^ul MeuiiioTi sous k titre : Pourquoi et eommem furent dénommées le% dramscriptiont départememales.

FiG. 146. — DIJON : UN DES ASGBS DD FUtTS DB MCASB DE CLAUS SLUTER. (A. Upère.)

GÉOGRAPHIE HUMAINE DE LA FRANGE

C'est lui qui devait triompher.

Ceux qui ont ainsi élaboré la division de la France en d^)artements ont eu l'ambition audacieuse^ mais très louable^ de faire oeuvre géographique en désignant toutes les nouvelles circonscriptions d'un nom nouveau indépendant de celui du chef-lieu et issu d'une réalité physique, fleuve, montagne, rivage ; ils ont pris, selon la belle expression de Mirabeau^ les vocables nouveaux dans la nature même (i). L'un des plus ardents défenseurs du système, Dupont de Nemours, disciple de Turgot et physiocrate comme lui, a été fidèle à ses principes en s'efforçant de constituer par là ce qu'il appelait « le grand terrier de France k La Constituante a donc fait à la France, par ce baptême révolutionnaire de géographie physique, une physionomie de géographie politique homogène qui n'appartient qu'à elle.

Il ne peut pas ne pas être important pour l'histoire et pour la géographie de notre France de reproduire, diaprés les documents originauxy le tableau de la division du royaume avec l'indication des chefs-lieux et évêchés ainsi que des provinces auxquelles correspondaient les

ÉVÊCHÉS

DÉPARTEMENTS

CHEFS-LIEUX

diffèrenu des

PROVINCES

chefs-lienz.

DePAin.

Bouig.

BeUey.

Bresse, Bugey, Dombes.

De TAisne.

Laon.

Soissons.

Isle-de-Franoe, Picardie, Soissonnois.

De l'AUier.

Moulins.

Bourbonnois.

Des Hautes-Alpes.

Gap.

Embrun.

Dauphiné.

Des Basses-Alpes.

Digne.

Provence.

De r Ardiche.

Privas.

Viviers.

Languedoc, Vivarais.

Des Ardennes.

Sedan.

Champagne, Principauté de Sedan.

De TAriège.

Foix.

Pamiers.

Foix, Couserans.

De l'Aube.

Troyes.

Oiampagne.

De l'Aude.

Carcassonne.

Narbonne.

Languedoc.

De rAveyron.

Rodez.

Rouergue.

(i) C'était une modification importante. Avant la Révolution, on disait la « généralité de Chilons » et non la « généralité de Champagne » ; on eût pu désigner les départements par leur chef-lieu, comme sont désignées par exemple les provinces de Tltsilie par leur capitale (voir pour tous ces faits le mémoire déjà cité de Paul Mburiot). Et c'était une noble tentative, en vérité géographique, que de trouver des noms entièrement neufs pour tous les départements : Morbihan, Cantal, Haute-Manie, Allier, Somme, Jura, etc. ; mais, sans parler même des changements et retouches qui furent nécessaires, on peut s'étonner que des noms malheureux ou dangereux aient subsisté et subsistent encore : un département qui s'appelle Loir-et-Cher paraît comme éliminer le fleuve le plus important qu'est la Loire ; un département de la Gironde, chef-lieu Bordeaux, entraine l'erreur si fréquente qui consiste à laisser supposer que Bordeaux

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