, LE ROI SUR SON TRONB
Maunce Dans est un excellent histx)xien. D^pri» une csumpe ïadeone. a- paHssou.)
iSTOiBi DIS Mais il allait écrire aussi une histoire des Sciences et de
CES la philosophie scientifique en France, puisqu'une telle œuvre consacrée à ce magnifique sujet n'existe pas davantage.
La variété et la complexité des sujets est tdle, que nous devions, id encore, recourir à plusieurs collaborateurs. Ce que la France a ^t dans tous les ordres de la production sdaitifique est inimaginable. C'est une trame continue, remontant à l'antiquité et qui reste sur le métier, mrâne aux époques les plus sombres.
L'Université de Paris sauve d'abord les traditi<His ; mais, bientôt, elle les transforme, les développe et son enseignement ouvre les voies de la vie moderne. La plus puissante des facultés humaines, l'intuition, jette, sur les mystères de la vie, des
regards si profonds que Ton oserait presque dire que le moyen âge français a tout pressenti s'il n'a pas su tout démontrer.
Cest à relever ce fil ininterrompu pendant des siècles que se sont appliqués nos collaborateurs scientifiques.
Qui le croirait? Il n'existe aucun ouvrage d'ensemble sur les mathématiques, sur l'astronomie, sur la physique et la chimie, les sciences naturelles et la médedne, en tant que méthodes et découvertes firançaises.
Ces exposés, nous les of&ons pour la première fois au public.
M. Emile Picard a bien voulu nous guider de ses conseils pour le choix de nos collaborateurs et la haute direction du travail.
HISTOIRE DES SCIENCES MATHÉMATIQUES PURES ET S'il s'agit dcS ma-
ASTRONOBnQUES PAR M. PIERRE BOUTROuz thématiques, Viète et
Descartes sont les maîtres du choeur. Au dix-huitième siècle, d'Alembert, Monge, Laplace ; au dix-neuvième, Cauchy, Hermite, Henri Poincaré, n'ont été dépassés par personne. M. Pierre Boutroux, qui écrit cette histoire des sciences mathématiques et astronomiques, résume en quelques lignes la part prise par la France au progrès de ces sciences fondamentales : « Â l'origine des deux grands mouvements de pensée qui, dans l'ordre mathématique, se produisent l'un au milieu du dix-septième siècle, l'autre au début du dix-neuvième siècle, nous trouvons Viète et Descartes, Cauchy et Lagrange, tous des Français... Peut-être est-ce parce que les mathématiciens français ont eu une tendance constante à réfléchir sur les principes de la science^ à justifier leurs innovations en les rattachant à des principes clairs et satisfaisants pour la raison... fi Ces paroles de M. Pierre Boutroux sont toute une philosophie, la philosophie de la lumière et du bon sens.
HISTOIRE DES SCIENCES PHYSIQUES Daus l'ordre des sciences physiques,
PAR M. CHARLES FABRT M. Fabry, examinateur à l'École Poly-
technique, rattache ingénieusement la science abstraite à la pratique de l'artisan. Il n'y a de science que de la réalité ; l'abstrait, c'est le concret réfléchi. Descartes, Pascal, Ampère, Camot, Curie sont des noms incomparables. Les progrès de la technique ont été constants entre les mains ingénieuses du laborieux Français. L'histoire de la physique, comme cette science elle-même, se tiendra fermement sur le sol ; elle proclamera, à chaque page, la fusion des éléments longtemps séparés : la pensée abstraite, l'expérimentation, les arts et l'industrie. Elle ouvrira les portes de l'avenir par un aperçu sur les conditions actuelles de la recherche en France.
INTRODUCTION
HI8TOIRI DBS SCIENCES CBL. La chimie française^ c'est Lavoisier. La
aoQUEs PAR M. coLSON coiiception magistrale qui fut la siemie et qui dénoua le mystère de la nature est celle du poids : la matière pondérale et l'action des impondérables, tout est là. Mais la production des corps par les vitaux et les êtres vivants restait mystérieuse : Dumas, en séparant la notion de molécule de celle de Tatome, en déduisant d'^périences admirables la théorie des fonctions chimiques et celle des substitutions, montra l'influence prépondérante des notions abstraites sur le développement rationnel et rapide d'une science aussi concrète et vivante que la chimie organique. Les conceptions de Pasteur sur la constitution de la molécule matérielle s'ajoutent à celles de Dumas; les méthodes biologiques, les vues perçantes d'un Berthdot, l'intervention des impondérables, la matière radiante, les applications de la chimie à la métallurgie, tout cela crée une immense spirale qui va toujours s'élargissant et à laquelle l'esprit lucide et pénétrant du Français n'a cessé de travailler. D'autres ont leur part, leur large part, mais pourrait-<m supprimer, sans nuire à la vérité et à la science elle-même, celle de la France? C'est par la darté, la hardiesse et la justesse des concepticms que l'homme peut percer le mystère des choses vers les deux infinis : l'infiniment grand et l'infiniment petit. Or, ces dons sont éminemment français. M. G)lson, par une vigoureuse réaction contre des empiétements savamment calculés, rendra au travail français l'héritage qui lui appartient.
ARAGO (D'après David d'Angefs.)
HisTomE DES SCIENCES BioLO- M. CauUery, professeur à la Sorbonne,
oiQUEs PAR M. CAI7LLEBT traitera de VHistoire des sciences biologiques.
Bernard Palissy, Buffon, Lamardc, Cuvier. Oaude Bernard, Bichat et leurs élèves conduisent la France droit à Pasteur. M. CauUery dégagera, pour chaque grande période, les conceptions dominantes, les évolutions graduées, l'action des hommes de génie, la collaboration constante de l'intelligence et de l'enthousiasme, parmi des polémiques parfois animées et toujours exdtatives. « L'esprit français se manifeste surtout par l'élaboration de la méthode expérimentale disciplinant l'invention », telle est la conclusion de M. Caullery. Elle signale ce sens du précis, du pondéré, du réfléchi, du raisonnable^ qu'est si éminemment, dans cet ordre d'idées comme dans les autres, la qualité maîtresse des savants français.
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PHILOSOPHIE DES 8CIENCB8 FAK M. La sdcDce est uœ philosoptûe,
ÉBOLi EovTEOvx ET H. RENIE iiOTE c'est-à-cUie quc la connaissance des lois de IWivers et la subordination à la volonté du Créateur sont seules conformes à la place que tient l'homme dans Tordre général des choses. Un examen de codsdence philosophique est donc nécessaire pour achever l'histoire des sciences, ne serait-ce que pour constater combien l'homme est grand et combien il est petit.
Cette partie si délicate de notre œuvre a été confiée, pour l'histoire intellectuelle et morale du moyen âge, à M. &nile Boutroux, de l'Académie française, et pour r^>oque moderne, à M. René Lote.
Le grand nom de M. Emile Boutrouz, sa doctrine de la « Contingence des lois de la nature » étaient en quelque sorte indispensables à notre œuvre. Seuls, ils lui donnaient ce haut caractère de maturité et de tolérance auqud nous agirons. Auprès de Témde de M. Bédier sur les Chansons de Geste, le morceau dû à la plume de M. Emile Boutroux pose, en termes définitifs, le problème des origines : les origines de la civilisation européenne sont méditerranéennes, latines et françaises. Sans l'Université de Paris, le hen sans doute eût été rompu. M. Emile Boutroux définit, ainsi qu'il suit, Tesprit de cette Université et de son enseignement : « C'est un esprit de vie, de raison, de bon sens, de mesure, de vérité qui anime ces hommes et les domine à travers cette passion générale de la dialectique qui risque de réduire la pensée à une pure mécanique logique. Us ne veulent pas seulement croire et ordonner leurs croyances ; ils veulent saisir Vaccord qui doit nécessairement exister entre la vraie foi et la saine raison; car l'une et l'autre viennent de Dieu. Ils veulent être des hommes complets et développer harmonieusement leurs diverses Ëtcultés. » Pour la période moderne, j'ai &it appel À la science ordinale et à la vaillance intellectuelle de M. René Lote qui, dans son livre publié avant la guerre : Du Christianisme au Germamsmet avait dévoilé œrtaines xisurpations grossières des impé- DBscARTGs. (D->près une estampe ■ndeiiK.) iialismcs euvahisscurs. Nous l'avons prié
INTRODUCTION
d'offiîr à nos lecteurs ce redressement des choses que réclament la vérité et la justice, alors qu'une longue entreprise insidieuse les avait &ussées. On verra à la lecture de son livre qu'il a pleinement réussi.
Nous n'oublierons jamais, quant à nous, que la science, comme la civilisation tout entière, sont universelles et appartiennent non à une nation en propre, mais à toute l'humanité. Nous cultivons le champ paternel, oui. Mais il est ouvert à tous les horizons, il reçoit toutes les influences, le passant peut goûter ses fruits. La France ne connaît ni science secrète, ni philosophie hermétique, ni « culture » jalouse, ni nationalisme aux fils de fer barbelés.
Notre Histoire de la Nation française ne serait pas digne du noble sujet qu'elle traite, si elle ne s'était montrée, toujours et partout, équitable et informée, si elle n'avait su reconnaître et proclamer les titres de tous ceux qui ont bien mérité de l'humanité. De même qu'elle réclame en faveur de la romanité contre les excommunications majeures des retardataires de la civilisation qui l'injurient après avoir tout reçu d'elle, de même qu'elle proteste contre l'oubli dédaigneux dont la « science moderne » accablait les puissantes années créatrices et élaboratrices du moyen âge, de même elle cherche la loi de la future civilisation dans un accord loyal de tous et non dans la chicane des polémiques acerbes et des dédains réciproques, dans ces querelles d' « intellectualités » d'autant plus hostiles qu'elles sont plus bomées. Car, qu'advint-il, en somme, de ces « supériorités élues », de ces droits des « surhommes » et des « surpeuples », de ces consécrations « eugéniques » des races supérieures?... Tout cela aboutit finalement, par l'orgueil d'un Nabuchodonosor, au rut barbare, au saccage brutal, à la ruine, à la catastrophe par « organisation », à la honte impuissante, à la défaite.
Nous continuerons, quant à nous, à avancer, sous la pluie et sous le soleil, dans le droit chemin du bon sens, de la tolérance et de la charité. Un pour tous, tous pour un, telle est la devise de la France parmi les peuples. Notre Pascal a déterminé dans une pleine clarté cette loi de notre histoire : <c La multitude qui ne se réduit à l\mité est confusion ; l'unité qui ne dépend pas de la multitude est tyrannie. » Ainsi nos grands esprits avaient trouvé, dès l'âge classique et en plein siècle de Louis XIV, la voie que devait suivre le peuple de France et que suit la démocratie firançaise.
Nous ne chercherons rien autre ni rien de plus : la liberté dans l'ordre, l'indépendance dans le respect réciproque.
Ce peuple a travaillé pendant de longs siècles pour se donner à lui-même et aux
autres une ligne de conduite, une direction supérieure applicables à tout le genre humain, en un mot, des mœurs. Parmi les di£Scultés d'une si longue entreprise, il a touiours avancé vers le but qu'il s'était proposé, avec la conscience qu'il ne l'atteindrait jamais. Le btm sens le guide, la mesure le r^e, la foi le soutirait. Car il connaît aussi ses limites ; limites intellectuelles, limites sdentifiqiies, limites morales. Telle est, en somme, la œnclusion de ttiute philosophie : o Connais-tei toi-même », c'est-à-dire « Sois modeste ! »
La France du vii^tième siècle, qui est devenue — et peut-être à cause de cela — la France de la victoire, est arrivée à cette inclusion qui soutenait ses grands hommes dam leur oeuvre onnme elle a soutenu ses bonshcnnmes dans la tranchée : « Persév^ et supporte ! Endure ! il le fout ! » Elle a obtenu cette expérience et cette sagesse, — après de nombreuses crises et révolutions douloureuses, — par un ccmtrôle constant sur soi-même, par la critique de sa pensée et de ses actes, en un mot par l'autorité que la raison sait prendre sur la passion.
La France a beaucoup réfléchi à sa propre histoire et c'est ainsi, par un enseignement intérieur secret mais de tous les instants, que les lentes élaboraticms se sont accompHes dans le pays de saint Louis et de Jeanne d'Arc, de Descartes, de Corneille et de Richelieu.
C'est l'histoire de ces élaborations que je voudrais indiquer maintenant en un rapide coup d'odl jerë sur les annales de la Nation française.