‹ Histoire de la nation suisse d'après les principaux écrivains nationaux et quelques sources originalesChapitre 6 sur 34 · OB LA HATIOR 8UI88B · texte numérisé non relu

OB LA HATIOR 8UI88B

l'empereur Albert (^). La gaerre civile éclata aussitôt dans l'empire. Presque toul le monde, dans la Uaule-Allemagoe, se déclara pour le duc Frédéric. Berue, Soleure et les WaldstsBtteo se prononcèrent seuls pour Louis de Bavière. Lsa princes de la maison d*Âutricbe furent outrés de cette conduite. Outre Texpulsiou des baillis, ils avaient encore à venger des injures récentes. Les Watdstœtten harcelaient depuis plusieurs années les Lucernois fidèles et donoaienl la chasse à leurs barques sur le lac. Non contents de cela, ils avaient poussé laudace jusqu'à faire irrupiion dans l'abbaye d'Einsiedlen, dans la nuil du Gjanvier 1314, et en avaient einmené prisonniers les moines à Scliwylz. Mis au ban de l'empire et excommuniés pour ce fait par l'évéque de Constance, les Scbwytsois avaient bravé Tanalbème et s'étaient adressés à Tempereur Louis de Bavière, qui avait révoqué le ban et fait lever Texcommunication par rarchevéque de Mayencs. Résolu aux dernières extrémités contre ce peuple indomptabiei Léopold, le second des 61s d^Âlbert, rassembla à Zoug une foule de chevaliers, de vassaux et de l^ourgeois de ses terres. Scfaaffhouse, Zoug, Winlerthour et toutes tes villes de l'Argovie avaient dû fournir leur contingent ; 50 volontaires de Zurich avaient privS place dans l'armée autrichienne. Tout-àcoup cette armée, forte d'environ 10,000 hommes (^), se met en marche vers ^Egeri pour pénétrer par Morgarten dans les montagnes de Schwytz. En même temps, le comte de Strassberg, un des principaux partisans des ducs, devait passer le Briinig avec 4,000 hommes, pendant que 1,000 guerriers de VViilisau , de Luceroe et de rEnllibouch fondraient sur le Bas-Underwald du côté du lac. Léopold était si sûr de la victoire , qu*il s'était fait suivre de chariots pleins de cordes pour pendre les rebelles.

Ignorant le plan du duc et le jour de Tatlsque, dépourvus d^ailleurs des forces nécessaires pour garder tous les abords d^' leurs montagnes, les Confédérés couraient le danger d'être

(1) Ces princes avaient nom Frédéric, Léopold, AUiert, Henri etOUion. L'alné, Rodolphe, roi de Bohême, était mort on 1307.

(2) On no cofinaîl presque jamais exaclumcut IVIFectif d une nrmée. Il est porte ici à 9,000 hommes par quelques clirouiqueurs el a 20,000 par d'autres. 11 eo est de môme du nombre des morts. L'importance d'une bataille s'apprécie d'ïUleurs plutôt par ses suites que par le nombre de gneriiete qui y om peidu la vie.

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saisis à Timproviste. Heureusement un seigneur de leurs amis, Henri de Hunnenberg , les prévint do péril en lançant dans leurs rangs une flèche avec ces mots : « Sur vos gardes «tt Morgerten, la veille de Saint-Otbmar. » Les Confédérés se placent aussitôt, au nombre de 4,300, sur le penchant de la montagne du Sattel; 400 hommes d*Un, 300 d*Underwald s'étalent joints à ceux de Schwytz; 50 bannis de ce dernier canton avaient demandé en grâce quon leur permit de se rendre de nouveau^ di^^nes de leur pairie par des actes de courage.

Le 46 de novembre 1315, plusieurs milliers de chevaliers cuirassés gravirent la n)oriUi£>ne, eci.iirés par raurore; les Confédérés fondirent sur eux en poussant de grands cris; Tactiou s'engagea près d'un petit plateau de la Hnseimatt, où la montagne s'avance en saillie verdoyante. En même temps le&50 bannis roâlèrent des hauteurs de la Sigierflue d'énormes quartiers de rocs, puis se précipitèrent du milieu des brouillards du matin sur l'ennemi déconcerté, portant dans les rangs des Autrichiens la terreur, le désordre et la mort.

 la téte des héros de Schwytz, les animant de la voix et de Teiemple , se signalèrent Henri d*Ospenthal et le fils de Reding de Biberegg, noble vieillard (|ui avait donne d'utiles conseils pour la bataille. Les Zuricois seuls soutinrent vaillamment le choc des Confédérés. Débusqué de toutes ses positions, l'ennemi fut resserré dans le détilé entre le pied de la montagne et le lac Jigeri. Là les morgenstern et les hallebardes firent un horrible carnage. Les nobles, paiini eux des Gessler, des Uallwyi, des Bonsiellen, tombèrent en louie. Léopoid lui-même ne put se soustraire qu^avec peine aux ennemis qui le poursuivaient) et arriva le soir même a Winlerthour, pâle, défait, la mort dans Téme. Les 50 Zuricois avaient tous perdu la vie. Le lendemain, les vainqueurs tra* versèrent en hâte le lac pour se rendre dans TUndervirald ; là ils défirent encore les Lucernois, dont un grand nombre se noyèrent dans le lac. Témoin de ce carnage, Strassberg, qui avait pénétré dans TUuderwald et dévasté le pays, s'enfuit épouvanté.

L'ainiee autrichienne avait perdu au Morgarten 1,500 hommes, la fleur de ia noblesse. Les Confédérés n'eurent à r^etter, dit-on, que seize braves, parmi eux Henri d Os-

penthal , Rodolphe Fttrsl et un Bëroidîngen. Après avoif remercié Diea sur le champ de bataille de la vîotofra acoer^ dée à lears armes, les Confédérés instituèrent Me féte solennelle d'action de £»rAces, et songèrent à consolider Talliance perpelnelle par un nouveau serment. C'est ce qui eut lieu le 9 deceinhre 1315, à Brunnen, où une inscription allemande, suhlinie dans sa simplicité, frappe encore l'œil du voyoîîeur (^). Tous pour un, un pour tous , ce principe fondamental de l'union helvétique reçut une consécration nouvelle dans le pacte de 4315, second monument du droit fé« déral. Le nom de Suisse ne parait pas encore dans les aelet officiels; niais déjà il est employé dans les chroniques pour désigner le peopl^bi des trois vallées.

Le traité de Brunnen fut approuvé par Louis de Bavière. Ce prince confirma noD-seulement les chartes de ses pré* décesseurs, mais légitima les nouveaux pas foîts vers Témaneipation complète par les Waldslaellen. Les serfs et les terres que la maison d'Autriche possédait encore ilans les trois vallées furent déclarés lil)res, les moniapnards exemptés de paraître devant tout autre tribimal que celui de leurs vallées, €t le pouvoir du bailli impérial restreint de plus en plus jusqu'à ce qu'enfin il disparut tout à fait vers le milieu du quatorzième siècle. De tous les droits qu'avait exercés l'empire sur les Waldsiaetteo, un seul, le droit de glaive ou de haute justice (Blutbann) manquait encore à leur trésor de libertéB et de franchises.

La défaite de Morgarten n*avait pas ôté au duc LéopoU Tespoir de soumettre les .pâtres et les bourgeois de la Haute*- Allemagne. Au printemps de l'an 1348, il assiégea pendant dix semaines la ville impériale de Soleure et s'en serait pro- • bablement rendu maître njalgré la bravoure des habitants et des 400 guerriers bernois qui étaient venus à leur aide, sans une circonstance extraoniinaire. Le pont de l'Aar, couvert de soldats autrichiens, fut emporté par une crue subite des eaux de celte rivière.

On vil alors un touchant spectacle : les Soleurois oubliant <|u'ils avaient affaire a des ennemis pour sauver les malheureux qui se noyaient. Toute belle aotioo porte sa récompensa

'1 } « mtt ymrd* itr mpigê Bmtd ptMAwwff». » loi fut Jurée ridUaa«e éter-

8% HSTOIMI

Le d«o, désarmé par la grandeur d'âme des SdearoiSi-leva le siège el leur 6t cadeau de ses bannières.

Zurich faillit également perdre sa liberté impériale. Le roi Leols de Bavière, en lutte avec le f)ape, chercha à serécoo* cilier avec les ducs d'Autriche iuix dépens des villes, et leur hypothéqua quatre cités hbres el impériales ; Zurich, Schaffhouse, Rheinfelden el Sainl-GnII. Celle nouvelle jela la consternation dans la cité de la Linimat. Pendant (pie les femmes et les enfants priaient dans les éi>lises, les hour.Lseois paraissaient décidés a mourir plutôt que de renoncer à leur indépendance. Le Diaibeur des Zuricois émut les Waldsiœtten. Leurs députés, joints à ceux de Zurich, parurent devant Fempereur, qui consentit à hypothéquer «le autre ville à la place de cette dernière. Saint-Gail réussit également à conserver sa liberté impériale.

L'excommunication de Louis de Bavière et de ses adhérents donna lieu h d'autres conflits. Zurich, qui avait quitté le parti des ducs pour celui de Louis , fut excommunié comme en 4240, et se trouva pendant plusieurs années sans autres prêtres que les Gordeliers, qui ne sortirent par une des portes de la ville que pour rentrer par une autre. A BAIe, les choses tournèrent plus mal pour TÉi^lise. Un prêtre de haut rang étant venu afficher la sentence d excomn)unication aux portes de la cathédrale, fut précipité dans le Bhia du haut de l'esplanade.

Pendant que le pouvoir de l'Eglise études princes recevait ces éehecsY la liberté politique s'étendait au sein des Âlpes. Liioeme, ville provinciale de rAarg9u , située au confluent du lac des Waldstœtten et de la Reuss, avait été jusque-là tantôt amie, tantôt ennemie des montagnards , selon qu'elle suivait sa propre impulsion ou celle des ducs d'Autriche et des nobles.

Pendant la guerre de Morgarten, elle avail beaucoup souffert par les incursions de ses voisins et Tinterruplion de son commerce avec l'Italie, qui avait lieu par Uri el le Saint- Gotthard. En 1328, les progrès de la libel lé dans les Wald- Stsetlen engagèrent vingt-six Lucernois patriotes à s'associer pour le maintien et Taccroissement des droits de la ville. (Aoie du 28 janvier.) Cette association fut approuvée deux ans après par le conseil et la bourgeoisie réunis dans la cha-

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pslle da pool de la Beuss. (Acte da 43 octobre 4330.) (') YaiDement, pour s'attacher les Laoemois, le due Olboo, frère de Léopold, leur aoeorda-t-il Téleolion de l'avoyer el divers privilèges. Deux années ne s'étaient pas éoonlées quile

8*alliafent pour vingt ans avec leurs voisins des monldgaes. Menacés par 300 cavaliers qui s'avancèrent jusqu^aux portes de la ville; surpris une autre fois à Bachena, où 80 Lucernois périrent dans une ambuscade du bailli autrichien de Rothenbourg, ils n'en persistèrent pas moins dans l'alliance, bannirent Jean de Malters qui avait trahi l'association bourgeoise, et Dommèreoi avoyer, contre le gré du duc , Jean de Bramberg, Tun des chefs les plus aetifs do Bfirgir^Varein. En6n, s'eobardissant de pios en plus, ils risquent le pas déoisif et csDcloent une allianee perpétuelle avee les WaMstcatten i le 7 novembre 4 332.

Cette ligue des quatre premiers Étals de la Haute-Aile* magne est connue dans Phistoire suisse sous le nom du Fmt^ iMldstœUenbund, ou union des quatre Waldsteetten.

Dans l'acte d'admission de Lucarne se trouvent deux dispositions importantes qui ont passé de là dans tous les actes d'admission subséquents de la ligue helvétique. La première défend à chacune des parties contractantes de conclure des alliances sans le consenleraenl des autres; la seconde regarde le devoir qu'a chaque État ou Ort comme on disait alorS| de secourir un autre de ses conseils et de ses forces sur sa requête positive [Maknmg). L'alliance de Lucerne avec les Waldstœtten arma contre cette ville toute la noblesse de TArgovie. Les nobles de Loceme eux-mêmes conspirèrenti pour livrer la viAe au duc et égorger dans un massacre noo- / tome tous les partisans de la Confédération, t Déjà) dit la chronique, la nuit était avancée et les conjurés se trouvaient rassemblés en armes dans un souterrain au borJ du lac, sous

(<) Dans cet aclc figurent des noms do chevaliçrs et de bourgeois^ ou illustres comme celui^de Q'undoldingeii (Werner), ou encore existaola jomgg celiîf dè IWTBooâ, Slarer^ Auf-de^ltenrrS'cliinid. On y trouve, •jUSi ttn^nom d'artîsShTy quÉ prouve tfuë le goa^rne^cnt né lait pa», comme on iVdUj^ ime^pm;e^rist(u r.itio, le nom dQj*élag»-.<^e.Hach4PXi» wnieur ^e profe8sioa.f/>oru7»eft/s de Kopp).

^tpOfïTTriléralOTaeiit lieu, paya, endroit j le nom de canton est moderne f d'origine étrangère. Du mot Ori vient oeliil de Vcr^Ort oa f^emler des Btatt de la Ugue.

HIBTOIIK

la salle de la ItUmi des Tailleurs. Uo jeune garçon avait enle&da par hasard ce qu'ils projeUient; ils Taperçui'eni, se saisîreni de lui el voulurent le faire mourir; mais ils le re* Mohèreot après lui avoir fait prôier serment de ne dire à aucun boiame oe qu*il avait entendu^ Le jeune gai çon alla dans la salle de la corporation des Bouohers, où des bourgeois s'étaient attardés à jouer et a boire, et là il raconta à haute voix, non aux iioiinnes , niais au poêle muet, les projets qu i! avait erjleniius el le serint^nt qu'il av^it prêté. Les assislanlb l ecoulei'ent avec élonuernent, sor'irent en liàle et réveillèrent toute la ville. Les Lueernois s'ein[)arerent des conjurés, appelèrent du secours d Underwald et exilèrent les nobles do la ville. La coDsiiiulion fut changée et un (<rand ounseil de trois cente citoyens établi sous la présidence d'un avoyer élu tous les semestres. La communauté administrai! les. biens de la ville et décrétait les impôts, la guerre et les aHiaUces. .

Ainsi la psudence et le patriotisme d'un enfant sauvèrent la- liberté de Luoeme« Plus tard, Jean de Malters et les autres

gentilshommes exiles ayant pu rentrer en ville à la faveur

d'une ainiii:?lie, firent de nous eaux eii'orts pour abolir Talliance avec les Waldslœlten ; mais ces efl'orls turent vains et la communauté décida, en t343, (|ue toule tentative de cette nature entraînerait à l'avenir la j)erte (Jes biens et de la vie. Les ducs accablés par d'autres guerres furent contraints à la paU ( ^ ).

Rodolphe d'Erlacb et Rodolplie Broun. — Victoire de Berne et de

Zurich sur la Doblesse.

(De l'an à 4S50.)

^ BPUis la journée glorieuse du Donoerbtthl, Berne florissait de plus en plus par ses armes, son in-

.^duslrie, son agriculture. Puissante par l'e.sprit

fvuhlic de ses citoyens, f«.Ttifiee par Tachât du iJasli, de Laupen, de Tbouue, par ses conquêtes

M. Kopp.

DB LA HATlOtt'SUISSS. 85

dans l'Oberlaod ei la destruction de maints cbâteaax apparleoaol au conte de Kybourg-Bartboud, elle voyait chaque jour sa pubsance s'a^crollre pur les demandes de combourgeoisie des seigneurs et d^ villes des environs (la Savoie, révéque de Bâiti, Neuchétel, Werdenber^, Sienne, Moral, Weissenbourg, olc). Mais cette puissance et cet éclat étaieni une épine danb l'œil (Je la noblesse. Comme Berne ne» voulait pas rece\oir la njonnaie que le comte Eherhard de Kybourg Irappaii avec piisilége impérial, ni ifeoniuiiti e l'empereur Louis (le Bii\iere, tiepois que le pape l avait excommunié, les seii^neurs allemainls et ron)ands saisirent avec joie ce prétexte pour chAlier des rebeTles. Le comte Rodolphe de la maison de NeucUâlel, qui avait accordé ksNlroiU de ville a Cerlier et à Nidau , ses propriétés, et les avait enlou* rées de murailles, rassembla tous les ennemis de Berne dans son château de I^iidau. Us décidèrent entre eux de détruire de fond en comble la ville de Berne ; puis ils rassemblèreni des troupes de TArgovie^ de la Savoie, de là Haute- Bourgoj^ne, de rUec^tland et de TAIsaee. Il vint 7Û0 seigneurs ornés de casques couronnés, 1,200 chevaliers cuirassés, plus de 15,000 honnnes a pied et 3,000 che\aux. Les Fribourgeuis , naj^uère amis dt; Herne, maintenant ses ennemis les ' plus cruels, forniaieiii le no\<iu de Tiimiée nobiliaire.

A la nouvelle de ces grands preparatits, les l)ernois ne furent point eH'rayés; mais ils ne se livrèrent point non plus à une sécurité présomptueuse. Us résolurent, au contraire de saiisfiiire à toutes, les prétentions justes , mais de repousser la force par la force. Toutes les négociations ayant été inutiles, ils prirent les armes pour défendre la ville fortifiée, de^ Laupen, devant laquelle les nobles venaient de mettro.la siège. Jean de Boobenberg , le jeune, jura de sacrifier bd» biens et sa vie pour la défense de cette place dont il se bâta d'aller renforcer la garnison. Son père, l'avoyer de Boubenberg, fut chiirgé de la ij;arde de la ville de Berne. Mais il restait encore a désiqrier le ii;énérfd aufjuel on conlicrait le commandement de l'armée bt rnoise dans cette p;uerre décisive. Les Deux-Cents se réunirent à rilôtel-de-Ville ou Rathhaus pour délibérer sur ce choi.v important. Dans ce moment on vit entrer dans la ville, monté sur son cheval de bataille, le cbevalier Rodolphe d'ËrIacb, fils de cet Ulric d'Ërlacb qui^

BISTOIftB

quarante-et-un ans auparavant , avait battu la noblesse au Donnerbilhl. Guerrier expérimenté lui-même^ il avait assisté à six combats, où, grâoe à la discipline , la valeur Tavait emporté sur le nombre. Il fut npmmé général par acclamation. «J'accepte, dMI, ce commandement difiQcile, mais à une condition , c'est que les hommes de métier suivront exactement mes ordres et ne voudront pas tous commander au lieu (1 obéir. » A la deiiKUKJe des Bernois, Uri, Schwytz et JUnderwald leur envoyèrent un secours de 900 hommes qui passèrent le Brlinii^, commandés par un d'Attinghausen ; le Hasii et le Siebenlhal fournirent 600 auxiliaires; les Soleurois, qui se souvenaient du généreux secours de Berne, lors du siège de leur ville par le duc Léopold, envoyèrent 80 cuirassiers.

Avec ces renforts et quatre mille bourgeois e^ habitants de la ville de Berne» Bodolphe d'Ërlach alla se poster en face de Tennemi non loin de Laupen , sur la hauteur du Bromberg, d'où il embrassait d'un coup d'cail l'armée de la no* blesse. Pendant que les chevaliers des deux partis échangent des défis et des bravades, le curé de Berne , Diébold fiaselwind, monté sur un terlre, promet le ciel à ceux qui niourronl pour la patrie. Bientôt le combat s'engage ; les bataillons ennemis s'avancent vers Tarinée bernoise. D'Erlacli donne le signal; les frondeurs commencent l'atla(iue et se replient après avoir fait trois décharges; alors des chariots de guerre armés descendent la colline avec fracas, et rompent les rangs des ennemis; viennent ensuite avec les bannières, les ballebardes, les massues garnies de pointes de fer. Prenant les évolutions des frondeurs pour une reculade, les. derniers rangs des Bernois, saisis d'une frayeur panique, se mettent en fuite vers la forêt. « Bien, s'écrie d'Erlach auquel la vue du péril ne fait pas perdre sa présence d'esprit; bien, l'ivraie se sépare du bon grain , les lâches ne trlomf>heront pas avec les braves. » Puis se tournant vers les tribus des Bouchers et des Maréchaux : « Où sont les gars (jui sont toujours des premiers au jeu et à la danse et qui parcourent les rues de Berne, la plume au chapeau. Le moment de la danse est venu; en avant, au cri de guerre : Berne et Erlach. » Les Bernois vainquirent. 27 bannières de villes et de. seigneurs tombèrent entre leurs mains. Au premier rang des morts

DE U lUTIOll 81IIS8B.

M troovaH le comte Rodolphe de Nidau; aaloar de iai ifiW des sieDS. Les Fribourgeois avaient éprouvé la plus grande perte. Leur avoyer Ma^genberg et le banneret FUlistorff avec quatorze de ses parents aviiiont perdu la vie. Fulistorlf avait prévu la triste issue de la baiaille et conseillé de recourir aux négociations. « Bah! Fiilistortl, lui avaient dit les uol)les , tu as peur. Tu eusses mieux fait de rester près des fernnies à Fribourg. » or Je tiendrai ma bannière haute, avait répondu le noble banneret, mais votre orgueil sera châtié comme il le mérite.» Parmi les victimes de celle journée, on compta aussi troê seigneors de la maison de Gruyères et Jean de Savoie, auquel son pôre, Je comte Louis, avait vamemeol défendu de prendre part à la guerre.

Ainsi fut délivrée la ville de Berne , le 34 juin 1 339. Mais la guerre se prolongea encore jiendanl quatre années où il y eut beaucoup d'escarmouches el de rencontres. Fribourg surtout eut a en soulïrir. Les Bernois exaspères portèrent le fer et la flaiume jusqu'aux portes de cette ville, et l'eussent envahie sans l'héroïsme de deux citoyens qui coupèrent le pont de bois conduisant du faubourg du Gotleron à la basseville. Ensuite. la guerre aux chûteaux reccimmença de plus belle, Jordan de BUrgistein qui, sur la fausse nouvelle de la défaite des Bernois à Laupen, s'était publiquement réjoui et avait laissé échapper cette parole imprudente : « Elle était him la flèche gui a iué ^ours de Berne, » eut son châr teau rasé et périt lui-même sous la flèche de Tbabile archer Wiffli, huit jours après la bataille de Laupén. Les armes bernoises répandirent la terreur dans toute THelvétie ocoi*dentale. Paysans et seigneurs disaient en hochant la léto : • Dieu est devenu bourgeois de Berne; qui désormais osera combattre contre cette ville? » (*) De ee temps aussi, sans doute, date le proverbe bernois : « Si tu désires, ose. »

Enfin la paix conclue, les Bernois suspendirent leurs épées à la paroi et relournèrent iranquillement exercer leurs métiers ou cultiver leurs terres. N'ambitionnant d'autre récompense que rhonneur el la satisfaction intime d'avoir sauvé sa patrie, Rodolphe d'£rlach se retira jdans son domaine de Reichenbacfa sur les bords de i'Aar ^ où il vivait tout occupé

(1) « Gott ist Bttrger worden ze Bern.

HisTons

d'économie rurale. Un jour, JoslRudenz, geDtiihoaime d'Un-* derwald, son £>endre, entre dans sa chcinU)re et se prend de querelle avec lui au sujebde la dot de sa fille. Daos sa colère, Jost aperçoit Tépée du vainqueur de Laupen suspendue au mur; il la saisit, la plongp dans le cœur du vieux héros et s*enfuit dans la forêt prochaine , poursuivi par les chiens de son beau- père. On ne lé revit plus.

L'avoyer Jean de Bouhenberi^ éprouva un sort on pea nDoins Iriste. Ses manières hautaines l'avaient rendu odieux à la l»oiir\;:< oisie. Il fut accusé de gouverner plutôt avec l'orfiiieil (i'iin prince ({u'-ixee la simplicité d'un citoyen, et de ne s'iiitéf esser à une allaire que i;ai;né par un présent. On le bannit de la ville avec tous ses amis pour cent ans el un jour. Boubenbert; eut pour successeur (ians la charfîe d'avoyer, Pierre de Balm, son principal adversaire, bouime du reste fierme et habile, qui, à la journée de Laupen, avait poiié le grand étendard de la république. A la mort de Baiœ , en 4364, le conseiller Scbwartzen bourg fut élu à sa place. Mais, celui-ci ne sut pas se faire aimer comme son prédécesseur. Le- peuple se souvint alors de son ancien avoyer et de la grandeur d'âme avec laquelle ce héros avait supporté Texil ditns son château de Spiez qu'il avait quitté une fleuli» fois pour venir à la tête de ses fils et de ses nonrbreux vassaux se ranger sous les <lr«»peaux de sa ville natale. Avec le même en)pressemel•t^ t^u'elle avait jadis réclamé Texil de Buubenbert:, la bouri^eoisie, assendilée aux Cordeliers, sollicite maintenant son I appel et sa reini< i^r.iiion aux honneurs. Les conseillers, mécontents de ce rap[)el, tii ont lire par lé chancelier Tarlicle de la IJnrulfesfe qui défendait la réelecùou des ma» gistrats déposés. La bourgeoisie cite à son tour le passage do la constitution ({ui lui donne le droit de nommer son avoyer comme bon lui semble; puis, sans s'arrêter aux réclamatioQS du conseil, proclame Boubenbergchef de la république et va avec la grande bannière le chercher en triomphe à sa campagne. Sur le refus du vieil avoyer de reprendre à son âge la suprême magistrature , on en investit son fils aîné , qui avait défendu la ville de Laupen contre la noblesse.

Pendant qu'a Berne dievaliers et bouri^euis travaillaient d'un conimun accord au bien tie la patrie, un esprit tout différent se faisait jour à Zurich. Trois ans avant le com-

M LA MÀTIOK StIISSI

meDcament de la guerre de Laupen , cette viJle libre itù* pénale fol le théâtre d'une révolution qui eut deux résultais importants. Le premier fut de renëre le gouvernement plus démocratique à rintérieur; le second fut tï*incorporer Zurioli à la Confédération naissante de la Suisse ou Haute-Allema* goe. L'aclear principal de celle révolution méiiior«ble fut un membre même <lu £;oiïv ernecnent, d'une anciuiine famille zuricoise^ nommé Rodolphe Broun.

Déjà nvcint 1336, les liomi^tM.js et artisans (Je Zurich, dont ie noiiihre s'élevait à H.OÛO , av aierU leurs assemblées i^éTnérales el se réunissaienl deux fuis T. m sm- l;i place dt\s Tilleuls [Lindenhof] f>our assister a la passation des comptes et au renouvellement partiel des membres du conseil. Mais ces derniers, au nombre de irente-six, élai( ni tous pris dans les rangs des familles nobles ou des familles bourgeoises, anciennes et riches (Geschlechter), Les simples bourgeois el artisans n*y étaient pas admis. Le gouvernement avait même cherché au siècle précédent à empêcher la formation de Mbitt on de corps de métiers, dont l^xistence paraissait de natuj^ejt conipromettre pouvtiîr'des constabl^. On appe-' ait ainsi les nobles el les patriciens réunis.

M.iis au 1" niiii 1336, la coimnufiaute s'etaiil réunie au son de la cloche sur la place des Tillt uls, un bonri;eois invita le conscii a rendre ses comptes. La motion fiil fippuyée par Broun et ses |)arlis;ins dans le conseil et la bourgeoisie. Les conseillers firent seuiblant d'accéder au vœu liu ()euple; mais comme on remarqua qu'ils cher chaient h tergiverser, il s'éleva un tumulte ({ui leur lU craindre f)our leur vie; ils s'enfuirent de la ville. Gîesl ce que désirait Broun , qui convoqua aussitôt lu bcSurgeoisio dans Péglise des Gordeliers (7 juin 1336). On décréta une nouvelle constitution, mélange de démocratie et d'aristocratie; car Broun n'abolit point è proprement parler lé pouvoir des conslables; mais a treize nobles et patriciens qui restèrent au conseil, il joignit les tribuns on chefs des treize corps île métiers de la petite bourgeoisie Puis à cùie de ce doulde pouvoir aristocratique

(<) Los treize corps de métiers do la petite Ijourgeoisie zuricoise étaient ceux i. des Mercier»; -2. des londeurs (ié diiip, tailleurs el pelletiers; 3. des Aubergistes, peintres, seiUers, courtiers; 4. des Boulangers et meuniers; 5. des Tisserands de drap, foulons et chapeUers; 6. des Tls- «emids et blanehlsseors de toUe; 7. des MaréciiattXi fondeurs, ferbian-

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