TABLEAU DES MONNAIES FRANÇAISES
PAR
A. DIEUDONNE
Conservateur du Cabinet des Médailles
E monnayage gaulois, qui va du troisième siècle avant J.-C. au premier siècle de l’ère chrétienne, est un monnayage d’imitation : imitation de la Drachme grecque d’argent, de 3,85 gr. à 2,20 gr., de MassaHa (Marseille), colonie des Phocéens, aux types de la tête d’Artémis et du lion (fig. ly), ainsi que du Chalque de bronze au taureau; imitation du Statère d’or de 8 gr. 60, de Philippe II de Macédoine, aux types de la tête de Zeus et du bige, que le commerce marseillais avait introduit dans le Plateau Central (la pièce de Vercingétorix, fig. 2, où le bige se réduit à un cheval, appartient à cette catégorie) ; imitation enfin du Denier romain.
Comme leurs prototypes, les pièces gauloises étaient frappées sur des flans en général globuleux, à la mode antique ; il y eut aussi des pièces coulées, en bronze d’étain ou potin, pièces grossières au quadrupède (fig. 4 J, imité du taureau marseillais. La Gaule avait des mines au service du monnayeur, et celui-ci ne manquait pas d’adresse ; mais c’était im travail d’artisan, que ne soutenait aucune tradition de famille comme à Rome, aucune règle constitutionnelle comme dans les villes
grecques. Les pièces, copiées les unes sur les autres, naissaient dans le voisinage des foires locales où les types venaient se mêler; celles qui portent la marque d’une autorité publique sont l’exception.
Ce système de rimitation explique que les monnaies gauloises nous renseignent peu sur la religion et les coutumes de nos ancêtres. Tout au plus la fantaisie des artistes, et leur imagination quintessenciée, ont-elles exploité la déformation de ce qu’ils ne comprenaient pas bien : ainsi sortit du bige de Philippe II le type de l’androcéphale (fig. 3 où il ne faut voir sans doute qu’une conception de décorateur. Si nous mettons à part le dieu accroupi (fig. 5) analogue à celui de certains autels découverts à Reims et à Saintes, des sangliers remplaçant les lions originaires d’Orient, quelques colliers (torquès) ou trompettes (carnyx) ne modifient pas sensiblement la physionomie de ce monnayage dérivé.
Monnaies gallo- Sous l’empire romain au contraire, les monnaies sont romaines frappées suivant un système coordonné. Des bronzes furent
émis à Lyon au type de l’autel monumental surmonté de deux Victoires (fig. 6), qui avait été érigé au culte de l’empereur ; sans nom de ville, ils commémorent les assemblées des Trois Gaules et portent les têtes d’Auguste et de Tibère, de Claude et de Néron. Les autres monnaies romaines : Aurei, Deniers d’argent. Sesterces de bronze, ne se distinguent pas de celles du reste de l’empire.
Mais, lorsque commencèrent les invasions des Barbares, au troisième siècle, la Gaule trouva pour la défendre des empereurs, par ailleurs non reconnus du Sénat, Postume, Victorin, dont les monnaies portent le nom et sont quelquefois fort belles (par exemple, la série aux travaux d’Hercule, fig. 7 ) . Puis, la Gaule est replacée sous l’autorité directe des empereurs de Rome ; les ateliers de Lyon, Trêves, Arles, signent leurs monnaies de leurs initiales : Sou d’or de 4 gr. 40, créé par Constantin, Silique, Denier d’abord d’argent, puis de bronze.
Monnaies méro- Lorsque les Francs eurent franchi le Rhin, atteint la viNGiENNES Seine puis la Loire, en 507, ils n’avaient pas de monnaie ; les monnayeurs impériaux, réunis en corps ou dispersés, continuèrent à battre les monnaies impériales. Sou et Tiers de sou ou Triens d’or ont au droit le buste diadémé de l’empereur avec son nom ; au revers une Victoire debout tenant une couronne et une croix, légende VICTORIA AVGVSTI (fig. 8j. La barbarie du style distingue ces pièces d’Anastase et de ses successeurs, de celles qui furent
émises par le gouvernement impérial à Constantinople ou ailleurs ; quelquefois elles ont en abrégé le nom de l’atelier gaulois, AVREL (Orléans), LVG (Lyon) ; ces monnaies se frappèrent jusque sous Héraclius (614-641).
Cependant, à partir de Théodebert petit-fils de Clovis, les rois frappèrent un certain nombre de monnaies, non seulement les Sous et Triens à leur nom et effigie (Sou de Clotaire, fig, 9) mais aussi ceux qui portent la mention du « Palais » ou, ce qui revient au même, de la « Scola » ou celle du « fisc ». Certaines églises, qui avaient l’immunité, en ont frappé aussi ; le type de la grande majorité des monnaies mérovingiennes à partir de la seconde moitié du sixième siècle est celui-ci : un Tiers de sou d’or, qui offre d’un côté une tête royale, déformée, anonyme, de l’autre côté une croix, potencée ou ancrée, sur un globe ou sur des degrés (fig. 10) ; rarement, une image exceptionnelle, les colombes à Cahors (fig. il), différencie la monnaie. Comme légendes, d’un côté est un nom de monétaire ou d’orfèvre, ici Marculfe, accompagné de mon(etanus), quelquefois de l’autre côté, le nom de sa résidence, souvent simple village difficile à localiser par les trouvailles, par le style, comme ici Meuvy (Haute-Marne). De la sorte, la monnaie était presque devenue chose privée ; en dépit d’un contrôle, purement théorique, le monnayage du Sou dégénéra de fabrique, de poids, de titre, entraînant dans son discrédit, l’or que la décadence du commerce avait d’ailleurs raréfié.
Monnaies caro- Lorsque Pépin et Charlemagne entreprirent de restaurer LiNGiENNEs monnaie royale, c’est à l’argent, traité depuis la conquête
comme accessoire, qu’ils s’adressèrent. Seule, la région d’Uzès, où dominait encore l’or arabe ou wisigothique, a vu frapper quelques pièces d’or de Charlemagne ou de Louis le Pieux (vol. III, p. 235) ; mais le nom de Sou ne fut conservé que pour désigner une collection de douze deniers d’argent.
Le premier Denier de Charlemagne a été figuré dans le tome III (p. 206 ; agrandi). Le Denier impérial a pour type le portrait du prince, réminiscence de l’antique, et, au revers un temple, représentation de l’Église, légende XPISTIANA RELIGIO (fig. 12). Mais le véritable Denier, qui a gardé pendant tout le règne le titre de roi, est vraiment médiéval, avec poids d’environ i gr. 80 et un titre pur argent, avec le monogramme de Karolus d’une part complétant le nom du roi, avec
croix et nom d’atelier d’autre part (fig. 13^. Ces ateliers sont toutes villes connues, en petit nombre, et quelques églises qui avaient conservé l’exercice du monnayage. A partir de Charles le Chauve, le nom du prince n’est plus représenté en général que par le monogramme entouré de la légende GRACIA DEI REX (fig. 15 y), même revers à la croix avec atelier. Les autres types sont la porte de ville (fig. 14), le type à légende dans le champ, etc...
PREMIÈRES MONNAIES Dc Charles le Chauve, on peut dater une ère nou- FÉODALES velle. Les concessions de monnaie aux églises, abbayes
ou chapitres se multiplièrent ; les comtes, à qui était dévolue la surveillance des ateliers monétaires, mirent la main sur les revenus de la monnaie pour ensuite y apposer leur nom.
Telle est la double origine du monnayage féodal. Le roi capétien lui-même, qui arbqre son titre de roi, frappe dans diverses villes dont il est comte : Paris, Senlis, Orléans, Bourges, etc..., des monnaies dont l’ensemble ne constitue nullement un système régahen, mais qui sont disparates de poids, de titre et de types.
Parmi les types féodaux, les uns dérivent du carolingien : la croix sous toutes ses formes, croix ancrée (fig. i8j, fichée à pointes ou toulousaine, losangée ou mâconnaise; le temple, qui a fait forttme en Normandie et à Saint-Martin de Tours; les monogrammes de Charles, d’Eudes, les monogrammes dérivés de Foulque (fig. 16), d’Erbert, qui se muent, l’un en clef (fig. 17 J, l’autre en couronne. Les reliquaires en forme de têtes de Saints inspirent le type du chef de saint Martin, effigie dégénérée qui, de proche en proche, affecte les formes les plus bizarres (fig. 19 J. Ajoutez l’étendard à Saint-Médard de Soissons, la main bénissante à Besançon (fig. 20 J, le guerrier en Flandre ou en Lorraine; etc... Cette variété d’images donne au monnayage féodal à son berceau un caractère populaire qu’il conserva aussi longtemps qu’il gardait sa raison d’être.
Monnaies Cependant la royauté entreprenait son œuvre. La monnaie ROYALES royale, avant de supprimer les féodales, commence par s’installer auprès d’elles sous Philippe Auguste. Ce fut d’ime part le Denier parisis à légende bilinéaire (fig. 21, de saint Louis), d’autre part, le Denier tournois au type du
châtel (fig. 23 ^ qui dérivait du temple et qui, emprunté à Saint-Martin, fut d’abord réservé aux régions de l’Ouest. Le rapport de valeur 5 à 4, établi entre ces Deniers, constitua le système royal. Les légendes PARISIVS CI VIS et TVRONVS CI VIS, qui, originairement, désignaient les ateliers de Paris et de Tours, furent employées dans tous les ateliers du roi.
Nous arrivons au règne de saint Louis. L’usage universellement répandu de tirer des bénéfices de la monnaie avait abaissé le titre des Deniers à un tiers de métal pur environ : le Gros tournois fut destiné à restaurer au-dessus d’eux l’argent fin. C’était un Denier tournois auquel on adjoignit une bordure : légende religieuse au droit ( Benedictum sit nomen Domini nostri Dei Jesu Chnsti)^ bordure de douze fleurs de lis au revers (fig. 22) ; le Gros valut 12 Deniers tournois, c’est-à-dire qu’il correspondit, — pour quelque temps — à la valeur nominale ou valeur de compte d’un sou tournois, vingtième de la livre. La pièce d’or fut l’Écu : on n’en frappa que peu, simplement pour faire le geste de restaurer la monnaie d’or.
Disons un mot de la fabrication. Les monnaies étaient frappées à l’aide de deux pièces d’acier appelées coins, confectionnés par le « tailleur ». Les gens du moyen âge ne composaient pas une matrice imique, prototype de la pièce, destinée à s’imprimer en creux dans le coin qui servait à frapper la monnaie; mais l’artiste gravait en relief, séparément sur des poinçons, les différentes parties du sujet : lettres, figures, etc..., qu’il apposait séparément sur le coin. On appelait pile ou coin dormant le coin inférieur et trousseau le coin supérieur que le monnayeur tenait d’une main, tandis que de l’autre il donnait le coup de marteau destiné à emprisonner le flan entre les deux coins. Les flans étaient plats, minces et irréguHers.
La frappe était répartie entre un certain nombre d’ateliers et mise aux enchères ; le maître particulier qui l’avait emporté se procurait par voie d’achat le métal destiné à sa fabrication et versait au roi une redevance appelée seigneuriage. C’était un entrepreneur mais il devait faire travailler les monnayeurs et ouvriers organisés en corps de métier, avec leurs privilèges, et cela sous la surveillance de la Chambre des monnaies et de ses délégués, les gardes. Le travail faisait l’objet d’un jugement ; il y avait une certaine tolérance en regard du poids et du titre prescrits par les ordonnances, mais nombreux sont les maîtres qui malversèrent et furent emprisonnés ou même condamnés à mort.
Avec Philippe le Bel, les mutations commencèrent, conditionnées par les besoins du Trésor. Tandis que le Gros tournois et le Denier traditionnel étaient remis en honneur à chaque renforcement, les principaux témoins des mutations sont : sous Philippe le Bel, les Doubles deniers parisis et tournois, réduits de poids et de titre au tiers de ce qu’ils auraient dû être, et qui retiennent dans leur type quelques caractéristiques de leur système respectif : schéma du châtel pour les Tournois (fig. 24 j ; sous Philippe VI et Jean le Bon, des Gros ressemblant plus ou moins au Gros tournois, mais différenciés de lui par leur mauvais titre et par un détail choisi. Citons le Gros à l’épi, où le châtel est surmonté d’un fleuron et la croix du revers allongée à la mode anglaise. Chacune de ces pièces ne cédait la place à la suivante qu’après avoir été altérée d’émission en émission, et chaque fois un signe distinct, globule
ou annelet à la croix, signalait le changement. Enfin, sous Charles VI, il y eut un Gros dit Florette (fig. 25 j, un seul, qui subit une série d’affaiblissements inouïs jusqu’à devenir tout cuivre, affaiblissements indiqués soit par la forme de la croisette de la légende, soit par celle des O ronds, allongés, pointés. Au début ces pièces étaient de bonne condition, puis, à mesure qu’on les altérait, la fabrication s’en relâchait (la fig. 26 donne une Florette d’Orléans altérée). Lorsque Charles VII aura institué l’impôt permanent, les mutations cesseront d’être une nécessité.
L’or joua un grand rôle dans les variations des valeurs, mais ne fut guère altéré matériellement. C’est d’abord, sous Philippe le Bel, d’admirables pièces au type dit de majesté, celle du roi assis sur une chaise basse et tenant le sceptre ou masse : la Masse d’or (fig. 2'j), ou assis dans une chaise gothique décorative : la chaise d’or I elles eurent au revers, avec la légende, Christus vincit Christus régnât Christus imperat, qui devait se maintenir longtemps sur l’or, une croix dans ime rosace. Philippe le Bel a créé aussi l’Agnel d’or au type de l’agneau pascal (fig. 2S).
Philippe VI de Valois frappa d’admirables pièces d’or, les unes au type de majesté ; d’autres, la Couronne d’or et l’Ange d’or (fig. 2g). Cet ange remarquablement drapé qui, avec une sérénité superbe, pose la hampe de la croix divine dans la gueule du dragon terrassé, est le chef-d’œuvre de l’art monétaire au moyen âge.
Suit, sous Charles V, dans la période de bonne monnaie, le Franc à cheval (fig. 30 j qui, valant à l’émission une livre tournois, communiqua son nom de franc à la valeur de compte appelée livre, et le Franc à pied (fig. 32 ) au roi debout armé.
Sous Henri VI, roi d’Angleterre, en France, nous avons le Salut d’or (fig. 31 j, au type de la salutation angélique, charmante composition, si bien adaptée par ses lignes infléchies, la solidité de son soubassement et la gracieuseté des figures qu’il
supporte, au champ de la monnaie ; sous Charles VI, l’Écu d’or, l’Agnel d’or.
Un point plein ou creux (annelet) dit secret, placé sous une lettre de la légende, indiquait par sa place l’atelier d’origine. Ainsi, l’annelet sous la neuvième lettre de la figure 33 désigne la Rochelle.
A la fin du quinzième siècle, le système est celui-ci : au sommet l’Écu d’or, à valeur de compte variable en livre, sous et deniers, muni d’un soleil sur l’écusson depuis Louis XI, d’où le nom d’Écu au soleil (fig. 33 j ; le Douzain ou Sou de 12 deniers (fig. 34 j ; des Liards (fig. 36 j au dauphin ou à l’initiale du roi, d’un quart de sou ou 3 deniers tournois ; des Doubles tournois au type de trois fleurs de lis, des Deniers à deux fleurs (fig. 35 ), des Mailles ou Demi-deniers à une fleur.
A la fin du règne de Louis XII fut créé le Teston (fig. 37, de François P^), pièce d’argent lourde empruntée à l’Italie, dont la frappe était rendue possible par la découverte des mines d’Amérique. Il était ainsi nommé de la tête du souverain, qui faisait sa rentrée dans la numismatique. Sous François P^, on remplace les
points secrets qui différenciaient les ateliers par des lettres de l’alphabet servant de numéros d’ordre ; ainsi le n® 39 a la lettre G, de Poitiers ; puis |il s’ajouta des signes et emblèmes, différents de maîtres et même bientôt de graveurs.
Henri II projeta de remplacer la frappe au marteau, qui était usitée jusque-là, par la fabrication au balancier, presse à vis munie de bras qui étaient actionnés à mains d’hommes, et ce fut l’occasion de quelques beaux spécimens d’art classique, tels que le Henri d’or à la GalHa assise, dû à Marc Béchot, qui évoque le style d’un Trajan (fig. 38 j : mais la réforme fut d’abord limitée aux médailles.
Le règne d’Henri III est important. C’est alors que la livre tournois ou franc fut, par suite de sa baisse lente, pour la première fois monnayée en argent avec le Franc d’argent (fig. 39 : Demi-franc). Ce fut vers cette époque aussi que le Denier
tournois devint de cuivre, avec au revers, comme précédemment, trois fleurs de lis pour le Double, deux pour le Denier, une pour la Maille
Louis XIII, à la fin de son règne, inaugura une ère nouvelle par la création du Louis d’or (fig. 40) et du Louis ou Êcu d’argent (fig. 41 ). D’ime factme large, puissante, d’une originalité heureusement alliée à la tradition classique, le Louis d’or au portrait royal et aux huit L en croix, œuvre de Jean Varin, marque la plus belle étape du monnayage moderne (fig. 40 : Double Louis).
Métrologiquement parlant, le Louis d’or n’était pas autre chose par son titre de 22 carats (0,917), au heu des 24 carats d’antan ou des 23 carats de l’Ëcu, et par son poids, qu’une Pistole d’Espagne naturalisée française : de là son succès. Il y eut des Doubles louis, des Louis et des Demi-louis. Quant à l’Écu, il eut des divisions jusqu’au 24® et au 48®. Toutes ces monnaies, désormais frappées au balancier, gagnaient en régularité ce qu’eUes perdaient de pittoresque et de vivant.
On suit sur les Louis l’effigie des rois à leurs différents âges (fig. 42 et suiv.);
les revers varient également et, dans une certaine mesure, le poids, mais non le titre, qui reste à peu de chose près l’argent fin. Citons pour Louis XIV [: le Louis aux insignes, main de justice et sceptre en sautoir (fig. 44^). Pour l’Écu, citons l’Écu aux palmes (fig. 45 : Quart d’écu), etc... Sous Louis XV : le Louis aux limettes ou écussons de France et de Navarre (fig. 47^), l’Écu dit Vertugadin avec écusson de forme arrondie et couronnée (fig. 49^, l’Écu aux lauriers (fig. 51 : 1/5 d’écu). Les créateurs de cette ornementation vive et légère étaient les Roettiers, puis Duvivier.
Les principales pièces d’appoint furent les Liards, de trois deniers tournois ou un quart de sou. A partir de Louis XV, le sou, qui avait été d’or sous Clovis, d’argent sous saint Louis, fut monnayé en cuivre (tête du roi. R. Écu).
Sous Louis XIV, à la fin du règne, certaines monnaies portent encore le stig¬
mate des mutations ; ce sont celles qui furent frappées sur des flans déjà monnayés et mal effacés ; mais, sous Louis XV, les prodigieuses variations de la livre, par le système de Law, n’ont laissé aucune trace dans le type ou l’aloi des pièces : la monnaie gardait déjà, comme aujourd’hui, sa substance à l’écart du jeu des valeurs.
Louis XVI a émis le Louis aux deux écus accolés (fig. 50^, motivé par un léger abaissement de poids que rendait nécessaire la variation du rapport de l’or à l’argent. Son Écu aux lauriers valait six livres. En 1791, le système ne fut d’abord pas changé, mais le type adopté pour l’argent fut le Génie debout d’Augustin Dupré écrivant sur les tables de la loi (fig. 52 ), figure élégante et bien campée ; celui du Sol, les faisceaux consulaires. La République elle-même frappa un Louis, si l’on peut dire, en 1793, avant l’adoption du système décimal.
Avant de parler de celui-ci, rappelons que les monnaies royales ne furent pas seules à être fabriquées en France sous l’Ancien Régime.
Monnaies Nous avons laissé les monnaies féodales au moment où les FÉODALES royales s’en détachent. Les unes et les autres ont pour fond d’ornementation l’écu armorié aux armes du prince ou une pièce détachée de cet écu. (La fleur de lis pour le roi, l’hermine en Bretagne, le dauphin en Dauphiné) ; il faut tenir compte de plus, pour les féodales, de l’imitation des monnaies du roi et de celle de certaines espèces étrangères, telles que l’Esterlin anglais, le Noble d’or, le Florin de Florence, la Pistole d’Espagne.
Vers 1340, le roi avait à peu près réussi à supprimer ou à racheter les monnaies du royaume proprement dit : Champagne, Poitou, Blois, Vendôme, etc... Cependant, une série de monnayages nouveaux s’était constituée, celle des grands fiefs. C’étaient la Bretagne, l’Aquitaine anglaise, le Béarn, la Navarre, la Flandre, le Barrois, la Bourgogne et les fiefs d’empire.
La première maison de Bourgogne eut son monnayage propre dans le duché et dans la comté ; la maison capétienne, issue de Jean le Bon, dans la comté seulement. Un type de ce pays est l’Annille ou Double briquet, qui figure sur les monnaies dites Engrognes.
En Flandre, nous citerons le Lion d’or heaumé (fig. 53 j de Louis de Male, pièce éclatante de brio et de fantaisie, et les Gros d’argent au lion héraldique ; sous la dynastie bourguignoime, l’Ange d’or debout tenant deux écus, l’un de Flandre, l’autre de Bourgogne. Le Hainaut se recommande par le Gros au cavalier de Marguerite de Constantinople (treizième siècle) dit Baudequin (fig. 56 j du nom de l’étoffe de Bagdad qui formait la housse du cheval, ou Piîîe-vÜîe, d’un nom peu flatteur pour les chevahers de l’époque. La Franche-Comté, la Flandre et le Hainaut échappent ensuite à la France jusqu’au dix-septième siècle. L’Aquitaine ou Guyenne, entre les mains du roi d’Angleterre, eut des monnaies originales : le Hardi d’or (fig. 54 j au buste du roi, les Blancs, Doubles et Deniers au léopard. Cette province, reconquise en 1453, fut de nouveau détachée pour Charles, frère de Louis XI, qui y créa le Fort de Guyeime (fig. 55^, au type énergique et farouche, dans la tradition de la Bible, de Samson domptant le lion. Ce monnayage prit fin avec l’indépendance du pays.
Le duc de Bretagne émit un Cavalier ou Breton d’or, des pièces à l’écu penché
surmonté d’un heaume comu (fig. 58 j, des Deniers à l’hermine figurée en pied; Anne de Bretagne frappa une Cadière ou Chaise d’or, où elle est assise, première pièce connue avec date (1498).
En Béarn, la belle époque est celle de Gaston de Foix, dont nous signalerons le Blanc à l’écu au dextrochère, c’est-à-dire à la main tenant une épée entre deux petites vaches ou vaquettes (fig. 57^.
Parmi les seigneurs frappant monnaie en terre d’Empire, c’est-à-dire au delà du Rhône, les plus importants étaient les dauphins de Viennois. Un coup de maître du roi de France fut de mettre la main sur leur monnayage, dont ils firent cession à la couronne vers 1350 ; des monnaies particuhères furent quelque temps frappées au nom du roi dauphin (fig. 59^, pour s’effacer ensuite devant le monnayage royal.
En Provence, Charles II (fin du treizième siècle) avait frappé des Sous coronats représentant douze deniers du pays, au type de la couronne ; Robert introduisit le Gros d’argent de son royaume de Naples ou Carlin (fig. 60), au type du prince assis. Le roi René créa (fig. 62) une pièce d’or, le rarissime Magdalon, florin au buste de sainte Madeleine tenant le vase à onguents. En 1481, il léguait ses États à Louis XI.
Vers Pépoque de la Fronde, un certain nombre de seigneurs proches de la frontière, le duc de Sedan-Bouillon, le prince de Conti à Château-Renaud, les Gonzague à Charleville, profitèrent des embarras de la royauté pour frapper en masse à leurs armes des Deniers tournois, des Doubles, des Liards et même des pièces d’argent ; Gaston d’Orléans dans les Dombes, un Louis d’or !
Mais, sous le règne personnel de Louis XIV, il ne restait plus debout que le pape d’Avignon, le duc de Savoie et enfin la Lorraine. La numismatique de Lorraine
est variée. La bande aux trois alérions (aigles sans pied ni bec) qui traversent le ciel allège les blasons composites de ces ducs qui prétendaient aux armes de Hongrie, de Naples, de Jérusalem, d’Aragon, etc... Sous René d’Anjou, apparaît la croix à double traverse dite « croix de Lorraine ». René II frappa un Florin au type de saint Nicolas debout près d’une cuve où il y a des enfants (fig. 6iJ. La numismatique de Lorraine se prolongea, comme l’on sait, jusqu’au règne de Louis XV.
Système dé- A la Révolution, il n’y avait plus qu’une monnaie d’Êtat, et la ciMAL principale innovation consista à monnayer le franc ou livre de compte sous forme d’une espèce d’argent étalon qui devait conserver désormais, sans changement, son poids et son titre. On commença par émettre le cuivre : pièce de 5 décimes (o fr. 50) dite de Robespierre pièces de 10 et 5 centimes au type du buste de la République coiffée du bonnet phrygien (fig. 6^). La loi de 1795 créa la pièce de 5 francs de 25 grammes aux 0,900, au type de l’Hercule de Dupré, debout entre la Liberté et l’Égalité (fig. 64 J. Sur le rapport 15 il 2, Bonaparte, le 17 germinal an XI (7 avril 1803), institua les pièces d’or. Le système est désormais celui-ci : or 40 francs et 20 francs, 10 francs ; argent 5 francs, 2 francs, i franc, 1/2 franc, 1/4 franc, le cuivre réservé. (Fig. 63 à 66, voir page 630.)
Les monnaies émises depuis le commencement du dix-neuvième siècle portent le reflet des événements politiques. Bonaparte premier Consul eut le droit d’effigie ; en juin 1804 (an XII), le nom de Napoléon empereur (fig. 65^ fait son apparition, mais, au revers, la légende République française est maintenue. L’année suivante, le calendrier républicain est abandonné. A partir de 1807, la tête impériale due à Tiolier est lancée, et, le janvier 1809, la légende Empire français est inaugurée.
Lors de la première Restauration, le portrait de Louis XVIII fut substitué à celui de l’empereur, et l’écu de France rétabli au revers ; pendant les Cent Jours, on reprit les coins impériaux, tandis que Louis XVIII faisait frapper, probablement à Londres, des pièces de 20 francs sans lettre d’atelier. En 1816, les émissions recommencèrent au nom de Louis XVIII, et son portrait fut l’œuvre du graveur Michaut (fig. 66). Après Louis XVIII, Charles X. Le 17 août 1830, Louis-Philippe signait son ordonnance relative aux monnaies. Le roi fut représenté tête nue par Tiolier fils, légende Louis-Philippe I roi des Français (sur les premières pièces de
5 francs le chiffre dynastique I a été omis), au revers la mention de valeur comme sous TEmpire. En Tannée 1831, Domard^ sorti vainqueur du concours, substitua une tête couronnée de feuilles de chêne (fig. 6j).
Lorsque la République eut été proclamée, en 1848, un concours fut encore institué, suivant Tusage, pour les nouvelles monnaies. En attendant, on reprit le type du génie pour Tor, d’Hercule pour Targent, de la tête à bonnet phrygien pour le cuivre. A partir de 1849, prévalut la tête de la République, couronnée d’épis (Jîg. 68 ) de Merley, à l’imitation des monnaies antiques de Syracuse, pour Tor ; la tête créée par Oudiné (fig, 69 J pour Targent. Dès le 3 janvier 1852, le tête de la République fut remplacée par l’effigie du Prince président. Le 2 décembre 1852, la même tête fut conservée avec la mention Empereur (fig. 'jo) et, au revers, la légende Empire français. Les armes impériales, écu à l’aigle sur le grand manteau, insignes en sautoir, furent placées sur les espèces supérieures (fig. 70^, en 1861 jusqu’à la pièce de I franc, la couronne impériale sur les pièces de 50 centimes. A partir de 1861 également, la tête du souverain, œuvre d’Albert Barre, fut laurée.
Le 7 septembre 1870, on décida de reprendre les coins d’Oudiné au type de la République coiffée d’épis pour Targent; à partir de 1871, on réserva à la pièce de 5 francs le type ancien de l’Hercule de Dupré ; les pièces d’or furent au type du Génie, sauf la pièce de 10 francs au coin de Merley de 1848 ; les pièces de bronze, à la tête de la République d’Oudiné. Enfin, en décembre 1895, on choisit trois médailleurs en renom pour doter la troisième République de types qui lui fussent propres. C’est alors que Chaplain produisit son coq (fig. 71 ), Roty sa Semeuse (fig. 72^, Daniel Dupuy sa France guerrière (fig. 73^. Le type de la Semeuse est le plus gracieux, mais le flou de l’exécution, qui était voulu, favorise l’usure. Au reste, l’emploi de la presse à vapeur et l’habitude de préparer des maquettes plus grandes que nature et de les adapter par le tour à réduire, ont aboli, à proprement parler, Tart du monnayeur.
Quant à l’histoire des divisions, les mentions 1/2 Franc, I/4 de Franc, ont été remplacées en 1845 par 50 centimes^, 25 centimes. A partir de 1848, on préféra frapper une pièce de 20 centimes : on est revenu avec le nickel à 25 centimes. La frappe du cuivre, interrompue depuis la première République, a été reprise sous Napoléon III avec des pièces de 10 centimes, 5 centimes, 2 centimes, i centime, à raison de
1 gramme par centime. La pièce de 40 francs a été remplacée sous Napoléon III, à partir de 1855, par la pièce de 50 francs ; il a été frappé quelques pièces de 100 francs et aussi des pièces de 5 francs en or.
On a vu dans l’Histoire Economique pourquoi, en 1866, l’Etat dut abaisser de 900 millièmes à 835 le titre des pièces de 2 francs et au-dessous, et pourquoi, en 1878, la frappe des espèces de 5 francs fut suspendue, sans jamais avoir été reprise.
Les ateliers avaient été réduits de nombre : la Monnaie de Paris fut seule conservée (lettre A) après 1870. La fabrication des monnaies, qui était jadis sous le régime de l’entreprise, a été mise en régie à partir de 1880 ; le seigneuriage, ou prélèvement du prince, est aboli, et les frais minimes de l’opération sont seuls retenus aux particuliers.
Le pouvoir avait désormais les monnaies en main autant que faire se pouvait : pourquoi faut-il que les circonstances lui interdisent de frapper autre chose qu’im jeton renouvelé du temps de Louis-Philippe, avec la mention Bon pour i franc^
2 francSy 50 centimes? Au reste, cette pièce est frappée dans un métal d’alliage bien choisi et suivant les règles du genre. Des pièces de nickel l’accompagnent, en attendant qu’im régime stable ait pour conséquence probable une refonte générale avec types nouveaux.
G. Ripart.
TABLE DES ILLUSTRATIONS