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LA POINTE DE SILEX

Époque chelléenne.

LA FORMATION DU MILIEU ÉCONOMIQUE AU TEMPS PRÉHISTORIQUE

pierre polie, qui marque le début d’une civilisation nouvelle, la pierre reçut des utilisations que nous ne pouvons préciser. Des tranchets, des pics sont fabriqués avec le

silex ; des pointes de lance ou de flèche à pédoncule et barbelures, des couteaux, des perçoirs, des grattoirs, des scies. Le polissage, qui indique tm progrès important dans l’utilisation de la pierre, était destiné à rendre plus aigu le tranchant des armes et plus lisses les surfaces latérales. Il se faisait soit à l’aide de polissoirs à main, soit avec des polissoirs fixes. Le progrès matériel de fabrication dénote une civilisation avancée, un degré d’organisation sociale qui est attesté par des faits nombreux. — On a trouvé en divers points du territoire des ateliers véritables de fabrication d’instruments en silex, avec des galeries et des puits de mine pour l’extraction de la matière première. Tantôt il s’agissait de productions variées, tantôt de productions spécialisées dans l’élaboration d’un ou plusieurs t5rpes, nettement définis : haches taillées, pointes de flèche, etc. En général ces ateliers étaient établis dans les centres ou près des centres d’extraction, mais la règle n’avait rien d’absolu et l’on en constate parfois l’existence dans des régions dépourvues de la matière à travailler. L’habileté de la maind’œuvre sédentaire peut expliquer l’origine de ces centres. Les ateliers du Grand- Pressigny (Indre-et-Loire) atteignaient douze kilomètres de longueur, et Pon a retrouvé, jusqu’en Belgique, des lames originaires de cette localité. — Dans PArdèche également, on a recueilli les traces d’un centre d’exportation de pointes de flèches qui étaient vendues au loin.

La FABRICATION DES OBJETS A CÔté du travail HACHE-MARTEAU

EN os ET EN BOIS ^e la pierre, il faut Silex poli.

. . -1,1. 1 • J (Musée Rollin à Autun).

Signaler la fabrication d objets en os et en bois de renne

ou de cerf, qui atteignit sa perfection à l’époque magdaléenne. L’arrivée d’ime population de nègres, chassés de l’Afrique australe par la formation des déserts, expliquerait l’évolution du travail des armes et des objets usuels. Parmi les produits les plus caractéristiques, il faut citer les harpons barbelés, employés pour la pêche des gros poissons et utilisés sans doute également pour la chasse ; des sagaies et des propulseurs pour en faciliter le lancement. Ils remplaçaient, dans une certaine mesure.

HACHE EN PIERRE POLIE ET GAINE EN BOIS DE CERF Largeur : 14 centimètres.

(Musée Rollin à Autun).

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les arcs inconnus alors, et on trouve aujourd’hui des types similaires de ces objets chez les Esquimaux et les Australiens. On rencontre aussi des vestiges d’instruments dont la destination reste indéterminée, mais qui témoignent d’une grande dextérité dans la fabrication, tels ces bâtons de commandement en bois de renne, et mille produits en os ou en corne qui dénotent un perfectionnement surprenant dans le travail, étant donné les outils rudimentaires dont on disposait.

La plupart des objets dont nous avons signalé l’existence ont un rapport étroit, soit avec la défense de l’homme proprement dite, soit avec la chasse ou la pêche, qui étaient pour le primitif la source principale de l’alimentation. La nécessité aidant, il parvint à être parfaitement armé pour tous les genres de chasse ou de pêche. Il connaissait la pêche au filet comme la pêche à l’hameçon ; d’autre part il fut amené à chercher les moyens de remonter le cours des rivières et l’on a trouvé des pirogues creusées dans des troncs d’arbre.

L'époque pastorale Mais l’homme ne resta pas uniquement chasseur et

pêcheur, il ne tarda pas à devenir pasteur. A l’époque néolithique, la domestication de certains animaux est un fait accompli. Parmi ceuxci figurent le chien, le cochon, la chèvre, le mouton, le bœuf. — D’autre part, l’existence sédentaire qui a suivi la vie nomade rend possible la culture de certaines plantes utiles à l’alimentation et à laquelle les femmes durent se consacrer plus que les hommes, comme ceci est constaté dans les tribus des primitifs que nous pouvons encore observer. En premier heu, il faut citer la culture des céréales : le blé, l’orge, et l’on a trouvé des vestiges de la fabrication du pain, le grain étant broyé avec des meules à bras. L’homme connaissait également certains fruits, tels que les fraises, les pommes, les poires. Des ustensiles retrouvés dans les fouilles font penser qu’il savait utihser le laitage et préparer des fromages.

L’homme n’a pas seulement besoin de se nourrir, il doit songer à se vêtir, dès que les circonstances atmosphériques l’y obfigent et l’on sait que le climat des époques moustérienne et magdaléenne était très rigoureux. Nous sommes mal renseignés sur le vêtement de l’homme primitif. Le filage et le tissage étaient connus à l’époque néolithique, c’est là le seul fait certain ; d’après les découvertes faites en Suisse, on peut supposer qu’il existait de véritables tissus de lin et de laine, mais on en ignore la provenance. On peut affirmer aussi que l’homme savait utiliser les peaux pour se vêtir ; dès la période moustérienne, des outils tels que les racloirs servaient à la

POINÇON EN OS Époque magdaléenne.

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préparation des peaux ; d’autre part, dès que l’on sut travailler l’os, on se servit d’aiguilles munies d’un chas, pour coudre les vêtements de cuir, les tendons de renne étant utilisés comme fil.

Il serait inexact de penser que nos ancêtres, tout au moins à l’époque néolithique, menaient une existence misérable, dépourvue de toute commodité. Au contraire, les vestiges qui nous sont parvenus permettent de supposer un certain confort dans la vie domestique. On a retrouvé des objets usuels qui indiquent un degré de bien-être relatif : témoin les lampes magdaléennes et les objets en céramique qui méritent tme mention spéciale.

La naissance On constate, à l’époque néolithique, un plein épanouis-

DE L’ART sement de la céramique. Les poteries présentent une variété infinie de matière, de formes, de dessins. A côté de terres assez fines, — et c’est la généralité, — on compte des produits plutôt grossiers. Il est vrai qu’il s’agit seulement d’un travail à la main, car l’usage du tour était inconnu. Les formes sont des plus variées : vases caliciformes, poteries à fond sphérique ou à fond plat, coupes, écuelles, vases à doubles récipients. Les dessins consistent soit en zones horizontales, pointillées ou unies, soit en hachures de toutes sortes, spirales, volutes, qui offrent un aspect décoratif fort séduisant. Il est intéressant de remarquer que différents modèles retrouvés dans certaines stations de notre pays rappellent, étrangement, les types orientaux, notamment les produits céramiques découverts à Chypre. C’est là une des manifestations de ces troublantes affinités entre la civihsation primitive des peuples d’Occident et la civihsation orientale. Il ne semble pas qu’il y ait eu, comme pour le travail de la pierre, des centres de fabrication, il est probable qu’il s’agissait là d’une industrie existant d’une manière plus ou moins disséminée dans la plupart des villages. Néanmoins on peut situer certaines fabrications, comme la céramique rubanée, originaire du camp de Chessey, ou les vases à fond mamelonné, provenant du Sud-ouest de la France.

Les MANIFESTATIONS Bien que la céramique représente à la fois une indus-

ARTisTiQUEs trie utilitaire et un art décoratif, nous n’avons pas encore

constaté chez nos ancêtres de l’âge préhistorique de véritable délassement artistique. Les découvertes que l’on a faites, particufièrement dans ces dernières années, ont, au contraire, apporté une révélation intéressante sur la psychologie et l’esthétique de l’homme de l’âge de pierre. Il est incontestable que l’être primitif, que l’on aurait pu croire entièrement tourné vers Tutifité, et l’utihté immédiate, vers

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la satisfaction des besoins élémentaires, a comiu un art à ses débuts. Cet art apparaît à l’époque du renne, c’est-à-dire pendant la période magdaléenne, comme une éclosion brusque et sans lendemain. Les peintures murales des cavernes paléolithiques du Sud-ouest de la France, de Font-de-Gaume, du Tue d’Audoubert, reproduisent, au trait ocré, ou au trait noir, les principaux animaux préhistoriques : rennes, bisons, mammouths, rhinocéros (i). Il y a là une précision, un sens de la vie tout à fait remarquable et qui manifestent une civilisation certaine. On a, par ailleurs, quelques détails indiquant un goût naïf mais prononcé pour la couleur et le dessin, témoin l’habitude qu’avaient les hommes primitifs de se teindre le corps, de s’orner de tatouages divers. On a retrouvé des matières colorantes dans les sépultures, ainsi que les palettes sur lesquelles on écrasait les couleurs. A la même époque, la sculpture semble avoir atteint un degré artistique très développé. Dans les cavernes de l’époque du renne il y a des reproductions étonnantes d’animaux puissamment sculptés dans l’argile ; tels les bisons du Tue d’Audoubert. On pourrait citer également des travaux d’un art délicat comme des gravures sur pierre, sur ivoire ou sur galet, à l’aide du burin de silex. Les modèles étaient fournis par les animaux, tel le renne, spectacle le plus habituel de l’homme chasseur.

Cette floraison de l’art, à l’époque magdaléenne, nous étonne, sa disparition subite n’est pas moins surprenante. A l’âge néolithique, qui représente, notamment dans les appheations industrielles, un progrès considérable, on ne trouve plus trace de l’art de l’époque précédente, éliminé avec le renne, son principal inspirateur. Les sculptures grossières de l’âge de la pierre polie, avec leur représentation presque informe du visage humain, les dalles gravées de Vendée, avec leurs dessins rudimentaires d’animaux ou d’hommes, les signes de toutes sortes ornant les dolmens de la Bretagne, indiquent une régression dont l’origine et les lois de l’esthétique restent mystérieuse.

A côté de l’instinct artistique, il faut signaler le goût déjà très marqué pour la parure. Dès l’âge de pierre, il suscita les premières industries de luxe. Les pendeloques furent en honneur, après que l’homme sut faire subir aux coquillages, aux os des animaux, aux diverses pierres, un minimum de préparation et façonner au moins une ouverture pour les suspendre. Bientôt on utilisa tout pour orner le corps de l’homme ou de la femme, que l’art uniforme du vêtement ne parvenait pas à mettre en valeur : dents humaines, défenses de sanglier, canines de chien, de bœuf, de renard, os d’animaux divers, carapaces de tortue. Les colliers jouissaient — dix

(i) Voir Jean Brunhes, Géographie humaine, t. II, p. 367 et suiv.

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OU vingt mille ans avant notre ère — d’un pouvoir d’attraction considérable ; on se servait de toute espèce de matières pour faire les grains de ces colliers ; de pierre tendre comme le calcaire, le gypse, l’ardoise, le schiste et la lignite, et aussi de pierres dures, comme le quartz et l’améthyste.

On trouve également des bracelets en schiste, des boutons en albâtre et mille objets qui attestent un sens grossier, mais réel, de la parure.

Il convient de remarquer d’ailleurs que le départ n’est pas toujours aisé à faire, entre ce qui relève de l’ornement et ce qui appartient à l’art religieux j parmi les

attributs que nous avons cités, im certain nombre étaient utihsés comme talismans et comme amulettes.

Il semble que l’art de la parure ait joui de bonne heure d’une force d’expansion et de pénétration remarquables. Non seulement on a trouvé des co-

L’ENCLOS (Emploi de la scie en pierre taillée). (G. Ripart.) prOVeUaUt de l’OueSt et

du Sud de la Gaule, dans le centre du territoire, à une époque où il ne peut vraisemblablement s’agir des suites du passage de tribus nomades, mais aussi on a cru pouvoir retenir, dans la présence en Gaule de certaines matières, les preuves d’une influence de l’Orient ou d’un embryon de commerce international. La question s’est posée, à propos de la callaïs, pierre analogue à la turquoise qu’on employait comme article de parure et dont l’origine orientale a été affirmée , elle s’est posée, plus encore, à propos de l’ambre jaune, qui aurait été l’objet d’un commerce actif de la Baltique vers les pays du Sud. On croit pouvoir établir que, dès cette époque, il existait des relations suivies entre les pays du Nord et ceux de l’Europe centrale et occidentale, soit par les voies fluviales de la Vistule et du Dniester, soit par la route allant de l’Elbe à la Moldau et au Danube, soit par la ligne du Rhin et du Rhône. Enfin, la Grande-Bretagne et la Gaule étaient en relations avec l’Orient par la voie maritime de l’océan Atlantique, du détroit de Gadès et de la Méditerranée.

On voit par cet aperçu, comment les formes simples, puis de plus en plus complexes, de l’instinct de conservation, ont réussi à jeter les premières bases d’un milieu économique dont nous allons observer maintenant le développement continu, sous l’influence de l’action collective. Des sentiments altruistes viendront modifier la nature égoïste et rudimentaire de l’homme. La constitution de la famille, peut-

HISTOIKE ÉCONOMIQVE ET FINANCIÈRE.

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être suivant une modalité monogame, l’appropriation individuelle du sol, autour de l’habitation, ont pu être les supports de cette évolution, réalisée par des individus ayant des mobiles d’action qui dénotent des préoccupations intellectuelles. L’homme

primitif civihsé n’est plus à rapprocher du simple sauvage, mais il doit être étudié et compris par rapport à l’essor et aux formes de sociétés organisées, d’après les tendances de la loi de l’économie des forces, qui permet d’aboutir, avec le minimum de peine, au maximum de production matérielle.

Les progrès de la technique de fabrication, le développement de la division du travail permettent à chacun des membres de la collectivité de disposer d’une masse croissante de biens matériels. L’homme peut, dès lors, avoir des loisirs potir satisfaire à d’autres besoins que ceux dont la naissance et la satisfaction s’expliquent par le seul instinct naturel.

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