‹ Histoire de la nation suisseChapitre 18 sur 82 · PRÉLUDES DE L'AFFRANCHISSEMENT DES WALDST.ETTEN · texte numérisé non relu

PRÉLUDES DE L'AFFRANCHISSEMENT DES WALDST.ETTEN

qui semblent s'être établies entre le cinquième et le neuvième siècle, ainsi que peuvent le faire supposer certaines inductions tirées des noms de lieux.

On a vu plus haut comment Gharlemagne avait, par sa législation, protégé et encouragé le défrichement des terres ; des contrées désertes furent transformées ; les petits propriétaires libres comme les grands seigneurs, tant laïques qu'ecclésiastiques, s'y employèrent. C'est ainsi cpie se fit la mise en culture des Waldstaetten. A Schwyz, ce furent des hommes libres qui firent le défrichement ; à Uri et dans l'Unterwald ce furent des serfs travaillant pour le compte des seigneurs laïques ou ecclésiastiques. Avec une population un peu moindre qu'aujourd'hui, presque toutes les localités de quelque importance de la vallée de la Reuss, telles que Seedorf, Fluelen, Altorf, Attinghausen, Burglen, Schaddorf, Erstfelden, Wiler, Silenen, Amsteig, Wasen, Gœschenen, etc. , existaient déjà au treizième siècle. Il en était de même dans FUnterwald et le pays de Schwyz. L'état économique était certainement simple et pauvre, il n'y avait ni industrie ni commerce pour enrichir les habitants des vallées. Le transport de marchandises par le Gothard commençait seulement ; ce passage est mentionné pour la première fois vers l'année 1230 ou 1240, à l'occasion d'un péage établi par Tempire à Fluelen. Il est à remarquer que dans les temps reculés, les habitants de ces vallées s'occupaient moins exclusivement qu'aujourd'hui de l'élevage du bétail ; la charrue y retournait plus fréquenunent le sol qu'aujourd'hui, et il y existait des vignes dont aucune trace n'a subsisté ; les redevances payées en vin, en bière, en blé, en avoine, en fèves, en légumes divers, permettent de se faire une idée de l'état de l'agriculture à cette époque.

Les origines premières des trois cantons primitifs sont distinctes et doivent être traitées séparément. C'est au huitième siècle, en 732, que le nom même d'Uri est mentionné pour la première fois dans l'histoire, à l'occasion d'un abbé, Eto de Reichenau, partisan de Charles Martel, qui y fut relégué par le duc ThéodebcUd d'Alémanie. Charles Martel ayant vaincu les Alémans l'année suivante, l'abbé Eto fut réintégré dans ses droits. Un siècle plus tard, en 853, le petit-fils de Gharlemagne, Louis le Germanique^ fait don « du petit pays d'Uri, avec églises, maisons et autres bâtiments, ainsi que les serfs de tout sexe et de tout âge, les terrains cultivés ou incultes, les forêts, prairies, pâturages, etc., » au couvent de Saint-Félix

et Sainte-Régtda, à Zurich, fondé ou agrandi par lui pour sa fille HUdegarde. Trois ans après, le même roi, en souvenir de sa fille qui venait de mourir, fait don au prêtre Berold des chapelles de Burglen et de Silenen, en y mettant pour conditions que ces fondations avec leurs dîmes feraient, à la mort du donataire, retour au couvent de Saint- Félix et Sainte-Régula. La vallée inférieure de la Reuss, de Goeschenen à Fluelen, comprenait alors trois paroisses, à savoir : Altorf, Burglen et SUenen. Quoique la donation royale paraisse porter sur Tensemble du pays d'Uri, on constate plus tard que le couvent du Fraumunster, de Zurich, n'est propriétaire que d'une partie de la vallée de la Reuss, et qu'un grand nombre de localités ont été soustraites à sa domination. Les rois se considérant comme propriétaires des couvents qu'ils avaient fondés, changeaient parfois la destination de leurs biens, en sorte qu'au treizième siècle le pays d'Uri appartenait à divers maîtres.

C'est ainsi que nous voyons figurer parmi les plus grands propriétaires fonciers d'Uri, outre l'abbesse de Zurich, le chapitre de Béramunsterj l'abbé de Wettingen * et d'autres maisons religieuses, les comtes de RapperschuAl, les sires de Belp, de Hasenbourg, de Grunenberg, de Hombourg, d'Utzingen, et surtout les sires d'Attinghausen-Schweinsberg . A côté de ces seigneuries ecclésiastiques ou laïques, de simples hommes libres avaient réussi, soit à conserver des propriétés franches, soit à émanciper leurs terres en rachetant les redevances dont elles étaient grevées, tel était notamment le cas des gens du Schœchenthal.

Les terres de l'abbesse du Fraumunster de Zurich, de beaucoup plus considérables, étaient administrées par quatre intendants (Meier) résidant à Altarf, Burglen, Erstfelden et SUenen,

Dans le sceau des Meier d'Erstfelden nous retrouvons une tête d'Aurochs^ (taureau sauvage), qui dès lors est devenue l'armoirie du canton d'Uri. Ces intendants percevaient les redevances et les fermages de l'abbesse ; il est probable qu'à l'origine ils exerçaient aussi des fonctions judiciaires, mais, avec le temps, les compétences de Vamman royal, et l'administration autochtone des com-

^ L'abbaye de Cisterciens de Wettingen fut fondée et dotée, en 1227, par Henri de Rapperschwil.

* En allemand Un, d'où certains étymologistes ont fait dériver le mot ^Uriy tandis que d'autres lui donnent pour origine l'ancien mot allemand Ur, qui signifie eau, fine pluie, Uri serait le pays de la pluie, et d'autres encore remontant au rhétoroman ur ss ora (bord, rive) pensent que Uri serait le pays de la rive du lac.

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munes se développent au détriment de Tactivité des Meier. Les serfs du couvent de Zurich étaient dans une situation qui les rapprochait beaucoup des hommes libres; ils pouvaient acheter, échanger ou donner des terres suivant leur gré ; ils avaient, déjà en 955, le droit d'établir eux-mêmes le rôle de leurs redevances et de régler les questions d'intérêt local dans des assemblées. C'est dans ces droits qu'on trouve la racine des libertés sociales des Uranais et l'on peut apprécier par là l'importance que la donation de Louis le Germanique a eue sur les destinées de la Suisse. Les gens de l'abbaye de Wettingen, quoique moins avantagés que les serfs du Fraumunster du Zurich, jouissaient cependant aussi d'une situation préférable à celle des serfs relevant des seigneurs laïques ; Ton voit en effet dans un acte les anciens sujets de la comtesse de Rapperschwil se féliciter de passer sous la domination de la crosse. Les serfs de Wettingen formaient une corporation qui avait, comme les serfs du Fraumunster, ses assemblées juridiques et, à sa tête, un fonctionnaire portant le titre d'amman. Au treizième siècle, plusieurs autres couvents, ceux du Rathausen près de Lucerne, de Cappel, de Mûri, de Saint- Urban, etc., avaient acquis des terres dans le pays d'Uri. Entre ces habitants de situations juridiques diverses il existait des liens qui devaient préparer les voies à l'unité cantonale, c'étaient les forêts et les pâturages communs. Tous les gens de la vallée, nobles et roturiers, hommes et serfs de toute dénomination participaient à l'Allmend, et formaient ainsi une corporation (Markgenossenschaft) , ayant ses assemblées à époques régulières. De l'unité de vie économique devait sortir plus tard l'unité de vie politique.

Le pays d'Uri faisait partie du comté de Zurich, mais les terres de l'abbaye de Zurich étaient, de par la donation de 853, soustraites à la juridiction comtale et placées sous la protection de l'empereur. « II était interdit, dit l'acte S aux comtes ou juges publics d'importuner dans ces localités les hommes libres et les serfs qui y demeurent, d'exiger d'eux des cautions, des prestations, amendes ou droits de ban quelconques. » L'avoué impérial venait deux fois l'an rendre la justice sous le tilleul d'Altorf. Le partage du pays entre ces deux autorités présentait beaucoup d'inconvénients, et comme la partie du canton appartenant au couvent de Zurich était la plus importante, la juridiction impériale finit par

* Voir le regeste publié par M. Oechsli à la suite de son volume sur les Origines de la Confédération suisse.

prévaloir sur la juridiction comtale. Cette situation privilégiée des Uranais était une conséquence indirecte de la donation impériale. L'avouerie fut exercée par les Lenzbourg, puis par les Zaeringen. Plus tard, elle fut confiée par l'empereur Frédéric II à son fidèle partisan, le comte Rodolphe de Habsbourg. Celui-ci ayant hérité des Lenzbourg le comté de Zurichgau, les habitants d'Uri couraient le danger de se voir traités, par les Habsbourg, en simples sujets et assimilés aux habitants de la Suisse centrale. Leurs voisins de Schwyz étaient exposés au même péril.

Le pays de Schwyz ne comprenait primitivement que la gracieuse vallée située au pied des Mythen, la vallée de la Muotta et le village de Morschach. Le nom même de Schwyz n'apparaît dans l'histoire que deux cent cinquante ans après celui d'Uri. La première mention qui en est faite se trouve dans un acte du 24 août 972, par lequel l'empereur Othon II confirme à l'abbaye d'Einsiedeln des donations faites par son père et par d'autres bienfaiteurs, parmi lesquelles se trouvent des propriétés situées à Suittes, dans le Zurichgau. Cette contrée était habitée par un nombre inusité d'hommes libres, petits propriétaires fonciers, jouissant d'une complète indépendance sociale et d'une certaine indépendance politique, ne reconnaissant d'autres seigneurs que le comte du Zurichgau qui, pour eux, représentait le roi et la puissance impériale ; ils jouissaient donc d'une situation juridique supérieure à celle des sujets du comte. La suprématie sur ces hommes libres passa, par héritage, des Lenzbourg aux Habsbourg, et lors du partage qui se fit dans la maison de Habsbourg, en 1232, elle échut à la branche cadette, celle des Habsbourg- Laufenbourg. A côté des hommes libres, il y avait cependant, dans le pays de Schwyz , des vassaux relevant des couvents d'Einsiedeln, de Sch^Bnnis, Mûri, Engelberg et Cappel, ainsi que des Lenzbourg et plus tard des Habsbourg. Mais ils étaient en nombre inférieur aux hommes libres. Ces derniers, constitués en Markgenossenschaft, avaient le sentiment de leur dignité, et une indomptable ténacité. On les vit soutenir, durant le cours du douzième siècle, une lutte prolongée avec les moines d'Einsiedeln. Leurs populations et leurs troupeaux s'augmentant , ils avaient été conduits à défricher des régions désertes et à utiliser des pâturages jusque-là inoccupés; entraînés par leur ardeur, ils franchirent la ligne de démarcation des eaux qui sépare la vallée de la

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Muotta du bassin de la Sihl, prirent possession des pentes supérieures des montagnes, ainsi que de la vallée de la Biber, empiétement que le couvent d'Einsiedeln envisagea comme une atteinte à ses droits. Une première sentence impériale, rendue par Henri V, en 1114, à la requête de l'abbé, donna raison au couvent ; mais les Schwyzois, appuyés par le comte Ulrich de Lenzbourg, ne s'y soumirent pas et se maintinrent en possession des terres qu'ils avaient occupées. Une seconde sentence fut rendue contre eux, en 1143, par l'empereur Conrad III, qui leur ordonna, sous peine du ban de l'empire, de respecter les limites fixées en 1114. Les Schwyzois voyant que les moines continuaient à laisser inutilisées les terres qu'ils convoitaient les envahirent de nouveau et créèrent, dans les lieux où se trouvent aujourd'hui Iberg et Âlpthal, des prés, des champs, et y bâtirent des chalets. En 1213, l'abbé Conrad, qui avait le sentiment de la propriété très développé, voulut chasser les intrus par la force, et invoqua l'appui de son avoué, le comte de Rapperschwil. Une lutte sanglante qui dura trois ans en résulta, et, de guerre lasse, les partis s'en remirent à l'arbitrage du comte Rodolphe de Habsbourg l'Ancien, qui partagea le différend ; le couvent conserva la vallée supérieure de la Sihl jusqu'à la source de cette rivière, et les Schwyzois obtinrent la possession de Ober-Iberg et de V Alpthal.

La puissance grandissante des Habsbourg constituait un danger ; la position exceptionnelle des Schwyzois, dans le comté de Zurich, n'était pas garantie par un titre ; à cet égard, elle était moins assurée que celle des gens d'Uri qui, comme sujets d'une seigneurie ecclésiastique, se trouvaient protégés par Ta vouer ie impériale.

La situation politique des Unterwaldiens était très inférieure encore à celle des Schwyzois. Leur pays se trouve séparé en deux parties par les ramifications du Titlis et de la forêt de Kern; d'un côté se trouve le Nidwald avec Stans, de l'autre rObwald avec Sarnen. Cette division géographique, basée sur la ligne de partage des eaux, a persisté, au point de vue politique, jusqu'à nos jours. La contrée d'Unterwald est fertile et anciennement cultivée, elle est couverte d'un grand nombre de riches métairies. Divers seigneurs, tant ecclésiastiques que laïques y possédaient des terres ; c'était le cas des couvents de Luceme, Murbach, Béramunster, Mûri et Engelberg; ce dernier, fondé en 1122, avait

les possessions à Stans, Buochs, Heiiwil, Alpnach, Slaasstadt et iVoIfenschiess ; les Habsbourg, toujours comme héritiers des ^nzbourg, avaient des terres à Stans, Buochs et Sarnen. A côté les vassaux de ces seigneurs, il y avait cependant des hommes ibres, mais en moins grand nombre qu'à Schwyz ; concentri^ trincipalement à Sarnen et dans ses environs, ils devaient être es initiateurs du développement politique de l'L'nterwald. Enfin, «mme à Uri, il y avait une noblesse locale, composée des che- 'aliers de Samen, de Buochs, de Winkelried, de Wolfenschiess et le Waldet^urg. Malheureusement, il n'existait pas de lien entre «s catégories sociales. Il n'y avait pas d'Allmend commun comme I Schwyz et à Uri. Politiquement, l'Unlerwald faisait partie du lurichgau, et se trouvait ainsi sous la domination des Habsbourg ; I n'était pas au bénéfice d'une avouerïe impériale comme Uri et le possédait pas de communautés libres comme Schwyz. Les Kîssessions des couvf'nts étaient bien théoriquement affranchies le la juridiction du comte, mais comme c'étaient généralement les omtes qui exerçaient l'avouerie de la plupart des couvents, les labshourg, en fait, exerçaient sur tout le pays une souveraineté ans partage.

On a souvent représenté les habitants des Waldstjetlen comme unissant d'une pleine liberté datant de temps immémorial et dont Is auraient été dépouillés par violence. On voit par ce qui préède que les gens libres n'y étaient qu'en nombre limité et que a population y était fractionnée en classes dont les droits avaient té fixés par des ordonnances et par de vieilles coutumes. Les erfs de l'Eglise jouissaient de libertés inviolables ; les paysans onsitaires possédaient des avantages qui ne permettaient pas de 3S confondre avec les vassaux et les serfs. Tous avaient à un laut degré le sentiment de leurs droits, que menaçait la puissance roissante des Habsbourg.

Les droits des Habsbourg sur les habitants des Waldslietten talent de diverses natures, ici très étendus, là très restreints, uivant le titre qui les conférait. Ils avaient une tendance naurelle à faire disparaître ces diversités et à asseoir leur dominaion sur des bases uniformes. Mais les Waldstaettcn étaient sur leurs tardes. Au début, ils ne songeaient qu'au maintien de leurs droits, ilus tard seulement, lors(jue la lutte eut excité leur ardeur, ils ongèrent à une émancipalion complète. Au treizième siècle, on

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voit se produire, dans toutes les contrées du centre de l'Europe, un soulèvement des classes populaires qui, aspirant à la liberté ou à une plus grande indépendance, cherchent à briser les liens puissants qui les tenaient dans la servitude.

Les habitants des Waldstœtten s'efforcent d'atteindre graduellement cette émancipation par des moyens légaux. Dans cette voie laborieuse ce sont les Uranais qui ouvrent la marche.

Au printemps de Tannée 1231, l'empereur Frédéric II faisant la guerre en Italie contre le pape et les villes lombardes, la régence était occupée par son fils aîné, Henri ; les Uranais le sollicitèrent de leur garantir les franchises impériales qu'ils possédaient et de consacrer, par un rattachement direct à l'empire, leur indépendance du comté de Zurich dont ils faisaient partie géographiquement. Le roi Henri accueillit leur requête et écrivit, en date du 26 mai 1231, à ses fidèles, tes gens de la vallée d*Un, qu'il les avait rachetés de la sujétion du comte Rodolphe de Habsbourg TAncien, leur promettait de ne jamais les détacher de l'empire d'une façon quelconque, et invitait leurs communautés à faire en ce qui concerne V impôt d'avouerie ce que son fidèle Arnold d'Ah (de Aquis), qu'il délégua auprès d'eux, leur commanderait en son nom.

C'est à ce document important qu'on peut faire remonter l'indépendance du canton d'Uri, c'est la première reconnaissance légale de la position exceptionnelle des anciens Uranais qui, dorénavant affranchis de la tutelle héréditaire du comte du Zurichgau, furent administrés par des fonctionnaires royaux amovibles.

Le danger auquel les Uranais étaient exposés auparavant, de se voir assimilés aux sujets d'un seigneur, était ainsi écarté. Le pays n'était pas absolument indépendant, ainsi qu'il l'a été depuis, mais sa position devenait semblable à celle des villes impériales, il s'administrait lui-même ; il pouvait avoir son sceau (sur le sceau qu'il adopta figure un taureau sauvage, dont le nez est traversé par un anneau), lever des impôts et avoir à sa tête un landamman ; mais ses relations avec les couvents du Fraumunster et de Wettingen restaient ce qu'elles étaient auparavant. En réalité, dans un temps où le pouvoir impérial était si affaibli, relever de l'empire était l'équivalent de l'indépendance. On peut penser que le fait que le commerce commençait précisément alors à employer la voie du Gothard ne fut pas sans influence sur la détermination d'Henri ; il y avait, en effet, pour l'empereur un in-

térêt évident à placer sous la surveillance directe de l'empire les abords d'un passage aussi important.

La cession que fit Rodolphe de Habsbourg de son droit de bailliage, suivant G. de Wyss et Meyer de Knonau, aurait été « le prix du pardon accordé, peu auparavant, par Henri au fils aîné de Rodolphe qui avait encouru la disgrâce royale par une guerre en Alsace. » La faveur contenue dans l'acte de 1231 n'était du reste qu'une confirmation des avantages conférés par l'acte de 853. Cette confirmation peut être envisagée comme la pierre angulaire sur laquelle repose l'édifice de la liberté suisse. En effet, sans le rachat d'Uri par l'empire, cette contrée serait demeurée territoire habsbourgien ; sans l'exemple d'Uri, il est peu probable que les Schwyzois eussent songé à solliciter l'immédiateté impériale, et, sans cette indépendance, l'alliance des trois cantons serait demeurée dénuée d'importance politique. La charte d'Henri nous prouve que, déjà en 1231, tous les habitants d'Uri s'étaient réunis pour former une communauté (universitds) .

Les Schwyzois aspiraient à faire à leur tour la même évolution que leurs voisins d'Uri. Dix ans ^ne s'étaient \)f^s écoulés depuis que ceux-ci Tavaient accomplie lorsque la situation particulière où se trouvait l'empereur Frédéric II fournit a^x Schw^yzois l'occasion désirée. L'empereur était en IiOmbai'die''ën lutte avec le saintsiège et venait d'être mis à l'interdit par le pape Grégoire IX. Le comte Rodolphe de Habsbourg-Laufenbourg, dit le Taciturne, fils cadet de Rodolphe l'Ancien, auquel, dans le partage des biens de son père, était échu le landgraviat du Zurichgau, abandonna la cause de l'empereur. Pour maintenir ses relations avec l'Allemagne, Frédéric II avait besoin des passages des Alpes ; il s'était assuré le Brenner ; le Saint-Gothard était aux fidèles Uranais ; la possession du pays de Schwyz par les Habsbourg -Laufenbourg pouvait lui être très préjudiciable. C'est à ce moment que les Schwyzois, avec une grande habileté, envoyèrent à Faenza une délégation pour témoigner à l'empereur de leur dévouement et de leur attachement. En reconnaissance de leur loyalisme, l'empereur leur remit, en décembre 1240, au camp de Faenza, un document par lequel il déclare « qu'il les prend sous sa protection spéciale et sous celle de Tempire, comme hommes libres, qui n'ont à s'inquiéter que de lui et de l'empire et ont choisi librement sa souveraineté et celle de l'empire, et qu'il ne per-

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mettra à aucune époque qu'ils soient soustraits à la souveraineté de l'empire. »

Une occasion favorable allait bientôt s'offrir à Rodolphe le Taciturne pour replacer le pays de Schwyz sous sa dépendance. Le 17 juillet 1245, le concile de Lyon sanctionna la bulle papale d'interdit lancée contre Frédéric II, et invita les princes allemands à lui donner un successeur. Le comte Rodolphe de Habsbourg- Laufenbourg qui s'était réconcilié avec l'empereur et avait été au camp impérial devant Gapoue, abandonna de nouveau la cause de Frédéric II et se joignit au parti papalin qui releva la tête en Suisse. La cause impériale était si désespérée que les Schwyzois eux-mêmes, un moment ébranlés, firent la paix avec l'Eglise et avec Rodolphe le Taciturne. Mais l'attitude intrépide de Frédéric II donna du courage à ses partisans et l'on vit les bourgeoisies des villes gibelines, Zurich, Lucerne, Berne et les gens des Waldstœtten se liguer pour soutenir la cause des Hohenstaufen. A la requête de Rodolphe le Taciturne, le pape mit au ban les gens de Schwyz, qifcii**S*^aîent « criminellement soulevés » contre leur comte (28 août ji^47). On ignore quelles furent les suites de cette condamnation qui vjisait ai^ssi Lucerne. Quoi qu'il en soit, ces deux chartes d'Un et de Scljwyz, émanant des Hohenstaufen, ont une grande impoi tance, car* elles furent un acheminement à l'alliance de 12i>l.^

La lettre pontificale du 28 août 1247 nous montre que les Schwyzois n'avaient pas été seuls à se soulever contre le comte d'Habsbourg-Laufenbourg ; elle met sur le même pied qu'eux les gens de Samen. Un autre document de l'époque montre que ce soulèvement s'étendit encore au Nidwald. Les notables de Stans et de Buochs, ministériaux et paysans libres ayant à leur tête le curé Walter, les chevaliers Walter de Fugislo, Rodolphe de Winkelried, Wemer de Buochs^ Walter d'Aa, Vamman de NideweiU B. de Wolfenschiessen, etc., écrivent au conseil de Zurich une lettre touchant le couvent d'Engelberg et lui souhaitent à cette occasion le triomphe et la victoire sur leurs ennemis ; à défaut de sceau leur appartenant en propre, ils scellent leur lettre avec celui de leurs alliés de Lucerne. Les ennemis communs aux Lucernois, aux Zuricois et aux Nidwaldiens ne pouvaient être que les partisans du pape.

Lorsque Louis de Bavière confirma, en 1316, aux Waldstœtten

Ifl

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