HI8T0IES
I^use.£r88ine et Glaréan y dierohèreqt également le repos (fui leur manquait à Bêle. Us furent accompagnés ^e la plupart dos professeurs et des étlidiants'de Tuniversîté.
L'abjuration de BÂle èt db Schaffhouse fut suivie de celle des bailliages communs de la Thurgovie et de FAi^vie. La crainte des armes de Zurich, alors prépondérantes dans cette partie de la Suisse, eut pour le moins autant de part à ce changement que le zèle de plusieurs ministres de la doctrine évangélique. A la tête de ces derniers était le Zuricois Henri Bul- Unger, doyen de Bremgarten et T un des collaborateurs les plus dévoués et les plus habiles du réformateur de sa ville natale.
La réforme tit des progrès à Soleure, mais sans y devenir dominante ni exclusive comme à Bàle et à Schaflhouse. Bien que le gouvernement eût à sa tcMe deux avoyers, dont l'un St^li, était très-prononcé pour la réforme, et l'autre, ïlébolt, un ardent champion du catholicisme, il sut cependant conserver Fesprit de modération et de tolérance qui a souvent distingué cet État confédéré.
A Claris, les catholiques Favaient emporté dans la landsgemeinde de 4528, où une majorité de 33 voix fit renouveler la déclaration de fidélité à la foi catholique, réclamée par les cinq cantons. Mais à. la landsgemeinde de mai qm suivit, les réformés prévalurent et abusèrent de leur victoire* Le oaré de Niederumen fût assédssiné; cet attentat attira les armes des cinqcantons, auxquelles Zurich opposa les siennes. La guerre civile eût infoilliblement éclaté, si le canton de Glaris n'avait possédé dans son sein deux apôtres de la paix et de la charité religieuse. Le landamman iEbli et Yalentln Tschoudi, curé de Glaris, appartenaient tous deux à la confession réformée. Mais animés des plus nobles sentiments de loyauté et de tolérance, ils résistèrent avec énergie aux excès de leur propre parti. Pour donner à leurs frères catholiques un gage de conciliation, ils firent nommer baiIJi à Sargans un de leurs principaux chefs. C'était Egide Tschoudi, alors au début de sa carrière administrative et politique, mais que ses lumières et ses vertus civiques devaient rendre une des premières illustrations de la commune patrie. Le môme esprit d'union évangélique qui inspirait les actes de Valentin Tschoudi comme patriote, animait ses discours * comme prédicateur. Aussi, catholiques et protestants Técou-
DB LA HATiail 8UI88B
laient-ils avec une égale édification, et il loi arriva plus ^ne fois de foire dans la même matinée un préehe aux protestants glaronnaiSy puis un sermon aux catholiqimy sans blesser aucune croyance.
Combien un prêtre animé du même esprit que Yalentin Tschoudi eût été nécessaire dans les ligues grisonnes, d^ chirées par les luttes civiles et religieuses 1 Irrité par les «r- Éi€k$ dlUmXf Févêque Paul Zieg^w s'était uni avec l'abbé de Sainte-Lucie et le fiaimeux chef de bande Jacques de Médicis, châtelain de Miisso dans le Milanais, dont les irruptions portèrent plusieurs fois le fer et le feu dans la Valteline (*). Le traité lut découvert et Tabbé de Sainte-Lucie fut condamné à mort et exécuté (23 janvier 1526) non sans la coopération de quelques pasteurs réformés. Le plus influent des ministres grisons était Jean Gomaûder, élève de Zwingii et curé de Saint-Martin à Coire.
La réformation avait aussi pris possession de Mulhouse, ville alliée des Suisses, et de Constance, ville autrichienne, que son adhésion au zwinglianisme contribua beaucoup à rapprocher des Suisses protestants , de Zurich et de Berne en particulier. Ce fut l'inverse à Rotwyl, autre ville alliée des Confédérés. Son attachement au catholicisme Téloigna des Suisses et la rapprocha de l'Autriche, Tancienne ennemie de son indépendance. L'intolérance accompagnait partout la victoire d'une confession sur Pautre. Les habitants de Rotwyl, favorables à la nouvelle croyance, forent obligés de s'e^qmtrier au nombre de 400.
(4) Giacomo Medighl, châtelain de Musso, dont il sera plus d'une fois question dans ces pages, était un de ces tyranneaux si bien dépeints par le poète milanais Mauzuiii, dans son roman dos Fiancés. 11 n'appartenait point à la fàmille des Hédleis , de Âorence, et avait reçu le Jour dans une des fermes du duc de Mitan. Un tissu extraordinaire d'aventures, d'exploits et de crimes l'éleva au pouvoir et au rang des principaux seigneurs des bords (lu lac de Côme. Son frère ÀDf elf Ût une fortune encore plus étonnante el devint pape sous le Dom de Me'iyi Mais sof^ élévation ne ftit pas le résultat des mômes causes. L'austérité^e mcéute et de doctrine distinguait . Angelo Medighi et l'avait (ait iQVG|\t^des fo»tioQS d'inquisiteur dans le j|
Milanais.
Ligues séparées des protestants et des catholiques. — Première guerre religieuse. Uans iËl>li, ou paix publique de Steiobaus.
ES progrès de la réformatioa remplissaient le cœur de Zwingli de joie ei d'espérance. Le désir de consolider ces progrès et de les étendre h toute la Suisse lui suggéra le projet d'une alliance offensive et défensive des villes protestantes. Sûr de Zurich, où son influence dans les aflaires d'État croissait tous les jours, ii s'adressa au gouvernement de Berne, et, secondé par Roust, il parvint à gagner les magistrats de ce canton pendant la durée du colloque. BAIe, où dominait dScoiampade, Mulhouse, SdiafiEbouse et Bienne, ne fiirent pas difficiles à persuader. Ces cinq États réunis formèrent, avec la ville autrichienne de Constance, une alliance séparée sous le nom de Combourgeoisie chrétienne (Chrislliche BUrgerrcchI). Un conseil seci-et fut établi à Zurich sous la présidence de Z\v ingli , pour diriger les affaires de l'alliance séparée (jui venait dVHre conclue. Ce Sonderbund protestant irrita les adversaires, (jui y opposèrent aussitôt un Sonder bwid L'i\i\w\n\[ic^ formé par les Etats d'Uri, Schwylz, Underwald, Lucerne, Zoug, Fribourg, au\(juels se rallia rÉtat du Valais (avril 1529). Soleure et Glaris, tiraillés entre les deux partis, refusèrent d'y prendre part.
Ce premier pas vers la dissolution de la Confédération fut suivi d'un second plus dangereux. La ligue protestante avait pris rinitiative d'une alliance avec un Etat étranger, avec Constance , dont il s'agissait de protéger la foi et la liberté impériale contre rAutrichc. Les cinq cantons s'étayèrent de cet exemple pour s'unir à la maison d'Autriche elle-même, représentée par l'archiduc Ferdinand, roi de Hongrie et chef du parti catholique en Allemagne. Le landamman Gilg Rychmouth et le chevalier Diétri<^ Anderfaalden allèrent solliciter l'appui de Ferdhuind à Bude, sa capiCkle, et l'alliance austro-suisse fut conclue à Waldshout f4529) aux conditions
DE LA IfAXIOlf SUISSE. 23
suivantes (*) : « Les États contractants se garantissent réci- » procjuciiient dans leurs États respectifs la foi chrétienne » telle quelle, jusqu'au prochain concile. Ils n'attaqueront » personne ; mais se défendront mutuellement. Les pays » conquis hors de la Suisse par les États contractants, ap- » partiendront au roi de Hongrie ; les conquêtes qui pour- » raient être faites à l'intérieur, aux cinq cantons exclusive- » ment, o Les principaux signataires pour le roi de Hongrie étaient le comte de Furstemberg, gouverneur de l'Autriclie- Antérieure, et LitUoh von Ems, bailli de Brégenz; pour les • cinq cantons, les avoyers et landammans Houg, de Luceme; Rydimouth et Amberg, de Schwyti; Béroldingen, d'Uri. '
Le traité de Waldsbout jeta l'alarme parmi tous les 'États étrangers k cette alliance. Us redoutaient Tintervention de là poissMite maison d'Autriche dans les affaires intérieures de la Suisse, et sa prépondérance dans la ligue inégale que venaient de conclure avec elle le» cinq cantons. Au mois de mai suivant, des députés de sept Etats parcoururent les cinq n cantons pour les engager à rompre le traité séparé de Waldsbout. Mais ceux-ci s'y refusèrent et réitérèrent leur refus dans une diète tenue à Baden. jjl .
L'irritation déjà très-grande dans les deux partis et sans cesse alimentée par les prédications violentes des ministres des confessions ennemies, monta alors à son pomble. Le fanatisme releva ses échafauds et ralluma ses bûchers. Les Zuricois prirent l'initiative de ces horreurs. L'huissier du bailli de Thurgovie, Marc Wehrli, traversant les rues de Zurich en costume ofticiel et à la suite de son chef, qui était un magistrat du canton d'Underwald, on se jette sur lui, on l'enferme au Wellenberg et on lui tranche la tête (5 mai \ 528). Les Schwytzois usèrent de représailles. Au mois de mai de Tannée suivante, le pasteur Kayser/ut enlevé et livré aux flammes à Schwytz, malgré toutes les supplications des députés suricois. La résignation du malheureux pasteur, qui meurt en chantant les louanges de Dieu, ne sert qu'à exercer la verve caustique et cruelle du landamman Rychmouth. « Messieurs de Zurich, dit-il aux députés, vous n'oublieres pas
(f i Le texte de ce Irailé prond 13 pages dans VHistoire de Schwytz , par le cuTtt Fassbiad, p. 64-77. M. Blunlschli en a donné une courte analyse, p. 3slS-m ito ton liSildirvHiM iIrett/Mtfral.
de dire chez vous que Kayser est mort en chantant nos louanges. »
Zwingli voulait la guerre, quil envisageait comme un moyen (récraser ses adversaires et de faire triompher la réforme dans toute la Suisse. La mort de Kayser et les attaques incessantes des catholiques le servirent à souhait dans ses desseins belliqueux. Malgré l'opposition du commandeur Schmid et de tous les protestants modérés , sans môme consulter Berne etses^tres alliés, le grand conseil de Zurich décide la guerre. La grande bannière blanche et bleue de la république déployée devant rHôtel-<de-ViUe appelle les citoyens aux armes ; ils accourent les uns pleins d'enthousiasme, d'autres le mécontentement peint sur le visage d'avoir à combattre des frères. Le bourgmestre Walder, couvert de son armure, les harangue et cherche à enflammer leur courage. Tout^-coup Zwingli parait à cheval» la hallebarde sur l'épaule. Tel on Fa vu autrefois à Novarre et à-Marignan. Le second bourgmiestre a cherché en vain à ie retenir à THÔtel-de-VUle avec les magistrats. « Gela nç se peut, s'écrie le réformateur; les traîtres qui sont à Farmée diraient que j'ai prêché la guerre à condition de n'y pas prendre part. J'irai au nom de Dieu. » Les Zuricois se mettent en marche, divisés en trois corps; l'un s'avance sur Rapperschwyl , un second sur TArgovie, et le troisième va prendre position a Cappel, où 1 armée catholique arrivait au même instant. Elle était forte de 8,000 hommes, commandée par Hong, de Lucerne, et Andermatt, de Zoug. Mais des députés des cantons neutres, Claris, Fribourg, Soleure, Appenzell, Grisons et des villes alliées de Constance, Rotwyl, Strasbourg, partis en toute hi\te pour prévenir les hostilités, arrêtent les deux armées, et portent d'un camp à l'autre des messages de paix et de conciliation. Plein d'émotion et les larmes aux yeux, le landamman de Glaris, Hanz i£bli, conjurait les deux partis de ne pas verser le sang de leurs frères. Les députés de Berne af^uyèrent le généreux magistrat de toutes leurs forces. Cet État, revenu à des sentiments plus modérés, donnait au gouvernement de Zurich une leçon de tolérance qu'il avait lui-même peu observée jusque-là. « Ce n'est pa&par les » hallebardes, écrivait^, qu'on propage sa croyance. » Pour donner plus de poids à ces parol«i, un corps bernois de
DB la nation 8U1SSB. 35
\ 0,000 honiiiies fut placé en observation au\ frontières de i'Ârgovie avec menace de tomber sur celui des deux partis qui attaquerait le premior.
Ce changement de politique était le résultat d*un changement d'avoyer. Le zélé protestant Jean-Jacqiies d'Erlach avait foit place à un homme modéré ou secrètement dévoué au catholicisme, le générai Sébastien de Diesbach. Pour être plus sûr des événements, Diesbach prit lui-même le commandement du corps d'observation de i'Argovie. Cependant, Tacharnement était tel dans les deux camps, que la paix eàt été difficilement consentie, sans la grandeur d*âme et la persévérance du landamman iEbH, qui pria et sollicita jusqu'à ce qu'il eut arraché aux chefe des deux armées leur adhésion au traité de paix préparé par la diète d'Aarau et négocié à Steinhaus par les médiateurs.
Ce traité renfermait les clauses suivantes : « La foi ne f » s'imposant pas par la violence, les cinq cantons ne pour- » ront être contraints en matière reliiiieuse. En revanche, » ils romf)ront leur alliance avec rAulriciie et en nMiicttront » sur le cliainp l acté signé et scellé entre les mains de leurs » Confédci'és de Zurich. Schwytz indeinnisera la famille du i » pasteur Kayser cl se rapportera pour la sonuue à larbi- » trage des médiateurs. Mourner, de Lucerne, appelé devant » ces Messieurs, rétractera ses libelles. La liberté de con- » science est garantie dans les bailliages communs; dans » chaque localité, on votera pour la messe ou le prêche à la » pluralité des suffrages ; la minorité sera obligée de se sou- » mettre ou de se retirer dans une localité de sa confession. i>
Quelque humiliant et onéreux que fût ce traité pour les catholiques, iËbli parvint à le leur foire accepter. Zwingli, au contraire, refusa d'y souscrire et se retira consterné dans sa tente. « Cher amman, dit-^il à iEbli qui cherchait à vainere sa résistance, tu rendras compte à Dieu de ce que tu fais. Âiqourd'hui les ennemis prodiguent les bonnes paroles, parce qc^ sont pris dans nos filets et que tu as la bonté <fûitereéder pour eux. Mais un jour viendra où nous serons pris comme eux et personne n'intercédera pour nous. »
Odieuse au réformateur zuricois, peu goûtée des cantons catholiques dont elle détruisait la prépondérance numérique
daiis les bailliages, la paix de Steinhaus, officieHement nommée la paix du pays ou paix publique (Landfrieden) , devait ètro de peu de durée et nous rappelle la paix appelée boiteuse et ynalassise en France.
Divers épisodes précédèrent et suivirent la ratification du Landfrieden dans l'intérieur des deux camps. Ces scènes émouvantes mettent dans tout son jour le noble patriotisme d'iËbli, et peignent bien les mœurs et Tesprit de nos ancêtres du XVr siècle. Le jour môme de leur arrivée au camp, en abordant aux avant^postes, les médiateurs étrangers de Constance et Strasbourg s'attendaient à trouver Timage de la méfiance et de la haine qui armaient Tun contre fautre les deux partis de la Confédération. Quelle fut leur surprise de voir les soldats des deux camps plaisantant ensemble et mangeant à la même gamellel Frappé de ce spectacle, le député de Strasbourg, Tammestre Jacques Stourm, ne put s^empécher de dire : « Vous autres Suisses, vous êtes de curieuses gens ; vous avez beau être désunis par les plus graves dissensions, rien ne peut détruire la vieiÛe amitié confédérale. »
Les médiateurs, convaincus que la meilleure manière de rapprochir les esprits était une explication franche et loyale, avaient obtenu des chefs et des magistrats des deux armées, que catholiques et protestants se visiteraient dans leurs camps respectifs et auraient une conférence publique. Le \ 4 juin , les chefs et les dejmtés des cinq cantons entrèrent dans le camp zuricois au son des trompettes ; ils étaient conduits par les médiateurs et escortés par une garde d'honneur du parti opposé. On les introduisit dans un grand carré formé par les troupes zuricoises, au milieu duquel s'élevait, ornée des drapeaux particuliers des bataillons et de la bannière cantonale, une vaste, tribune destinée aux orateurs. iEbli y monta le premier : « Nos dissensions , dit-il , n'ont pas seulement pour effet de nous rendre malheureux ; elles font la joie de nos ennemis ^ de l'étranger qui en profitera pour nous asservir. Confédérés 1 penses à Tavenir-de la pa- • trie. » L'avoyer Uoug exposa ensuite d'une manière ferme, mais digne et mesurée, les griefe des catholiques : « Notre allianoe avec l'Autriche est une suite de votre traité avec Constance. Si nous avons pris les armes, c'est pour notre défense. Du reste, si Zuridi nous tend une main fraternelle,
DB la IflTIOK SUISSE.
noos serons pour elle amis aussi dévoués qu^autrefois. » « Confédérés de Zurichl s^écria on député de Schwyts, d le pasteur Kayser a péri , c'est à cause des horribles imprécations qu'il a vomies contre ce qui nous est cher et sacré, notre croyance. Qui oserait parlel^ à Zurich de votre religion avec le mépris dont ce pasteur a parlé de la nôtre à Schwytz? Si nous sommes allés trop loin , pensez à notre position actuelle et ne faites pas périr des milliers d'êtres vivants pour un homme dont le sort est malheureusement un fait accompli. » Zwingli ayant pris la parole pour détruire l'impression qu'avaient produite les orateurs catholiques : « Ne soyez donc pas inflexible, exclama Jean Escher, l'un des principaux officiers de l'armée ziiricoise. Une paix honorable n'est-elle pas bien préférable à la plus brillante victoire remportée sur des Confédérés? »
Deux jours après, Jean Escher, accompagné de cinquante officiers et soldats de rarince znricoise, se rendit dans le camp des catholiques, au bruit des salves d'artillerie. L'armée des cinq cantons les reçut en bel ordre , les Underwaldiens en tête, l'œil menaçant et couverts de leurs armures. Jean Esclier prit la parole, et après avoir exposé les griefs des réformés comme Hong avait déroulé ceux des catholiques : et Confédérés, ajouta-t-il, nous eussions tout souffert, sans le traité conclu avec ceux que nos pères ont toujours considérés comme leurs plus dangereux ennemis. N^objectes pas le traité de Constance. Cette ville était notre ancienne alliée et son adhésion au traité de combourgeoisie ne pouvait rien présenter d'inquiétant pour la Suisse. Que veut rÉvangile, qui est notre règle à tous, sinon la prospérité et la liberté de la Confédération, la foi aux traités, la concorde dans Tesprit de nos ancêtres? » Uoe parole imprudente, proférée par un officier zuricois, faillit détruire la benne impression qu'avait faite le discours d'Ëscher, vieil officier cher à plusieurs depuis Marignan. Le calme pourtant se rétablit, et les chefs des deux armées apposèrent leurs signatures à l'acte de pacification.
Restait une condition importante à remplir; la remise par les cinq cantons du document contenant la fatale alliance de Waldshout. Les catholi(iues ne se dessaisissaient pas volontiers de cette pièce , qui prouvait riutimité de leur alliance
HISTOIBB
avec le roi de Hongrie. Au moment où /Ehli se préscnCa pour recevoir le document, personne ne voulait l'avoir entre les mains. L'hésitation des cinq cantons irrita les Zuricois et leurs alliés de Berae. « Morbleu! s'écria le banneret Imhaag, si l'on ne \eai pas nous le donner de bon gré , nous irons chercher ce parchemin en procession. » Enfin, le 25 juin à cinq heures du malin , iËbli apporta le document tant désiré. Les médiateurs, entourés de soldats de divers cantons, le reçurent des mains d'iËbli dans la grande salle du couvent de Gappel où on feu de cheminée avait été allumé. S'attroupant autour du secrétaire, les soldats raricois et bernois demandèrent qu'on leur en donnât connaissance. Sur Tordre des médiateurs, le secrétaire commença la lecture du traité. Mais voyant Firritation se peindre sur les visages et dans les gestes des soldats : « C'est assez, » dit iEbli. « Pas du tout, s'écrie l'un des auditeurs plein de colère; nous voulons entendre la trahison tout entière. » « Vous m'arracherez plutôt la vie, » répond l'intrépide landaninian, et en disant ces mots, il arrache le funeste écrit des mains du secrétaire et jette aux llammes , après en avoir lacéré le cachet, ce monument «l'une alliant'e rralricide. C'est ainsi (lu'ua grand cœur épargne à sa patrie les maux, d'une guerre civile.
Seconde guerre religieuse ou guerre de Cappel. Mort de Zwingli. — Rétnhlisseiueot du catbolicîsme à Soleure, Saiut-Gall et dans les bailliage» libres.
(De l'an 4S$4 à 46S8,) '
oujouES dominé par le dessein d'anéantir le catholicisme et de faire triompher la réforme dans toute la Suisse, Zwingli ne se lassait pas de prêcher la croisade protestante contre les catholiques des cinq cantons. Transformant la chaire en une tribune politique, il répétait sans cesse à ses concitoyens : « U n'y a de salut possible pour la patrie, que lorsque la réforme aura fait le tour de la Suisse* »
DS LÀ RATION SmSSB,
Le rèforinateiir confirma encore dans cette idée a ia conférence qu'il eut à Marbonry en liesse aM'c le landgrave Philippe , l'un des chefs du parli protestant en Allemagne, et lc»s principaux théologiens de ce parti, Luther, Méianchtmi , Bucer, OEcolampade. Les réformateurs saxons et les réformateurs suisses ne parent, à la vérité, s'entendre ni en matière religieuse, ni en matière politiciue. £n religion, Luther avait sur la Gène et sur d'autres points encore, des idées plus rapprochées de celles des catholiques, que les Sa* cra$nentair€s ou partisans de Zwingli ; en politique, le théologien et conseiller de Péleoteur de Saxe prêchait une obéissance aux princes et aux gouvernements établis , tout à fait contraire aux tendances républicaines et révolutionnaires du théologien de Zurich.
Zwingli s^entendit d'autant mieux avec le landgrave de Hesse, alors tout occupé d'un plan de coalition dirigé à la fois contre l'empereur Charles-Quint et contre TÉglise romaine. A ce plan on es])érait rattacher, outre les ^illcs rhénanes qui avaient accepté la confession zwinglieinie les six Etats suisses de la Combourijcome chrétienne, la Franc<^ et la républi(jue de Venise. CoHin, disciple et collal^oraleur de Zwingli, fut envoyé secrètement dans cette dernière \ille pour sonder les sentiments du sénat et du doge. Le bourgmestre Vadian, de Saint-(iall, reçut du réfonnateur la mission de travailler les villes souabes do Mcmniingen, IJndau, Isny. Zwingli lui-même, l'ancien ennemi de la France et des services étrangers , se chargea de gagner le vainqueur de Marignan; il adressa le même jour à François I^' un plan de campagne contre l'empereur et une apologie de la foi évan — gélique réformée.
Puisant dans cés relations extérieures une nouvelle forcepour l'accomplissement de ses desseins en Suisse , Zwingli commence par réclamer des cinq cantons là- libre Prédication de l'Evangile dans leur* territoire. N'ayant p& réussi dans ses tentatives de propagande, il reprend ,wn 4es exagérant, les projets qu'avaient conçus WaldiiBa et Diesbach au siècle précédent pour donner la préémî Hnce à Zurich et à Berne , et détruire le principe d'égalité entre les cantons. Une révision du pacte fédéral eût assuré aux deux
(I) Sirasboorg, Goostaoce, Uim, Mcmmiiigeo.
BISTOIRB
villes les deux tiers des voix dans les diètes et la possession des deux tiers aussi des bailliages communs. Les Waldstœtfen, Zoug et les autres cantons auraient dû se contenter d'un tiers des voix en diète et d'un tiers des baillinj^es communs. Pour justifier son projet de pacte, Zwingii faisait le même raisonnement que les maij;istrats bernois et zuricois après la guerre de Bourgoi^ne et (pic Ton a entontlu ref)roduire toutes les fois (pi'il s'est aiii de dépouiller les Ccinlons primitifs de leurs droits tradilioiuicls. « Les petits cantons, disaient-ils, paralysent les izrands. ]l n'est p.is juste que des Ktats dont le territoire et la population, les contingents en hommes et en argent sont si inférieurs à ceux des grands États, aient la même influence sur les aiïaires fédérales, que Zurich et Berne , « les deux bœufs qui traînent l attelage. »
Mais la révision du pacte, comme Tentendait Zwiogli, ne pouvait être introduite par les voies légales ; jamais les cinq cantons n'y auraient consenti, pas plus qu'h ouvrir leurs portes aux ministres de rËvaugiie. « Eh bien! poursuivait Zwiugli, il faut tirer i'épée et les y contraindre par la force. » Bientôt Vamoindrissmmi des cinq cantons ne suffit plus à la soif d'ambition qui dévore le réformateur ; c'est leur an^ait- Ossement complet qu'il réclame dans l'intérôt de la cause de l'Evangile et de la suprématie de Zurich et de Berne dans la Confédération.
Un mémoire dans ce sens fût communiqué au gouvernement de Berne. Mais cet État n'était pas disposé à seconder la politique imprudente et tyrannique du réformateur.
A Glaris et dans les autres cantons, les meilleurs amis de la réforme et de Zwingli lui-môme blâmèrent des projets aussi contraires aux anciennes alliances (lu'à la charité évangélique. (( Honoré maître, écrivait de Glaris le noble Valentin Tschoudi, au lieu d'exciter les passions et d'allumer les haines, ne serait-il pas plus digne de nous de travailler à ranimer le souffle divin de l'amour ? Si cet amour s'aflaiblit chez les hommes instruits, qu'en peut-il résulter pour le peuple, sinon Tindiflérence religieuse, le mépris des lois, l'esprit de révolte et le dérèglement des mœurs. »
A Zurich même, la métropole de la réforme, et depuis douze ans le théâtre de l'iolatigable activité du réformateur, les esprits étaient loin d'être unanime* parti a^^ei^ non^-
breux s'était formé contre ia politique de Zwingli. Ce parti se composait, comme tous les partis, de bons et de mauvais éléments. Il réunissait les ambitieux, que cha,:^riiiait le pouvoir excessif accordé à un étranger les modérés, qu'effrayait sa politique anti-fédérale et compronioltante , et les partisans secrets que le catholicisme avait conservés dans la cité de la Limmat. Ce parti avait son point d'appui dans ia tribu des nobles ou constahles. Pour écraser son opposition, Zwingli fit 6ter à la tribu des nobles le privilège dont elle avait joui jusque-là de nommer six représentants de plus au petit conseil que les autres tribus. Le grand conseil n^étant pas un instrument aussi commode à manier que le petit, la direction des affaires lui fut dtée de nouveau et on ne rassembla qu^une fois la semaine.
Débarrassé ainsi de tout ce qui pouvait entraver son plan de décathoUsattan, Zwingli commença à l'exécuter dans le Rheinthal et la Thurgovie, où les prêtres furent chassés; à Saint-Gall, où Zurich travailla à établir la domination exclusive de son canton au détriment de celle du princeabbé et des cantons catholiques de Schwyts et de Lucerne, co-prolecteurs de l'abbaye. Les députés de ces cantons fatiguèrent plusieurs diètes de réclamations inutiles. Ils offrirent aux Zuricois la voie de l'arbitrage tracée par le texte des alliances fédérales. Les deux premiers magistrats de Schwytz et de Lucerne, Joseph Amberg et Jean Golder, allèrent supplier le gouvernement bernois d'interveriir en leur faveur. Bien accueillie par les modérés, que dirigeaient Nicolas Manuel et Berchtold Haller, la députation fut repoussée par le parti violent, à la tête duquel étaient les pasteurs étrangers Farel et Mégander. Ce parti, cependant, n'ayant pas pu ou pas voulu entraîner l'État de Berne dans la guerre que proposait Zwingli, le gouvernement de Zurich se décida, non à foire la guerre tout seul, ce qui eût été plus loyal et plus généreux, mais à affamer ses adversaires. L'exportation du blé, du vin, du sel et des métaux fut sévèrement interdite. Zwingli, qui voulait bien tuer les guerriers des cinq cantons sur le champ de bataille, mais non les faire mourir de faim avec leurs enfonts et leurs femmes , ne put parvenir à empêcher cette mesure. Lopinion commençait à se tourner contre
(IJ Zvingli était du Toygeoboiirgr
lui à Zurich. On raccnsait d'être un obstacle aux tentatives de conciliation qui se faisaient jour au sein de la magistrature.
Le 26 juillet, il se présente devant le grand conseil, fait l'apoloc^ie de sa conduite et donne sa démission. Effrayé de cette retraite, le grand conseil lui envoie une députation composée des personnages les plus éminents, et par- ^ient à le retenir à son poste. Pentlant ce temps, les États neutres (Soleure, Appenzell, (i la ris et Frihour^) se réunissaient en diète à Aarau et h Bremgarten pour travailler à un accoiDiuodement. Us étaient appuyés par les ambassadeurs de France, BoirigauU et Maigret. « Si Zurich se détermine à la guerre^ écrivaient ces derniers à Zwingli, il ne se passera pas six mois qiie cet État s^en repentira ; car elle lui sera funeste. Il est encore temps; tout dépend de toi et de tes partisans. » Mais Zurich et ses alliés persistant à exiger la libre prédication de rÉvangile dans les cinq cantons, où les réformés comptaient des adhérents qui n'osaient pas se manifester, les chefs catholiques assemblés à Brounnen déclarent la guerre à Zurich (9 octobre). Un manifeste d'un laoomisme énergique fit connaître les nombreux griefe des cinq cantons et les raisons qui les justifiaient devant Dieu et devant les hommes de la résolution qu'ils se voyaient obligés de prendre pour donner du pain à leurs enfants et défendre leur religion et leur indépendance en péril. La détermination des catholicpii's jette l'alarme et l'inquiétude à Zurich. Au lieu de se préparei* à la guerre, cette ville se répand en plaintes contre Zwingli, qu'elle accuse de l'avoir provo(juée. l)(^s liniits de trahison et des présages sinistres viennent accroître le découragement général. Zvvinqli luimême, si confiant et si ténu^raire jusque-là, se laisse aller aux plus sombres pressentiments. Les ordres et les contreordres se succèdent au conseil. Enfin, Lavater, bailli de Kybourg et vieil officier de Marignan, fait sonner le tocsin ot marche avec 1,500 hommes. Les catholiques, au nombre de 8,000, étaient déjà postés à Gappei (^). Ën présence d'un ennemi si supérieur en nombre, Lavater et les autres chefs
(1) Les chefs catholiques étaient Gilg Rychmoulh, Schorno, de Schwytz j Zclgcr et Wirz, d Underwald ; Thoos et CoUin, de Zoug; Golder, Sonnenberg et Gaspard Goldti, de Lucerne; Trog, Xaucli, d'Uri, etc. — L*avoyor Hong, cle Lucarne, était commandant en cbef.
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surioois (*| oayrirent lavis de rétrograder pour i»*eiidre une position plus avantageuse. Gallmann, meunier à Mettmenr stetten, s'y oppose : « Point de reculade; id doit être notre cimetière. » Catholiques et protestants hésitaient encore à s'attaquer, lorsque Jaudi, d'Uri, à la tété de 300 tireurs, s'empare d'une hauteur, que les Zuricois avaient négligé d'occuper, et fond sur l'ennemi; il est suivi par Rychmouth, de Schwytz, et bientôt après par toute l'armée catholique. L'action, commencée à trois heures de l'après-midi, fut sanglante et dura jusque dans la nuit. Malgré leur valeur, les Zuricois furent complètement défaits, presque tous leurs chefs tués, avec les trois principaux réformateurs, Zwingli, Schmid, Joner. Lava ter, qui avait roulé au fond d'un ravin dans sa pesante armure, dut la vie à Henri Gut, qu'il avait sauvé à Marignan. 26 conseillers, 18 ecclésiastiques, 115 bourgeois des deux vilfes de Zurich et de Winterthour, et 44 0 campagnards gisaient sur le champ de bataille (^). Les Zuricois eurent mille peines à sauver leur bannière cantonale. Tombée des mains défaisantes de Schweitzer, elle fut relevée par Kambli, et enfin heureusement portée à Zurich par Denzler, que Kayser, de Zoug, et Fassbind| de Schwyta, avaient poursuivi jusqu'à l'Albis. - '
La mort de Zwingli fut accompagnée de drconstances remarquables. Blessé à la cuisse, le réformateur, qui avait combattu comme un simple soldat, était tombé mourant la &ce contre terre. Il est reconnu et entouré de quelques guerriers des petits cantons. « Veux-tu te confesser, » lui demanda le capitaine Vokinger, d'Underwald. Zwingli fait un signe de tête négatif. « Eh bien! meurs, chien d'hérétique, » et le réformateur expire frappé d'un coup d'épée dans le col.
Au bruit de la mort de Zwingli , les soldats vainqueurs accourent et font cercle autour de son cadavre , dont la vue excite en eux des sentiments divers. Plusieurs pleurent Tami de leurs premières années, le patriote sincère dout ils avaient
(4) Les cbefe suricois étaient, après Lava ter, Pierre PQssIi, Tonig, George Goidll, Landolt, etc.
(î) Au nombre des raorls se trouvaient des Bluntschli, des Schweitzor, des Meycr de Knonau, des Ziegler, desLeu, des Laudolt, des Esclier. Pas de femitle qui n*eut à regretter un ou plusieurs des siens. La femme de Zwingli . Anna Reinliard , perdit à la fois son mari , son fils, son frère, son beauofrère, son gendre.
tant de fois admiré Téloquence entraînante. « Quelle qu^ail été ta croyance, tu étais un bon confédéré, » s'écrie Schoenbrunner, de Zoug, ancien chanoine de Ga]^, dont la perte de son bénéfice n'a pas éteint le cœur et le sentiment patriotiques (% Hais le plus grand nombre, maudissant le ré* formateur avec Tœuvre qu'il a enfantée, veulent qu'on exécute sur Zwingli mort la sentence qu'on n'a pas pu exécuter sur Zwingli vivant. L'avoyer Golder, et Tamman Hmmb , de Zoug, rappellent en vain le respect dû aux morts. « Le corps d'un hérétique, s'écrie la multitude irritée, doit périr par les flaninies. » Le corps de Zwingli , écartelé d'abord par le bourreau de Lucerne, est en elTct livré aux flammes et sa cendre mêlée à celle d'un animal immonde (juon immole sur le champ de bataille. — Aux lieux, témoins de cette scène et du trépas sanglant du réfoi inateur , les enthousiastes de son œuvre ont élevé un monument de granit avec ces paroles, recueillies, dit-on, de la bouche de Zwingh expirant : « Ils peuvent tuer le corps, mais non pas rt\me. »
Quelques jours après la défaite de Cappel , les protestants en éprouvèrent une seconde presque aussi désastreuse. Le vaillant capitaine du pays de Saint-Gall , le Zuricois Frey, campé avec 4,000 hommes sur le Goubel, était surpris et mis en déroute à deux heures du matin par Iten d'J^ri et 700 pâtres tougois. Les sarraux blancs que ces derniers avaient mis sur leurs cuirasses pour se reconnaître furent rougis du sang de 4,300 guerriers de Zuricfa, Saint-GaU, SchafiSiouse, Thufgovie, Mulhouse et Toggenbourg. Frey lui* même se trouva au nombre des morts.
Pendant tous ces événements, l'armée bemoise de Diesbach , restée en observation , ne fit aucun mouvement pour soutenir ses coréligionnaires. A la nouvelle du désastre du Goubel, elle se replia sur Bremgarten, laissant le territoire zuricois à la merci d'un vainqueur irrité. Le gouvernement de Zurich , espérant toujours quelque appui plus efficace de Berne , hésitait à conclure la paix. Mais le mécontentement des campagnards, qui menacent de faire une paix séparée avec les cinq cantons , l'oblige à ouvrir une délibération à ce sujet avec les onze chefs qui commandaient les
(1) Etait-ce le même Schœnbrunner qui avait donné un si bel exemple d'énergie aux Conrèdérés àlajouroée de Dorneck en 1499? Voir page S43 du premier volume^
troupes de la ville et de la campagne. Jean Escher, investi du commandement en chef à Ja place de Lavater, ayant pris la parole pour demander qu'on ne précipitAt rien, alléguant que Berne était encore là avec sa puissance et qu'il ne foUait pas sacrifier ses alliés , est interrompu par le chef campagnard Klaus LaudoU, de Thalwyl : « Vous parlez à Taise de délai, vous, mes^eurs de la ville dont les murailles mettent à râbri vos maisons et vos propriétés. Nos vignobles, nos prés à nous sont exposés aux ravages de Tennemi. Ne dites rien des Bernois. Ge ne sont pas des amis. Le proverbe de nos pères a raison : ZurM préfère dommage à la hontei Beme$ la honU au dommage. » Ces paroles vigoureuses entraînèrent le conseil. Les Sàeh des deux partis signèrent la paix à Dennikon, près de Baar, le 46 novembre.
Le traité de Dennikon garantissait à Zurich sa foi religieuse, mais lui défendait de s*immîscer dans les aflaires des cin([ cantons, et laissait aux bailliages communs ralLornative de garder le prêche ou de rétablir la messe. Les bailliages libres soumis aux cincj cantons et les pays sur lesquels Zurich n'avait aucun droit à exercer, tels que Rapperschwyl , le Toggenbourg, Wesen, Gaster, étaient exclus de la paix. La Combourgeoisie chrétienne était anéantie (comme précédemment l'alliance auslro-lucernoise). Les Zuricois devaient payer les frais de la guerre et restituer les cooljubutions im- ) posées aux catholiques par la paix de 1529.
Ces conditions ne satisfirent qu'à moitié quelques chefs ' catholiques. Rychmouth, Schomo, Zelger, Houg auraient voulu portéir jusqu'à Zurich leurs armes victorieuses et faire ^ du rétablissement de l'ancienne croyance, la condition eme quA fion de la paix. Mais les modérés, Golder, Thoos , Trog, /. , touchés du langage des campagnards zuricois, l^mpmièrent dans le conseil. « Déjà pendant les négociations, dit un écri- » vain neuchàtelois, les chelii des deux partis avaient re- » commencé à se donner le nom de Confédérés. La pait » signée, tous descendirent de cheval et se mirent à genoux » pour remercier Dieu. Puis se serrant de nouveau la main 9 les larmes aux yeux, ils burent dans la gourde les uns des » autres en signe de réconciliation, et se séparèrent, d (')
[h] Abrégé de VHistoire det SvUses. NeuchiUel, chez Allinger, 18i9. L'auteur de cet abrogé, l'un des mioux conçus que nous ayous eu langue française , est M. PeUlpitirre-Wesdehien.
La paix de Dennikon fut suivie de la soumission de l'Argovie, abandonnée à son sort par le général Sébastien de Diesbach, dont la conduite en cette circonstance fut éclairde, lorsque cinq années après il se retira à Fribourg et y abjura la réforme. Les cinq cantons rétablirent le catholicisme à Mellingen et à Bremgarten. Les pasteurs furent proscrits et les émigrés catholiques réintégrés dans leurs biens et leurs honneurs. La paix d'Àarau, condue par Berne avec les cinq cantons, confirma ce changement et condamna les cathoUques réformés et leurs alliés à payer les frais de la guerre ('). Cette contribution, répartie par les gouvernements entre leurs sujets, occasionna le plus vif mé- * contentement dans la campagne de Berne et de Zurich. Le gouvernement, dans ces deux cantons, fut obligé de prendre rengagement de ne faire aucune guerre sans consulter les communes. L'État de Soleure, où le parti réformé avait eu assez de crédit pour déterminer la jonction de la bannière cantonale à celle des Bernois, avait été taxé a 800 écus. Les cinq cantons, dont le but principal était non l'argent, mais la restauration du catholicisme, donnèrent aux Soleurois Talternative ou de payer cotte somme immédiatement, ou d'abolir la nouvelle croyance. L'avoyer Wengi, l'un des chefs du parti catholique, mais avant tout magistrat équitable, proposa de laisser aux réformés le libre exercice de leur culte , moyennant l'acquittement par eux de la contribution extraordinaire que cette guerre malheureuse avait attirée sur la ville. Cette opinion conciliante resta malheureusement en minorité. L'égfise des Gordeliers où s'assemblaient les protestahts leur fut ôtée et leur culte relégué à un quart de lieue de la ville ('). Exaspérés par cette décision, les protestants coniqinrent. Le 30 octobre, mi coup de minuit, les paysans réformés devaient entrer en ville et occuper les portes pendant que leurs coréligionnaires de la bourgeoisie s'empareraient de Itoenal. Mais prévenu par Fun des conjurés, Wengi fait retarder l'horloge, occuper les portes et raétel-de-Ville. L'arsenal, dont . les protestants de la ville s'étaient déjà emparés, leur est
(I) Ces frais s'élevaieiU à 8,900 écus répartis comme suit entre les Etala vaincus; Zurich 2,500; Berne 2,500; Mie 1.000; Soleure 800; SchafThuuse 1,000; Saiul-Gail (ville) 600 j Thurguvie oOO. Fassbind, Histoire d* Sehwjftx, IV. 307.
(9) AZucbwyl.
DE LA. KAflON 801888.
repris ; ils sont contraints de se retirer dans le petii-Soleure en coupant le pont de l'Aar. Plus oombreux et maîtres de la ville supérieure, les catholiqueg braquent leurç canons siir Tautre rive et tirent un premier coup sur l'hôpital , où les obe& des réformés tenaient eonseil. Weogi se préoipîte, et se plaçant devant les pièces : « Concitoyens! si vous voules égorger vos frères, que mon sang eoule le premier. » Le feu cesse; les protestants, se s^tant trop faibles pour soutenir la lutte, se retirent à Wtlttlisbaoh dans le canton de Berne* Quelques jours après, la paix lut rétablie par des médi»* teurs de Berne et des autres cantons. Le gouvernement soleurois amnistia les réformés sauf huit, et expulsa du sol aoleunMS dix-huit luthériens étrangers.
Le 30 octobre ruina la cause des réformés dans le canton de Soleure. Un seul bailliage, celui de Buchegg, contigu au canton de Berne, conserva le protestantisme. L'avoyer magnanime auquel les catholiques soleurois étaient redevables d'une victoire pure du sang de leurs frères et la Confédération d'un bel exemple de courage humanitaire, gouverna pendant dix sept ans la république (*). Zélé à secourir toutes les infortunes, le généreux Wengi légua en mourant une partie de son bien au grand hôpital de sa ville natale dont il mérita d'être appelé le fondateur (^). Soleure recon- ' naissante a élevé un monument de granit au grand avoyer, qui s'en est élevé un plus durable dans les cœurs et les chants populaires des Confédérés. Tout réjouis du retour de Soleure à l'ancienne croyance, les cinq cantons espérèrent un instant obt^ûr les mêmes résultats à Claris. Ils s'unirent dans ce but aux catholiques des Grisons et à Tabbé de SainW Gail. Dirigés par Egide Tschoudi, les catholiques glaronnais recouvrèrent en effet une partie de leur influenee ; la messe fût rétablie dans quatre paroisses, mais ils durent renoncer à l'espoir de reconquérir tout le pays à l'unité catholique.
Les efforts des cinq cantons eurent plus de succès dans
(1) De 1319 à 4546. Il fut enseveli avec Id liea urne et l'épée comme le dernier de sa race. Les Wengi de Soleure étaient apparcnlOs aux Folga, aux SctarOter et à d'autres familles fribourgeoises. La veuve du célèbre avoyer épousa un Pribourgeois, oomnie on le Yolt par les registres notariaux du seizième siècle.
(2 Stroiimeyer, Tableau du canton iU SoUwre, 455 , et Uaffner, Olrouiqua tuleuroite, 11. i13-330.
BISTOIRB
les pays qui séparent les lacs de Zurich et de Constance. Le Gaster, le Tog.^enbourg, Rappt;rschvv yl et Sargans virent se rétablir l'ancien culte. L'abbé de Saint-Gall rentra en possession de sa principauté, sauf la ville de ce nom. Mais ces changements ne s'accomplirent pas sans de grandes violences exercées contre les individus et les pays récalcitrants. Le Gaster fut un des plus maltraités. Ses malheureux habitants ae virent proclamer inféiiMi , prtvw de leurs armes et de leurs droits politiques, et condamner à payer une capitation déshonorante sous le nom de demm" des eoqmm (SchelmengttWe) (*).
Les protestants ne brillaient pas par plus de tolérance. L'année qui suivit la bataille de Gappd, les prosorits de rOberiand n'obtinrent qu'au prix d'une abjuration forcée leur rentrée dans leur patrie. La même année, un officier suricols d'un gjrand mérite et que son attadienient' au catholidsme n'avait pas empêché de servir fidèlement sa ville natale dans la dernière guerre, Pierre FUssIi , avait fait la communion pascale à Einsiedlen. Poussé par les prédicants, le gouvernement zuricois décida de bannir quiconque communierait désormais selon les rites de TKi^lise romaine (*).
A côté de ces actes d'intolérance de la part des gouvernants, on aime à voir un esprit meilleur et plus évangélique animer plusieurs peuplades de la Suisse, malgré la diHérence de race et de religion. Le ^gouvernement de Berne luimôme se vit dans le cas d'adresser des remercîments aux autorités lucernoises pour les bons procédés dont les habitants catholiques de l'Êntlibouch usaient envers leurs voisins protestants de FEumienthal. Lorsqu'un incendie ravagea la ville de Berne en 4 535 , les Fribourgeois se hâtèrent d'accourir et contribuèrent pour une somme considérable k la reconstruction de la ville.
La mort de Zwingh avait privé de son chef le clergé réformé de Zurich et des pays environnants. On nomma pour premier pasteur ou mniistès de la métropole zwinglienne , le ministre réfugié de Bremgarten, Henri Bullinger, alors âgé de vingt-huit ans seulement, mais remarquable piatr ses connaissances, son' talent de prédication et son zèle pour
(i) Ilenne, Chronique suisse. H. 773.
(âj Fassbiad , HUtoire de Schwytx. IV. 345.
DB LA HATIOK SOISSE.'
riostruclîon publique. Voyant combien les divergences qui s'étaient introduites dans l'église évangélique étaient nuisibles à sa cause, il chercha à y mettre quelque unité et fil adopter, au synode de Béle, le 4 février 1536, un symbole appelé la Cmfesiicn de fai hdoéUque (consensus). Un .synode cantonal avait eu lieu qudques années aupaéravant à Berne, sous la présidence du ministre strasbourgeois K^lpflin (Capiton), pour fixer la constitution de Féglise bernoise. Mais cette assemblée, composée de 230 pasteurs, fut troublée par des luttes théologiques et eut la douleur de voir s'éteindre au milieu de ses travaux la principale lumière de la réforme à Berne , le docte et insinuant Berchtold Haller. Plus tolérant que Bullinger, ce dernier avait cherché a faire rapporti^r IV^lil (jui condamnait à Texil tous les dissidents, (•atholi(ïues ou anabaptistes. « La foi est un don de Dieu , disait-il dans une lettre adressée au nom du clergé bernois au petit conseil; réservez vos cliàtiments pour les iraosgresseurs de la loi civile. »
Farel, ou propagation de la reforme dans la Suisse française. - Genève alliée des Suisses s'émancipe du joug de la Savoie, lierllielier, iionuivard, Besançon Hugues et autres grands citoyens.
(De Van 49»0 o
oos avons raconté rétablissement de la réfbnne dans la Suisse allemande. Nous avons maintenant à dire ses progrès dans la Suisse française.
La réformation trouva d'abord moins de faveur chez les peuples d'origine latine (jue parmi ceux d'origine germanique. Les Français, les Espagnols et les Italiens repoussèrent généralement la foi nouvelle. H en fut de même, au commencement, des populations de la Suisse romande. Très-attachés au culte des benoîts saints et de la bonne Notre- Dame de Lausanne, comme ils disaient dans leur naïf langage, les États de Yaud, réunie à Moudoa, avaient défendu
Dlgitlzed by Gopgle
40 msTOiiB
de parler de Luther sous peine de V estrapade (^), et même du bûcher en cas de récidive (4524).
La ville de Lausanne montra moins de caractère, et tantôt défendait le prêche, tantôt le permettait Elle prêta aux Bernois 66 eouievriniers pour faire la guerre de Gappel. Au retour, ces soldats devinrent naturellement des auxiliaires ardents pour les réformateurs.
Cependant les prédications que le ministre françaiSi mattne Guillaume Farel , secondé par son disciple Pierre Viret, natif d'Orbe, accomplit dans presque toutes les villes du Paysde-\ aiul, occasionnèrent, les premières années (4529-1535), plus (le désordres que de conversions au protestantisme. Sans la protection eflicace de Herne , dont les armes étaient si redoutées des pays romands depuis la cruelle invasion de 4476, le réformateur et son disciple eussent été cent fois brûlés ou lapidés par le peuple.
Dans une seconde tentative , Farel était parvenu à introduire la réforme dans le bailliage commun de Morat. 11 tenta d'en faire autant dans les terres propres de « Messieurs de Fribourg. » 11 se montra à Domdidier, village sur la frontière. Mais l'ordre de le saisir fut donné aussitôt , des avis menaçants furent expédiés à Avenches, et des hallebardes fournies aux moines de Payerne pour s'opposer à toute tentative contre le cloître de cette ville.
Si zélés que fussent Messieurs de Fribourg pour le maintien de la foi catholique, ils eurent cependant la prudence de ne prendre aucune part à la guerre de Gappel avec les cinq cantons. Le parti modéré l'emporta cette fois sur le parti exalté à la tête duquel était le consaHer Fivaz. Une motion en feveur de la tolérance rdigieuse fût même présentée aux Deux-Cents et soutenue par 84 membres de ce conseil (4 août 4 54S) (^). Mâis on la rejeta avec indignation, el toute la population mâle dut faire dans la collégiale de Saint-Nicolas profession solennelle de fidélité à la foi catholique. Ce serment fut exigé dès lors à plusieurs reprises.
(1) Ce supplice consistaii u élever le patient au moyen d'une piôce de bois et à le précipiter à terre avec violence.
(S) Parmi les partisans de la tolérance figurent des Praroman , Teclitermann, Englisbcrg, Tschachtll , Schneuwli, Ratzé , Fégoll, Mauron , PyUion, VonlantHeo, Yeiilard ou Alt. (Jierctitold, UUL dt fribourg, U. 406.)
LA HàTIOM suisse
La prison, la conBscation des biens et l'exil punirent les réfractaires comme en 1523.
Farel fut plus heureux à Neuchâtel. Ce comté avait été rendu à la maison de Longueville , après dix-sept ans d'indigénat helvétique et malgré ropposition d'Uri qui refusa de signer Tacte de restitution (45219). Les semences de la réforme y avaient été jetées comme à Lausanne par les jeunes soldats qui avaient suivi la bannière de Berne dans la guerre de Gappel. Scandalisés des mauvaises mœurs de leurs chanoines, les bourgeois du chef-lieu se montrèrent le plus disposés à écouter FareL Aidés de Leurs Excellences de Berne, ils contraignirent Georges de Rive, gouverneur du pays pour le prince de Longueville , à faire voter la bourgeoisie. Le préi^ remporta sur la messe par 48 suffrages. Le catholicisme fut aboli, et Farel mis à la téte de Téglise de Neuchâtel
A Valangin et dans les campagnes , on tenait plus fortement au catholicisme. Mais les ordres de Berne et l'activité de Farel surmontèrent tous les obstacles. La réforme fut partout introduite. Deux localités seules L!;anlèreiit la vieille croyance. Dans ce Landeron, aujourd'hui si cathohque, ce fut la voix du berger qui décida en faveur de la messe. Le patronage de Soleiire hi iniiiiitiiU à Crcssier, où la majorité avait prononcé eu faveur de la relbrnie (*).
La révolution relimcuse amena un cham^omcnt dans la constitution du comté de Neucliàlcl. Les chanoines formaient auparavant le premier des trois ordres dans l'assemblée des États du pays; ils furent rem[)lacés \)dr les nobles. Les deux autres ordres furent composés des officiers, des seigneurs et des magistrats de commune. Les chefs de la bourgeoisie de Neuchâtel, appelés les quatre Ministraux ou Messieurs les Quatre, cherchèrent à mettre à profit la révolution qui venait de s'opérer pour accroître leur indépendance. Des empiétements plus redoutables étaient à craindre de la part de l'État de fierne, représenté dans les États du comté par l'avoyer Jacques de Wattewyl, propriétaire de la seigneurie de Colombier. Pour soustraire le pays à cette influence et y rétablir en même temps le oatbohcisme, messire Collier, prévôt de Vallangin et chanoine de Saint-Nicolas à Fribourg, fiit,
11 j M. de ClMiml>rier, HiHoire de HewACuel^ puJjUée ea 48^0, p. 309.
k 2 HISTOIRE
chargé par la princesse de Longueville de vendre à ce deTnior canton la souveraineté de Neuchâtel, pour le prix de 60,000 écus d'or. Le marché était conclu. Mais l'inhabileté des gouvernants fribourgeois qui, au lieu d'occuper immédiatement le comté, cherchèrent à s'associer les Bernois pour cette acquisition, lit échouer rallaire. Berne préférait dominer seul à NeuchîUel. Il refusa Je souscrire à'^e partage et fit désavouer Collier par la princeSvSe (1542) (*).
Devenu premier pasteur de l'église neuchàteloise , Farel n^abandonna point le rôle de propagateur de la doctriae à laquelle il avait voué sa vie. Le Pays-de-Vaud^ alors encore en grande partie catholique^ et le val d'Ajoie que Farel n*avait pu explorer à sa guise, dans son court apostolat à travers révéché de Bâle, sollicitent tour à tour don zèle infatigable. Deux fois il se rend à Porrentruy où le bourgmestre et le greffier Tadmettent à leur table et se montrent propices à la nouvelle croyance. Mais deux fois il est obligé de fuir devant . une émeute populaire, provoquée par Févéque de Bâle et les moines de rarchevéque de Besançon, métropolitain d'une grande partie de la Suisse française
Une conquête plus importante devait réussir à Farel. C'était celle de Genève, l'ancienne ville épiscopale et impériale , alors engagée dans une lutte à mort avec la Savoie pour son indéf)endance. « C'est ici l'homme, s'écrie un des successeurs de Farel en parlant de ce rolorinateur, qui, sans se laisser elfrayer ni par les diflicultés, ni par les coups, ni par les injures, a gagné Montbéliard, Aigle, Lausanne et Genève à l'Évangile. » « Ce fut Farel, dit un historien français, qui donna Genève à la réformation et Calvin à Genève. » (^) Mais la révolution religieuse dans la ville d'Arve et Rhône devait être précédée d une révolution politique.
Le traité de \oi9 entre Genève et Fribourg (*) avait profondément irrité le prince-évéque Jean-Louis de Savoie et
(i) Chambrier, Histoire de Neuchâtel, 3! 1-313. L'historien de Fribourg a eu tort de coufondre le prévôt savoyard avec son coinpalriole Dufour, auquel U ressemblait souat un rapport, il est vrai : le peu de délicatesse.
(I) M. Vulliémin, daos le Ckroniquêmr dêlaRéform au XVIe siècle, place ces visites de Farel en 455! et 58.
(3) M. Mignet, Mémoire mr l'Etablitsement d» la Réforim religieu*eà Genève, Inséré daos les Notietê et Mémairee hi»torique$. il. 251.
(4) Voir page 231 du premier volume.
son protecteur, l'ambitieux et vindicatif Charles IIÏ, duc de Savoie. L'enthousiasme avec lequel ce traité fut reçu et juré par tous les citoyens réunis en conseil général sur la place du Molard, « ce Grlitli genevois, » (*) n'était pas fait pour diminuer le ressentiment des princes savoyartls. Charles III voulut rompre Talliance fribourgeoise par la force, et s'approcha de Genève avec une (trmée. 700 Fribourgeois se jetèrent dans la place, et l'un d'entre eux, Fritz Marti, ne craignit pas de reprocher en face au duc sa déloyauté et les belles paroles par lesquelles il avait cherché à surprendre leur bonne foi. L'alliance fribourgeoise avait pour principal autour Philibert Berthelier, qu'un chroniqueur (^) appelle « un mauvais homme, » à cause de la dissipation de sa vie, et « un grand citoyen, » à cause de son dévouement sans bornes pour la liberté et la patrie. Quoiqu'il eût plus de cinquanto ans , il 8*était mis à la této des jeunes gens, et sous prétexte de leiirs plaisirs, les avait organisés en confédération avec cette devise : Qui touché fun, touche Yaultre*
Condamné à mort par le duc, Berthelier trouva un asile sûr et honorable chez les Fribourgeois, Mais ne pouvant se résoudre à vivre loin de sa patrie , il rentra à Genève, oik il continua à faire opposition au parti savoyard.
A côté de Berthelier, et combattant comme lui pour les libertés genevoises, on voyait Bonnivard, le riche prieur de Saint- Victor, esprit fin , élégant , plein de naïveté et de hardiesse, mais peu économe de son bien et passionné dans ses actions et dans ses écrits (^); Besançon Hugues, négociant aisé, prudent et énergi(]ue, que la pureté de ses vues et de son caractère et la grandeur de son dévouement firent sur-
(4) Expression de M. Piciet de Sergy, auleur do deux volumes intéressants sur Genève éplseopale et municipale, et d'un poème dramatique national , les EidgmoU ou Genève sauvée, ouvrage exactement conforme
à rhiâloire.
(3) Bonnivard.
(3) H. Magnin (Aiîifotre dê VBtabtiitmnênt ét la Mflotmê à Omè^ê, 1844)
fait un portrait extrêmement noir de Bonnivard, d'}lp^^s M. Galiffe, auteur de Notices généalogiques et d'une Lettre sur l'Histoire de Génère, 1 S3fi. D'autres écrivains enthousiastes de la reforme et do tout ce qui y a rapport ont Ciit du prisonnier de Gliillon un idéal de vertu , un saint martyr d'iiuma-
nilé et de patriotisme. Sa biographie, puisée aux sources offlciollcs par ^. 4- 4- Ghaponni^re (-1846), et publiée dans les Mémoires de la Société arcbéqlqgi(|ue €)e Genève | prouve que la vérité n'est dans aucun de ces 9Xtr^e9,
nommer le « Père de la patrie. » (*) Sa qualité de commensal de rcv(^c|ue n'empôeha pas Jean Pécohit de se joindre au parti national. Il en fut môme le premier tnarlyr. L'évôque dont il avait prédit la mort prochaine dans un propos de table, l'accusa de conspirer contre sa vie et le lit mettre plusieurs fois à la (jueslion pour coimaiLre ses complices. Craignant de se laisser vaincre par la douleur et de faire quelques aveux compromettants pour ses amis, cet homme héroïque se coupe une partie de la langue avec un rasoir. Grâce au courage audacieux de Bonnivard, ({ui fit intervenir l'archevêque de Vienne, supérieur ecclésiastique du prince-' évèque de Genève , Pécolat échappa à la mort et recouvra plus tard l'usage de la parole. Mais ses membres brisés par la torture ne lui permirent pas de prendre une part aussi active qu^auparavant aux événements de sa patrie.
Le sort de Pécolat, loin d'intimider les Enfants de Genève (ainsi s'appelaient eux-mêmes les jeunes compagnons de Berthelier), accrut outre mesure leur résistance et*leurs bravades contre le parti savoyard. Les cris de « Vivent les £idgnotsi au Rhône, au Rhône, les Ducaux, les Mamelus I » se firent entendre dans les rues ; des rixes sanglantes eurent lieu entre le parti des Eidgnots que distinguait une plume de coq , et les Mamelus qui portaient au chapeau une branche de houx. Ces derniers, balUis lo is les jours et menacés de perdre biens et vie, se relirereiU auprès du duc , qui mit tout en (euvre j)our exécuter la vengeance qu'il méditait depuis longtemps. La diète suisse, gagnée par ses obsessions et peut-être par ses largesses , ordonna la rupture de Talliance IVibour^eoise. Débarrassé de cet ennemi dangereux, le duc lève une armée, pénètre dans Genève par la porte Saint-Antoine (ju'il a fait abattre, berthelier, (|ui avait dédaigné de fuir, est pris dans son jardin jouant avec une belette apprivoisée. « Demande grâce à ton souverain, monseigneur de Savoie. » « Je ne le reconnais pas pour mon souverain; l'innocent, d'ailleurs, ne demande pas grâce. »
H) Besançon Hugues se ruina au sorvico In republique, dont il était le banquier et le négociateur infatigable. Luisqu il fui nommé capitaine général (to30: , après avoir déjà fonctionné quatre ans comme premier syndic, il excita la jalousie do sos col!^gucf?, qui déposeront leurs bàlons syndicaux et ne les reprirent que eonlrainls par le conseil générai. Dès Tété suivant, ce grand citoyen se démit de tous ses ofUces (25 août 1534).
DB LA KATION 8UISSK.
« Tu mourras. » Conduit en prison, il se tut et écrivit sur la muraille ce verset des psaumes : « Je ne mourrai pas, mais » je racoQterai les louanges de Dieu. » Peodant que tombait ainsi le magnanime Berlhelier, que faisaient les Enfants de Genève? « Plus de résistance, plus de fierté, dit M. VuUiémin; » la tétc de Berthelier roula devant le palais de révé(iue; » elle fut cl(3uée à Ghampel, et son corps fût promené san- 9 glant dans les rues avec cet avis : Que ceci serve de leçon » aux traUres^ » (^)
La mort de Berthelier fut suivie d^une restauration eomplôte. Les quatre syndics indépendants furent destitués et remplacés par des Mamelus; les Deux-Cents, que les Genevois avaient établis à Fimitation des villes suisses, abolis; toute parole un peu fiôre , le silence même punis comme un crime. « On emprisonnait, on battait, on torturait, on déca-^ pitait que c'était pitié , » dit Bonnivard dans sa chronique. Lui-même subit une première captivité à Grolée, château de Févêque sur le Hhùne. Un noble magistrat épiseopal , Amé Lévrier, avait ose dire, dans le secret du conseil, que le véritable souverain de Genève était l'évôque et non le duc de Savoie. Arrêté au sortir de Saint-Pierre, un samedi qu'il venait d'y entendre la messe, il fat traîné sur un cheval à Bonne en Savoie, et y fui exécuté aux llambeaux sur la ])Iace du Châtel. Du haut de l'échafaud, Lévrier se félicita de mourir pour la lil)erté de Genève et répéta héroïquement deux vers latins composés sur la mort de Berthelier [^).
L'assassinat de Lévrier n'était que le prélude des horreurs que le duc se proposait d'exercer sur les citoyens qui avaient trempé dans l'alliance suisse. Mais ces citoyens, au nombre de quarante, et dont les principaux, depuis la mort de Berthelier, étaient Besançon Hugues et Jean-Philippe, se déro>bèrent par la fuite aux suppUces qu'on leur préparait. Ils se réfugièrent chez les Fribourgeois, dont la rupture forcée de l'allianoe n'avait pas diminué les sentiments de confraternité.
Croyant tenir Genève par ses cruautés, et rappelé en Piémont par les préparatife de guerre que faisait contre lui son
(4) Choniqueur, p. 100.
(2) Qu^d fiùhi mon itocuit ? Virtuê pott fata vircêcis ; ihe erue$, me glocUo êœvU iUa tyrmmL Je me ri« des tourments , je me ris du tiourreaii; La vertu, vil tyran 1 survit à i'éctiafeud.
HISTOIBI
propre neveu le roi François 1*", le duc quitta précipitamment celle ville, II prit cependant la précaution de faire reconnaître auparavant sa souveraineté par tous les chefs de famille , assemblés en conseil général h Saint-Pierl^. Cette réunion est connue dans Thistoire genevoise sons le nom de conseil des hallebardes, parce que, pour influencer le TOte des citoyens, le duc s'y rendit accompagné d'une garde nombreuse et menaçante.
L'éloignement de l'oppresseur et la lutte qui allait s'ouvrir entre lui et François 1**, donnèrent de Tardeur même à ceux des Genevois qui , par système ou par crainte, s'étaient tenus jusque-là à l'écart des affaires publiques. Dans un nouveau conseil général; tenu le 4 février 1526, les décisions du conseil des haUébardes furent annulées; l'un des proscrits, Jean-PhilippO; nommé syndic, et Besançon Hugues, un autre proscrit, premier syndic et capitaine général de la place. A peine installé, le nouveau magistrat se hâte de conclure uue combourgeoisie de vingt-cinq ans avec Berne et Fribourg, alliance sanctionnée par un second conseil général libre de tous les citoyens, (f En ce jour mémorable, dit un écrivain » genevois , Genève , de ville savoyarde, était devenue une » ville suisse. » (*)
Les Genevois cependant étaient loin d'être au bout de leurs périls. En même temps que le duc mettait tout en œuTre pour faire annuler une seconde fois la combourgeoisie par la diète suisse, il désolait les environs de Genève et se vengeait sur tous les citoyens qui tombaient entre ses mains, des prétendus torts que lui faisait la cité d'Ârve et Rhône. De ce nombre fut encore Bonnivard. En revenant de Fribourg, sur les hauteurs du Jorat, il tomba dans unéfembus-^ cade du capitaine de Ghillon, Beaufort, et se vit enfermé ($our plusieurs années dans un souterrain de ce manoir, qui avait d^à servi au neuvième siècle de prison d'État à Wala, abbé de Gorbie et onde de Louis-le-Débonnaire. Les citoyens de Genève usèrent de représailles, persécutèrent et chassèrent de leur ville les principaux partisans du duc. Cette expulsion fut fotale à Genève. Les bannis s'unirent aux gentilshommes du Ghablais et du Pays-de-Vaud, et formèrent la dangereuse ligue de la Cuiller, ainsi nommée parce que l'un
(4) Pictet de Sergy.
DB LA lUnOU SUISSE,
(le ces seigneurs avait dit en levant sa cuiller de buis: « Nous avalerons de mêrae les Enfants de Genève. » La guerre dura plusieurs années. Tantôt assaillie de nuit, tantôt bloquée pendant des mois entiers. Genève dut demander secours aux Suisses, et l'obtint à diverses reprises. Mais les grandes dépenses qu'il fallut faire pour Teotretien de ces auxiliaires faisaient dire plaisamment aux Geuevois que leurs bons amis de la fourchette (ils appelaient ainsi les Suisses] leur étaient presque aussi onéreux que leurs ennemis de la Cuiller.
En 1530, l'approche d'une armée de 15,000 Suisses contraignit enûn la Savoie à la paix, qui fut signée à Saint- Julien et confirmée à la diète de Payeme (30 octobre). Maïs circonvenus par le duc de Savoie, Berne et Frlbourg proposèrent aux Genevois de rompre leur alliance. « Plutôt mourir, » répondit en chœur le conseil général. Ces braves Genevois, qu^on pariait d'abandonner à leur sort, avaient cependant Tannée précédente, pendant la guerre religieuse, envoyé à chacun des deux États alliés, un renfort de 4 (H) hommes. Et ces troupes, qui pouvaient être employées à combattre l'une contre Tautre , eurent si vite pris l'esprit de leur rôle, qu'avant d'être sorties des portes de la cité, elles faillirent en venir aux mains sur la place. Genève, à cette époque, était encore toute catholique ; mais cette année-là môme s'accomplissait le drame qui devait aboutir à une aussi grande transformation sous le rapport religieux, qu'elle en avait subie sous le rapport politique.
'Introduction de la réforme à Genève. — Hanz-Franz Nsgueli, ou e^nqiïùie du Pays-de-Vaud et d'aulre» provinces savoisieones par Berne et Pribourg. , •
(De Van 4S88 à 488e,)
ANS le courant de l'année 4532, Farel étant venu à Genève, en avait été chassé aux cris de « Tue, tue cette cogne; au Rhône, ce méchant Luther! » Son disciple Froment eut d'abord plus de succès, et 6t. beaucoup de prosélytes, sous les dehors d'un maître d'école. Mais s'étant cru asseï fort pour
HISTOIRB
prêcher publiquement sur la place du Molard le jour de Tan 4533, il dut s'enfuir à son tour. Dès lors plus de repos dans *Ia cité. Deux nouveaux partis, celui des luthériens et celui des catholiques, parcoururent en armes les rues de la ville, l'injure à la bouche et touiours prêts à en venir aux mains.
Un jour, un citoyen iiiodcn', Pierre Vandel , ayant voulu s'interposer dans la hitte, t\st trappe d'un coup de poignard dans le temple de Saint-Pierre, (juartier-géneral des catholiques (29 mars). Un mois après, nou\elle mêlée, où le chanoine Werli, Tun des chefs des \ieux croyants, est tué sur le Molard , comme il frappait (Test oc et de taille avec sa hallebarde. Ce Werli était d'origine f ri bourgeoise et appartenait à une famille puissante. Cent Fribourgeois , les six frères du chanoine en téte , arrivent à Genève , exigent la mort des meurtriers et le rétablissement de révè(|ue qui avait été chassé de la ville. Ce dernier fit son entrée à Genève le 4 "juillet, escorté parles deux avoyers de Fribourg, tous deux du nom de Praroman, et 480 guerriers de ce canton. Un prédicateur catholique, le dominicain Furbity, est mstallé dans la cathédrale. Maïs Tappui que Fribourg donnait aux vieux croyants, Berne le prétait aux nouveaux. De grands désordres éclatèrent. L'évéque fut contraint de quitter une seconde fois la ville; Furbity jeté dans un cachot humide, et remplacé à Saint-Pierre par Farel. Vainement les conseils , par crainte des Fribourgeois d'une part, et de l'empereur Charles V et du roi de France, de l'autre, cherchent à rester neutres entre les deu\ })<u lis. La faction des Enfants de Genève, conduite par Haudichon de la Maison-Neuve, réclan^ avec menace rabolition du catholicisme. Pour garder une apparence de légalité, on procéda à celte suppression par voie de controverse, comme cela avait eu lieu dans les autres •villes réformées de la Suisse. Farel, ramené en triomphe par les députés de Berne, présida le colloque, qui eut les mêmes suites que partout ailleurs, Tenlèvement des images, la proscription du culte catholique et rémigration d'un grand nombre de familles attachées à Pancienne croyance. Un conseil général sanctionna la révolution qui venait de s'accomplir.
Uabjuration de Genève porta la douleur dans tous les coeurs catholiques. Les Fribourgeois, ces protecteurs de Berthelier et de Besançon Hugues, ces amis fidèles des Gene-
vois dans l'heur et le malheur, rompirent leur eom])ourj^eoisie. Aussitôt le duc do Savoie, d'accord avec les anciens Ducaux de la ville et quelques partisans du catholicisme, essaie de surprendre la, place le 31 juillet 1534. N'ayant pas réussi, il fait avancer de nombreuses troupes pour cerner Genève, une flotilJe italo-savoisienne croise sur le lac, ayant pour chef le fameux châtelain de Musso , le tyran de la Valteline et le grand ennemi des Suisses. L'imminence da péril arrache à Genève des cris de détresse. Ils ne furent pas écoutés des gouvernants bernois, auxquels Genève deveât encore des sommes considérables pour les armements précédents, et qui commençaient à se lasser de guerres sans profits pour leur État. Mais le peuple s'en émut dans le Seelamd et les montagnes de Neuchâtel, Un corps franc de 900 hommes, sous Jacques Baillod, le vaillant vitrier (^], partit clandestinement de la comté et battit 4,000 sddats italiens - ' et espagnols qui voulaient lui barrer le passage à Gingins au Pafys-de-Vaud (9 octobre 4535). Ils allaient pénétrer victorieux sur le territoire de Genève, lorsque des commissaires bernois iiUervinreuL et firent rentrer les volontaires dans leurs foyers.
Réduite au\ dernières extrémités, Genève se tourne vers la France el se prépare à recevoir une i^arnison française. Berrie, al(M-s, se décide à agir et arme (>,000 hommes sous l'un des li cres NiCgueli (22 janvier 1536). Capitaine redouté par son habileté et sa bravoure, Ilanz-Franz Nregueli avait déjji fait trend)ier Musso sur les bords du lac de Côme. Il , avait cueilli ses premiers lauriers en 1 52 1 , au siège de Parme, où un pape (Jules 11) commandait l'assaut. C'était un bel • homme, au teint bruni par le soleil d'Italie, à l'œil noir, au front élevé , au nez aquilin et dont la physionomie offrait un * mélange d'énergie, de candeur et de finesse
(1) Peut-être un descendant de l'héroïque défenseur du f^ont de la Thièle. (Voir notre premier volume, p. 185.) Le nom de WUdermouth que lui donneDl quelques auteure n'est probablement quHin surnom.
(ï) On a à Borne deux portraits du pnuul cjipitaine. L'un se voit à la bibliothèque publique dans la galerie des uvuyers de Berne, au rang desquels Nœgueli fut élevé en 1540. Il était auparavaul trésorier de la répu- Mlque. Sous NaDgueli servaient comme officiers un Tillier, un Graflènried, un Friacblng, VÂMU de l'aiméo bernoise.
L'armée ;ui\ ordres de Nœgueli traverse le territoire vaudois sans perdi'e un soldat, lait dans Genève délivrée une entrée triomphale (2 février] et porte la i^iierro dans les États de Savoie. La facilite de la coiujuèle allume la cupidité ambitieuse de Berne et du i;rand capitaine. Les helh^s provinces de Ge\ , du Chablais et de Vaud sont déclarées unies à la république bernoise. Naîgueli propose aux Genevois d'y incorporer leur territoire et de substituer la domination de Leurs Excellences à celle du prioce-évéque. A cette ouverture, la douleur et riadiguation se peignent sur le visage des magistrats et des citoyens genevois : « N'aurions-nous tant combattu et tant soulTcrt depuis vingt ans que pour devenir une ville si^ette? Abl messeigneurs, vous nous avez déjà fait beaucoup de bien. Aidez-nous à maintenir notre liberté en fidèles alliés et combourgeois. » La fermeté de ce lani^age sauva Genève. Chargée du butin qu'elle avait fait dans ids provinces conquises, l'armée bernoise était impatiente de retourner dans ses foyers. Naagueli dut quitter le Léman sans avoir pu faire le siège de Chitlon , où gémissait depuis cinq ans un prisonnier cher à Genève et à la liberté.
Deux })euples de la Suisse catholivjue avaient éizalement fait la guerre au duc de Savoie, et s'ét^ueut empares, les Vaiaisans, d'une j)artie du Chablais, annexée depuis au lias- Valais (*), et les Fribourgeois, des villes et pays de Homont, Rue, Esta va ver, Surpierre, GhAlel-Saint-Denis et autres lieux dont ils formèrent des bailliages (^). Une ville encore eût fort consenu aux Fribourgeois, Vevey, dont la poss^^s-, sion leur eiil donné un port sur le Léman et assuré un débouché pour leur commerce. Mais les troupes destinées à cette conquête reculèrent devant Técusson bernois peint sur les portes de la ville. Fribourg, à cette époque, joue devant sa puissante rivale le rôle inférieur de l'humble Pise devant la superbe Florence. Fribourg, du reste, ne s^était décidé qu'à contre-cœur au dépouillement d'un prince catholique; il avait même cherché à armer les cinq cantons contre les envahisseurs. Il se décida ensuite à agir pour ne pas laisser tout le Pays-de-Vaud aux Bernois, et dans llntérét de Tan* cienne croyance.
(1] Monthey et le pays Gavot.
[2) Saintr-Aubin, Oelley, la Tour de la Molière, llteleiis, TulMeos, Yeulniz, Valppens.
Mais l'ambition de Berne n'était pas satisfaite. Cet État n^avait pas renoncé à ses projets sur Genève, et en formait de nouveaux sur Févéché de Lausanne, épargné dans la })remière campagne. La guerre de François avec le duc de Savoie et les revers de ce dernier oflTraient une occasion favorable. Une lettre imprudente de Févéque Sébastien de Montfaucon, réfugié à Fribourg, et où il excitait ses gens à la guerre; les incursions du gouverneur de Ghillon, Beaufort, qui croyait sa forteresse imprenable, favorisèrent les desseins ambitieux des Bernois. Mille hommes aux ordres dii grand capitaine s'avancent sur les terres de révéché , prennent en passant Àvenches, Luoens, et vont assiéger Ghiilon qu'une flotille genevoise canonne du côté du lac. Hors d'état de tenir, Beaulbrt s'enfuit de nuit dans une barque et le château capitule. Le premier soin des vainqueurs fut de délivrer Bon ni va rd de sa prison souterraine. Il rentra en triomphe dans Genève, où tout le peuple attendait sur le rivai^^e pour saluer de ses acclamations le martyr de la patrie et de la liberté.
Après la prise de Chillon, Nfegueli occupe les quatre paroisses de Lavaux et marche sur Lausanne. La bourgeoisie de cette ville s'était, toujours flattée de l'espoir de se maintenir libre au milieu du naufrage qui engloutissait la nationalité vaudoise. Elle se fiait en sa dignité de cité épiscopale et impériale, et dans ses alliances avec Berne et Fribourg coiiclues en 1525 et renouvelées depuis lors. Ces considérations n'arrêtèrent point les seigneurs de Berne. £ntré dans Lausanne sans coup férir, Naegueli monte au château de Saint-Maire, remplace par l'ours de Berne et les couleurs bernoises, rouge et notre, les armoiries épiscopales, et proclame l'État de Berne souverain temporel de l'évéché. Les remontrances, les protestations, les messages, tout fut inutile, ^me ne songe plus qu'à organiser ses conquêtes. Les Irots Èiaiê de Lausanne furent abolis comme ceux de Vaud. (^). Huit baillis bernois gouvernèrent les pays conquis pour Messeigneurs et s'établirent à Lausanne, Moudon, Chillon , Yverdon, Avenches, Thonon, Fernier et 6ex. Des franchises considérables dont ces villes avaient joui sous la domination '
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HISrOiRS
savoisioiiiu', ou ih» laisse aux Vaudois que leurs lois municipales et leur lanj^ue. A\ec la liberté nationale et TindépendaDce politique, périt aussi la liberté relii^iouso. Après un simulacre de colloque tenu dans la cathédrale de Lausanne par maîtres Fa rel , Viret et d'autres pasteurs, la messe est abolie et les s\ nibo}es du culte violemment arradiés des églises. Le fait le f)lus regrettable eu ce genre fut la spoliation de la cathédrale de Lausanne. Cette église, dédiée à Notre-Dame et centre d'un grand pélérinage, renfermait d'immenses trésors en ornements d'église : osteosoirs, croix, chandeliers, reli(iuaires, colliers, bracelets, etc. Berne s'empara de ces richesses, première origine de ce trésor mystérieux qui contribua tant, trois siècles après, à attirer sur ce canton et la Suisse en général les malheurs de l'invasion française.
Le gouvernement bernois, pour attacher les communes à la reforme, eut cependant riialiiieté de leur donner ou de leur vendre à vil priv une p.n lie dfs domaines ecclésiasliques. Le produit de ces biens sers il a former ces fonds d'école et ces boursej pour les pauvres (jue possèdent aujounThui les communes \audoises. Une part consiiiéi'ahle échut a Messieurs de Lausanne, investis aussi, en compensation de ce (pTils avaient perdu, de la haute, moyenne et basse jurisdiction sur la ville.
Malgré ce partage, le ]ioup!e vaudois se révolta dans plusieurs localités contre ï édU de réforme publié par Leurs Excellences, et refusa d'assister au prêche. Les baillis furent chargés de l'y contraindre et d'expulser les prêtres qui entravaient les progrès de la nouvelle doctrine. Les anciens bailliages d'Orbe, Ëchallens, Grandson appartenant en commun depuis 1 476 à Messeigneurs de Berne et de Fribourg, semblaient devoir, grâce k cette position mixte, échapper au terrorisme des premiers. Mais le gouvernement de Fribourg, gagné parla cession que lui fît Berne de quelques terres épîscopales, Bulle, La-Roche et Albeuve, avait eu la faiblesse de souscrire le traité de la Singine, et stipulé que là où la majorité serait pour la messe, on ])ourrait toujours revenir de cette décision pour établir le prêche; mais que le prêche une fois établi, on ne pourrait plus revenir à la messe (1538). Le résultat de cette politique fut que les bailliages d'Orbe, de
DE LA iNATlON SUISSE. o3
Grandson et une partie de celui d'Échalleus abjurèrent le
catholicisme, à la suite de scènes de désordre et de violence, dont un récit naïf nous a été transmis par le banderet d'Orbe, Pierre de Pierrelleur, Tun des chefs du parti catholique.
Devenu maître au temporel et au spirituel de tout le Paysde-Vaud et des provinces \oisiiies de (lex: et du Chahlais, rj'^tat de Berne désirait fort y joindre le conUé de Gruyères, à titre d'ancien hef de la Savoie. L'opposition jalouse de Fribourii; et les menaces des cantons catholi(iues parvinrent à faire ajourner ce projet pendant (luelques années. Mais en la faillite de Michel, dernier comte de Gruyères, prince chevaleresque, mais protligue et obéré de dettes, en facilita Texécution. Berne et Fri bourg figuraient parmi ses principaux créanciers; ils s'entendirent j)our dépouiller le comte de ses États. Le partage s'opéra dans les premiers jours de novembre L'j.).j. Perne s'empara des contrées situées audessus de la Tine (Gbâ.teau-d'(8i)x, Rougemont, Gessenay); Fribourg, des pays situés au-dessous de la Tine (Gruyères et Montsalvens). Gorbières était déjà depuis deux ans au pouvoir des Fribourgeois, qui, après avoir d*abord protégé le comte contre les envahissements des Bernois , prirent ainsi l'initiative du démembrement d'un État allié et corélîgionnaire. Les députés des cantons co-partageants promirent aux Gruyériens de respecter leurs franchises. Mais ce peuple affectionné à ses princes et à son autonomie, et auquel Michel avait promis, dit-on, de le rendre "aussi libre que les honnnes des WaldstaHten , s'il lui aidait a [)ayer ses 4Ïettes, ne prêta serment (pie par force entre les mains des haiUîs bernois et fril)onr<j;eois. Jamais la domination de ces nou\eau\ maîtres ne devint complètement })opuIaire dans la Gruyèn^ où la nouN('!Ie de la mort de Michel retentit \ingt ans après connue un filas funèbre dans toutes les vallées. Dans la contrée (\{n lui avait été cédée, Berne eut mille peines d'introduire la réforme. Plusieurs révoltes eurent lieu comme dans le Pays-de-Vaud. A Chàteau-d'OEx, les femmes assaillirent de pierres un prédicateur. Ce n'est qu'à la longue que les nouvelles doctrines purent être naturalisées chez un peuj)le dont elles contredisaient les mœurs joviales et la foi iraditionnelle et naïve.