DON
DE LJl
8cc«Bde Partie*
Ulric Zwingliy ou la réfomiatioB à Zariclu ^ Première lutte des deux confessions. — Troubles de ranabaptisiiie en iJlemagne et en Suisse.
A réformatîon est révénemenl capital du XVI* siècle, et Tun des faits les plus importants de rhistoire moderne. Elle changea non-seulemeni la face de l'Église chrétienne, mais la situation des États, leurs rapports, leurs alliances. Aucun pays plus que la Suisse n'a ressenti et ne ressent encore aujourd'hui les conséquences politiques et sociales de cette révolution religieuse. ^
Au IX* siècle, PÉglise chrétienne avait subi un premier démembrement par la séparation de FÉ^ise grecque d'Orient La réforme protestante vint briser encore l'unité de PÉglise chrétienne d'Occident, en établissant à côté de l'Église cch tholique romaine, une Église évangélique réformée, avec une quantité de confessions dissidentes (*).
La grande cause de la réformation fut la dégénération de l'Église chrétienne. « Qui me donnera , disait au Xll" siècle le grand saint Bernard, de voir l'Égb'se de Dieu comme aux premiers jours. » Deux siècles après, le concile de Vienne
(4) On appelle confetnon dans ce sens la profession de foi , le symbolo de telle É^lse par epposUion à telle antre.
HIS10IRS
en Dauphinc parle d'une réforme « dans le chef et les membres. » Le mot de réforme était dans la l)ouche de tous les pères des conciles de Constance et de Bàle. 11 s'agissait, dans la pensée de ces docteurs catholiques, de réformer non les dogmes de l'Eglise qu'ils regardaient comme imnmables, mais les abus que le malheur des temps, les richesses excessives du clergé et la corruption qui en est la suite, avaient introduits dans la discipline, le culte et dans les mœurs des ecclésiastiques. Mais cette réforme nécessaire, toujours promise et toujours différée, ne s'accomplit pas. Les prêtres isolés qui tentèrent de la réaliser furent victimes de leur zèle, comme Farchevéqae de Crayna à Bàle (*) et le dominicain Savonarola à Florence. La religion du cœur et de la conscience qui avait eu en Nicolas de Fine et dans les Àmi$ de Dieu (^), an XIV* siècle, de si nobles représentants, fut étouffée par les pratiques d'une dévotion machinée. Une partie du clergé, et les moines surtout, restèrent plongés dans une ignorance profonde, accompagnée d'une superstition et d'une immoralité révoltantes.
Un effrayant exemple de la corruption des moines à cette époque, c'est la conduite des dominicains de Berne, qui, jaloux de la faveur dont les cordeliers jouissaient auprès du peuple, curent recours, pour la leur ôter, aux impostures, aux sacrilèges et aux forfaits les plus exécrables. Traduits pour ces crimes devant un tribunal ecclésiastiijue, composé de Févéque de Sion, Matthieu Schiner, et de deux autres prélats, ils furent condanmés à être brûlés vifs. Ils subirent leur peine en présence d'un immense concours , dans une île formée par TAor et qu'on appelle la SchweUi-McUt (30 mai 1509).
Peu d'années après, la vente des billets d'indulgence causa un nouveau scandale. Le pape Léon X, qui destinait le {)roduit de ces billets à construire le magnifique temple de Saint- Pierre à Rome , en avait confié la distribution ^ux dominicains Samson et Tetzel. Abusant de leur mission et de la * crédulité populaire , les deux moines enseignèrent que les indulgences effaçaient les plus grands crimes, et parcouru-
(4) Voir page 198 da premier volwae.
CI) Voir, sur cetle société leligieose, la page 447 du premier Toluiiie.
DB LA NAlfON 8UIS8B.
rent, le premier, l'Allemagne, et le second, la Suisse, avec le langage et dans tout l'appareil des charlatans (151 9). Ao- CQ^Ui avec de grandes démonstrations de respect dans plu* sieurs cantons comme un envoyé du Saint-Siège, Samson comptait transporter à Zurich le théâtre de ses prédications lucratives. Mais Zwingli, qui venait d'en être nommé curé, et Févéque de Constance, dans le diocèse duquel cette ville était située, se réunirent pour lui en fermer rentrée. De toutes parts, des plaintes s'élevèrent contre le trafiquant d'indulgences. U dot quitter le sol suisse, honni des gens édnrés et désavoué par le pape Léon X qui en écrivit de sa main au courageux patsteur de la dté zuricoise.
A cette époque, Zwingli vivait encore dans la meillcuie intelligence soit avec son supérieur immédiat, révLV[ae de Constance, soit avec le chef de PÉglise. Léon X l'avait nommé réceimnent son chapelain honoraire , et lui faisait une pension de cent ducats pour le récompenser d'avoir empêché Zurich d'adhérer à l'alliance française. Mais tous les antécédents de Zwingli et son ardeur croissante pour les réformes, faisaient présager une prochaine rupture. Déjà à Claris, puis à Einsiedlen où il avait exercé les fonctions pastorales, Zwingli s'était signalé par son zèle contre les abus qui existaient dans VÈtat et dans V Église. A peine installé à Zurich, il y avait attaqué de front et avec une màle éloquence, et le trafic des indulgences , et les services étrangers. Au com* mencement il exceptait le service du Saint-Siège, que son respect pour le pape et l'amitié qu'il portait au cardinal Schiner lui faisaient considérer comme revêtu d'une sorte de • consécration religieuse. Mais plus tard, ayant changé d'opinion à cet égard et renoncé à la penision qu'il recevait de Borne, il frappa du même analhème tous les services étrangers quête qu'ils fussent.
De l'attaque des abus, Zwingli passa bientôt à celle des pratiques et des institutions de j'Église romaine, qui ne lui paraissaient pas fondées sur VÉerUure sainte, objet de ses continuelles méditations.
Combattu par le clergé, qu'effrayaient ses doctrines hardies, et par les nobles, partisans des services mercenaires, Zwmgli n'en devint que plus ardent et plus intrépide dans la lutte. Le bourgmestre Marc lloust et les mem- -
Oigitized
HisroiRB
bres du gouvernement se prononcèrent on sa faveur. Au contraire, la diète suisse, qui voyait que la propagation des idées de Zwingli et celle des écrits de Luther, répandus à foison parmi le peuple, commençaient à diviser les esprits dans Ja Confédération, chercha à en arrêter le cours par des défenses et des menaces. Le noble pape Adrien Vi, dont la vertu austère n'avait rien de commun avec les magnificences de Léon X et le zèle belliqueux de Jules II, conjura dans deux lettres le curé de Zurich de ne pas s^écart^ éd son ancien attachement pour la chaire de Saînt^Pierre. Mais décidé à rompre avec une foi qu'il ne regardait plus comme véritable, et, d'accord avec les conseOs de Zurich, Zv^ingli publie une thèse en 67 articles, où il se prononce successivement contre f autorité du pape, tmooeatim des Saints, les bannes œmres, la messe, les biens eedésiastiçues, les fêtes y compris Us Fêto^ Dieu, les pèlerinages, le luxe des ornements, les images, les congrégations, le célibat y les vœux perpétuels, les indulgences, le purgatoire, le caractère divin du sacerdoce qu'il réduit à de simples fonctions (*). Un colloque formé de tous les magistrats et de tous les prêtres du canton , au nombre de 600, est réuni dans la grande salle de rii6tel-de- Ville [X>ur discuter ces articles (29 janvier 1523). L'issue du colloque fut le triomphe des doctrines zwingliennes. L'État défendît de prêcher autre chose que « le pur évangile » et permit le mariage aux prêtres et aux religieuses. La crainte des cantons confédérés et l'opposition des nobles et de quelques conseillers empêchèrent seuls le gouvernement d'aller plus loin dans ce premier édit.
Mais, huit mois après, un cordonnier instruit mais fanatique, nommé Colas Hottinger, ayant abattu un crucifix aux portes de la ville, un second colloque, présidé par Vadian-^ de Saint-Gall, déclare Isl messe et les images, des institutions idolàtriques. « Les images, s'écria Zvringli, sont contraires au précepte du décalogue : « Tu ne feras point dimages » taillées. » Son opinion trouva plus d'un contradideur dans l'assemblée. — a Pourquoi détruire les images, fit le chanonie Ëdlibach. Les auteurs païens eux-mêmes n'ont-ils pas reconnu l'mfluence d'un beau tableau pour porter ks
(I) Bluotschli, Hiêtoir» dt ZiMieh,
DB LA MATIOlf SUISSB.
âmes h la vertu et aux actions magnanimes? » — « L'idolâtrie est dans les cœurs, ajouta le sage commandeur Schmid, de KUssnacht; c'est la qu'il faut la détruire, avant de se porter à des actes de vandalisme qui nous déshonorent et rappellent les profanations des Iconoclastes. » — « La Bible aussi est une image , fit entendre une troisième voix , celle de Conrad de Grebel, jeune homme plein d'intelligence, mais dont les mœurs dissolues ne prêtaient pas une grande autorité à ses paroles: de quel droit l'ÉUU prononce-t-il sur la croyance? N'appartient-il pas à chacun d'examiner et de croire ce que lui dictent sa raison et sa conscience ? » Mais l'élan était donné. Toutes les oppositions furent inutiles. Sans attendre la décision de l'autorité, une troupe de furieux pénétrent dans plusieurs églises, brisent les crucifix, les autels, les orgues et toutes les œuvres d'art qui paraient les temples de la cité de la Limmat.
A VoTîie de ces faits, Hndignation s'empare des cantons catholiques. Assemblée à Luceme, la diète menace d'exclure Zurich de ses séances. La plupart des cantons donnent des ordres sévères pour le maintien de Tortfiodoxie et Fextirpatton de Fenaagnement et des livres hérétiques (26 janvier 4 524). La réaction s^étendit jusqu'à Berne, où l'on s'était d'abord montré très-hostile à l'Église romaine, et où les jeunes gens avaient joué au carnaval précédent, sur la place publique , les pièces bouffonnes de Nicolas Manuel , pleines d'allusions mordantes au pape et aux évôques. Les vieux croyants reprirent complètement le dessus et persécutèrent le parti de la réforme. Le premier des prédicants bernois, Berchlold Haller, eutà choisir entre fexilou le silence; Manuel fut confiné dans son bailliage de Cerlier ; Anshelm, privé d'une partie de son traitement et contraint de se retirer ù Rotwyl, son lieu d'origine. Un magistrat énergique, Gaspard de Mullinen, dirigeait les vieux croyants bernois. Dans une diète tenue à fieme, il avait dénoncé Zwingli comme un ennemi public et comme l'auteur des troubles qui agitaient la Suisse. L'ordre secret d'arrêter le réformateur fut envoyé aux baillis de la frontière argovienne (^).
. L'irritation croissante des catholiques se Yévéla peu après par un fait déplorable. Le cordonnier Kuricois HotUnger, exilé
(1) TUUer, Hùtoirt de Bénit,
BISTOIRS
pour un an de sa ville natale, étant tombé entre les mains des paysans exaltés des environs de Baden , ce malheureux fut conduit à Lucerne et livré aux flammes comme sacrilège (9 mars 1524). Le supplice de Hottinger fut sui\i de celui du sous-bailli Wirth de Stammiieim, exécuté à Baden le 28 septembre, avec son fils Jean et le sous-bailli Ruttimann de Nussbaumen. Ils étaient prévenus tous les trois d'a\oir dirigé une horde de 4,000 paysans qui, au mois de juillet précédent, avaient incendié et dévasté la chartreuse d'Ittingen. Les vertus privées et la bienfaisance du principal accusé avaient été reconnues par les juges eux-mêmes. « Pendant tout le temps que j'ai été bailli en Thurgovie, dit Stocker, d'Underwald, j'ai toujours trouvé en Wirth un homme honnête et paisible, Inenveillant pour chacun. Sa maison étmt comme un hospice pour les pauvres. Je serais le premier à loi tendre la main, s'il eût volé, tué, ou commis quelque crime d'hérésie. Mais il a brûlé Timage de sainte Anne, la mère de Notre Dame 1 La mort seule peut expier co forfait. » Les députés de Zurich dierchécient en vain à sauver' leurs malheureux coréligionnaires. « C'est grande pitié, s'écria le^ député Esdier, que Ton se montre plus inexorable pour un; brave homme qui a brûlé une image, que pour un voleur, un assassin ou un hérétique. »
Le sang de Holtinger et des Wirtli n'éteignit point la réforme. 11 ne fit, au contraire, (ju aviver les haines, et produisit une réaction dans le sens contraire à Zurich. Le petitconseil comptait plusieurs meml)res tolérants, ou secrètement opposés à la réforme. La bourgeoisie réunie ôta à ce , corps la direction des affaires, pour la faire passer au grand conseil , plus décidé en faveur des doctrines zwingliennes. Les deux chefs de l'État, Marc Koust et Félix Schmid , étant morts en 1524, on les remplaça par deux fervents zwin-,^; gliens, Henri Walder et Diethelm Roust, fils du bourigmestre ' défunt.
Ainsi composé, le gouvernement Ziirich n'en mit que , plus d'ardeur à consommer Fœuvre qu'il avait entreprise, • et pour atteindre son but, il ne recula pas devant les mesures violentes. Les vingt couvents de la république furent transformés en écoles et en hospiciss; k messe, qui se disait encore dans l'église de VEau, bâtie par Wald*
mann , fut proscrite ; les derniers autels furent démolis , et les Zuricois restés fidèles au catholicisme, obligés d'aller entendre le service divin dans les cantons voisins. Bientôt cette faculté leur fut ôtée, et l'exercice du culte catholique, môme hors du canton, sévèrement interdit. Plusieurs familles préférèrent s'expatrier que de supporter cet état de choses. (*).
Voyant Tœuvre de la réforme consolidée par ces événements, Zwiniili, échappé à une épidémie redoutable qui venait de lui enlever son frère et son ami Gérold Mever, de Knonau, épousa la veuve de ce dernier, Anna Reiubard, femme célèbre pour sa beauté et son esprit (1325).
Mais à peine établie, la réformation se déchirait ellemême. La libre înterprétatioii de la bible acoqrdée aux fidèles produisit des divergences et entre autres une secte dangereuse, celle des anabaptistes. On les nommait ainsi, parce que parodiant saint Jean Baptiste^ qui faisait entrer les juife dans Teau du Jourdain pour les purifier de leurs souillures, ces sectaires baptisaient les adultes sur les bords du Danube et du Rhin.
Expliquant de la même manière d'autres passages de l'Écriture sainte, les anabaptistes prédiaiènt Fégalité parfaite, la communauté des biens et des femmes, l'abolition des impôts et des dîmes, et finalement l'extermination des infidèles, c'est-à-dire de tous ceux qui ne partageaient pas leurs théories subversives. Combattues par les réformateurs, ces doctrines n'en trouvèrent pas moins un i^raud écho chez les paysans opprimés de la Souabe et parmi les pauvres mineurs de la Thuringe. Un disciple infidèle de Luther, Munzer Thomas, se présenta pour être le grand-prôtre de la secte. Nouveau (iédéon, il se disait appelé a terrasser les ennemis du peuple de Dieu et à conduire Israël dans la terre proinise.
A la voix de ce faux prophète, les malheureux levèrent leurs marteaux et leurs tridents contre leurs seigneurs; les torches de l'incendie dévorèrent châteaux et domaines. Mais
f Dos Goldli , des Stapfer s'établiront Liioerne: le secrétaire d'État Am-Grut , principal arilayionisto de Zsviiii^li (hins les conseils, se relira à Rapperschwyl , puiâ a Huiuu uù il avait rempli quelques années aupara^ vant une mission dipiomallqtto; •
maudits à la fois par les léfbrmatears et les évéqaes cadKH Kques, cernés par les années réunies des princes d'AUemagne ; les rebelles furent taillés en pièces à Frankhausen
et traqués partout comme des bétes féroces (4525). Pleine de compassion pour les fugitifs, la Suisse leur ouvrit ses portes. Elle inaugurait ainsi sa belle mission d'hospitalité qui a fait du sol helvétique pendant plusieurs siècles, l'asile des proscrits de toutes les nations et de tous les partis. Cette mission glorieuse, utile à la Suisse à plusieurs égards, n'est cependant pas sans danger pour elle. Si les réfugiés nous ont souvent apporté des idées et des industries nouvelles, souvent aussi leurs passions ardentes ont attisé sur notre sol le feu des haines civiles et religieuses.
Peu de temps après l'arrivée des anabaptistes allemands, leur doctrine fit des progrès alarmants dans plusieurs cantons de la Suisse orientale. Un club anabaptiste se forma à Zurich, dans le centre même du zwinglianisme. Des trois chefs de ce club, deux étaient indigènes» C'étaient Conrad de Grebel, que nous avons vu figurer avec édat au second colloque de Zaridi| et Félix Mans, fils d'un pasteur zurioois , et très-^versé duos la connaissance des saintes écritures.
Mans et Grebel s'étaient assbdé-le Wurlember^is Blaurock, que les sectaires nommaient leur ieeoné SaM Pùult à cause de son exaltation sauvage et des invectives qull lançait dans' ses écrits au pape, à Luther et à Zvnngli.
Ces trois hommes s'excitaimit mutuellement par des discours et des chants où les saints noms de Dieu et du Sauveur des hommes étaient mêlés à des paroles de sang et de désolation.
Ils passèrent bientôt des paroles aux actes. Des séditions éclatèrent. Les couvents de Rtlti et de Biitikon furent envahis par les paysans. 400 sectaires, attroupés à Tôss, au bailliage de Kybourg, parlèrent d'aller sacciiger le chef-lieu et de faire main-basse sur les magistrats. La présence d'esprit du bailli Lavater parvint à conjurer l'orage. A HOngg, un pasteur, dévoué à la secte, s'écria du haut de la chaire qu'il fallait commencer par égorger prêtres et magistrats et détruire toute autorité civile et ecclésiastique.
A Saint>GaIl, l'un des foyers de Tanabaptisme, et où Ton comptait 800 initiés, le fanatisme inspira un acte de férocité
Dl Là IIàTIOM SUI88B.
eitraonfinaire au sein d'une femiJle connue jusque-là par une conduite chrétienne et laborieusQt Thomas Schucker, joueur de luth de profession et qui passait pour prophète, tua d'un coup de hache son frère Léonard, à la prière de ce dernier, jaloux d'imiter la résignation d'Isaac, et en présence de son vieux père et de ses autres frères et sœurs agenouiQés pour conjurer le Seigneur d'envoyer Fange qui avait arrêté le bras d'Abraham. Le lendemain, Schucker alla se remettre tranquillement entre les mains du bourgmestre de Saint- Gail et suLyt avec cakne la peine réservée aux meurtriers.
Aux scènes d'horreur, les sectaires joignaient les actes les pins extravagants. « Qu'avons-nous besoin d'argent, disaieaL les uns, Dieu (jui nous a créés saura bien nous conserver la vie, » et ils jetaient par les fenêtres le produit de leurs économies et tout ce qu'ils possédaient. Tombaient-ils malades, ils refusaient les secours de la médecine, citant le passage de l'Evangile où il est écrit « qu'aucun cheveu ne o peut tomber de la tôte d'un homme sans la permission de » son Père céleste. » On en vit se promener dans les rues sans aucun vêtement, traînant après eux des poupées, afin d'ao* complir cette parole de Jésus-Christ dans le Nouveau-Testament : « Si vous ne vous fiutes semblables aux enfants, » vous n'entrerez point au royaume des cieux. » Ën plusieurs endroits, les anabaptistes brûlèrent la bible comme un livre inutile, Dieu se communiquant directement à ceux qui aiment et qui implorent ses dons d*un cœur fervent et sincère. Les plus grandes folies se commirent dans TAppenzell, où des oordes entières erraioBt dans les forêts, poussant des cris de sauvages et couchant péle-mèle dans les taillis et les cavernes des montagnes
Zwing^i et les autres prédicants cherchèrent en vain à ramener les anabaptistes à des notions plus saines et plus réellement conformes à l'esprit de l'Évangile.
Deux nouveaux colloques eurent lieu dans ce but à rilôtelde-VilIe et au Grand-Moûtier transformé depuis la réforme en église du culte zvvinglien. Les chefs de la secte refusèrent de se soumettre et continuèrent à dogmatiser. Le gouvernement, pour mettre ûn à leurs prédications, les lit enfermer
(I) Scbuler, AcHom et Mmwn dêt Sttittw (en aUemaml).
i 0 B18T01RB
au Ketzer-Thurm (tour des hérétiques). Mais des amis les
ayant fait évader, ils prétendirent avoir étédéifvrés par des anges. Décidé d'en finir a\ec ces liérésiarques opiniâtres, le gouvernement les fit arrêter de nouveau et condamna Blaurock et Grehel à être frappés de verges et bannis; Manz à être noyé dans le lac. La fermeté de ces hommes ne se démentit point dans les supplices. Jusqu'au dernier moment, la vieille mère de Manz, plus exaltée que lui encore, ue cessa d'exhorter son fils au martyre (5 janvier 1527).
Ces mesures de rigueur, mais plus encore les proclamations du gouvernement et les avertissements d'hommes pieux ei éclairés, mirent fin aux fureurs des anabaptistes. Ils ne forment plus aujourd'hui qu'une secte de gens honnêtes et paisibles, disséminés dans les montagnes du Jura, et leur doctrine actuelle est si opposée è toute violence, qu'elle leur interdit de porter les ann^s et d'entrer dans la milice.
Efforts des cantons oafhoUques pour arrêter les progrès de la réforme. Colloque de Baden. — Établissement de la réforme à Berne, Sainl-Gell , AppenseU , Schaflliottse et Béle. Scissions dans d'autres cantons.
(Dt Vm à 48Mi.)
ES excès des anabaptistes n'étaient pas faits pour accréditer les nouvelles doctrines. En 1526, malgré les partisans que la réforme comptait dans plusieurs caïUons, à SchalTliouse, Berne, Saint- Gall, et à Soleure et Glaris surtout, aucun des XIÎ Étals lie l'alliance ne s'était ouvertement détaché du catholicisme. L'université de Baie, favorable aux réformateurs,' tant qu'ils s'étaient tenus dans les limites d'une discussion scientifique, leur avait tourné le dos, dès qu'elle les avait vus seriger en chefs de parti et faire appel aux passions populaires. Immédiatement après le premier colloque de Zurich, Erasme et Glaréan rompirent toute relation avec Zwingii et les autres prédicants.
Ouelqiios symptômes de réforme s'étaient montrés dans le canton de Schvvytz à la suite du séjour que Zwingli avait fait à Ëinsiedlen. Mais le landamman Gilg Rychmouth (^) avait réprimé ces tendances. Dès lors les SchwytzoiS) unis aux deux autres WaidstaBUen, devinrent les plus fermes dmmpions de Tancienne croyance. Les auteurs protestants expliquent eux-mêmes le peu d'accès que trouva la réforme dans ces montagnes par la grande simplicité de mœurs des habitants , et la pureté de vie des ecclésiastiques qui leur distribuaient le pain de la parole. « Nous ne pouvons pas nous vanter d'av<rfr parmi nous des savants remarquables , éMvait le gouvernement d'OWald à celui de^ Zurich en 4523; mais bien des prêtres pieux, charitables' et qui nous prêchent l'Évangile par leur exemple comme par leurs préceptes. »
On ne trouvait certes la même simplicité et la môme pureté de mœurs ni à Zoug , ni à Lucerne , ni à Fribourg où le gouvernement était sans cesse en lutte avec l'autorité ecclésiastique pour obtenir la répression des désordres commis par des membres du clergé. Aussi la réforme avait-elle dos partisans dans le clergé et la magistrature de ces trois villes. Mais comme la majorité protestante l'avait fait à Zurich envers les catholiques, la majorité catholique obligea les réformés de ces trois villes à s'exiler ou à se taire. Le })lus distingué des émigrés fribourgeois , Jean Giroud ou Cyio, devint chancelier de la république bernoise, et joua un grand rôle dans les événements religieux et politiques qui s'accomplirent à Berne*
Convaincus que le meilleur moyen d'arrêter les progrès de la réforme était de faire cesser les abus, les gouvernements des cantons catholiques s'étaient adressés au Saint- Siège pour obtenir une réforme canamqw des nuBurs et de la êMipUne eedéetoiHçue. Ne recevant point de réponse, ils f'ésolurent de procécter provisoirement à cette oeuvre en attendant la convocation d'un concile général qu'on réclamait de toutes parts pour remédier aux maux de l'Église. A cet effet, les députés des États catholiques d'Uri, Schwytz, Underwald, Lucerne, Zoug, Berne, Fribourg, So-
(4) Élu en I5S3.
HISTOUE
leure, Glaris, auxquels se joignirent des délégués de la république alliée du Valais, se réunirent à deux reprises à Lucerne en 1524 et y rédigèrent en commun un projet de Mandat ou ordonnance de la teneur suivante : « Considé- )) rant que les pasteurs des âmes se taisent et dorment, que 4) le chef de l'Église garde un silence inquiétant pour le maiu- » tien de la (loctrine catholique; Nous députés des États at- » tachés à la foi orthodoxe de nos pères et à la parole de » Dieu telle qu'elle a été enseignée depuis 1,100 ans, nous » avons résolu de maintenir les sacrements au nombre de » sept, la célébration de la messe e( de la Féte*Dieu, le » jeûne, l'abstinence, les pèlerinages, les processions, les » offirandes, le célibiit ecclésiastique. Nous ne souffrirons y> aucune innovation luthérienne ou xwinglienne parmi nous. » Nous ne souffrirons pas non plus que nos croyances dans » la Sainte-Vierge et saint Antoine soient un objet de dé- » rision dans les cabarets, ni qu^on insulte en aucune ma- » nièreaux images des saints exposées à la vénération des » fidèles dans tes églises, aux coins des rues ou sur les dMH » mins.
» Hais nous avons pareillement décidé de tenir ferme*
» ment aux droits de l'Etat envers et contre tous. Nous n'en- » tendons point (jue les prêtres s'abritent derrière les im- » munités ecclésiastiques pour refuser l'impôt, pours'exenq> » ter des tribunaux civils et réclamer le for de leur évôque, » qui souvent ne les punit pas selon la gravité de leurs dé- » lits et crimes. Nous ne voulons pas davantage que sous » prétexte de religion on puisse trantjuer des indulgences )) et de radtninistration des sacrements, cumuler des béné- » fices, acquérir des immeubles j)ar une voie clandestine, » ou extorquer aux moribonds des donations testamentaires. » Lorsqu'un de nos ressortissants comparaîtra devant un » tribunal ecclésiastique, ce ne sera que pour affaires ma-* » tnmoniales et tout s'y traitera en langue allemande. »
Une ordonnance à peu près semblable avait été rendue par les trois ligues grisonnes dans une diète tenue à Ilans six années auparavant. Mais les articles cPlkmsL furent pins exactement observés que les 43 painii d$ Lueeme qui, adoptés par quelques cantons et r^eiés par d'autres^ tonibèrent en désuétude.
Wt LA lUTlOM 8018SB.
Malgré les efforts des cantons catholiques, Vesprit nouveau travaillait fortement leurs co-États de Glaris, Soleure, Appenzell. Il menaçait même d'envjihir TArgovie et la Thurgovie, et de compromettre ainsi les droits do co-régence que ces cantons possédaient dans les bailliages communs. Un colloque catholique, dans le genre de oialui quo les vieux croyants d'Allemagne avaient tenu à Leipzig contre les nouveautés de Luther, s'ouvrit à Baden, en Argovie. Le fameux docteur bavarois Éck, qui avait brillé dans la lutte, y parut au nom des catholiques. Il était accompagné du docteur Faber, grand-vicaire de l'évéque de Constance et l'un des antagonistes de Zwingli au premier colloque de Zuricè, et du cordelier iucernois Moumer, l'un des écrivains les plus mordants du parti catholique. Zwin^ii invité à s'y rendre, avait été muni d'un siuf'âmduit par les «x cantons. Mais il refusa d'y prendre part, alléguant le sort de Jean Huss ei la manière dont on l'avait traité à Luceme, où ses écrits avaient été livrés aux flammes et lui-même brûlé en effigie. Les réformateurs ne pouvaient néanmoins, sans s'avouer vaincus, se dispenser tout à fait de paraîtje à la dispute. Zwingli se fit remplacer par les ministres OEcoIampade, de Bc\]e, et Berchtold Haller, de Berne.
Le colloque ouvert avec pompe, le 16 mai 1526, dans l'église principale de Baden, offrait un curieux spectacle. Pendant que le docteur Eck, vêtu de sa pelisse d'apparat et le front rayonnant, occupait une chaire richement décorée, OEcolampade, placé derrière un petit pupitre, feuilletait par contenance une bible ouverte devant lui. Chacun d'eux était environné des théologiens de sa confession. Les visages pèles et les longues robes noires des réformateurs, contrastaient avec les teints colorés et les somptueux costumes des prélats et des députés des 1 2 cantons et des États alliés, assis dans les bancs tendus de rouge de la nef, . et dont plusieurs trahissaient les sentiments de haine que leur inspirait la vue des apétres de la réforme, par les regards foroudies qu'ils jetaient à la dérobée sur Œcolampade et sa petite phalange* Parmi ces personnages étaient Gas^ pard de Mullinen, le landamman Rychmou^ et l'avoyer lueemois Houg, tous trois cheb du parti catholique dans leurs cantons reqieetib. Ils surent toutefois contenir leur haine.
mSTOIEK
Le colloque fut sérieux, dura dix jours, et roula principalement sur le sacrement de l'Eucharistie que Zwingli et CËcoIampade son disciple, cousidéraient comme un simple symbole de la cene du Sauveur avec ses disciples. Le réformateur suisse diflérait en cela totalement du réformateur saxon, qui admettait la présence réelle^ au moins dans le moment de la consécration du pain et du vin sur l'autel par le prêtre. La présence réelle pure et simple avait été soutenue par le célèbre Erasme, qui avait même composé un traité spécial sur ce sujet. On en lut divers passages aux applaudissements de l'auditoire, qui trouvait charmant de battre les réformateurs avec des armes fourmes par les écrits de celui qui, dans l'opinion des catholiques exaltés, passait pour avoir pondu 1 œuf de la réforme. 4
 la fin des débats, les thèses soutenues par OËcolampade ne hmni souscrites que par dix, oeltos d*£ck par quatre-vingt-deux des personnes présentes au cdloque. Pour rendre ce résultat plus saillant, le oordelier Moumer afficha à la porte de l'église de Baden quarante propositions en réponse au soixante^epl articles où Zwingli avait résumé sa doctrine. Ce dernier ayant pris la plume pour se défendre, le fougueux Mourner publie les actes du colloque et lance un pamphlet intitulé : Calendrier d'ignominie [Schmach-Kalender), où les noms des saints étaient dérisoirement remplacés par ceux des réformateurs.
Exaltés par la victoire, les cantons catholiques refusent aux Zuricois et aux Bàlois le renouvellement de Falliance fédérale; Berne et les cantons dont on n'était pas sûr, ne Fobtinrent qu'à la condition expresse de proscrire le prêche, et de jurer fidélité à l'ancienne croyance. Mais loin d'amener le résultat qu'on s'en était promis, ces actes d'autorité, et la polémique incessante de Moumer, occasionnèrent à Berne un revirement à la fois politique et religieux, qui aboutit au triomphe delà réforme, non-seulement dans ce canton, mais dans une grande partie de la Suisse occidentale. Depuis plusieurs années déjà, Berne était en proie à d'étranges tiraillements, tantôt permettant la messe et le mariage des prêtres, tantôt les défendant sous les peines les plus sévères. Bravant la défense, le premier dignitaire du clergé, Nicolas de Wattenwyl, prévôt d^la collégiale, avait ésptmé une re-
ligieuse; son exemple trouva des imitateurs. Une absence prolongée de Gaspard de Mullinen, envoyé à la cour du roi de France, pour régler des affaires d'argent, favorisa les progrès de la réforme. Sur les seize tribus qui composaient la bourgeoisie, treize abolirent leurs fondations et leurs offrandes annuelles. Enfin, à l'époque des élections pascales, juste un an après le colloque de Baden, un soulèvement populaire éclate et force le grand conseil à changer le mode d'élection en usage et d'attribuer aux Deux-Cents la nomination du petit conseil, qui se faisait auparavant par les ban-> nerets et les Seize. Les Deux-Cents profitèrent du droit qui leur était conféré, pour éliminer Gaspard de Mullinen et les autres membres les plus hostiles aux nouvelles croyances. Pois, cédant aux instances des prédicants, ai^uyés par les exhortations de Zwinf^î et du bourgmestre IHethelm Roust, venu en personne à Berne à ce sujet, les Deux-Cents, présidés par l'avoyer Jean-Jacques d'Ërlach, se disposent à introduire la réforme. Un colloque solennel devait, comme à Zurich, préparer les esprits. Tous les curés du canton furent sommés d'y assister totii peine de perdre Uun bénéfim. On convoqua également les quatre prélats de Lausanne, Genève, Constance et BAle, dont la juridiction embrassait les diverses parties du territoire de la république. Un appel fut adressé en outre à tous les gouvernements et aux théologiens les plus marquants des cantons et des pays voisins. Parmi les catholiques, quelques-uns seulement répondirent à l'appel; de ce nombre, Treyer (Tornare), de Fribourg, honmie instruit et provincial de l'ordre des Augustins. Les réformateurs, qui se trouvaient plus à l'aise à Berne que leurs adversaires, et qui avaient à cœur de réparer la défaite de Baden, y parurent presque tous. On y voyait OEcolampade, de Bâle ; Bucer, de Strasbourg ; le commandeur Schmid , et Henri BuUinger, alors professeur au couvent réformé de Cappel ; Farel parait aussi pour la première fois sur la scène. C'était un réfugié français, languedocien d'origine et missionnaire de Leurs Excellences de Berne dans le Pays-de-Vaud. Le grand théologien zuricois, Zwingli, s'était ég^léinent décidé à y prendre part, et se rendit à Berne, à travers FArgovie hostile, avec une escorte de 300 chevaux. Le coUoque, assemblé dans Féglisedes Cor-
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detorS) dora dix-neuf jours (du 6 au 26 janvier), et fut la oontre-partie de la thèse de Baden. N'ayant à combattre qu'un petit nombre de catholiques, les réformateurs eurent beau jeu contre leurs antagonistes et remportèrent sur tous les points. Le colloque se termina par un discours de remerchnents adressé par le chef des ministres bernois, Berchtold Haller, aux savants hôtes qui avaient honoré Berne de leur présence.
Les théologiens avaient fini leur rôle; les magistrats commencèrent le leur. Des décrets successifs abolirent la juridiction des quatre évéques diocésains, la messe, les images et la musique d'église. Les vieux croyants, que ce spectacle ^ révoltait, firent entendre des menaces. L'un d'entre eux, membn; du grand conseil, Jean Zehnder, entra dans l'église monté sur son àne et insultii aux démolisseurs. Un autre bourgeois, Jean Schneider, parla (régorger le premier qui toucherait à l'autel de la corporation des Bouchers. « Elle est belle maintenant votre église, s'écria Pierre Thormann; les Oberiandais peuvent sans inconvénient en faire une écurie pour leurs chevaux, les jours de marché. » De grosses amendes et Texclusion des charges publiques réduisirent les opposants au silence. Les dernières messes célébrées à Berne le furent à lautel de la corporation des Bouchers et à celui de la famille Diesbach, qui marquèrent ainsi leur attachement au catholicisme.
L'abolition de Tandeane croyance fut accompagnée du rapipeiL et de la réint^atlon de ceux qui avaient souffert pour la nouvelle. Nicolas Manuel, dont le talent dramatique avait frayé les voies à la réforme, fut élevé à limportante diarge de touMrel^. Le savant Valerius Anshehn reprit ses doubles fonctions d'historiographe et de médecin de fa ville»
De Berne, la réfbrmation s'étendit à tout le reste du canton. Bienne s'était deja réformé à la voix de son pasteur Wyttenbach, l'un des professeurs de Zvvingli. Farel, dont le caractère impétueux s'était ré\ élé dans les derniers jours de la dispute de Berne, répandit les nouvelles doctrines dans l'Erguel, où, appuyé sur les armes bernoises, il brava Tautorité de l'évêque de BAIe, souverain de ce pays. Les armes bernoises lui aidèrent aussi à réformer les quatre bailliages ou Mandements d'Aigle, dans cette partie du Pays-
DE LA ff ATIOil SUISSE.
de-Vaud conquise par Berne dans la guerre de Bourgogne. Lorsque l'ardent ministre y prêcha pour la première fois, il fut assailli dans le temple et les tambours couvrirent sa voix sur la place publique. Mais Berne fit occuper les quatre Mandements par ses troupes aux ordres d'un vaillant capitaine , Hanz-Franz Nœgueli. Ai^e et les Ormonts furent contraints d'accepter la réforme; ceux qui persistèrent dans l'ancienne croyance durent quitter le pays.
L'introduction de la réforme rencontra d'abord moins d'obstacles dans l'Oberland bernois. Les habitants de ces vallées solitaires, assez semblables aux montagnards intéressés de la Haute-Écosse , crurent que la révolution religieuse leur apportait la libération de tous les droits , lods et censés que levaient sur eux les monastères de Grindelwald et d'Interlaken. Quand ils virent qu'ils n'avaient' fait que Giianger de matlre et que l'État de Berne se montrail^ plus exigeant que les abbés et prieurs des monastères, beaucoup d'Oberlandaîs se prirent à regretter la messe et résolurent de former un camion ind^pmdanL Les messages conciliants du gpuvemementi et la présence à Un* terséen du chef de l%tat, Jean-Jacques d'Erlach, loin da calmer Torage, ne firent qu'augmenter ^core l'audace des rebdies. Porta de l'appui de leurs voisins d^Obwakl el des petits cantons alors réunis en diète à Beggenried, les chefs oberlandais, LUthold et Henri Al-planalp, Hanz Im- Sand et André de Béringen , convoquent en landsgemeinde les pâtres du Hasli, le 7 juin 1528. Malgré les efforts du parti gouvernemental, le rétablissement de la messe est décidé par 151 voix contre 111, L'abbé d'Engelberg vient la dire en grande pompe à Interlaken. 3,000 Oberlandais, arborent la branche de sapin, signe de ralliement du parti catholique en Suisse, et prennent à la face du ciel [engagement de mourir pour la défense de leur liberté religieuse et politique (*). Une nouvelle démarche de l'État de Berne auprès de ses sujets rebelles et du gouvernement d'Obwald demeure infructueuse. A peine l'avoyer d'Erlach avait-il quitté Samen, que 800 hommes, la branche de sapin au dMipeau, Êûsalent leur entrée à Briens, avec la bannière
(4) La tfmnekê 4êtapin, après trois siècles, a reparu dans le caaton du Berne Gomme iisae de rnuieiiimit d*» pirti politique.
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d*Obwald portée par l'on des pelHs-fils de Nicolas de Flae. Berne alors n'hésile plos et envoie contre l'Oberiand une armée de 5,000 hommes, pourvue d'une forte artillerie et
oommandée par l'avoyer d'Erlach et le banneret Manuel. La bonne contenance de ces troupes et rapproche de la mauvaise saison déconcertent les gens d'Obwald ; ils lâchent le pied et vont se mettre en sûreté derrière le BrUnig. L'Oberland tout entier est occupé par les troupes bernoises. Pour terrilier les rebelles, les chefs bernois réunissent le peuple à Interlaken, le font cerner par l'armée, et après plusieurs salves d'artillerie répétées ])ar les échos des hautes Alpes, les malheureux Oberlandais, tremblants et agenouillés, sont contraints d'implorer grâce, de livrer leurs chefs, leurs chartes et leurs bannières, ces joyaux du pays et ces marques de son indépendance qui remontaient au temps des Uohenstaufien. L'un des chefs, Hanz lin-Sand, avait réussi à s'échapper et s'était réfùgié dans TObwald. Mais ayant repassé la frontière pour visiter sa famille, il fut trahi, arrêté dans sa demeure et mis k mort comme plusieurs autres ohefe. Sa tète fut plantée au haut d'une pique à la limite des deux pays de Hasii et de TUnderwald.
Ces exécutions rétablirent l'ordre dans le canton, mais rendirent odieux le gouvernement bernois. Les victimes devinrent des martyrs aux yeux du peuple opprimé. Des gens d'Obwald enlevèrent de nuit la téte d'Im-Sand et y substituèrent une téte de chat avec un sclieHinGr bernois en ij;uise de pendant d'oreille. Cet allront mit le cond)le à rirritatiou des Bernois qui déclarèrent ne plus vouloir siéger à côté des députés d'Obwald. Ces derniers n'en parurent pas moins, le rameau de sapin au chapeau, à la diele de Baden, sous les yeux tles députés de Berne et de Zurich auxcpiels ils donnèrent eette excuse ironique : a Gens des forêts et des montagnes, nous sommes étrangers à vos usages de politesse. Nous mettrons ces rameaux tant que bon nous semblera et nous ne conseillons ii persoime d'y porter la main. » Les efforts des cantons médiateurs deBàie, Schaffhouse, Âppenzell et Grisons ne parvinrent qu'à grand'peine à empêcher une rupture. Berne persistait à exiger des indemnités de la part d'Obwald, aux instigations duquel il attribuait toùs les désordres commis dans l'Oberland (mars 4529).
L'abjuration de Berne fut un coup décisif en faveur de la réforme. Encore la môme année, les bourgeois de Saint-Gall convertis aux nouvelles doctrines par le riche et spirituel bourgmestre Vadian, consomment leur défection par le renvoi des conventuels et Texpuision des membres catholiques du conseil.
De Saint-Gall, la réformation gagna l'Appenzell, où Vadian avait beaucoup d'amis et de connaissances. La plupart des communes établirent le prêche. D'autres passaient alternativement de la messe au prêche, du catholicisme à la réforme.
L'année suivante (1529) fut marquée par la déiéctioii de Schaffhouse et de Bâle. L'établissement de la réforme djns ces deux villes fut amené par des mouvements populaires. Hais à Sdiaffhouse, le bourgmestre Peyer, à la téte de 500 bourgeois en armes, réussit à comprimer l'émeute. Les chan^ gements désirés purent s'accomplir par les voies paoi6que8 et légales. Il n'en fut pas de même à Bâle, où divisé comme l'avait été autrefois le petit conseil de Berne, le gouvernement suivait tantôt les inspirations d'OEcolampade efde son proteetenr, Phabile bourgmestre Adelberg Meyer, tantôt les directions opposées des chanoines et du second bourgmestre Meltinger, l'un des héros de Marignan c;t le chef du parti catholique. Un édit qui accordait la liberté de conscience^ mécontenta les réformés. Au nombre de 2,000, ils prirent les armes contre leurs adversaires qui n'étaient que 600, et braquant de Tartillerie contre rHôtel-de- Ville, ils forcèrent le petit conseil d'éliminer de son sein le bourgmestre Meltinger et douze de ses collègues favorables à la noblesse et au catholicisme (8 février .1529). Les actes de vandalisme qui avaient marqué la victoire des réformés à Zurich et à Berne se reproduisirent à Bâle ; le bourreau en téte, ils dévastèrent la cathédrale, et firent douze feux de joie sur la place publique des objets d'art qu'ils avaient trouvés dans cette église et dans les autres temples de la ville. Privé des derniers débris de son pouvoir temporel et spirituel, Pévéque de Bàle se retira tout à fait à Délémont et à Porrentruy, devenues les deux premières viUes du diocèse. Les magistrats déposés, . les chanoines et beaucoup de personnes notables émigrèrent dans la ville voisine de Fribourg en Brisgau, asile ouvert è tous les Bâiois qui ftiyaient la révolution politique ou reli*
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