‹ Histoire de la nation suisse d'après les principaux écrivains nationaux et quelques sources originalesChapitre 3 sur 34 · DB LA · texte numérisé non relu

DB LA

NATION SCISSË.

PMMière Partie*

Diviko ou HelvéCie primitive et libre (De 900 à 90 ont avant

VL cents aDS avant Jësns-Ghrist , les vallées audessQS desquelles le Rhin prend sa source étaient

encore inhabitées. Des émigrés ilalioles (') y cherchèrenl un asile. Ils avaient été chassés des pays maritimes où s'élèvent aujourd'hui les cités de Florence et de Gènes, par l'invasion des Gaulois ou Celles, race belliqueuse et puissante, maîtresse d'une grande partie de l'Europe occidentale et qui s'établit aussi dans le nord de l'Italie, oommée dès lors Gaule cisalpine. Ces réfugiés se re* tirèrent avec leurs femmes, leurs enfants et leurs dieux do* mastiques dans les gorges sauvages des hautes Alpes, isolées du reste du monde par leurs épaisses forêts et leurs vallées profondes. On appela le peuple qui se forma dans ces con* trées, BhHt ou àhéHm^ du nom de Rbétus, leur chef ou leur dieu. Plus tard, le nom de Rhétie s*étendit à la Valteline, au Tyrol et è plusieurs contrées voisines.

Les Rhètes n'occupaient que la partie orientale de la Suisse aclueiie. Au-delà du grand lac qui servait de limite à ce peuple, au-delà du lac nommé tour à tour Venèle, Brigantin

(1) Italioie est le nom qu'on donne aux anciens peuples de l'Italie, par opposition au peuple italim, ou peuple actuel de la péninsule.

■uran

el aojoard'hiiî lac de Goostanœ (Badensee) , se forma , pluaiean siècles avanl J.-G., la confédération des Hdvètes [^). tJ^4»é'' Les Helvètes, tribus celtiques . ocoup^îfnt les vallées situées léiu-^^ entre les Alpes el lé Jvra, entre lé Ahdne, le Léman et le ^ Rhin. Dans les vallées formées par les niontai>nes du Valais lé/O/^QM Alpes pennines, s'établirent d'autres peuplades distinctes des Helvètes par les mœurs el peut-être aussi par la race : les Vibères, les Vérai^res, les Séduniens, etc.

Genève, sur le Rhône, poste niilitaire d'une certaine fmporlaoce, appartenait à la nation gauloise des Allobroges (\ alliés des Romains. Un pont mettait cette ville en commanication avec les Helvètes. Les Rauraques, tribu semi-germaniqae, occupaient les défilés du Jura du côté de Bâie.

On ne connaît pas rorigine des Helvètes. Peut-être avant de s'établir dans notre patrie avaient-ils séjourné dans cette partie de TAIIemagne ou Germanie qui s'étend entre la forél du HartZt le Rhin et le Mein , et qui en a retenu dès lors la nom de Désert des Helvètes.

Ce peuple, comme nous le rapportent les écrivains grecs et latins (') , se multiplia lentement dans les vallées situées entre les Alpes et le Jura , entre le lac Léman et le lac de Constance. Entouré de bois, do rochers et de flLMivos, l'Helvète vivait du produit de la chasse , de la culture de la terre et surtout deTentretien des troupeaux. Une jeunesse ardente et intréfkide poursuivait le gibier à travers les forêts sombres, ou combattait les serpents et les quadrupèdes féroces, que recélaient lés marais et les antres des montagnes* De temps en temps, des bandes de ces jeunes guerriers se. jetaient siir les contrées transrhénanes et y. semaient Tépouvante. L^èlvétie toute entière ne comptait ique 4Ô0 villages et 19f villes. On ne connaît pas exactement la place ni le ném de cés dernières. Elles ne diiléraienl probablement, des villages que

(4) Nous nous servons du nom A'Hehcte, qui esl plus conforme que relui à^Helvétim ù l'étymologie de ce nom, qui doft dire Eàl'-bet-Uf ou pays du trwsfHtuWf en langue celtique ou gauloise.

(5) Les ÀUobrogei sont les habitants primitifs de la Savoie et du Dmphiné.

(3) Les auleurs grecs el latins qui parlent dos Helvètes sont les historiens César, Tacite, Pline, Fieras, V. Patercule, Orose , Plutarquc, Appien, Suétone, Ammien Marceiiin, Fréculpbe , Torateur Cicéron, les géographes Ptolémée et Strabon , etc.

Di LA Maoïi foua. I

par QQ fossé et un abatis d'arbres en goisa ds palissade. Les desneoresdes Hel vêles étaieol des Imlles; leor YèlesMOli daos le principe aa mdiis, oonaistaU en peaa d'ours, de taureaux sauvages ou de buifles tués à la obasseu Plus tard, ils eoimuraot la soie et les braies gauloises. Leurs armes étaient en pierre^ en cuivre et en bronze. On trouve des sabres, des marteaux et des ciseaux de guerre dans les tombeaux ou tumuli helvètes. Ces armes sont ordinairement accompagnées d'agrafes, de bracelets, de vases, d'autres objets de toilette ou d'utilité , en cuivre , en argent, en or et en verre, qui prouvent qu'une sorte de civilisation avait pénétré chez ce peuple ; civilisation grossière, il est vrai , car les lieivèies étaient £ort ignorants dans la métallurgie et les arts mécaniques.

Ce peuple était divisé, en une fouie de peuplades» Autant de vallées, autant de communautés indépendantes,- Plustours peuplades réunies formaient une tribu. De ces tribus, aucune n'est bien connue, ni les limites du territoire quelles oocu^ paient, bien nettement tracées (^). La plus renommée est celle des Tigurins, dont le courage téméraire et malheureux brilla dans l'invasion des Cimbres. *

Les Cimbres ou Kymris étaient, à ce que l'on croit, originaires de la Frise (^) et de la Suède, pays couverts de neige et de glace la plus grande partie de l'année. Obligés de ' quitter leur pays à la suite d'une inondation capsée par des ploies continuelles qui changèrent en lacs les vallées et les hauteurs, ils émigrèrent au nombre de 300,000 et pénétrèrent I les armes à la main, jusqu'aux bords .du Rhin. De là ils se jetèrent sur la Gaule, appeisnt à eux tous les hommes vaillants qui partageaient leur soif de butin et d*aventures*.

Une foule de jeunes Helvètes répondirent à cet appel. Im Tigurins surtout accoururent, à leur téte Diviko, jeune guerrier plein de fierté et d'audace. Les peuples de la Gaule poussèrent des cris d'eilroi et implorèrent le secours de Rome.

Les Romains envoyèrent une armée qui traversa les neiges

(4) Cé!^nr cnmplo quatre tribus, niais n'en nommo qve deux, iM Yl* j^rtfM el les Verhifiènes. Strabon nienlionnc kis Toijgcne.i.

(3) Les Frisom occupaient la province du royaume do Hollande qui porte encore anjounl'hui ce nom , et les cootréet voisine», le Hsnovre compris.

4 BUTOIU

des Af pes et desoendil vers le lac Léman. A cette nciivelle, les Hehrètea , qui combattaient avec les Gimbres, volèrent ao seoonrs de lenr patrie menacée. Une grande bataille ae livra anr iea bords do Léman. Les Helvètes eurent la vie» foire et firent un horrible carnage. Parmi les morts se trouvait le consul Gassius, chef de l'armée romaine. Les vaincus échappèrent au massacre , obtinrent grâce, mais durent se résigner à passer sous le joug, coutume humiliante et barbare, que les Romains appliquaient aussi à leurs ennemis. Diviko fit dresser deux poteaux, y plaça une poutre transversale et contraignit les ennemis à défiler , désarmés et nus , sous ce gibet, la téte servilement inclinée;* après quoi ils durent repasser les Alpes et reprendre le chemin de leur patrie. Poor loi, animé par cette victoire , il retourna vers les Gimbres, ses compagnons d'armes, et, de concert avec eux , ravagea le pays des Gaolots. Hais l'Italie 'dorée , avec son beau .dei| ses vins et ses fruits délicieux, souriait bien plus au conquérant que la Gaule tempérée. Cimbres et Helvètes se jetèrent sur ritalie et menacèrent Rome. Les Romains .se levèrent; des batailles terribles furent livrées; mais enfin la fortune abandonna les Cimbres; la plupart périrent par Tépée du consul Marius. Ceux qui échappèrent cherchèrenti dit-oUi un abri dans les montagnes de l'Helvétie.

Ce dernier fait, s'il était avéré, expliquerait la tradition qui dit t que des hommes chassés par la famine et Tinondallon vinrent s*établir dans ce pays ; » tradition conservée

de la Frise occidentale. » D'après cette ballade populaire, des émigrés septentrionaux, frisons ou Scandinaves ('] se ocraient fixés sur les bords du lac des Waldstœtten, au pied du Hacken et do Mytben, près de Brouch, dont le nom veut dire pays marécageux ; de là le nom de Brouchenburen ou paysans du marais. Deux frères, les héros populaires, Switter et Swen, auraient été les fondateurs de Schwytz. On trouve encore , il est vrai, dans ces vallées des noms de familles analogues aux noms Scandinaves.

D*après la même tradition , la population , devenue trop nombreuse dans les Waldstœlten , se serait répandue dans

(4) SamdinaMi est le nom général donné aux peuples des trois royaumes qui sont aa-delà de la Baltique : Suède , Norvège et DaoemarGk.

les vallées inhabitées, au bord da lac, dans le pays v<Mo de la grande forêt de Kerawald, da oété des sombres rochers

du BrUnig qui séparent TOberland bernois de TUnderwald; une partie des habitants auraient passé cette montagne, et s'avançant à travers le Hasii , ils auraient peuplé successivement, au pied des hautes Alpes , les vallées de Frouti^en, Obersibnen, Gessenay, Afflentsch et Jaun (Bellegarde).

Telle serait, selon les légendes et les chansons populaires, l'origiDe du peuple suisse proprement dit. Mais si nous consultons rbisloire sérieuse , cette origine doit être cherchée plus tard dans TinvasioD des Âllemannes et des Bourgundes, qui au V* siècle conquirent notre patrie sur les Bomaîns. Les Bourgundes aussi étaient des c hommes du Nord. »

Orgétorix ou seconde émigration des Helvètes. — L'Helvétie devient

province romaine.

ALGRÉ rissue déplorable de Pexpédition de Diviko et des GimbreSy Tesprit d'émigration et d'aventures ne s'était pas éteint ches les Helvètes. On s'y entretenait encore , sous le toit du pâtre e( du chasseur, de la fertilité et de la richesse' do sol de la Gaule et de ritalie. a Là , disait-on , sous un ciel chaud et bienfaisant, croissent la vigne, le figuier et Tolivier; à peine y connaît-on les rigueurs de l'hiver. » Ces descriptions excitaient les appétits et frappaient l'imagination des robustes habitants de la sauvage Helvétie.

Un homme ambitieux et puissant sut profiter habilement de ces dispositions de ses compatriotes. Cet homme était Orgétorix, dont le nom en langue celtique ou gauloise veut dire Qhêf de eeni vaUées (^). £n effet, 40,000 vassaux et esclaves cultivaient ses champs et faisaient paître ses troupeaux. Redouté ches les Helvètes , il jouissait encore d'une grande

(1) Amédée Tbierry. BiiUdré d$ ta Owh.

ooQiidéralion ehes les chefs gaulois da voisinage. D'entente aveo deux de ces derniers, le Séqnanien Casticus et l'Éduen Domnorix , il forme une conjuration dont le but devait être de se procurer è tut-mèoie et a ses deux amis la souverai*

neté sur leurs peuples d'abord , et la prééminence sur les autres chefs gaulois ensuite. Dans ce dessein, il s'adresse aux chefs des diverses tribus belvètes , et à la nation ellemême, rengageant « à quitter un sol ingrat à peine suffisant pour nourrir les habitants et leurs troupeaux, un pays resserré par des fleuves et des montagnes, qui leur rendaient les excursions moins faciles qu'aux autres peuples. » Il fait voir « que si Témigration précédente n'avait pas réussi, c'est qu'elle n'avait pas été assez générale. Mais quel peuple pourrait résister à une émigration en masse de la grande nation des Helvètes? »

Ces discours émurent tous les esprits. Les tribus, réunies en assemblée générale; décrétèrent une émigration en masse. Deux années furent consacrées aux préparatifs nécessaires. Pendant ce temps, on fit des provisions de blé suffisantes ; on se procura les bôles de somme et les charriols qui de- • vaient transporter les familles et le bagage ; on s'assura Talliance de plusieurs peuples , l'appui des chefs gaulois de la Séquanie et du pays des Éduens (*) par lesquels devaient s'acheminer les émigrants. Chargé du soin des négociations, Orgétorix en profite pour s'unir encore plus intimemeat aux principaux de la Gaule; il donne sa fille en mariage au célèbre Dumnorix, Ton des plus grands ennemis que Rome eût dans^ ce pays.

Mais les intrigues d'Orgétorix inspirèrent des crainte^ aux Helvètes. La peine du feu était réservée à quiconque essayait d^QSurper la souveraineté nationale. On cita Orgétorix à comparaître et <i se justifier en assemblée publique. Mais le jour du jugement arrivé , ce chef audacieux s'eiiloura de tous ses fidèles et brava les juges. Ceux-ci alors appelèrent aux armes toute la nation. Mais dans rintcrvalle, Orgétorix se donna ou reçut la mort, et échappa ainsi a la fia ignominieuse qui lui était destinée. ^

' (I) SéquonUt aujourd'hui la Franche-Comté; le pays des Éduens ou Pourgogne.

AB Là RAnOll

Les Helvètes ne renoncèrent point pour tout cela à leur plan d'émigration. Au contraire, ils disposèrent toot pour le départ. Le moment venu , pour s'ôter toute |>ensée et toat espoir de reloor, ils mettent le feu simoltanéiapt à leurs 4i villes et à leurs 400 villages. Puis ils se meltenl en marche vers Genève , au nombre de 963,000, dans le dessein d*y passer le RhOne. Ils sont joînis en route par plus de 100,000 auxiliaires epparlenanl aux tribus alKées qui oooupaieoi lés bords du Rhin et du lac de Constance. Il y avait entre autres 23,000 Rauraques. Mais sur 366,000 émigrants, 92,000 seulement étaient en état de perler les armes.

A la nouvelle de l'approche des Helvètes, Rome, qui, à ia possession de TAsie, joignait celle de l'Itaiie et des Gaules, se hâte d'envoyer sur les bords du Rhône son plus fameux capitaine. C'était Jules César , ennemi d'autant plus dange* renx pour les Helvètes, qu'outre Tinjure faite au nom romain sur les bords du Léman, il avait encore à venger le resaen* timent de son beau*pére, dont Ptffeul était tombé dans ce même jour sous les coups des Tigurins.

Aussitôt arrivé à Genève , César finit remprè le pont qui communiquait avec la rive helvétique , et forll6e la vUle de murailles et de tours improvisées; puis il parlemente avec les députés des Helvètes, jusqu'à la venue des renforts qu'il attendait, et refuse alors nettement le passage. Ayant vainement essayé de le forcer, les Helvètes se détournent vers les gorges du Jura , dont les Séquaniens leur accordent l'entrée à la prière du beau -fils d'Orgélorix. Ils pénètrent ainsi en Gaule, mais par des sentiers étroits, le long de rochers escarpés, au-dessous desquels le Rhéne mugit dans ses abtmes. Ib traversent, non sans commetfre quelques dégâts, les terras des Ëduens, perdent vingt jours au passage de la Saéne, et ils ne Pavaient encore effectué qu'en partie , lorsque César paraft tout*è-coup avec ses légions, fond sur les Tigurins qui formaient Pavant-garde et en tue un grand nombre. Étonnés de ce revers, les Helvètes députent à César leur aneien chef Diviko, alors blanchi par les années et qui avait échappé au carnage de sa tribu. « César, » dit le vieux Diviko, dont les paroles nous ont été transmises par ce général romain luimôme, « laisi^o-nous nous établir en paix en Gaule. Nous occuperons la contrée que tu voudras bien notis désigner«

Prends garde d« refuser noire demande. Il pourrait l'en arriver comme à Cassius sur les bords du Léman. » « Les dieux, répondit César, vous ont accordé une victoire aux bords du Léman pour vous reodre aujourd'hui la déiaiio phis sensible* Je vous laisserai oependaDi continuer votre i^te à une oondilioo. Jarez de respecter nos alliés , indemoises les ËdneDs, efc donnes-moi des èlages.» < Des étages I s^rie Diviko; nos pères nous ont appris à en recevoir, qod à en donner. . Lm Romains devraient le savoir. »

Là-dessns , le» Helvètes reprirent leur marche , que le nombre et le bagage des émigrants rendaient lente et pé* nible. Les Romains les suivirent de près, livrant de pelits combats. Les Helvètes irrités font tout-à-coup volte-face contre l'armée ennemie. Il se donna une bataille générale près de Bibracte (Autun), où Ton se battit avec acharnement de part et d autre, depuis les sept heures du matin jusqu^à la tombée de la nuit. Â la fin , les soldats de César remportèrent, grâce à la supériorité de leur chef, à leur habileté militaire et à la mauvaise trempe des boucliers dont se couvraient lee Helvètes. Vaincos, ceux-ci se replient sar la colline où ils avaient mis en sAreté leurs femmes, leurs enfanta et leurs trésors derrière une barricade de cfaariota« L*ennemi les y poursuit l'épée dans les reins, et, après on oombat désespéré qui dure jusqu'au milieu de la nuit, parvient k forcer ce dernier retranchement. Alors commence un massacre horrible. Les femmes, les vieillards, les enfants ne furent pas épargnés. On fit peu de prisonniers. De ce nombre se trouvèrent une fille et un fils du malheureux Orgélorix. Le sort de Diviko est resté ignoré; il fut sans doute du nombre des morts. Cependant une partie de l'armée helvète , forte de 430,000 hommes, avait réussi à s'échapper à' la faveur des ténèbres; mais traqués par les tribus gauloises , ils furent contraints d'implorer la clémence do vainqueur* César exigea avant toot qu*on loi livrât toutes les armes, les transfoges et des étages. Pois, comme ce général Tavoue lui-même dans ses mémoires ou commentaires, non point par généro* aité, mais pour ne pas laisser envahir aux Germains les solitudes des Alpes , il permit aux Helvètes de rentrer dans leur patrie, de rebâtir leurs villes et leurs villages, et donna ordre aux ÂJiobroges de leur fournir le blé nécessaire.

DB LA MâTIOll 8UI8SK.

Pleins de honte et de douleur, réduits au nombre de 440,000, les Helvètes retournèreni dans les vallées qu'ils avaient quittées , et iràtirent de nouTelies babitatîMis sur lea cendres des anciennes. Mais César ne joge pas à propos d^abatadonner è Ini-méiiMr'un peapJe si entreprepant et si braye. Il établit une colonie nylitaire è Noviodunuan (Nyon) el y appelle la dousième légion (') campée auparavant sor les borda du Léman. En même temps, pour assurer aux Romains la libre communication avec l'Italie par les Alpes pennines, César envoie une partie de ce corps occuper au pied des monts la bourgade d'Octodurum (Martit^ny) en Valais. Mais les fiers habitants de ces vallées, que le Hhône traverse avant de se jeter dans le Léman, étaient accoutumés à jouir d'une liberté sauvage et à rançonner à leur gré les marchands qui traversaient leur pays, ils virent avec fureur des soldats étrangers s'établir tout près d'eux. Descendant des montagnes d'une maniéfie ausai inattendue qu'impétueuse, ils fondirent sur les Bomains et contraignirent leur cbef Galba dialler prendre ses'quartiers d'hiver cbei les Allo-* broges ; mais les Romains ne se retirèrent qu'après avoir brMé Octodure et tué plus de 4 0,000 hommes, tant des Gaulois du Bas- Valais que des Sêd unions et Véragres, habitants du Ilaut-Valais. Ce fut le dernier acte de résistance des Valésiens. Les Romains occupèrent de nouveau Octodure et restèrent maîtres du passage des Alpes pennines.

Les Rhèles ou Rhétiens seuls se crurent invincibles derrière leurs glaciers et leurs lacs. Ils étaient rassurés par les nombreux alliés ou compatriotes qui veillaient en sentinelles sur les bords de l'Inn et dans les plaines qui avoisinent le grand lac.

Peut-être auraient-ils pu conserver leur liberté , s'ils se Ibssent tous contentés de la vie paîsible et laborieuse de quelques-unes de leurs peuplades, qui échangeaient avec tas peuples voisins leur fromage , le miel , la poix et le bitume contre les fruits de la terre. Mais une partie des Rhèles, semblables aux hordes du Valais, vivaient en sauvages, pillaient les voyageurs et ravageaient les villes d'Italie. Ils poussaient même la cruauté et la supersiitign au point d'immoler des

(I) Légionj corps de 6,000 hommes commandé par un légat (générai), et éiTisé en oobones dont les cbefs portaient le notti aa iriftem (ooionato).

40 BISTOIRE

prisooniefB sur las autels de leurs dieux» Auguste, successeur de César et premier euipereur romain, envoya contre eux deux armées, dont Tune était commandée par Tibère, qui fut em[)ereur après Auguste. La première de ces armées passa les Alpes et descendit vers l'Inn ; l'autre , où était Tibère, traversa le lac de Constance. Un lutAe terrible s'engagea. Les eaux du lac et les défilés des monts furent rougis du sao^ des dé/anseurs de ia liberté rfaéiienne. Mais Home fut victorieuse partout Uo sombre désespoir s*oinpara alors des habiUiQts de la Rbétie, donl m grand nombre se déipouèreni à la mori dans le dernier aombat. On raconte que lea femmaa rhéciannes, partageant le désespoir et ThéroYsme barbare da leurs époux, se précipitèrent au milieu des combattants, et écrasèrent leurs enfcjuts contre le visage farouche de leurs ennemis, « comme si toute vie dans leurs montagnes devait finir avec la liberté. » (*)

La soumission de la Rhétie répandit la joie dans-^lome. On célébra la victoire de Tibère par des honneurs extraordinaires. Pendant les siècles qui suivent, la Hbétie n'est connue dans l'histoire que par les excellents soldats qu'élis feurnii «ux Bomaioa, et son bon vin dont se délecte mmp^^ reur Auguste , et que las poètes de la cour oompBcent au fêUMX vin de Falerae* . .

in.

Tableau de la domination romaine dans THelvétie.

(Dt ôû am avant J.~C, à 400 aprè$ J.-C)

BS Helvètes ont fondé la première nationalité au sein des Alpes; ils y ont établi une confédération primitive et libre, et donné au pays son plus ancien nom. Mais la civilisation est un produit .de la domination romaine; .elle ;pénétra dans l'Helvétie avec la servitude. Rome, en dtant k l'Helvétie la liberté politique » lui donna la liberté intellectuelle, malbeûreusament aussi ses raffinements et ses eicès. Des cités 0b*

(4) Belle expresaion de Zscbokke.

DB U KAtiaïf 8UI8SB. 1 1

rissanteB prirem la place des bourgades d'amrefeis. Outre Geneva ei NoviodoQiim , déjà impoiianles avanU ei pendam ^

les premiers temps de la conquête romaine, trois tflles pria-

cipalement deviennent les centres de la culture latine : Rao-

rika au nord, Aventicum au sud, Vindonissa à Test de l'Hel-

vétie. Raurika, appelée aussi Augusta Rauracorum, et fondée

par LucTus Munatius Plancus, voit s'élever ses tours de bri-

qucs rouges et ses temples de marbre noir; Vindooissa, un /<Jck

arc de triomphe, et Aventicum , un amphithéâtre bâti sur la

modèle du Goiisiâe (^). Les statues, les urnes, les amphorai|

les pavés mosaïques et mille autres objels d^art qui onmil f^^^i^f,,.^

nos musées sont des moDomeuts de l'art rmnain datts notre ' ^ ^

patrie. Les ouvriers auxquels ou doit oes ohelh-d'œuvre ii*é»

talent pas tous Ualiotes ou romains. Il en venait de loote^les

parties de l'Europe et du monde.

Les lettres et les sciences ne furent pas oubliées. Aventicum, capitale de toute l'Helvétie, avait une académie où s'enseignaient la médecine, les lettres, l'éloquence. Augusta possédait un théâtre pour 12,000 spectateurs. L'un des magis*trais de Minnidunum (Moudon) , nommé OElius Avienus, légua l'60 sesterces (environ 4,000 francs de notre monnaie] pour rétablissement de jeux gymnas tiques dans cette villei avec la clause expresse que si Ton n^était pas exact à exé* • cuter les intentions du donateur, le leg^ passerait à la viUe d*Aventicuin.

L'Helvétie, qui avait ses premiers artistes , eut alors amii ses premiers écrivains. L'un d'eux, Glodius PaoluSi doit avoir raconté la victoire- de Diviko sur les bords do Léman.* Mais

de leurs ouvrages' aucun n'est parvenu jusqu'à nous. Tout notre savoir sur lllelvélie romaine est tiré des auteurs latins et grecs, des médailles et des inscriptions si nombreuses à cette époque (^), et des débris d'art et de monuments découverts sur remplacement des cités et des villes romaines.

Les Romains introduisirent chez les Helvètes leur religion. Jusque-lâ, ce peuple avait , comme les autres GauloiS| adoré la nature sous diverses formes et sous différents noms* Ua

(i) Amphithéâtre de Rome, bûli sous Vespasien.

(?) Le savant Orelli, do Zurich, a pubhé un recueil de 300 inscriptions authentiques. L épitaphe si touchante de Julia Alpioula est malheureusement apocryplie.

1^ HISTOm

D^érigeaient aucun temple à ieurs divinités. Des blocs de roeber debout et disposés en forme circulaire, quelquefois même deax ou trois pierres levées, formaient le sanctuaire. On voit enoore de ces pierres, appelées dolrmm, Ueh ou mm^ Mr, dans le P«ys-de-Vaud , dans le val de Délémont et le Pays-'d'Ajoie, autour de Porrentruy. La caste des druides, (Mitres versés dans les lois , la médecine et les sciences occultes, qui existait chez plusieurs tribus gauloises, parait n'avoir pas été connue des Helvètes. Il en est de même des bardes, chantres sauvages des combats et des fêtes populaires f qui se rattachaient aux druides.

 celte religion triste et grossière, les Romains substituèrent un culte magnifique. Ce culte, ils Tavaient emprunté eux-mêmes aux Grecs et aux Étrusques. L*usagedes temples, des sacrifices, des cérémonies, des processions, de Teau lustrale, piusieors ordres de prêtres, distincts par le rang, le dostume , furent introduits chez les Helvètes avec une foule de divinités^nonvelles (^). Chaque maison eut ses dieux pénates; chaque tribu, <Àaque localité, son génie tutélaire. Les empereurs eux-mêmes furent placés sur les autels par la flatterie et adorés comme les dieux de l'olympe.

L'industrie, l'agriculture et les arts mécaniques participèrent de la vie nouvelle qui s'ouvrait pour l'Helvélie. La charrue des premiers teujps fut un peu perfectionnée. Les vaches et le fromage des Alpes acquirent du renom (^). La vigne fut plantée aux bords du Léman. Les grandes routes ou toîes militaires tracées par les Romains servirent à l'écoulement des produits agricoles, comme à l'établissement de relations commerciales avec les pays voisins. La plus belle , la •filiis laifte des chaussées romaines traversait le Valais, Ion- ^•ait.let LémaOi conduisait à Aventicuro, la capitale du pays, et .de là à Augusta par le célèbre passage de Pierre'FerimB, oii Ton voit encore une Inacription romaine. Des odonnas mll-

(4) Jupiter était adoré sur le mont Pennin ou Saint-Bernard et à Payerne (Paterniacun) ; Mercure, Epona et Vénus, près de Soleure; Mars avait un iomple. prèâ de fiienne; Apollon, à Aveoticum et à Geneva; Bcuxhu» était honoré dans les pays vignobles qui bordent le Léman. Dans ce grand nombre de divinités, la déesse Àmitia, patronne d'Aventicnm, est la seule divinité nationale que l'on connaisse chez les Helvètes.

(2) L'empereur Antonin-le->Pieux mourut d une indigestion de fromage des Alpes. (SuétoDe, biographe des douze Césars.)

DE Là MAÎIOM susse.

liiiires îndiquafeDl le» d'nUnces. Les voies d'eao forent uiili-

sées pour le commerce. Les sapios du Jura, transportés à • librodunuiii (Yverdon), étaient conduits de par le lac, la Thièle, le lac de Bienne et l'Aar, dans le Rhin, pour servir à la couslruclion des navires. Les Helvètes primitifs ne connaissaient que les métiers les plus indispensables, ceux de charpentier, forgeron, potier, cordier, etc. Les Romains naturalisèrent chez 06 peufiie presque ions les arts connus aujoard'hoi, et leurs oorpa de méliers ou corporatioas d^arlisM», eoQDua ao uioyan-àge sous le nom de iri^oo «May«f.

La maotèra de vivra des Belvètes, leur vie privée el sociale était aiaat complètenieai changée. Il en fàl de même bleol6( de la vie politique e( nationale.

César avait laissé, il est vrai , aux vainous, lenra Ida el leurs magistrats propres. Les députés de la nation se réunissaiciit comme du passé à Aventicum, siège du gouvernement et des archives. Bien plus; par une faveur spéciale, les Romains avaient permis à la milice du pays d'occuper le fort de Baden, ville déjà célèbre alors sous le nom de Bains ou Thermes helvétiques. Les Romains avaient pu faire cela sans grand danger; dans le voisinage était la fameuse forteresse de Vindooissa, oocapéa par la vingt-uniôma -légion»

Mais à mesure que les moBors et les institutions romaines se répandaient dans le pays, à masure aussi s'effaçaient toutes las dUtinetions, toutes les libertés -oatianafes. Déjà Auguste avait inoarponé THelvétie à Tune des provinoes de la Gaule. Nos pérea durent obéir à un proconsul étranger qui résidait soit à Lyon (Lugdunum), soit à BesaiHpod (Vesontio), soit même plus loin encore, à Trêves sur la Moselle, fin revanche, ils virent s'établir dans leur patrie une foule de fonctionnaires ou préfets pour la police, la liuerre, les fin.inces surtout. Rome était savante dans Tart de pressurer les fieuples soumis à sa domination. Klle iTetaii [)as inoins habile à diviser pour régner. C'est ainsi (]ue pour reiulrt; les di\ erses lo«alités d'un pays jalouses el ennemies les unes des autres^ elle accordait à chacune des privilèges distincts et opposés; Les villas de r<Ueiuétio étaient rangées en (rois classes;. 11 y avait des colonies nûkkàreSf des mumeép», de simples ptéfeHures»

Les €olonie$ mUUaires^ peuplées en grande partie de familles romaioes, étaient des images eu petit delà métro -

poto« Ces petites Komee evaîeiil leur fmrwKk ou grande plaee où ee rteoiseaienl les citoyens; leur capUoUt édifiée élevé où siégeaient les décuriem, sénal nmnicipal , présidé par les

duumvirs, espèce de petits consuls.

Les municipes étaient moins brillants; mais ils étaient plus libres et conservaient leurs magistratures indigènes. Certaines villes, Aventicum, par exemple, étaient tout à la fois municipes et colonies ; d'autres , comme Lousonnia , Noidelonex (^j, Tarnada (^), étaient simplement municipes.

Les préfecturut alMolument soumises aux foncUoiioairee envoyés de Rome, n^avaient aucune magiatratore propre.

Les colonies militaires n'étaieni pas seulement peuplées de soldats romains, mais d'bommes de tous les états el de toutes les elasses : prêtres, seribes, avoeats, médeoins, arebitecteSi artisans, jusqti'aux joueurs de .flûte et eomédiens, dont tes speotaoles étaient oaloolés de manière à amollir les âmes et à les façonner de plus en plus à la servitude. *

Âussi , éblouis par le luxe et les jouissances, les Helvètes eurent promptement perdu avec leur énergie sauvage, toute individualité, tout patriotisme. Les grands donnèrent le mauvais exemple; ils singèrent en tout les manières romaines. Ils allèrent môme jusqu'à changer leurs anciens noms contre des noms romains. A la fin du premier siècle de la domination romaine, l'Helvétie était toute dénationalisée.

Malheur ad people qui oublie les traditions de ses pères I Les Helvètes ne devaient pas tarder à payer bien ober les trompeurs avantages d'un bieo-étre extérteur, sans digmté el sana indépendanee.

Environ sojxast^ et dix ans après J.-C, ^nè soldatesque effiréoée asssssina à Eome l'honnéle empereur Galba, et mit h sa place le cruel Vitellius, qu'une partie des Romains refusèrent de reconnaître. Les Helvètes ignoraient la mort du premier; mais les chefs des garnisons romaines, qui l'avaient apprise de bonne heure , se liguèrent en faveur de Vitellius, expédiant et recevant de nombreux courriers. Les Helvètes étonnés crurent qu'il s'agissait d'une révolte contre Galba. Les soldats romains étaient d'ailleurs arrogants et indisciplinés; oeux de Viodonissa enlevèrent la solde destinée è la

(1) Noidelonecv, Neuciiâtel.

(S) Tamadoy près de Saint-Maurice, en Valais.

DE IJL NATIOil SUSSE. \ 5

garntsoa helvéliq4ie de Baden. AoBSilôi eotte dernière usa de

représaHiea el intercepta les messages et les lettres d'Aulus

Cécina , chef militaire de la province.

La Douvelle de cet affront prétendu alluma la colère du général romain. A la tête de ses troupes , il marcha sur THelvéiie, ruina la forteresse ef, la ville florissante des Thermes helvétiques, et ravagea tout le pays environnant. Les Helvètes prirent les armes pour se défendre. Mais déshabitués de la guerre, sans discipline, sans courage et conduits par un général inhabile, Giaudius Severus, ils furent entièrement défaits. Poursuivis aa*delà du Biœtzberg (^j par les cavaliers de Vitellius, el traqués jusque daus les bois et les eavemas comme des bétes fauves, beaucoup furent égorgés; d^aotrea, faits prisonniers et vendus comme esclaves (l'an 69 de l'ère i&rétœnne). '

Cette sanglante expédition n'éteignit point la rage de Cécina. Il porta le fer el le feu juscjue sous les murs d'Avenlicum, séjour du duumvir Julius Alpinus, l'un des chefs les plus respectés de la nation et que Cécina fil saisir et mettre à mort comme l'insti^^ateur de la révolte. Puis, comme si tant de désastres ne suffisaient pas pour punir les Helvètes de leur té- .méraire prise d'armes, il menaça cette nation d'une exterminatioii totale, si elle ne se bâtait d'obtenir sa grâce du nouvel empereur. Des ambassadeurs, à Jeur téte Giaudius Cossus, magistrat célèbre par son éloquenee, aoooururent aux pieds de Viteliios. Ce prince leur pardonna, osais comme à de vils esclaves. L'Helvétie dégénérée a'éebappa è la destniotîen qoe pour tomber dans rabaissement moral, plus terrible encore pour un peuple de oœur et qui a le sentiment de sa dignité.

Les bienfaits de quelques empereurs, successeurs de Vitellius, relevèrent notre patrie de ses pertes matérielles, sans empêcher sa décadence. Vespasien, qui n'était pas né à Avenlicum , comme on l'a dit, mais dont le père y avait exercé les fonctions de receveur, repeupla cette ville el mérita le beau titre de Restaurateur de l'Helvétie. Aventicum atteignit alors une grande splendeur. Des vétérans el des ouvriers de tous pays, Gaulois, Grecs, Espagnols, Hibernois, Lusitains, Asiatiques et Africains même se pressaient dans son eaoeinte

(I) TocéttiuMoiit.

agrandie et fortifiée. Titus, fils de VespasieOy eontinoa rœavre de son père. LesUelvôtes reooûDaiasants le solvireot, au nombre de 9,000 , au siège de Jérasalem , dans la Pales- Uoe. ÂQ retour, frappés d'une oertaine ressemblance , ils donnèrent le nom de lac de Génézareth au lac d^Aventicum, et celui de Gttlilée à la contrée environnaote.

Parmi les successeurs de l'ilus, Trajan, les Anlonins, les Sévères, princes célèbres par leur hunianilé et leur amour pour les lellres, furent favoiables à rHelv<'lie. Des routes des ponts, des médailles atiestent leur munilicence. '

Mais Rome et Tempire immense qu'elle avait fondé par rhéroïsme et l'habileté politique, allaient périr par la mollesse et par i'égoïsme. Corrompu par l'or et les jouissances, la peuple romain ne demandait plus que deux choses : du pain et des spectacles. Spectacles impudiques, spectacles sanglants où des centaines, des milliers de malheureux gladiateurs étaient contraints de s^égorger dans le cirque ou de périr sons la dent des bétes féroces 1 L'esclavage le plus odieux régnait dans Fempire. Le mettre pouvait à son gré battre, tuer son esclave, assouvir sur lui ses passions les plus honteuses. Rendus insolents par le succès, les soldats romains tuaient les empereurs qui leur déplaisaient et vendaient le trône au plus offrant. Les généraux ambilieux et cupkJes étaient plus occupés à se disputer le pouvoir qu'îi défendre les frontières. La croyance aux dieux, la probité , le patriotisme étaient un objet de mépris pour Tesprit ricaneur des sophistes ou faux philosophes. Le luxe et l'amour elfréné des plaisirs avaient dégradé à un tel pQint les .fils des grandes fauitlies, qu'ils se mutiiaieotle pouce pour se feire^exempier du service militaire, ou mettaient des masques pour garantir leur belle figure, souvent fardée comme celles des actrcies^ Dans le même temps , deux événements extraordinaires , accomplis l*ttn en dehors , Tautre au sein même de Tempire romain, allaient achever sa ruine et fonder un monde tout nouveau. Ce monde s'appelle le moyen-âge.

DI LÀ RATIOH f DI88I.

Origioe du Gbri&tiaiusme. — DomiDaftioa peuples geroitmques.

' ÊÊÉ0V^^{ ^ f^'^^ mémorable, le plus fécond de ces évenements, c'est rélnblissenient du christianisme. La pBS^T^^-croyance en un Dieu unique, saint, père de tous in^^^l?^^ les hommes, fut mise f\ la place do la mythologie ffP^ ^1 y avilisssante et mensongère dos Grecs et des Romains. La chasteté, le renoncement au plaisir, le désintéressement et la fralernilé, toutes ces vertus naturelles, fortifiées et embellies par les vertus chrétiennes, reparurent parmi les peuples, el furent portées au plus haut degré dans TÉgliée ohrétieoDe primitive. Jésus-Christ, Hiomme-Dieu , avait enseigné el répandu sa doctrine è Jérusalem et dans les coBtrées avoisinantes. Ses apôtres et ses' disciples la firent conoattre aux autres peuples de TÂsie, de l'Afrique et de FEorope. Précbée à Rome, elle pénétra dans les Gaules, tfoù elle fut apportée dans noire patrie par des chrétiens de Lyon et de Vienne en Dauphiné. Bientôt de petites communautés chrétiennes fleurirent sur les bords du Léman et du Rhin, à Genève, Vindonissa, Augnsla-Rauracorum, Aventicum , Octodurum (Marli£»ny) et Coire.

Plusieurs empereurs romains persécutèrent les premiei's chrétiens. Pe braves légionnaires furent égorgés dans le Valais, pour n^avoir pas voulu sacrifier aux idoles, comme Fordonnait Teropereur Maximien (l'an 386 après J.-G.}. D'autres soldats cbrétîens et des femmes héroVques donnèrent leur sang pour la foi è Soleure, à Goire et à Zurich.

L'empereur Constantin fit cesser les persécutions et embrassa le christianisme. Mais ce prince , plus politique que religieux, en changeant les évéques, qui n'étaient au commencement que des prêtres un peu plus élevés que les autres, en comtes et seigneurs, et en les dotant de grands biens, introduisit un esprit différent de celui qui animait la primitive Église. Gependant l'amour du prochain , le reoon-

USTOIRB

cernent aux biens de ce monde , le iravail des mains unis à une foi vraie et ardente, se moDlrèrent longtemps chez un grand nombre d'évéques et de missionnaires de la foi nouvelle.

L'autre événement dont nous avons parlé s'accomplit par les peuples de la Germanie (Allemagne). Pendant que les Bomains s'amollissaient dans ies joaissances, d^innombrables Iribos, germaniques pour la plupart, parcouraient libres, sauvages el Indomptées, les forêts et les pâturages de l'est et du nord de l'Europe. Poussées comme par une voix do ciel, elles s'avancent refoulant peuple sur peuple, chassant devant elles, à la pointe de Tépée, tout ce qu^elies rencootrent sur leur passage.

D'abord vinrent les Àlleraannes, guerriers farouches , de race germanique. Pendant deux siècles et demi de guerres continuelles, ils avaient pénétré toujours plus avant dans le territoire soumis à la domination romaine , et s'étaient approchés insensiblement des montagnes helvétiques. Ils furent repoussés par Constance Chlore, père du grand Constantin, qui les vainquit à Yindonissa et leur opposa une nouvelle ville qu'il nomma de son nom, sur le lac de Brégentz. Hais ib revinrent et entrèrent comme un torrent dévastateur par les gorges du Jura et se répandirent sur toute THelvétie. Depuis la Porét-Noire jusqu'au pied des Alpes, rœil ne put plus découvrir quHsne scène de ruine et de désolation. La magnificence d'Aventicum et de Vindonissa fut changée en décombres. Le Romain comme l'Helvète , si le fer ennemi l'épargnait, devenait esclave. Les Alleniannes partagèrent entre eux, avec ses biens et ses habitants, tout le pays qui s'étend depuis le Rhin et le lac de Constance jusqu'au lac des Quatre-Cantons et à l'Aar. Les souvenirs de Rome et de THel* vétie romaine furent entièrement effacés.

Les hordes des Huns, peuple sorti d'Asie et plus farouche encore que les Allemannes, traversèrent ensuite le territoire helvétique. Ils ne s'arrêtaient nulle part; mais partout le feu, le sang et les larmes marquaient leur passage (').

Vinrent ensuite les Bourgundes (^) Tan 443, race énergique

(4) Bd 451, Attila, roi de» Huns, fut défait par Aétiua dans les plaines de

Ghâlons. En 452, Attila envahit la Haute-Italie.

(2) Il y a entre les Boungundea et les Bourguignons la mémo distinction h établir qu'entre les Francs et les f)rançais. Les premiers sont des peuples

m Lk JUnOR BUI88B.

et laborieuse, convertie au christianisme par l'évéque Ulpkilas, qui avait traduit la bible en langue gothique. Peu nombreux, lAais intrépideft et d^uoe taille gigantesque, ils aidèrent aox Romanis à vaincre les Huns, et s'établirent avec leur conseniement sur les deux versants du Jura, dans la Savoiai sar les bords da LéiDSO, dans le Bas- Valais, jusqu'à l'Aar, eo 00 mot, dans toute rHelvétie ocddeotsie (45â]. .

Peu après, les Goths," peuple originaire do nord de l*Bo-' Q-'^/^^ râpe et affilié auxl^oorgondes, entrèrent dans PHelvétie da . ^ ^ eôté do midi, en trayersant les plus hautes Alpes. L'Italie . était déjà devenue leur proie; la Rbétie avec ses vallées etjses ^ * . ' / montagnes couvertes de pâturages eut le même sort. La puis- ' ^ sance des Goths s'étendit bien au-delà du lac de Wallenstadt * i^^ ' jusqu'aux Sitters, petites rivières d'Appenzell, par dessus le -c/».* Saint-Gotthard , dans les vallées d'Un et dans le pays de Glaris.

Alors le nom de THelvélie se perdit. 1! ne fut plus question que des États des AUemannes, des Goths et des fioorgundes.

Dans tous les pays où ils arrivaient, les AJlemanoes minaient les villes; ils n'habitaient que des métairies et des iéniies. Leors esclaves , bommes, tomes et enfonta, leor servaient de bergers, de laboureurs et d'artisana Voulaient ils favoriser on de leors serfs , ils lui donnaient des terres inaliénables, pour lesquelles il les payait en cens et en oor-*. fées. Leors troupeaux leur fournissaient la nourriture dont ils avaient besoin : de la viande, du lait et du fromage. Tout, le pays consistait en terres et en pâturages communs (AUfnend). Le sol autrefois labouré fut laissé en friche; des broussailles et des forêts couvrirent les lieux qu^avait sillonnés la charrue romaine. Autour du lac de Constance se multiplièrent d'immenses bois, repaires des loups et des ours. Idolâtres , les AUemannes adoraient le dieu Odin ou Wodan; ils lui offraient de la bière on lui sacrifiaient des chevaux sur les bords do Rbin.

Dana la Haole-Rbétiei les Gotbs conservèrent leor esprit MKqueox* Mais chrétiens comme les Bourgundes , ils avaient des mcBors douces; ils soumirent le peuple à la servitude sans lui èter séb anciens usages. Au lieu de raser, comme les AUemannes, les forteresses qu^ils trouvèrent, ils en con-

gemuniqiiM ; les Moondi, Sm deseeiMlaott des prttiiiiert,|pDài8 tout à fait ^UMraais par It Isagae st Im nimirs.

USTOU£

struisirent de nouvelles. Retirés dans leurs châteaux forts, les comtes et les seigneurs gouvernaient les vallées tributaires au nom de leur roi, qui avait son trône en Italie.

De tous ces peuples étrangers, les plus humains étaient les Bourgundas. Devenus maîtres du pays par les négocia* lions autant que par les armes, ils laissèrent aux sujets romains la plaine et s*emparôrent principalement des iîeax boisés et montagneux , abondants en gibier et en pAluroges. Un prinee surtout se fit remarquer ches les Boorgondes : c'était Gondebaod. Il était en m^e temps roi de Genève, Lyon, Besançon et Vienne sur le Rlidne. Sa puiasanee a'éteiidait des bords de PAar à la Méditerranée. Il eut pour successeur son fils Sigismond, fondateur du couvent d'Agaune ou Saint-Maurice, en Valais, et qui y tint un concile composé de neuf comtes et de neuf évéqnes (516).

Mais le règne de tous ces peuples ne fut pas de longue durée. Il en survint un nouveau, plus fort, plus audacieux, plus rusé que les premiers : c'étaient les Francs. Venus de contrées éloignées à travers les Pays-Bas, et mettant tout à feu et à sang, ils s'étaient rendus maîtres du pays des Gaulois, lia se fixèrent dans les villes conquises et donnèrent leur nom à la Gaule, dès lors appelée France. Loraqulis ren- ^ntrèrent les Âllemannes établis sur les bords do Bbin , il s^engagea entre les deux peuples une longue hilte/Âprôa maints combats sanglants, les Allemannes furent complètement vaincus et tombèrent sous la domination des vainqueurs.

Peu de ten)ps après , les crimes de ses princes et Tatnbition des rois voisins firent perdre aussi son indépendance t» la vaillante nation des Bourgundes. Gçndebaud n'était parvenu à posséder toute la Bourgundie que par le meurtre successif de ses trois frères. La fille d'un de ces princes (Chil[iéric), la belle et vindicative Clotilde, épousa Glovis , roi des Francs, qui devinl dès lors l'ennemi implacable de Gondebaud doni il. convoitait Pempire. Il fut aidé dans ses entreprises parles évêques catholiques de la fioui^undie, qui avaient valnemeiit cherché è convertir le roi attaché à Vatianimne (''j.-Une partie

(i) Doctrine d'Arius, évéque d'Alexandrie au quatrième siècle et qui

niait que Jesus-Chrisl fût Dion, tout on reconnaissant la divinité du christianismo. Les liourgundes et les Golhs étaient chréticns-arieiis et étaient regardé» comme des hérétiques par le» chrétiens orthodoa^s.

DK Là NATION iUlSS£

des Étals de Gondebaud furent ravagés et conquis par Clovis. Genève eut beaucoup a souffrir dans ces guerres. La cathédrale, qui était en bois, fut brûlée. Sigismond, fils et succèssenrdBToi bourguode,élaU catholique et ami du clergé. Mais, à la suggestion de sa seconde femme, il eut la cruauté de foire poignarder MU fits do premier lit, noiniDé Sigéric. Ce crine servii d« prétexte à hovasioil des Francs et des Goths dont le roi était rfltfeal de Sigério. Les Goths s^emparèrent de Genève et des Alpes iBantîmes; les Fratics, de lool le reste . de la Bourgandie. Qoaot à Sigismond, il eut beau Se repentir et prendre le froc des moines à Saint-Maurice; arraché du pied de l'autel par les soldats des fils de Giotilde, il fut traîné à Orléans , où il eut la tête tranchée. Ce malheureux prince a été depuis mis au rang des saints par l'Eglise (523). .

Les Francs surent conserver leurs conquêtes. Il n'en fut pas de même des Golhs. Lorsque leur domination finit en Italie, ils perdirent toutes leurs possessions en-deçà des Alpes. Ambhieux comme Clovis, le roi des Fraocs, Théodebert, se mit en marche è la tête dé ses troupes et soumit la Bhétie et le reste du pays (550).

Ainsi, après cinq siècles de vieissitudes et de ohangemeots politiques, toute raelvéUe se trouva réunie de Douveau sous on seul sceptre, comme die Pavait été sous la domination nwiaiiie. \ '

Civilisation de THelvétie sous les premiers peuples germaniques.

ANS les pays occupés par les Allemannes, toutes

les traces de la brillante civilisation romaine, arts, industrie, lois, mœurs, langue, avaient disparu. Il se forma, en revanche, sur les bords du Rhin et du lac de Constance un dialecte important i\u moyen-Age , nommé le dialecte allemnnnique ou souabe (^) et qui est encore celui que loa parle dans la plupart des cantons de la Suisse orientale.

(4) Oa 1« nomme ausei le «îMi oUmnand,

HISVOIRE

Ghei tes Bourgundes, ao oonlraire, les Iradilionâ dé la ci*

vilisation romaine se conservèrent, grâce surtout au roi Goq-> debaud. Ce prince , enthousiaste des idées et de la langue romaines, fit tout pour romaniser (') la nation conquérante et la fondre avec le peuple conquis. Son palais de Quarre, en bois sculpté , à Genève , était le rendez-vous des lettrés romains, ecclésiastiques et laïques. Éloquent et subtil, avec les savants laïques, il s'entretenait de grammaire; avec les pré« 1res, U discutait sur ia bible. Aussi la langue iatioe eu ro* mainei oo peu changée, s*est-elle perpétuée sous le nom de nsmon dans la plupart des lieux où les Bourgundes s'étaient établis et où les anciennes familles du pays étaient restées en nombre. Sur les bords de l*Aary dans les contrées qui forment les cantons de Berne et de Soleure, les Bourgundes étant très-nombreux ou les seuls habitants do pays , leur dialecte prévalut et se parle encore par les Bernois et les Soleurois d'aujourd'hui. Deux branches de la langue latine ou romaine altérée se sont également maintenues dans les Grisons sous le nom de ladin et romansch (^].

En môme temps, Gondebaud s'occupait à donner des lois aux peuples de ses Étals. Son code , achevé par son fils Si- ' gismoad, porte le nom de loi gombéte ('j. On y trouve des choses sages et judicieuses, les germes de l'institution du jury où chaque citoyen e^jt jugé par ses pairs, mais aussi le duel judiciaire, institution cruelle; car un homme accusait-il un autre fl*un crime, on les faisait combattre ensemble en champ clos; le vainqueur était réputé avoir soutenu la cause juste. Le dud judidaire s*est maintenu pendant tout le moyen- Age. On soumettait les accusés à d*aotres épreuves encore de la même espèce , épreuves par l'eau , le feu et un fer rougi, que le prêtre bénissait auparavant, ou aux horribles instruments de la torture. L'esprit supersiitieux du temps s^imaginait que Dieu ferait plutôt un miracle que de laisser succomber l'innocent dans ces épreuves. Mais Dieu a donné à l'homme la raison pour se diriger, et n'intervertit pas à chaque instant les lois qu41 a établies dans la nature. Néan-

(4) Bomaniter, c'est-à-dire rendre en tout seroblabie aux RomaiDS.

(9) L'origine éUrusquê du ladin et du romaasch n'a pu ètra prouvée ; d^ailleura les Éinuques ét^iient un peuple voisla des Latins et en gnnde afflnité avec eux. Le roi do Rome Tanittln était dlmafet.

(3) Ooloide Gondebaud.

moins, il fallut bien du temps et bien des expériences pour désabuser les imagÎDalioDS crédules. Jusqu^au temps de la bataille deMorat, on trouve trace des épreuves jodicialres. QaaDt è la torture , elle s'est maîntenue jusqu'à nos jours , malgré les efforts des philosophes et des philanthropes do dernier siècle

La loi gambèie nous montre combien était malheureux le sort des esclaves ou serfs. L*od d eux cberehait-il à se déro»

ber par la fuite aux durs travaux de la glèbe, il avait la main coupée et recevait trois cents coups de fouet. Le maître avait le droit de donner, vendre, maltraiter et tuer ses esclaves. On les considérait à peine comme des hommes, mais plutôt comme une sorte de bétail; aussi s'unissaient-ils entre eux sans bénédiction nuptiale, et les enfants qu'ils mettaient au monde devenaient la propriété du maître de la m^, qaaod il arrivait qae le père appartint à on antre seigneur.

Les évéques, les prêtres, les diacres, lesderoset les moines qui formaient alors les divers ordres du clergé , s'opposèrent souvent à ces cruaatés. Le concile d*Epaone, en Valais, prononça rexcommonication çontre le seigneur qui tuerait son serf sans le concours da juge. Beaucoup d'institutions huma- Ditaires sont dues au clergé de ce temps. Les nombreux jours de fête, aujourdhui souvent nuisibles à l'agriculture, à l'industrie et aux honnes mœurs, étaient alors autant de jours de repos pour le iDallieureux serf. La trêve de Dieu, ordonnance rendue par les rois et les évôques ensemble, interdisait la guerre à certaines époques de l'année et favorisait ainsi les travaux des champs. Des hôpitaux ou hôtels-Dieu ^ établissements presque incopnus à l'antiquité, s'ouvrirent aux malades et aux infirmes. Le draii d'oiUe permettait à Tin-» Doeeot persécuté de trouver un refuge contre Toppressear au pied des autels, bien que Tasile, comme nous l'avons vn dans Phistoîre du roi Sigismond, ne fût pas toujours respecté par les tyrans de l'époque. Des ordres religieux enfin, comme oelui des frères de la Merci, fondé en 4 19^ par saint Pierre Noiasque , soignaient les malades et rachetaient les captif^.

Un modèle de charité et de vertu chrétieuue était le bon

(1) Philanthrope, ami des hommes, de riiVDiaiiDé; fMoMfAi, penseur. U T a de bons ei de mauvais pbUoBoplief.

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