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DE PREMIÈRE IMPORTANCE

de Paris, avaient le privilège du commerce depuis le pont de Mantes jusqu’aux ponts de Paris, et ce privilège était sanctionné par la confiscation de la marchandise indûment transportée. Le monopole de la Hanse parisienne se heurtait à celui de la Compagnie normande, et cette rivalité dura plusieurs siècles. Charles VII le fit cesser en supprimant les privilèges des deux groupements. Le volume du trafic par voie d’eau était considérable ; sur la Loire seule on transportait au quatorzième siècle pour neuf millions de francs de marchandises

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Diverses mesures furent prises pour améliorer les conditions de transport par mer quand la Méditerranée et l’Océan devinrent des routes maritimes de première importance. La marine française fut, nous l’avons indiqué, l’objet des préoccupations de Charles V. Elle compta jusqu’à deux mille matelots avec deux cents vaisseaux. Des ports furent aménagés, des phares édifiés, des chantiers de construction furent ouverts.

Les formes anciennes du crédit. Le crédit devait être un puissant JUIFS ET lombards stimulant pour l’activité commerciale ;

mais dans le système du marché fermé, le crédit commercial ne pouvait jouer qu’un rôle insignifiant, comme le capital lui-même. Le moyen âge, sous l’influence d’Aristote et de la loi évangélique, s’en tint longtemps à la proscription absolue du prêt à intérêt. Toutefois, avant même que les nécessités économiques aient donné naissance au crédit commercial, certaines circonstances importantes, telles que les guerres ou les expéditions lointaines du genre des Croisades, forcèrent un grand nombre de personnes à chercher des capitaux disponibles, pour remédier à une situation difficile ou pom se procurer des fonds liquides. A côté des seigneurs, les rois durent faire appel aux ressources des riches particuliers pour combler les vides du Trésor. Aussi, de bonne heure, apporta-t-on des tempéraments dans la rigueur de l’interdiction du prêt à intérêt, en accordant des facilités spéciales à certaines catégories sociale, particulièrement aux juifs et aux Lombards.

Nous avons déjà eu l’occasion de signaler l’activité des juifs dans le bassin de la Méditerranée, sous les premières dynasties. Tracassés dès la fin du neuvième siècle, ils avaient dû quitter Lyon vers le douzième siècle depuis cette époque, on les rencontre dans les villes du Midi, où l’on fut toujours très accueillant pour eux. Montpellier, Bordeaux et quelques autres cités du Nord-Ouest leur accordaient des lettres de naturalisation en raison des services rendus au commerce local. Dans le reste de la France, au contraire, la royauté les traita en ennemis du royaume, bons tout au plus à fournir des ressources extraordinaires. Philippe Auguste et saint Louis ordonnèrent la saisie générale de leurs biens. En 1306, Philippe le Bel prescrit d’inventorier et de vendre meubles et immeubles appartenant aux juifs ; on fit remise à leurs débiteurs des intérêts dus et le roi fut substitué aux créanciers. Les services rendus par les juifs à la bourgeoisie devaient être cependant réels, puisque Louis le Hutin, faisant état de « la clameur du peuple », recormut leurs anciennes créances, en se contentant d’en attribuer les deux tiers au Trésor royal.

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Les Lombards avaient également été attirés dans les régions méditerranéennes par le commerce de banque et le change. Ils avaient été amenés à quitter leur pays à la suite des troubles qui éclatèrent dans les cités italiennes au treizième siècle. C’étaient des Italiens d’Asti, de Florence, de Sienne, de Venise qui avaient appris des Grecs les opérations de crédit qu’ils perfectionnèrent. Certains s’établirent à Cahors, et l’on désigna les banquiers du nom de Cahorsins.

Un Cahorsin, Raymond de Salvagnac, finança la guerre des Albigeois et plusieurs d’entre eux avaient des rapports suivis avec les milieux bancaires d’Angleterre et d’Allemagne. Les Lombards ne restèrent pas localisés dans les viUes du Midi, on les trouve à Lyon, dans la vallée du Rhône et de la Saône. A Paris, en 1284, il y avait dix-neuf Lucquois. L’objet de l’activité des Lombards est considérable et revêt des formes multiples. Organisés le plus souvent en compagnies, ils ne se contentent pas des affaires de banque ; ils font le commerce de gros, et de transit, achètent et revendent les vins et les produits pharmaceutiques, les huiles et les objets d’art. Ils pratiquent l’assurance, le prêt sur hypothèque comme sur nantissement, ils sont commissionnaires en transport, collecteurs d’impôts, monnayeurs des papes et des princes. Ils commanditent même les grandes entreprises politiques et militaires. Ils élaborent, d’abord dans la pratique, puis dans la théorie, les premiers éléments des règles de droit commercial et du change. Le jurisconsulte français Toubeau écrira, dans ses Institutes de droit consulaire ; « Il y a à Gênes, la Rote, dont les juges sont appelés auditeurs, qui connaissent des affaires de commerce. C’est à cette cour que nous devons les décisions sur les plus grandes et les plus belles questions que nous avons dans les matières consulaires. » Le banquier florentin Monche dirigea les finances de Philippe le Bel pendant la première partie de son règne. Les rapports des Lombards avec les villes, les seigneurs, les rois, dépendent des circonstances et du besoin que l’on a de leurs services. On leur accorde des droits de bourgeoisie, on leur donne des sauvegardes particulières, on les exempte d’impôts, l’année d’après on les rançonne, on les chasse, on les emprisonne. En 1277, en 1291, le roi ordonne d’arrêter tous les Lombards résidant en France ; en 1311, il prononce leur expulsion ; ils attendent la fin de la bourrasque et recommencent leurs opérations. Par l’ingéniosité de leur esprit et la souplesse de leur caractère, autant que par la multiplicité de leurs ressources financières, les Lombards finirent par s’imposer à la société française du moyen âge. A la suite d’alliance avec les familles des villes où ils étaient établis, ils se fondirent avec la race française et contribuèrent à l’éducation financière des grandes familles de Lyon et des villes du Midi.

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Le ROLE DES MONASTÈRES L’Églisc, nous l’avons vu, avait eu pour doc- EN MATIÈRE DE CRÉDIT constaute la prohibition du prêt à intérêt.

Elle se préoccupa, néanmoins, de bonne heure, avec sa souplesse habituelle, de rechercher des modes de crédit qui ne tombent pas sous le coup de cette interdiction et ne comportent pas les risques inhérents à ce procédé, tout en constituant pour les communautés religieuses un mode de placement sûr et fructueux. Les

MOULINS SUR BATEAUX (D’après une enluminure, début du xiv” siècle).

monastères employèrent successivement deux formes particuHères de crédit, rengagement immobilier et V achat de rentes.

L’engagement immobilier ou mort-gage était une sorte de nantissement, conférant au créancier le droit de percevoir, à titre d’intérêt, les fruits de la chose donnée en gage, une terre en général, le montant de la dette n’étant pas, par suite, diminué de ce fait. Ce procédé fut employé par tous ceux qui désiraient se procurer, passagèrement, des fonds disponibles, en raison de circonstances imprévues. Les seigneurs, partant pour la Croisade, y avaient largement recours ; ils y trouvaient un double avantage, celui de tirer de ce moyen des ressources immédiates, et celui

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de se décharger, momentanément, de la gestion de leurs biens. Les abbayes, d’autre part, y cherchèrent un emploi avantageux de leurs capitaux disponibles, et même un mode d’acquisition de biens fonciers, les débiteurs se trouvant, dans des cas nombreux, dans l’impossibihté de restituer les fonds empruntés.

Ce placement fut abandonné par les abbayes à partir du treizième siècle. Il avait été condamné dès le douzième par l’Éghse, qui y voyait une forme de prêt de consommation. Un nouveau mode de crédit, /’acAat de rente, tout en présentant les avantages du contrat d’engagement, leur fut préféré parce qu’il offrait le caractère de perpétuité, et qu’il échappait à la prohibition prononcée par l’Eghse. Les progrès de la mise en culture du sol et l’accroissement de valeur de la terre eurent pour conséquence de faire de la rente foncière un objet de transactions, indépendamment de la terre ellemême. Les monastères avaient, à cette époque, des capitaux mobihers disponibles provenant des économies réahsées

et des libérahtés qui leur étaient faites. Ils en employèrent une part importante à l’achat de rentes, dont le taux était d’environ lo pour loo, taux sensiblement inférieur à celui du mort-gage. Les vendeurs de rentes étaient de petits cultivateurs qui durent utihser les capitaux ainsi obtenus à acquérir du matériel agricole, des animaux de ferme ou de labour, lorsque le retour de la sécurité et de la prospérité qui en découlaient leur donnèrent la possibihté de transformer leur exploitation et d’en accroître le rendement. M. Génestal a pu comparer les abbayes à de véri-

LE TEMPLE AU XVIIie SIÈCLE

(D’après une estampe de la Bibliothèque Nationale).

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tables banques agricoles qui ont mis à la disposition de la classe des petits exploitants des possibilités importantes de crédit.

L’insécurité des domiciles privés, à une époque de luttes incessantes entre particuliers, poussait les individus à mettre leurs fonds en lieu sûr. Or, les églises et les monastères restaient, en principe, et presque toujours, en fait, inviolables.

L’usage de faire des dépôts dans les sanctuaires fut tellement répandu qu’un concile de l’année 1253 dut en limiter l’importance.

Nul ordre ne montra plus d’ingéniosité dans l’art de réunir et de gérer les dépôts que celui des Templiers.

Le rôle des L’ordre du Temple, institué au douzième siècle pour pro- TEMPLiERs téger les pèlerins contre les infidèles, fut récompensé des services \ rendus à la chrétienté par des donations considérables et des privilèges importants

qui tournèrent son activité vers des fins temporelles. Les Templiers ne se contentèrent pas de posséder des biens immobiliers dans divers pays, notamment en France : ils se spécialisèrent dans le rôle de dépositaire des fonds qui leur étaient remis par les papes, les rois, les particuliers. Ils eurent ainsi, à leur disposition, une quantité énorme de capitaux provenant de toutes les parties de l’Europe, ce qui leur permit d’organiser un véritable crédit international, rôle qui fut encore renforcé par le financement des Croisades et la part prise par le Temple, dans le développement de nombreuses villes du bassin de la Méditerranée. Dans les « Temples » de Paris et de Londres s’accumulaient argent et joyaux, et la confiance des déposants était méritée autant par le caractère inviolable des locaux que par les qualités financières des réceptionnaires. Il existait dans les Temples des coffres personnels et nominatifs auxquels ü n’était pas permis de toucher sans un ordre formel. Cependant certains clients permettaient aux chevaliers de l’Ordre le fibre emploi d’ime partie des sommes qu’üs leur avaient confiées. Les opérations de trésorerie les plus délicates étaient faites pour le compte des rois, des princes, des dignitaires laïques et ecclésiastiques. Encaisseurs d’impôts pour le compte des rois de France, ils eurent à diriger la recette et la dépense, à répartir les fonds entre divers pays, et l’on peut dire qu’ils jouaient un rôle analogue à celui du mouvement général des fonds du ministère des Finances, dans le présent. Les Templiers faisaient pour les particuliers des encaissements de ville à ville et même de nation à nation. Les Croisades leur avaient donné l’occasion d’organiser les transports de fonds, à la suite des armées. Ils généralisèrent les déplacements d’argent, en assurant effectivement, par des escortes, la sécurité des capitaux, ou en multipliant les

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lettres-missives de place à place. Les Templiers ne furent pas seulement des banquiers. La royauté leur confia la garde de la livre type, c’est-à-dire de l’étalon monétaire.

La puissance financière de l’Ordre causa sa perte. Il est certain que les Templiers oublièrent trop facilement leur caractère religieux pour exercer avec avidité le commerce de l’argent. Il semble qu’ils aient été surtout victimes de l’envie qu’excite la richesse étalée sans retenue. D’autre part, les besoins d’argent de Philippe le Bel furent trop bien servis par la condamnation des Templiers pour que son rôle ne puisse faire l’objet de soupçons au moins vraisemblables. La royauté, bénéficiaire de l’extinction de ses dettes à l’égard de l’Ordre, profita en outre de la saisie du numéraire déposé dans les locaux du Temple, et de la jouissance des revenus des immeubles appartenant aux chevahers. Le roi réclama même des sommes importantes aux hospitaliers qui avaient recueilli les droits et les obligations des Templiers. Quoi qu’ü en soit, l’influence qu’ils exercèrent en faveur de l’extension des opérations de banque et de la diffusion des procédés de crédit leur assure une grande place dans l’histoire du crédit en France.

Les nouvelles formes du crédit commercial. Parallèlement à ces divers LES foires de change efforts pour asseoir et géné¬

raliser la notion de crédit, nous avons à enregistrer maintenant une tendance nouvelle, plus particulière aux opérations commerciales. Saint Thomas s’est montré moins absolu que la doctrine aristotélicienne, dans la condamnation du prêt à intérêt. Sans doute le prêt est illégitime lorsqu’il a pour effet d’assigner une rémunération pour le simple usage d’une somme d’argent, mais s’il a pour conséquence de causer un dommage au prêteur, de l’empêcher par exemple de faire un emploi productif de son capital, il ne soulève pas les mêmes objections.

D’autres docteurs, comme saint Antonin, saint Bernardin, s’appuyant sur cette idée, démontreront que l’argent consacré à des réalisations économiques est, contrairement à ce qu’enseignait Aristote, une somme qui fait des petits, parce qu’elle a permis de créer un outillage d’où découle une production matérielle constante. La commandite qui comporte la remise d’un capital destiné à des opérations commerciales ou industrielles, moyennant la participation au profit né de ces opérations, fut considérée comme licite, et les Lombards facilitèrent, grâce à elle, l’achat de troupeaux ou de terres aux propriétaires fonciers, fournirent dans les ports des sommes qu’on employait en prêts à la grosse, financèrent des entreprises de toutes sortes.

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Ils élaborèrent la technique juridique de ces différentes formes d’association. Et c’est dans leurs travaux qu’iront puiser nos théoriciens et juristes du seizième et dix-septième siècles.

Après ces précisions, on comprendra que Sombart, dans son étude sur le Bourgeois, ait pu soutenir que la doctrine des Pères de l’Éghse a été Time des causes de la formation de l’esprit bourgeois, ce qui est exact en ce sens que la pratique de la commandite favorisa la formation de l’épargne.

A ces procédés s’ajoutaient les subterfuges utüisés pour éluder les mesures prohibant le prêt à intérêt. Le plus souvent on inscrivit dans les contrats le total du capital et des intérêts, comme si le tout avait été intégralement prêté ; ou bien encore on stipule une amende pénalisant un retard, et celui-ci était censé toujours se produire. Les rois, et notamment Philippe le Bel, sanctionnèrent ces pratiques ingénieuses.

Les foires, dites « de change » et notamment les foires de Champagne, dont nous aurons à indiquer plus loin l’importance comme centres de transactions, apportèrent un perfectionnement notable aux usages commerciaux et en particulier aux modahtés de crédit.

On trouve tout d’abord, à l’occasion de la vente des marchandises dans les foires, des apphcations nombreuses du contrat de commande, un marchand confiant à un mandataire un capital en espèces ou en marchandises pour qu’il le fasse fructifier au mieux. De même l’usage du courtage et de la commission s’introduisit de bonne heure dans les marchés et se généralisa, les courtiers jurés jouirent même d’un véritable monopole.

L’exécution des contrats conclus dans ces conditions était assurée d’une manière très ingénieuse, notamment quand ces contrats étaient faits sous forme de lettres, devant des notaires spéciaux et scellés par les gardes des foires. Cette obhgation était garantie par ime hypothèque privilégiée, par la responsabilité sofidaire de tous les associés, et par la saisie de la personne et des biens des fugitifs. M. Huvelin a montré que cette réglementation était le point de départ de la première législation française sur la failfite.

La validité des prêts à intérêts consentis fut admise d’une manière expresse ou tacite; pour les foires de Champagne le taux maximum de l’intérêt était de 15 pour 100.

Les règlements de comptes nous permettent de constater les progrès réalisés par le crédit commercial. La première question à résoudre à propos de ces opérations était la question monétaire. Les paiements rapprochés se faisaient à quinze

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jours de date et on a supposé, à juste titre, que ce délai était utilisé pour le change des monnaies. Les pièces étaient en effet très nombreuses et d’une manière générale on acceptait toutes les monnaies, celles des différentes provinces, les monnaies spéciales de foires ou étrangères. Il était donc indispensable d’avoir recoins à des changeurs qui tenaient boutique à des emplacements déterminés. Les tables, tapis et balances des changeurs leur servaient d’enseigne; les changeurs ' étaient recrutés parmi les Lombards, les Cahorsins et les Juifs étrangers. Le commerce du change, d’abord libre, fut ensuite étroitement réglementé ; les changeurs jouissaient d’un privilège qu’ils achetaient, fort cher, au roi ou aux seigneurs.

Les achats et les ventes de marchandises étaient conclus sur place, mais les affaires à terme étaient fréquentes. Dans ce cas les prix étaient réglés, plusieurs semaines après, à des époques fixées par les intermédiaires qui centralisaient les règlements d’opérations faites en foires. A celles de Champagne, un délai supplémentaire de quinze jours était prévu pour la conclusion des affaires à terme, après le règlement des affaires au comptant, qui durait également qumze jours. Au bout d’un mois on « abattait » les échanges, c’est-à-dire qu’on démolissait les boutiques et qu’on enlevait le matériel des changeurs. Les marchands, débarrassés du souci des paiements, pouvaient ainsi se consacrer uniquement à leurs transactions.

Les lettres de change circulaient dès le treizième siècle ; c’étaient des ordres de payer, soit au tireur même, soit à X... ou à son représentant, en un certain lieu une certaine somme. Peu à peu l’usage se forme de désigner comme lieu de paiement un des marchés jouissant d’une grande vogue. Les foires devinrent ainsi des places de change. Il faut toutefois observer que les lettres ne sont pas susceptibles d’endossement ; cette possibilité ne fut utilisée que plus tard, mais dès 1297, ainsi que l’a indiqué M. Jules Valéry, les traites royales contenaient toutes les énonciations de la lettre de change moderne.

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La compensation semble avoir été pratiquée, au moins d’une manière rudimentaire, à la même époque. Les foires de Champagne, puis celles de Lyon, contribuèrent à introduire cette pratique par l’usage des paiements des effets de change en foire. Les changeurs centralisaient les lettres de change et opéraient les règlements par compensation entre leurs clients, les différences seules donnant heu à des versements de numéraire. Afin d’éviter les complications de remise de numéraire, les intermédiaires imaginèrent de créer une monnaie de compte à laquelle on ramenait les valeurs de toutes les monnaies.

Les opérations de règlements de compte furent portées à une perfection plus grande, lorsque la ville de Lyon hérita de la prospérité du marché champenois, grâce aux négociants florentins qui avaient fusionné avec les familles de la locahté. Elle eut des loges de change^ organisées sur le modèle des institutions de Florence ou, en petit, sur celui du Banco de Venise.

Au quinzième siècle, les changeurs de Lyon pratiquèrent surtout leurs règlements à l’aide de véritables lettres de change, titres se suffisant à eux-mêmes, pouvant dès lors circuler de mains en mains et alimenter les opérations d’un marché dont la principale activité était faite par les règlements d’affaires de vente et d’achat, non seulement de la place de Lyon, mais encore de toutes les foires du royaume et de l’étranger. Aux quatre foires, des Rois, de Pâques, d’Août et de la Toussaint, les banquiers réglaient les comptes de leur chentèle internationale, en recourant à des procédés de compensation très perfectionnés qui comprenaient outre des compensations directes dans lesquelles les dettes et les créances s’équilibraient à peu près, des compensations indirectes, avec emploi de virements et de change de retour pour régler les soldes.

Les MANIFESTATIONS DE L’EXPANSION COMMERCIALE. Après avoir aualysé

LE GRAND COMMERCE ET LES FOIRES jgg causes du mouvemeut

commercial et indiqué les moyens qui ont permis à ce mouvement de s’esquisser, il reste à en exposer brièvement les principales manifestations. Les marchés urbains ordinaires, avec leur réglementation étroite, se prêtaient mal au développement du grand commerce. Celui-ci a trouvé jusqu’au quatorzième siècle un débouché essentiel dans les foires, et les influences internationales dont nous avons vu l’importance vont pouvoir agir pleinement dans ce nouveau domaine. Parmi ces foires, celles de Champagne, grâce à leur situation géographique, qui les plaçait au centre des grands courants commerciaux, et à la politique libérale des comtes de Champagne, furent pendant longtemps sans rivales.

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Les marchands des diverses provinces de France et des principaux pays étrangers accouraient à la foire de mars de Provins, ou à la foire chaude de Troyes. Les gardes des foires et le chancelier veillaient à ce que chacun fût logé convenablement. Chaque pays ou même chaque ville avait sa halle distincte et sa rue ; il y avait la maison des Allemands, celles des Lombards, des Lucquois; les marchands de Montpellier,

PROVINS AU XIV® SIÈCLE (D’après une gravure ancienne).

comme ceux de Rouen, de Genève, de Lerida, ceux de Douai comme ceux de Qermont, avaient leurs boutiques et leurs hôtels. Les consuls et les capitaines des foires prenaient en main les intérêts de leurs concitoyens.

Les foires de Champagne duraient six semaines ; pendant les huit premiers jours, on déballe les marchandises, on installe les boutiques; une procession solennelle attire les bénédictions du ciel sur les transactions. Commence ensuite la vente des draps, c’est-à-dire des étoffes : soieries d’Itahe, cotonnades du Nord, toiles d’Allemagne, étoffes de laine de Flandre et de Picardie. On la cesse au cri de Haro poussé par les sergents, et les jours de cordouan lui succèdent. C’est alors le tour du cuir.

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façon « maroquin » importé d’Espagne, des peaux, des fourrures. Pendant toute la foire, les marchands « d’avoir de poids » offrent leurs marchandises, ce sont toutes celles qui se vendent au poids : les matières premières comme le fer, l’acier, le bois, le charbon, la laine ; les métaux, or, argent, pierres précieuses ; les remèdes médicinaux comme la rhubarbe, les matières colorantes comme le safran, la garance, les condiments, les épices, et les objets d’alimentation, depuis les viandes sur pied jusqu’aux vins et légumes. Après les transactions, viennent les règlements de comptes, puis on refait les ballots, on les charge sur les voitures et les bêtes de somme et les caravanes regagnent leur pays d’origine.

Le caractère international du commerce, à l’époque que nous décrivons, est mis en rehef par la physionomie de l’industrie drapière française. Cette industrie fait venir en grande partie sa matière première d’Angleterre et la Hanse de Bruges- Londres, qui comprenait quatre places françaises, avait été instituée pour organiser les achats en Angleterre. Si nous examinons la vente des produits fabriqués, nous constatons que les petites localités comme les grands centres de fabrication travaillaient pour l’exportation. Celle-ci était destinée non seulement aux foires de Champagne par l’entremise d’un comptoir de vente, la Hanse des dix-sept vüles, mais à toutes les provinces de France, à tous les pays d’Europe et même à diverses contrées d’Orient : on trouve des tissus d’Arras dans tout le bassin de la Méditerranée, en Algérie, en Espagne, à Venise, à Florence, à Naples, en Palestine, en Syrie ; on en trouve également en Allemagne, en Autriche, en Angleterre.

Aussi les foires de Flandre jouirent-elles d’une renommée imiverselle pour la diffusion des produits de l’industrie textile du Nord, Bruges, Ypres furent le siège de foires importantes et, d’une manière générale, les foires flamandes profitèrent du déclin des foires de Champagne.

A côté de ces centres commerciaux d’une puissance exceptionnelle, il faudrait mentionner un grand nombre d’autres également prospères. Nous avons cité déjà la foire de Lendit pour la région parisienne et la foire de Beaucaire qui réunissait les marchands de tout le bassin méditerranéen.

Les marchands en gros, dénommés « merciers » à partir du quatorzième siècle, allaient de foire en foire vendre les produits les plus divers. Ils formèrent des associations groupant les marchands de plusieurs provinces. A leur tête était le « roi des merciers » qui avait des pouvoirs de police et de juridiction sur toute ime circonscription. Ces associations avaient surtout pour but d’assurer la sécurité du commerce. La corporation des merciers jouissait d’une situation sociale qui donnait à ses membres un rang de priorité dans les cérémonies officielles et religieuses.

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y E COMMERCE Lcs Croisadcs avaient exercé une influence profonde sur MARITIME \q trafic de la Méditerranée et des courants commerciaux considérables s’étaient établis entre l’Orient et l’Europe méridionale. Des villes comme Narbonne, Arles, Marseille sont des entrepôts de produits d’Orient, surtout de produits de luxe, parfums, teintures, épices, pierres précieuses, soieries, tapis, objets d’art, armes, etc. Des rapports continus se créent avec l’Italie commerçante, qui envoie ses Lombards enseigner l’art du commerce et de la banque. Les routes du Rhône et de la Saône firent communiquer l’Orient et l’Europe du Sud avec l’Europe occidentale et les nombreuses foires qui jalonnent cet axe nord-sud sont la preuve de l’interpénétration des régions du Nord et de celles du Midi.

Parmi les viUes méditerranéennes, Montpellier mérite une mention spéciale. C’était un centre librement ouvert à tous les genres de commerce et aux trafics de tous les pays. Cette viUe exportait des draps, des cuirs, de la coutellerie, de l’orfèvrerie, échangeait les produits d’Orient contre les laines de Flandre, les toües d’Allemagne ; elle était unie par des conventions commerciales avec les villes du littoral et même avec les pays du Levant. Montpellier, Maguelorme et Lattes avaient des relations suivies avec Alexandrie et Tunis.

La guerre de Cent ans eut sur le trafic commercial des conséquences dont certaines subsistèrent après le retour de la paix et de la sécurité. Les foires de Champagne déclinèrent, celle de Lyon ne les remplaça qu’imparfaitement. L’interruption des communications, par terre, entre la Méditerranée et la Flandre eut pour effet de créer un courant commercial, qui s’affirma de plus en plus, par la voie de mer, c’est-à-dire par l’Atlantique. L’Océan prit dès lors une importance inattendue ; des Espagnols et des Portugais fondent des comptoirs en divers points de la côte. D’autre part, Bruges, qui est à l’extrémité de cette route nouvelle, jouit d’ime grande prospérité et l’Angleterre profite également de ce déplacement des communications. Bordeaux est en rapports constants avec cette dernière ; La Rochelle était en relations avec les vüles hanséatiques. Elle vendait aussi des vins en Angleterre. Nantes y envoyait des fruits, des poissons et le sel des marais de Bretagne. Rouen recevait des produits de la basse Seine et des campagnes fertiles de ses environs qu’elle vendait au delà du Détroit.

Les nouvelles sources de la L’activité économique tournée vers le né- RicHEssE, JACQUES CŒUR goce et le commerce de l’argent devait tenter les esprits hardis, riches d’ambitions et dépourvus de scrupules. Jacques Cœur sut utihser les besoins du roi Charles VU et les possibilités offertes au commerce mari-

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time pour fonder une grande fortune qu’il employa à regagner, à la France, la place que la guerre de Cent ans lui avait fait perdre sur les marchés étrangers. Ses vaisseaux emportaient, vers le Levant, les produits de l’industrie drapière et rappor-

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