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» tage de la foi, de la justice et de toute culture inlellectuelle), ù le bourgmestre, les conseils et les bourgeois de la bvWe et » salubre ville de Bàle, avantageusement située à tous égards, « reçoivent par les [)rés('nlos et pour toujours une Université, » à l'instar de celle de Holoi'iie, où s'enseignera toute scieoce 9 perolise, divine el humaine. Notre vénérable frère, l'evê- » que de Bàie, et après lui chacun de ses successeurs, sera » cbanceUer de l'instituiioD nouvelle. »
Le 4 avril 4460, J'uoiversité de Bàle fut ioaugorée avec pompe, et organisée, comme celle de Bologne, en quatre iaooltés, oeiles de théologie, de médecine, de droit et des arts libéraox. Uo recteur magoiâqtte (^) aveo le scepti*» d'argeot pour symbole de sa dignité, fut mis à la téle du corps aoa* démique. Pour peupler la nouvelle école, oo lui accorda de grands privilèges, comme celui d*étre jugé par le corps universitaire lui-méi&e. En 4477, révéque-cbancelier ayant voulu faire saisir èl juger devant son tribunal on étodiani convaincu de voies de fait sur la personne d'un prêtre de ses aniis, le corps des etudi.nUs réclama contre la violation de ses privilèges auprès des chefs suisses, qui revenaient victorieux de Nancy. Ceux-ci prirent avec ardeur la cause des étudiants, et lévécjue fut oblige de respecter une iodé* pendance (|ui n "était ni sans abus, ni sans daniier.
Sous les auspices des Confédérés, qui la considéraient comme le joyau et Torgueil de leur patrie, l'uni vorsité de Bâie prospéra. Les magistrats, les hommes influents de tous les oaotons y envoyèrent leurs fils. Nicolas de Flue, dont le profond génie, pour être sans culture, n'en comprenait que mieux le prix de Vinstruction , y plaça Jean , Tainé de ses dix enfants. De savants professeurs venus de Strasbourg, de Paris, de Ck>logii6, de Gonstantinople même, y enseignèrent avec éclat les différentes branches. Mais la grande illustration de Tuniversité de BâIe était le Hollandais ÉrasmOi l'eiprit le plus élégant, le plus étendu, le plus aimable et le pins railleur aussi du XVI* siècle;, celui dont les papes, les rois, les savante de tous les pays captaient la faveur et recber« obaient {a correspondance, et qui écrivit la spirituelle satyre intitulée : Eloge de la Folie, La satyre était l'arme dout se
(4) Expression consacrée dans les actes universitaires.
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servaieol les lettrés de Tépoque poar flageller les imposteurs et Jes cbarlâtons qui déshonoraient J'école et TÉglise. L'un de ces derniers éteit ralcbimisle Paracelse, d'ËiosiedIen, également professeur è Béle, qai prétendait posséder la pierre philosopbale, c'est-à-dir^ Tart de prolonger la vie et de changer tous les métaux en or.
On doit cependant à Paracelse des découvertes importantes dans les sciences naturelles. 11 fit, le premier, Tapplica'* tien de la chimie à ta médecine, et montra les prof)rîéliés de l'antimoine, du mercure, du laudanum et de plusieurs autres corps. La philosophie religieuse lui est aussi redevable de belles et graves pensées sur Dieu, le monde et la nature humaine. S'ennuyant à Baie, il se mit a parcourir les grandes villes de i'Iilurope, vêtu d'un costume écarlate pour faire plus (i'elfet, ei n'en mourut pas moins de misère a rhôpitaJ de Saizbourg, en 1540.
Un esprit de la même trem[)e élait Corneille Agrippa , de Cologne, qui exerça successivement les fonctions de médecin de ville à Genève, à Fribourg et à Bàle. Fait prisonnier par les Suisses à la conquête de Fa vie , en lôi 2 , il avait reçu uii tel accueil au milieu d^eux, qu'il les suivit dans leur pays où il eût trouvé une seconde pairie, s'il avait su fixer quelque part sa course vagabonde. Le séjour de Fribourg, en particoller, parut peu lui sourire. Dans un moment d'humeor, il datait une de ses lettres de Fribourg, viUe dépaurvuè de iattie eepèee de science de Hitérature.
A côté de ces savants bisarres et pédantesques , Tuniver* sité de Bâie comptait des hommes d*un vrai mérite , comme Geiler, de Kaysersberg près de Schaffhouse, prédicateur et écrivain célèbre dans le genre humoristique {*) ; Louis Bar, professeur de théoloi^ie , fort estimé d l'^i asfTie , qui laissa à ce docte personnage s;j montre d'or par le.slament; Jean de Stein , que son origine siji>se n'empêcha pas d'être promu à la dignité (ie recteur de l'université de Paris, où il fut mêlé aux (pierelles d'ecoie qui troublèrent cette institution pendant plusieurs siècles.
(4) Moitié sérieux, moitié plaisant. Le mohUumour est d'origine anglaise. Béat Rhénan, autre iellré de marque établi à Bâle, daos un éloge empha» tique de GeUer, dit qu'il élait pUu Hoqumi qw PérMès, pin» iofft qu9 SoeroU», pûu rttigiiwo quê fhma.
C'est au Bâiois de Stein et à son ingénieux conripalriote Élie de Lauffen, que revient l'honneur d'avoir doté la Suisse de la première imprimerie, et d'avoir naturalisé ensuite cet art naissant dans la capitale de la France (i 470). Le berceau de la typographie en Suisse fut la petite ville de Munster, dans le canton de Lucerne. Élie de LaufTen y était chanoine et y avait formé un aide intelligent dans Ulric Gering, natif de la même ville et maître ès-arts (*) de l'universi&é de Bâie. Appelé par Slein à Paris, Gering fui l'un des Iroia premiers introducteurs de rimprimerie dans cette grande aile. Il y aoquit une grande fortune qu*ii légua à la Sorbonne et aux autres établissements dlnstrudion de la grande ville. L'arl typographique, établi à Béle à la même époque, s'y éleva à une hauteur extraordinaire par les soins des Amerbach et dea Froben, savants éditeurs des œuvres d'Érasme, et comparables aux imprimeurs les plus émiiients de Paris et de Venise.
L^université de Bàle n'absorbait pas tous les talents indigènes. Zurich, l'ancien foyer îles inuses, receunnent illustré par les doctes et piquants écrits des Hiernrnerlein , voyait fleurir Zwingli, non-seulement coninie orateur sacré, mais comme chroniqueur et poêle. Cet ami de Schiner, qui avait fait avec lui la campagne d llalie en 1512, en qualité d'aumônier, composa une relation de cette expédition, respirant le plus vif enthousiasme pour ce prélat et les exploits de ses compatriotes au service du pape Jules II. Plus tard, à la vue des plaies cruelles que la vénalité fait à l'indépendance et aux vertus helvéliques, rindigoalîon s'empare du prêtre patriote et lui dicte ces beaux vers :
c Quand Tâme avide et grossière Se prend au vil appât de.|'or ,
Elle trahit la foi jurée , Elle se vend déshonorée, Et perd lu liberté sacrée, Notre plus précieux trésor.
La liberté n'a do soutien
Que dans les vertus héroïques. »
A Berne brillait le chanoine WOlflin, professeur de Schiner
(1) Le titre de maîtrê èiHMtf équivalait à Gelol de haehéUir i9~lêUrm on de licêttciéjtn philo$ophie.
DB Là lUmil tUISSB. Vk^
et de Zwiogii; à Lucerne, le cordelier Miconius, auteur d*on> commentaire instructif sur V Eloge de rUelvétie de Glaréail« Saiot-Gali, sous son abbé Uiric Yill, redeveuait le sanctuaire ' des muses (histoire, éioquencei poésie, calligraphie).
Si des étrangers de distinction occupaient une partie des chaires de l*oniversité de Bâte, des savants suisses professaient avec éclat dans les académies étrangères. Le BAlois
Cop, médecin de l'empereur Frédéric 111, puis du roi François 1'^'', enseignait au collège Sainlc-Harbe et présidait comme recteur l'université de Paris. Le Sfiint-Gallois Walt ou Vadian réunissait autour de sa chaire, a Vienne, une multitude d étudiants de toutes nations, au nombre desquels se trouvaient plusieurs Suisses attirés par l'éloquence et la faveur marquée de leur savant compatriote. Vadian eut la gloire d'être couronné poëte et orateur par l'empereur Maximilien. La mén»e distinction flatteuse fut accordée à Glaréan dans ses débuts littéraires a Cologne (ioiâ). Bien loin de trouver à blâmer dans l'enthousiasme patriotique du jeune Glaronoais, qui rô\ait dans ses vers lagrandissemenl de sa patrie du côté de l'Allemagne, le généreux Maximilien voulut poser lui-même sur sa léte le laurier des poëtes en y ajoutant des paroles gracieuses et une bague de prix. Pendant le séjour de cinq ans qu'il fit ensuite à Paris, Glaréan fut jugé digne, par ses travaux sur Tite-Live, d*occupep la. première chaire de belles-lettres qui ait existé au collège de France (*).
Les Beaux- Arts, favorisés par les richesses et le luxe, hé- * ritage de Grandson et des guerres mercenaires, suivirent le progrès des sciences et des lettres. Le XV" siècle voit s'élever une foule de temples, d'hôlels-de-ville, de clochers, de statues, de ponts, de fontaines et d'édiûces publics et privés de tous genres
Les collégiales de Saint-Yincept , à Berne , et de Saint- Nicolas, à Fribourg, sont les produits les plus remarquables
(1) Biographie vmivwnelU. — Biographie de Glaréan, par Hantaart.
(3) Les bôtels-de-ville de Bâie, de Lucerne et de Frittourg datent de celle époque. Ce dernier fut con^lruil sons la rliroction de l'avoyer Falk, magistral aussi enthousiasle de I arl et des JeUres qu'il était versé dans la guerre et la polilique. Agrippa, Glaréan, Zwingli, Schtner lut-môme l'eureni pour prolecteur et pour Mécène. Les bienraits et le savoir de Palk eussent dû épargner à Fribourg les sarcasmes d'Agrippa.
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de Tari religieux à cette époque. La collégiale de fieroe a m plas beau et plus curieux portail, uo pourtour mieux ouvragé et embelli d'innombrables Oeurons et de ravissantes dentelures. La collégiale de Fribourg se distingue par une tour majestueuse qui domine tout le paysage et dont Tescalier en spirale compte autant de degrés que Tan compte de jours.
Les artistes qui ont travaillé à ces édifices, architectes et sculpteurs, étaient des penseurs hardis dont le ciseau satyrique gravait sur la pierre ou le bois des scènes allégoriques
et des figures grotesques, peu flatteuses pour les î^rands et le clergé du temps. Ils appartenuienl à la vaste association des Tailleurs de pierre (Sleinmetzen) très-répandue en Allentiagne et dont les principaux centres étaient Slrasbourii, Vienne, Cologne et Zurich. A la ioi;e de Zurich étaient subordonnées celles de Berne, Luoerne et B^iie. Pour devenir associé , il fallait connaître son art, avoir de bonnes mœurs et remplir les devoirs de sa relii;ion et de son élat. On cite parmi les grands architectes du XV® siècle , Matthias OEnsinger, qui a bàli Saint-Viuceot de Berne, et Georges du Jordil, qui a travaillé à la tour de Sainl-Nicolas de Fribourg. Un autre architecte bernois , Stéphan liurder, jouissait d'un grand crédit dans rassocialion maçonnique.
L'architecture militaire luttait de hardiesse et de majesté avec rarchitecture religieuse et civile. On peut s*en faire une idée en contemplant ces remparts qui courent sur les rochers de Fribourg, descendent dans les abîmes et en remontent à tire d*ailes, entourant la ville des Zœhringen d*un triple rang de murailles, que flanquaient alors seize tours à l'épreuve de rartillerie du siècle. Les étrangers s'extasiaient devant ces prodiges de Tart, comme on s'extasie aujourd'hui devant l'orgue de Mooser; ei le Tyrlëe des batailles suisses, leSouabe Weit-Weber, saluait d'un hymne radieux la cité fortifiée et imprenable qui allait servir de de et de boulevard à la Confédération du côté de la France :
« Allégresse 1 Fribourg est pleioe de braves I de braves fermes comme > des lions. Donnes-vous l'assaut quelque pari, vite, vous voyez courir
» à l'envi les flers gars de Fribourg.
« kh 1 solides sont les murailles et bien doublées de tours! tu ne laisses » pus chômer ton or et tu bâtis sans cesse nouveaux bastions et remparts. • Bourgogne ne pourra te noire. »
Dl LA MATION SUISSE.
Od Goonatt les ooms des Vauban8(*) fribourgeoîs. CétaieiH Hoheoberg, LdweDstein el SeltentriU, dignes de prendre place dans ces pages è côté da maître artilleur TiJiier et de Hogé- Dieor Boorcard de Bennwyl.
La peiotore à Phuile , cultivée à Bâte, à Berne, è Lucerae, è Pribourg, a vait pour représentant le plus illustre Hanz Holbein , de Bâie, auleur plein de génie de hi Danse des morts, du Christ mourant et des portraits des rois Cliarles V et Henri VIII. Ces monarques, à la cour desquels Holbein Ht de fré(|uents séjours, traitaient cet artiste de pénie coniine un auii et un égal. Il régnait en effet par le talent corntne eux par la naissarice, et fut, avec Lucas Cranach, le chel (le l'école allemande de peinture, liolbein peignait de la main gaucho et cultivait aveo un égal talent la peinture à l'huile et la uiiniaiure (^).
D'autres artistes moins connus, mais inspirés par la patrie, décoraient les murailles des chapelles historiques, les ga* leries des ponts et la façade des maisons particulières, de fresques reproduisant les traits de la vie de Guillaume Tell et des héros de la Suisse primitive. C'est à quelque peintre ou poêle du XV* siècle qu'est due la touchante légende de^ Guillaume Tell donnant sa vie pour sauver celle d*un enfant qui se noyait dans le torrent de Schœohen , et se dévouant ainsi pour un seul, après s'être dévoué pour tout un [)euple. Cette légende, recueillie par Uhiand, a fourni è ce grand poète contemporain le sujet de son admirable ballade intitulée « La mort de Guillaume Tcll. »
Maliiré les progrès de la culture intellectuelle, l'amour du merveilleux et les croyances superstitieuses conservaient un empire extraordinnire sur les esprits les [)lus cultivés. Les écrits de Ilaenjmerlein nous en offrent un triste témoii;nage. On voit ce prêtre, dislMi«2ué d'mlleurs par l'indépendance de son esprit, non-seulement ajouter foi aux enlèvements de
(T. Vauban, le plus fameux constructeur de ciladolles ol forteresses que nous odre le règne guerrier de Louis XIV. Les citadelles de Strasbourg et Begançon soni rœuvre de Vauban.
(2) Le Christ mourant de Uolbcin est à la bibliothèque publique de Bàle. Cette ville possède encore d'autres chefs-d'œuvre de ce peintre, comuio le portrait do Thomas Morus et de sa faiiiUle, et celui du bourgmestre Adelberg, qui joiui Msiille im rôle important Ion de rélabilaeeiiieiit de la Réforme.
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toute espèce de personnes et d'objets par ie diable, mais altribaer à la lettre N une vertu singulière contre la peste. Plus superstitieux encore, rbisiurien Frickard joue un rôle actif dans la ridicule scène de rexcommunication des chenilles et des hannetons lancée par Févéque de Lausanne, à la requête du gouvernement de Berne. L*un des considérants de cet étrange anathéme est « que ces animaux, à peine dignes de » ce nom , ne se trouvaient pas dans Tarcbe de Noé, qui ne s renfermatt que des étns parfaits. 9 LMgiiorance des lois naturelles , telle est une des principales causes des aberrations de l'esprit humain au moyen-à.^e. Mais i^rûceaux découvertes de véritables savanls, la lumière ne devait pas tai der a poindre dans cette partie aussi du domaine des sciences. Ici encore, le j^rand rénovateur sera l'un de nos couipalriotes, l'illuslre Conrad Gessner, dont les beaux travaux excitent même aujourd'hui l'admiraliou du monde scieotiûque.
Les Mœurs du peuple suisse offraient alors un étonnant mélange de jovialité bouffonne et de sensualité raffinée . de bonhomie naYve et d^audace guerrière. La sobriété aidait été longtemps une des vertus distinctives des Confédérés. Un proverbe expressif flétrissait Thomme intempérant, qui , au lait succulent des troupeaux et à Peau pure des fonlaines et des sources, préforait les boissons feruienlées et les jouissances dangereuses qu'elles procurent : « Beaucoup boire^est d*un |)ourcean ou d'un lansquenet. » (*)
Mais les dernières L^uerres, celles d'Italie particulièrement, avaient bien modifié les idées et les liabitudes tà cet éL'ard. Bientôt les Suisses n'eurent rien h reprocher aux lansquenets, et un autre proverbe moins honorable pour notre nation se répandit en Europe (^).
La frugalité des repas, la simplicité dans rhabillement et la manière de vivre, en géDéral, furent atteintes du même coup. Rien de plus commun dans la vieille Suisse, même au sein des maisons féodales, comme celle des barons d'Àitiiigbausen, que de voir toute la famille, sans distinction de maîtres et de valets, s^asseoir à la même table, servie pour tous de légumes et parfois d'un plat de viande, et boire à la ronde
(4) « Viel triokea ist sauisch, landiknecblisch. •
(5) « Boire comme on Suisse, »
•dans la même coupe. La place d'honneur appartenait aux cheveux blancs ; heureux et béni i'aïeul encore vert, autour duquel prenaient place des générations d*enfanls et de peiits-eafaots. On dînait à 9 heures du matin; on prenait plus lard le paio de la véprée (Veipertrod), Chaque repas commençait par la èénédiction et se terminait par les çrâces que prononçait, reeueilli et no-téte, le patriarche de la Camille*
ÂQ XV* siècle , beaaeoop de ces touchants usages disparorenl avec les progrès* de IMmmoralité et do luxe. Pour
réprimer les abus, on prodigua en vain les lois somptuaires.
Les pourp oints de soie aux agrafes d'argent, réservés jusque-là aux nobles, les chapeaux de feutre et les burettes rouges ornées de panaches, devinrent d'un usa.iie de plus en plus général. Le haut-de-chausse s'élargit indécemment; le pourpoint s'ouvrit pour laisser passer une chemise bouffante ornée de chaineites d'argent. Les fenjmes surtout se firent reniarquer par le raffinement et l'extravagance de leur toilette.
Les mauvais Jieux se multiplièrent et jouirent d*uoe faveur révoltante dans des villes qui n'avaient pas même d'écoles pour les enfants. Le centre de la corruption étaient les bains de Baden , où affluaient des personnes de toutes les classes el de tous les pays, attirés par la séduction du vice el la certitude de fimpunité la jplus complète. Des magistrats , comme Waldmann , des prêtres même , donnaient le mao* vais exemple. L'incooduire engendra des maladies affreuses que ne parvint pas à guérir tout Tart des charlatans et des juifs qui pratiquaient ordinairement la médecine.
Un peuple gai et loyal se fait pardonner bien des choses. Les étrangers qui parcouraient les cantons au XV* siècle, louent tous la franchise des Suisses, la gailé de leurs propos et de leurs fêtes. La joie générale éclatait avec le plus d'entrain dans les folies du carnaval, où la danse, la lutte, les cortèges ridicules alternaient avec des festins auxquels prenaient part toutes les classes de citoyens. Les plus gais des Suisses étaient les Lucernois. Leur bouffon Fritschi , le Triboulet ('j de la Suisse, faisait par ses contorsions et ses saillies les délices des Confédérés de tous les cantons.
(f) Triboulet, célèbie fou de FMncoii H*. Les Béloif aram enlevé
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Un autre bouffon célèbre avait été, au quatorzième siècle, Girard Gbalamala, de Gruyères, qui vivait à la cour du comte Pierre cinqaième du nom. On lui prôie des bons mots de tous genres, entre autres la saillie prophétique que voici : t Je vous dis que si cela continue , Vours de Herne mangera notre pauvre gruei^) dans le ckaudran de Fribourg. »
VatÊTs était dans les écussons et les drapeaux de Berne, depuis que Berthold V (selon la légende) avait tué un de ces animaux sur Templaoenieot même où s'éleva cette ville.  la fin du XV* siècle, les Bernois voulurent avoir vivant leur animal symbolique et construistrent la loge et la fosse qua l'on voit aujourd'hui (Bœrengrab) (^J. Les premiers hôtes du Bœrengrab furent ou bien les petits ours qu'un vaillant guerrier bernois, Bodolphe Nœ^eli, père du célèbre avoyer de ce nom, avoit pris au i^èneral français La-Trémouille pendant la guerre de 1512, ou le fameux ours apprivoisé qui suivait partout le duc René de Lorraine. Ce prince lavait dressé à gratter à la porte de la Siille où se tenait la diète, dans l'espoir, sans doDio, de se reiidre propices Messeigmurs par cette gentillesse d'un nouveau iienre.
L'originalité était dans les in(curs du temps; elle se retrouve dans la vie des hommes les plus cultivés de Tépoque. La biographie du célèbre Glaréan en offre plus d*un exemple. Âu commencement de son séjour à Bàle, les professeurs qui étaient jaloux de son mérite ne lui ayant pas assigné une place convenable, un jour de thèse et de concours académique, il parut dans Tauditoire monté sur un Ane. Une autre fois, des importuns ayant demandé à voir le célèbre Glaréan, il se montra à eux, assis dans un fauteuil :de parade, revêtu des attributs du poêîte eowrormét et les congédia sans avoir échangé une seule parole avec les visiteurs.
L'originalité ici n'est pas exempte d'affectation et d'orgueil.
Fritschi et refusant dn le rendre aux Lucernois , ces derniers s'avisèrent d'aller le chercher, eu graude pompe, les deux, avoyers el tout le coa- S6il en téte.
(4) La grue O^urait dans les armoiries do Gruyères ddnt le nom semble emprunté celui de cet animal. Mais le cfunidron ne parait que beaiicoup plus tard dans les armoiries de Fribourg où il remplace les trois tours.
(5) Par suite de rétablissement du chemin de fer, cette fosse a dû être transportée , en 4857, sur un antre |»oint de la ville. Le transfert de ses hôtes se fit, en cette occasion, «vec mie certaine pompe eomigae.
DB LA mnOll SUI88B. â65
Nous aimons mieux le trait de François Brognîer, qui, devenu évôque de Genève et cardinal, prit pour armoiries, à son avènement au siège épiscopal, les pourceaux qu'il avait gardés dans son enfance. Un autre prélat, le fameux cardinal Scbiner, mettait son orip;inaIiié dans la reeoooaissance. Dans sa jeunesse, lorsqu'il éiait encore pauvre étudiant, il avait reçu les secours d'une brave femme de Berne, presque aussi pauvre que lui. Passant dans cette ville un grand nombre d*années après, il se souvint de la pauvre veuve; il 6l servir dans sa mansarde un splendide festin, auquel il assista avec les personnes de sa suite, et laissa en cadeau à sa bienfaitrice toute Targenterie qui avait paru sur la table.