‹ Histoire de la nation suisse d'après les principaux écrivains nationaux et quelques sources originalesChapitre 4 sur 34 · H18Q01EB · texte numérisé non relu

H18Q01EB

prélat Marias, évôque d'Aventicum au Vl* siècle, et qui , de ^ ses maÎDS vénérables , labourait la terre et fabriquait des^ vases sacrés poor l*autel ( U nous a aussi laissé un récit court ^ et fidèle des événements de son temps. Exemple imité au siècle suivant par le moine Frédégaire, d*Âvenches. , ^

' L%fluenoe du clergé ne fut cependant pas toujours heu* . rense. Les évéques catholiques du royaume des Bourgun- ^ des, par haine des évôques ariens, trahirent leur prince, et ^ s'unirent, comme nous l'avons vu, à Clovis, qui était cepen- . daut encore idolâtre. Mais ils espéraient déjà lo gagner au christianisme orthodoxe. L'évéque Avilus, du Vienne, eût > facilement pardonné au roi Gondebaud son triple fratricide, ^ s'il s'était fait catholique. Des querelles sanglantes éclataient ^ parfois dans le clergé. L*an 565, comme nous le rapporte le saint prélat Marius, a les moines de Saint- Maurice, animés » par Tesprit de colère , forcent l'église et cherchent è tuer » I évéque Agricole et les citoyens qui s*étaient réfugiés dans » le lieu saint avec lui. »

DomiDatioa des Francs en Helvélie. — Progrès du christiaoifime et de la civilisation dans 1 HelTétie franque.

(D»VaniSÛàê90,)

ES nouveaux maîtres divisèrent toute^ THelvétie en deux parties, soit parce qu'ils ne la soumi* r^nt pas toute à la fois, soit parce que les habitants ne parlaient pas tous la même langue. On réunit à la Souabe la partie occupée précédemment par les Âllemannes et où Ton parlait la langue aile* mande, c'est-à-dire la Rhétie et le Tfaurgau Ce dernier nom comprenait alors toute la contrée renfermée entre le lac de Constance et le Rhin d'un côté, l'Aar et le Saint-Gotthard de l'autre. Les autres parties, prises sur les Bourguodes

(4) C*eBt 80U8 le prélat Marius (l'an 693) que le siège épiscopal futtrantféré d'Avenches à Lausanne.

(5) De Thur, nom de rivière, et de gm, oontrée. L'iarfau OV Argovitf; forma plus tard un comté particulier.

et dans lesqoelles on parhil le roman : Geo^vOi le Valais, NeQchfttel-el ce qui forme aujourd'hai les cantons de Berne,

deSoleure, de Fribourg et de Vaod, furent réunies à la Sa- ' voie, et appelées la Pelile-Bourgogne ou Bourgogne transju-

rane.

Les belliqueux rois des Francs, chefs d'un peuple guerrier, organisaient radniinislration d'un pays comme celle d'une armée. Ils plaçaient à la tête d'un pays ou canton (gau) un duc ou des commandants ou comles , appelés landgravei; des comtes inférieurs administraient les districts de ce pays,

• elles districts étaient divisés en grands domaines qu'ils donnaient en récompense à de vaillants capitaines, à titre de

' dons OQ de fiefs. Bn ce temps-là l'argent étant fort rare, les epQverains récompensaient par des domaines les services de Irars guerriers. Dans les pays conquis, les habitations, les . bommes el le bétail faisaient partie de ces domaines ; les babîtants réduits en esclavaî»e ne pouvaient posséder aucune propriété, mais devaient payer à leurs maîtres les intérêts de tout ce qu'ils possédaient. Celle division des hommes en seigneurs, vassaux el serfs avec les rapports compliqués auxquels donnait lieu celle hiérarchie sociale, est ce qu'on appelle la féodalité. Enlre les seigneurs et les serfs, il y avait des kommes libres^ dont les terres étaient franches et qui n'qbéissaieat qu'au roi et à ses officiers. Cette organisation s'étendit aussi a THelvétie. Le Thui^au et la Bibétie furenl fOQiDisau duc de Souabe ou d'Ailemannie; le reste du pajrs, en doe ou fsirîçe de la Peiite-Bourgoigne. . .

La foi chrétienne avait pénétré dans rflelvétie penda^it. la domination romaine. Sous la. domiaetton b^^urguod^i . elle y tvalt fait des progi es , surtout dans la partie ocoideotaJe du pays. Sous les rois francs, elle s'élendit dans l'Helvétie orientale et aliemannique. Cependant, dans les fonlls épaii^ses qui ceignaient le -lac de Zurich et dans les vallées les plus recute, vivaient encore sauvages et sans aucune connaissance du vrai Dieu, les resles de la nation des Allemannes. Ils sacrifiaient toujours à leurs idoles, sur le haut des collines et ^ans le fond des bois, des chevaux, et d'autres victimes choisies parmi leurs troupeaux; au commencement d'une nouvaUe année, ils faisaieni un bruit terrible , pour chasser les naovais esprits , les soroiers et les sor<âères; à Pemtrée du

W HISTOIM

priDieinps ils aHomaienl de grands iéas de joie sur tontes les iBontagnds en l'hooiiear des dieox propices. Ls superstition et la crainte des sortilèges tourmentaient ees paYens

aveugles : ils croyaient à toutes sortes de piésages et de prédictions, à l'Iufluence de bons et de mauvais jours , et se laissaient prendre à toutes les impostures uées de la plus grossière ignorance.

Les hommes pieux qui apportèrent aux Allemanues la doctrine du salut étaient originaires, pouc ia plupart, de ririande ou de TÉoosse, où le christianisme primitif s'était conservé dans sa pureté. Sigebert prêcha dans les déserts de la Rhétie. Il avait construit sa petite chapelle dans Tendroit sauvage où est aujourd'hui le couvent de Dissentis. Golumban , le plus célèbre des missionnaires de ce temps; ce grand druide chrétien , comme l'appelle un auteur ecclésiastique , enseigna pendant trois ans (610-643) la doctrine chrétienne sur les bords de PAar, de la Reuss et du lac de Zurich. Persécuté par Gonzo, duc d'Allemannie, il quitta avec regret les rives boisées du Rhin qui lui rappelaient sa patrie, et laissa à Gall , son disciple bien-aiiné, le soin de continuer son œuvre. Celui-ci établit à la fin son ermitage dans la solitude de la vallée que baigne le lac de Constance, là où Ton bâtit plus tard à sa mémoire le couvent de Saint-Gall , qui a perpétué son nom. Dans les montagnes qui bordent le lac des Quatre-Cantoos, la parole de Dieu fut annoncée par le pieux Meinrad; il construisit sa cellule dans la forêt oirâcore (Finsterwald) prés de la Sthl , à Tendroit où s*élôve aujourd'hui le couvent de Notre-Dame-des-firmites (Bhisiedien). Un duc delà natioo des Allemannes fonda un collège de chanoines sur la colline voisine de Zurich et lui assigna beaucoup de terres au pied de TAIbis; son frère établit un autre monastère, près du lac des Quatre-Cantons , dans un lieu où autrefois, peut-être du temps des Romains, il n'y avait qu'un fanal pour servir de signal aux barques pendant la nuit : c'est là qu'on voit aujourd'hui la ville de Lucerne. Peu de temps après, le riche comte Béro (il construire dans le voisinage un nouveau monastère appelé encore aiijoïird'hui BéromUnster (monastère de Béro). Les disciples de Columban firent faire de nouveaux progrès au christianisme et à la civilisation dans rUelvétie romane. Donal éclaira les habitants de la

01 LA NATION fl

Gruyère ou pays d'Ogo (hoch-gau), îmîer, Ursanne et Germain ont laissé des ooms connus dans le Jura. Un parent de Donat fonda Romainmotier, cloître célèbre plus tard.

Les païens voyaient s'élever de toutes parts des temples; le jour ils eotendaient dans les églises des paroles de eaial et la prédicalioo de la oroîx , ei la niiii , dans les couventSi des chants et des prières. Leors cœors émus leor faisaieni désirer le baptême.

Dans les commencements , il est vrai , le christianisme ne produisit que peu d'effet sur les populations barbares. Les oonversions étaient trop fréquentes et trof) précipitées ; les prédicateurs, souvent aussi grossiers et aussi ignorants que leurs auditeurs. On donnait le nom de chrétien à tout homme baptisé qui avait ap[)ris par cœur une prière, qui fréquentait le service divin et savait faire le signe de la croix, bien qu'il n'eût renoncé ni aux superstitions, ni aux mœurs du paganisme. Très-souvent on se bornait à substituer les saints aux idoles et à donner des noms chrétiens aux fêtes païennes què Ton continuait à célébrer. La crainte du diable exerçait plus d*empire que l'amour de Dieu, ^e pécheur croyait ra* cbeter facilement le salut de son âme et se soustraire aux toofoients de l'enfer au moyen de éérémonies religieuses et de riches dons offerts aux églises et aux couvents.

Néanmoins la religion nouvelle n*en eut pas moins dtiealeax résultats pour la croyance et les tuniîères. On vil se fépandre plus généralement parmi le peuple l'idée du seul Dieu vivant, l'idée des récompenses et des peines de l'éternité, l'idée que tous les hommes sont les enfants du même Père céleste. Des prêtres et des évêques avec leurs femmes et leurs enfants offraient le modèle de bons ménages ; car dans ce temps le mariage ne leur était point interdit. Beaucoup de seigneurs chrétiens adoucirent le sort de leurs sujets, et accordèrent à leurs esclaves des droits qui procurèrent à ces infortunés* une existence plus douce. On établit des écoles dans plusieurs couvents, entre antres à Saint-Maurice ^ à Saim-Gall , où l'on rassemblait et où Ton copiait les écrits te anciens sages. Le peuple Ait instruit dans ragricditàre <t l'économie rurale par des moines et des ermites qui, dans hors solitudes, extirpèrent des forêts et défrichèrent le sol ; ks terres communes furent divisées. L'usage de labourer

HISrOlBB

aveo les bœufa étaU c^jà ^oooiia du temps dosiBourguodes, habiles oovrfers aDSSt en menuiserie et en obarpenterie. Le peupla apprit à lisser la laine et à faire des habillemeuCs de drap, au lieu de la toile et des peaux dont on solail vôtu précédemment. On [)lanta la vigtie sur les côteaux du lac de Zurich et sur ceux du Léman d'où elle avait élé arrachée dans les invasions qui avaient détruit l'empire ron^ain. L*église Saint-Pierre, à Genève, fui. rebâtie et oraée de grands piliers en marbre blaoc et gris.

Tout cela fut i'osuvre non des moines seulement , maia aussi des Francs et de Ghariemagae surtout , le plus grand roi qu*ait eu ce peuple et i*un des plus grands bommea dool il soH fait mention dans Tbistoire gteéralew

ooo ■

L'Helvétie «ous Chariemaaae et &eê successeurs.

(Dê l an 800 à BMO}.

^91» siècle après la conquête de noire pairie par J^s Pnsnes, les princes de la race de GIotIs ou tMji^ovni^t'flM (*) furent précipités du trtoe è cause* fdcj'leur fuînéantise, et remplacés par les IffjSE?^' , eoflovinqHm ou princes de la raoa de Gbarle* magne.: L*auteur de cette, révolotfon- Ait princi paiement Pepin-le-Bref, 61s de Charles-Martel et père de Charlemagne, qui exerçait déjà auparavant toute l'autorité royale comme ministre ou maire du palais des rois mérovingiens. Le pape Élienne II approuva la conduite de Prpiii et vint le sacrer roi à Paris, comme autrefois le grand-prêtre Samuel avait sacré Salil. En échange de ce bon office , Pépin .protégea Efienne contre te$ Lombards, conquérants d'jan«i grande p^liade ritalioi et donna méma.ftu pape, aim|ile:gouvepi^ O0«r de Rome jusque là , la souveraineté sur un territoire

(I) Ainsi a^elés de Hérovéa , aacéiro do Glovtt.

DE LA MATfON lUISSK. 19

oaoakiérable aux eûvircmi de- eelie ville. IcMe fm. l'origine de la puissance JtempereNé des papee\{755|. : . . •

P)epiD-le-iBref , roi ées Francs et d]vma grande . partie de Pfiarope germaniqcie , devait étire • «encore enrpassétoo puis*

sance et en gloire par son fils, Icv fameux Charleroagne (*). La monaroliie des Francs s'étendit alors île l'Ebro en Es- , pagne a ia Baltique, et de TOcéan a la Theiss en Hongrie et au Tibre. Dans 53 expéditions militaires, Chariemagoe triompha des Saxons, des Lombards, des Sarrasins, des Grecs, des Slaves, des Danois, des Awares et de plusieurs peuples révoitéa de son empire (^). Pour conbie d'honneur, il lut pro* clamé empereur d'0cêidmU:pa9.le pope Léon III , à Rome> où il s'était reoda pour assister aus fétea de Noââ (iW<g#0).

Mais qoelqoe ohoae de plus relllarquabfteicitt^ oea eipMis militairas dans le règne de ChavIemagMi, is*eai la pratectlon q«HI accorda aox;letlresv aQX 'sèîeocea:etaaai'«rC».- Malgré .les elforla des' misslonliams , rignorenee ét« le anpersttlloii la plus profonde régnaient chez tous les peuples. €harlemagne multiplia les écoles, prescrivit a tous les moines la copie des manuscrits et fonda dans son palais une académie composée des hommes les plus instruits qu'il put découvrir dans ses États et au dehors. Lui-même donnait l'exemple de Tétude et moDtra ouvertement dans plus d'une circonstance combien il préférait les jeunes gens peuvreaet JettréSîiauxieunBS Dobles, i^orants et présomptueux.' • •

Oononie législateur , GbiDrlemOgne montra 'ausai beaucoup de aagasÉe* Il cborcfaa é doboer^à «a vaite mooaroUfrronité qai hiî manquait, tout en'respéotanl'les lois paHieultèrea el les droits de cbaqne. nationalités Le*poovolr local, ci presque

(i] Mngne, magnw en la lin veut dire grand,

(9) Voici quelques delailâ sur ces peuples, dont il sera encore parlé dauB cette hi!»loire. ' *

|«a» ëftmom occupaient alors uoe grande ^pff lie. .4e l'AUeipasfi^ sep^B- Irionale. Les Sarrasins ou Arç^bes s'étaient emparés de l'Espagne en 71^ , avaient passé les Pyrenoei^ en 732, el auraient conquis la Francé et aboli peul-ôtre le christianisme en Europe, sans la victoire remportée sur eux entre Poitiers et Tour» par CiiarleB-Martel , aïeul do Cttarfemagne. Le|S , Grecs occupaient ritaiie méridionale conquise sur les Ostrogoths. tes ' Slaves habitaient et habitent encore à l'Est les pays connus aujourd'hïii sous le nom de Bohême, Pologne, Russie. Les Awares occupaient la Hongrie avan^ l'arrivée des Hongrois ou Mad^yare^ actyiels. Les Lombards, peuple do nord de l'Europe, s^étaient rehdus iniftïrd^ d'âne graiitle partie d« l^ttle, vers 8S0, sous leur caeTAStoin. r «

fÊÊÊmwÊ

ilUailé dm oomtes de caoloos et de dîstricis fui soumis au G0Dir6le anooei des coiiieitiwiMUi mpénmgB, Les loiSy qui se fUstieui aopenvanl par le rot, (fe eenceri avec les évéques el les nobles seuls, doreol être oouseoiies par les bomnies libres, daos les assemblées générales de la Dation , nommées champ de mai, demorf, ou flaids généraux. Les évéques diocésains continuèrent à être élus par le peuple el le clergé réunis; le roi se réserva le droit de confirmation et nomma aussi quelquefois lui-même les abbés et les évoques. La loi sa/fçu«, qui excluait les femmes du trône, et l'institution du jury furent maintenues. Des peines sévères atieiî^nirent les ivrognes et les associations bachiques. La croyance aux sorciers et sorcières fut proscrite; la peine de mort, prononcée contre cenx qui livraient ces maMMureux an supplice. Favorable en elei^, Cberlemagne nut ponrtanl vn ierae aoz ^ donetione emssives qni avaient lien , et puait cenx qui pro» âtaient des dermers instants d'un moribond pour se .faira léguer ses biens. Mais Imbo encore de'certains préjugés de son temps, le monarque toléra et encouragea les pèlerinages, source de beaucoup de désordres et de scandales.

L'Heivétie allemannique eut une grande part a ia gloire et aux bienfaits du règne de Cbarlemagne. Les guerriers du Tburgau suivirent ce prince dans ses expéditions contre les Slaves du Nord et les Arabes d'Espagne. Ils en rapportèrent, si Ton en croit la légende, ces cornemuses merveilleuses, si célèbres plus tard dans Tbistoire des batailles suisses , sous les noms étranges de lONreetw dUri, vackei d'Unéertoald et irompai ds Lucime. Au nombre des héros de ees guerreafignrent bambart, un seigneur de Tburgau, et le vaillant Escher, homme libre ou colon du même pays. Le premier, disgracié et dépossédé de ses domaines par Tempereur, recouvra ses bonnes grâces en sauvant la vie au monarque dans une partie de chasse au sanglier, qui était Tun des grands délassements de Pépoque. Terreur des Wilzes , des Peschenèj^res, et d'autres hordes slaves, Escher, nouvel Hercule, «enfilait les ennemis comme des grenouilles au bout de sa lance et contraignait son cheval à traverser les ûots gonflés de la Thur. »

La terre qui produisait des héros au grand Charles , lui donnait aussi d'habiles politiquee et des savants illustres*

BI LA NATION tOlSM

Wakbo, abbé de Saini-Gall, avail véou à ta eoor d*Aix-la- Gbapelle dans la sodélé da priooe al de son premier mi» nialre Alédni , le ploa savani homme do K* siècle* Il inlrodobit parmi ses moines la vie KVéraire, et fonda la biblio*

thèqoe, depuis si renommée, de Saini-Gall.

Ami et conspiller de Charlemagne, Pévôque de Bâie, HettOD, était le modèle des prêtres et un grand promoteur de réconomie rurale. Il releva la cathédrale dé BâIe, qui se trouvait dans un état déplorable comme beaucoup d'autres temples de la chrétienté, après l'invasion des barbares. Construits en bois, dépourvus de sièges, ces temples n'avaient souvent qu^tme Isoéire ; une mauvaise lampe éolairai( À peine DD aalel grossier, oti des vases d'éiain ou de verre servaient è la commanlon. Do même temps date ia cathédrale de Qoire, fondation da prélat Telle , comte de la Rhélie. Alors aastt prend son essor la viUe de Zurich » réiideooe fàvorite és Chartes, et où on bibliothécaire do monarque, Leidrad, dépôts évéque de Lyon , dirigeait Técele mraline.

Moins favorisée que PHelvétie allemannique, l'Helvétie romane ou Petite-Bourgogne vit cependant l'empereur franc établir son beau-frère Udalric sur le siège épiscopal de Lausanne, répandre ses largesses parmi les moines de Saint- Maurice dont le beau chant l'avait émerveillé, et tenir a Genève, la ville de César et de Gondebaud , une deairoAtedeux assemblées générales de son règne (l'an 773).

Bd josie, brave, d'une activité d'esprit et de corps eitra* ordwaire , simple dans son genre de vie et dans ses véte* oienta, Gbarlemagne a cependant été condamné par rbîstoire pour sa croaoté eovers les Saxons, dont il Bt mettre à mori quatre mille d*on même ionr, et pour ses mauvaises mœurs que le noble évéqoe Hetto eut le courage de flétrir. On peut trouver aussi un excès de sévérité dans la manière dont 3 traita son fils naturel, Pepin-le-Bossu, qui avait conspiré contre lui. Pépin fut confiné dans le cloître de Sainl-Gall, où, selon l'expression d'un chroniqueur du lieu, « on pouvait le voir chaque jour arrachant les mauvaises herbes du préau avec les frères lais du monastère. »

La mort de Gharlemagne, arrivée Tan 81 4, fut le signal du déclin de la monarchie carlovingieiine. La discorde divisa oanstamment ses fils et ses petits-fils, princes faibles el ver*

32 ■ifTomi

satilesqai morcelèreut son vaste empira. L'un prit ia France; im Btitre, l'ilalie; on troisième, TAllemagne. lis se firent entre euk dès gaerres lerHbles et saœ fin. Par suite de ce partage, I^Helvétie, après plittsienrs vicissilodes» feC définItH vement incorporée à Tempire d^ÀHeniagne on empire .germanique. ^

Ces nouveaux rois et leurs guerres continuelles répandirent partout le désordre et la confusion. Les {gouverneurs établis par les rois, c'est-à-dire les ducs et les comtes, en profltèrent. Délivrés de la surveillance qui f)esciit sur eux au temps de Charlemagne, ils gouvernèrent leurs cantons ei leurs districts à leur guise, assurés de l'impunité. Tout seigneur voulut être roi dans sa terre. Â leur mort ils transmirent a leurs fils les chargeai dont ils avalent été revêtus , considérant les duchés et les coTfDlés comme des fiefs héréditaires ou même comme des propriétés. CTést là Torigine de l'indépendanoe -eelgiieiiriale'etdu plein développemeoU'de lil féôêaiùé, L'Helvétie participa au mourement général Le duc de Sooabe on de rHelvétte allemannique ne voulut plus reconnaître de souverain ; le duc de THelvétie romane prit de son chef le titre de roi de Bourgogne transjuraiie et se fit couronner à Sainte- Maurice, sous le nom de Rodolphe 1*' (888). L'exemple des ducs dé l'Helvétie fut suivi par les comtes et les évêques et abbés de ce pays. Ces derniers se rendirent indépendants du bras séculier, se couvrirent du casque et de la cuirasse,et se montrèrent à la tête de leurs armées. Ce que les évéqnes^rent à l'égard des ducs et des oemteS| le pape le fit

l'égard des empereurs et des rois ; il acquit une autonlé aftne bernes sur emc et sur toas ies^évéqnes de leurs pays, enfin sur' leurs peuples mêmes. • •

Au milieu da^ce désordre, les invasions dont TEorope avait tênt^en à souffHr au IV* et au V* siècle, et que Ton croyait terminées, recommencèrent. Du cêté de l'Orient, on vit venir de la mer Noire et monter le long du Danube un peuple de cavaliers belliqueux et sauvages : c'élaient les Honi^rois ou Madgyares. Ils parcoururent tour à tour l'Allemagne et l'Italie, portant partout le fer et le feu ; rien ne les arrêtait, ni fleuves ni montagnes. Les forteresses et les châteaux étaient seuls à l'abri de leurs attaques, parce qu'ils n'entendaient rien à rart des sièges.

En même leiups, Ternpire était exposé aux attaques des Slaves et des Normands ou Danois, qu'avait contenus à graod^peine 1 épée de Gharlemagne. L'imminence du danger qui menaçait leur, paljrte parvint à rallier mofuttotanémeot les princes et les peuples gerfnanlqoas. Leadeuj. prinoipatoa Mliona de remplre, lies Fra^oonieDs 61 lea SaioDS , ^'«ot^ii*dlfoot dans ee^eoojoiiQlaras pour porter .ap intm fa» èravo elbahile Henri, duo de Saj^Oy surnominé l*6àdknr, qui. fol leeonno aussi par les. JBayaroia, les Souabes.et même par les Lorrains, peuple toujours flottant entre la pro^eciion de Is France et celle de TAilemagne ^ • : .

• , VIIL

L'Uelvétie sous les «mperei r.s d ÂlIemagoa, des maisena de Sase

, . .et de Fr«a<;oQi«.

(Dt Van 900 à 1157.)

knri-l'Oiseleur , premier des empereurs delà maison deSaxe, est l'un des meilleurs rois qu'aient eus les Allemnnds. Il sut tenir tête à la fois et à ses énnemis du dedans, qui étaient lés nobles insoumis 'et pillards, et aux ennemis du deborâ^ Hongrois , Slaves, Dânois ou Normands. It défit'successivement tous ces peuples , fonda contre Tes âfàves le margraviat (^) de Ifistife, et opposa aux irruptions de^ Danois, le margrimat du ScMeswig , après avoir conquis et peuplé dO Saxons fidèles celte province, que se disputent encore aujourd'hui la nationalité allemande et la race Scandinave.

Mais l'acte le plus important du rèi^ne d'Henri fut l'institution des 6oMrgeo/.Nîe5 , bien antérieure à rétablissement des communes en France et en An.i;leterre. Voyant la rage des hordes envahissantes s'arrêter devant les murailles du petit nombre de places fortes ou burg que possédait alors l'Allemagne, le monarque fit ceindre teus les grands centres de

(4) Margraviat ou marche était le nom des comlés-frontièrM OU colonies miliiairos établies pour servir de digues aux invasions.

MSTOIKI «

population eiistaols , de remparts, de fossés et de tours, et ordonna d'en former de nouveaux qui furent fortifiés de la même manière. Mais à ces (mrg ou villes fortifiées, if fallait des habitants et des défenseurs. Le r<^ y appela la neairîèoie partie des bommes libres ou petits propriétaires des eam* pagnes , les organisa en corps poUtique el militaire nommé iourg9oitie {JNk^méhMft} avec un obef ou Bikrgîrm9Uî»(^)^ el leur oeiroya , pour les attacher, la possession d'un lenv toire ou banyeue el foutes sortes de franchises, comme , par exemple, le droit d'élire leurs magistrats, d*avoir leur sceau et leur bannière, symbole alors d une certaine jurisdiction et d^une certaine indépendance. Plusieurs de ces villes affranchies même de toute sujétion seigneuriale, et dotées de ce qu'on appelait ïimmédiateté, ne relevèrent que du roi et portèrent le nom de villes libres et impériales (frei Reichstœdte),

L'Uelvétie eut aussi ses bourgeoisies. Zurich, la ville carlovingienne; fiâle et Schaffhouse, villes commerçantes sur le Rhin; Luoerne ei SoJeure, centres religieux, sur la Reuss et TAar, toutes ces localités et d'autres encore de rHelvétie souabe obtinrent leurs remparts et leurs franchises municipales. Il en fut de même de Lausanne, Genève et Nencbâlsl dans PHelvétie romane ou Bourgogne transjurane.

Cette dernière contrée avait , depuis 888, ses rois particuliers, quasi-indépendants de l'Allemagne. Les prédécesseurs d*Henri l" avaient cherché à faire de la Transjurane une simple province germanique. Mais Rodolphe V déjoua tous les efforts des troupes allemandes en se retirant dans les montagnes du Valais et de la Savoie d'où il leur fit une guerre de partisans ou de guérillas. Quatre rois, dont trois du nom de Rodolphe, gouvernèrent successivement la Transjurane. Le plus célèbre de ces princes était Rodolphe II, qui unit un instant la couronne d'Italie à celle de Bourgogne, et reçut d'Henri-l'Oiseleur la souveraineté sur une partie de l'Helvétie allemande. La Reuss, le Rhin , le Rhône et la Méditerranée formaient les limites de l'État bourguignon. C'était comme au temps de Gondebaud el du royaume bourgunde. '

(I) Bn fiançai» timrgm$iin. C'est le nem que portent encore les pre* mlsis magistrats de Zurich, Bâte, Scbaflbottfle. Ailleurs, les cbefs des bourgeoisies furent appelés Schultheùi ou avoyert, <lu mol asontf , <|ttl dans la langue du raoyen-Ase signifie pr<a§cinir.

DB Là tuamk êUUêM,

Après la mort de Rodolphe II, et pendaol la minorité de son dis Conrad, le pouvoir était aux mains de Bertbe, la bonne y douce et pieuse reine, déni le eeuTenîr est resté m yopetaire sur le terra romande. Chroniques, légandesi ehanaoas et vieux tableaux nous représentent eette bomble et ssige pffinoesse visitant ees doowines, la qneiMHiiile à le nsein el mentée eor eon-lilanc palefroi ; ^oriam eux pesvrsBi aux pé- Moe, aux lépreux ('} , semani partout sur son pMsage les esuvrea de^p^^^té ei de bienliisanee. Outre la fondation au- Ibentique de Fabbaye de Payerne (Pan 937), on lui attribue celle de maints cloîtres, moûtiers (*) et d'un grand nombre de travaux utiles, comme routes, ponts et donjons sur les bords du Léman , de l'Aàr et de la Birse. Reconnaissants envers 9 cette bonne mère du peuple transjuran , > le peuple et le gouvernement vaudois lui ont élevé un monument dans la vieiUe église de PayemOi résidenoe favorite de la reine filandîère.

Du temps de Bertbe et de son 61s Conrad , prinee peu oapaliiei te Pays^^Vaud fol ravagé plusieurs fois par les Hoo^ girois el lea àaiirannato Le fils da Conrad, Rodelplie III , goiH vama encore-plu^ bmL II aliéna .et Tendit par brie el moreseox le dewîine royal , el finies trois évéques de Genève, Sioo et Lausanne, comtes souverains des pays environnants. A la fin , méprisé des grands et réduit à vivre des collectes que le clergé faisait pour lui dans les églises, il finit par vendre tout le royaume aux empereurs (1 035). Les grands de la Bourgogne, hostiles aux Allemands, résistèrent. Mais les troupes de TAargau et de la Souabe marchèrent contre eux. Payerne, ftlorat, Neuchàtel et Genève furent forcés d'ouvrir leurs portes, lea prisonniers horriblement mutilés, et les nobles, réunis en diète à PayemOi pois à Genève el en dernier lien à Solearoi dorem reeonnaltre la puiasanoe des enqpereurs Conrad el Henri 01 de Franoenie qui avaient auccédé eux empereura laxona. 8o«e Henri IV, fila el soceesseur d'Henri HI, legoii-

(4) Les lépreux, si nombreux alors, et devenus heureusement 8l rares aujourd'hui, étaient des malheureux couverts de plaies el décailles dégoûtantes. On les logeait dans des huttes isolées, ou dans des hospices •Tpelé» Ufrmrtê$» On porte à 10,900 1» Boml^r» e«s léf roMfies qui eiit* talent en Europe, au temps de Rodolphe de Habsbourg.

{%) Vieux mol qui veut dire église. En patole rODAD OD HAi môlhi; Mim- •fr en aUemand, mimtêr en aoglaii.

36 J HttTUIK»

vernement de toute l'Helvétie fut donhe à Rodolphe de Rheinfelden, seigneur puissaoi de l'Aargau et beau-frére de l'empereur, qui résidait ordiuaireuient n Zurich.

C'est pendani le règne d'Henri. IV qu'éclata la fameuse l^te des papes et des «mperofirSf :4i^jBlée aufsi la querMe des investi(îires:^\\6ianpàlipQW.€mieiïea réforjniw du pape GrégoiRo 'VU et Vnfuriîiitm nitr mw réforines rcinoootfàfml de ia part de rempareut « Aii]X*.«4 da'Xl* «iéd0^1mi mptèn reorS' é'Alhifnagtke) a«MdniaiMift leB-évéqbea^de iûût empîvtol airiiioiit cootume d6»iQS;lhijfi#tir/ •o'toil^àrdirB de Ids-i6|Ii» M léur rfiOieltèBl kl or<}|Biv Paiweoii et I^teeptre^ oMiiiiMi^yiii-' bole de^leur puissance à la fois spirituelle .el temporelle; Las empereurs fondaient ce droit sur ce que les é\Oques étant seigneurs temporels et possédant, conmie tels, des domaines et des vassaux armés, ils ne pouvaient iaisi^er disposer sans leur consentement d'une partie des forces nationales. Au reste, les empereurs avaient non-seulement joui jusque-là du droit d'élire les évéques, ils avaient môme. éld les papes ou coaimé leur élection. Grégoire Yii. regaMlait ce draH d'électitia^- aUvibtté à des laïques, ceoMne dégradioi pm» rËglisa, dîaotaQ4| plui* qu'il «rrtVail qoalqaefpiaiaiiK'eBifie^r relira de di>iMi«i* ott dfi<ireiidl*a:lGB>éyAahé6^ eam^nd poor la oïéiilaifiéel dea^eignaiiff iqfui^att éCaient Inaeiliik. Le pape déiMidil à lleapaoear^'aiHii peirierd'eGKeotniiHNiiealjoiiy'd'iQ* vestir les évèques, et ialerdit en même temps à tous les prêtres de se marier (1074). Le mariage des prêtres paraissait à Grégoire coutraire à la sainteté du sacerdoce et fait pour mettre le clergé dans une trop grande dépendance do pouvoir civil. L'empereur, appuyé par une partie desévôques et des nobles, brava rexcouuuuuication du pape, nomma un nouveau pootife à Worma etdiassa Grégoire de Rome. Le |>ape, à son tour, exoocmnuaia Heori , délk ses SH|jel& duaer^ ment dsâdélîAéèt nomma un empereur de' siin parti, qui était justetoem oe.ftodolfihe de filieiiifeiden:aaqaeliieari IV, ou plutét sa mére Àgoès, avait dooné en Bef PHelvétie, avec le titre '3è ^u& dé ^puabe et recteur de Bourgogne. (It)t7). Cette circonstàoéeéiiiratoa presque toute l'Helvéllealiemânde dans le péril da ^pe. La Trâfisjurane, aa contraire , se déolara pour Henri IV. Le principal chef du parti impérial . dans ce pays, Bourcard , évéque de Lausanne et prélat ma-*

Dl I.A.HATIi>JI MISSE

rié, fut tué au service d*Henri IV, après dix ans de guerre. Le même sort atteignit le nouvel empereur. Rodolphe de Bhoiofelden fut tué dans une bataille, et le duché de Souabe donné par Henri IV aux seigneurs de Hohenstauffen, ses partisans. La mort de Grégoire VII (en 1 085), exilé à Saleroe, el celle d'Hepri iV, à Liég^.(eQ 1106), où l.'av^ oontMifH 4b s» réfugier Ip r^vphe.i^fraïKis ^.df ees «propre^^l^^ larsuoimA pas^ la. qjoienaîiUe, qui s^f^friliê «qGd, jMfMpf 80 tampflL/WQieo^ent, .lorsqu'on dofik ^çcesaeQra idliaii^^^ fampereur Lolbaire , pHoce. trèa^aôainis au pape, eot^iéi^ senti à lui laisser Tiovestiture par la crosse et par TauDeau, et à se contenter de TélectioD par le sceptre, comoMB {^^a^goe propre du pouvoir temporel (1136). .

Les croisades, qui commencèrent à la même époquei, tournèrent la pensée et les efforts des princes et des peuples vers UD but et un théâtre tout différents. Les croisades étaient 4^ guerres eiiUeprises à la persuasioo des papes^ par les princes e( les peuples chrétien:^ d'Eurepie eontre Isa Sarrasios.d/Asie pour déiivf^f. Terr6(-SçiiQ|(e«I Je iMi»!? Sépulcre, qttf épient (oiD))é«j^otf:e,lf^ inw^da oep Ji»Cd^. U y eoi bait cr<V3ade$ prineipi^^ La preiDiik» liilMiMWle par Godefrçi ^e BeinlIetp, doc de Lorraine, qui ToaUittpeiilr^ tes expier ainsi la^inort de ^odolpli^ de RbemfeMenf tué de sa main dans la guerre précédente entre le pape ei t'emper reur. Des gens de tous pays, femmes, enfants, vieillards, prirent part à la guerre sainte et mirent une croix rouge sur leurs habits ; de là le nom de croisés et de croisades. Des hommes de nos montagnes, au nombre de plusieurs mille, se croisèrent comme les autres et se trouvaient dans l'armée qui prit Jérusalem, Tan i Oâd.Le poète italien Torqiuito lasso a célébré les éxploit^ de nos pèrea à la première croisade, daoa ses Jbeau^ onjiots intitulés « Jérmalm iiliwétuê J|aia4le ■os oompatriotes croisés en 1 0.99^ ^jajoa ne iQonnalasoos. goéte que le préIre.QebtiArd, aht»é du couvepi da.Ten9rileiHSciînla« i ScbaSbouaf I anqueli fut cifpQéa Tiaipartivate dignité de gar^ dien do iâatnt<Sépfilôre (^}^!, ; . ^ .> « i . ; n >r

(Ij La clurookiue dit que cent beaus Gruyérient se nirent en roet» pour la crolaada au crt de : Pava Graydra, reviendra qnl pourra. '

HmiM '

Tableau de la société et de la civUisatioo aox dixième et onzième

lièdes.

ss témf^ des etnperears dé là malsoiT de Saie et de FfattiConie sont les temps de la plus grande puissance des seigneurs. Leurs châteaut, édifices à remparts, tourelles, créneaux et fossés, perchés cofome (les nids d'aii^le sur la crête des monts, côuvraient toutes les hauteurs do IHolvétie. De ces seigneurs, un petit nombre, comtes ou lapdgraves, étaient de véritables petits souverains, et portaieiii un c^e^ue couronné en signe dindépendance. Après les comtés souverains) ""Venaient les barons, dont la poissance était moindre, mats supérieure k eelle des simples gentibbommes ou propriétaires d^in sent M cMleath On comptait à peu près 50 ponites'souvérains et- 4M barevis dn Helvétiel Les nobles, genlilbsommes, bur^ graves et châtelains suivaient àu nombre de plus de 4,00<l.

A chaque seigneur était attaché un plus ou moins grand nombre d'hommes d'armes, d'écuyers^ de pages, de varlets, 'de vènetirs, qui composaient une petite armée à la guerre, et une petite cour en temps de paix. Maint château avait aussi son bouffon, son astrologue et son ménestrel ou poètemusicien qui égayait par ses chants les soirées du châtelain et de ia obâtelaine. Nul ne songeait à adoucir les nuits du malheureux serf| obligé en certaines bcalités de veiller à tour de rèie pour empêcher que les coassements des grenonlDes de Mamg voMb ne trotiblassent le sommeil de son séignear.

Bans FHelvétfe rotnadde brittaient les trois prélats de Lanaanne, Sien ei Genève. I^évéqiledé Lausanne, appelé avec raison riM^tre-roi, àvéit la sonvetaineté d\me partie des Pays-de-Vaud et de Fribourg (*). L'évêque de Sion, comte du Haut- Valais , y était un peu gêné par les comtes de Savoie, auxquels Tempereur Henri IV avait donné la contrée moitié vaudoise, moitié valaisanoe qui s'étend de Vevey

(4) Dans le canton de Friboiirg, l'évôque de Lausanne possédait Bulle, Albeuve et le pays de La-Roche; dans le canton de Vaud, Lausauno et sa banlieue, le pays de Lavaux, Avencbes, Luceos, etc.

M LA llàDMNI «UISSI.

à Marligny, L'évôqoe de Genève avait déjà alors des rivaux de ses droits sur celte ville, dans le comte du Genevois ou Pays-de-Gex et dans les ambitieux cobi4qs de Savoie.

Les sires de Neuchâtel, maîtres de pays nllemaodaei français, baignés par la TbièlO) TAar al la lac de Bienne, formaient la tnosilîon énire THislvMa ranana at riMvéUa attasMiidau LauTB pMaaaiana m eroisaiepi av^a^oaUaa ém évéqsaa da BéJe, qui eaflftplaïaiil égalaoïaBl àsm^^fittm tHhwÊXiém ai dai terres françaises (Augstgau, Sissgau, TErguei). HaMlattéoM position mixte Se trouvaient les comtes de Gruyères , petits rois pasteurs et montagnards, d'une contrée aujourd'hui partagée entre Yaud , Berne et Fribourg (*).

L'Ilelvétie allemande avait aussi trois évêques souverains, ceux de Coire, Constance et Bâie, dont nous avons parlé plus haut. L'abbé de Saint-Gall, maître de rÂppensell, rivalisait avec eux de puissance. L'abbé d'Ëinsiedlen était l'un des plot imporlaols après le prélat de Saint-Gall. Son claâira, fondé sur remplacement de la cellule dii.|NaaxMeiiirady ^vait été doté da eranda bîeaa par las fHnpetaiMra da. la oaiaaoMde' Saie. Noua tffomrooa aa.Qoaaibre dès iMréMa <|«loceupsiBt€a.siéga abbatial au X* siècle, m baaa-Mro da Paaipârair OllMii«4a* Graod , le priiiaa anglais Grégoire, Mra éorm Édaoard 1*.

Parmi les seigneurs laYques, les plus puissants étaient les comtes de Kybourg, maîtres d'une grande partie du Tburgau. Les Lenzbourg dominaient dans l'Aargau ou Argovie. On coQQmençait dans la même contrée à parler des Habsbourg alors encore au début de leur élévation, mais qui devaient hériter de tous les domaines des deux maisons précédentes et de bien d'autres encore. Au bord du lac de Zurich étaient las comtes de Rapparsebwyl, fondateurs de la ville de aa nom et avoués (') du eouveot d'Ëinsiedlen. Les sireade Bappanab» wyl avaient pour voisms les comtes da Togganbawg, em»ù^ wom dea abbés de SaiM^Gall avao JeaqueAs ils aoraai méiM àos guerres sanglaMa. LaainoiMi dafiiuiil-Gatt étaient. dé-

(4) La Gruifèrê propre est k Frttwurg ; le (SMMnay pn Grayèra aUemande^

à Berne, et Château-d^Œœ, au canton de Vaud.

(3) li est souvent parlé dans l'histoire de la Suiste des avoués de monasteroa, d'évécbés et d'églises en général. Les avoués avaient la mission de défDDdre les Intérêts temporeto de cet nainoQS religleiiias» de.peKoevoir leurs revenus et de commander les yanaïut souvent nombreàx ipil so iremrêiMt sur los toirw occlésiastiqiMS*

40 MmMMT

Youés corps et âme aux empereurs, tandis que les seigneurs •de B»pperachwyl et de Teggenbourg défendaient avec ar- ^ar la oittse do p^pe et de Rodolphe ide Rbeinfeideo.

; Le manoir patrimeoial des Toggefibobrg- s'étorait sar un • miier Teiefo do-cduveiil'de PischingeilJ Lef oomie Hetérî de Toggeiib4mrg ayanli kp^f^ M dolgl d'on dd -âee serviteurs ranseav miptôai de et fettttë Idtt»' oétèbre par sa -beauté, sé •eHii ¥rM pareHe e^lrilpédlplli» fm hrlénétredeiie les fossés - du okiâtean. Dans^ss' éhule, Ida put rétenir à des broussailles. Sauvée ainsi par le secours de la divine providence, •eUe fut reconnue innocente quelques jours après; car un corbeau avait enlevé Tanneau que la comtesse avait posé près de la fenêtre et Tavait ensuite laissé tomber aux environs du château où le domestique Tavait recueilli. Mais Ida résolut <le finir ses jours diias une cellule à FischiogeD| ne pouvant pèis atmer uo'époux si-'Colôre et si cruel , qui , non conteol aune seule weDgeaocei svaîl fsH périrseo servilettr lonoeeot eu le éMsaDt'traluer à^v queue d*un éheval.

Queto maHreedefaiéDt'iiife pour ieumser^desâsspeiee^ si terribles^ «iilyfaiHiiques pour tours propnss fattiNles? Hs ne respseisieat pas davamage les droHeet les propriéiéédo petit nômbra'd^boKnes libres, ou francs tenanciers, qui étaient dans le voisinage de leurs domaines. La plupart de ces fn'Opriétaires ruraux se virent contraints par la violence à faire les corvées et à payer les cens comme les serfs attaches à la glèbe. C'est avec les domaines arrachés aux libres paysans de Wohien que les sires de Habsbourg doivent avoir jeté les fondements de leur grandeur en Ârgovie et fondé leur château patrimoftial sur le WulpersiMrg. Dans le Thurgati, où les sel* goeurs eomiftetlaieBl'tes ihiéoies îf^usUees, les hommes libres uois-a«x petits vassauk se soulevèrent, liais ils ftirent attaqués etiaiMés eu ptéœs par la noblesse, à Sehwaraacb, près de Sobaffbouse (930). Le brave Ueins von-Siein, qui eommsrn^ dak les insurgés, fat tué dans ostte Journée fstale à la Uborté du peuple thurgovien. La triste issue de cette lutte n'empécha pas les métayers et petits vassaux établis sur les terres de l'abbaye de Saint-Gall, de chercher à améliorer leur position. S'armant du bouclier et de Ifj lance, ils s'assemblèrent au son du cor de chasse et se mirent à courir Tours et le sanglier dans les hautes futaies, à la façon des nobles. L'abbé

M Là, R4TIOJI «HIMI. 4 4

fiogeiberi réprima, sévèremeoi ees teoluliva» d'indépeadaoce; il dèfendilaiix o^yers et petîis^viissâuxidttffioUrv do porter d'aolreo armas que 4fla- bAlona iMvéa. è tuer laa kmpii etd'aiaraaix)rDalB<qiiacaiix.doolaD8a.aamllp0or appolor ies vachaa- .

Ton» les seigoeors cepaodaot oa.rQoaeBiblaîani pasà oim doot nous avoQs retraoé les violeDces ei i'epprôssîoo. Piii-^ sieurs d'eatre eux, soit qu'ils fussent plus buiuains, soit qu'ils eotendissent mieux leurs inlérôts, dllégèrenl le joug de la servitude qui pesait sur leurs sujets, et virent avec plaisir la population augmenter dans leurs terres. Ils divisèrent les terres en friche et les pâturages de leurs fiefs et propriétés entre les fa raillas des tenanciers, qui ^ eo échange, étaient •asiyauis à des prestations qui o*avaieot eien d'uniforme ei Ysriaiaiil avec ies usages, la coodiMaii 'das personiies, les basQÎDs du si^giseiir iB& les predails du sol dans iaa divorsos loealMs. loiyim pe^lritM9l d'qewb;ei:d»fMlesétail lom oe que le seigneur pouvait ex^er de aes calaos». Là j an cootram, las serfa. 4^uléa .de. tmila asfiÀaa da.pcastalisaSi deTedevanoes, de corvées et de cbarrois; ilslabo^mienli les champs du seigneur, charriaient son vin, engrangeaient ses récoltes, payaient la dhne de leurs produits, lui fournis** saient, à jour fixe, une quantité déterminée de fromage, de la toile, des poules, des œufs, des gâteaux et des bouquets de fleurs (*). A ces services onéreux se joignaient parfois des prestations ridicules ou honteuses, comme de se laisser tirer Toreille ou de chanter une chanson libre devant le seigneur.

Après la mort d'ua p(àre de fiatmille serf, sas enfaats .dan^ Dsiani à . leur seigneur ou au couvent aïKpiei. iia.'appafieaaieatiia.mailleor Mh^ dn détoitr )a aMMIaor.Jiiaiibla date maispii^ la mai|laiira. de i'é(a|)la* Ouupidi'ils avaiosit aaiia*^ bit par oe noyç^ au^^ai^ d$ mfiUntr. oaM^iaa «nleats gar^ daient le reste à titre d'héritage et de propriété.

En échange de tant de services, le seigneur aussi quelques obligations à remplir eiivers ses serfs. Il devait les protéger en temps de guerre, les nourrir en cas de disette.

((/ Les pâtres de Charniey el des Alpes payaient chaque année au comte do Gruyères un chupaa et un* coupe U'a»oine. Les (ocagerâ de la sauvage vallée de rBUvaz, une belle recevatole tête (maioa$) 4»bwre. Ut étaient, de plut, tenus atr guet et à la chevaucliée aoeoutumée. liMy* .

mroiii

Considéré comme runiqoé propriélaire da soi, le seigneur teyr préiail ooo geytewnt le soi pour le oaidver el y bâlir one meiMn, iBais eooere le- boit de eonetruetieii el ane été* Ue, I» ekarnie, uo oiierHef , lee graines poar les travaas de

la eam pagne, ane haclie et nue éclielle pour les trafam de

la maisoD; H fournissait pour Tétabie les premières vaches, les premiers porcs avec leurs petits, et pour la basse-cour, le coq et les poules. Des colons étrangers demandaient-ils à se fixer sur ses terres, le seigneur leur donnait des ravins et des pâturages montagneux à défricher ou des forêts vierges è éclaircir. Souvent même il cherchait à attirer ces défricheurs par des privilèges eonsidérables qui valurent è ces colons le nom de francs-^maniagnardi oo framei^Ubergeants, dansttstle parlie de la Suisse <|n*on appelle aujourd'hui le Jura bémol» et nencbileleia. G*esl à des défriobements de ce genre que doivent lear origine qoanitlé de Tniages de la Stttae aNma^Mle et -française, dent Isa noms t^appellent ee mode de-iMmiation

L^inslitution des bourgeoisies fit beaucoup dans la suite pour le progrès des peuples et de la liberté. Mais aux X* et XI* siècles, les villes bourgeoises sont encore faibles, peu riches en privilèges et commencent seule'hient à fleurir sous la protection des rois d'une part, à l'ombre des églises de lautre. Presque toutes les villes de THelvétie ont grandi a Pabri révéré d'un olottre, d'un évéché, d'un chapitre de chanoines, aaïquela ces villes étaient plus ou moins soumises dans le oommencement. Ainsi Seleore relevait du chapitre de Saint- Ours ; Schaffhooseï de l'abbaye de Tous-les-Saints; Lueerne, de l'abbaye de Horbacb , en Alsace; Ooirs, Sion, Lausanne, Bêle, Saint^ali, de leurs prélats; Zuriob, de ses chanoines du JfSiMMret Orand^MMIer, et de ses religieuses d« fhwsii* MMIt eu M oûtier de Notre-Dame, fondation des fils et petits-

(I) SchÊoàndi et Rûti viennent de «dkioiidai, qui slfniAe défricher en

coupant les arbres, et de ruten, défricher en y mettant le feu. Parmi les noms des autres villages , les uns tirent leur origine de celui de leurs propriétaire»! de 1 exposition du sol ou de la nature des terrains, comme l'Indiquent les finales ^m, ofm, bwg, riêd, bach; ou des animaux sauvages dont la contrée était peuplée, comme Hund-wyl, Birtdt-hvrg. Il en est de mémo dans la Suisse française, où le mélange des noms celtiques aveclesnoms latins et ramam rend seulement la connaissance des ori-> glaaa ou étymologies plus diflicile : Rouge-mont, Dom-Dklier, Cour- Kendlln , Albeuve û*«aba ûqtut.

Bl LA IMffMNI tmMI.

(lift de GiiarletiHigiM. GMe 'dernière ville éiaîi ia pJiit kopor* tanle. Ulna&rée par les séjoors de Ghericalagiia» dei mpeleen de la maisoB de Saxe et de PraBoeMe eMe tîl m lOM

remperear'Heiiri lU y oélébfer ses nooea avee Benbe de HoMférralf el l'aaUcésar (*) Rodolphe de Rbemteidea y écaMir

sa résidence ordinaire et eelle de sa fainille. L'faistoire et la poésie s'unissent pour exalter la ville de la Limmat, « cité glorieuse, riche de toutes les choses nécessaires à la vie. » (*)

Le règne des empereurs saxons est une époque importante pour les lettres en Allemagne et dans notre patrie. La langue latine est cultivée a cette époque par les chanoines de Zurich et dans plusieurs cloitres. Un ardent ami des lettres éiaitie moine soleurois Bégimboid, qui avait poar maxioia • que sans Fétude, la vie d'un homme d*é§ftise esi une mort, a U Aobla eooiésiasiiqtie chercha à réaliaar aaa vues dans la dokre nouvayaornii fôcidé de Henri dool il avait dié nomoié prieor, al aù flaoritrao effirt plus tard la poésie rciigîaaaa.> Ao ealte daa lettres, sa joint oaiiû de ¥êH rMfjma. Lao*^ flsnne, Genève ec Bêle poseal les fandamaotada Jaurs bellas cathédrales gothiques.

Mais le principal centre des études était Saînt-Gall , cloître tout littéraire, véritable métropole des études pour THelvétie el l'empire d'Allemagne. Là, aux doctes leçons des Ëckard et des Nolker, se pressaient des jeunes gens de tous pays et des premières familles, qui après avoir achevé leurs cours , étaient appelés aux plus hautes dignités de TÉglise et de rÉtat (^). Le plus beau temps, ïâge d'or des études a Saiot^ Gall data de k secaade osoitié do iX* sièola; il* atteint soa {à» haol point au X*i et disparaît dans la aaoaadanailiéda XI*, avec les ee^fiereafa franeoineosi primas tant' osaCérieia si palitîqiiaa. Laa rooifiaa da Saiot^Gall sa s'oocupaient pas ieulement, comme oo pourrait la croira, d'éUidas sur la iDiblé, la théologie et les pères de l'Église; ils ne composaient pas

(0 Àruicéiar, ou empereur opposé à l'empereur légitime, comme on dit («Utpupe, d'un pape dod reconnu par toute l'Église. Le nom de César était devenu synonyme de celui d'empereur depuis les premiers empereurs romsios.

A) «Nobile TttresiiiDt multanim copia renim. » (3) Oa necoanatt pss moios de ireote éveques, arehevé4«ee.el«Miéa éMvat de SalnlrGaU aux dixiès» el onaitaie tiaeles.

mSTOlMB

seuliuneiil d«s iégem1es(*)'el éês fie» de ^saint8. L'hisioirs ia8inio(i¥e, asaedolic|ae et pkiaanle^ les divers, genres de la poésie el de 4« musique, lèb Ibogties ameleams el eelles que Tuo oenoaissaii alors, oeoepaient les (oîeirs des bdtes spirituels et^vaniB du clottre de la Sléinaêh. Un eertain nombre d'efltre eux étaient toujours occupés au scriptoire {^) à copier les écrits dé Virgile, d'Horace et de Salluste, ou d'autres ouvrages utiles ; car dans la bibliothèque de Saint-Gall au X* siècle (et dont une bonne partie existe encore), on trouvait de» écrits sur la médecine, la botanique, la jurisprudence , des iuslrumeius asironoroiques^ Les 'moines connaissaient aossi la sténographes ou Ilirt d'écrire enratMréviation, et improvisaient en latin et eft Steo-avcc une grande faoitilé. L'éDoisi du lie» n'était-pasdoeiés oélèbro'par 1» disoipliDe que par lescomHiiasanoes. L'empereur Conrad, qui vînt la yisiter m 9iiy ayant fait' répandre sdns les banes des élèves me corbeHie de pompies, bmia de cet jeunes gens'ne se dérangea pour en ramasser. Le prinee, charmé de tant d'applicatioo, accorda aux écoliers plusieurs jours de congé. A la fin du X* siècle, aux branches enseif^nées à Salnt-Gall, l'abbé Notker 111 joignit des exercices gymnastiques et militaires, une volière et une ménagerie pour riostruction des élèves. Une espèce de jardin botanique y existait depuis le siècle précédent el fit ro|>iei' d^un poème didactique du savant Walafrid StradKNii moioe de Saint-^Gail' et de Reichenau. L^an n*étail pas moins onllivé' que les lettres à Saint-GalL Lorsqu'en 9â7 un écolier «leodaniné à 'recevoir la -férule eut ioeendié le monaatère pour échapper à sa peine , on trouva des aroliiteetee,'des sonipiéors et des mîmciovres pour rebft* lîr.:Ls couvent parmi les conventuels «wx-mémes.

Daae la foulé d'artistes, de lettrés qui honorent le règne des Itws abbés Gozbert, Grimold , Hartmuot, les mécènes de Saint-Gall, nous citerons l'historien de l'Allemannie, Ralpert, dont la chronique va de Tan 570 à 883; le calligraphe Syutramne, qui copia en miniature TÉvangile sur des tablettes d'ivoire, ornées de ciselures remarquables par Tutilon , autre artiste célèbre du clottre; le moine anonyme de Saint-Gall,

[i] On entend ordinairement par ligendu^ des traditions moitié religieuses.» où- vrai se môle fabuleux.

(S) Le «cftftfofHim ou salle à écrire mérfie sanif doute <l*avolr son nom dans la langue, auaai bien que la salle à manger on HfKiviTt.

D£ LA NATIOM 81II88B.

qui nous a laissé la chrooique un peu romanesque , mais is colorée, de Gharleraagne ; Nolker-le-Bègue, que son embarras de langue n'empêchait pas d'être inventeur en musique ; deux autres Nolker, le premier, surnommé Grain-de- Poivre pour ses bons mots, et qui était d'ailleurs un empyrique habile [') ; le second , surnommé GrosM'Lèfore, regardé f>ar les savants actuels comme le père de la prose germanique. Nom* mons encore £ckard IV, poète natioDal allemand et biographe des hommes illustres de l'abbaye; enfio le plus brillant des chefs da monastère, le prélat lettré Salomon de Ramschwag, qoe Tamitié des nos, sa captivité et les incidents d*ane vie toar-à-toor orageuse et magniGque, n*empéchèrent pas de cultiver les lettres, et qui donna au X* siècle son Encyclopé' die, c'est-à-dire un ouvrage qui résumait les connaissances de l'époque. Presque tous ces lettrés et ces artistes étaient originaires du Tliurgau et de la Rhétie. L'Helvétie romane était à cette épo(jue une vraie Béotie (^), et cite à peine quelques noms de lettrés qui lui venaient d'Allemagne on de France (^).

Mais si Ton excepte quelques cloîtres et châteaux , où se conservait l'amour des lettres, rigoorance et la superstition étaient générales et profondes dans toutes les classes de la société; les hommes cultivés eux-mêmes croyaient sans cesser voir le« diable réder autour d'eux; la vue d'une comète faisait loir les guerriers dans les antres des montagnes. On ajoutail foi aux divinations et aux plus grossières Impostures. La magicienne Tiota , convaincue d'avoir trompé une foule de gens et de prêtres môme, en Thurgovie, fut condamnée à recevoir le fouet. La malpropreté excessive engendrait la peste et une foule de maladies hideuses. Innombrable était la foule des pauvres qui assiégeaient les portes des monastères; les aumônes, prodiguées sans discernement, ne faisaient qu'en augmenter le nombre et la misère. Un affreux

fl) Empyrique, rouUnier qui s'occupe do l'art de guérir. La médecine alors n'ftail qu'un ewpyri^we. On trouve l'usage des bains établi i\ Saint-Gall.

(2) Terre d'ignorance, comme la Beolie cbez les Grecs anciens. «

(3j Le caMilateiir Hiipéric, à MoûUer-Grandval ; les abbéa Mayeul et OdUon, à Payerne; les évéques Conrad et Hugues, à Sion, sont les plua remarquables. Une chronique veut que Grégoire VII, le fameux pape, et moine de Cluny avant d'être pape, ail séjourné dans l'une des maisons de son ordre en iiolvelie.

despotisme régnait dans les clollres, où, pour des fautes légères, on liait les moines à un potenn et on les flngellait en plein réfectoire. Ces nioinos eux-mêmes l'élaient sonvent devenus sans vocation, et dès leur plus bas Age, contraints à prendre le froc par des paienis (|u'ani(nait ua zèle religieux mal entendu ou qui voulaient laisser tous leurs biens à Tatoé de la famille. L'bisioire d'une de ces victimes du.ck»ttre, si DombnMises au moyen-ége, Thistoire da spiritael et •malhooreax Wolo de Ky bourg et de sa An tragique , nous' a été' eoneerrée avec des détails déchirants dans la ohroiriqae de Saint-Gall, par le moine Eckard iV.

L'Helvétie sous les Hohcnstaufferi ou cîiipcrcurs do la maisoa de Souabe. — Premières traces de la Couféduratioa suisse.

(Dê Van 4487 à 4M7S,)

j^J^ PRÈS la mort de l'emporour Lolhaire, les ducs, 'y^^^— les seii^iieurs et les i^Mierriers, l éunis à Coblence, sur le iihin, élurent au trône Conrad III de liobenslauiïen , duc de Souabe (')• Le règne de Conrad Hi fut marqué par la seconde croisade, à laquelle prirent part plusieurs chevaliers et pèlerins de notre patrie  Conrad succéda son neveu, Frédéric 1^, anmommé perses sujets italiens Barba-Rossa, et qui condufsil la troisième croisade ('). Quatre autres princes de la même dynastie régnèrent ensuite sur rAlleniagne jusqu'à la seconde moitié du XIII* siècle.

L'époque des Hohenstauflen est la plus mémorable de l'histoire du moyen-àge. La haute inlollii^ence de la plupart de ces princes, leur grandeur d'àine dans les revers, leur énergie unie à leurs exploits chcvaloros(juos, eurent l'occasion de se déployer dans la série des grands événements

(1) Uohenstauffen est le nom d'un château dans le Rejnersthal, eo Souabe.

{%) On connaît , entre autres, Ulric n , comte de NeucliAtel , croisé en

Ulric de Gruyères, etc.

(3) Le comte Ulric III do Noiichâtel , Nicolas do Valangin , Ulric de Leozbourg tirent punie de la troisième et mallioureuse croisade de 4487.

qoi remaèrent alors TEuropc. Ces événements sont les croisades, racoroissement des bourgeoisies, la fondation des UDÎversités et dë nombreux ordres religieux el militaires , le renouvellement de la querelle des papes et des empereurs, la lutte de TÉglise avec les hérétiques, et des républiques ilaiiennes contre le despotisme impérial, le progrès des sciences, des lettres, des arts et de l'indiislrie.

Dans c» s temps, l'hisloire de notre pairie est intimément unie a celle de rernpire d'AllemagiiC , dont rHelvétie n'était qu'une province. Le XlT siècle voit s'élever dans les Alpes ](i puissance tics ducs de Z.rlirini^en. Héritiers d'une partie des biens du duc de Rheuifelden, en Argovie, ces seigneurs y ajoutaient de vastes possessions dans le Brisgau , où l'un d'eux, Berthold III, fonda la ville de Fribourg. L'un d'eux voulut y joindre la ville de SchafiThouse et l'attaqua à l'impro- . visle. Mais les bourgeois le repoussèrent et défendirent avec courage leur indépendance (H S I ). Lorsque les derniers em* pereurs franconiens leur eurent confié le gouvernement de raelvétie allemande, puis le rectorat de la Transjorane , les ZsBhringen devinrent les vice-rois des deux llelvcties. Dans l'Helvélie orientale, leur autorité fut acceptée sans opposition. Il n'en fut pas de même d.uis l'Ilelvétie occidentale, où les antipathies île race et de Innizase se joignaient à Tesprit d'indépendance féodale. Les seigneurs les plus puissants ^ prirent les armes contre les Zjeliringen; les sires de NeucliAiel, de Blonay, d Esta va ver et de Montagny suivirent la bannière de ces ducs. Cela donna lieu à des luttes sanglantes qui ne cessèrent qu'à l'extinction des Zsehrin^en.

Dans ces guerres, les évéques de Lausanne montrèrent beaucoup d'ardeur à défendre Vauianomie (^) de leur prindpauté, qui ne devait dépendre, disaient-ils, que de « la Vierge, à la<|uelle était consacrée leur église, et de Tempereur. » Celui-ci était alors Frédéric 1" Barbe-Rousse. Ce prince, plus tard hoslih; au clergé, cherchait alors à se rattacher de toute manière. Peu d'années auparavant, il avait fait brûler à Uotne le fameux novateur Arnaud de Bresse, qui prétendait rétablir à la fois la républicpie romaine et le cbrislianisme primitif sur les bords du Tibre. Plus récem-

(i) Terme usité en poliliquc pour designer 1 indépendance, la aouveraineié d'uo pays.

BMTOIEB

ment encore, ii venait de donner le titre de prince de Tempire 5 l'évéque de Genève, Arduti,us. II ne se montra pas moins favorable à l'évoque de Lausanne, et lui donna gain de cause contre le duc de Ziohringon , (jui dut se contenter du titre honorifique d'avoué de l'église de Lausanne ^ sans percevoir les droits régaliens attachés à cette charge L'évêque de Lausanne avait précédemment déjà rern de Frédéric 1^ la dignité de chancelier de l'empire et le droit de dter les laïques à son tribunal.

' Plus tard, Tempereur s'étant brouillé avec te pape , la . guerre se ralluma dans THelvétie romande. Mais cette fois- • ci révéque de Lausanne fit cause commune avec le duc de

Zaehringen, qui était Guelfe ou partisan dM pape. Les autres seigneurs romans, à leur tcte Tlioni;»s, comte de Savoie, se déclarèrent, au contraire. Gibelins ou partisans de Tempereur (^). Thomas de Savoie brûla sa tour d'Ouchy ^ levèque de Lausanne et s'en)para de Moudon. Hertlu^ld IV de Zœhringen vainquit les Vaudois et les Savoyards entre Avenches etPayerne ; mais il fut battu à son tour sur le Jorat ^ et éprouva deux autres défaites dans le Valais et TOberland dont les seigneurs s'étaient coalisés avec les nobles romans.

Pour contenir les nobles de TUelvétie occidentale , les Zaehringen adoptèrent le moyen qui avait si bien réussi à Henri TOisdeur. Un réseau de villes et de forteresses zœbringiennes enlaça les pays rebelles. Morges sur le Léman, Yverdon sur le lac de Neuchétel, Moudon sur la Broyé, Avencbes , Morat, Laupen , Berthoud dans rEmmenlhal, furent munis de rem[)arts. Doux v'xivs injporlanles formèrent le centre de ce système de défense et s'élevèrent dans l'IIechtland ou pays désert (jui sVHendaii entre Moudon et Berthoud; Fribourg fut fonde [)ar Hertiiold IV. sur les bords escarpés de la Saanen ; lU rne, par BcM thoId V, dans une presqu'île formée par TAar (H 78 et \ 19i). Pour peupler ces villes, les fondateurs accordèrent de grands privilèges à ceux qui vinrent s'y établir, et octroyèrent aux habitants des constitutions

(4) Les droits royawD ou régaliens étaient les péages , les amendes, les foires, les monnaies, les cours d'eau, etc.

(2) Gibelin \\i^u\ do UV/j'^/ùj^; , chAtoau des lîohenslaurren , en Souabo ; Guelfe , de Welle ou Guelfe, duc de baviôre, principal champion du parti opposé eu «llluuiagno.

Dfi LA r<AllON fUiSSE.

libérales, nommées Handfeste La Handfeste de Berne et

de Pribourq donnait à ces deux villes le droit de nommer leuravoyor, leur conseil, le droit de conclure des alliances et de faire la paix et la guerre. Mais bâtie sur un sol libre eUppartenaiit à lempereur, Berne eut dès le début un avanlai;e marqué sur son émule, élevée sur une terre qui était la propriété d'un seigneur. Lorsque, vingt-sept ans après, mourut le duc Berihold V, le dernier de sa race , Fribourg elles terres environnantes passèrent an comte de Kybourg, gendre du duc de Zœhrîngen. Berne, au contraire, protégée par le nouvel empereur Frédéric II, fut mise au rang des villes libres et impériales ( f 2 1 8).

De Textinction des Zeehringen et de l'avènement de Frédéric II, datent les grands progrès de la liberté dans les Alpes, et ces essais répétés d association entre chevaliers, bourgeois et paysans, qui, consolidés par la religion du serment, et défendus par riicroïsine, donnèrent enfin naissance à la Confédération suisse et méritèrent à nos pères le beau nom de « premiers nés de la liberté » (^),

Ud esprit général d'indépendance s'était répandu en Europe à la suite des croisades et de la lutte des papes et des empereurs. Encore sous le règne de Frédéric 1" , et vingt anoées après le supplice d'Arnaud de Bresse, les villes lombardes formèrent leur célèbre ligue contre Tempereur d'Aile* magne. Le mouvement général gagna aussi THelvétie. Pour la première fois, on voit apparaître sur la scène les hommes libres de Sekwytz^ d'Uri et d'Vnderwald^ connus ensuite sous le nom commun de Waldstœtten ou vallées foreslfères.

Les patres libres de Scliwytz paissaient leurs troupeaux depuis un temps immémorial sur les pAlurages communs ou Allmend de la Sihl-AI() et de Roliienlliurnj. Or, les abbés (l'Einsiedlen j)retendaient à la possession exclusive de ces pacages qui leur avaient été octroyés par les empereurs de la maison de Saxe. Laltaiie fut piaidée devant plusieurs empereurs, et, pour la dernière fois, devant Conrad lii de UohénstauÉen. Chaque fois les pâtres furent condamnés comme

(I) HandfeH, garantie écrite ^ charte, par opposition à une simple assurance verbale. On explique ce terme de diviTScîs manières.

(21 Die ^rst'jebomen der Freiheit. Nom donné aux Suisses par l'historien âiiuuiand FosseU.

HIBTOIEB

D'ayant pas de droits écrits, el le comte Rodolphe de Lensbourgi bailli de Schwylz pour le duc de Zœhringen, condamné è 400 francs d*aniende. Mais les hommes libres de Sohwytz refusèrent de se soumettre, el furent appuyés, dans leur résistance 'par les francs-montagnards d*Un et d'Underwald, et peut-être aussi par les bourgeois de Lucerne. Ils furent mis au ban de l'empire et excommuniés. Mais Tempe* reur Frédéric V% qui avnit besoin de leurs secours dans les guerres d Italie, fit lever rexcoinmiinicalion et le ban qui était une espèce d'excommunication civile. Le sire de Lenzbourg conduisit alors 600 bouioies des Waldst^tten sous les drapeaux du prince.

Schwylz eut encore des difficultés avec Tabbaye de Sleinen; Uri, avec le cloître de Wettingen, et Underwaid, avec celui d'Engelberg, soit au sujet des impositions dont ces abbayes avaient été exemptées par les chartes royales^ soit au sujet des domaines et des droits que ces couvents avaient dans les Waldstœtten.

Uri, Schwylz et Underwald n*étaient point encore organisés en États, et ne comprenaient pas non plus tout le pays dont ces trois cantons se composent aujourd'hui. Peuplées, non (comme on Fa cru longtemps) dïunigrés Scandinaves, mais tout simplement de colons allemanniques , à l'époque de Tinvasion des peuples, les trois vallées formèrent trois dixains ou districts du grand comté du Thurgau. Le territoire ou dizains d'Uri, donné par Louis-le-Pieux , fils de Charlemagne, aux religieuses de Zurich , parvint le premier è une certaine indépendance sous le patronage lointain de l'ab-^ besse et des ducs de Zœhringen (^). L'ezemple d'Uri entraîna * Schwylz et Underwald. Dès lors, outre leurs autorités et tears assemblées communales (Amman, Gemeinden)^ les trois vallées ont chacune \e\iv ktndamman , chef de la vallée, leur kmdsgmeinde ou assemblée générale des hommes de la vai-

(1) Uri était peu habité encore cil 732, puisque le duc d'Atlemannie rappelle un désert dans l'acte qui y confine en exHJ'abbé IleUo de Reicbnau. Notre patrie était destinée à être la prison d'État des grands personnages de ce temps. Au si^'clo sniv;ii)t, L()Uis-le-!'t't)onnairo (il enformor au château Chilien l'abbe Wala de Corbic, mirnslre cl paronl do Cliarlemagne. Le cloître de Saint-Gall fut la prison de Pépin, lils de ce dernier monarque. Des documents attestent l'exJstence d'Altorf en 744, de Buoclis eo S43, de Sttnnes, d'Urannia, à la môme époque.

DB U, MêWK BOItSB. M

lée, e& le dcoil 4*.QWBlare de» aliÎ9iMe«.(iliiiMll, BiiÊÊi$)^ Del fraochiaes analogues. et «p^atréM^ phis .greode» eeeeie ee. retrouvent chez les iOiontdgDards de rabeithasii, vallée* oen» liguë il rUnderwaldet peuplée de libres paysans d'empire.

Car, à côté d'un certain nombre d hommes libres, les vallées forestières reufermaient encore à celle e[)0(}ue beaucoup de serfs ou censitaires d'abbayes el de seigneurs, parmi lesquels tenaient le premier rang les comles de Habsbourg. ^Mais cette classe diminuait tous les jours et tendait à disparaître à la . faveur des troubles que firent aai^re.ies dé^âléa des |iap^$. avec rerapereur Frédéric U. i * • * .

Ce prince, pour se faire dea|iafiiaans, contribua beducoop à i'éiQ^noîpation dAs.WaldsliqiitteD ei à oelie des lèMee lMNir* gaoiaes. Dès les premières .années de sofi i^àgne, U aflfiranbhil/ par lettres royales, Beniei Soleure, Qéla, SetelrGaU^-Zuriehy SdiafibousSi delà sujétion de -leurs seigneurs, el leur oeCroya rîifif9i^dtale^<i tant désirée. Au Heu d'un seigneur , ces villes eurent un simple Rekhsvogt, bailli d'empire, qui ext^rçait dans leurs murs, au nom du monarque, la haute justice ou droit de glaive (Blutùann) et percevait la contribution annuelle (Reichsgeld). Dans rilelvéïie romande, NeuchAtel avait reçu de ses seigneurs Ulric el Herthold, une charte qui l'as- SÎmilait aux cités impériales (1214). Genève était ville in>()é' riaie depuis soo évéque Ardutius. Un Okooient, Frédéric sembla se repentir de sa libéralité. Il proscrivit toute tenla* tîve d'iodépendanoe au détriment des prélats et aaigneurs. Las associations entre villes, les réceptions de boargeois fo* raina (Àusburgtr), les oerporalions de métiers et* la création de corps deviUe ou muoicipaiités furent' prohibées. dans toute Télendue de Tempire. Bâle, qui avait obtenu de beaux privilèges, les vit diminuer au profit de rcvéfjue. A l'oppression politique s'unirciit, comme sous raïeul de ircdéricli, les persécutions religieuses.

Mais Frédéric entre en lutte avec le pape Innocent IV et porte la guerre au cœur des Élats-Romains ; il sent alors la nécessité d'augmenter le nombre de ses adhérents et revient à des sentiments plus favorables pour les peuples et les villes. 600 guerriers des Waldsiœtten, parmi lesquels le chevalier Scbrutan Winckelried, étaient accourus sous ses drapeaux, etse trouvaient, en décembre i SI40, devant la ville

amonB

de FMBiÊê , que l'eupefeor assiégeait Seeomiaiasant envers oes braves I Frédéric date do camp méane de Fa^nsa la roé« morable diarle qoi assure aux vaUées forestières Vmméim^ UU impérMe, à laquelle il joitit la promesse solenœlle de

De jamais les inféoder à aucun seigneur (droit d'înalîéaabllité (*). Un partisan du pape, le comte Rodolphe III de Habs^ bourg, était alors bailli impérial des Waldstœtten. Il est déposé et remplacé par son neveu , le vaillant Rodolphe IV, jeune prince d'une grande espérance, mais n'ayant alors d'autre fortune que son épée , et tout dévoué à Frédéric II, qu*îl ne s^attendait pas à remplacer un jour sur le premier trÔM drla chrétienté. Le comte dépossédé porta plainte au pape InneceDl IV. Ce poiHifè, qu^irritaieai le scepUcisroe de Frédéric et ses eotreprises contre sa personne, venait de rexcommunter soienneUement au concUe de Lyon. Il menaça d^analhéme ses partisans dans les Alpes. Néanmoins, les Waidst«)tten demeurèrent fidèles h leur protecteur. Le même dévcoement éclata dans les villes. La téte du parti gibelin était Zurich. Le pape ayant mis rinterdit sur la cité, le clergé ferma les églises, suspendit les offices divins et l'adniinistration des sacrements. A ce spectacle, la bourgeoisie, sans se laisser émouvoir, donna aux prêtres Talternative ou de reprendre leurs fonctions , ou de quitter la ville. Le clergé préféra Texil à l'infraction des lois canoniques (^).

Les moines franciscains seuls mirent leurs devoirs envers leurs concitoyens au-dessus de ceux qui les liaient à leurs supérieurs ecclésiastiques, et continuëreni leur ministère. Pendent plusieurs années, Zurich n'eut d'autre service religioui que celui de ces moines palriotes.

Mais tout le dévouemeni des Gibelins ne put sauver leur prince, trahi par ses amis, par son propre fils Conrad, el abandonné par les princes de Tenipire, qui élurent pour roi Guillaume de Hollande. Frédéric II mourut de chagrin el, peutêtre, de poison, au bourg de Fierenzuola, en Toscane (1250).

Les temps de VInterrègne commencent alors pour l'Allemagne. On appelle amsi les vingt- cinq années qui s'écoulèrent entre les malheurs de Frédéric II et ravèuement au trène du restaurateur de l'empire, Rodolphe de Habsbourg.

(IJ M. Kopp a publié cette ebarte dans ses DocwneiUs .UrkuDdeoj. <t) Les «mm ou décrets de l'Église.

DB Là RATlOn itJI88B«

Temps déplorables, où chaque ville, ofaa'qoe seigneur cèerohe à se rendre indépendanl du pouvoir central ; où les guerres,

les irruptions , les brigandages continuels ne laissent aucun repos a l'agriculteur et k l'artisan; où, au lieu d'un empereur capable par son génie et sa puissance de rétablir Tordre et la justice, l'Allenjagne eut à la fois trois monarques capables de troubler l'empire, hors d'état de le sauver.

Celle époque , si funeste à la paix et à l'unité de l'Allemagne, fut favorable à la liberté des villes. Obligées de se protéger elles-mêmes, elles concluent entre eiles une foule d'alliances et de ligues, dont les plus puissantes SODI la ligue du Bbin (Rheinbund)^ au 'midi de rAllemagne, d la ligue Hanséatique , au nord , qui comprenait quatre-vingts villes. Dans l'Helvétift ou Haute-ÀUeaufgne (on conmenee à appeler ainsi notre patrie), des ligues aussi se formèrent, qui, bien moins fortes en apparence que les précédentes, devaient cependant les dépasser en puissance et surtout en durée. Les bourgeois de Zurich s'allient les premiers avec les njontagnards des Waldslaetten , déjà alliés des bourgeois de Lucerne. Les Lucernois, de leur côté, sont lii^ués avec Berne. Celte dernière ville, la plus guerrière de l'Helvélie occidendentale, compte les alliances les plus nombreuses. Elle a des traités avecSoleure, Fribourg, Bienne, Févéque du Valais et plusieurs seigneurs du voisinage. Fribourg, allié de Berne, Fest aussi de Morat, Avencfaes, et, bientôt après, de Neuchâlel. Ces alliances, conclues pour trois, cinq, dix ans au plus, étaient le prélude et comme la base de ralliance perpiêudk qui unit, en 1991, les montagnards et les bourgeuis de la Haute-Allemagne.

Pendant que les villes gagnaient en puissance par los alliances extérieures, elles se fortifiaient aussi h l'intérieur, grâce à l'institution des tribus ou corps de mefiers (Zunft), qui, d'abord simples sociétés d'artisans, se formèrent ensuite en compagnies nnlilaires et ne tardèrent pas à devenir des corps politiques imporlanis dans presque toutes les villes bourgeoises d'Allemagne. Chaque tribu ou corps de métier eut son chef ou tribun, son lieu de réunion, son petit trésor, son oratoire et sa bannière propre, portant l'effigie du saint sous l'invocation duquel la corporation était placée.

Favorable aux peuples , l'interrègne le fut aussi à deux

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maîtoiis eointales, déjà paissantes en Helvéïie^ mais destinées à le devenir bien davantage et à étendra leur domination fort au-deià des Alpes. Ces deux maisons sont celles de Savc4a et de Habsbourg.

Les comtes de Savoie s'étaient rendus maîtres d^nne partie du Pays-cie-Vaud , dans leurs guerres conlre les ZfebriDgen. Le nuiricii»e de Marguerite de Savoie avec le comte de Kybourg, héritier des Zaeliringen, avait donné un nouvel essor à leurs prétentions sur ce pays et sur l Uechlland voisin. Ces prétentions trouvèrent un homme capable de les défendre et de les réaliser dans Pierre de Savoie, le plus illustre des p£inces de cette maison el surnommé par sujets le PeUt" Qmrlemagnt, Profilant des troubles de Tempire, Pierre, dans une suite d'entreprises habilement combinées, soufnit tout le Pays-de-Vaud , contraignit à lui rendre bommpga Févéqna de Lausanne et presque tous les seigneurs de THelvétie occidentale, et se fit reconnaître comnie leur protecteur ou baiUi impérial par les villes libres de Lausanne , Genève,, Berne, Bâie et Morat (*). L'évéque du Valais refusant de lui rendre hommage, Pierre s'empara do Sion el renjplil les souterrains de Chillon de prisonniers valaisans (I 2.")7).

Non-seulement conquérant, mais organisateur, Pierre de Savoie donna à ses sujets de Vaud el de Savoie des lois prolectrices du pauvre, de l'étranger, de la veuve et de l'orphelin. Il divisa ses Etats en bailliages subdivisés eu chàtelieuieSi et fit da Moudon le siège du bailli de Yaud et d'une espèce de parlement national, composé des nobles, des prélats etd«s che£s des bomts viUe» ou villes bourgeoises du pays.

Dans toutes ces choses, Pierre s*aida beaucoup de ses relations avec l'Angleterre, dont le roi, Henri Ill,^avait épousé sa nièce Éléonore, et lui avait donné des hommes d'armes, des domaines et un palais à Londres, connu sous le nom de Palais- de- Savoie. Mais la fortune ayant abandonné le roi d'Angleterre, Piene se trouva lout-à-coup réduit à ses propres forces , en face d'un adversaire redoutable , le couàle

(4) Dans le seul pays qui forme aujourd'hui le canton de Fribourgi Pierre possédait les seigneuries, châteaux et villes d'Estavayer, de Ro*

mont, de Ri\e, de Corbiùres, d'IUcns , do Torny-PiUet, de Montogny, d'Arconciel , do Chatol. — Le comte de Gruyères dut lui vendre ses droit» sur Yevey, port et clé du Léman pour toute la contrée pastorale enviroBoante.

DE LA XUTlOn 8UI8SB. 55

Eodolpbe de Habsbourg, qui, venant d'hériter des domaines de ses parents et des Ky bourg, aspirait à renverser la principaoCé créée par la Savoie dans THelvétie romane. Le vail-» lantBodoIphe de Habsbourg leva une armée, rallia à lui le

comle de Gruyères et d'auires \assnnx rovolles du comte Pierre, et vint assiéger le cliàleau de Chillon, forteresse imporianle et clé des Alpes valaisannes. Mais Pierre, que Tod croyait absent et relenu en Flandre par les guerres du roi d'Angleterre, arrive secrètement dans le voisinage, fond sur leonemi el le met eu déroule, eu faisant prisonnier le comle de Gruyères. Ce brillant fait d'armes fut suivi de la soumis^ sioD des seigneurs et de la retraite de Aodoiphe au-delà de l'Aar Pierre de Savoie fit une entrée triomphale à Berne. Mais, épuisé par une vie orageuse, il passa ses dernières années au château de Chilien , occupé à faire des excursions sor le lac et à ouYr les chants de son ménestrel Ferrato. 0 mourut en juin 1269.

Rodolphe de Habsbourg, plus heureux dans ses tentatives d'agrandissement dans la partie allemande que dans la parlie romane de l'Helvétie , y voyait croilre tous les jours sa puissance et sa renommée. Partout le peuple s'attachait à ce seigneur intrépide, habile et d'une aiïabililé qui le njettait eD relation avec toutes les classes de la société. On aimait singulièrement à le voir apparaître dans les réunions de l)ourgeois et d'artisans, avec son air à la fois riant et sérieux, son front chauve , sa haute taille , vêtu d*un pourpoint bien râpé, qtt*il ne dédaignait pas de raccommoder de ses mains, dans les camps, où on Tavait vu aussi, comme un simple soldat, se contenter de légumes. Sa vie privée, un peu trop joyeuse et trop libre dans sa jeunesse , avait donné lieu à maintes aventures (jui éveillaient le rire et rendaient son nom do plus en plus populaire. Dans les ateliers comme dans les salles à boire des abbayes, on racontait les guerres privées [Fehden] de Rodolphe avec les autres barons, l'évô- ^ue de Strasbourg et l'abbé de Sainl-Gall. On disait comment, après avoir été ardent gibelin et l'ennemi du clergé, ce filleul de Frédéric II avait ensuite changé de ligne de oonduiie et respectueusement baisé le crucifix dans une procession , è Zugch. On énuroérait les riches apanages et les charges importantes dont ce seigneur, longtemps sans autre

hucoieb

forlQoe que son épée, avail été invesii. Choisi pour capitaine par les bourgeois de eette dernière ville, et nommé déjà par Frédéric II bailli impérial des Waldslfcllen , il venait encore

d'hériter le landgraviat d'Alsace et les seigneuries des comtes de Habsbourg et de Kybourg, sur les bords de PAar, du Rhin et de la Ileuss. Fribourg en Ueehtiand l'avait accepté pour protecteur impérial (Schirmvoytj ^ à la place du comte do Savoie, et était devenu sa place d'armes contre la puis- ' sance savoisienne dans la Transjurane.

Il était moins aimé, et avec raison, des citoyens de Bâle, bien qu'ils le préférassent encore à ses amis et à ses frères (Vannes de la noblesse. Un jour de carnaval, ceux-ci avaient gravement manqué d*égards aux belles dames de la boor* geoisie de Bâie. De là naquirent des rixes sanglantes; an

grand nombre de ces nobles audacieux eipirérent sous le ras vigoureux des Vaillants Bâiois ; la tribu des nobles, qui s'assemblait à l'abbaye de V Étoile, fut chassée de la ville par la tribu des riches bourgeois, (|ui se réunissait à l'enseigne du Perroquet. Déplorant l'aflront de ses amis et voulant l-es venger, le comte de Habsbourg marcha coatrjB la ville avec des troupes nombreuses.

Mais cette guerre se termina d'une n)anière heureuse et inattendue. Les six ducs et princes électeurs d'Allemagne, qui s'étaient attribué à eux seuls l'élection des empereurs, après de longues disputes au sujet de la succession au trône impérial , avaient réuni leurs suflfrages en faveur du comte Rodolphe de Habsbourg. Ce qui motiva leur choix, c*est que Rodolphe était, comme le dit l'électeur de Cologne dans sa • lettre au pape Grégoire X, un prince sage, juste , aimé de Dieu et des hommes. Ce ponlife corifirma avec plaisir l'élection, surtout lorstiue ce nouveau roi se fût en.uaiie à renoncer aux prétentions de ses prédécesseurs sur l ltalie centrale. Une entrevue solennelle eut lieu à ce sujet entre ces deux princes, deux années a()res, dans la ville de i.ausnnne, à Toccasion de la dédicace de la cathédrale, consnciée à Notre-Dame.

A la nouvelle de ravènement de leur ennemi au trône impérial, les Bàlois posaut les armes, se rendirent dans son camp avec toutes sortes de marques de respect, et l'invitèrent à entrer dans leur ville avec ses troupes. On se prodigua de part et d'autre les protestations d'amitié; toute rHelvétîefut

DB LA RATIOK SUISSB.

dans la joie et rétonneiiiont de ce qui venait de s'accooiplîr. Les magistrats des villes et des campagnes accoururent à Bruc?;, dans TArgovie, pour féliciter le nouvel empereur, ainsi que la comtesse sa femine. Zurich , Hàlo, Soleure, Lucerne, Fribourg et Lausanne envoyèrent des liommes d'armes grossir le cortège de Rodolphe, qui allait, selon l'usage, recevoir la oooroDDe de roi des AllemaDds, à Aiz-la-Gbapeile (4273).

Rodolphe de Habsbourg, empereur d'Allemagne. ^Fondation de la

Confédération suisse.

(D$ l'an 4i7S à

LOiQUE placé sur le premier trône de la chrétienté et souvent retenu loin de son pays, l'empereur Rodolphe reste jusqu'à la fin de ses jours affectionné aux peuples de l'Uelvétie. Il accorda de nouveaux honneurs à leur noblesse, de nouvelles prérogatives à leurs villes, et confirma. par sa parole impériale une partie des avantages que ses compatriotes possédaient déjà. Zurich, SchaflThouse, Soleore reçurent le privilège de n'avoir que des juges pris dans leur sein et d'être gouvernées par leurs propres lois. Lucerne obtint les mêmes franchises que Berne ; Bienne eut les mômes droits municipaux que Bàle; Aarau n'eut à reconnaître d'autre juge que son avoyer; Winterthour, Diessenhofen et d'autres villes acquirent des droits semblables. L'emf)ereur confirma aux hommes d'Uri le droit perpétuel de relever immédiatement de l'empire. Il s'engagea à ne pas donner pour juge ou landamman aux habitants de Sch\v\ tz un homme qui fût vassal d'un seigneur. Il conféra la dignité de princes impériaux à l'évéque de Lausanne et è l'abbé de Notre-Dame-des-Ërmites. Il protégea l'évéché de Bâle contre les entreprises du comte de Hontbéliard^ Porrentruy, assiégé pendant six semaines, est rendu à Pévéque et affranchi , par lettre royale, à l'égal de Colmar; Delémonl, fidèle à ses prélats, reçoit, en récompense, ks franchises de la cité épiscopale elle-même (1283). Eq revanche, les peuples, les villes et les seigneurs de

BI8T0IEB

i'HelvétIe suivirent avec ardeur Rodolphe (Jans ses guerres. La lutte do ce prince contre Ollokar, roi de Bohême, le seul prince de rempire qui eût refusé de reconnaître le nouvel empereur, vil briller le courajje dos guerriers de Zurich et de Bâie. L*évéque de Bâle, Henri dlsny, contribua au gain de la bataille de Marschfeld , où Ottokar fut tué. Rodolphe aussi courut de grands dangers dans cette journée, et il n*échappa au glaive d'un Bohémien que grâce au dévouement du chevalier ihurgovien Waher de Ran^schwag. Le prix de la victoire fut la souiiiissioii «le rAiUriche, de la Cnrniole cl de la Styrie, dont s'était em[)aré Ottokar. A\ec le consonlerncfit tJes électeurs, Roiidlplie (il de ce pays soumis uno firiticipaulé héréditaire en faveur de sa fainillo. LVdné de ses (ils, Albert, devint (lue d'Autriche et établit sa résidence à Vietnie [l"282), La création du duché d'Autriche ouvre une nouvelle période dans la vie de Temperenr Rodolphe. Quoique toujours bon, probe et populaire, Rodolphe cependant se laisse prendre à la tentation commune aux nouveaux rois de fonder ooe dynastie puissante. A ses actes, à ses procédés envers plusieurs cités, couvents et seigneurs de THelvétie, il est aisé de reconnattre la première idée du plan poursuivi par Albert, de créer une principauté héréditaire, un duché d'Autriche dans les Alpes. Profitant (Je la pénurie de son oncle de Kybourg, il achète pour ses fils la ville de Frihoiir^ en Uechtiand, obtient également des abbes de Morbach l.i session do Lucerne, fail reconnaître ses fils coinnjc aviniés des abbés de Seckingen, dans le pays de Glaris, et des abbés iJ'Iiinsiedlen, a Rapperschvvyl. L'abbé de Sainl-Gall, persécuté par Rodolphe, voit s'élever une ville autrichienne au cœur de ses États (^). Sans méconnaître positivement les franchises de Schwytz et d'Vnderwald, il ne les confirme cependant point par lettres royales, comme il l*avait fait pour les libertés d*Uri , semblant ainsi attendre Toccasion de les aliéner de rempire et de les incorporer à ses États héréditaires. Moins heureuse encore, Berne eut à soutenir trois guerres pour son indépendance.

Les Bernois avaient, il est vrai, oiïensé Rodolphe, en préféraul le protectorat des comtes de Savoie à celui de ce

(1) Wyi, bourg peuplé ailUoitfd'biii de 2,000 habilanis, dans le canton de Sainl-Gali.

DB Là KàlflMI 8UI8SI.

prince. Us n^avaient pris part ni a son couronnement, ni à lagqerre contre Ollokar, roi de Bohême. Plus tard, à l'exemple de Zurich et de Fribourg, Ils suivirent' les drapeaux de Ro* dolphe au sîége de Morat et do Payerne, qui furent obligées de se rendre après une vive résistance (i283). Mais cène fatqQ*à contre-cœar qu'ils combattirent leurs alliés de Savoie, et, sur ces entrefaites, un enfant chrétien ayant disparu de leur ville, ils en accusèrent les juifs, qu'ils chassèrent de la ville, au mépris de l'autorité impériale dont les hommes de cette nation relevaient dans toute rAIIema^ijne. Irrité, l'empereur vint mettre le siège devant Berne, avec une artnée de 30,000 hommes (avril 1288). Obligé de lever le siège pour arrêter le comte de MotUbeliard qui ravageait de nouveau Tevëché de Bàle, il le reprit au mois d'août de la même année. Mais ni les assauts répétés des troupes impériales, ni les stratagèmes des chefs de cette armée ne purent vaincre l'héroïsme d'une ville, *« dont, comme dit la chronique, les murailles de bois renfermaient des citoyens d'or.» Goatraiot de lever une seconde fois le siège, l'empereur laissa des gar* nisons dans les forts voisins, sous le commandement de son fils Rodolphe , qu'il nomma son représentant dans les pays de la Hauté-Âilemagne.

Plus heureux que son père, le duc Rodolphe parvint à attirer les Bernois dans une ambuscade et leur fit éprouver une défaite sanglante à la Schooshalde. Vainement la fainille des Neunhaupt se sacrifia tout entière; vainement le preux, bernois VValo de Gruyères rapporta la bannière de la ville teinte du sang de ceux qui l'avaient enlevée, les Bernois rentrèrent en désordre chez eux, laissant 100 morts sur le champ de bataille et 450 prisonniers. Uors d'état de tenir davantage, Berne envoya des députés à l'empi^iireur, qui se troqvait h Bâle. Honorant le courage malheureux, ou craignaot le désespoir d'un peuple intrépide, ce xnonarque lui accorda la paix avec l'indépendance (4 389). Berne , sauvée par son héroYque résistance, demeura ville libre et impériale, avec son i»ouvernement de bouri^eois et de chevaliers, présidé par l avoyer Ulric de Boubenberg, qui avait dirigé avec tant d'énergie la république dans les périls qu'elle venait de traverser.

L'empereur Rodolphe ne survécut que deux années à la

60 HISTOI&B

journée de la Schoosbalde , et mourut le 48 joillel 4291, regretté de tous les fidèles sujets de Tempire. Car ce prince remarquable y avait restauré Tordre, l'unité et la justice. Mais toujours occupé de l'agrandissement de sa famille, il avait vainement cherché, avant de mourir, à faire désigner son fils Albert pour son successeur. U y eut alors un nouveau lemps d*aoarchie daos Tempire, causé par la rivalité d'Albert de Habsbourg et du comte Adolphe de Nassau, prince brave, mais peu capable par sa puissaoce de soutenir le poids de la oouroDoe impériale. La crainte d'avoir Albert pour roi émut toute PHelvétie ou Haute- AUeroagoe. Ou avait appris de quelle manière absolue il gouvernait ses Étals héréditaires, et la révolte de Vienne, suivie du supplice du bourgmestre de cette ville et de Tanéanlissement des libertés impériales.

Zurich poussa le premier cri d'alarme. Neuf jours déjà après la mort de Rodolphe , les bourgeois de celte ville, assemblés, jurèrent de n'obéir (|u'au roi qui aurait été reconnu par eux (24 juillet 1291). , Les Waldstœtten imitèrent cet exemple. Le T' aoûtdelamême année, ils conclurent leur acte d'alliance écrit et perpétuel. Ce pacte, dont le texte original a été relrouvé-au siècle dernier dans les archives deStanz, forme la pierre angulaire de la ligue et de la nationalité helvétiques; aux liens passagers et fragiles dés alliances temporaires , Hi substitue le nœud étroit et indissoluble de Talliance éternelle; il fait d'Uri, Schwytz, Underwald autant d'États différehts, et des trois vallées réunies, une Confédération primitive, noyau d'une Confédéraiion plus étendue, destinée à rallier en faisceau les forces nationales, éparpillées autour d'elle, dans la plaine et sur les montagnes. Le nom d' Eidsgenossen (alliés par serment), déjà consacre dans une charte de 1251 , désigne également, dans le Bundes-Briefim pade de \ 29 1 , les hommes libres des trois vallées. Outre les dispositions relatives à l'indépendance, ce pacte en renferme qui ont trait à l'organisation de la justice et du pouvoir à Tintérieur des vallées, $am préjudice, y est-il dit, des droits des couvents et des seigneurs^ qui y possédaient des domaines et des serUs.

Deux mois après cette alliance, les Waldskœtten en firent une autre, mais moins étroite et^pour trois^années seulement, avec les bourgeois de Zurich (*). La précaution était sage.

(4) Parmi les signataires de ce traité apparaissent plusieurs noms de-

Dl Lk lUTIOM 8U186B.

Car Adolphe de Nassau ayant été préféré par les électeurs réunis à Francfort, tout le parti autrichien courut aux armes. Deux villes jaîouscs, Fribourgen UechUaDd, à Touest, Wio* ierthour, à l'est de la Haute-Allemagne, éiaienl les foyers de ce parti. La guerre éclata sur ces deux poiots à \a fois. Les Zorfcois, heureux d'abord dans leurs attaques contre Wintertiour, furent vaincus ensuite, à cause de leur imprévoyance, «(perdirent plusieurs citoyens, mais non leur force, ni leur dévouement. Berne fît, au contraire, éprouver une sanglante défaite aux nobles romans et allemands, qui, joints aux Fribourgeois, avaient eu rinsolence de venir cain|)er jusque sur réniineuce du Donnerbiihl^ tuut près de la ville (2 niars 1298). 460 morts, 300 prisonniers, 1S l)annieres ennemies suspendues au chœur do réalise S.unt-Vincent , à Berne, furent les résultats de cette mémorable victoire, due principaleraiïntà l'babiieté du chef des Bernois, Ulric d'Erlach, et à la terceur panique que jetèrent dans les rangs ennemis, les sons répétés dans les forêts d'alentour, de certains instruments de guerre, nommés Boke[^)» La victoire du Donnerbttbl fut suivie de la destruction de plusieurs châteaux (Breingarten, Belp, Gerenstein) appartenant aux seigneurs qui avaient pris part à la guerre contre Berne. Pour échapper à une ruine totale , les sires de Monlenach se firent recevoir bourgeois dans cette ville redoutable.

Les Waldstietten, Baie, Soloare, Saint-Gali, Constance et même Glaris, (juoiqne (iéf)endant des llal)sl)ouri^, avoués de Seckingen , avaient é^aleincni eml)ras<e la cause d'Adolphe tie Nassau; Bàle, entre autres, détruisit cii^q châteaux, dont TuQ au sire de liamsteio. Malgré ces avantages partiels, le parti d'Adolphe ne put se soutenir en Allemagne. Vaincu par Albert, à la bataille de Gelbeim, Adolphe perdit dans cette journée la couronne et la vie (S juillet i â98). Le vainqueur &*eut alors aucune peine à se faire proclamer empereur par ks électeurs assemblés à Francfort.

Les dix années du règne d'Albert (1398-1308) sont un moment critique et décisif pour rafTranchtssement des mon-

puis eélèbros Uans les annales de la Suisse : un Roger Manessc , do Zurich; un Ab-Yberg (Conrad) , landammann de Schwylz; un Stauffacber

(Ro(!olphc), de Schwytz; Wcrner d'Attinahauscn , <I V\ \, « ic. eUS. (<> £âpéce4 de lambourâ et do Irumpcltes , a eu qu il pcU'uit.

■mom

tagnards et des boorgoois de la Hante- Allemagne. Déjà existante en germe aux XII^ et Xlir siècles, Aoqs les Uohenstanfien, la Gonfédératioo suisse avait acquis due sorte d'existence officielle par le pacte de Mais obscure et ren- Ibrmée jusque-là dans ses montagnes, il lui manquait , pour être pleinement révélée à elle-même et aux autres peuples, le baptême de sang de la lutte contre le despotisme.

Tableau de la civilisatioii aux dooziôme et treizième siècles.

ES temps des croisades et des empereurs de la maison de Souabe sont les jours de gloire de la chevalerie. Que de brillants faits d*armes signalent la présence des barons croisés dans ta Palestine I Pour fêter leur retour ou la naissance d'un prince, que de carrousels, de tournois, de passesd'armos, où les chevaliers, montés sur leurs i^rands dostriers, la lance en arrôt , la visière du casque baissée, s'élancent dans la lice, au bruit des fanlares, et cherchent à désarçonner leurs adversaires, [)our recevoir des mains d'une belle châtelaine, une chaîne d'or ou une écharpe de soie, prix ordinaire de la valeur dans ces combats simulés.

Zurich vit un de ces tournois en H65. Soixante-dix-buit champions y paradèrent, sous les yeux du duc de fiavièroi de la duchesse et d'un concours extraordinaire de peuple et de seigneurs, parmi lesquels des Hallwyl, des Boubenberg, des Erlach. Le chevalier accompli était celui qui , à la bravoure , unissait la fidélité envers son prince , la courtoisie envers les dames, un dévouement généreux è la cause des malheureux et des opprinjés. Mais, f)our un chevalier sans peur et sans reproche , que de chevaliers félons, lâches et cruels!

Les croisades donnèrent naissance à trois ordres de chevalerie, à la fois relii^ieux et utilitaires, qui eurent tous trois des maisons ou commanderies de leur ordre en Helvétie. Les TmpUerê avaient une maison à La-Ghaux , au pays de

III LA MAnOM «UI88B

Neoehâtel; les HospitaUen, à Fribourg, Buchséo, etc. ; las dievaliers ttuêons, à Berne, fièie, Zurich, Fresohels ei plosiears autres lieux. Oo distinguait ces ordres au costume. Les TempNers portaient un naanteau blanc avec la croîs roDge ; les Hospitaliers, un manteau noir avec la croix blanche; les Teutons, une croix noire sur un manteau blanc.

L'Helvétie complail une centaine de couvents et chapitres. Néanmoins, deux nouveaux ordres monastiques, ceux de Saint-François et de Saint-Dominique, approuvés par le pape Innocent 111, et protégés par les empereurs, s'établirent à Fribourg, Berne, Zurich, Lucerne, Bûle, Genève, Lausanne. Leur mission était de prêcher et d'instruire le peu[)le. Un de ces moines, frère Berthold, de Winterthour, acquit sur le peuple un ascendant extraordinaire , et le méritait par soi œuvres de charité et d*amour. A la 6n d*uB de sessermanai qu'il prononçait souvent du haut d*un arbre ou d*Qoe estrada improvisée, on vit, un jour, des gentilshommes restituer les domaines injustement acquis par leurs pères. Un autre jour, une pauvre orpheline, tombée dans le vice, d'abandon et d# misère, confessa, en sanglottani, sa vie criniinelle. « Qui veut servir de père et d'époux à celle jeune fille, plus égarée que coupable? demanda le moine à la foule aliendrie. « Moi, père Berthold , » fit entendre une voix, et un homme sortit de la foule. Berthold bénil leur union, devant le peuple assemblé, et fit une dot à la pauvre fille. Quelques-uns des sermons du noble franciscain de Winterthour nous ont été conservés dans les recueils de morceaux choisis de liltératore allemande

Les cloîtres cependant avaient bien dégénéré. Peuplé de nobles fainéants, Saint-Gall n'était plus le sanctuaire de la science. L*abbé Eamsteio ne savait pas signer son nom. A Lucerne, les chanoines n'étaient guère plus habil&s , et empruntaient la main d'un notaire pour écHre l'acte de vente de leur ville au duc d'Autriche (1-291). La fin du XH* siècle voit s'établir les Scolastiques, instituteurs à g^^o^» auxquels moines et chanoines , dédaigneux de ce qui avait fait leur gloire, abandonnèrent le soin d'instruire la jeunesse.

Délaissées par une grande partie du clergé, les lettres se

<4) Us OUI él4 pubUéa ea enUer à Berlin en 4SS4.

réfugièrent chez les laïques jusque-là sans instruction, ignares même. Les villes bourgeoises élevèrent des écoles et envoyèrent les jeunes gens distingués aux universités, récemment fondées, de Bologne, de Paris, de Pise, de Cologne Les châteaux des seigneurs, qui ne résonnaîQni jadis que de bruits de guerre ou. de chasse, retentirent des chants des iraulméùun, appelés aussi ménestrels et mimesinger. L'un des principaux centres et peut-être le berceau de la poésie ebevaleresque , est ce coin de terre privilégié de la Thnrgovie, déjà tant illustré par ses hommes de foi, de guerre, de génie, et qui venait de l'être encore par l'éloquence sacrée d'un orateur populaire, le Bridaine du Xlir siècle (^). En tête des troubadours suisses, Ogure le chevaliei- Walther von der Vogelweide (liuéralomenl « De la prairie aux oiseaux »), compagnon de Frédéric lia la sixième croisade, chantre hardi ou gracieux de la guerre sainte et des dames allemandes.

Le rendez-vous des troubadours était au château de Maneck, à une lieue de Zurich, sur un beau lac, en vue des Alpes majestueuses, et résidence favorite de deux grands amis des lettres, do nom de Manesse. Le séinateur zuricois Roger Bianesse et son fils Henri, chanoine, puis prévôt au Grand-MoAtier, nous ont laissé un recueil oharmaiit et orné de vignettes, contenant des vers de cent quarante minnesinger de toutes les parties de rAllemagne et de la Suisse. Au nombre des chants sinon les plus poétiques, les plus curieux du moins de la collection, figurent hvs ;)(H?sies d'un bourgeois de Zurich, le pauvre Johann Hadiuub, atni de Manesse, qui, s'élant sottement épris d'une deiiioiselle du grand monde, en fut ci'uellement puai par les dédains de la jeune fille et de toute sa parenté (^j.

A Zurich vivait aussi le poète latin et chantre d'église Conrad de Mure, ami de Tempereur Rodolphe, qui ne voulut d'autre parrain que ce chanoine pour sa fille Guta , depuis reine de Bohème. Peu cultivé lui-même, ce prioce cependant

L'ovôquo (le Lnusanne, Bonifaco, clnit 7naî(re h art'i ou bachelier des universités de Paris el de Cologne ; un Escheiihai li et riiich VI, abbé de Saint-Gall, avaient éludié à Paris et Bologne ; le dominicain Kegeusberg, a Pise, Viterlie* etc., etc.

(2) Bridaine, missionnaire du XVII* siècle, si connu par son scrmoo contre les mauvais riches. Nous parlons de Berlhold do AVintorlhour.

(3) Les vers Uo UaUlouJ;» oui été publiés à part, à ^uricli, eu 1838.

M LA MÀTIOll SUISn.

protégeait les savants. Matlre Conrad, il est vrai, avait bien fliérilé de Rodolphe en célébrant sa victoire sur Ottokar. Grâce à la réanion de talents divers, Zpricb, renommée jadis comme le siège de l'abondance, devient maintenant une viHe littéraire. Elle était aussi, depuis Arnand de Bresse, un foyer d'opposition reH.&;îeD8e. Ce novateur, disciple austère 'mais irapélueiix d'Abeilard, y avait séjourné de H 39 à 4 445, et répandu ses doclrines opposées aux immunités, au célibat, nu\ biens ecclésiastiques. Il se furrna une secte nombreuse d'incrédules et de sceptiques, h iiU]ueUe s'opposa une auUe secte de croyants aveugles ou mystiques, dont les chefs étaient d'anciens moines sortis du cloître, comme Arnaud de Bresse. Mais l'inquisition, en condamnant aux flammes les sectaires, les réduisit au silence sans parvenir toutefois à détruire la secte. L'inquisition , ou tribunal chargé de connaître des crimes d-bérésie, était en Suisse, comme partout, confiée aux moines de Tordre de Saint-Dominique.

L*époque des croisades voit s'améliorer sensiblement la condition des bourgeois et des serfs. Le commerce fait fleurir les villes, protégées aussi par le rétablissement des lois romaines. Pendant les siècles précédents, on se faisait le plus souvent justice à soi-même; le droit du plus fort (en allemand Faustrecht ou droit du poing) était dans toute sa force. De temps en temps, cependant, on parvenait à obtenir justice ; c'était lorsque le représentant de l'empereur, le landgrave ou bailli impérial, assisté des hommes libres, venait tenir ses plaids dans le lieu désigné, qui était ordinairement en plein air et sous un tilleul , comme celui d'Altorf, par exemple, ou de Montpreveyres, près Lausanne. On jugeait non d'après des lois écrites et uniformes, mais d'après les us et coutumes de chaque localité et les privilèges de chaque classe.

Sous les empereurs de la maison de Hohenstauffen , Pancien droit romain , enseigné de nouveau à Bologne, se répandit dans tout l'empire, f.es épreijves barbares du droit gerinanicpie furent remplacées par des procédures régulières, où les juges entendaient les témoins et appréciaient les circonstances des délits et des crimes. Naturellement de tels juges avaient besoin de plus de connaissances que ceux de l'époque antérieure où i*on se bornait à soumettre le coupa-

BMTOiâB

ble au jugement de Dieu comme on l'appelait. C'est le corniDencecneni du des légiHês ou hommes de loi, pea

agréables aox seigneurs, qui les appellent des graUe-papierSi des griflbnnears diaboliques. Les légistes n'en contiaoeiH pas moins leur œuvre de progrès. Âoz us et coaUimes, on sobstitoa des codes oa recoeHs de lois écrites et uniformes, comme le Aftroîr de Souabe (SchwabenspiegelJ, qui régissait ' aussi THelvétie ou Haute-Allemagne. Zurich eut son code spécial ou Richt-Brief (lettre ou loi dujuf^e) (1304) copié ensuite à Schafîhouse; Lucerne, sa loi des jurés (Geschwor^ nen-Brief) (1257). Les statuts du Petit-Charlemagne, remarquables par les dispositions qui concernaienl les notaires, se maintinrent dans le Fays-de-Vaud et passèrent en partie dans le coulumier de ce pays.

La constitution des villes de la Haute-Allemagne subit des modilications importantes. Les affaires ordinaires étaient partout entre les mains d^un petit conseil de douie on vingt** quatre membr^. Un grand conseil de deux cents membres s'établit à Beroe et à Fribourg, à la fin du Xlli* siècle , et tendit à remplacer les assemblées générales de la bourgeoisie. A Zurich , au contraire, ville plus démocratique, les assemblées générales se maintinrent et avaient lieu au son de la cloche, sur le Lindenhof ou place des Tilleuls.

Dans la plupart des villes, le petit conseil se composait mi-partie de nobles, mi-partie de bourgeois et d'artisans. L'institution des bannerefs date de celte époque. Les bannerets étaient a la fois chefs politiques, militaires et civils des divers quartiers d'une ville bourgeoise. En temps de guerre, ils étaient pole-étendards et capitaines des hommes de leur quartier. Porter la bannière était un grand honneur au moyen-âge; perdre la bannière, une tache ineffaçable. G'esl que la bannière était le symbole de la puissance et des libertés d'une ville.

Le progrès des loisret de Tordre public fut favorable au commerce, longtemps borné aux marchés et aux foires de localité. Les toiles de Saint-Gall , les étolfes de soie de Zurich, les draps de Fribourg et de Berne acquièrent quelque importance. Plusieurs de ces villes s'allient aux ligues commerciales de l'Allemagne. Genève était l'entrepôt des épices et des fruits de l'Italie et du midi de la France : figueSi rai-

DB ÎJL XATIOM 8UI16B

sins secs, amandes, sucre, gingembre, poivre, safran, etc. Le commerce d'argent ou banque était entre les mains des Juifs et des Lombards ou Gaverscbes, placés tous sous la juridiction spéciale deTempereur. Les métiers gagnèrent beaucoup à rorganisatiuo des tribus ou abbayes (Zunfl). Nul ne pouvait s'établir comme maîtrè, s*ii n'avait passé par les de-* grés d'apprenti, d'ouvrier, fait son tour dt Allemagne, pour se perfectionner dans son état, et s*ii n'avait soumis, à rezamen des prtUthommes ou anciens de la tribu à laquelle II devait être incorporé, d'après la nature de sa profession, un travail de sa façon et un échantillon de son savoir-faire (Meister-^ stiick). A Berne, les quatre principaux corps de niétiers étaient ceux des bouchers, des boulangers, des maréchaux et des tanneurs. A Zurich, les tribus réclamaient déjà une part aux affaires publiques, malgré l'article du Bicht-Brief qui la leur refusait.

Dès le Xlir siècle, la considération qui s'attachait aux métiers était telle, que les nobles et les premiers magistrats des villes cberchaient à s'y faire agréger, et que les empereurs eux-mêmes ne dédaignaient pas de s*attabler,dans les diambres à boire (IHnksiube) des abbayes, et prenaient souvent leurs repas chez les riches artisans des villes qui se trouvaient sur leur passage. L'empereur Rodolphe se trouva un jour, à Bàle, loger chez un cordonnier et y fut servi magnifiquement, dans des plats d'or et d'argent. « Saprebleu, » fit l'empereur égayé par le vin généreux de son hôte; com- » ment faites-vous, étant si riche, de continuer à tirer le 9 ligneul? — Votre grfjce, repartit 5 l'instant la femme du » cordonnier, qui était une personne d'esprit et de bon sens, 9 c'est que c'est le ligneul qui fait la richesse, j»

L'agriculture était aussi en progrès, grâce aux efforts des moines de l'ordre de Saint-Benoit, dont la devise était : prière ei iraoaU* Ceux d'Hauterive, cloître fondé à une lieue de Fri-. bourg, avaient défriché de leurs mains toute la contrée environnante. Môme les jours de féte, ainsi Tavait permis un bref du pape Innocent III, on voyait ces vaillants cénobites cultiver le froment, l'avoine, les pois, les châtaignes, variant les cultures selon l'espère et la nature des terriiins. Si la fabrication des draps ou tisseranderie prospéra ensuite sur les bords de la Sarine, on le dut en partie à l'heureuse initiative

USTOIBB

des religieux , alors si laborieux, plus lard si oisifs, d'Hauterive. Le duc de Zaehringen , en donnant des troupeaux de moutons à la colonie naissante de PUechliand , contribua aussi à la création de cette industrie et en fil natire une jseconde non moins lucrative,, la fabrication des cuirs.

Les progrès de l'aisance, de ia vie publique et des arts ne. restèrent pas sans influence sur la manière de bâtir et d'entretenir Tintérieur des villes. Les maisons , composées d'an seul étage , étaient alors presque toutes en bois. De là les fréquents incendies «jui ravageaient les centres de population un peu consitlérahles. Zurich, Saint-Gall, Borne, presque entièremenl délruils par le feu, à la fin du XIT siècle, se relevèrent en une année. Quel(pics particuliers conunencèrent à hàlir en pierre, à Berne. M;iis ce ne fut guère qu'un siècle plus tard que ce mode de construction devint un peu général eo Suisse. Les maisons des citoyens n étaient d'ailleurs ni spacieuses, ni élégantes, ni commodes. Les chambres étroites et basses laissaient à peine pénétrer le jour par de rares et petites fenêtres aux carreaux de toile , de canevas, de corne ou de papier huilé, en guise de vitres. Des vitraux peints ornaient la façade des palais et des principales églises.

L'ameublement ordinaire n'était pas moins simple. 11 consistait en une longue table pesante avec un banc fi%é au «Qur, queirjues esca belles et un bahut {Troij}^ qui servait de" garde-robo et de coiïre-fort a 1.» famille. Des lances et des hallebardes, accrochées à la paroi, complétaient le mobilier. Le luxe des lits élail inconnu à nos bons aïeux du XIII* siècle. Ils prenaient leur repos sur le plancher nu, sur une peau de mouton ou une paillasse grossière.

Le costume des Confédérés, a la fin du Xlir et pendant toute la durée du XIV* siècle, n^était point ce pourpoint bariolé et tailladé avec lequel on se piait à représenter Guillaume Tell et les trois Suisses. Une jaquette sans plis, fermée par une ceinture et arrêtée sur la poii^rine par une agrafe, des boutons et des aiguillettes, tel était le vêtement de nos ancêtres. Les manches ornées de broderies et une étoffe un peu plus fine distinguaient les personnes d'un rang supérieur. Un nianteau de la longueur de Thabit et un chaperon achevaient la toilette du noble et des riches bour£;eois. Au combat, le noble s^avançait tout bardé de fer, c'est-à-dire revêtu

Dl LA IIATION SUISSB. 69

de la coite-de-mailles, ou d'une armure qui le couvrait de la téte aax pieds. Les prinaipales parties de Tannare étaîeni le casque, le gor^erin , la cuirasse avec brassards, ganleleta, cuissards , jambards et souliers pointus ë la poulalne. Les armes étalent la lance avec le bouclier, la bâche d'armes et diverses sortes de glaives. Quant aux Confédérés des Waldslaetlen et à icurs vaillants voisins de Glaris, ils se servaient déjà alors de préférence de la longue hallebarde et de ces terribles massues hérissées de fer, ironiqnetnenl déni»m niées morgenstern (étoiles du njaliii), et qui étaient aussi Tarme favorite des Danois qui envahirent la Grande-Bretagne au X® siècle La hallebarde est l'arme favorable pour combattre de près et dans la guerre de montagnes. C'était, avec la • massue, Terme favorite des Waldstselten. La lance, au coutraire , est Terme de la plaine. Les Bernois s'en servirent avec succès à Laupen pour arrêter la cavalerie. C'est en partie à la réunion habile de ces deux armés que les Suisses durent leurs succès militaires et la gloire de passer pour la meilleure infanterie de TEurope.

Albert d'Autriche, empereur. — Révolution de 4308.

(D$ l'on 4M à 4S49.)

LBBRT d'Autriche, Fatné des quatre fils de Rodolphe de Habsbourg, avait (Plusieurs des qualités qui font l'homme dIÊtat et le monarque. U

(Hait sobre, économe, réîzulier dans ses mœurs, brave à la guerre cl toiiiours parfailenienl maître de lui-même. Mais on eût vainement cherché chez lui cette loyauté de caractère et tes qualités aimables (pii avaient rendu Rodolphe si cher aux bourgeois d'Allemagne. Son abord frnjrl ei sévère, son rei^ard terne, sa taille voûtée n'étaient pas propres à adoucir l'impression défavorable que faisait éprouver à ceux qui rapprochaient son caractère dur et inflexible.

lij Histoire de la Qmquêiê de VÀngUterrê par les ii'ormandi, de M. AugUâUu Thierry (I, 454).

Parvenu à l'empire, Albert s'appliqua tout entier ou système d agrandissement dynastique (Jont son père lui avait légué le dessein, mais à l'exéculion duquel il mit une opiniâtreté et une rigueur fatales à sa race et a l'empire lui-môme. A .peine monté sur le trône, il songea à faire repentir les Zuricois de leur adhésion à Adolphe de Nassau, et comptant les surprendre/ il viol camper au sommet d'une colline d'où il plongeait sur les rues de la ville. Les Zuricois oe fermèreot pas leurs portes, bieo quils eussent fait les préparatifs uéoessaires pour une vigoureuse résistance; mais ils lui firent anooncer qu*ils étaient prêts à le reconnaître pour leur roi , si, de son côté, il reconnaissait leurs droits et leurs fran* chises. Comme il n'avait que peu de machines de siège, et qu'il voyait la ville remplie de gens armés (les femmes et les filles avaient aussi pris les armes), il montra des dispositions pacifiques et confirma la liberté de la ville.

Ce fut ensuite le tour des Glaronnais. Quoique dépendants de l'abbaye de Seckingen, avouerie des ducs d'Autriche, les pâtres de Claris avaient vaillamment combattu sous les drapeaux d'Adolphe de Nassau, à la bataille de Geibeim* Albert s'en vengea en portant le fer et le feu dans leur pays. Une foule de familles glaronnaises . réduites à s^expatrier , se retirèrent à Zurich, Schwytz et Uri; du nombre, les familles historiques des Freuler, des Stttcki, des Nestaler et des Tschoudi. Ces derniers perdirent la mairie de Glaris dont ils étaient en possession depuis le temps des rois mérovingiens. Parmi les émigrés se trouvait aussi le noble Bourcard de Schwanden , qui, ayant pris du service dans Tordre des Hospitaliers de Saint- Jean, devint commandeur de Buchsée, à deux lieues de Berne, el se ùi un nom à la prise de Ehodes sur les Sarrasins (1309).

Déjà maître de riches domaines dans TAargau , le Zuricbgau et rUecbtland , où il possédait entre autres les comtés » de Habsbourg, Kybourg, Lenzbourg, les villes de Fribourg, Luceme, Zoug, Albert profila de sa haute position et de la pénurie d'un grand nombre de seigneurs ruinés par les croisades et les guerres privées (Fekden) , pour se faire céder è prix d^argent une foule de seigneuries dans l'Oberland (Cntecséen, Unspunnen, Grindeiwald), la Thorgovie (Arbon), les Grisons (Laax), l'Entliboucb, l'Emmenthal (Berthoud);

M LA HATiOJI BDUn. 74 ^

les avoueries des abbés d'Einsiedlen , de Saint-Gali, et le péage lucratif du Sainl-Gollhard. Petit à petit, par les soins d'Albert y s'élevait sur les bords du Rhio, de TAar et de la Beuss^ on nouveau duché d*Autricbe, analogue à celui que Rodolphe avait créé sur les rives du Danube et de la Muhr. Mats un anneau essentiel manquait encore à la chaîne des possessions autrichiennes : le pays des Wakistœtten. Land* graviat de sa famille, où il avait encore de riches propriétés, les trois vallées avaient le tort, aux yeux d'Albert, de se prévaloir de leur liberté impériale. Il résolut de les incorporel à ses Etats, conune les seigneuries précédentes, et commença par refuser de confirmer leurs franchises. Puis il leur fit dire que s'ils se soumettaient en fidèles sujets à la maison d'Autriche, il leur donnerait des fiefs et les enrichirait; qu'il relèverait leur gloire en créant parmi eux des cbevalîers. Mais sur la réponse des fiers montagnards, qu'ils préféraient à ces brillants avantages les anciens droits de leurs pères et la protection immédiate de Tempire, Albert irrité leur envoya des baillis autrichiens chargés de les opprimer de toutes manières pour qu'ils consentissent à se détacher de Pempire et à se soumettre à la maison d'Autriche. Son choix tomba sur HermaoQ Gessier de Brunegg, et sur le chevalier Béringer de Landenberg. Alors commença pour les trois vallées une ère de malheur et d'oppression , racontée avec beaucoup de détails par les chroniqueurs des XV^ et XVr siècles, dont Zschokke n'a fait qu'abréger le récit dans son histoire.

Voici le tableau naïf, animé, épique qu'en trace cet historien :

« Les baillis autrichiens s'établirent dans le pays des Confédérés, ce que n'avaient jamais fait les baillis impériaux, qui ne venaient dans le pays que pour juger les causes capitales. Landenberg prit possession du château royal de Sarnen dans h Haut-Underwald , et Gessier fit construire pour lui une forteresse dans le pays d'Uri. Les péages furent augmentés; les plus petites fautes, punies par de fortes amendes et par la prison ; les habitants traités avec hauteur et mépris. Gessier, passant à cheval devant la maison que Werner-Stauffecher, un des magistrats les plus considérés du pays, venait défaire construire dans le village de Steinen, fit, avec l'accent de l'insulte : « Peut*on sou£ùrir que de vils paysans bâtissent

79 nsTOin'

de si belles maisons? » Dans le pays d'Uodervvaid , Arnold de Melcblhal ayant été condamné pour une légère faute à perdre un bel attelage de bœufs, an valet de Landenberg les détela de la charrue eu disaDt : « Les paysans peuvent trat*ner la charrue eux-mêmes. » Irrité de cette injure , le jeune Arnold frappa le valet, lui cassa deux doigts et s^enfuît dans les montagnes. Par vengeance, Landenberg fit cnever les yeux au père d'Arnold.

»Les partisans vies baillis étaient traités, nu conlrairo, avec beaucoup (rindulgence et ohionaient gain do cause daus tous leurs différends avec leurs coinpnlriotos. Mais la faveur des baillis devenait funeste à ceux (pii, fiers de la posséder, se croyaient tout pei-rnis. Le gouverneur du cluUeau de l'ile de Scbwaodu, dans le lac de Lowerz, ayant attenté à l'honneur d'une jeune fille d*Arth, qui appartenait à une famille considérée, fut assommé par les frères de cette jeune fflle. Une autre fois, le seigneur de Wolfenschless, ami de Landenberg, vit à AIzellen, dans le pays d'Underwald , la belle femme / de Conrad de Baumgarlen; apprenant que son mari n*étail pas à la maison, il exigea qu'elle lui préparât un bain, et osa loi faire des propositions offensantes. Lorsqu'il fut au bain, elle rappela son mari des champs. Au récit d'une pnieille audace, le mari courroucé assomma dans son bain l'imprudent gentilhomnie. — Comme il n'y avait plus ni justice, ni recours à un tribunal , chacun se faisait justice à soi-même; de là résultèrent les plus grands désordres. Mais les baillis, riant des murmures du peuple, persistèrent dans leur tyran* nie: ils foulaient aux pieds non-seulement les droits reconnus par des actes authentiques et sanctionnés par des empereurs et des rois, mais encore le droit éternel que Dieu a donné à tout homme, et dont il a placé le titre dans son coeur.

» Tandis que les oppresseurs riaient et que les opprimés gémissaient dans les vallées des Waldstœtten ( ' j , la femme de Werner Sfauffaoher , dans le village de Steinen, dit un jour à son n»;iri ; « Coin bien do (einps encore verra-t-on J'orgueil rire et l'humilité pleurer? Des étrangers seront-ils

(4) Zschokke s'est souvenu de la belle iuscripilon populaire qui oruc encore ai^oardliui plusieurs de nos édiflces publics et dans le canton de Fribourg la façade de réglisc du vilhit>e de Tavel :

« Wo Demul/i n einl, wo IJochmuth îachl, » Wurde der Hchwetzer-Iiund gemacht. »

DB Là AATlOn SU188B.

les maîtres de ce pays et îes héritiers de nos biens? A quoi 5ert-îi que nos montdgaes soient habitées par des boniuies? Mères, devons-nous nourrir des fiis mendiants et éJever nos filles pour servir d'esclaves à l'étranger? Loin de nous tant de lâcheté 1 o

» Sans répondre , Werner Stauffacber descendît à Brun* nen, traversa le lac et se rendit vers Walther FUrst, à Attioghausen , dans le pays d'Uri. Il y trouva Arnold de Melohihal

qni avait passé la montagne pour venir chercher un refuge

contre le ressentiment de Landenberg.

a Ils s'entretinrent de la misère de leur pays, de la cruauté (les baillis étrangers que lo roi leur avait envoyés, au mépris de leurs droits et de la liberté iinf)oriale. Us dirent aussi qu'ils avaient inutilement adressé des plaintes à ce monarque, qui les avait menacés, en dépit de leurs titres, (ie les séparer de Tempire pour les ^umetlre à l'Autriche; que Dieu n'ayant dooné à aucun ,ro|,/e dfoit dé fouler aux pieds la justice, ils pouvaient tout.)esfjféf[(ec du aecours de Dieu et de leur courage; que d'aillburs la jnort était plus fëcileii supporter qu'un joug aussi avilissait. Ils réélurent donc que chacun d'eux parlerait dans 'son pays à des hommes de cœur et de con* fiance, et sonderait les dispositions du peuple, afîn desavoir ce qu'il serait prêt à faire pour la cause de la liberté.

1^ Dans la suile, comrno ils en étaient convenus, ils se réunirent souvent, pt nd ir.t la nuit, dans un lieu secret au bord du lac des Waldstcetl^ii ^ situé .à peu près au centre d'Uri, tle Schwylz et d'Undej'wald , formant une prairie étroite, entourée de buisson^, au pied dos rocs du Seelisberg, visà-vis du village de Brunnen. Cet endroit porte ie nom de GrUtli ou Rutii (de rtUm, défricher). Bientôt ils apportèrent Theureuse nouvelle qu^ le peuple des veillées préférait la mort à l'esclavage. '

9 La nûtt' du 17 novembre 4307 ('], chacun d'eux amena avec lui dans la prairie du Grttlli dix hommes honorables, pour qui la liberté de la patrie était mille fois préférable à la vie; les trois premiers, levant leurs mains vers le ciel

(1) Le jour du serment n'est pas certain. Tschoudt, historien du seizième siècle , est le premier qui ait ainsi précise le moment de cet acte solennel. Les Chroniqueurs plus anciens parlent du serment sans indiquer

le jour.

71 HMfOIil

éloîlé, jarèrenl à Dieu, devant qui les rois et les paysans sont égaux, de vivre et de mourir pour les droits du peuple opprimé; d'entreprendre et de SQppoi*ter tout en commun; de ne pas souffrir, mais aussi de ne pas commettre d'injustice; de respecter les dfoits et les propriétés du comte de Habs-* bourg; de ne faire aucun mal aux baillis impériaux, mais de mettre des bornes aux actes arbitraires de leur tyrannie. Les trente autres levèrent aussi la main et firent de mémo serment devant Dieu de rétablir la liberté en hommes de cœur. Ils choisirent pour rexécution de ce dessein la nuit du 4*' janvier. Puis ils se séparèrent; chacun d*eux retourna dans sa vallée et dans sa cabane, donner les soins accoutumés à son troupeau.

» Cependant (e baiiii Hermann Gessler n'était point tranquille ; sa conscience ne lui laissait aucun repos, ii lui semblait que le peuple commençait à relever la téte et à montrer ^ plus de fierté. Pour réprouver et pour Thumilier, il fit placer un chapeau au haut d'une perche, dans le pays d*UH, et or* donna que tous les passants s'inclinassent respectueusement devant ce symbole de Tautorité autrichienne. Il reooonattrait par là, disait-il, les ennemis de rAutriche.

« Guillaume Tell, de Biirglen, habile arbalétrier, l'un des hommes du Griitli, passa devant le chapeau, mais ne s'inclina point. Aussitôt on le saisit pour le conduire devant le bailli. Celui-ci l'apostropha, plein de colère: «Arbalétrier téméraire, je veux que ton art te serve de supplice : place une pomme sur la téte de ton jeune fils, vise-la et garde-toi de la manquer. » — On lie l'enfant, on met une pomme sur sa téte et Ton conduit le père à une distance considérable. U vise, le trait part, la pomme tombe; le peuple pousse des cris de joie. Mais Gessler dit à Tell : « Pourquoi portes-tu sur toi une seconde flèche.? » Tell répondit : c Si Tune avait manqué la pomme, Tautre n'aurait pas manqué ton cœur. » (')

» Le tyran effrayé ordonna de charger de fers cet homme courageux, de le jeter au fond d'une barque pour le conduire

(I) Un tirait d'histoiro, toal-Mait semblable à celai qui est raconté ici,

•e trouve dan» les légendes ang!o-saxoniieS| danoises et islandaises. Ce qui a fait [x'nser à pluiî^eurs auteurs que le Irait de la pomme pourrait bien élre un ornement ujouté à l'histoire vraie du brave patriote de Burglen. M. Bisely a résumé dans aa belle étude critique sur Quittaum TM toutes les recherches et toutes les controverses relatives à ce curieux si^et.

OB LÀ NATION 8ni9SB. 75

soos 868 yeux à Ktlssnacht Graignant le concours do peuple, le bailli donna en hâte le signal du départ, malgré on vent coniraire qoi soufflait avec iropétaosité. Tantdt la barque semblafi descendre dans un abîme ; tantôt des vagues écu-

mantes la remplissaient d'eau ; les bateliers désespéraient de se sauver. Plus on avançait, plus le danger augmentait au milieu des immenses rochers à pic qui forment les bords du lac, et s'élèvent vers le ciel, murailles colossales. Au comble du désespoir, Gessler fil ôter les fers à Tell, afin qu'il sauvAt la barque par son habileté. Celui-ci la dirigea vers le flanc nu de TAxemberg où un roc en saillie présente une espèce de platéTorme qui porte encore aujourd'hui le nom de Teller^ flatte (plateforme de Tell). Jl s'élance, repousse la barque; Tell est âi Tabri du danger; Gessler, è la merci des flots.

» Échappé au péril, il gravit la montagne et se sauve à travers le pays de Scbwytz. Triste et pensif, il se disait d luimême : t Où fuir la colère du tyran? Si je lai échappe, ma femme et mon enfant lui serviront d'ôlages. Que ne se permeitra-t-il pas contre les miens, si, pour un acte de résistance contre un v^ilct, Landenberg a fait crever les yeux au vieux Melchlhal? Devant quel tribunal puis-je citer Gessler, le roi lui-même n'écoule plus les cris du peu[)le? Eh bien! puisque la justice n'a plus d'autorité, puisqu'il n'y a plus déjuge entre Toppresseur et l'opprimé, Gessler, nous sommes tous les deux hors la loi ; notre seule loi, c'est la nécessité de se défendre. S'il faut que ma femme, mon fils et ma patrie périssent innocents, ou que tu tombes chargé de forfaits : meurs, tyran; et que la liberté revive! »

9 Tout plein de ces pensées, Tell, armé de son arbalète et d'une flèche, vole vers Kdssnacht , se cache dans un chemin creux. Le gouverneur vient à passer; la corde siffle...., la flèche d'un homme libre atteint le cœur d'un o[>presseur (*).

» Cette nouvelle répandit en même temps parcni le peuple Teffroi et la joie. La joie, car l'action de Tell ranimait les courages; rellroi , car en avertissant les despotes, cette action pouvait compromettre la liberté. Ces appréhensions heureusement ne se réalisèrent pas.

H) Le plus ancieD chroniqueur qui ait relalé ces évunements, le chevalier lucerools llelchlor Russ, dit que Tell tua Gessler depuis la plate* forme et non dans le chemin creux. Le ctkâteau de Kttssnacbt, M. Kopp Ta prouvé, o'apparteoait point à Gessler.

76 HI9T0IBB

» La uuil du i^" janvier arriva. L'un des jeunes gens qui avaient prêté serment sur Je GrUtli se iransporta au pied du château de Rossberg, dans le Haut-Underwald ; il y aimait une jeune fille. Celle-ci, au moyen d'une corde, le bissa du fossé du château dans sa chambre. Hais vingt autres jeunes gens attendaient encore sous la fenêtre; le premier les fit entrer de la mùnie manière. Dus qu'ils furent tous réunis, ils se rendirent maîtres du bailli, de ses gens et de tout ie château.

» Le jour venu, Laniienberg sortit du château royal de Sarnen pour aller à la messe. Vingt hommes d'Underwald vinren! au-devant de lui, apportant, comme présents d'usage, des poules, des chèvres, des agneaux el d'autres dons encore. Le gouverneur les invita à entrer au château. Arrivés sous la porte, l'un d'eqx donna un si^^nal avec son cornet, tous tirèrent de dessous leurs habits des fers bien aiguisés, les mirent an bout de leurs bétons et s'emparèrent du château, pendant'que trente autres, cachés dans un bcHs, accouraient | à leur secours. .Landenberg s*enfuil d'épouvante à Alpnach; mais ils ie saisirent et lui firent jurer, ainsi qu'à tous ses gens, de quitter à jamais les WaldsUEtlen. Après ce serment, on lui permit de se retirer a Lucerue. On ne fit de mai a personne.

» Des feux de joie brillèrent au loin sur les Alpes.

» Stauiïacher se rendit avec les hoinines de Schwytz au lac Lovverz el démolit le château de Scliwanau. — Walter Ptlrst et son gendre Guillaume Tell se mirent à la tôte des hommes d'Uri : la forteresse de Gessier fut prise de vive force.

» £n apprenant ces événements , le roi Albert fut hors de lui. Il rassembla des troupes, et, accompagné de beaucoup . de seigneurs et de nobles, il se rendit dans lÂrgovie. Il avait aussi avec lui son neveu et pupille le duc Jean de Souabe, auquel il refusait depuis longtemps son patrimoine. Le roi, après être parti de Bade le i"' de mai 1308, [>assa la lieuss i près de Windisch et s'avançait vers Rhei[ifelden , lorsque tout-à-coup le duc Jean s'écrie : « Voici le salaire de Tinjus- ! ticel » et en njôme temps se jetant sur Albert, il lui perce ; la gorge de sa lance. D'autres seigneurs conjurés avec le duc suivirent son exemple : le chevalier Rodolphe de Oaim enfonça son arme dans la poitrine du roi; Walther d'Ëschen-

Bl LA XATMII fUISn. 77

bach lai fendit la tête. Los autres restèrent immobiles à la vue de ce forfait. Bieotôt ils se dispensèrent tous. Le chef de l'empire germanique expira dans les bras d'um pMivre femme qui se Iroavail par hasard sur le chemin.

» Ge crime répandit Tépouvante partout. Le» assminB errèreni en proscrits dans l'empire. Zurich leur iérma eea portes; les Waldstœtten n*accordèrent point d'asileaoït meiivitriers de leur ènnfîmi. Mais ie9 enfants de la victi\me royale, le duc Léopold (J'Autriche et Agnès , reine de Hongrie, ainsi que la reine l^lisal)eih , veuve d'Albert, confondirent dans leur vengeance san^ninaire , couf)ables et innocents. Sur de sin^ples soupçons de complicité, ils rédiiisiront en cendres un criifui nontbrede chiUeaux : Warl, Fahrvvangen, Maschwanden, Aiibiiren. Voyant couler à ses pieds le sang de soixante* trois chevaliers innocents, la reine Agnès s*écria : « Je ai# baigne dans la rosée du mois de mai. » En vain Tépouse du dievaiier Rodolphe de Wart embrassa ses genoux et les arrosa de larmes pour obtenir la grâce de son épooi : il fut roué vif et eiposé, encore en vie, à la voi^ciié dès oi^seaux de proie. Du haut de la roue, il consolait sa fidèle compagne, qui, agenouillée au pied du gibet , ne cessa de prier et de verser des larmes, jnstprà ce que celte Ame si chère se fût envolée vers les cieux, A l'endroit où l'assassinat avait été commis, Agnès el'ses parents fomleiTiit le riche couvent de Konigsfeklen (le champ du roi). Elle-même s'y relira, résolue de linir ses jours dans la dévotion. Comme elle invitait les passants à se rendre (laos son église, frère Beiibold Slrebel, d'Ollringen, lui dit avec lacceut de Thorrenr : «Madame, cest une mauvaise dévotion que de répandre le sang innocent et de fonder des oaavents avec des richesses injustement ravies. »

Ainsi s'exprime notre écrivain populaire Zschokke, dont le récit concorde avec ceux de Tschoudi et de iluller , les deux pères de noire histoire nationale. Mais il parait cependant, par les nouvelles recherches historiques, que certains traits du récit de ces auteurs ne sont pas conformes à la vérité hislurupie; qu*'Agnes a ete calomniée; que le principal auteur de la \engeancf des Habsbourg est le duc Léopold, qu'une chroni(jue contenq)oraine c(>in[>nre nu t'eioce Jehu, roi d'Israël. Rodolphe de Wart, au lesle , n'était point innocent et avait coopéré au crime. Zschokke a néglige au;>si de nous

USTOIU

faire connaître la fin des autres réi^icides. Balm mourut caché sous le sarreau des bergers en Wurtemberg. Le duc Jean vécut sous le froc des moines à Fisc, en Toscane, jusqu'au jour où, découvert dans cet asile, il fut condauioîé à une priiOD perpétuelle par Henri Yll de Luxembourg» é(o em- .pereur à Francfort le 45 novembre 4908 e4 coorooné six semaiim après à Âu-la-Ghapelle.

La morl tragique d'Àlberi et la guerre contre les régksidea avaient soustrait momentanément les Waldstœtten à la colère des Habsbourg. L'élection d'un prince de la maison de Luxembourg, rivale de la maison d'Autriche, leur fut aussi favorable. Henri Vil confirma toutes leurs libertés et ajouta même le privilège de ne pouvoir être cité devant aucun autre tribunal que celui de Tempire. La charte qui octroyait ce -privilège fut signée à Constance le 3 juin ^309, au retour d'une tournée que l'empereur venait de faire dans ses bonnes villes de la Haute-Allemagne. Il avait passé le mois d'avril à Neuchâtel et à Bâle, les premiers jours de mai à Berne, Fribourg et Laupen; puis, par J'Argovie et Zurich, où il était resté du 45 au SO, il avait repris la route de Gonstanoe. liais la mort d*Henri VII en Italie où Pavaient suivi cinq cents gtferriers de Bernei Zurich et des trois dallées, et les événements qui suivirent viennent changer la face des affaires et menacer sérieusement la Confédération naissante des Waldstaetten.

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