‹ Histoire de la nation suisseChapitre 21 sur 82 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

'riomphe de l'aUiaBce des Waldstaetten.

premiers CoofécléréB à l'égard de la maiaoïi d'Autriche — Adhésion Uetlen A la ligue des villes impériales de la Haute-Souabe. — Sîlua- )Drédérés sous le règne d'Adolphe de Nassau. — Avènement d'Albert

au Irâae impérial. Âlorl du roi Albert. — Avénemeat d'Henri VII liourg au trÂne impérial. Confirmatiou des franchises d'Uri et de ranchises d'Unlerwald. — Vengeance exercée par les reines Elisaaès contre les meurtriers d'Albert. Fondation du couvent de Kcenigs-

Démèlés de Schwyz avec le couvent d'Eiosiedeln. — Les Schwy- (communies et mis au ban de l'empire. — Avènement de Louis de

trdne impérial. — Armement de l'Autriche. — Bataille de MorgarteD. e Brunnen en (315, confirmation par le roi Louis de l'immédialelé es Waldstœtien.

Iliance de 1291, les Waldstœtten commencent d jouer ilique, les temps qui suivent sont consacrés à affirmer pper leur jeune Confédération. Leur avenir était loin ré, leur destinée dépendait des événements qui allïdenl ! dans l'empire.

le roi Rodolphe eut fermé les yeux, une grande anxiété a en Allemagne. Rodolphe avait essayé de faire désigner lé, Albert, comme son successeur, mais les électeurs, iance par les vues intéressées du premier des Habsntrèrent pas dans ses vues. Un long interrègne était I en perspective, ^rsaires des Habsbourg, fort nombreux dans le sud de

TKIUMPHE DE l' ALLIANCE DES ■WALDST^TTEN 227

l'Allemagne, relèvent fièrement la tête. Dans la Suisse occidentale actuelle, la prépondérance des Habsbourg fut promptement détruite ; le comte Amédée de Savoie reprit sans difficulté les places de Morat et de Payerne que Rodolphe lui avait ravies. La ville de Berne s'allia avec lui, ainsi que la maison de Kibourg. Dans la Suisse orientale, l'évêque de Constance, un Habsbourg de la branche cadette, .s'allia avec la ville de Zurich contre P.\utriche. La ville de Constance, l'abbé de Saint-Gall, les sires de Nellenbourg et de Montfort ainsi que la comtesse de Rapperschwil adhèrent à cette coalition. Le 16 octobre 1291, Uri et Schwyz s'étaient alliés également avec Zurich, ainsi qu'on l'a vu plus haut, mais en déclarant expressément que « dans le cas où un seigneur a dans l'un ou l'autre pays un serf, celui-ci doit le servir d'après le droit et les us et coutumes, comme avant le défunt roi, et doit être protégé contre toute autre réclamation, » cette réserve est significative. L'alliance avec Zurich était limitée aux deux parties contractantes et ne pouvait obliger l'une d'entre elles à porter secours aux alliés de l'autre. On verra dans la suite ce genre de réserve se reproduire fréquemment dans les alliances conclues par les Confédérés. Nous avons déjà vu plus haut (p. 208) qu'un conseil de douze membres, dont six de Zurich, trois d'Uri et trois de Schwyz, nominativement désignés, était chargé de veiller à l'observation des clauses du traité. Unterwald ne prit pas part à cette alliance.

Au printemps 1292, les électeurs choisirent un roi en la personne de Adolphe de Nassau. Albert d'Autriche, ainsi évincé, était résolu à s'emparer du trône dès que cela lui serait possible, et une lutte ne devait pas tarder ili s'engager entre les deux rivaux. L'occasion était favorable pour les Confédérés. Ils envoyèrent aussitôt leur adhésion au nouvel empereur ; avec son aide ils pouvaient tout oser.

La ligue des villes de la Haute-Souabe ne devait cependant pas être heureuse dans sa lutte contre Albert. Profitant de ce qu'il était retenu en Autriche par les luttes qu'il avait à soutenir contre ses sujets, tes Zuricois se dirigent en armes sur Winterthour qui, ayant reçu des lettres de franchise de Rodolphe, tenait pour les Habsbourg. Les habitants de Winterthour reçurent des secours de SchafFhouse et d'autres localités voisines soumises à l'Autriche. Les Zuricois, comptant sur la coopération de l'évêque de Constance, hésitaient à prendre l'offensive lorsque apparut sur les hau-

Dtes UD allié de Winterthour, le comte Ffugo de nt les troupes avaient arboré les drapeaux de stance ; trompés par cette ruse, les Zuricois cornue. Bientôt ils reconnurent leur erreur, pressés ils battirent en retraite, laissant sur le champ de breux morts et des prisonniers (13 avril i292). de ses partisans, le duc Albert en personne vint devant Zurich, mais il trouva les remparts de s de guerriers, c'était, si l'on en croit le récit du Winterlhour , les femmes de Zurich qui avaient ires pour accroître le nombre des défenseurs. Le . avoir affaire à une nombreuse armée offre la paix |ui, se réconciliant avec lui, renoncent à leur is Waldsta^tten après avoir reçu la confîrmalion ses. La défection de Zurich portait un coup mortel 'illes de la Haule-Souabe ; Tévéquc de Constance, me, et Tabbé de Saint-Gall firent à leur tour la lition contre TAulriche prit 6n dans le nord de la ifédérés se trouvèrent ainsi privés des appuis sur lyaient pouvoir compter. Demeurés seuls, ils ne noins pas courage et demeurèrent inébranlableà leurs franchises. Le duc Albert chercha à les après le siège de Zurich, dans le courant de l'anse porta avec son armée jusqu'à Zoug qu'il sonna à cette démonstration. Au printemps suivant, st^n Luceme, Otto Ochsenstein, traite en ennemis les x-ci entravent le commerce qui se faisait par le 1 document ne nous renseigne sur les phases de dant les années qui suivirent, les L'ranais conserendance ; à la tête de leur communauté figure, en andamman, le baron Wemer d'Attinghausen, et à 95, Conrad ab Iberg; on doit conclure de la préistrats qiii avaient joué un rôle dans les évéoe- . que si une paix avait été conclue entre TAutriche ten, elle avait respecté les privilèges de ces der-

•t étant brouillé avec Adolphe de Nassau, il était ;eluiH?i de favoriser les adversaires de rAutriche ; '.s envoyés d'I'ri et de Schwyz se présentèrent à it lui, le roi n'hésita pas à renouveler solennelle-

TRIOMPHE DE l'ALUANCE DES WALDST.ETTEN

ment aux Uranais et aux Schwyzois tous les privilèges que leur avait assurés jadis Frédéric II, et cela dans les termes les plus amicaux. Unterwald n'avait toujours pas obtenu de privilèges impériaux, Tindépendance dont il continuait à jouir n'était qu'un reflet de son alliance avec ses voisins plus favorisés.

Les premiers Confédérés n'étaient point parvenus au terme de leurs perplexités. Le 2 juillet 1298, le roi Adolphe de Nassau abandonné par ses partisans perdit la vie à la bataille de Geldheim, non loin de Worms, et son rival triomphant fut élu roi et couronné à Aix-la-Chapelle, le 24 août 1298. La position de la Suisse redevint ce qu'elle avait été sous Rodolphe. Albert se montra plus âpre encore que son père. Les privilèges de Berne, de Zurich et de Lucerne ne reçurent pas de confirmation. Le nouveau roi traita les terres d'empire comme si elles étaient des provinces autrichiennes. Sans être le tyran dur, sombre et cruel que nous ont dépeint les anciens historiens suisses, il poursuivit énergiquement et avec un esprit conquérant son système d'assimilation ; il chercha à donner de l'unité à l'empire. Ce serait, cependant, lui faire trop d'honneur que de le présenter comme un régénérateur de l'empire, ainsi que le prétendent quelques écrivains modernes. Contrairement à la tradition longtemps admise suivant laquelle il aurait envoyé dans les Waldstaetten des baillis étrangers, les sources établissent que ce pays ne cessa d'avoir à sa tête des magistrats de son choix portant le titre de landamman. Nous retrouvons, sous le règne d'Albert, à Uri, Wemer d\4ttinghausen, et à Schvvyz, Rodolphe Stauffacher. Nous voyons pareillement dans l'Unterwald, un landamman et cela pour la première fois en 1304, il porte le nom de Rodolphe d'Ettisried. Durant les premières années de son règne, jusqu'en 1304, le roi Albert paraft absorbé par le gouvernement de l'Autriche. A plusieurs reprises on le voit correspondre, non avec des baillis, mais bien avec les landammam des Waldstaetten, ainsi qu'avec son épouse, la reine Elisabeth ; il recommande aux communes de respecter les immunités de l'abbaye de Wettingen. Les documents de cette époque montrent que la maison d'Autriche ne se considérait pas comme possédant des droits de souveraineté sur les Waldstaetten et qu'elle reconnaissait la libre organisation de ces communautés.

Durant les dernières années du règne d'Albert, de 1304 à 1308, se serait-il peut-être produit un changement dans les relations de ce prince avec les Waldst<rtten ? L'absence de documents ne

ÏÏi

PÉRIODE HÉBO'JQUE

e prononcer sur ce point ; mais rien ne laisse t établi des baillis dans ces contrées, ni qu'il ait

de procédés tyranniques. On ne peut pas davan- 'Jl se soit abstenu de tout empiétement sur les

pays. Les WaldstJPtten ne vivaient donc pas, at d'hostilité avec Albert, mais il est possible que, dolpbe, ils aient eu à souiïrir d'une tendance du

leurs prérogatives,

i trouvait donc mal définie lorsqu'un événement rire d'Albert, vint subitement en hâter le dénoue- Jés injustes, son ambition et sa cupidité avaient sourde surexcitation, surtout dans la noblesse. Adolphe de Nassau avait fait naftre des rancunes e des mécontents se trouvaient le duc Jean d^Auveo d'Albert auquel celui-ci refusait obstinément de ge qui lui revenait comme fils du duc Rodolphe, roi, ainsi que de sa mère, la fille d'Ottokar de jlenlions de ce neveu gênaient Albert qui eolenjuronne de Bohème à son fils atné. Ne pouvant on, le jeune duc Jean conçut des projets de ven- ! des alliés parmi les nobles argoviens, les sires larl, Rodolphe de Balm, Walter d'Eschenbach egerfeld. Le l" mai, comme le roi sortait de n, il rencontra son neveu qui lui renouvela sa

sans défiance, l'invita à prendre patience, lui ticiper à la campagne de Bohême qui se préparait,

celle-ci terminée, de le traiter avec justice et pense dilatoire décida du sort d'Albert. Le roi se taden, avec plusieurs princes et chevaliers, des >portées, et Allwrt, qui était en verve, remit à lites une petite couronne et la plus belle de toutes

duc Jean vit dans ce badinage une raillerie; sa !crul. Plusieurs des assistants remarquèrent qu'ils le chose dans son âme. In chevalier mit en garde lui-ci n'y fil pas attention. Informé en ce moment labeth arrivait de Rheinfelden, Albert se décida à lire et partit avec sa suite. Le duc Jean et ses ignirent à lui. Au passage de la Reuss, près de ■tège royal ne trouva qu'un seul bateau, trop petit bord toute l'escorte dWlbert. Les conjurés s'ar-

TRIOMPHE DE l'ALUANŒ DES WALDSTAITTEN 231

rangèrent, pour isoler le monarque, à monter avec lui dans le bateau et à laisser sur la rive la plus grande partie de sa suite. Parvenu à Tautre rive, le roi, sans attendre le reste de son escorte remonta à cheval et se dirigea à travers champs dans la direction de Windisch et de Brugg ; il s'entretenait gafmenl avec le chevalier de Kastelen, lorsque tout k coup les conjurés, saisissant un moment propice, se précipitent sur l'infortuné prince, qui tombe tout couvert de sang et mortellement blessé. Lorsque l'escorte arriva sur le lieu du crime, Albert avait déjà expiré et les assassins avaient pris la fuite.

La nouvelle de l'événement se répandit promptement dans l'empire. De nouveau, comme à la mort du roi Rodolphe, les troubles recommencèrent, les amis de l'Autriche d'une part, ses adversaires de l'autre, se concertent. Le défaut d'une autorité supérieure fit renaître l'insécurité, Zurich ferma ses portes que depuis longtemps ses bourgeois tenaient ouvertes.

Par bonheur pour les Waldstietten, le successeur d'Albert ne fut pas un Habsbourg, le choix des électeurs tomba sur Henri Vil de Luxembourg qui devait, comme Adolphe de Nassau, les protéger contre l'Autriche. Sitôt qu'il fut couronné, les Confédérés lui envoyèrent des délégués et, le 3 juin i:t09, le roi, en passage à Constance, leur confirma leurs lettres de franchises et il étendit au pays d'Unterwald les faveurs accordées précédemment à Uri et à Schwyz par Frédéric II et Adolphe de Nassau ; il alla plus loin encore, accordant aux habitants des trois cantons le privilège de ne pouvoir être cités hors de leurs limites devant aucun autre tribunal que celui du roi. A partir de ce moment Unlerwald se trouva sur un pied d'égalité avec Uri et Schwyz; tous trois atteignirent ainsi, en 1309, le but de leur alliance de 1291. Quinze jours après la signature des chartes de Henri VII, le comte Werner de Homberg, gentilhomme argovien, ancien allié des Waldstsetlen dans leur lutte contre l'Autriche, leur fut envoyé comme bailli impérial, avec, charge de les proléger contre toute atteinte aux droits qui venaient de leur être dévolus. Cette nomination consacrait l'indépendance des Waldstsetten vis-à-vis des Habsbourg, qui après avoir exercé précédemment ces fonctions au nom de l'empire, avaient prétendu en faire un apanage de leur maison.

Les Habsbourg ne se bornèrent pgs à poursuivre les auteurs de

PÉRIODE héroïque:

iveloppèrent dans une commune vengeance îrviteurs des régicides. Après l'atlentat, rent dans leurs châteaux, Rodolphe de Warl >oIe«re), Batm à Altburen (près de WilUsau) elbourg(sur TAIbis), puis de là Ils gagnèrent art, quoique innocent, paya pour son frère, . et les maisons de ses paysans devinrent la dolphe de Wart lui-même, livré par un de le lieu même du meurtre, l'horrible supplice lis jours, pendant lesquels sa fidèle épouse, ière près de lui.

ibach {entre Kirchdorf et Lucerne) fut détruit celui d'AIlburen subit le même sort, les rs de la place furent mis à mort ; Frédéric rg assiégèrent Schnabelbourg et s''en empa- Zuricois, tous les hommes qui l'occupaient t mis k mort. A l'exception de Wart, aucun

être atteint, Eschenbach résida longtemps isé, ditnsn, en berger, le duc Jean parvint iblié, Balm réussit à se cacher dans le pays nt à Tegerfeld, on perdit ses traces, souillées du sang des innocents, les Habs-

assouvie, conçurent le projet d'une fondalacement de l'attentat, la reine Elisabeth fit e, puis deux couvents, l'un d'hommes et i prirent le nom de Kœnigsfelden. La fille Agnès de Hongrie, une fois veuve, vint «treignit pas à la vie monastique, elle habitait e celle occupée parles nonnes; intelligente, e, elle dirigeait la politique de la maison !, fonda des hôpitaux, s'occupa des cloUres ïm par ses actes de charité.

et la fondation de Kœnigsfelden avaient s Habsbourg, qui ne songeaient plus à leurs Istîptten. S'étant d'ailleurs réconciliés avec Autriche avaient obtenu de lui qu'il examit fit le départ entre ce qui appartenait à îrtenait aux Habsbourg dans les Waldsta^t- "hitres avaient été nommés, A savoir ; Eber- 'édéric (IV) de Toggenhourg. Divers évé-

TRIOMPHE DE l'ALLUMCE DES WALDST.OTEN 233

Déments semblaient devoir influer sur la solution. Henri s'appuyait de plus en plus sur rAutriche et s'était fiancé avec une sœur des ducs d'Autriche, ce qui était de mauvais augure pour les Waldstietten.

La mort subite de l'empereur Henri Vil, survenue en Italie, changea de nouveau la situation.

Henri Vil mort, la maison d'Autriche s'était flattée de ressaisir la couronne de Rodolphe. Mais ces espérances ne devaient pas se réaliser immédiatement. Les électeurs attendirent un an avant de prendre une décision. Pendant cet interrègne qui dura jusqu'à l'automne i;]14, l'attaque du couvent d'EinsiedeIn par les Schwyzois vint de nouveau ranimer la querelle des Waldstetten et de l'Autriche. Les anciens démêlés entre les Schwyzois et le couvent au sujet de leurs limites n'étaient pas terminés, les Schwyzois montraient dans la défense de leurs prétentions une grande audace et une habileté diplomatique consommée. Ils- traitaient les terres du couvent en pays ennemi, et lorsque les moines, usant des armes spirituelles, eurent obtenu de Tévêque de Constance un jugement obligeant leurs voisins à restituer les biens qu'ils leur avaient enlevés, à les dédommager et à payer une amende, les Schwyzois, mis au ban et à l'interdit, en appelèrent au pape Clément V. L'appel qu'ils adressèrent au saint-siège, à Avignon, fut signé par seize hommes qui avaient été mis nominativement au ban ; parmi eux figurent Conrad ah Iberg et ses deux fils, ainsi (\ae Rodolphe Stauffacher et ses dea\ fils, nous y trouvons également mentionnées pour la première fois les familles Schorno et Reding. Le pape donna l'ordre aux abbés de Weingarten et d'Engelberg et A un chanoine de la cathédrale de Constance d'examiner si l'excommunication avait été prononcée avant ou après l'appel, et, dans ce dernier cas. de la déclarer nulle, ce qui fut fait (10 juillet 1310). Le roi Henri VII, auquel l'abbé avait également adressé une plainte, renvoya les deux parlies à un tribunal arbitral. Les Schwyzois participèrent à la nomination des arbitres, mais la sentence ayant été prononcée contre eux, ils refusèrent de l'exécuter et encoururent une amende de âOO marcs (19 juin 1.311) qu'ils se refusèrent à acquitter. Toutes les tentatives de conciliation ayant échoué, l'abbé d'EinsiedeIn eut de nouveau recours aux tribunaux ecclésiastiques. Les vicaires de l'évéque de Constance firent alors publier dans tout le diocèse, au son des cloches et à la lueur des cierges, l'excommunication

on contre les magistrats et les communes de Schwyz, jottathal. Les Schwyzois ne se laissèrent point intimint à prix, pour 400 livres, la tèle de l'abbé d'Einsies la nuit des Rois (6 au 7 janvier 1314) ils firent is le couvent même sous la conduite de leur landam- • Stauffacker. Le souvenir de cette attaque a été conne épopée burlesque composée en latin par le mattre phe de Radegg. Le cruel émoi que cette invasion causa . y est décrit en termes naïfs et piHoresques ; on y es brusquement interrompus au milieu de leur » bon cherchant dans l'obscurité leurs vêtements, fuyant , leurs chaussures et leurs culottes à la main, les mbiants, la démarche vacillante, leurs dents claquant I terreur les glaçant jusqu'à la moelle'. Les pauvres sant pas de résislance, il n'y eut pas de sang versé, eut fut pillé, et les Schwyzois rentrèrent chez eu\ lUtin, emmenant les moines prisonniers avec leurs îigneurs du voisinage, le baron de Regensberg el les ?ric de Toggenbourg et Rodolphe de Habsbourg, de- Werner Stauflacher et aux gens de Schwyz la mise i prisonniers qui furent relâchés après une détention aines. Sur la requête de Tabbé, l'excommunication mtre les Schwyzois fut étendue à leurs alliés d'Uri et et le tribunal impérial les mit au ban de l'empire, liés, mis au ban de l'empire et entourés de seigneurs lUtriche, les \VaIdsta?ttensetrouvèrentdansune situable; cependant, les compétitions dont la couronne it l'objet et finalement i'avènement au trône de Louis 9 octobre 1314), devaient encore une fois détourner ?er qui les menaçait. Le nouveau roi informa, le 25 i des Waldstiptten qu'il avait obtenu de l'archevêque a promesse de les relever de leur excommunication, let 1315, il lança de Munich un décret annonçant à I avait le\é le ban prononcé injustement contre les •i, Sch^vyz et Unterwald.

lUlriche, Frédéric le Beau, qui avait été le compélii, ne s'était point incliné devant la décision des élec-

° 5i9) daos le reifeste publié par M. Oechsli, la IraductioD de ce ][ qne Killiel rapproche du Lulrm de Boileau, quoiqu'il ne puisse

au poial de vue littéraire.

TRIOMPHE DE l'aLLIANCE DES WALDST.ETTEN 235

leurs; il maintenait ses prétentions à ia couronne impériale et avait gagné à sa cause les villes impériales de Zurich, Bàle, Saint- Gall, ainsi qu'un grand nombre de seigneurs de la Haute-Allemagne, et usurpé le titre de roi. Berne et Soleure demeurèrent neutres. A Pinterrègne succéda un schisme qui devait durer huit aos. Les Waldstœtten, séparés du roi Louis de Bavière par les

Fig. M. -~ Carie du clminp de bataille de Morgarlen,

alliés de l'Autriche, étaient complètement abandonnés à euxmêmes ! Ils tentèrent de conjurer la colère de TAulriche et recoururent dans ce but aux bons offices du comte Frédéric de Toggenbourg. Mais le duc Léopold, frère et représentant du roi Frédéric le Beau, dédaigna leurs ouvertures ; il était résolu à en finir avec les Waldsla-tten, à l'éduire à l'obéissance ces turbulents montagnards, et à tirer vengeance du sac d'Eiosiedeln.

Les gens d'Arth et de Schwy/ avaient construit en commun un retranchement qui barrait complètement les routes de Zoug et de Kussnacht. Cet ouvrage remarquable consistait en un mur haut de

PÉRIODE HÉttOÏQCE

le trois lours, et long d'une demi-lieue, du pied lied du Kigi.

is, on se prépara à entrer en campagne. Tandis :entre, au mois de novembre, son armée à Zous, u nombre de treize à quinze cents, veillent à leurs i-oquent l'appui du Tout -Puissant. ■ Le peuple : chroniqueur Jean de Winterthour, implore avec ur et sancliPie son âme par le jeilne ; hommes,

prient Dieu que leurs bestiaux ne soient pas la nemis, que leurs femmes ne soient pas mises en •e réparties, que leurs villages ne soient pas déhonneur et leur vertu ne soient pas souillés. » ion du bétail qui figure en premier dans Ténuméurs suspendus sur leurs tètes est bien la marque l'un peuple de pâtres. Après les processions .vyzois, renforcés par leurs alliés d'L'ri, attendent 5 agresseurs.

induisent de Zoug à Schwyz, l'une passe le long par Ârlh et Goldau, l'autre, le long du lac d'Egeri ; re que Léopold choisit, sans doute pour éviter la

d'.\rth. Son armée était considérable, on l'a

I hommes, chiffre qui parai't très exagéré. Le 15

le duc quitte Zoug suivi d'un brillant cortège de

yaient dans cette expédition une occasion de faire

ment sûrs de la victoire, ces gentilshommes s'é-

?ordes pour emmener le bétail qu'ils comptaient

ans leurs rangs on remarquait des Habsbourg,

; Toggenbourg, des Landenberg, des Bonstetlen,

, l'élite des chevaliers de la Haute- Allemagne,

nisde Zurich, Winterthour, Zoug, Luceme, Sem-

n, etc. Les cavaliers marchaient en tête, comme

ne partie de chasse, les fantassins en arrière ou

nins. La disposition des lieux avait obligé les

former en colonne au lieu de se présenter en

, et ils n'avaient pas cru nécessaire de reconnaître

rain. Depuis l'exlrémilé du lac d'Egeri jusqu'à la

:oise près de Schorno, la route, dominée par >i ww-wAhmA M«* , ,„,. j, , .,

Morgarten, Iraverseyiin étroit déhie a un liilo-

impossible A tourner ; la longue colonne de

mne s'y était imprudemment engagée, lorsqu'une

TRIOMPHE DE l'allIANCE DES WALDST.ETTEN 237

grêle de pierres fort bien dirigée, jetée des pentes de la Figlenlluh, jeta le désarroi dans ses rangs ^ Sans leur donner le temps de se remettre de leur frayeur, Tavant-garde des Confédérés, sp précipitant des hauteurs, prend de flanc les Autrichiens, tandis que le gros des forces schwyzoises leur ferme l'extrémité du dé&lé. Un combat régulier ne pouvait avoir lieu sur un espace aussi restreint, il était impossible aux cavaliers du duc de se déployer: suivant l'expression d'un contemporain, ces fiers chevaliers étaient pris comme dans un filet de pêche. Ce fut moins une bataille qu'un massacre, les farouches montagnards, munis de leurs terribles hallebardes, mettaient en pièces et fendaient en deux les malheureux chevaliers, ils ne faisaient pas de quartier ; les hommes du duc, incapables de résister, s'enfuirent afTolés, un grand nombre trouvèrent la mort dans le lac d'Egeri ; les fantassins qui avaient suivi d'autres sentiers, en apprenant ce massacre, s'enfuirent sans avoir pris part au combat. Le nombre des hommes qui perdirent la vie par le glaive a été évalué, au dire de Jean de Winterthour, à 1500, sans compter ceux qui se noyèrent dans le lac. « Par suite de la mort de ces chevaliers, dit le chroniqueur, il y eut dans les pays voisins, pendant longtemps, grande pénurie de gentilshommes, car ce furent presque exclusivement des chevaliers et d'autres nobles, exercés depuis longtemps au métier des armes, qui y périrent ; chaque ville, chaque château, chaque bourg avait à déplorer la mort de plusieurs des siens ; aussi les cris de joie s'éteignirent-ils partout, et l'on n'entendit plus que des pleurs et des lamentations. »

Le duc Léopold échappa par miracle à cette boucherie. Jean de Winterthour, le chroniqueur que nous venons de citer, étant encore enfant, le vit entrer dans cette ville *, il paraissait à demimort de douleur. A la perte de la (leur de son armée s'ajoutait pour lui la honte d'avoir été défait par de simples paysans qui, supérieurs à lui en stratégie, avaient su deviner ses plans et l'avaient attendu dans un endroit favorable à leur tactique.

On a raconté, un siècle plus tard, qu'un chevalier de Hunenberg, en relation de voisinage avec les Schwyzois leur avait lancé

I On a attribué ces jets de pierre i des bannis qui auraient ainsi cherché une réhabilitation ; il parati plus naturel d'admetU'e que celte attaque faisait partie du plan de combat.

* La chronique de Jean de Winterthour fut écrite entre 1340 et 1317, le père de l'auteur avait pris part à la campas^ne dans les rangs autrichiens.

leur retranchement «ne flèche portant ces mots : • Gar- Morgarlen. » M. Oechslî n'ajoute pas foi à cette traihurait pour origine une confusion avec un incident ana- ?. produisit lors de la guerre à Sempach. Dans le camp on soupçonna le comte Frédéric de Toggenbourg tenu les Confédérés ; sa mort à Morgarten ne put [wa soupçon.

jarteo, ce furent les Schwyzois et les Uranais qui lonneurs de la journée. Tandis qu'ils défendaient vailjr frontière, le comte Otto de Strasberg, à la tête d'une i autrichienne, faisait irruption dans l'Unterwald par En apprenant lu défaite de son maitre à Morgarten, péra précipitamment sa retraite, et cela avec tant de n reçut une lésion interne dont il mourut peu après, le de Morgarten consacra les serments prêtés par les en 1291 ; le sang versé en commun pour la cause de nce scella à tout jamais leur alliance. La déli\Tance es Confédérés provoqua au fond de leur cœur des sonreconnaissance et d'actions de grâce envers la Provis décidèrent de perpiHuer le souvenir de la glorieuse Morgarten par l'institution d'un jour de jeûne solennel âge a en l'honneur de la sainte et indivisible Trinité, eureuse vierge Marie et de tous les saints, parce que , dit le décret, a visite son peuple en le délivrant par se miséricorde de ses ennemis. » La célébration de îligieuse fut fixée au premier vendredi après ta Saint-

ïiaînes après ce .sanglant baptême, les représentants 3ch\vyz et d'Unlerwald se réunirent à Brunnen pour les engagements de leurs commettants et pour subslile secret en langue latine, qui déjà les unissait, un pacte Lugue allemande.

juré à Brunnen le 9 décembre i3i5 n'est pas une iuction de l'alliance perpétuelle d'août 1291, c'est une îvision fédérale ; ce second document se distingue du r l'introduction de deuv clauses qui marquent les propar l'idée fédérale et qui préparent la voie à une plus utonomie. C'est ainsi que, d'une part, il stipule que la

:e fiiil se trouve dans la chronique de Juslinger-

TRIOMPHE DE l'aLLIANCE DES WALDST.ETTEN 239

politique extérieure est affaire commune aux trois pays, ensorte qu'aucun d'entre eux ne doit, à l'insu et contre le gré des deux autres, entrer en négociations politiques avec des étrangers, sous peine de proscription contre quiconque violerait les engagements de l'alliance. D'autre part, tout en décidant que les obligations du droit seigneurial sont maintenues « dans ce qu'elles ont de juste et de convenable, » le pacte statue que tous les individus des vallées, hommes et femmes, sont dispensés de s'y conformer, dans le cas où celui envers letpiel ils y sont tenus voudrait attaquer les Confédérés ou élèverait contre eux d'injustes prétentions. Cette clause qui visait spécialement les prétentions de TAutriche devait, observe M. Rilliet, tendre à développer chez les habitants des Waldstœtten le sentiment de l'indépendance individuelle, atténuer les conséquences du ^asselage et effacer les différences entre les diverses classes de la population en appelant Ions les individus qui les composent à user indistinctement du droit de résistance contre l'usurpation.

La portée du pacte de Brunnen dépassait ainsi singulièrement celle de Talliance de 1291, et ce fait explique l'oubli complet dans lequel celle-ci est longtemps demeurée.

La bataille de Morgarten était un succès pour le roi Louis de Bavière qui avait intérêt à l'abaissement de la maison d'Autriche, aussi s'empres.sa-t-il de témoigner sa gratitude à ses alliés des Waldstœtten, Par sentence de la Cour impériale du 16 mars 1316, il fut statué que : « les ducs d'Autriche persistant ouvertement avec d'autres ennemis du roi et de l'empire, dans leur criminelle révolte contre le roi et l'empire, toutes les fermes, tous les droits et les biens que les ducs possédaient dans les vallées de Schwyz, L'ri et Unterwald et dans d'autres contrées voisines, y compris les gens, le droit de justice et les accessoires, étaient dévolus en toute propriété à l'empire ; » et trois jours après, le 19 mars, le roi Louis con6rma aux gens d'Uri, de Schwyz et d'Unterwald les franchises qui leur avaient été accordées antérieurement par les empereurs Frédéric II, Rodolphe I" et Henri VIL

Les ducs d'Autriche ne reconnurent naturellement pas la sentence impériale ; ils conservaient l'espoir de subjuguer de nouveau les Waldslielten, mais les pertes subies à Morgarten les obligeaient à ajourner leur projet de revanche, et finalement ils consentirent, le 19 juillet 1318, à un armistice qui fut prolongé à plusieurs reprises jusqu'en 1323. Par la paix de 1318, les Confédérés s'en-

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gageaient à garantir à nouveau aux ducs d'Autriche la j(»ui$sance de leurs droiti seigneuriaux, tels qu'ils les avaient possédés sous l'empereur Henri VII, c'est-à-dire leurs droits privés ; pendant la durée de cette trêve, la liberté du commerce avec les villes de Lucerne, Zoug, Egeri, Claris et Interlaken fui garantie aux Waldslaetten. I-es ducs d'Autriche s'engagèrent à ne plus inquiéter les Confédérés en les citant devant leurs tribunaux laïques ou ecclésiastiques, et à ne causer aucun dommage préjudiciable à leurs communautés. Il ne fut plus question des droits comtaux des Habsbourg. Pour se conformer à cette clause, le duc Léopold enjoignit à l'abbé d'EinsiedeIn, dont il était l'avoué, d'avoir à faire sa paix avec les Schw yzois et à renoncer à faire usage contre eux du bref d'excommunication qu'il avait obtenu du sainl-siège. Les habitants des Waldstaetlen avait ainsi atteint leur but qui était de ne dépendre que de remj>ire. Le développement de leurs libertés avait été favorisé par les empf^reurs qui avaient intérêt à empêcher les seigneurs du voisinage de s'établir sur les aboi-ds du Cothard et de leur barrer la route d'Italie. La coalition gibeline du treizième siècle s'était peu à peu transformée, grâce aux alliances de lâdt et de 1315, en une confédération perpétuelle. Protégés sui' le terrain du droit par les empereurs, les Confédérés n'en avaient pas reçu de secours matériels, mais ils avaient su habilement profiter des conflits qui s'étaient élevés entre les divers canditats à la couronne impériale, et en donnant sur le champ de bataille de Morgarten la mesure de leurs forws, les pâtres de la Suisse primitive étaient parvenus à se faire res|)ecter. Tandis que dans IcH autres parties de l'empire, alors en voie de dissolution, les électeurs, ducs, comtes, ou princes ecclésiastiques parvenaient à créer des souverainetés absolues, une république où la volonté du peuple faisait loi se constituait sur les l)ords du lac de Lucerne et fournissait un centrede ralliement, autour duquel devait graviter la politique des villes impériales situées entre les Alpes, le Rhin et le Jura.

DÉCUN DE LA FÉODAUTÉ

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