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CHAPITRE II Le pacte de

Rodolphe de Habsbourg et les Waldstœlten. — Mort de l'empereur, première alliance perpétuelle des cantons forestiers.

Les Waldstaetten étaient redevables de leurs premiers succès aux troubles du règne de Frédéric II. Après la mort de ce monarque et de son fils Conrad, le parti du saint-siège triompha, Lucerne retomba sous la domination du couvent de Murbach et dut renoncer à son alliance avec Berne, Zurich et les Waldstaetten. Le comte de Habsbourg-Laufenbourg fit construire, non loin de Lucerne, le château de Neu-Habsbourg pour tenir en bride les Schwyzois, et refusa de reconnaître la lettre de franchise que leur avait accordée Frédéric II ; cependant, ceux-ci maintinrent leurs droits, et las de leur résistance, le comte Eberhard de Habsbourg- Laufenbourg, le fils du Taciturne, finit par vendre les biens qu'il possédait dans les Waldstœtten, à son cousin Rodolphe, peu avant l'avènement de celui-ci au trône impérial (1273).

Durant le long interrègne, Rodolphe avait pris en Suisse une position de plus en plus prépondérante ; en l'absence d'un avoué impérial, les Zuricois avaient sollicité sa protection; à la requête des Uranais, il vint siéger au milieu d'eux, comme juge en lieu et place du bailli impérial et rétablit la paix dans cette vallée que troublaient les factions (1257-1258). C'était un prince qui savait se rendre populaire ; on nous le représente vêtu d'un simple pourpoint, allant dans les tavernes boire de la bière avec les bourgeois. Prudent et opportuniste, mais ferme dans ses desseins, il poursuivait avidement ses intérêts. L'empire allemand formait alors une agglomération de quelques centaines de principautés, de villes et de pays souverains ; il ne pouvait être question d'opérer une centralisation des pouvoirs ; malheur à l'empereur ou au roi qui aurait tenté une telle entreprise. Rodolphe le savait, il avait été élu précisément, parce que sa condition relativement modeste ne portait pas ombrage ; politique avisé, il sut se placer au-dessus des querelles qui divisaient les Guelfes et les Gibelins, il abandonna les Italiens à leur sort et fit sa paix avec l'Eglise. Il

se rencontra avec le pape Grégoire X à la consécration de ta cathédrale de Lausanne qui fut inaugurée en grande pompe en lâ75. Diplomate consommé, il cédait sur les questions de forme et poursuivait son but qui était de fonder une maison puissante. Une fois la paix, avec le pape conclue, il attaqua, avec Taide de l'Eglise, le roi Ottokar de Bohême qui, au mépris des droits de l'empire, s'était emparé des provinces d'Autriche, de Styrie et de la Camiole ; il battit son rival à Marchfeld près devienne, le âti août 1278, donna ces duchés en fiefs à ses fils et transporta ainsi sur le Danube le centre de gravité de sa maison qui devint la plus importante dynastie d'Allemagne. Ce changement eut une grande importance pour la Confédération suis.se , les nouvelles provinces que venaient d'acquérir les Habsbourg devant tout naturellement absorber une grande partie de leur activité. Cependant, l'empereur Rodolphe ne perdait nullement de vue son pavs d'origine où il chercha par tous les moyens justes ou injustes à étendre ses possessions. Nous avons vu plus haut ses démêlés au sujet de Thérilage des Kibourg. Profitant de la pénurie de son cousin le comte Eberhard de Habsbourg-Laufenhoarg, il acheta de lui la ville de Fribourg. Il exigea du comte Philippe de Savoie (le successeur de Pierre) les villes de Payeme, Moral et Guminen que le faible roi Richard avait détachées de l'empire. En 1383, il s'empara du Porrentrug. Au moment de l'extinction de la ligne mâle des Rapperschwil il occupa le baillage impérial tVUrseren et le donna en fief à ses fils, puis, ainsi qu'on l'a vu plus haut, il contraignit les abbés d^Einsiedeln, de Saint- Gall et de Pfœffers à transférer à sa maison tous tes fiefs que les Rapperschwil tenaient d'eux ; il s'empara de la même manière des fonctions de meier du pays de Glatis qui appartenaient à l'abbesse de Sœckingen, et de favouerie du couvent d'Ittingen. L'abbé de Murback se trouvant dans une situation gênée, vendit Luceme à Rodolphe, en dépit de l'engagement qu'il avait pris envers ses habitants de ne jamais l'aliéner. Au milieu de tous ses actes de faiblesse qui favorisèrent la cupidité des Habsbourg, la jeune ville de Berne offre un spectacle digne de remarque, elle conserve fidèlement ses sympathies à la maison de Savoie. Vexé de celte attitude, Rodolphe mit, en avril 1288, le siège devant Berne avec 30 000 hommes ; mais il fut oblige de le lever pour repousser le comte de Montbéliard qui ravageait le Porreotruy ; en aortt, il reprit le siège, sans succès. Au printemps suivant, le duc Ro-

dolphe, fils de Tempereur, reprit une troisième fois le siège de Berne, parvint à attirer les Bernois dans une embuscade, leur fit éprouver une sanglante défaite à la Sch\[)sshalde et les obligea à implorer la clémence impériale. Le courage des Bernois leur valut le respect du vainqueur, et leur cité conserva la dignité de ville impériale.

Les conquêtes des Habsbourg avaient été faites généralement à prix d'argent et se traduisirent pour leurs sujets par de lourdes charges. A côté des anciennes redevances féodales, Rodolphe, au mépris des usages établis et des promesses faites, institua un impôt régalien, d'un taux variable, sur les personnes et les biens, auquel il assujettit tant les hommes libres que les gens du bailli et les serfs qu'il groupa en arrondissements délimités avec précision. Pour donner une idée de l'importance de ces charges citons l'impôt impérial de mille marcs prélevé, en 1291, sur les Zuricois. M. Oechsli calcule que 1000 marks, en tenant compte de la dépréciation de l'argent, équivalent à 300000 francs de notre monnaie actuelle. A ces prestations pécuniaires s'ajoutaient des levées de troupes considérables, c'est ainsi qu'on voit Rodolphe recruter, en 1287, à Schwyz, 1500 hommes pour sa campagne de Bourgogne. Sous le règne de l'empereur Rodolphe, les pays d'Uri et de Schwyz subirent la même loi fiscale que les villes impériales, mais ils conservèrent leur autonomie. Immédiatement après son avènement au trône impérial, Rodolphe avait, en date du 8 janvier 1274, confirmé à la communauté d'Uri ses franchises et pris l'engagement de ne jamais la donner en gage ni la détacher de l'empire. La situation n'en devenait pas moins inquiétante pour les gens d'Uri, car leur petit territoire, par l'annexion successive d'Urseren, de Glaris et de Lucerne aux domaines des Habsbourg- Autriche , était complètement enclavé. Quant aux Schwyzois, après la cession faite par le comte Eberhard de Habsbourg à son cousin Rodolphe, en 1273, ils n'avaient pu songer à se faire confirmer les lettres de franchises accordées par Frédéric II, d'autant plus que la grande cour de justice assemblée à Nuremberg avait frappé de nullité les actes faits par l'empereur Frédéric II postérieurement à son excommunication (prononcée le jour des Rameaux 1239). Cependant la charte de Frédéric II concernant les Schwyzois ne fut pas expressément annulée, et ceux-ci conservèrent une certaine autonomie ; ils continuèrent à avoir à leur tête des ammans, proba-

PÉBIODE HÉROÏQUE

înt au nombre de quatre, dont le premier portait le titre de mman et faisait les Tonctions déjuge; ils tenaient des landsindes et Taisaient usage d'un sceau. Leur participation à la agne de Bourgogne, en 1289, leur valut la faveur du roi ;ur donna Passurance que jamais un homme non libre ne , désigné pour les juger.

iterwald était dans un état de sujétion beaucoup plus complet k;h\vyz. Ce pays était devenu une province complètement >ourgieDDe. Rodolphe, en effet, réunissait en ses mains les i que les deux branches des Habsbourg, les Kibourg et Tabde Murbach, possédaient tant à titre de seigneur que d'avoué le Nidwald et TObwald, et ainsi qu'on l'a vu plus haut aulettre de franchise ne protégeait les communautés d'hommes de ces contrées. Etant donné l'avidité du fondateur de la >n impériale de Habsbourg, on comprend qu'il devait y avoir les vallées de ^lInter^vald, les germes d'un mécontentement i éclater.

Ile était la situation des Waldstœtten lorsque l'empereur Role mourut à Spire le 15 juillet 1291, sans avoir pu assurera ils Albert la succession au trône impérial. Quinze jours après, ommencemeot d'août, les représentants d'Uri, de Schwyz Nidwald se réunisseut et renouvellent solennellement l'als conclue vers le milieu du siècle. Le document où ils fixeles conditions de cette alliance, rédigé en latin, se trouve, e muni des sceaux d'Uri et d'L'nterwald, dans les archives hwyz. Le sceau de Schwyz qui figurait le premier manque, édacteui-, suivant toute vraisemblance, était un ecclésias-

rès six siècles on ne peut aujourd'hui relire sans émotion le de cette alliance mémorable qui devait unir indissolublement

ois cantotis primitifs pour les bons et les mauvais jours, voici la teneur :

u nom du Seigneur, amen. C'est chose honnête et profltable au bien : de consolider les trailés dans un état de paix et de tranquillité, onc notoire à tous que les hommes de la vallée d'Uri, la commune vallée de Schwyz et la commune de ceux de la vallée inférieure >rwald, considérant la malice des temps et à l'effet de se défendre intenir avec plus d'efficace, ont pris de bonne foi l'engagement de iter mutuellement de toutes leurs forces, secours et bons offices, u dedans qu'au detiors du pays, envers et contre quiconque tente-

rait de leur faire violence, de les inquiéter ou molester en leurs personnes ou en leurs biens.

:» Et, à tout événement, chacune des dites communautés promet à l'autre de venir à son aide en cas de besoin, de la défendre, à ses propres frais, contre les entreprises de ses ennemis, et de venger sa querelle, prêtant un serment sans dol ni fraude, et renouvelant par le présent acte l'ancienne Confédération ; le tout sans préjudice des services que chacun, selon sa condition, doit rendre à son seigneur.

Y Et nous statuons et ordonnons, d'un accord unanime, que nous ne reconnaîtrons dans les susdites v&llées aucun juge qui aurait acheté sa charge à prix d'argent ou de quelque autre manière, ou qui ne serait indigène et habitant de ces contrées. Si quelque discorde venait à s'émouvoir entre les Confédérés (conspiratos), les plus prudents interviendront par arbitrage pour apaiser le différend, selon qu'il leur paraîtra convenable, et si l'une ou l'autre des parties méprisait leur sentence, les autres Confédérés se déclareraient contre elle.

» En outre, il a été convenu que celui qui, frauduleusement et sans provocation, en tuerait un autre, serait, au cas qu'on se saisit de lui, puni de mort selon son mérite ; et, s'il parvient à s'échapper, il ne pourra en aucun temps rentrer dans le pays. Pour les fauteurs et les receleurs d'un tel criminel, ils seront bannis des vallées jusqu'à ce qu'ils aient été duement rappelés par les Confédérés. Celui qui, de jour ou de nuit, aura méchamment causé un incendie, perdra pour jamais ses droits de concitoyen ; et quiconque dans les vallées assistera et protégera ce malfaiteur, devra réparer de ses biens le dommage souffert. Et si l'un des Confédérés porte atteinte à la propriété d'autrui par vol ou de toute autre manière^ les biens que le coupable possède dans les vallées serviront, comme de juste, à indemniser le lésé. En outre, personne ne doit prendre un gage d'autrui, sinon des débiteurs ou cautions manifestes, et après avoir, même dans ce cas, obtenu l'autorisation du juge K Et chacun doit obéir à son juge et indiquer, s'il est besoin, quel est dans le pays le juge à l'autorité duquel il est soumis. Et si quelqu'un refusait obéissance au jugement, au point de faire dommage par sa résistance à l'un des Confédérés, tous les Confédérés seraient tenus de contraindre le contumace à donner satisfaction. En cas de guerre ou de discorde entre Confédérés, si une partie se refuse à recevoir jugement de composition, les Confédérés devront prendre la cause de l'autre partie.

9 Tout ce que dessus^ statué pour l'utilité commune, devant, s'il plait à Dieu, durer à perpétuité. En foi de quoi le présent acte a été dressé, à la requête des prénommés, et muni des sceaux des trois communautés et vallées. Fait en l'an du Seigneur 1291, au commencement d'août. »

On ignore où fut conclue l'alliance perpétuelle ; dans la suite, les premiers Confédérés avaient l'habitude de se réunir à Schwyz, à Brunnen, à Stans ou à Beckenried, et l'on peut supposer que ce

* Cette intervention du juge se retrouve également dans les statuts de Savoie, mais n'était pas indispensable à teneur de la charte de Moudon. (V^oirplushautp.176.)

'une de ces localités que Tut conclue l'alliaace de lâ91. tent est également muet quant aux noms des fondés de les trois cantons. Quelques semaines plus tard, lors ice conclue entre les Waldstaetten et le conseil de Zurich, tobre 1291, nous voyons stipuler, au nom d'Uri, son an, le sire Amotd, meier de Silenen, et au nom de son landamman, le sire Conrad ab Iberg ; sur la même irent, en outre, les noms de trois Uranais, à savoir : les irner d'Altinghausen, Burkard, ancien landamman, et meier d'Erstfelden, et de trois Schwyzois, à savoir : les rad ab Iberg (déjà nommé), Rodolphe Stau/facher et Con- 1, choisis par les Zuricois, qui, réunis à six. bourgeois de us par les gens d'Uri et de Schwyz, doivent constituer ! de conseil chargé de statuer sur les cas où une demande rs pourrait être adressée à l'une ou l'autre des parties Dtes, suivant les besoins et dans les limites des condîsentes. L'on peut supposer que dans ces deux actes si es les délégués de Schwyz et d'Uri ont été les mêmes est sur eux que devrait se reporter la popularité dont

Waîler Furst et Wemer Stauffacher, auxquels la légende ë la place d'honneur et qui ont été longtemps considérés es initiateurs de nos libertés.

liet relève le fait que les signataires du traité du 16 octobre it qualifiés de sires ou seigneurs (her). Ce titre honorifique est à tous donné, ajoute-t-il, semble indiquer qu'ils occu- !S uns et les autres, dans la hiérarchie sociale, un rang r; Weruer d'Attinghausen , qui était incontestablement est pas ici qualifié autrement qu'eux. Il est intéressant de ' que cette revendication d'indépendance ait eu pour pro-

des hommes appartenant aux classes supérieures de la Cela n'a du reste rien que de conforme à l'histoire, où yons les Gracques, Guillaume d'Orange, Washington et tte se faire les champions des plus célèbres tentatives d'afiement politique.

Dtenu du traité d'alliance montre que ses auteurs étaient 1 d'expérience et qui ne se perdaient pas dans de vaines lions, a Ce qui frappe le plus chez eux, dit M. HÎIty, ; certaine modération qui n'exclut pas une grande harorsque cette hardiesse leur paraît nécessaire au but qu'ils isent ; et ce mélange s'est conservé dans la politique ulté-

rieure de la Confédération comme le trait caractéristique de ses meilleures périodes. »

La ligue que formaient les représentants des trois cantons forestiers était, selon toute probabilité, secrète ; un grand nombre des habitants du pays n'en eurent pas connaissance. Ces conjurés (conspirati) n'étaient point cependant des révolutionnaires. Vivant dans des temps agités, en présence d'un avenir incertain, ayant reçu précédemment des empereurs de précieuses prérogatives, ils veulent, au moment d'un changement de règne, se prémunir contre les actes de violence auxquels ils sont exposés ; leur but est essentiellement conservateur. D'autres ligues se formèrent dans le courant du même siècle entre les villes du Rhin, du nord de l'Allemagne et de la Souabe, mais conclues pour un temps et dans un but déterminés, elles n'aboutirent pas à la création d'Etats. La ligue des Waldstaetten, conclue pour un temps indéfini (alliance perpétuelle), avait une portée tout autre et qui ressort déjà du texte même de l'alliance. Les trois cantons se promettent mutuellement assistance contre les ennemis du dehors. D'autre part, pour prévenir les désordres qui pourraient se produire au dedans et éviter sans doute des interventions impériales, ils établirent un système d'arbitrage en cas de conflit et un mode d'exécution fédérale pour assurer le respect des sentences arbitrales. Ils posent des principes fondamentaux de droit pénal ; c'est ainsi qu'ils excluent de l'indigénat les grands criminels ; en matière de droit civil, ils prennent également les mesures nécessaires pour assurer l'exécution des jugements ; ils interdisent au lésé de se rendre justice à soi-même, c'est le principe qui hit formulé plus tard dans la charte des prêtres (1370). D'autre part, ils réservent expressément a les services que chacun, selon sa condition, doit à son seigneur. » Par contre, ils contestent à l'Empire un droit indubitable, lorsqu'ils décident de ne reconnaître aucun bailli impérial étranger à leurs vallées. C'était un premier pas vers l'émancipation politique qui devait s'achever lors des traités de 1499 et de 1648.

L'alliance des Waldstaetten de 1291 et celle de 1315 qui en est la confirmation sont à la fois plus complètes et plus intimes que celles qui furent conclues ensuite avec les autres cantons et l'on peut regretter, observe M. Oechsli, que les stipulations n'en aient pas été purement et simplement étendues aux Etats qui entrèrent successivement dans la Confédération.

PÉMODE HÉROÏQUE

£ légeode de Tell d'après le Lii're blanc, chroniques d'Heemmerlin et de Juslinçer, ballade de Tell, chroniques de Melchior Russ el de Schetling. — Fixation de la légende, chroDiques d'Ellerlin et de Tscbudi, histoire de Jeao de Muller; coaleslaiion au sujel de la léa^ode, E. de Haller, Freudeoberg-, Kopp ; poinu de vue modernes sur la lé^nde, Hilliel, G. de W^ss, Vaucher, DândUker,

Nos anciens historiens faisaient remonter les origines de l'iDciéendance des Waldstsetten à des événemenls de dix-sept ans ostérieurs à ceux que nous venons de rappeler, ce qui s'explique isément, le texte du traité de lâ91 étant demeuré longtemps jnoré, enfoui qu'il était dans les archives de Schwyz. Des récits ; transmettant de fils en ûls et de générations eo géoéralions, nt donné Heu à la formation de poétiques légendes, chantées par chiller et par Rossini, qui ont rendu célèbres à jamais les noms e Guillaume Tell, de Walter Furst, de Stauflacher, d'Arnold de lelchthal, ainsi que la verte prairie du Grutli ou Rutli.

A la fin du quinzième siècle, au moment où les Suisses faisaient îtentir l'Europe du bruit de leurs exploits militaires, vers l'an 470, nous constatons l'existence d'un chant qui rapporte excluvement au pays d'Uri et à Guillaume Tell la naissance de la onfédération. A cette première version de la tradition populaire en ajoute une seconde, datant de la même époque, où les avenires de Tell sont représentées sous un aspect différent. C'est l'œure d'un chroniqueur anonyme dont le manuscrit, appelé le Livre anc, se trouve déposé dans les archives deSarnen. Le Livre blanc întient non seulement le récit de l'épisode de Guillaume Tell, il met icore en scène Walter Furst, Arnold de Melchthal et Stauffacher, jxquels il assigne le rôle principal dans la conjuration du Grutli, , il raconte sur les uns et les autres diverses anecdotes qui jettent Q jour odieux sur les agissements des baillis autrichiens auxquels donne les noms de Gessler et de Landmberg. Depuis les plus iciens âges, raconte l'auteur dans son style sentimental, les hâtants des Waldstietten cultivaient en paix leur pays. Cri avait é le premier à se séparer de l'empire des Césars. Des Romains

venus ensuite à Unterwald demandèrent à Tempereur la permission de s'y établir et de le défricher. Enfin, les Suédois, chassés de leur pays par la Tamine, obtinrent également de l'empire l'autorisation de s'y fixer en conservant leur liberté. Un lonsç temps s'était écoulé lorsque les comtes de Habsbourg acquirent de grandes possessions dans le voisinage. Un d'entre eux, le comte Rodolphe, devint roi des Romains et soumit à son pouvoir l'Argovie, la Thurgovie et le Zurichgau. 11 gagna les paysans par de bonnes paroles, leur olTril sa protection pour le cas où ils deviendraient sujets de Tempire, leur promit que les impôts seraient modérés et que les baillis impériaux feraient respecter leurs anciens droits, libertés, privilèges et usages. Les Waldstœtten y consentirent et Rodolphe tint ses promesses. Mais, après la mort de [Rodolphe, les baillis devinrent hautains et durs ; les cantons primitifs ne purent supporter leur manière d'agir. La famille du roi s'étant éteinte, ses héritiers, les comtes du Tyrol, furent investis de ses domaines en Thurgovie, en Argovie et dans le comté de Zurich. Alors un Gessler devient bailli d'Uri et de Schwyz et un Landenberg à Unterwald ; ils se conduisent encore plus tjTanniquement que leurs prédécesseurs et commettent toutes sortes d'iniquités et d'actes de violence et de libertinage.

Le chroniqueur intercale dans son récit quelques-uns de ces méfaits : « Il les classe systématiquement, dit M. Rilliet, d'après une combinaison où il semble qu'il a cherché, d'une part, à tenir compte des subdivisions politiques des Waldstetten, et, de l'autre, à se conformer aux catégories entre lesquelles le dixième commandement du décalogue répartit les diverses formes de la convoitise. Après avoir marché sur le terrain de l'histoire comme un homme perdu dans les ténèbres, il devient prolixe et retrouve son assurance lorsqu'il aborde le domaine de la fiction. »

Le bailli de Sarnen, Landenberg, ayant appris qu'un habitant du Melchthal possédait un bel attelage de bœufs, envoie un de ses valets pour s'en emparer en lui faisant dire que les paysans pouvaient tirer eux-mêmes leurs charrues. Le fils du paysan s'oppose à cette spoliation, blesse le valet, lui casse deux doigts de la main et, craignant la vengeance du bailli, prend la fuite. Landenberg donna Tordre de crever les yeux du vieux paysan et lui confisqua ses biens.

Passant de l'Obvvald au Nidwald, le chroniqueur nous transporte à Allzellen, là vivait un respectable paysan dont la femme

irt jolie. Le seigneur de l'endroit (Wolfensckiess) s'en , et, en l'absence du mari qui était allé au bois, veut con- ; la paysanne à se baigner avec lui, celle-ci refuse ; sur refaites, le mari revient et dans sa légitime colère lue d'un ; hache l'Impudique seigneur.

le même temps, lisons-nous dans le Livre blanc, il y avait

yz un homme nommé Stauffacher ou Stoapacher, il habitait lï il avait construit une confortable maison de pierre. Le bailli venant à passer à cheval appela Stauiïacber et lui demanda tppartenait cette jolie demeure. Stauffacher lui répondil : i seigneur, elle est à vous et je la tiens en fief de vous. »

continua son chemin. StaiiiTacher était plein d'inquiétudes, naît que le bailli ne s'emparât de son bien et de sa per-

Sa femme remarqua qu'il avait du souci et l'engagea à art de ses inquiétudes à ses amis d'Uri et d'I'ntenvald, ■her vit un des Furst d'Uri et l'homme du Melchthal {Erni oid) qui s'était enfui de l'Untervvald. Ces trois hommes se ;nt rendez-vous, et tinrent avec d'autres hommes des con- ?s secrets, de nuit, près du Mythen, en un endroit appelé

ainsi que la femme de Stauffacher aurait été Tinspiratrice ivement d'émancipation des Waldstietten. Par le temps qui 3Ù l'on parle beaucoup des droits de la femme, et fort peu devoirs, il est intéressant de constater le rôle important at- )ar le Livre blanc à la compagne du héros schwyzois. Pour fait, en apparence insignifiant, ait trouvé place dans la léil faut admettre que la femme jouissait, dès les auciens âges, ;rande considération chez les Wald-stsetten. Or, il y a long- (u'on l'a dit, la situation qu'un peuple fait à la femme et lion que la femme prend dans ce pt'uple est le baromètre jvilisation. Là où la femme courtisée et adulée est enviomme une source de plaisir pour l'homme, elle fait volonlyer par ses caprices les agréments qu'elle procure ; le nt de la responsabilité s'atrophie en elle , et parfois dent une entrave pour son mari. Là, au contraire, où e associe sa femme à ses travau\ et à ses préoccupations, vient une aide puissante, elle double sa force, il peut sans arrière-pensée à ses travaux et accomplir, le cas , les sacrifices que lui commande son devoir ; dans les roubles, l'atlitude de la femme et la manière dont elle a su

accepter sans plainte les revers de la fortune, renoncer à son bien-être, endurer des perst^culions, encourasçer à raction son époux et ses fils, ont sou%'ent eu une influence déterminante sur les événements. Cette influenœ, pour ne s'être pas manifestée par des faits extérieurs patents, n^en a pas été moins efficace, et elle se révèle par certains indices. Nous sommes très porté à croire que la vaillance de leurs dignes compagnes est un des secrets qui expliquent la rare énergie que les Suisses ont montré<.' à certains moments de leur histoire; on les a vues combattre physiquement à leurs côtés, à la Neueneck et à Stanz, ailleurs elles ont soutenu le moral de leurs époux et de leurs frères et leur ont épargné ces angoisses indicibles et ces pleurs inutiles qui amollissent le cœur des plus braves. Par leur esprit de sacrifices, elles ont plus contribué que les modernes apôtres de ce qu'on appelle l'émancipation de la femme au développement de notre patrie, ceci soit dit sans préjudice à ce que certaines revendications ont de légitime.

Après les deux Unterwald et Schwyz, llri, à son tour, fournit son appoint à la légende et Guillaume Tell entre en scène. Gessier, par une fantaisie de tyran, prescrit sous peine d'amende qu'on rende hommage à un chapeau placé sur le haut d'une perche 1 sous les tilleuls d'Uri. » « Or, il y avait un brave homme qui s'appelait le Tkall, lequel s'était aussi engagé par st;rment avec SlaulTacher et ses compagnons, il passait souvent d'ici, delà devant la perche, et il ne voulait pas la saluer. » Gessier en ayant été informé fit venir Tell et lui demanda le motif de sa désobéissance. Celui-ci s'excusa, alléguant qu'il n'a%'ait pas de mauvaises intentions, qu'il ignorait que le bailli attachât autant d'importance à ce salut. « Si j'avais de l'esprit, dit-il, je m'appellerais autrement et non pas le Tkall (le simple, le benêt). » Tell possédait une arbalète el un joli enfant. Gessier le força à enlever avec une flèche une pomme qu'il fit placer sur la tête du jeune garçon. Tell voyant qu'il n'y avait pas moyen de résister, arma son arbalète, demanda A Dieu de protéger son fils, visa la pomme et la fit tomber de dessus sa tête. Le bailli remarquant que Tell avait caché sous son pourpoint une seconde llè<^'he, lui en demanda le motif. L'archer chercha à se dérober, mais le bailli insista : < Dis-moi la vérité et je t'assure la vie. » Tell répondit : « Puisque tu m'as promis la vie je te dirai la vérité : si mon coup avait manqué et que j'eusse atteint mon fils, j'aurais dirigé ma flèche contre toi ou l'un des tiens. » Là-dessus le bailli répliqua :

PÉRIODE HÉROÏQCE

rai que je t'ai promis la vie ; mais je vais te placer en fi tu ne verras plus oi le soleil ni la lune, ■ et il le fait , Les valets du bailli placèrent Tell dans une nacelle, son itait déposée sur l'arrière, et ils s'embarquent ensemble

dans la direction de TAxen. Parvenus devant ce rocher ùrieux s'éleva. Gessicr et les bateliers furent saisis de 'un d'eux s'adressant au bailli lui dit : « Vous voyez ui va nous arriver, faites donc délier le Tell, il est un )rt et sachant tenir le gouvernail, et donnez-lui l'ordre iauver. » Alors le bailli dit à Tell : « Si tu veux nous

te fais délier, o L'archer répondit ; « Je le veux bien, • aux rames, surveillant de l'œil son arbalète. Arrivé

plateforme qui porte aujourd'hui son nom, il saisit son lance à terre d'un bond et repousse du pied le bateau ^ots. Il traverse le pays de Schwyz et se rend au che- X de Kussnacht où il attendit le bailli, le perça d'une revint par les montagnes à Uri.

Doiqueur nous raconte ensuite comment Stauffacher et . conjurés se rendirent maîtres des châteaux de leurs irs; ils s'emparent d'abord du Twing-Uri, puis vont iment à Sarnm, à Sckwyz et à Stans. Le Rotzberg

leurs mains grâce à la complicité d'une jeune fille. Le le Sarnm fut surpris par ruse ; tandis que le bailli e la messe, des hommes lui apportèrent les présents ux fêtes de Noël, qui un veau, qui un mouton ou un

les fil entrer dans la cour du château, ils tirèrent leurs emparèrent des portes, et sur un signal que l'un d'eux 3C son cor les conjurés accoururent, insi, d'après la tradition du Livre blanc, que les trois yant reconquis leur indépendance jurèrent l'alliance qui

jusqu'à nos jours.

tivre blatte, dit M. Dândliker, constitue indubitablement nonuments les plus dignes de respect de notre vieille : historique. Il tient à ta fois de la chronique et de la léroïque. Tout lecteur en appréciera le charme poétique attra dans ces récits colorés l'œuvre d'un historiographe i imagination. Si à ces qualités se joignaient celles de la on trouve dans les poèmes homériques, cette narration aurait pu être pour les Suisses ce que l'Iliade et l'Odyssée ur les Grecs. »

L'auteur, sans aucun doute, était un Obwaldien, probablement de Samen ; il connaît les particularités de son château et la contrée environnante qu'il décrit avec amour. La tradition qu'il rapporte lui est familière, il la tire des récits qu'il a entendus, dès sa jeunesse. Pour ce qui concerne Uri et Schwyz, il réédile les récils de quelque ancienne cbronique, peut-être celle du Schwyzois Frund, composée vers 1440. Personne ne peut dire quelle est la part de Tinformation historique et celle de l'imagination du poêle dans la composition de ses récits. Environ vingt ou trente ans avant le moment où fut écrit le Livreblanc, de 1440 à 1450, le chanoine Hœmmerlin de Zurich, dans une sorte de pamphlet contre les Schwyzois, raconte un épisode que n'a pas reproduit le Livre blanc. Il s'agit d'un bailli placé par les Habsbourg au château de Loicerz, qui n'est pas Gessier et n'a rien à faire avec lui ; ce châtelain est tué par deux Schwyzois dont il avait séduit la sœur ; le comte ayant voulu punir les auteurs de cet attentat, une conspiration s'organisa ; le peuple se souleva et le château de Lowerz fut détruit.

Une chronique plus ancienne, composée au début du quinzième siècle (1420) par le bernois Juslinger, rapporte, ainsi que le fait plus tard la ballade de Tell, que les employés des Habsbourg commettaient des attentats sur les femmes et les jeunes filles. On voit ainsi que plus on remonte dans le cours du siècle, plus les faits deviennent vagues, a La petite nuée qui doit plus tard grossir et se développer, dit M. Rilliet, ne fait qu'apparaître à l'horizon. C'est d'abord l'idée abstraite de la tyrannie et de l'oppression qui prend possession des esprits ; les exemples viendront ensuite, »

La ballade de Tell elle-même, qui remonte aux environs de l'année 1470, sert de base aux récits de deux chroniqueurs lucemois, Melchior Russ (1482) et Schilling (1510). Dans la ballade de Tell comme dans le vieux drame de Tell qui remonte au commencement du seizième siècle, on voit figurer Tell au premier plan, tandis que dans le Livre blanc il n'est qu'un personnage subordonné, figurant au nombre des compagnons de Stauffacher. La tradition d'Uri fait de Tell un des trois conjurés ; il prend la place de Furst. Schilling attribue au comte ou au sire de Seedorf le rôle de Gessier. Russ dit qu'après l'incident de la pomme. Tell fut conduit auprès du bailli autrichien de Schwyz, auf das Schloss im See, c'est-à-dire à Lowerz, et c'est à la Telisplatie qu'il place le meurtre du bailli.

ces variantes à quel point la légende était peu mcement du seizième siècle.

anu dans le Livre blanc et qui fut reproduit enttniqueur lucernois P.-E. Elterlin, dont l'ouvrage i 4507, devint dans ses traits principaux la tradition iporta sur la version de Schilling. C'est A celle faisant subir toutefois certaines modifications, que a Suisse, le célèbre Egide Tscltudi, de Claris, irence. Pour fixer les idées, il donne des désignases à ses héros, sans qu'on puisse trouver les is a puisées ; c'est ainsi que l'homme d'.\ltzellen e Conrad Baumgarten, que Furst d'Uri est gratifié Waller, Staaffacber de celui de Wemer, Gessier de 1, la femme de Staufacher est appelée Marguerite hafaude aussi avec beaucoup 'd'ingéniosité tout ; de dates, qui donne un aspect de vraisemblance chronique, à laquelle il travailla jusqu'à sa mort, irut qu'en 1734, elle fut servilement copiée par les jents, Josias Simmler, de Zurich (i578), François

Fribourg (1598), et enfin par l'illustre Jean de le serment du Grulli doit la grande place qu'il a e vie nationale. Pour ces écrivains au cœurchaleu- '. était moins une science visant à l'exactitude

de Téloquence et un moyen d'entretenir le patrio-

historique devait cependant affirmer ses droits; au début avec une certaine timidité. En 1607, )art à un de ses amis des doutes qui, après mûres evaient dans son esprit au sujet de la tradition ivait rapportée neuf ans auparavant dans son hiseux Bâlois, Christian et Isaac ïselin, dans la preu dix-huitième siècle, expriment des doutes sur la illaume Tell. En 1752, le bibliographe Emmanuel une lettre à son ami Freudenberg, met en question es incidents groupés autour du nom de Guillaume s, Freudenberg consigne le résultat de ses recher^ opuscule demeuré inédit, intitulé la FcAle de Guilmémoire ayant été communiqué au baron de Zurde Balthasar, de Lucerne, et par eux au vicaire de 1 Imhoff, celui-ci prit la défense de la tradition et

réunit dans ce but des pièces d'une autiienticUé plus que dou- (euse. La faiblesse de cette défense engagea Freudenberg à poursuivre son attaque et il publia, en 1760, un pamphlet en français intitulé Guillaume Tell, fable danoise, qui blessa au vif le sentiment patriotique des Confédérés. Le gouvernement d'Uri fit livrer aux flammes l'irrévérencieux opuscule et demanda aux autres cantons de le flétrir par une réprobation solennelle. Cette rigueur n'était pas faite pour confondre les esprits sceptiques ; mieux inspiré, Balthasar s'efforça de réfuter les arguments de Freudenberg dans un mémoire intitulé la Défense de Guillaume Tell. Cette apologie reposait sur des documents controuvés, néanmoins la légende ressortit affermie de celte discussion jusqu'au moment où, au commencement de notre siècle, l'historien Kopp, de Lucerne, lui porta des coups dont elle ne devait plus se relever.

Il n'est pas sans intérêt de remarquer, avec M. Rilliet, que ce fut de Lucerne, la capitale intellectuelle et religieuse des Waldstfetten, qu'est sortie la transformation des vieilles croyances nationales qui y avaient longtemps régné. Lorsque Kopp, ainsi que l'avait fait avant lui Freudenberg, rapprocha l'épisode de Tell de la légende danoise, concernant l'archer Tokka, racontée par le chroniqueur Saxo Grammaticus, il souleva un lolle général en Suisse, et fut considéré comme ayant fait une œuvre antipatriolique. Aujourd'hui, les passions se sont calmées. La critique a du reste fait, depuis Kopp, des progrés qui ont rendu ses conclusions plus facilement acceptables. Les historiens actuels se rendent fort bien compte qu'on ne peut conclure de ce qu'aucun document ne mentionne un fait à la fausseté de ce fait. Beaucoup de documents ont, en effet, été anéantis; l'incendie d'Altorf, en 1799, nous a certainement privés d'un grand nombre de pièces qui eussent peut-être contribué à jeter du jour sur les origines de la Confédération. Lorsqu'on 1415 les Confédérés s'emparèrent des archives des Habsbourg, ils détruisirent aussi bien des pièces, et il est évident qu'il s'est passé de tout temps et il se passe encore tous les jours des faits qui ne sont pas enregistrés dans des documents officiels. L'histoire positive présente de graves lacunes, c'est ainsi que nous ignorons absolument en quoi ont consisté les luttes qui ont eu lieu, au milieu du treizième siècle, entre les Waldslâetten et la branche cadette des Habsbourg. Nous manquons ' également de documents touchant les faits qui se sont passés sous Rodolphe de Habsbourg, et après sa mort, lors de la seconde

PÉRIODE HÉBU'fQUE

OU alliance perpétuelle, ainsi que pendant les dernières d'Albert (1304-1308). Qui pourrait prétendre qu'il ue 1 passé durant ces années, ou que les faits qui se sont ont sans rapport avec ceux que la légende a décrits ? istoriens de l'école de Ko|)p ont mis au jour des docuombreux, ils ont découvert les lettres de franchise des ■tten, ils ont jeté du jour sur les rapports des Waldsisetten npire allemand; ils ont réellement facilité rinlelligeDce de )s ; l'histoire nationale, en possession des fruits de leurs

ne peut les ignorer ou les mettre de côté sans commettre de faute et manquer à la vérité. Mais à cette tendance et négative des éplucheurs de vieux documents il faut les points de vue de (i. de Wyss et de Meyer de Knonau 1, de Vischer et de Bemoullî à Bâle, qui se sont donné he d'étudier la formation et le développement des légendes, ■e la donnée historique et de dégager des vieilles chro- ■t des chants populaires la part de vérité qu'ils peuvent et de repousser ce qui est erroné ou invraisemblable. ;cits relatifs aux baillis et à leurs excès de pouvoirs sont, un certain point dignes de crédit. Comme toutes les familles iales, les Habsbourg avaient des agents, des administra- JUS Rodolphe de Habsbourg, il y avait dans les vallées de I primitive des juges à la nomination du roi, l'alliance perde 1291 en stipulant que ces juges devraient être choisis pays, nous prouve que la nomination des juges étrangers ! cause de graves mécontentements. Que les baillis étranmt fait un mauvais emploi de leurs pouvoirs, qu'ils se ontrés tyranniques, il n'y a rien là en soi-même d'in-

jnflits avec les baillis étaient nombi'eux, les ruines de châteaux seigneuriaux en fournissent la preuve. Quant à s noms que portaient les agents c'est une autre question, d'entre eux, envoyé à Sarnen, se soit appelé Landenberg, rien d'impossible, quoique aucun document ne l'établisse. e positive mentionne un certain Hermann de Landenberg, ! maréchal aux temps des rois Rodolphe et Albert, et sei- Greifensée et à Uster, et son fils qui s'appelait également 1 qui était vassal des ducs d'Autriche et leur représentant ïovie, Argovie, .\lsace, à Gaster et Glaris. Il n'est cepenvraisemblable que l'un ou l'autre de ces hommes ait résidé

dans les WaldsUetten et y ait commis des méfaits, car ils se trouvaient la plupai't du temps à Greifensée ou bien à la cour des rois et des ducs d'Autriche. La colline sur laquelle fut bâti le château de Sarnen, et où se tiennent actuellement les landsgemeindes, porte le nom de Landenberg ; elle peut avoir donné son nom au bailli qui l'occupait.

Il n'est pas impossible, quoique aucun document ne l'établisse, qu'un Gessier ait été bailli dans les Waldstfptten, à Schwyz ou à L'ri ; les chroniques mentionnent un Gessier qui occupait des fonctions vers l'an 1400 en Argovie, à Gruningen et à Brunegg. Les chroniques du treizième siècle parlent de personnages portant le nom de Grissler ou Grissner dont le nom a pu se transformer en celui de Gessier. En tout cas, il est inadmissible qu'au treizième ou au commencement du quatorzième siècle un Gessier ait résidé à Kussnacht, car ce château fut, jusqu'en 1347, la propriété des chevaliers de Kussnacht qui tenaient l'avouerie de Kussnacht en lief des Habsbourg et subsista ensuite comme seigneurie particulière jusqu'en 1402 où cette localité devint schwyzoise. Un bailli qui aurait gouverné à la fois Uri, Schwyz et Kussnacht est donc une invraisemblance. La tradition qui fait voyager Gessier de Fluelen à BruDoen par eau et de là par terre à Kussnacht est aussi invraisemblable, car pourquoi aurait-il fait ce grand détour? Kussnacht se trouvant au bord du lac , le trajet par eau était beaucoup plus court. D'ailleurs, suivant une version, l'oppresseur de Tell résidait à Uri même, c'était un seigneur de Seedorf, et le meurtre aurait eu lieu à la Tellsplalte. Cette version qui, au lieu d'un bailli autrichien, donne à Uri un gouverneur appartenant à la noblesse de la vallée est plus conforme à la vraisemblance, car il n'est pas plausible que, ayant été, dès 1231, reconnu terre d'empire, Uri ait pu recevoir un juge étranger. Du reste, le plus ancien des chroniqueurs suisses qui raconte ces faits, Justinger de Berne (1420), ne parle pas de l'oppression d'Uri par des baillis autrichiens et ne mentionne ce pays qu'en raison de ses relations de voisinage et d'amitié avec Schwyz et Unterwald.

Tout bien considéré, il est fort possible qu'il se soit produit dans la tradition populaire une confusion entre la personne des juges d'Uri et des baillis autrichiens avec les chevaliers de Kussnacht. Cela est d'autant plus facile à concevoir que les gens de Kussnacht étaient en lutte avec leur seigneur et l'un d'entre eux peut avoir été tué dans le chemin creux. Kussnacht ayant été plus tard réuni

émancipation peut avoir été rattachée à ce 1 locale. C'est ainsi que le professeur Vischor ces légendes. On peut aussi supposer qu'un résidant A Lowerz, ait été assassiné dans que le souvenir de cet événement ait été meurtre du juge d'Uri. Ce ne sont là que oints de repère au milieu de la confusion os légendes diverst'S, grâce à rattachement jr ces traditions populaires, imen de ces légendes, on voit que toutes i la formation de la Confédération et la des- Ici aussi la légende a fait des confusions, historiques certains, ainsi qu'on l'a vu plus Iliances et deux soulèvements. Un premier emière alliance diriges contre la branche ç (Habsbourg-Laufenbourg) remonlenl au ■cle aux années lâ45 à lâôO; un second iprés la mort de l'empereur Rodolphe; il '. 1291, fut suivi d'une période de troubles aille de Morgarlen, au pacte de 1315 qui îrccédent. I^ légende a confondu ces deux ivolutions ; les générations qui suivirent ces ^me confusion, et il est impossible de savoir 'olulions attribuer la prise des châteaux, de de Lowerz.

al conclues Talliance contractée sous Frédéiance perpétuelle (1291), les documents ne iseignement et nous n'avons par conséquent usser le récit du Livre bkmc qui place au nce.

lire, dit M. Hilty, montre une grande prées héroïques et se plaft à concentrer dans 1 y ajoutant toute sorte de broderies, l'hisère. Quoi qu'il en soit, le souvenir du seri7 se rapporte certainement à un fait réel, ute, l'origine de la Confédération, qui avait laravant par l'acte de 1291. Mais il est très ;e époque, où la liberté et l'alliance des Je si grands dangers, il y eut des conciliantre les hommes les plus considérables des

trois vallées et il n'est pas incroyable que Tune de ces réunions se soit tenue au Grutli et que l'on s'y soit par serment engagé de nouveau, — ou même peut-être pour la première fois, etc. »

Quant aux personnes qui jouèrent un rôle dans l'expulsion des baillis et dans la conclusion de l'alliance, le Livre blanc indique Furst et Stauffacher, mais ne donne pas leurs prénoms. Or nous savons par les documents historiques qu'en 1275 le landamman de Schwyz s'appelait Rodolphe Stauffacher et il apparaît dans les années qui suivirent comme le chef de cette contrée ; au commencement du quatorzième siècle, ce sont ses fils Henri et Werner qui lui succèdent ; ce dernier est landamman en 1313 et 1314. Un Furst, avec le prénom de Walter, est mentionné en 13^)3 dans un document d'Uri et en 1314 il figure comme fondé de pouvoirs d'Uri dans une contestation relative à Urseren. Werner d'Attinghausen est aussi une personnalité historique qui occupa la charge de landamman d'Uri de 1294 à 1317 et joua un rôle important parmi les fondateurs de la Confédération.

On a vu plus haut que les diverses versions ne font pas jouer à Tell le même rôle dans l'insurrection, la version d'Uri lui donne un rôle principal, celle de Schwyz en fait un compagnon de Stauffacher ; on ne peut donc savoir à quoi s'en tenir. Plus tard, dans les drames que la légende a engendrés, les trois conjurés sont appelés les « trois Tell. »

La question la plus brûlante est celle de savoir si Tell a effectivement été appelé à tirer une pomme sur la tête de son fils. C'est contre ce fait que la critique a dirigé ses attaques les plus opiniâtres. Elle s'est appuyée sur la similitude de cet épisode avec d'autres semblables remontant au dixième et au onzième siècle que l'on retrouve dans des légendes danoises, islandaises et anglaises, où l'on voit un roi ou tyran contraindre un père à tirer une pomme sur la tête de son fils. Il est positif que l'analogie est frappante, elle se retrouve jusque dans les mots employés par l'auteur. Dans la légende islandaise le tireur s'appelle Eigil et le roi Nidung, Nidung place de sa propre main une pomme sur la tête du fils d'Eigil; L'archer hésite au premier coup, mais sous la menace d'une peine il obéit. Il tire trois traits de son carquois, en ajuste un et atteint le milieu de la pomme. Le roi admire son adresse, puis lui demande pourquoi il avait préparé trois flèches, n'ayant qu'un coup à tirer. Eigil répond : « Je voulais vous tirer dessus ; si j'avais au premier coup touché mon fils, ces deux flèches vous auraient

Si

PÉHIODE UÉROÏQCe

plein d'admiration pour la réponse de ce brave îtrer dans sa troupe. La légende danoise a beauivec celle d'Islande. Le roi Harcdd donne l'ordre ■\\i\ se %'aDtait de son adresse, de tirer une pomme petit garçon. Tokko prend également trois flèches ;, en ajuste une et perce ia pinnme. Le roi lui urquoi il avait pris trois flèches dans son car-

: « Pour me venger sur toi si javais manqué le ère. » Le tyran voulant soumettre l'archer à une

Tokko le tue d'une flèche dans la forêt. B de méconnaître les ressemblances que ces récits I ballade de Tell. Mais à côté de ces analogies il ■rences. Le refus de saluer le chapeau du tyran, i et de l'archer sur le lac appartiennent en propre t prouvent que la légende n'a pas été purement wrtée du Nord. Le récit du Litre blanc ne donne npression d'une combinaison liltéraire plus ou ais bien d"une tradition populaire. Le professeur êcente apologie intitulée : Die Tellfrage, fait rerage de Saxo Grammaticus, où se trouve relatée :her Tokko, quoique écrit vers l'an U85, ne fut id qu'en 1430 et en bon allemand en 1480 et iremière fois à Paris en 15i4, et il en conclut able que cette fable ait influé sur la composilioo suisses.

est connu que la fable de l'archer avait déjà cours iples de l'antiquité, on la retrouve en .\sie aussi lord de l'Europe et les pays du Rhin. On pour- • de ce fait cette inférence que l'action imputée 1, qui nous apparaît de nos jours comme une , ne devait pas soulever, en ces temps reculés, ussi générale et qu'en soumettant l'archer Tell à ive il se serait lui-même inspiré de l'exemple du ilandais, sans mesurer le danger auquel sa con-

ité de la fable de Tell commença à être mise en de la légende s'efforcèrent de réimir des preuves I authenticité. Ils invoquèrent des extraits tirés issiaux d"Uri et produits en 1759 par le vicaire )rf, ainsi qu'un décret rendu par une landsge-

meinde réunie à AKorf en 1387, signé par le landamman Conrad dUnteroyen, instituant un pt'lerinage à Burglea en Thonneur du « premier restaurateur de la liberté, Guillaume Tell. » Or une enquête a démontré que la nécrologie écrite par le vicaire de Schaddorf était le résultat d'une erreur de l'auteur et que le nécrologe d'Attinghausen avait subi des altérations manifestes. Quant au prétendu décret de la landsgemeinde d'Altorf de 1387, il porte la date du dimanche 7 mai ; or celte année-là le 7 mai tombait sur un mardi et non sur un dimanche et la charge de landamman était remplie par Walter d'Erstfeld et non par le sieur L'nteroyen dont le nom ne figure ni parmi les magistrats, ni parmi les citoyens d"l"ri à cette époque. Ces trois pièces dont il fut fait iirand état ont donc un caractère apocryphe. Un autre document portant la date de 1388, à teneur duquel 114 personnes vivant à cette date déclarent avoir connu Tel! et peuvent attester son existence ne parait pas moins suspect ; s'il était réel, il tendrait à prouver que des doutes sur son existence s'étaient déjà élevés dans l'esprit d'une génération dont une partie aurait dA le connaître.

\ l'appui de la légende on a invoqué aussi la construction des chapelles de la Tellsplatte, de Kussnacht et de Burglen, et les pèlerinages qui y sont célébrés depuis des siècles, « comme si, dit iV. Rilliet, on avait le droit de conclure de l'existence d'une place, (l'un arbre, d'une chapelle, voire même d'un office religieux, à la réalité des incidents que la tradition s'est plu à y rattacher. » Or la chapelle de la Tellsplatte, qu'on a voulu faire remonter à 1388, est signalée pour la première fois au seizième siècle par Tschudi, aucun des chroniqueurs antérieurs ne la mentionne ; il n'est pas davantage possible de fixer la date de la construction de celle de Kussnacht ; quant à celle de Burglen, d'aprè-i un document dont l'original ne se trouve plus du reste dans les papiers de cette paroisse, elle aurait été élevée, en 1582, en « l'honneur de Guillaume Tell, le premier Confédéré, qui avait sa maison à l'endroit où est érigée cette chapelle et qui y a vécu avec sa femme et ses enfants. » M. Rilliet observe avec raison que ce dernier édifice ainsi que les autres monuments élevés à la mémoire de notre héros national prouvent simplement que la légende de Tell avait obtenu dans les Waldst;etten, depuis le milieu du seizième siècle, une créance assez universelle pour que la religion même se prêtât à la consacrer.

224 PÉRIODE HÉRO'iQtJE

Eq l'abseoce de tout document coDlemporain de révénemenl, cette croyance populaire est aujourd'hui encore le seul rondement sur lequel s'appuyent les défenseurs de la tradition. M. le IK Antoine Gisler, de Coin-, chargé par le gouvernement dTri, à l'occasion de la récente inauguration de la statue de Guillaume Tell à Altorf, de présenter un mémoire sur l'état actuel de la question, résume en ces termes son opinion :

c 1° L'histoire la plus rigoureuse ne dément pas TexisteDce d'uD bailli autrichien à Altorf dans les dernières années du règne d'Albert, non plus que l'exploit de Tell peu avant ou après la mort d'Albert.

» 2" Plusieurs circonstances rendent même l'existence d'un bailli vraisemblable.

■ 3° Ni Tell, ni Gessler, qui sont mentionnés dans des documents du quinzième siècle, et notamment dans le Livre blanc, ne sont dans leurs traits essentiels des impossibilités historiques.

» 4" Les processions de Burglen et de la chapelle du lac sont des énigmes sans l'existence de Tell.

» 5** La tradition de Tell est fixée par écrit dès la fin de la première moitié du quinzième siècle, elle y apparaît accompagnée de tels signes qu'elle ne peut avoir surgi à cette époque et qu'elle doit remonter aux premiers temps des ligues suisses.

» 6" Rien de fondé ne s'élevaut contre cette tradition, les vraisemblances parlant en sa faveur, on peut à bon droit tenir pour fondé, dans ses traits essentiels, le récit du Livre blanc qui, depuis de longs siècles, a trouvé crédit dans les consciences de notre peuple.

» Les Suisses peuvent se réjouir et être fiers de ce récit. La tradition de Tell est un incomparable symbole de l'amour de la liberté et de la vigueur de notre démocratie. Elle a droit de cité dans nos cœurs et personne ne saurait le lui ravir. La statue d'airain du père Tell sur la place d'Altorf se dresse fièrement, elle n'a à redouter ni les jugements du critique historique, ni ceux du moraliste. <>

Jusqu'ici la légende de Tell avait eu plus à se louer des poêles, des artistes musiciens ou sculpteurs, de Schiller, de Rossini et de Kissiing, que des érudits. Le professeur de Coire, auquel on ne saurait reprocher un défaut d'érudition, car il a analysé tout le dossier de la cause, a pris néanmoins hardiment la défense de la tradition populaire. On peut se demander cependant si, dans son

ardeur apologétique, il n'a pas renversé les données du problème? Se serait-il pas imprudent de généraliser son mode d'argumentation? En bonne procédure, c'est à celui qui avance un fait qu'incombe l'obligation de le prouver, la preuve négative ne saurait être mise à la charge de son cootradicteur.

De tout ce qui précède, on ne peut conclure, dirons-nous avec M. Dândliker, ni à l'entière authenticité, ni à la complète inauthenlicité de l'histoire de Tell, et le jugement que portait à ce sujet, il y a plus de trente ans, l'un de nos historiens les plus méritants, le professeur Georges de Wyss, conserve encore toute son actualité. « Dans l'histoire de Tell, écrivait-il, on retrouve une fable d'une haute antiquité, qui figure dans les ballades populaires de divers rameaux, des peuples germaniques, des souvenirs d'événements locaux se sont ajoutés à son fonds primitif, si bien qu'il est impossible de faire le départ entre ces deux éléments et de distinguer les faits réels sans se livrer à des conjectures arbitraires. Depuis bientôt cent ans (on pourrait dire aujourd'hui plus de cent ans) le critique historique s'est en vain donné cette tâche. Il n'y a aucun motif valable pour mettre en doute l'existence d'un événement historique auquel la légende se serait attachée. » Dans ses Esquisses d'histoire suisse, M. le professeur P. Vaucher, dont la sagacité est bien connue, reproduit sans commentaire les cinq ou six textes du quinzième siècle qui permettent de suivre le développement graduel de notre légende nationale, et laisse à ses lecteurs la liberté (l'en tirer la conclusion. Il leur rappelle toutefois que le jugement à porter sur la valeur d'un témoignage Individuel ou collectif dépend à la fois du caractère des témoins à qui nous le devons, de l'âge des écrits dans lesquels il est consigné et de la vraisemblance des faits auxquels il se rapporte. Ce sont là des principes dont on ne saurait se départir.

Nonobstant les discussions dont il a été l'objet, Guillaume Tell demeure le héros national par excellence de la Suisse, et la personnification des luttes qu'elle a subies pour conquérir son indépendance.

La gracieuse prairie du Grutti, ou Rutli^ sur les flancs escarpés du Seelisberg, restera pareillement entourée d'un saint respect ; ta Société suisse d'utilité publique, voulant conserverie souvenir que ce lieu rappelle, en a fait l'acquisition en 1859 au moyen d'une souscription nationale, et en a fait don à la Confédération. La découverte du texte original du pacte de 1291 a démontré l'erreur

letUtieat les anciennes chroniques en faisant résulter Talment de la maison de Habsbourg des conciliabules tenus dans les mois d'octobre et de novembre 1307. Hais si

n'a pas l'importance qu'on lui a longtemps donnée, il

pas moins évident que daos les premières années du le siècle, les principaux des Waldstaetten ont été fré-

appelés à se concerter secrètement sur l'attitude à ^ard de la maison d'Autricbe, et, quoique le fait ne soit

Ton peut admettre que te Grutli ait été l'endroit choisi ]ues-unes de leurs délibérations. Sa situation à la fois ; retirée rendait celte prairie particulièrement propre è le réunions.

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