CHAPITRE XXV
Suite des guerres d'Italie. — Bataille de Marignan. Alliance perpétuelle avec la France.
Mécontentement du peuple suisse contre les gouvernements des cantons. — Les Confédérés envahissent la Bourgogne et investissent Dijon. — Négociations avec La Trémouiile ; abandon du siège de Dijon. — Louis XII désavoue La Trémouilie. — Le pape, l'Angleterre et l'empereur font la paix avec la France. — Mort de Louis XII ; avènement de François I^f. — Renouvellement de l'alliance de Venise avec la France. — Préparatifs de guerre de François I«r. — Marche des Français sur le Milanais qu'une armée suisse vient secourir. — Offre de paix de François I«r aux Suisses ; dissensions entre les chefs confédé* rés ; les contingents de Berne, Fribourg, Soleure et du Valais repassent les Alpes. — Rôle du cardinal Schinner. — Première journée de la bataille de Marignan (13 septembre 1515). — Seconde journée de la bataille de Marignan; arrivée des Vénitiens ; défaite des Suisses. — Suite du désastre de Marignan. -* Conclusion de la paix perpétuelle avec la France (29 novembre 1516).
Il eût été à désirer qu'après cette prodigieuse suite de succès, les Suisses sussent, comme Gharlemagae, se reposer sur leurs lauriers, mais les appétits étaient allumés, comment s'arrêter alors que la fortune vous favorise et qu'il y a encore quelques avantages à espérer de la guerre !
Un mécontentement social et politique s'était cependant produit en Suisse ; les paysans commençaient à être las de ces campagnes qui les couvraient de gloire, mais dont les classes dirigeantes des villes recueillaient en réalité tous les fruits. Pour donner le change à l'opinion, les patriciens eurent recours au vieux procédé des Romains, si souvent employé encore par les modernes, qui consiste à détourner l'attention publique en la concentrant à l'extérieur. La France était alors un objet d'animadversion générale ; c'était une veine à exploiter, d'ailleurs Louis XII n'avait pas consenti à la paix, et pour la lui dicter il paraissait naturel de porter
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la guerre dans ses Etats. La coalition continuait la lutte contre les Français, le roi d'Espagne avait achevé la conquête de la Navarre, Henri Vill avait envahi le nord de la France ; l'empereur voulant l'attaquer de son côté demanda à la diète son concours, qui lui fut accordé. Six mille Suisses envahirent la Bourgogne, au mois d'août; ils furent rejoints en route par la cavalerie et l'artillerie allemandes que commandait le comte Ulrich de Wurtemberg ; les deux alliés mirent le siège devant Dgon le 7 septembre 1513. Aux contingents Réguliers des cantons, s'étaient adjoints quelques milliers de volontaires. La Trémouille qui défendait la place n'ayant avec lui que 6000 hommes échappés au désastre de. Novare, se décida à négocier, et par des promesses astucieuses en renonçant au nom du roi au duché de Milan et en promettant une indemnité de guerre de 400000 couronnes, obtint la paix des Confédérés le Î3 septembre 1513. Confiantes en la parole de La Trémouille, les troupes suisses rentrèrent dans leurs foyers. De leur côté, l'empereur, le pape, l'Espagne et l'Angleterre conclurent la paix avec la France. S'étant ainsi débarrassé de ses autres adversaires, Louis XII désavoua La Trémouille et refusa de ratifier la paix de Dijon. Lorsque lia nouvelle s'en répandit, l'émoi fut grand en, , Suisse. Déjà Louis XII faisait ses préparatifs pour envahir à nouveau l'Italie lorsqu'il mourut le l*' janvier 1515, laissant le trône à François I^.
Quand François de Valois, comte d'Angoulème, n'ayant pas encore atteint sa vingt-et-unième année, monta sur le trône de France, « c'était*, dit Guizot, un brillant enfant g9té qui devenait roi ; » il était beau, grand,* fort, son armure conservée à Paris, est celle d'un homme de six pieds ; il avait le regard brillant et doux, le sourire gracieux, les manières séduisantes. « Dès son enfance, dit le même auteur, il s'était montré spirituel, entreprenant, adroit et hardi. Mais ces qualités étaient plus brillantes que solides ; dépourvu de moralité, ami du plaisir, passionné, ambitieux et imprévoyant, sa' politique fut le reflet de son caractère, c'est-à-dire égoïste, passionnée, sans principe et sans grandeur. Il persévéra dans la voie des conquêtes lointaines, que lui avaient tracée Charles VIII et Louis XII, et qui devaient le conduire au désastre de Pavie et à sa captivité de Madrid. »
Pressé de relever le prestige de la France et de reconquérir le Milanais, il renouvela l'alliance de Louis XII avec les Vénitiens et
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tenta de Douer avec les Confédérés des relations d^amitié ; la diète répondit à ses offres de paix en demandant la confirmation du traité de Dijon ; les ambassadeurs du rôi n'étant pas autorisés à la lui accorder, quittèrent la Suisse. D'autre part, Léon X, apprenant les préparatirs qui se faisaient à Lyon pour envahir Tltalie, se met en mesure de résister à Tenvahisséur et forme avec le duc de Milan, Fempereur, le roi d'Espagne et. les Suisses une nouvelle coalition.
Forte de 60 000 hommes, avec 70 canons» l'armée française pénètre en Piémont. Les Suisses, qui avaient été chargés de la défense de la Lombardie, avaient échelonné leurs troupes le long des Alpes ; à ^arrivée des Français ils se replient sur Milan. Les chefs qui commandaient leurs divers contingents n'étaient pas d'accord. François !•', profitant habilement de ce défaut d'entente, entama de nouvelles négociations à Galléraie, le 8 septeml»*e. Il offrit aux Confédérés, par l'entremise du duc de Savoie, de porter à un million de couronnes l'indemnité de guerre prévue par te traité de Dijon et, contre l'abandon du duché de Milan, de donner comme dédommagement' à Sforza le duché de Nemours, ainsi qu'une pension annuelle de 12 000 francs; les conquêtes feites par les Suisses en Italie, à l'exception de Bellinzone, auraient fait retour au duché de Milan. Accepter un pareil marché eût été . pour les Confédérés renoncer au bénéfice de leurs précédentes campagnes. Ces offres étaient cependant assez avantageuses pour semer la division entre les chefs des contingents suisses, François P' comptait probablement là-dessus et n'avait pas tort. Les Bernois, les Soleuroîs, les Fribourgeois et les Yalaisans ^e tenant pour satisfaits, reprennent par Arona le chemin de leurs foyers, malgré les efforts déployés par Schinner pour les retenir, tandis que, au contraire, les autres contingents se concentrent autour de Milan. Là, les discussions recommencent. Les Zuricois et les Zougoi^ inclinent à la paix, les Waldstdetten et les Glaronnais se prononcent pour le rejet des propositions françaises.
Pour faire fléchir la résistance qu'il rencontrait, le cardinal Schinner se décida à précipiter les événements. Sur son ordre, un capitaine d'Unterwald, porteur d'un nom glorieux, Arnold de Winkelried, engagea un combat avec un corps de cavaliers fran* çais placé en observation aux abords de Milan. C'était le 13 septembre 1515, les chefs de l'armée suisse tenaient encore conseil, les troupes prenaient leur repos. Subitement le bruit se répand
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que rarmée française était aux portes de Milan. En réalité, ce n'était qu'une escarmouche, mais, Talarme donnée, la garde prend les armes et les troupes suisses en masse sortent de Milan ; le cardinal Schinner> à cheval, vêtu de pourpre, se met à la tête de quelques centaines de cavaliers que le pape lui avait donnés pour escorte et il entraîne les Confédérés ; les Waldstaetten et les Glaronnais le suivent, et sortent précipitamment par la porte Romaine; après quelques hésitations, les contingents des cantons orientaux apprenant quMl y avait danger, suivent le mouvement. L'armée française avait établi son camp dans une fort belle position à deux lieues de Milan entre Marignan et Sainte-Brigida (actuellement Brera),son artillerie, composée de 74 canons, était protégée par des fossés et des canaux. A Crémone, à soixante et quelques kilomètres de Marignan, campait l'armée vénitienne, prête à opérer sa jonction avec les troupes françaises. L'armée suisse, après le départ des contingents des cantons occidentaux, comptait de 20 à 24 000 hommes. Sous le commandement supérieur de Marc Rokt, de Zurich, elle se forme en trois corps ; au centre les Waldstœtten, à Taile droite les contingents de la Suisse orientale, à gauche les Bâlois et les Lucemois. Avant de commencer l'attaque, les Confédérés se mettent à genoux et font leur prière accoutumée. Wemer Steiner, de Zoug, qui commandait l'avantgarde, prend trois poignées de terre qu'il répand sur ses guerriers en s'écriant d'une voix solennelle : « Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, ne songez pas à revoir votre patrie, car ici doit être votre cimetière, montrez-vous dignes de nos pères, que Dieu soit av43Cvous !.En avant I » Il dit et donne le signal de l'attaque. La corne d'Uri retentit, les avant-postes français sont refoulés et le centre de l'armée suisse attaque avec impétuosité le centre de l'armée française. Les rangs sont fauchés par les décharges de l'artillerie, rien n'arrête les Suisses, ils traversent les fossés qui protégeaient les batteries royales ; une troupe de vaillants gars, « les enfants perdus, » qui, pour se distinguer, portaient une plume blanche à leurs chapeaux, s'empare de la première batterie française ; un combat acharné s'engage dans un étroit espace. François P' d'un côté, le cardinal Schinner de l'autre, encouragent par leur présence et leur parole les combattants. Trivulce est obligé de céder le terrain aux Suisses, Bavard, le « chevalier sans peur et sans reproche, » fut jeté à bas de son cheval, il abandonna sa monture et ses armes et s'enfuit. Le soleil se couche, la sanglante
mêlée continue éclairée par les pâles rayons de la luae, et s'arrêta vers minuit, quand Tobscurité devint complète. Les deux armées passèrent la nuit au bivouac, côte à côte. Le résultat de la journée n'était point décisif, les Suisses avaient cependant pris quelques drapeaux, ainsi qu'une douzaine de canons et forcé sûr plusieurs points les positions de l'ennemi, si bien qiie la nouvelle de leur victoire se répandit en Italie et fut portée en Suisse, où elle parvint en trente heures.
La bataille n'était qu'interrompue, elle devait recommencer le lendemain et prendre une tout autre tournure, grâce aux renforts arrivés aux Français.
Les Suisses étaient loin de leur camp, affamés, mouillés et transis, mais ils ne voulurent pas, ainsi que le cardinal Schinner le leur conseillait, se replier sur Milan pour se ravitailler et attendre des renforts. A la pointe du jour, ils àe reforment en ordre de bataille, la corne d'Uri retentit de nouveau et les bannières des Confédérés attaquent le centre de l'armée royale, par un coup hardi ils allaient s'emparer de son artillerie; lorsque le roi les chargea avec sa cavalerie et rompit leurs lignes. Pendant ce temps l'aile droite des Confédérés avait réussi à déloger l'aile gauche des Français, et l'aile gauche des Confédérés avait pareillement contraint à la retraite l'aile droite des Français> que commandaient le maréchal Trivulce et le connétable de Bourbon. Le sort de la journée était encore incertain, lorsque, vers midi, *un nuage de poussière et les cris de San Marco ! San Marco ! annoncent l'avantgardé de l'armée vénitienne et font croire que celle-ci va entrer en ligne tout entière. Les deux ailes soutiennent encore la lutte, mais le maréchal Trivulce ayant réussi à s'emparer des digues du Lambro, l'eau de cette rivière se répandit sûr le champ de bataille. Les Confédérés, ayant de l'eau jusqu'aux genoux, font leurs préparatifs pour la retraite ; ils chargent leurs blessés sur leurs épaules, placent l'artillerie au milieu d'eux et prennent la route de Milan en bon ordre. Leur fière attitude imposa à François I", qui, respectant leur bravoure, les laissa se retirer sans essayer de les poursuivre.
Les Confédérés avaient perdu 12 000 hommes, plus de la moi- , tié de leur effectif. Dans la Suisse orientale il n'y avait pour ainsi . dire pas une localité qui n'eût à pleurer quelques-uns de ses ressortissants. Tous les historiens s'accordent à dire que la bataille de Marignan est la plus sanglante et la plus terrible qui, de
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mémoire d'hommes, se soit livrée en Italie. Le vieux maréchal Trivulce la qualifia de combat de géants; n j'ai assisté, dit-il, à dixhuit batailles, mais les autres à côté de celle-ci n'étaient que jeux d'enfants. » Cette lutte épique fit une profonde impression sur les contemporains et valut aux Suisses une considération universelle.
Pour célébrer sa victoire, François P' fit frapper une médaille avec cette exergue « Primus domitor Helvetiorum. » La nouvelle de la défaite des Suisses fut accueillie en France avec des transports de joie, qui se manifestent dans des chansons émaillées d'invectives furibondes et d'injures grotesques à l'adresse des vaincus. Ces braves, dont la moitié étaient morts sur le champ d'honneur, y sont traités entre autres « de peuple ingrat, de vilains vachiers et belitres parfaictz^. » Plus juste à leur égard, Brantôme porta sur eux ce jugement : « Comme la fortune ne rit pas toujours aux gens de guerre, les Suysses ont fait quelquefois bien, quelquefois mal ; les histoires en sont pleines, dont possible en ferayje un discours et pro et contra. Quoy que soit pourtant, ne leur lault desrober qu'ils ne soient très braves et vaillans gens de guerre. »
Les suites de la bataille de Marignan furent capitales pour la Confédération. Ce désastre y causa une profonde consternation. La diète ne se laissa point abattre cependant, et le 22 septembre déjà, elle décida de lever une nouvelle armée de 22 000 hommes pour sauvegarder les conquêtes que les précédentes campagnes d'Italie avaient procurées aux Confédérés. Mais cette décision ne fut exécutée qu'en partie, les contingents des cantons primitifs passèrent seuls le Gothàrd et allèrent renforcer les garnisons de Bellinzone, Locamo, Lugano et Domo. Les cantons occidentaux, Berne, Fribourg et Soleure, dont la défection avait causé la défaite de Marignan, étaient las d'une lutte dont l'empereur, le pape et le roi d'Espagne avaient laissé la Suisse supporter tout le poids, et l'attitude de ces trois souverains, dont le cardinal Schinner était impuissant à réchauffer le zèle, était bien propre à les confirmer dans leur inaction. Léon X, ami des lettres et des arts, plus préoccupé des intérêts de sa famille que de ceux de l'Italie, prit assez
* Ces chansons avaient pour auteurs : Jehan Richier, Pasquier le Mayne, Janneqain et d'autres poètes demeurés anonymes. Voir à ce sujet la curieuse monographie intitulée : Poésies françaises sur la bataille de Marignan, publiée par M. Arthur Piaget dans les Mémoires et documents de la Société d'histoire de la Suisse romande II* série, tome IV.
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légèrement son parti de la défaite de ses alliés, il ne contesta pas au vainqueur sa conquête. L'indolent Maximilien Sforza renonça lui-même à son duché et accepta une pension de François P% ensorte que le Milanais retomba sous la domination française. L'Espagne et Tempereur Maximilien» sans se désintéresser tout à fait de la lutte, ne secondaient pas activement les Confédérés et ce ne fut que dix ans plus tard que Charles-Quint qui réunit ces deux couronnes, prit sa revanche à la bataille de Pavie et enleva définitivement le Milanais aux Français.
François P' sut très habilement exploiter le défaut d'entente et l'isolement des Confédérés. Respectant leur incontestable bravoure, il était résolu à les ménager et à rechercher pour l'avenir leur alliance. Sous la médiation du duc Charles III de Savoie, des pourparlers commencèrent durant le cours du mois d'octobre. Le 7 novembre 1515 des plénipotentiaires suisses et français se réunirent à Genève pour traiter sur la base des propositions faites avant la bataille de Marignan à Gallérate. Tous les cantons se trouvèrent d'accord pour signer la paix ; quant à l'alliance française, Uri, Schwyz, Zurich, Bâie et SchafThouse ne voulurent pas en entendre parler. Les représentants de l'Angleterre et de l'empire cherchèrent, mais en vain, à retenir la Suisse dans leur alliance. Un certain mécontentement populaire se manifesta à Zurich et à Berne et retarda la conclusion de la paix. François P' tenait à tout prix à Talliance suisse, il ne voulait pas que d'autres puissances en bénéficiassent et ne négligea aucun moyen pour atteindre son but. Ses agents, par leurs largesses, s'efforcèrent de faire fléchir les répu^ gnances qu'inspirait encore l'alliance française ; de leur côté» les agents des autres puissances, secondés par le cardinal Schinner, travaillaient aussi l'opinion. Deux camps se formèrent, huit cantons^ se prononcent pour l'alliance française et adhèrent, à Genève, le 14 janvier 1516, aux propositions des plénipotentiaires français ; cinq cantons', au contraire, s'engagèrent à fournir des troupes à l'empire. Au mois de mars (1516) 15 000 Confédérés, recrutés par l'empire, aux frais de l'Angleterre, se rendirent par le Tyrol et la Haute-Italie jusqu'aux portes de Milan ; tandis que 10000 hommes des huit cantons, à la solde de la France, occupaient cette ville. Ces derniers cependant reçurent des gouvernements cantonaux l'ordre de rentrer ; les mercenaires recrutés par l'em-
* Berne, Luceroe, Unterv^rald, Zoug, Claris, Fribourg, Sûleure et Appenzell. ^ Uri, Schwyz, Bàle, Zurich et Schaffhouse.
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pereur restèrent encore à Lodt jusqu'au moment où, ne recevant plus de solde, ils regagnèrent d'eux-mêmes leurs foyers et devinrent un sujet de risée. Le 7 juillet la diète déclara repousser et Talliance française et Talliance impériale.
Les agents de François I*' continuèrent néanmoins à préparer les voies à une alliance et parvinrent finalement, en reconnaissant aux cantons une notable partie de leurs conquêtes en Italie, à obtenir un traité de paix perpétuelle, en due forme, qui fut signé à Fribourg le 12 novembre 1516. Parce traité, la diète d'une part, le roi de France de l'autre, s'engageaient réciproquement à ne pas fournir d'appui à leurs adversaires respectifs ) des garanties réci-proques étant données au point de vue du commerce, les Suisses pouvaient s'établir en France et les Français en Suisse, y pratiquer le commerce sans avoir à payer d'autres droits que ceux en usage dans le pays, les relations commerciales avec Milan flirent rétablies aux conditions prévues par le capitulât conclu jadis avec les Sforza. Les Confédérés reçurent une indemnité de guerre de 700000 couronnes, plus une rente de 2000 pour chacun des treize cantons et autant pour le Valais, les Grisons et leurs autres alliés ; ils conservèrent Bellinzone, Lugano, Locarno, Mendrisio, le val de Maggia, Bormio, la Valteline et Chiavenna, mais abandonnèrent le val d'Ossola (ou Eschenthal) que les Français avaient occupé après la bataille de Marignan. Les plénipotentiaires qui se rendirent à Paris pour signer l'alliance au nom de la diète furent le landamman Schtmrzmourery de Zoug, et l'avoyer Pierre Folk, de Fribourg.
Les liens qui allaient désormais unir la France et la Suisse furent encore resserrés cinq ans plus tard par une capitulation qui donnait au roi de France le droit de faire en Suisse une levée de 6000 hommes, qui pouvait être portée à 1 6 000 hommes, trans^formant ainsi la paix perpétuelle en une alliance offensive et défensive qui fut ratifiée par la diète de Luceme, le 5 mai 1521.
Les traités de 1516 et 1521 avec la France ont été, dans leurs dispositions ei^sentielles, renouvelés trois fois par l'ancienne C!onfédération, à savoir en 1663 et 1715 avec Louis XIV et en 1777 avec Louis XYI ; en 1798, ils furent remplacés par l'alliance offensive et défensive avec la République française, et, en 1803, par l'alliance et la capitulation du 27 septembre, conclue avec le Pre^ mier Consul, dénoncée par la diète, le 18 novembre 1813.
En deux siècles, la Confédération avait remporté une série, presque ininterrompue, de succès comme l'histoire du monde en
fournit peu d'exemples. Dans les victoires de Morgarten, Laupen, Sempach, Naefels, Grandson, Morat, Nancy, Giornico^ Dorneck et Novare, comme dans les défaites de Saint-Jacques et de Marignan, les Confédérés avaient fait preuve, non seulement d'un courage indomptable, mais encore d'une discipline et d'une habileté tactique vraiment remarquables. Vainqueurs tour à tour des Autrichiens, des Bourguignons, des Savoyards, des Milanais, des Souabes et des Français, ils pouvaient se croire invincibles et ils se posent un moment en arbitres de l'Europe.
Alors qu'un grand nombre de ligues semblables, constituées au sein de l'empire allemand, n'ont eu qu'une existence éphémère, l'alliance de 4291 s'était non seulement maintenue, mais encore étendue du Rhin et du Jura aux Alpes et aux lacs italiens, par une série d'annexions faites aux dépens de l'Autriche, de la Savoie et du duché de Milan, et s'était rendue indépendante de l'empire. Puis, subitement après le désastre de Marignan, la Confédération renonce à jouer un rôle politique en Europe, tout en restant souveraine elle aliène sa liberté d'action en s'alliant avec la France, et se place, pour ainsi dire, sous le protectorat de cette puissance ; elle renonce en fait à entreprendre des guerres pour son compte et envoie ses fils combattre sous des bannières étrangères où ils se signalent par leur vaillance. Après deux siècles de gloire^ elle tomba, trois siècles durant, dans une profonde décadence politique, pour ressaisir son indépendance en 1815. Un mal, pareil à la gangrène, la paralyse absolument ; la discorde règne entre les cantons et rend, après la conquête du Pays de Vaud (1536), toute nouvelle extension territoriale impossible. En dépit de la vénalité qu'on a pu reprocher à plusieurs de ses magistrats, les mœurs de notre patrie étaient cependant restées profondément honnêtes, et ses fils ont conservé deux traits de caractère essentiels au bonheur d'un peuple, à savoir : le dévouement à la cause publique et l'amour de l'indépendance.
C'est dans la possession de ces qualités maîtresses qu'il faut chercher l'explication de ce beau réveil de l'esprit national qui, après une longue période de déclin, s'est produit dans le cours du dix-neuvième siècle et a réuni en un faisceau les énergies que la dissension avait rendues stériles.
(Les chiffres de droite renvoient aux pages du présent volume.)
Avant Jésas^Chriêt.
Années.
107. Défaite des Romains par les Helvètes.sur les bords de la Garonne, p, 21. 58. Exode des Helvètes. — Bataille de Bibracte^ 23. 57. Combat d'Octodurum, 26.