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CHAPITRE PREMIER

LA FORMATION DU MILIEU ÉCONOMIQUE AU TEMPS PRÉHISTORIQUE

Les besoins de Vhomme à L époque quaternaire. — Le pêcheur et le chasseur. — Lxi ' fabrication des armes. — La fabrication des objets en os et en bois. — U époque pastorale. — La naissance de Part. — L^s manifestations artistiques. — L’homme à l’âge des métaux. — Prédominance de Vvndustrie de luxe. — L’influence religieuse. — L^s métaux : P or, le cuivre, Pétain et le bronze. — L^ commerce national et international.

ES sociologues, les historiens et les économistes ont construit un type d’homme primitif qui serait exact, disent-ils, parce que conforme à la nature humaine, telle qu’on la dégage de l’observ^ation des peuplades sauvages. Karl Bûcher, économiste et historien allemand, a notamment imaginé un être brutal, dont l’égoïsme serait le premier et le seul moteur d’activité économique. Ce primitif a plus de bestialité que d’humanité.

Comment, de cette conception théorique, dégager une étude de la rie écono-

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mique? La loi de l’économie des forces, lors de la recherche de la nourriture, serait la seule manifestation intéressante d’une vie ordonnée en vue de l’obtention de moyens propres à satisfaire des besoins rudimentaires.

La critique s’est exercée, récemment, sur les constructions de Bûcher. Elle a permis à M. Ohvier Leroy (i) de prouver que l’homme préhistorique de l’historien allemand est une création de l’esprit. Les tribus de chasseurs ont connu une organisation sociale. Leurs composants humains ne furent pas uniquement des êtres paresseux, imprévoyants, au cerveau vide de pensée. Nos ancêtres de l’époque de l’âge des cavernes ne doivent pas être expliqués par l’étude des tribus de sauvages, car le sauvage n’explique pas le civilisé. Or les manifestations de l’activité économique des hommes primitifs, sur le sol de la Gaule, nous permettent d’affirmer que les habitants des grottes, des cités lacustres, pratiquaient une industrie rudimentaire qui n’existe que dans un état de civilisation. Nous n’avons pas la prétention d’apporter, ici, une solution aux problèmes, depuis si longtemps débattus, des formes de la famüle primitive, des modalités premières de la propriété, des méthodes de domestication des animaux, des stades d’art et de rythme précédant le travail utihtaire. Nous avons plus le goût de la réalité que de la construction abstraite et hypothétique. Demandons aux vestiges fournis par les recherches des ethnographes, dans les premiers centres d’habitations humaines, des précisions sur les besoins de nos ancêtres et sur les procédés à l’aide desquels ils en assuraient la satisfaction. Les premiers hommes qui vivaient au début de l’époque quaternaire, soit peut-être looooo ans avant notre ère, n’ont laissé que des débris de squelettes (fossiles) et des outils de pierre. A des époques plus récentes, soit vers 35 000 ans avant notre ère, on découvre des outils plus achevés, des statuettes, des sculptures. L’écriture n’apparaît que quelques milliers d’années avant notre ère, inventée par les peuples anciens de l’Orient.

Les BESOINS DE L’HOMME A L’ÉPOQUE QUATERNAIRE. Dans le domaine éco-

LE PÊCHEUR ET LE CHASSEUR (2) nomiquc, la fonction vi¬

tale de l’homme est de poursuivre la satisfaction de ses besoins. Nos ancêtres de

(1) Olivier Leroy. — Essai d’introduction critique à Vétude de l'Économie primitive.

(2) Les historiens ont classé les périodes préhistoriques d’après la matière des objets, armes et instniments dont se sont servis successivement nos ancêtres et le travail accompli lors de la fabrication de ces outils. La première période est celle de la pierre taillée ou éclatée (soit environ 10 000 ans avant notre ère), la seconde celle de la pierre pohe ; puis vient l’âge des métaux, divisé en âge du cuivre, âge du bronze, âge du fer.

L’âge de la pierre taülée a été lui-même classé en différentes époques, désignées par les locahtés où

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l’époque quaternaire avaient sans doute des besoins très simples mais qui, par cela même, s’imposaient à ces intelligences confuses, d’une manière pressante.

Le plus essentiel, le plus immédiat de ses désirs était la nécessité pour l’homme primitif de pourvoir à sa sécurité. D’où venaient ces humains? Peutêtre de l’Afrique du Sud et de l’Indo-Malaisie, ayant émigré vers l’Europe à l’époque où les glaciers n’occupaient plus les vallées. La principale ennemie de nos ancêtres fut la nature elle-même. Sans doute, sous le chmat tempéré de l’époque cheUéenne, l’homme pouvait habiter à l’air libre, au bord des torrents, mais tm changement chmatérique complet ne devait pas tarder à se produire. Les glaciers reparaissent dans les vallées et, à l’époque moustérienne, forcent l’être humain à chercher asile dans les lieux clos, à l’intérieur des grottes, où il a parfois à disputer son gîte aux ours et aux hyènes dont on retrouve les ossements, non loin des siens. A l’époque du renne, l’homme vit de plus en plus au fond des grottes dont les découvertes récentes ont révélé les dimensions. Ce mode d’habitat, qui atteint son complet développement à la période magdaléenne, devait subsister longtemps et lorsque, par la suite, l’homme au cours de sa vie active, désertera ces abris, il les retrouvera encore après sa mort, car ils joueront im rôle important comme lieux de sépulture.

Pendant tout l’âge de la pierre taillée, l’individu ne cherche guère à assurer sa sécurité qu’en s’efforçant de se soustraire aux conditions défavorables du milieu ; il ne prend contact avec ceux de sa race que d’une manière intermittente, à l’occasion d’une chasse ou d’un combat. Pourtant le moment devait venir où cet isolement allait cesser \ à l’âge de la pierre polie, dès le début de l’ère néolithique, on trouve des villages, à côté de vestiges de fonds de cabane qui constituent des foyers isolés. Ces formations, dont on a découvert de nombreux spécimens en Bourgogne, dans le département de Saône-et-Loire, existent notamment au camp de Chessey, où l’on relève des traces importantes de foyers groupés. A côté de ces villages terrestres, il existait des villages lacustres, ou palafites, établis sur pilotis, au bord des lacs, mode " d’habitation qui devait subsister dans les périodes postérieures. Il n’est pas douteux que cette disposition des habitations était inspirée principalement par le désir de l’homme primitif d’assurer sa protection. A ce même sentiment se rattache ce qu’on a nommé les enceintes néolithiques, que l’on a retrouvées dans diverses régions mon-

ont été retrouvés les spécimens caractéristiques des divers modes de travail de la pierre. Époque chelléenne (Chelles, Seine-et-Mame), époque acheuléenne (Saint-Acheul, Somme), époque moustérienne (Moustier, Dordogne), époque aimgnaxéenne (Aurignac, Haute-Garonne), époque solutréenne (Solutré, Saône-et- Loire), époque magdaléenne (La Madeleine, Dordogne). Voir dans VHistoire de la Nation française, t. II de la Géographie humaine, p. 365.

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tagneuses de la France. Elles consistaient dans de véritables remparts, formés tantôt de terres, tantôt de pierres mêlées de terre, mais sans mortier. Des fossés d’une grande largeur et d’une profondeur suffisante complétaient ces mesures de défense, qui étonnent lorsqu’on pense aux moyens primitifs de construction dont on disposait.

La FABRICATION L’instmct de la sécurité n’a pas poussé seulement

DES ARMES nos ancêtres à chercher, à l’abri des parois d’une grotte, des eaux d’un lac ou des enceintes d’un village, une protection contre la nature ou les êtres vivants. Il l’a de bonne heure convaincu de l’insuffisance des forces musculaires et de ses moyens de défense : quelques matraques arrachées aux arbres. Il est faible dans la lutte contre les ennemis redoutables qui l’entourent au sein des forêts, tels ces monstres comme le machaïrodus, dont le nom seul pourrait nous effrayer. L’homme commence par chercher des armes autour de lui, il ramasse un rognon de silex, il lui donne grossièrement une forme tranchante, et voilà le premier exemple de l’activité industrielle, le « coup de poing » de l’époque chelléenne. Cet instrument rudimentaire, joint à quelques outils en süex, suffit un certain temps à l’homme chasseur, qui se contente de donner une forme moins irrégulière aux haches primitives, à en arrondir les contours.

L’homme des cavernes va perfectionner ses armes pendant les moments de repos qu’il peut prendre désormais en toute sécurité; il adopte un modèle nouveau, la pointe de silex, plus légère que les haches chelléennes et qui avec ses bords coupants et son extrémité effilée peut servir non seulement comme arme perçante, au bout d’une hampe, mais encore comme instrument domestique à plusieurs fins : couteau, scie, racloir. Dès lors le silex va recevoir des formes multiples avec des transformations que nécessitent les conditions de la lutte contre l’homme ou les animaux. A l’époque solutréenne, on trouve des perçoirs, des grattoirs simples ou doubles, des lames de toutes sortes, des pointes de flèches ou de lance, en forme de feuille de saule ou de laurier, des pointes « à cran » destinées à figurer au sommet d’une hampe. A l’âge de la

l’arme primitive :

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