‹ Histoire de la nation suisse d'après les principaux écrivains nationaux et quelques sources originalesChapitre 7 sur 34 · H18T0IKE · texte numérisé non relu

H18T0IKE

et démocratique, il en établit un troisième qui faisait de liiî le chef de l'État, avec le titre de bourgmaire à vie. Deux 6ms par an , tous les membres de la commanaulé, assemblés au Grand-Moûlier, devaient lui prêter serment de fidélité et d*obéissaQce, soos peine de perdre leur droit de bourgeoisie. Le bourgmestre, de sou oôté, jurait de protéger les tribas et de rendre bonne justice aux pauvres et aux riches. Ainsi investi d'une espèce d^autocroHe ou de diotalure qui annulait en réalité les autres pouvoirs, Bronn en usa d*ebord de la manière la plus pt)pulaire et ia plus avantaj^euse au bien du pays. La nouvelle constitution, reconnue par Tabbesse do Notre-Dame et par le prévôt du GraïuJ-Moôtier, anciens seigneurs de la ville, recul intime la haute apf)robati(>n de l'empereur Louis de Bavière. Mais les i^ouvernanis déchus avaient trouvé asile et protection auprès du comte de Rapperschwyl de la maison de Habsbourg, et excitaient ce seigneur à les rétablir à mains armées sur leurs fauteuils à Zuricb. La guerre s alluma. D'abord victorieux, le comte de Bapperschwyi fut vaincu et tué à Grynau, et le parti des nobles contraint à la paix (1337). Mais les exilés et leurs amis ne firent qu'ajourner leur vengeance.

ooo

Les huit premiers États de la Confédération suisse.

(De Van 45SÛ à 4370.)

u comte Jean de Rapperschwyl avait succédé son fils, nommé Jean coimne lui, seicinour brave et entref)renaiil. De concert avec le nouveau comte, les exilés résolurent de sur()rcndre Zurich pendant ia nuit et de niâssacrer Broun et les prin-

Uers, armuriers, potiers, chirurgiens et ventouseurs ; 8. des Tanneurs, mégissiers en bhine, parcbeminlers ; 9. des Bouehers, vendeurs et revendeurs de bestiaux ; 10. des Cordoiiiileis ; ii. des CtiarpeoUers, maçons, chnrrons, lojiriicurs, inari'h-imls de bois, loniiclicrs cl vignerons; 12. des PéchtMirs, bateliers, cluu r«»iiers, cordiers, porle-raix; 13. des Jardiniers, huiliers et marchands de leguiues. — Les fabricaots de peignes et de balais formaient une société particulière, mais non une tribu proprement Aite. La tribu des Nobles et des patriciens comprenait les renfiers, les^ands marchands, les drapiers, les orfèvres et les âauniers. (Biuntâcbli. Hmioire de la Mépublique de Zurich. 4847, i. i69-lO.)

1« LA NATIOII 8UIS8B

cipaax partisans du nouvel ordre de choses (1350). Au jour fixé, les nobles arrivèrent dans la ville, les uns publiquement, soQS toutes sortes de prétextes, d^aulres en secret. Oo était convenu qu^après s'être rendu maître de ia ville, on ouvrirait les portes aux troupes qui viendraient de Rapper-^ scbwyl. La nuit venue, les conjurés se réunirent dans Tauberge de TAutruche tenue par Tun des afBdés. Hais tout cela ne put se faire si secrètement qu'on ne remarquât quelque mouvement inusité dans la ville. Broun fut averti pas ses espions et courut aussitôt, couvert de sa cuirasse, à THÔtel-de-Ville. Les cris : Aux armes! se firent cnLcndre, et le tocsin donna l'éveil à tous les citoyens. Les cb^moines qui se rendaient à matines et les vaillants gars de la corporation des Bouchers, furent des premiers sur le lieu Jii danger. Les conjurés trahis se disposèrent à se retirer, mais les femmes lancèrent sur eux du h.iut des fenêtres, des pierres, des pots * de terre et tout ce qu'elles trouvaient sous la main. Sur la place du marché, ils rencontrèrent Broun à la téte de la bourgeoisie. Un combat désespéré s'engagea. Les conjurés furent vaincus. Plusieurs parvinrent à s'échapper; beaucoup restèrent sur le oarreau; d'autres furent faits prisonniers. Parmi ces derniers se trouvait le comte Jean , qui fut jeté dans la tour de Wellenberg, prison d*État célèbre dans This* loire de Zurich (le mardi 23 février 4^0).

Broun se montra cruel dans la victoire. Les cadavres des conjurés demeurèrent trois jours sans sépulture, jusqu'à ce que, foulés par les chevaux et les chariots qui passaient, ils eussent été rendus méconnaissables. Trente-sept citoyens avaient participé à la conjuration furent décapités ou roués devant leurs maisons. Bioun marcha ensuite contre Aapperscbwyl , ce foyer delà conspiration et de toutes les intrigues'âe la noblesse. La forteresse, prise d'assaut, fut démolie, la ville brûlée, les habitants, sans distinction d'âge ni de sexe, chassés de leurs demeures au miiie^des rigueurs de J'biver. v

Vn des espions du bourgmestre était Henri Grave, <iui so mêlait aux conciliabules des nobles pour counaltre leurs projets. Les chroniques parlent auMi d'im garçon boulanger nommé Eckenvleser qui, caché d6r-> riére un poêle, aurait entendu la coQjvration ei eu aurait fait part au bourgmestre. Ce trait a beaucoup d'analogie avec l'anecdote de l'enfant ei du podle à Luceroe.

La conduite da Broun sau^a Zurich; mais elle remplit ies âmes d'horreur pour son nom et de compassion pour tes malbeuVeux habitants de Aapperscbwyl confondus tous daris te même désastre , innocents ou coupables. Les ducs d'Âa« triche, restés neutres jusqu'alors et dont la médiation avait même terminé la guerre précédente, prirent un langage me^ naçiint pour Zurich. Broun reconnut le péril. Deux moyens se présentoienl ?» lui de le conjuri»r. Ou bien Zurich, renon<* çanL à sji liberté impériale, se recoruiaîli nil sujette de TAulri— che et lueltrait sa nouvelle corislituliou sous la protecliou des ducs; ou bien, rompant Duvcrlemetil a\ec i'Aulrielie, elle se joindrait aux WaldsUellen et lormerail le plus luiportaril (Jes cin(j Etats de la liijue. C'est a c(» dernier parti (jue s'arrêta Broun. Ses otlres furent accueillies avec joie par les vallées forestières, dootZurich allait être à la fois le marchéet le boulevard. L'alliance perpétuelle des cinq É>ats fut jurée le 4*' mai 4 350, dans des termes qui révèlent le plan d'une Confé- ' dération t>ien plus étendue que ne Tétait alors la ligue hel-^ véitque. Mais Broun, qui avait une arriére-pensée, y 6t insé* rer la clause pour Zurich de pouvoir conclure des alliances partielles, contrairement au pacte de Brunnen qui avait sagement interdit ces sortes d'alliances ou SonderMinde,

L'alliance de Zurieli a\ec les montai^nards mil le comble au ressenlimenl du duc Albert d Aulrirhe. A la t(Ho de. 10,000 hommes des villes et pays suje's ou ailles, de rAari,'aii, du Thurgau, de Bàle, Soleure, Si liallhouse, Morat, il alla mettre le siège devant cette ville. Il retiuit aussi les izuerriers do Glaris. Jilais ceux-ci, niécontet)ts des ducs et entraines par l'exemple des Waldstœllen, refusèrent leur concourS| en disant : (( Nous sommes tenus de prendre les armes pour l'at)baye deSeckingen, notre sou vt* raine, sous le commandement des ducs, a\oués de celte abbaye; mais non à suivre ces princes dans leurs guerres particulières.» Albert résolut alors de faire occuper par ses troupes la vallée de Glaris. filais II . fut prévenu par les Confédérés qui chassèrent le bailli au* trichien et vinrent ensuite avec SOO Glaronnals renforcer les défenseurs de Zurich. 1,300 de ces derniers, conïinandes par le bourLimestre Broun, étaient ailes au-devant des euneniis jusqu'à Tiitiwyl. Mais se voyant cerné |)ar des forces supérieures, Broun perdit la téte et s'eufuit avec sou valet a sa

maison de campagne, près de Zurich. Heureusement pour les U'oupes zuricoises, que le lieutenant de Broun était un capitaine aussi prudent que brave. Uoger Manesse (c'est le nom de cet officier) cacha l'absence du boorgmeslre et se défendit avec courage jusqu'à l'arrivée de renforts qui décidérooi k victoire. Roger Manesse poursuivitles Autrichiens jusque aous les murs de Badc»o, et fit flotter, Je lendemain, devant THiMelde-Ville dé Zurich, six bannières prises sur Fennemi.

La conduite de Broun en cette circonstance ne Tempéclia pas de conserver la faveur du peuple, qui le regerdaii comme son principal appui contre la noblesse. La bourgeoisie alla le chercher, bannière déployée, jusqua sa campagne et le ramena on triomphe dans la ville. '

L'hiver suivant, une expédition autrichienne ayant pénétré dans la vallée de Claris, essuya une défaite totale au Rûti- Feldf près de NiBfels, et le bailli Wallher de Sladion fut tué sur le champ de bataille. Claris délivré demanda aussitôt et obtint son admÎMion parmi les États confédérés, en date du 4 juin i 3b% mais non toutefois sur un pied d'entière égalité avec les autres États, qui se réservèrent un certain droit de ooDtrAle et de suprématie sur la vallée de Glaris, dont rindé<pendaoce avait encore besoin d'être consolidée.

L^annezlon de Glaris fut suivie de prés de celle de Zoog. Cette ville, importante par sa situation géographique à Tod-* trée des vallées forestières, qui en faisait rintermédiairejia» torei entre la montagne et la plaine, servait de place d'aripes au duc d'Autriche. Assiégée par les Confédérés, elle envoya demander du secours au duc Alberi (jui se trouvait à KCf- Digsfelden. Tout occupé de chasse et (ie f.iuconnerie, ce prince daigna à peine écouler l'envoyé de ses fidèles sujets, et se borna à répondre que si les Suisses prenaient la ville de Zoug, il saurait bien la leur reprendre. Ce lan.^age outra|y:eant indigna lesZougois. Ils ouvrire nt leurs portes aux Confédérés et furent reçus dans la ligue, le il juin 1352» aux mêmes eonditions que les États les plus favorisés , parce que Zoug, muni de tours et de remparts, jouissait déjà d'une unité et d*ttne ûuionomie municipale refusées à Glans.

Le doc Albert d'Autriche avait dû lever le premier siège de Zurich, faute de vivres et de préparatifs suffisants. Trois semaines après Tannexion de Zoug , Albert revint cerner cette

94 USTOIRE

ville avec une armée de 30,000 boimiies levés Jans la Souabe, TAlsace el la Haute- Allemague. Berne et Suieui e, alliés tla duc, avaient été obligés de fournir leurs conlingetils. M.iis la bonne contenance des Zuricois, renforcés par 2,000 Confédérés , rendit ce second siège iaulile. Une trêve fut conclue à Lucerno.

(•es Bernois avaient pu se convaincre encore une fois, par leurs propres yeux , de la force et du courage des Confédé* rés. 5 DQars 4 353 , l'avoyer bernois Jean de Boubenberg, le conseil, les Deux-Cents et la bourgeoisie, conclureni use alliance perpétuelle avec.Url, Scbwyls et Underwald. Âvao Zurich , Berne ne s'allia directement qu^un siècle plus urd, sans doute parce qu*il craignait la constitution démucraiîqae el le pouvoir des tribus introduits par Broun dans cette ville. Le but de Berne en entrant dans Tailiaiico n'était d'ailleurs point de devenir le principal Èlat de la ligue. G était simplement de se ménager des auxiliaires dans sa guene contre la noblesse de rUeUétie occidentale, où il visait a obtenir la suprématie. Le village deKienliolz dans l'Oherland fut designé comme le lieu où se tiendraient les conférences ou dictes de Berne et de ses alliés. Les diètes des Waidstœtten et de Zurich se réunissaient à Einsiedien.

Les exploits des Confédérés et l'extension inattendue qu'avait prise en moins d'un demi-siècle la ligue des WàidiMttea fireitt trembler les ducs pour leur puissance. Leurs sommations à Zoog et à Claris pour les engager à renoncer a l'allianoe fédérale étant restées sans succè», ils portèrent plainte an chef de Tempire, qui n*était plus Louis de Bavière, Tami des Suisses, mais Charles IV de Luxembourg , prince peu favorable aux associations des peuples et qui avait d ailleurs dans ce moment des motifs de ménager les ducs d'Autriche. L'empereur déclara l alliance des Confédérés avec Zoug et Claris contraire aux lois de l'empire. Sur letir refus de se soumettre, il les mit au ban de Temi/ire. Zurich, dont la politique con)mençait à vaciller, parut un moment vouloir rester neutre dans la querelle. Schvi'ylz, au contraire, montra une fermeté admirable* « Si vous abandonnez vos alliés , dit-il à ses co-État8| nous les soutiendrons tout leuls. > Joignant les actes aux paroles, Schwytz occupa les deux paya menacés.

Blessé de ropim'âtreté des Suisses et cédant aax instances

BB LA NAnOH 8UI88B. 95

dM doc d'Âutricbe, Charles iV parut devaot Zurich avec une armée plus nombreuse que looles celles qui aTaienft jusqu'alors attaqué ces montagnards (du 20 août au 44 septembre 1354]. 4,000 Confédérés défendaient la place et ne se laissèrent pas intimider par les forces dix fois sapérieures de Vennerai. Mais pour montrer leur fidélité h Tempire, ils arborèrent habiltunent s(ir la plus haute tour Zurich a l'aigle noire t*n champ d'or, » (juiéi.iieiu les couleurs de l'Allemagne. Cet acte (Je souniissiou et les rcMiion Iran ces des villes impériales doi»l les soldais ne condjaltaient (ju'à reij;ret une autre ville libre, déterminèrent l'empei'eur à lever le siéi^e, au grand méconlonleuient du duc d'Autriche, qui continua seul la guerre. Mais jugeant la force ouverte inutile, ii eut recours àiaruse. A sa demande, l'empereur rendit une sentence que les commissaires autrichiens devaient faire accepter et sigoer des divers pays de la i^e. A Zurich , Broon signa sans hésiter. A Zoug, la rédaction de Tacte fit naître des soupçons, et l'on avertit le landamman de Scbwytz, qui, pour examiner la chose d*un oommon accord, convoqua une diète à Zurich. Les dépotés des États étant réunis , quelle ne fut pas leur indifiuation en découvrant à travers le verbiage enlorlillé dont un s'était ser\i à dessein dans la rédaction de celte sentenee, « fpie le duc y a ()pela i t ^njc/ls les pays de Zoug, Glaris et les Waldstîet'en ; (pje ees derniers Etats étaient détaches de r<j|l!ance: que Zurich et le duc y faisaient alliance envers et contre tons! » Broun, pour se justifier, feignit d'avoir signé de conliance, sans examiner le contenu do l'acte. M.iis, par sa conduite postérieure, le bourgmestre se chargea de lever tous les doutes , en concluant avec l'Autriche une alliance de 'cinq années, où il réservait pour la forme seule*» nent ses Confédérés et ralliance perpétuelle conclue aveu COI. Une place de Hofrath ou conseiller Intime des duos d^Autriche et une pension de 100 florins paraissent avoir été le prix de la trahison de Rodolphe Bréun. 11 n'en finît pas tûoins ses jours, tranquille et respecté, comme bourgmestre <fc Zurich, le 17 sopiembre 1360, la même année où Ro- «iolpbe dHrlhch, le grand homme moral et pur, expirait cruelicmeni sous le fer d'un \ il assassin!

I^ruun , eu faisant les alî'aires de l'Etat , n'avait pas oublié ies sienoes propres, li iaissaU uoe iuuiiiie puissanle, dont le.

96 BmwiB

chef était son fils atné, Bnmo Brooo, prévôt du Graod*- MoùUer de Zurich. G'élaii un prêtre violent et de mauvaises mœurs. Associé à d'autres gentilshommes de sa trempe , il se mit en embuscade sur la route de Luœme à Zurich et enleva Pavoyer Péterman Gundoldingen , qui revenait de la dédicace de celté demîôre ville. Cet attentat à la liberté individuelle commis sur un magistrat vénéré , chef pendant vingt-trois ans de la république lucernoise, mit en émoi tout le pays et surtout la ville de Lucerne, qui demanda à cor et à cri la délivrance de son avoyer et la punition des coupables au gouvernement de Zurich. Âlais celui-ci, bien qu'il eût alors à sa tôle le vainqueur de Tatlwyl , Roi^er Manesse (de 4 360 è 4 385), n'osa ou ne voulut pas faire justice. Il fallut que la . bourgeoisie se portât tumultueusement au Grand- Moûtier pour obtenir l'incarcéralion de Broun et de ses complices, qui feront bannis du pays pour cent et un ans. Peu d'années après, un nouveau crime acheva la ruine de la famille firoan. Le coupable cette fois était le second iSIs du bourgmestre, Hardegg Broun, qui, aidé d'un valet, noya dans le lac un parent de sa mère auquel il devait quelque argent. Le gou» veroement d*Un n*obtint qu'au bout de trois années de sollieftatlons et de menaces la punition du meurtrier, dont on ae borna 6 confisquer les biens.

L*afiaire du prévôt Broun donna lieu à une loi fédérale, rédigée à Zurich le 7 octobre 1370 par des délégués des six États de Zurich, Lucerne, Zoug, Uri , Schwytz, Underwald. Elle était destinée à réprimer les excès des ecclésiastiques, dont plusieurs, ainsi que Broun , se livraient impunément à toutes sortes de désordres, grâce à l'exemptioii des tribunaux civils. Cette loi , appelée le code de$ prêtres ou Pfaffm* érii/C), devint la base du droit public suisse en ce qui concerne les rapports de TÉglise et de l'État. Berne, qui n^avait pas encore appris è distinguer le prêtre de la religion , n'y Touint prendre aucune part. Glaris ne fut autorisé que plus lard è siéger dana les diètes.

L'affaire Broun eut encore pour suite un changement dans la conatItutioD de Zurich, où les tribus se conférèrent le drc^

(1) Le nom de Pfaff se prenait alors en bonne part et n'avait pas l'aoception qu'il a reçue depuis.

Dl LA lUTMMI SOnSI.

d'élire le petii-conseil et restreigoireot le pouvoir excessif attribué par Broun au bourgmestre. Un aolre cbangemenl eut lieu à la mort du bourgmestre Manesse, qui pouvait bieo too un brave guerrier, mais n'était point un ma|^atrat intègre; il considérait les deniers de TÉtat un peu trop comme sa propriété particulière. Le conseil, le tribun et les Deux- Cents convinrent de donner deux cbefs à l'État au lieu d*iiD seul qu'il avait eu depuis le gouvernement de Brofon {4d8M. Les deux nouveaux bourgmestres furent Jean Vinko et M chevalier Rodolphe Schwend. Le tribun Sigbot, qui tenta d'opérer une réaction, fut banni de ia ville et privé de ses droits civils et politiques.

Le duc Albert d'Autriche ayant reconnu Tinutilité de ses efforts pour soumettre les Confédérés, s'était laissé engager a conclMre avec eux une trêve qui, plusieurs fois renouvelée, fut appelée du nom de son principal négociateur, la pai»d$ Jhn'àerg (4358). La môme année, ce prince, tourmenté par la goutte, mourut à Vienne, sa capitale, et laissa la couronne docale h son fils atné Rodolphe IV.

Le duc Albert avait été un ennemi dangereux et persévérant des Suisses. Mais, comme plusieurs princes de sa maison , ce dernier des fils de l'empereur Albert avait des élans nobles et généreux. Un horrible tremblement de terrci ayant renversé la ville de Bâie, en 4356, de misérables conseillers, comme il s'en trouve toujours autour des princes, lui conseillèrent de profiter de ce moment pour attaquer les Bâiois, ses ennemis. « A Dieu ne plaise, répondit Albert, que je sois assez lâche pour tuer ceux que Dieu a blessés; » et il envoya 400 hommes de la Forôt-Noire pour aider aux Bâlois à relever leur ville.

« A quelque chose malheur est bon, o dit le proverbe. Bâle sortit de ses décombres mieux bâtie et plus forte qu'aupa-* ravant. Le grand développement qu'y prirent les métiers obligea les nobles et les riches bourgeois d'admettre les chefs des artisans ou tribuns au petit-conseil (1382).

Cette amélioration s'accomplit d*une manière toute pacifique et légale. « Ne t'écarte jamais du droit, » leUe était la devise des Bâlois de ce temps.

HlSTOiEB

iBvaflioo des Anglais. — Dôfàita des nobles et da comte de Kybourg.

(Dû l'on 4870 à 488i.)

ENDAPrr que la mort du duc Albert délivrait les Suisses d'un de leurs principaux ennemis , ils «'(aient menacés, à l'ouest, (i'uue in\asii)n souiJiiiiH» et élraui^e. Des handes inili>ci[)lintM>s qui fni!!vaient sans emploi par suite rétablissement de la paix entre la France et rAriiileiene, s'a|)prochèrent de la ville frontière de Bâle. Aussitôt tes Cenfedérés d*accourir au secours des Bfilois au nombre de 3,000 hommes. Le chef de ces bandes, Cervolai oe jugea pas à propos de les attendre et s'éloigna ( 1 365).

Dîi ans après, de nouvelles bandes plus nombreuses menacèrent l'Argovie, que leur chef, le seigneur français Engoerrand de Goucy , réclamait des ducs d'Autriche comme ta dol de éa mère, fille de ce même duc Léopold que les Gonft$d6rés avaient défait au Mori^arlen. Pendant trois jours, les soldats de Cuucy, auxquels leurs cas(pies pointus a\ aient fait donner le nom de Gilgler (M. (lofileroiU de\ant Bàle, couverts d'armures brillantes et uk»mU\s sur des chevaux richement caparaçonnés. Un péril commun menaçait les Suisses et les ducs d'Autriche. Zurich, Berne et Lueeine le comprirent et joignirent leurs troupes a celles de ces princes. Moins exposés par leur situation géographique et plus animés cony ire rAutriche, les Waldstœtten refusèrent, dans la diète de Zurich, toute entente avec la vieille ennemie de leur indépendance. Le désaccord des Confédérés et la lâcheté des oomtes de Kybourg et de Nidau donnèrent beau jeu aux soldats de Goucy. Ils franchirent presque 'sans coup férir le col du Haaenstein, et s'avancèrent en pillant, en ravageant, jusqu'au cœur des États confédérés. Le comte de Nidau^ assiégé par eux dans son château, lui tue d uu coup de flèche, au

(4) Gugel, terme usité dans lu Suisse allemande, désigne loutolDjeidoui la iparUe supérieure finit en pointe. En latin cucuUta.

d by Goo

M LA llinoir 810881.

moment où il levait la visière de son casque pour observer la position des ennemis. Enguerrand de Coucy établît son quarlîer-général au couvent de Saint-Urbaio. D autres cbeii 8*ipstdllèrent avec une partie de Tarniée au couvent de Pfe«braDDen» entre Berne et Soleure, d'où ils faisaient des incorsioBs dans tous les environs, jusqu'aux portes de Zuridi et dans le Jura neucbâtelois. Un prélat corrompu, qui était aussi hin des plus méchants princes dont parie notre bfstoire, ne rougit pas de se réunir, avec 500 lances, aux aventuriers de Coiicy. C'était Tovéque de Bâie, Jean de Vienne, qui, quelques années auparaviiiit, avait iriiîlreusemenl brûlé la ville devienne sa vassale, et perdu contre les Bernois le combat de Pierre-Pertuis (1.367 et 1368). Cette invasion subite et terrible plonqea toute la Hante-Allemagne dans la terreur et la désolation. Les vaillants Bernois eux-mêmes semblaien t frappés de stupeur et parlaient d'abattre toutes les granges qui se trouvaient autoTir de l(>ur ville.

Les montagnards de rËntliboucb, race vigoureuse et 6ère^ recouvrèrent les premiers leur sang-froid et leur énergie: Aidés des volontaires de Loceme et des Waldstsatten, et ail nombre de 600 , ils coupent des massues dans la forél de Btlltisbolc près de Willisau, tombent sur une borde de 3,000 Oûgler qui retournait à Saint-Urbain chargée des fruits de ses rapines et de ses violences. Les Gugler sont battus, et les vaillants Entliboucher rentrent triomphants dans leurs villa£?es. montés sur les chevaux et couverts des armures des principaux vaincus.

L'héroïsme des Entliboucher, qui étaient encore sujets de l'Autriche, rendit honteux les Confédérés. Sous le commandement d'Olhon de Boui)enberg, fils de l'ancien avoyer, quelques cents hommes de Berno, de Fribourg et du Seeland tuèrent près d'Ânet 300 Giigler^ la nuit de NoëL Les Fribourgeois rapportèrent de cette rencontre le drapeau doré (GiUdin'Pfan) , qui orna depuis le chœur de leur coHégiale: Mais le principal combat se livra à Fraubrunnen, où les aventuriers de Goncy, assaillis par les troupes bernoises, se défendirent en désespérés jusque dans les corridors du clottre qui fin livré aux flammes, et où périt avec une foule de guerriers, l'intrépide banneret ilaiiz Kieder. Trois bannières, beaucoup d'or, d'armes el de dépouilles do tout genre furent

400 Bisiow

la proie iies vainqueurs, qui revinrent clans leur ville au milieu des acclanjations et des chants joyeux de la multitude. Mais le meilleur résultat de la vicloire fut la retraite de Gouoy, qui, oe se trouvant plus en sûreté dans la Haule-AIlemagM, regagna i'Âlsace par les défilés du Jura.

La guerre que nous venons de raconter a élé connue joa*qu'ici dans les annales helvétiques sous le nom de guerre dm An§lm. Le nom &Englânder'Hûgel (colline des Anglais) a été donné par nos pôres au lertre sanglant que Ton voil encore près du bois de Bûttisbolz. Les soldats de Goucy ve« naient en effet de la Grande-Bretagne ; mais ils n*étaient pas proprement des Anglais; ils sortaient de la principauté de Galles, récemment envahie et horrihleineiU opprimée par le roi Edouard d'Angleterre, qui avait fait décapiter le prince national des Gallois. Lewellyn* à la tour de Londres (1283). Réfugiés en France, les Gallois y combattaient non pour Édouard, mais pour le roi de France contre leur oppresseur. Leur principal chef, après Enguerrand de Goucy, était le célèbre Ivaio de Galles, un des descendants du maibeureux Lewellyn. Ivain , appelé aussi Jévan ap'Grynion ap-GryffU dans nos chroniques , commandait les Bretons à Fraubrunnon et n'échappa que par des prodiges de valeur au glaive vengeur des guerriers bernois. Ce fut pour trouver plus tard la mort sous le poignard d'un assassin aposté par le roi d'Angleterre, pendant qu'Ënguerrand de Goucy, emporté par ses goûts d'aventures , allait guerroyer contre les Turcs , et terminait ses jours en Asie , prisonnier du sultan Bajazet. Les autres chefs connus de celte expédition malencontreuse sont Frant, Velcaib, Saluer. ^

Six ans après l'invasion de Coucy, Tan 4382, la ville libre et impériale de Soleure se trouva dans un grand péril. Non loin de ses murs, le comte Rodolphe de Kybourg habitait le château de Bipp, qu'il avait reçu connue hypothèque du comte de Thierstein. Il voyait avec douleur à quel point les biens de son ancienne et noble famille avaient diminué par la mauvaise écCnomie de ses pères. Tboune | propriété de ses aïeux, avait été hypothéquée à Berne, ainsi qu'Aarberg. Il alléguait aussi quelques prétentions sur Soleure, et comptait recouvrer toutes ces propriétés par la force unie à la rose* Il engagea à son service des hommes capables de faire

Dl LA IIATIO!! 8018SI,

UD coup de main. Son dessein était de surprendre ei de réduire Soleure au milieu de la nuit. Le prieur de l'église de SaÎDl-Oars , dans cette ville , était son oncle. Un chanoinet léao Aoistein, dont Thabitation loaehait an mor d'enceintei devait faire entrer la troupe pajr sa maison et envelopper de liages le marteaa de la clocbe d'alarme. Tout était prêi; la Doit vint , et la borde ennemie s'avançait déjà Ters la ville ao milieu des ténèbres.

Mais un paysan de Roumisberg, Jean Rott, prit les devanls, et révéla, dil-on, au poste de la porte orientale de la ville, les projets meurtriers (iu comte. On voulut sonner la cloche d'alarme : effort inutile. Des cris de terreur retentirent alors dans les rues; tout le monde prit les armes et courut sur le rempart. En voyant ces préparatifs de défense inatteados , Rodolphe de Kybourg se retira couvert de bonté, lean Amstein, le chanoine traître, fut arrêté; mais il ne fui pas puni coaime il le méritait, puisque noos le retrouvons plus tard cnré à Madiswyl (^).

Dès ce joar, les aflblres de Rodolphe de Kyboorg allèrenl da mal eu pis. Solenre et Berne, pour se venger, s'emparèrent de ses biens et de ceux de se% amis. Le manque d'argent le priva de tout moyen de défense; bientôt après, le chagrin mit 6n à ses jours. Ses frères combattirent courageusement pour leur héritage. Thorberg, BUrgistein et beaucoup de nobles embrassèrent leur parti. Le duc d'Autriche déclara vouloir rester neutre. La ville de Fribourg fit la même déclaration. Berne a[)pela les Confédérés h son secours. Olten, ville du comte de Kybourg, et Berthoiid, capitale de ses Étals, furent assiégés; cette dernière ville pendant six semaines et par 15,000 Confédérés. Mais OUen fut sauvé par les pluies, et Beriboud par la ruse du comte de Kybourg, qui feignit de vouloir rendre la ville, et obtint des chefia bernois une tfève pendant laquelle le duo d'Autricbe, au mépris de sa promesse de neutralité, envoya un secoars de 1,600 hommes aux assiégés. Berne fut obligé de lever le siège (1383). Mais dès l'année suivante, le comte de Kybourg, obéré de dettes, se vit contraint de vendre sa capitale aux Bernois pour la somme de 37,000 florins. Les bourgeois de

(1) Amiet, de Soleure. Àlmanach hùtoriquê de la Suùte, 4848.

HMTOIBI

Berne s'imposèrent généreusement pour faire face aux charges publiques créées par cette guerre et les précédentes.

Cependant, Tancienne union n'existait plus dans cette ville entre les chevaliers, les bourgeois et les artisans. Ces der* niers eussent désiré voir donner aux tritus ou corps de mé^ tiers une influence politique comme à Zurioh. Les nobles , unis aui riches bourgeois , s'y opposèrent. Un mouvement populaire eut lieu en 1368. Mais il rfaboolit qu^à faire don** ner un ponvoir dictatorial à Tavoyer, qui fut déctaré wrfeeh (irresponsable). En 1384, après la guerre de Kybourg, les choses se passèrent, un pcn (iiffôrofjnnent. Irritéo de ce que la ville devait payer au poids (io l'or co qu'elle eût pu acquérir par le fer, la bourgeoisie, réiniie le tiiiirdi-gras dans Tégiise dei> Dominicains, ne réélut de tous les membres du pouverneuienl que l'avoyer Odion de Boubenberg et quatre conseillers; tous les autre s furent ren)piacés par des hommes plus agréables au peuple. On apporta les modifications suivantes ù la constitution : « Les bannerets et les ScMxaote doivent choisir les membres du grand-eonseil ou Deux-Cents dans toutes les classes d'artisans. Aussitôt nommés, lesDeax* Cents prêteront serment à la commune. Les vassaux de Kybourg ou d'un autre seigneur ne pourront siéger au petileonseil , ni deux frères ensemble. » Ces changements, toutefois, ne touchèrent pas au fond de la constitution . qui resta toujours plus aristocraiiipie que populaire. L'intluenee de la famille de lioubenber" , dont trois membres se suceedèrotit au fauteuil îles avoyers, et les (piaîilés personnelles des gouvernants bernois, dont plusieurs se distinguaient par la dignité lie leur vie et Théroïsme guerrier, coni ribuèrenl beaucoup, sans doute, à empêcher une révoiuliuu comme celle de Broun ^ Zurich.

L'esprit aristocratique de Berne se montre dans les relations de cette république avec les seigneurs voisins et avec la Savoie, son alliée, pendant tout le X1V°** siècle. Les sujets oberlandais du sire de Rig^enberg, révoltés contre ce seigneur, trouvèrent de Tappui dans TËtat populaire d*Dnderwald, qui confine à TOberland par le BrQnig; mais Berne, dont le sire de Ripgenbers était bourgeois , sonmit par les armes le Ilasli rebelle et réussit a faire condamner Under- A\aid par un tribuuai (eueral ou siégeait l'avoyer luueruois

Gundoldingen (1381). Les Bernois aidèrent aussi au comte Amédée VI de Savoie h soumettre le Valais révolté contre SOD évéque Tavelli, prélat âgé qui fut assassiné quelques années après par son propre neveu au château de la Soie. Sien fut pris et brûlé; les trois châteaux qui dominent cette \ille, forcés de se rendre; la cathédrale, dépouillée de ses re» lîques et souillée par le meurtre et l'incendie (1359). Trente* • deux ans après cet événement, la capitale du Valais, qui avait chassé son évéque, cousin du comte de Savoie, éprouva le môme sort de la part d'Améilce VII. Vainement Sien fut défendu avec la plus i^rande valeur [jar la garnison de cette ville, secondée dos bouriroois et de femmes intrépides qui jetaient de IVau bouiliaiile, dos farcis et de la chaux vive. L'armée assiégeante , composée de Savoyards, do Vaudois, de Bernois et de Fribouigeois, emporta la place d'assaut, la pilla et la livra aux flammes (1384). La grande bataille de Yiége(1 388), appelée la bataille des larmes, où 4,000 Savoyards périrent, délivra momentanément le Bas- Valais. Mais le comte Amédée YII y rentra en maître Tannée suivante , et les dépotés baut-valaisans durent implorer à genoux une paix onéreuse. L*épiscopat de Tavelli est marqué en Valais par le progrès des libertés populaires. Les députés des communes prennent rang dans les diètes des dixains à Sion et à Naters.

xvm.

Guerres 4e Sempach et de Nœfels. Paix avee rAatriche et agrandissement des États de la CoDfédération.

(Dê l'an 458S à 4400,)

A conduite déloyale du duc Rodolphe IV d'Autriche, dans la guerre de Berthoud, avait indigné les Suisses. Craignant que ce peuple ne se joignît aux 50 villes qui venaient de former une ligue contre lui sur les bords du Rhin, ce prince fit proposer aux Confédérés une paix perpétuelle. Mais ayant réussi à dissoudre la ligue rhénane, il changea subitement de langai^e cl fit augmenter les droits que les Suisses payaient

Diyilizea by ^OOglc

4 04 USTOIU

sur ses terres. Cette conduite trouva des imitateurs dans tous les nobles et baillis de TAutricbe antérieure ('). Le baiJii cke Botbeobourg inquiète les Lucernois ses voisins; Pierre de Tborberg accable de tailles répétées ei arbitraires les habitants de TEntlibouch. Ceux-ci ayant en vain porté plainte au doo d'Aatrîcbe, font une alliaoce de dix années avec les bour- • geois de Luoeme. Au roéaie temps, poussé à bout par les vexations du baHli de Botbeobourg, et bravant les ordres du gouvernement, une bande de corps-francs lucernois s'eoipa* rait do fort de Rothenbourg et en démolissait les murailles (Î8 décembre 1385). Huil jours après ce hardi coup de main, la petite ville autrichienne de Sempach, située sur un lac de deux lieues de loni», s'alliait à perpétuité avec les Lucernois. Telle fut Torigine de la nouvelle guerre contre les ducs , ou guerre de Sempach.

Pierre de Thorberg, altéré de vengeance, fît exécuter ignominieusement les bommes de rËnilibouch , auteur de l'alliance avec Luoeme, et, à la tête d'une troupe , il ravagea le pays jusque sous les murs de cette ville. Le duc Léopold U d'Autriche , qui avait succédé à son frère Rodolpbe IV, vint à Baden et jura de tirer vengeance des Confédérés pour tout le mal qu'ils lui avaient fait ainsi qu'à sa maison. Les Gonfé-* dérés assemblèrent en bâte une diète à Zuricb (l^mai). Berne sent n'y envoya point de député, sous prétexte que sa trêve avec le duc Léopold n'était pas encore expirée. Deux cent trente seigneurs ecclésiastiques et séculiers déclarèrent la guerre aux Confédérés dans l'espace de quelques jours.

Sans s'épouvanter de ces menaces, les Suisses coururent aux armes; ils ruinèrent plusieurs chnloaux : Riiinlang sur la Glatt, Mœrsburg, Schenken sur le penchant de la montagne près de Sursée, Windegg dans le pays de Gaster. L'avoyer Gundoldingen commandait dans ces expéditions les troupes de Lucerne et des Waldstaetten. Les ennemis, de leur côté, aidés par la trabison des babitanls, égorgèrent une grande partie de la garnison de Mayenberg, composée de citoyens de

(1) On appelait ainsi cette partie des Étals des ducs d'Autriche qui étail située en Suisse et dans les pays Vi>isius (Alsace, Tyrol, Urisgau, Vorarlberg}, par opposition à l'Autricbo proprement dite. Ces deux parties fornèreotplttt d'uoe fois doux ducliés disUncts, comme la Savoie intérieure et la Savoie extérieure, laquelle comprenait le Pays-de-Vaud etloâ po8desaiona de cette maison dana la Suisse occidentale.

Dl LA MATIOir tmSSB. i05

Zoug et de Lucerne ; cette petite ville devint la proie des flarames. Reichensée , dévoué aux Suisses, expia sa fidélité par l'incendie de ses maisons et par le massacre de la plupart de ses habilants ; Tenfant a la mamelle ne fut pas épargné.

Léopold feigoit d'abord de vouloir attaquer Zurich, où les Confédérés envoyèrent aussitôt un secours de 1,600 hommes; pais, suivi d'une armée formidable, d'une foule de cfaevaUeit de la plus haute noblesse et de troupes auxiliaires de tous ses Élats, il marcha, de Beden par TArgovie et psr Sursée, contre Sempacb , pour châtier les citoyens de cette petite ville, qui avaieni eu l'audace de 8*sllier aux Confédérés. Il pensait de là fondre sur Lucerne. Arrivé dans !a contrée de Sempachj, il trouvfi les bannières des Suisses rassemblées sur les hauteurs. S^ms attendre son infanterie, il fit mettre pied à terre aux chevaliers, au noiï)bre de plusieurs mille, etieur ordonna de serrer leurs rangs et de s'avancer, semblables à un mur de (er, lances baissées, contre la petite armée des Suisses. La noblesse, trop sûre de victoire, se livrait a Tallégresse. Le baron Jean de Hasenbourg chercha à modérer leurs transports; OD lui répondit par des sarcasmes. Léopold, plus clairvoyant, ne se faisait pas illusion sur le danger : « Ici, dans mon pays, dit-il , je veux triompher pour les miens ou mourir. »

C'était le temps de la moisson. Le soleil était haut et ardent. Les Suisses tombèrent à genoux et firent leur prière ; Os étaient au nombre de 4,400 , dont 400 hommes de Lucerne, 900 des Waldstsetten , lOOdeGlarts, de Zoug, de Gersau , de l'Entlibouch et de Rothenbourg. Un grand nombre, dépourvus d'armures, portaient des fascines ou des planchettes autour du bras en guise de boucliers. Tous s'élancèrent avec fureur contre l'armée de fer des nobles; mais en vain , elle était inébranlable. Les Suisses tombaient l'un après l'autre : déjà soixante nageaient dans leur sang; encore un instant et leur petite arcnée, cernée par les nobles, allait être la proie de Tenneftii. Une voix forte retentit soudain : « Confédérés, je vais ouvnr un passage a la liberté; prenes soin de ma femme et de mes enfants. » C'était la voix d*Âr- Dold Schrutan de Winckeiried, chevalier d'Underwald. Il dit, et se précipite au milieu des piques, en embrasse autant fii'il peut , les enfonce dans sa poitrine et meurt , ouvrant ainsi une large trouée par laquelle les Confédérés se ment

HlSTOiBB

sur reiiriemi. Tout se brise sous leurs coups terribles; les cfisqiies et les brassards volent en éclats; les cuirasses brillantes se leij2;nent de sang. Trois fois la principale bannière de TAutiicbe échappe à des mains mouranles, Irois fois oo la relève ensanglantée. La terre est jonchée des cadavres des nobles. Le duc lui-même mord ta poussière : un hotnme . de Scbwyts Ta frappé sans le connaître. Privés de leur chef, les chevaliers ne pensent plus qu*è sauver leur vie; ils de'mandent leurs chevaux; mais déjà leurs gens et leurs che* vaux ont pris la fuite , saisis d'épouvante. Les malbeurens chevaliers, accablés sous le poids de leurs cuirasses, rendues brûlantes par l'ardeur du soleil, cherchent à fuir; les Confédérés volent sur leurs pas. Plusieurs centaines de comtes, de barons et de chevaliers de la Souabe, du Tyi ol et de l'Argovie périrent avec des uiiliit*rs de leurs valets. SchatVIiouse [)erdit sa bannière, bravement détendue jusfpi'à la dernière goutte de leur sang, par trente-quatre nobles et*bourgeois de cette ville. Le banneret de Lenzbourg, Werner de Lo, tomba au milieu de sept, Tavoyer d'Aarau au milieu de quatorze de ses concitoyens; Nicolas Thut, avoyer de Zofingue, entouré de douze des siens. Sentant sa mort prochaine, Thut déchira sa bannière, pour qu'aucune main ennemie ne pût se vanter de l'avoir enlevée; mourant, il tenait encore entre ses'deots la hampe du drapeau.

Les Confédérés eurent à regretter 200 braves et leur chef Pétermann Gundoldingen. Criblé de blessures et sur le point d'expirer, l'héroïque niagistral n'a qu'une pensée, la patrie! «Dites a mes concitoyens, s'écrie-t-il , qu'ils ne laissent pas leur avoyer plus d'une année en charge. » Contrairement à la loi lucernoise, Gundoldini^en lui-même avait occupé cette diiinité emiuente de 1301 a 1384. Avides de butin, les Confédérés ne poursuivirent [)as l'ennemi dans sa fuite vers Sursée, comme ils l'auraient dû, et se livrèrent au pillage. 15 bannières et la cotte de mailles du duc furent les trophées de la victoire. La cotte de mailles fut donnée à Louis Fehr en récompense de sa grande bravoure; elle se voit encore dans l'arsenal de Lucerne à cété de la bannière ensanglantée de Gundoldingen, et du collier de fer, destiné, dit-on, à punir ce grand magistrat de son dévouement à la cause de l'indépendance.

D£ LA MATiOR 8UlâS£. 4 07

La bataille tie Senipacb fut suivie de toutes sortes d'iiostiiiles et cie brii^aïuiages , qui ont rendu tristement célèbre celte période de nos annales. Beroe et Frihourg se firent uoe guerre implacalile, où 36 bourgs et villages furent dé* traits, le coaveni d'Hauterive piilé, et les Fribourgeois eofiD battus ù plaie couture dans la plaine de fiiiinptiiz où ils perdirent 4,400 hommes La guerre continua aussi entre Zurich et Lucerne et les nobles de l'Ârgovte. Pierre Dttr, chef des Renards ou corps-francs suricois, baitii a Kr&henstein un corps de cavalerie argovienne. Les Glaronnais ne restèrent pas oisifs. Aidés des Confédérés, ils s'emparèrent de Wesen , petite ville et place d armes de I Autriche sur le lac de Wallenstadt. Une petite i^arnison confédérale, aux ordres de Conrad d'Au , d'Ui i, et de ilenri Tschoudi, de Glaris, oi.'cu[)a aussitôt ce poste frontière.

Le nouveau duc, Lco[)()ld III, eût volontiers vengé la niort de son père. Mais |)resse par des cij constances défavorables, il signa avec les Suisses une trêve de dix-buit mois; « repos: pour les armes, non pour la haine. » Car telle était Taniinosité des partis, que tandis que les amis de l'Autriche don»naient aux Suisses des sobriquets infâmes, les Gonfédèrés,de leor c6té, se portaient aux dernières violences contre quiconque osait arborer sur son chapeau ou sur son casque la plume de paon, qui était le signe distinctif des duos d'Âotrîche. Un jour, dans une auberge, un campagnard brisa son verre de fureui-, parce que les rayons du soleil, en s'y. réflécbissiint , repiculm^aient les couleurs abhorrées de l'oiseau ducal. Aussi la paix ne dura guère et fut indignement violée par trahison de Wesen. Les hahitaiits de celle ville, quoKjue gouseines avec douceur, préféraient la domination des ducs a celle de leurs ég.iux.

Ils jurèrent de délivrer leur ville et de venger les griefs de l'Autriche dans le sang des Confédérés. Dans ce but, ils nouèrent des intelligences <avec les seigneurs et les cumtee des environs, introduisirent au milieu de la ville des soldatsautrichiens , les uns déguisés , d'autres enfermés dans des tonneaux , et les tinrent cachés au fond de leufB caves ba

(4 ) BumplUz , PimpliUz ea patois de Fribourg , où le dicton « Âller à hmpietz y est encore en usage dans le sons de « cpurir à sa ruine , ou d errer en insensé. »

BISTOIIUS

dans des réduits. Pour mieux tromper la sécurité des Glaronnais, ils demandèrent un renfort de garnison. Les Glaronnais, qui ne se doutaient de rien, envoyèrent 50 hommes. Tout-ci-coup , dans la nuit convenue (la veille de la Saint- Matthias, le 23 février 1388], des troupes autrichiennes, au sombre da 6,000 bommes, arrivèrent de tous côtés vers la ville, par terre et par le lac de Wallenstadt. Le silence régaeit dans les rues et dans les maisons, où les habitants atteDdaienl le sigoal dtt massacre, il fui donné; soudain Ton vift toutes les maisons éclairées , toutes les portes ouvertes aaz troupes qui arrivaient. Le massacre commença. Conrad d'An, dÎJri, gouverneur de la ville, et Henri Tscboudi, son lieotenant^ furent tués avec plus de trente Confédérés; vingtdeux sautèreni par-dessus les murs de la ville et traversé* rent le lac ^ la nage.

Glaris, rempli de terreur, envoya une faible troupe sur ses froniières pour résister aux ennemis qui approchaient. Les chemins dans les vallées des hautes Alpes étaient encore couverts de neige, l'on ne pouvait recevoir du secours des Cottfiédérés. D'ailleurs le manque de vivres empêchait ceuxci de teoif la campagne. On se battit néanmoins plusieurs jours aux frontières. Mais réduits à Textrémité, les Glaroonais députèrent à Tennemi pour obtenir une paix équitable. « La paizy dit d'uo ton fier et impérieux au landammao et aux oomomnes du pays de Glaris, Pierre de Tborberg, vous l'aiires aux conditions suivantes : Obéir , comme des serfii, au due d'Autriche, votre souverain naturel; n'avoir d'autM lois que celles qu'il vous donnera ; lui payer le cens et des impôts; être assujettis, selon son bon plaisir, aux corvées et au droit de meilleur catel. Il n'y aura plus parmi vous de familles exemptes de contributions; vous devez livrer au duc l'acte de l'alliance que vous avez contractée avec les Suisses et le servir contre ce peuple; payer à la ville de Wesen tous les dommages quelle a sogfferls; enfin, expier votre forfait jusqu'à ce que vous ayez mérité la grâce de votre souverain. »

Les Glaronnais répondirent qu'ils étaient disposés à accepter toutes ces conditions, quelque onéreuses et bumiliantes qu'elles fussent, sauf la rupture de Talliance avec les Suisses.

Les seigneurs et les conseillersse moquèrent de cette propo-

DB LA BUnON f UIMB. 1 09

sltîoD, et marchèrent à l'instant même avec 6,000 hommes 8Qr Nffifels, boulevard du pays de Giaris, où le capHaitte Ma^ thieu Am-fiuel était posté aveo 200 Glaroimais. Les femoaea et les enfents avaient cherché tour sûreté dans les moniagnee;

des messa^^rs étaient partis pour Uri et Schwytz ; le ioeàm sonnait dans tous les villages. Mais Fermée autrichienne força tes remparts de Nsaféls. Se battant sans relâche à la tête de 500 héros, Ani-Buel se retira devant le mont RUli, afin d^ôtre défendu sur ses dei'rieres; vers lui s'étendait un sol sauvage couvert de débris de rochers. Ce terrain rocailleux entravait les mouvements de la cavalerie autrichienne. Les Glaronnais lancèrent une i^rêle de pierres sur les ennemis. Mais ceux-ci soutinrent vigoureusement la lutte et chargèrent à leur tour les guerriers de Glaris. Onze fois rompus, onze fois les Glaronnais se rallient. On luttait encore aveo acbame<* ment, lorsque des cris de guerre se font entendre enr leshatH leurs. C'étaient 30 pâtres de Sobilryis qui venaient au secours de leurs alliés. L*ennemi, ignorant leur nombre, fui seisi d'effroi et se mit à fuir, la cavalerie d*abord, Tinlmterie ensuite; on poursuivit l*ennemi Tépée dans les reins. 4,500 bommes furent tués dans les vergers et les prairies; beau-* coup se précipitèrent dans la Lintb. Le pont de Wesen étenl venu à se rompre sous la masse des fuyards, le lac engloutit une multitude de guerriers cuirassés. — Telle fui la bataille deNaefels, livrée le 9 avril 1388, Le peuple de Glaris en célèbre chaque année le souvenir, le premier jeudi du mois d'avril, et entend prononcer sur le champ de bataille, si cher à la liberté, les noms des héros tués et des héros vainqueurs. Cette féte à la fois religieuse et patriotique porte le nom de Nœfelserfahrt, ou pèlerinage de Nsefeis.

La bataille de Nœfels fut accompagnée des mêmes hop** leurs que celie de Sempaoh. Berne et Fribourg se firent de aouveau une guerre désastreuse , où plusieurs villages Cribourgeois furent réduits en cendres et ia ville même attaquée avec fumeur du côté des PUtea, où sept bourgeois furent tués à coups de pierres et trente autres grièvement blessés^ Les Bernois portèrent ensuite leurs armes victorieuses contre Bttren et Nidau, qui se rendirent après quelque résistance. • Les Renards zuricois battirent les troupes de Winterthour. Les guerriers de Zoug, au contraire, furent défaits par les

Bttioni

ArgovioDS et perdirent 42 hommes avec leur chef d*OspenllMi, dans Tendroit appelé depuis Todtmhugel ou Terire \ morti* Mais le fait d'armes le plus important fut le siège de Bafipereehwyl. Cette ville, toute dévouée à FAutricfae, comme ; Wîoterthour, fut assiégée par les Confédérés pendant trois ' semaines et se défendit avec un courage extraordinaire. Les . femmes prirent part è la défense et jetaient sur l'ennemi de rhuile bouillante et tout ce qui leur tombait sous la main.

Ces hostilités épuisèrent les deux partis et menaç^nent le \ pays de sa ruine totale. Des députés des villes impériales ' d'Allemagne s'interposèrent en médiateurs et parvinrent à conclure à Zurich, le 9 mars 1389, une trêve de sept ans qui laissait les Confédérés en possession de tout ce qu'ils avaient conquis pendant la guerre précédente, sauf la petite ville de Wesen , que l'on restitua au duc d'Autriche, avec la i eondition toutefois que ceux qui avaient pris part au ma&aaore seraient exclus de la* ville tant que durerait la anspension des hostilités.

Le sort des armes avait affranchi les Glaronnais de toute Soumission au duo comme avoué des abbés de Seckingen. Us se libérèrent d*une manière plus légale et è prix d*argent des droits de souveraineté qu'avaient conservés sur eux ces prélats. La négociation relative au rachat fut conduite par le bourgmestre Schwood, les conseillers Erisliaupt et Schœno, de Zurich, et trois aulres magistrats de la nièmo ville : Kilchmatter, Landolt et StUssi (père du célèbre bourgmestre de ce nom), que leur ori^iue glaronnaise reudait plus intéressés dans la question.

Mais la paix et les négociations ont souvent été plus dangereuses aux anciens Suisses que la force ouverte et les batailles. Le-éécés du bourgmestre Scbwend avait placé à la téte des conseils et de la république de Zurich , Rodolphe Soboeno, magistrat qui avait hérité des vices de Broun sans hériter de ses bonnes qualités. Le duc Léopold profita da rétablissement des commnnications pour corrompre ce ebef et l'engager è eolitraoter une alliance de vingt ans avec TAu^yriobe. Deux autres membres du gouvernement, Ërishaupl et Laodolt, entrèrent également dans le complot. Aidé par eux, Schœno parvint à gagner la majorité du conseil. Informés par leurs amis de ce qui se passait à Zurich, six caa-

mt LA RATICMI 8UI88B. 444

tons, savoir : les trois WaidsteeUen, Zoug, Luceroe, GlariS| 'firent des représentations aa gouvernement de Zurich au sujet de cfe projet d'alUanoe séparée, violation flagrante de l'alliaiioe éternelle. Ces représentations ne furent pas éooatées. On ne 8*arréia pas davantage à ropposition des bourgeois dévoués à Tunion fédérale. La société des Jtanonb» ocHDposée de ces citoyens, et qui avail rendu de si bons services dans la dernière guerre, fut dissoole. Au mois de juin 4393, le Sonderhund autrichien fut signé à Zurich. 11 était conçu dans des tei iues tels, que cet Etat déclarait ouvertement se séparer de la Goiifedéralioa et se mettre sous le patronage des ducs d'Autriche. •

A cette nouvelle alarn)ante, les députés de tous les cantons, auxquels s'étaient joints ceux de Soleure allié de Berne, accoururent a Zurich. Comme en 1370, le peuple s'attroupa devant l'Hétel- de- Ville; la bourgeoisie, convoquée aux Gordeliers par décision du grand-conseil , déposa et punit du bannissement le bourgmestre et les conseillers infidèles. Frappé d'osfracmie, fiodolpbe Schœno sortit de sa' villa na*laie pour n*y plus reparaître. Il fut remplacé comme bourgmestre par Henri Meyss, Tun des principaux membres ëa la patriotique société des Rmard»^ et dont l'oncle était tombé pour la patrie à Tëttwyi (15 juillet 4393). La chute de Schœno eut pour résultat un nouveau changement dans la constitution zuricoise. Le fjrand-conseil , sul)()rdoiiné précédemujent aux bourgmestres et au pciiL-coiiseil , devint le pouvoir préfjondérant dans TKtat. il partagea avec ce dernier le droit (i Clire tous l(>s six mois le bourgmestre et les conseillers en charge pendant le semestre.

Les députés des huit États confédérés et de Soleure profitèrent de leur réunion à Zurich pour élaborer en commun un code militaire fédéral, dont le- besoin 6*étaii particulièremaot fait sentir dans les dernières guerres. €e code, conna aous le nom de €onverut$U de Sempaeh (Sempacfaer-»Brief), aal un beau monum^fnt de l'esprit religieux et patriotique de nos pères. "Nous en extrayons les passages les plus importants : « Nous, les bourgmestres, avoyers,. landammans, a eoBseils, bourgeois et campagnards des villes libres et des • États fOrfej de Zurich, Berne, Lucerne, Soleure, Zoug, M Uri, Sobwytz, Underwald et Claris, arrêtons d'un com*-

» mon accord ce qui soil : Nui oe doit commenoer sans » nécessité et par caprice une guerre géoérato- pu privée* » Lorsque nous marcheroiis ensemble ou séparément contre » l'ennemi , obacun se rangera sons sa bannière et conrbal- » tra autour d'elle, en brave, selon la coutume de nos an-^ » nôtres. Celui qui abandonnerait sa bannière, ou s'en éloi- » gnerait pour pénétrer de force dans une maison et ycém-^ » mettre quelque attentat, s'il est convaincu de ce criïne par B deux témoins honorables, sera arrêté par le gouvernement 9 dont il relève, et puni par le juge de son ressort dans sa » personne et ses biens, pour servir d'exemple aux autres. «Celui qui, dans un combat ou dans une attaque, reçoit » une contusion, un coup d'épée ou de lance, ou quelque • autre blessure qui le mette hors d'état d'être en aide à » lui-même ou à l'armée, doit néanmoins ne pas fuir, mais » rester avec ses compagnons d'armes jusqu'à la fin du dan- »ger. On défendra le champ de bataille et on harcèlera » l'ennemi jusqu'au dernier moment. Gomme rennemi aurait » souffert bien davantage près de Sempach , si Ton s'était » moins pressé de se livrer au pillage et qu'il aurait pu pro- » fiter de ce moment pour se rallier, personne à Pavenir ne » se jettera sur le butin avant que les chefs n'aient donné le » signal du pilhi£?e. Chacun leur remettra fidèlement tout ce » qu'il aura trouvé. Ils partageront le butin, d'après la force » des contingents , entre tous ceux qui auront pris part à » l'action. Puisque le Dieu tout-puissant a déclaré les églises » ses demeures, et qu'il a accompli le salut du genre humain » par une femme, notre volonté est qu'aucun des nôtres » n'ait la témérité de forcer, piller, dévaster, incendier uq » couvent, une église ou une chapelle, ou d'attaquer à main w armée, blesser ou frapper une femme ou une fille. 11 esl » cependant permis de poursuivre l'ennemi jusque dane les » églises, et de sévir contre les femmes qui nous attaquent » ou crient si fort qu'il pourrait en résulter un préjudice » pour nos armes. Ainsi fait et juré dans notre diêle, à Zu» 9 ricb, le 40 juin de la troisième année après l'an treise-^ » cent-quatre-vingt-dix. »

Les temps du convenant de Sempach sont marqués par l'accroissement du territoire de la plupart des États confédérés. Berne, maîtresse de l'Emmenthal, d'une partie de

DB LA lIÂltON SOnSB.

rOberland (Thouoe, Uotersée), de Bttreo et Nidao conquis en 4388, et allié perpétuel de NeQvevilie, s'agrandit encore de la vallée de Froutigen , de SIgnao et du SiebenthaJ. Le seigneur de ce dernier pays Pavait vendu aux Pribourgeois ; mais les habitants refusèrent de souscrire è cette vente et se donnèrent à Berne. Ces deui villes, Berne et Pribourg, ne laissèrent pas de s*entendre et de s'unir par un nouveau Irailé de combourgeoisie, dans l'église de Lanpen (1403). Lucerne garda les conquêtes qu'il avait faites durant la guerre de 1386, et ajouta ainsi plusieurs villes et contrées à son territoire : l'Entlibouch , Hochdorf, Russwyl, Sempacb. L'or lui procura Willisau et Weggis. Mais il fallut employer le fer pour forcer ceux de Weggis à obéir comme sujets à ces mêmes bourgeois de Lucerne qui les avaient admis» quelques années auparavant, comme libres confédérés dans leur combourgeoisie. Triste exemple^ de l'égoïsme d*bommea étroits et cupides, qui, après .avoir conquis la liberté pour eux, s*arrqgent un pouvoir usurpé sur les autres. Plus heureuse ou plus adroite, la commune de Gersau parvint è faire reconnaître ses 400 habitants et ses 200 feux comme république indépendante et è se maintenir libre pendant quatre siècles, de 1390 à 1798. Zurich acheta de la noblesse appauvrie les bailliages de KussniJcht sur le lac de Zurich, Hôngg, Thalvvyl , les seigneuries de Grlinenberg, Regensberg et plusieurs autres. Zoug acquit Saint-André , près de Gham ; Underwald, Hergisvvyl, Al()nach, et partagea avec Uri le droit de péage du Saint-Gotthard. Uri fît une alliance perpétuelle avec la vallée d Urseren. Les villes alliées des Suisses participèrent de leur essor et de leur agrandissement. Bâle, dont 5,000 bourgeois suivaient la bannière, joignit à son territoire la ville de Liestal. Scbaiïhouse changea sa constitution , établit rinstitution des tribus et nomma un bourgmestre à rinsitr de Zurich (141 1).

Âu fur et è mesure que la Confédération suisse se développait et prenait de la consistance , à mesure aussi se relâchait les liens qui unissaient les Confédérés à l'empire.

Les empereurs d^Allemagne eux-mêmes, bien loin de chercher à unir et à centraliser leurs États, semblaient prendre à tache d'en favoriser le démembrement par la concession et la vente des derniers droits qui restaient encore à

HISTOIRB

l'empire. Les princes de la maison de Luxembourg donnèrent surtout dans celle voie. Tout occupé de la Bohême, son royaume héréditaire, Charles IV finit par sanctionner ralliance perpétuelle des Suisses , et octroya à Zurich ei d SaioUGail le droit de choisir ie bailli impérial dans leur sein. Plus proiJiguo encore, l'empereur Wenceslas, son fils, pi ince débauché ec crapuleux , veodît è Zurich, Uri, Saiol-Gall, le droit de haute justice (Blutbannjt et h juridiction des juifo à Zurich et à Soleure. Déposé par les électeurs k cause de ses eicès, Wenoeslas fut remplacé par Robert de Bavière, prince plus digne du trAoe (4400). Mais l*on put voir è son avènement combien la versatilité et la faiblesse des derniers rois avaient altéré la fidélité et le respect des Suisses pour la majesté impériale; car les Confédérés ayant décidé d'envoyer, selon l'usage des peu()les cl villes libres d'Allemagne, une députation complimenter le nouveau rnonaniue , TEtat de Schwytz s'y refusa en disant : « A quoi bon ces formalités. Nos pères les ont remplies et n'en ont pas été mieux protégés par Tempire. Nous nous protégerons bien nous-' mêmes. »

Tableau de Tespril et de la civilisation de peuple suisse au

XIV* siècle.

B XIV* siècle n'est pas le plus brillant de notre histoire ; mais il en est le plus moral et le plus pur. Ouvert au Grlltli par le serment patriotique (les Trente-Trois, il se termine a cette mémoriible diète de Zurich où fut juré le code religieux et hunianilaire de Seinpach. Le XU" siècle est l ere des Tell , des Staud'iicher, des liirlnch , des Bilselvvind» des Gundoldin^en.... C'est un lerups de concorde et de dévouement, de force, de modération et de générosité; temps de gloire aussi et d'une gloire véritable; car les Confédérés ne combattent ni pour s*enrichirt ni pour faire des conquêtes; mais pour obtenir ou conserver le premier des biens aux yeux d'un i>euple qui a la conacience de lai-mème : Timpé- FBmAircB irAnonAu.

Dl LA MATIOM SUISSB. lift

A ce beau tableau il est quelques taches saos doute. Les Suisses , si i^raiuls au Morgarlen , à Sempach , si généreux à Soleure et dans leur conduite envers les baillis, se ujontrenl cruels à Rapperschwyl et injustes envers leurs Confédérés de \Veg,L;is. A côté des héros sans tache , des uiagistrals et des prêtres dévoués, la Confédération en compte aussi d'immoraux, de cupides et d'infklèles, témoio les Zuricois BrouQ, Schœno el le Soleurois Amstein. Mais ce sont là des exce|H tioos daus ce siècle remarquable. Le peuple, eo géDéral, y esi grand ai sublime. Or, c'est le peuple qui fail, presque seul, les grandes actions dans notre histoire; ce ne sont pas les princes, les ministres, les généraux, comme dans les annal«s des autres peuples.

Les Suisses du XIV* siècle ont en commun , avec leurs contemporains des autres nations, rignorance et une extrême superstition qui leur fait croire aux présages, aux apparitions, à la sorcellerie , aux impostures les plus grossières. Mais à celte foi trop naïve, ils unissent un rare bon sens pour comprendre leurs droits et pour démêler dans les rapports de rÉlat avec lÉglise ce qui appartient à Dieu et ce qui appartient à César. Avec quelle fermeté ()ersévérante et héroïque ils savent aussi défendre ce qu'ils ont une fois reconnu dtre un droit inhérent à leur dignité de chrétiens et d'hommes libres!

Aussi bien , pendant que Fon voit s'écrouler autour d'ani une foule de confédérations puissantes, telles que la ligue lombarde, la ligue banséatique, et toutes ces assoctaimtt éphémères formées entre les villes d^^AIIemagne (SehwtAmif* ilund, RheMnmd), la ligue helvétique se maintient, et aprée avoir repoussé tous les assauts de la maison d'Autriche, elle deviendra bientôt une puissance mililaire redoutable en Europe. La position i2;éographi(iue de la Suisse, pays le plus élevé en Europe, entouré de montagnes (*) et de fleuves, estj certes , pour quelque chose dans Tindépeudauce et la grandeur de ce peuple.

Mais la cause principale est ailleurs; il faut la chercher dans le caractère du vieux Suisse, homme de métier ou des champs, simple et mâle dans ses mœurs, intrépide au combat, loyal dans les traités, plein d'énergie et de grandeur d'âme,

(4) ■ Moattt»ii8 pro mûris efaramiidstot. » Jean de WintertaMur.

OISTOIRE

babitaé dès Fenfance è confondre dans sa pensée et dans aon

cœur la cause de la liberté avec la religion de ses pères. « Dieu et Patrie, » était la devise du vieux Suisse.

Ce noble esprit, à la fois pieux et uatioîiai, se manifestait dans tous les actes de la vie privée et publique de nos ancôtres; sur les champs de bataille, où toute l'armée s'agenouillait avant de vaincre ou de mourir; après la victoire, par ces fêles et ces chapelles commémoratives, dont plusieurs existent encore aujourd'hui; dans les actes officiels, par le respect des choses saintes et l'invocation du Tout-Puissant, de la Vierge ei des saints , protecteurs de chaque peuplade. Le même esprit est empreint sur toutes les œuvres des éerivains suisses de ce temps. Car, malgré rignorance générale, ta Confédération vit fleurir dans son sein , au XiV* siècle, tout un rameau de littérature populaire, consistant principe* lement en chroniques, en chansons, ou simplement en emiriet tentmces^ dont nous avons eu Toccasion de citer quelquesunes dans le cours de cet ouvrage.

Les chroniques soiiL des récits historic|ues composés en latin ou dans le dialecte allemand suisse de l'époque. Les auteurs en sont des moines, des chanoines ou des magistrats des villes helvétiques. Les chansons, consacrées, comme les chroniques , à célébrer les exploits de nos pères , sont ordinairement l'œuvre des guerriers-citoyens qui les ont accomplis avec leurs épées, et qui les redisent maintenant avec leurs plumes pour les faire servir d'exemple et d'encouragement à la génération suivante. Quelquefois ces diantssont improvisés sous la tente mémo, dans le feu et sous inspiration de la victoire. Aussi y trouve-t-on de la passion, de rénergie , parfois une ironie amère , toujours le saint amour de Dieu, de la patrie et de la liberté.

Parmi les chroniques, Tune des plus instructives est la chronique latine du moine franciscain. lean de Winterlhour('). Nous avons emprunté à cet annaliste de curieux détails sur la vie de Frédéric II et de Rodolphe de Habsbourg (^).

Le principal chantre des batailles suisses est le Lucernois Halb-Suter. Il a combattu à ôempach , et racoote les divers

(1) Joannes VUoduranus , que M. Micbelei el d'autre» écrivains français ont traduit par Jean Vilodurand.

(t| Pages sa et 67 de cette blitoire.

M LA tumùn luim.

incidents de cette sanglante journée en les entremêlant d'apostrophes chaleureuses et de sarcasmes allégoriques (*). Un antre barde national est le moine dominicain bernois Ulric Boner, qui signe « Chevalier de Dieo, » et chante en beaax vers la Liberté , « ce 'boudîer d'honneur qui fait rornement I de la vie, relève l*homme et la femme , donne an paovre

• la richesse, à chacnn de la valeur, et met le sceau am

• paroles et aux actions (^). » Boner a composé un recueil de cent fables qu'il a intitulé Pierre précieuse (Edelstein) , et qoi ont été imprimées a Berliu au commeDceraenl de ce siècle.

Aux accents de la poésie héroïque se mêlent les derniers soupirs de la poésie des troubadours ou minnesinger. Dans cette sombre tour des vagues TjWellenberg) , qui s'élève sur la Limmat, Jean de Habsbourg trompe l'ennui de sa captivité en chantant c la blanche fleurette qu'il cueiNait avec tant de plaisir par les prés (^). »

Des travaux d'un ordre plus sérieux occupaient les savants moines de Bâie et de Béromttnster. Le prédicateur rhétieu Albert de Seevis se représente lui-même dans un avantpropos de ses sermons, accoudé sur sa table à écrire et se servant de bésicles pour soulager sa vue de septuagénaire ; première trace de remploi de cet utile instrument dans notre patrie.

L'art n était pRS non plus tout à fait négligé dans un siècle où l'on voit le prieur de Romainniôtier, Jean de Seyssel, orner de sculptures gothiques le chœur de son église; où le célèbre cure Baseiwind pose à Berue la première pierre d'une

(<) Voici une des strophes de Suter :

«La vactie brune lembiôme d'Underwaid) dit au taureau (emblème iVri) : Uo seigneur a voulirme traire dans la plaihe; mais je lui ai cogné au fléMIle contre la téte tant et si bien qu'il faudra l'enterrèr. » — « O seigneurs de la Bosse-Allemagne I (lil-on dans une autre strophe) avant de vous aventurer à gravir ce haut pays, vous ferez une autre fois trèsprudemment d aller a confesse. 11 pourrait vous y arriver malheur. • * (S) « Frihelt slret ailes leben

Und kan wol gemuote geben.

Friheit hœchet wib und man Den armen si ricben macben kan.

Fribeit Isl der eren hori SI uebefkrOnet werk und 'vrorl. •

Fable 39 du rêeutil di Bcmtr, (3j « Ich weiz ein weisses biaemelin. >

muraille de clôture qui fait encore aujourd'hui TadmiratioD du voyageur. Mais le nécessaire va avant le beau et l'agréable.

Or, à l'époque dont nous parlons, nos villes suisses étaient encore construites en bois, et les rues u'étaieot poiot pavées; les premières maisons bourgeoises en^ pierres datent à Fribourg et dans presque tous les cbefs-iieux de la GonfédéraUoo, de la 6d du XIV* siècle. Fribourg, Berue et Zurich élèvent vers le même tamps lew Rathham ou hôtels- deville; Zurich fait paver ses rues de cailloux et défend la cireulatioD des animaux immondes.

Les incendies, si fréquents dans ce siècle, où la ville de Berné seule eut è en supporter six plut ou moins terribles ( faisaient sentir la nécessité d'une police plus sévère et d*un meilleur mode de bâtisse. Aux désastres causés par le feu, venaient encore se jeindre la famine et la peste, suite de l'imprévoyance générale et d'une malpropieté excessive. Ces fléaux , envisagés en certains endroits comme une punition de Dieu , donnèrent naissance aux immorales processions des Flagellants, sectaires des deux sexes qui allaient se donnant la discipline sur les roules et les places publiques. En d'autres lieux, dans le Siebenthal, par exemple, l'approche du fléau engendra des excès d'un autre genre et fut saluée par des chants, des repas et des danses. Rendus de plus en plus graves et mélancoliques par le spectacle des maux de la vie et de la folle humaine, Im moines de Bâle, à leur tète le noble et docte Suso, natif de Constance, s'appliquèreni tout entiers à la méditation des choses éternelleÎB ; sous le nom é^Amii de Dieu, ils formèrent une vaste association vouée au double culte de l'amour divin et de l'amour des hommes, à l'exemple du Sauveur.

Mais à côté de celle noble congrégation , s'en rlevèrenL d'autres beaucoup moins pures, comme la congrégation des

(4) Lors du grand incendie de 4405, qui delrui^iit une grande partie do la ville de Berne, les Priboargeois, oubliant les ravages des guerres |»r6-

cédentes, envoyèrent de grandes provisions d habillements et de comestibles, et entretinrent pendant un mois, à leurs fr;iis. 100 ouvriers et 4 3 cbariots pour le déblai des décombres. Un conseiller pliiUujlbrope, Jean de Gambach, présidait ù ces travaux. Les Fribourgeois acquirent une réputation de bienfaisance si grande à Berne, à cette époque, qu'an petit enfant h qui ses parents refusaient du pain, s'écria : < Eh bient puisque vous no voulei pas me donner du pain, j'irai en demander aux Fribourgeois. »

Dl LA NâtlOH SUim.

frères da iÀàrê^Eiprii, la coofrérie des LoUardi, etc. La première avait 8€m centre dans rUecblland et au Pays-de- ITaad. Ses membres niaient l'efficacité des bonnes œovres, rejetaient ane partie des sacrements et se confessaient entre eux. Les Loikùrds on Beghards ne se séparaient point eitériearement de TÉglise, mais ils se réunissaient dans des ora^ totres particuliers, et les béguines ou {einines apparlenaienl à la confrérie, poriaient un capuchon rabaltu sur leur visage. L'in(juisiiion et les gouvernemenls se réunirent pour proscrire ces congrégations. Des procédures furent dirigées contre eux, à Berne, à Fribourg, dans le Pays-de-Vaud et à Bàle où Ton en comptait plus de 4,500. Les frères du Libre-Esprit , poursuivis avec le plus de rigueur comme sectaires déclarés, furent condamnés aux flammes; Tun d^eux, LôfQer, de Breœgarten, près Berne, feçut la mort avec le pins grand courage et se moquait sur le t>ûcber de la petite quantité de bots que ia lésinerie des juges avait destinée à soo supplice. On se contenta d^expulser les LoUards, on d'exiger leor rétractation.

Un siècle de mysticisme et de guerre ne semble pas fevorable aux progrès de Tindustrie et du commerce. C'est cependant au XiV siècle (jue commence à prendre de l'essor le commerce des draps et des cuirs dans les deux capitales de rUecbtland, Berne et Fribourg. Les \ins de Lavaux et les toiles de Saint-Gall sont recherciiés au dehors. L'agriculture est en honneur dans la Haute-Allemagne. En Argovie, le baron de Hegnau ne dédaigne pas de tenir lui-même les cornes de ia charrue et de conduire au labour son superbe atielage entouré de ses fils qui travaillent sous ses ordres. L'empereur Albert, s'étonnant de trouver réunies dans le même homme , la bravoure et Télégance da cheva* lier avec les goûts simples et laborieux de Hioonnie des diamps, € Monseigneur, répond avec sagesse le baron da Hegnau, je trouve qu'après le service des armes pour la défense de la pétrie , le travail des champs est la plus noble occupation pour un gentilhomme. »

CepencJant, aucune invention importante ne vient perfectionner un art dont les progrès sont élroitement liés à ceux des sciences physiques et naturelles alors très en arrière. Les mêmes causes retardent les progrès de l'art militairci le

itO

plus eoltîvé de tous dans eetle époqpe beUiqoeuie. La dé«couverte de la poudre à canon en Allemagne n'eut see efiéta que beaucoup plus tard , et malgré TiDiroduciioB des armes è feo dans quelques États confédérés, la hallebarde, la loo«< goe pique et la massue resteront , jus(]u*au XVI* siècle, les armes de prédilection des Suisses. Le siège des places fbrtea exige la fabrication de diverses machines de guerre, propres à percer les remparts (béliers), à lancer des blocs de pierre dans les villes assiégées (catapultes), à couvrir les assiégeants dans les approches d'une place (chats). Les Bernois, les plus avancés des Confédérés dans l'art de la guerre, prennent à gage des ingénieurs chargés do fabriquer ces niachines et de diriger les sièges. Le plus célèbre des ingénieurs était Burkard deBennwyl, qui rendit à Laupen de grands services aux Bernois, soit pour la défense de la ville, soit par lenii^oi de ces chariots armés de faux, dont l'histoire d Italie nous otfre déjà des exemples, dans la guerre des Guelfes et des Gibelins.

Le droit et la politique , considérés comme sciences , ne sont que peu ou point étudiés à cette époque. En fait de droit , on s'en tient aux coutumes locales avec un méhinge de droit impérial et germanique, La Confédération elle-même n*est encore qu^une agrégation d'États unis à des conditions inégales, et par des h'ens peu resserrés, si l'on en juge par la conduite de Berfie en 1386, et celle de Zurich en 1393. Les diètes, comnie le dit leur nom, Tagsalzung (fixation d'un jour), ne sont d'abord que de simples conférences entre les députés des huit Étals et de leurs alliés. Ces diètes, où les députés se rendent à chev-»l et accompagnés d huissiers (Weibel), se tiennent à Berne, à Lucerne, et plus fréquemment à Zurich. C'est que la ville de la Limmat es4 devenue, petit à petit et sans que cela fût réglé par aucune loi , FÉtal dirigeant, le For-On de la Confédération. Les actes répétés de félonie de Broun et de Schœno ne changèrent rien à cette position, qu*elle conserva jusqu'au milieu do XV* siôcle«

La prééminence de Zurich s'explique facilement par son ancienneté, son importance militaire, politique et commerciale tout ensemble, sa population nombreuse et les lumières de ses magistrats. On disait proverbialement dans la vieille Suisse : «Si tu veux un bon conseil, tu le trouveras à Zu- » rich. » £t encore : a Dieu do|ine à celui qu'il aime une mai-

M LA lUTfOlf 8UI8W. I %4

• 8oa à Zaïiofa.» La sapériorké reoooDoe de Zorioh ne talue pas d'eicker ia jalousie de oerlaîns Étals de la lî^ue, priooîpatemeDt de Schwytz , dont le patronage , acce|)lé par les trois aotrss Waldstœtllen, Zoug, Gfarîs et, plus tard, Appep* lell, se serait voFonliers étendu sur tous les pays confédérés. Dans celle rivalilé alors encore peu développée, mais qui ne devait pas tarder à l'être, il y avait en germe toute une guerre civile, qui éclata au XY" siècle.

lirovblds politiqaas à Zoog. ~ Latte des Appaaxelloi». pour la liberté. — ils s'allient aoz SoiSses.

(ù$ iftm t40ê à UiM.)

n commenceinent do XV* siècle , Tespril de li»

berté, ravivé par les victoires des Confédérés, occasionne partout des luttes entre lesgouveméSy t|ui aspirent à des droits plus étendus ou mieux garantis, et lesgouvernaîjts^ qui cherchent a maintenir leur ancienne juridiction. Une foule de villes et de seigneuries, Neuchàlel , Gruyères, Winterthour , Oltijj;en sur TAar, eurent leurs petites révolutions. Winterthour, cette ville si dévouée a PAuiricbe , voit se former dans ses murs on parti suisse, à sa tète Tavoyer G(iz, qui conclut avec Za* ricb on traité de cooibourgeoisie. Mats le bailli autrichien Hermaon ée Suis est averti de ce qui se passe. Des troupes autrichiennes arrivent à Winterthour, s'emparent du maihei»* reuxavoyeret le précipitent dans le Rhin. AOIIIgen, les serfs , menacés par leur seigneur , le tuent et se donnent à Berne leur protecteur, après s*étre rachetés de leurs obligations envers la veuve du baron, protégée en vain par la Savoie. Celte dernière puissarjce et le comte Antoine de (iruyères qui en dépendait, ne sont pas plus heureux contre le Gessenay, dont les courageux pâtres s'allient avec Berne, sans le consentement de leur souverain. L'alliance bernoise est recherchée aussi par les remuants bourgeois de Neuchàtel, io-

inTOUi

digoés de voir un étranger , parce qu'il était neveu de la dernière comtesse, devenir souverain du pays et empiétar sur las droits des indigènes* Mais en politique habile, le ooaveau cemte Goorad s'empresse d*obtenir la coin bourgeoisie de Berne, à laquelle il joint encore celles de Fribourg et d^ Soleure. Cette conduite adroite sauva Goorad de sa ruine el préserva le comté de Neuchâtel du sort de tant de seigneuries devenues depuis la proie de Tesprit républicain et belliqueux des Suisses do XV* et du XVr siècle. Conrad déjoua avec le même bonheur une conspiration ourdie par un parent iJes anciens comtes, le sire VauLier de Uochefort, qui, pour perdre plus sûrement son seigneur, avait fabriqué une fausse charte, octroyant entière indépendance aux bourgeois de Neuchâtel. Pris pour juges par les deux partis, les députés des trois villes déclarèrent la charte apocryphe; Vaulier le faussaire eut la lôte tranchée, et deux prêtres qui l'avaient aidé dans cette criminelle entreprise, le chanoine Leschoty de Neuchâtel , et le clerc Dacie, de Morat, furent dégradés et noyés daos le lac (4 406) .

Des dissensions plus graves avaient éclaté peu auparavanl à Zoog et avaient failli entraîner toute la Confédération dans une guerre civile. L*État de Zoug se composait de la ville de oe nom et de trois commuoes rurales, Baar, Meuzingen, JSgeri. D*aprôs la constitution cantonale, les décisions des trois communes unanimes formaient la majorité et étaient obligatoires pour la ville, tout comme les décisions de la ville, jointes a I une des trois cojumunos, faisaient loi pour le reste du pays. En 1404 , les trois communes réunies en landsge" meinde décrétèrent que la ville partagerait désormais avec elles le droit d a\()ir le sceau, la grande bannière et les archives, symbole de la souveraineté cantonale. Ce décret violait les anciens usages garantis récemment par Tacte d'edaiissloo de Zoug dans la Confédération suisse, eu 43ô3.

Les bourgeois refusèrent de s'y soumettre. Ils offrirent aux campagnards de faire juger la chose par des arbitres fédéraux, conformément au texte des alliances. Mais les campagnards contestaient à la Confédération le droit d'intervenir daos les affaires intérieures d*un des États confédérés. Ils en appelèrent à Schwytz, qui exerçait une sorte de protectorat sur nÊtat de Zoog et s'était mémo attribué le droit d'en éijre le premier magistrat ou amman.

DE LA NATI0I1 iUlgSE.

Les magistreto de Schwyts conseillèrent prudemment de

recourir au droit fédéral. Une diète se réunit à Lucerne pour s'occuper de cette adaire, et des commissaires fédéraux furent envoyés à Schvvylz et dans la campagne de Zoug pour engager le peuple à attendre avec calme la décision de l'autorité fédérale. Mais poussés par quelques agitateurs, les jeunes gens de Schwytz prennent les armes et surprennent la ville de Zoug dans la nuit du 16 octobre 1404. La diète alors lève 43,000 hommes et fait occuper tout le pays. Âssemblés ensuite à Beggenried sur le lac des Waldstœtten, les dépotés de tous les États, sauf Schviryts et Zoug, oondamoent les trois commaoes à payer 600 florios, et Sobwyiz 1,400 florins de dédommagement, dont 600 pour la ville de Zoug el 400 aux Confédérés; Schwytz est ténu, en outre, de renoncer à son alliance particulière avec Zoug et à son droit d'élire Vammm de ce canton; Quant au fond de la querelle, il est décidé que Zoug conservera le sceau, la bannière et les archives; mais qu'il ouvrira l'accès de ces dernières aux campagnards et leur laissera choisir f)armi les bourgeois, le banneret, second magistrat du [)ays (novembre 1 404). Quand cette sentence tut connue à Schwytz, elle excita le plus vif méconlenienient contre les auteurs du mouvement, dont plusieurs siégeaient au conseil; ils furent exclus de ce corps et condamnés à supporter une partie de l'amende. Ainsi se termina la guerre civile de Zoug, diversement jugée par les historiens suisses , dont les uns prennent parti pour la ville, d'autres pour la campagne; mais qui tous s'accordent à déplorer Faete de violence commis par les corps*- francs de Scbwytx. « Car la violence, dit Jean de Huiler; ne fit jamais le droit. » ^

L'année auparavant (1403) avait éclaté le révolution d'Âp-

penzell. La contrée montagneuse d'Appenzell , composée de quatre Lândlin (petits pays) et do six Rhodes ou circonscriptions financières (*), dépemlail des abbés de Saint-Gall, qui nommaient les baillis et les percepteurs (Rhode-Meister). Mais Je voisinage des Suisses et la dureté des otTiciers de l'abbaye faisaient depuis longtemps germer des idées d'indépendance

(I) Les Làndlin étaient Appeozell, Uundwyl, Urnaesch, TeuiTen; les Jtkodetj Leho, Schlatt, Scbwœndi, Ôonten, RlUl , Rikenberg , auxquels fhistorlen Heone alonte deux autres, Hérisau et Trosen.

BISTOUB

dies les Appeoielkiis, peuple roboste, enirepraïaDt et brave.

Vers 4377, les villes souabes qui environnent le lac de Constance ayant formé une ligue pour résister à loppressioii

de la noblesse, les montagnards d'AppenzeM et les bourgeois de Saint-Gall se (irefit recevoir membres de la ligue des Villes-du-Lac ou Bund~um-den-See {'22 mai 1378).

Les dépulés des deux pays , eonsuJérés des lors comme Étals indépendants, furent admis a siéi^er a la diéle d'Ulm, avec ceux des autres villes de la ligue, au nombre de 27.

Mais l'abbé de Saint-Gall, Cuno Sioflein, ayant porté plainte à l'empereur et prouvé, charte en mains, que TAppenseU avait toujours appartenu aux abbés, de la libéralité desquels il tenait son existence et môme son nom Abt-ZeU (cellule de Tabbé), la ligue souabe abandonna ses alliés. La défaite des troupes de cette ligue par les nobles , à DlM*flEîn<^ gen , la même année où les Suisses triomphaient ë Nœfels, anéantit la confédération des bords du Lac, qui, victorieusa el bien dirigée , eût pu devenir Témule de celle des Wald« stsetten. L'abbé Guno reprit aussitét une partie de sa domi^ nation sur Saint-Gall ei tous ses droits sur l'Appeiizell. Un bailli principal, résidant à Schwit»ndi , et plusieurs sousbaillis, gouvernaient ce pays en son nom. Loin de îuénager un peuple qui aspirait à la iiberlé et en a\ait qoûté la douceur, ces officiers redoublèrent de sévérité et d'exii^ence. Celui de Schwtendi mit un droit de péage considérable sur le fromage, le lait et ie beurre, el si quelqu'un essayait de passer à côté du bureau sans payer, deux énormes chiens dressés à cette chasse sautaient sur lui. Le sous-bailli d'Ap*penzell, pour maintenir son droit de meilleur caieif en verta duquel le meilleur habit de tout homme qui venait à mourir lui appartenait, fit un jour rouvrir la tombe d'un pauvre pour enlever Thablt dont des enfants pieux avaient revèto le corps de leur pére.

Tant d*eYcés lassèrent la patience des Appenzellois ; ils résolurent de ne plus souffrir de pareils abus de pouvoir.

A un jour fixé, ils inceiulièrent le château de Schwaendi et chassèrent tous les baillis. L'abbé Cuno, qui résidait à Saint-Gall, n'avait ni troupes ni argent; il s'adressa aux villes impériales de la Souabe, dont il était devenu 1 allié^ après la

DB LA lUXlON 8UI88B.

dissolution du Bund-um-den-See ou ligue du Lac, 6( leur demanda du secours. Ces villes, au nombre de dix, envoyé* reui aux Àppenzellois des messages menaçants, lis répondi* rent : « Nous sommes prêts à recoiinaUre tous les droits âê l'abbé et è lui obéir, à condition qu*ii choisira ses baillis parmi les hommes de bien que nous lui proposerons* » Les yilïes impériales tinrent conseil à Ravensbourg, rejetèrent la proposition des sujets de Tabbé , et rétablirent les anciens baillis, qui ajoutèrent la vengeance à ieyr cruauté précédente. La ville de Saint-Gall, dotée par les empereurs de franchises iinportrintes, soult'rait avec non luuins de peine le joug du prélat. Elle fit alliiince avec Appenzell. Cet accord irrita Tabbé; il redoubla de dureté envers les Appenzellois, ferma l'oreille à leurs plaintes et voulut annuler leur traité d'alliance avec Sdint-Gall. Les Appenzellois prirent les armes. GuDo s'enfuit d'épouvante dans sa terre de Wyl. Les dix iFiUes impériales s^assemblèreut de nouveau, et décidèrenl qae Tabbé choisirait ses baillis parmi les gens du pays, mais sans proposition préalable; que l'empereur fixerait Timpôl Impérial; que Talliance d'Appensell avec Saint-Gall serai! nulle et non ayenue. Ën revanche, ils autorisèrent Saini- Gall, en sa qualité de ville impériale, de s'associer avec les. autres vHles. — Les Saint-Gallois se soumirent à cette sen- ^ tence; mais les montagnards de TAppenzell crièrent à la * trahison. Ils dirent que les seigneurs des villes impériales, fiers de leur noble.-ise, préféraient les inlérôls d'un princeabbé aux intérêts de siinf)les paysans. Tous les habitants se rasseuiblérent ; chaque Uhode jura à son chef, et toutes les communes jurèrent au landaminaci, dans le village d Appenaeil, de rester fermement unis pour la défense <ie leurs droits.

Abandonnés par Saint-Gall , ils demandèrent alliance et secours à tous les États confédérés, à l'exception da celui de Berne, qulls supposaient favorable aux nobles. Cinq cantonSi écoutant la voix de la prudence , rejetèrent leur demande ; Schwytx, au contraire, où prévalait la polltiqae de sympa** tbie, secourut Appenaell comme il avait déjà secouru Glaris eo 4388, et fit avec eux une alliance de combourgeoisie; Glaris , imitant cet exemple , fit publier « que tous les courageux amis de la liberté qui voudraient secourir les Appeuzeiiois , étaient libres de le faire. ^

A cette nouvelle , après avoir réitéré leurs menaces au peuple d'Appenzei) , les. villes impériales, de concert avec 1 abl>é, résolurent de soumettre les paysans par ia force. Une armée nombreuse se réunit et fut envoyée à Saint-Gall, où Pabbé Ja traita magnifiquement. Cette armée se mit ensuite en marche, en téte la oavalerie en cuirasses bridantes, der* rière elle, 5,000 hommes d*infanterie« La ville de Saint-Gall avait aussi dû fournir son contingent. Ils passèrent de grand matin par dessus le LinsenbUhl et montèrent par le chemin creux vers la hauteur du Vœglinseck, où se trouve le village de Speicher. C'était le 15 mai 1403.

Les Appenzcllois étaient soutenus par 200 hommes de Glaris et 300 de Schwytz, commandes par Arnold et Hector Reding. Lorsque les sentinelles placées sur les montagnes firent connaître par un signal l'arrivée des ennemis, tout se mit en mouveiuent. Chacun se sépara courageusement de sa femme et de ses enfants, résolu à tout risquer pour tout obtenir; les vieillards, trop faibles pour prendre les armes, bénirent leurs fils; S,000 montagnards volèrent au sommet du Yoeglinseck; ^0 Âppenzellois se postèrent au haut du chemin creux; oeux de Glaris et de Schwyts se placèrent des denx cétés du chemin, dans le bois. La cavalerie ennemie monta courageusement le long de la montagne. Les 80 Appenzellois s'avancèrent contre eux armés de lances et de frondes; en môme temps les soldats de (ilaris et de Schwytz sortirent du bois et se jetèrent sur les lianes de la cavalerie. Les cavaliers, resserrés dans un chemin étroit, ne pouvaient faire ni mouvement, ni manœuvre; ils pi(iuèrent des deux pour atteindre le plateau au haut de la colline; mais la tout Appenzell, portant les couleurs de Ta I lia ace saint-galloise, \*imr$ noir sur un fond blanc, se présente ën cohortes serrées, sous la conduite du capitaine Jakob Hartsch. A cette vue, les chefs ennemis se décident à retourner sur leurs pas et d*at* tendre les Suteses dans la plaine; ils cnent : En arrière! et dans tonte leur armée retentissent ces mots : fin arrière I en arrière I Les derniers rangs s'imaginèrent que tout était perdu, et qu'on ordonnait la retraite. Ils commencèrent à se débander. Alors les guerriers d'Appenzell, de Glaris et de Schwytz se précipitent de toutes parts sur la cavalerie enfermée dans le chemin creux. Le désordre le plus complet se met dans

Dl LA NATION SUISSE.

les rangs des ennemis , qui se dispersent du côté de Saint- Gall. Trois cent soixante soldats de Pabbé mordent la pous> sière dans le chemin creux; les bannières de Lindau, Bouchhorn , Ueberlingen et Constance loinbonl entre les mains des A|)|)enz<^llois, (jui rentrent en trioinj)he dans leui-s villages. Les Saint-Gallois av.Jent perdu 20 hommes et leurs deux bouri:;ineslres, Walter Schurpf et Conrad de Wall. Un grand nondire durtMit \,\ vie à la générosité (ie leurs anciens alliés. Celte conduite des Af)()enzellois loucha le cœur des Saint* Gallois toujours mécontents de l'abbé et que la terreur seule avait engagés à joindre leurs armes aux siennes. L^ancienne alliance fut renouvelée; réunis aux Âppenzeilois, les Saint- Gallois allèrent mettre le siège devant la forteresse de GlanSi voisine du village d*Àppenzell, et qui fut.obligée de se rendre au bout de trois semaines. L*abbé, hors de lui, implora le secours du duo Frédéric d*Âotriche , disant : « Si l'on n'y prend garde , Appenzell deviendra une seconde Suisse , et dès lors la noblesse et rAotriche perdront tout ce qu'ils possèdent dans les hautes Alpes. »

Après de longs [lourparlers , le duc Fi édéric se décida à le secourir, et rassembla , en efîet , un certain nombre de chevaliers et d'honunes d armes de la Souabe et de la Thurgovie. A la nouvelle de rapproche de l'armée autrichienne, un seigneur que l'Autriche avait dépouillé de son patrimoine, Rodolphe de Werdenberg, vint offrir ses services aux moDtagnards; et comme ceux-ci ne toléraient dans leurs rang^ aucun costume de chevalier, Bodolplie se dépouilla volontiers de son armure et revêtit le sarrau des bergers d'Âppenzeil. Ce procédé plut aux montagnards, qui, connaissant l'habileté et la bravoure du comte de Werdenberg , lui confièrent le commandement de leur armée.

Le 17 juin 4405, par une pluie battante, le gros de Parmée <lu duc Frédéric s'avança d'Allstaelten dans le Uheinthal (*), vers les l'ronlieres d'Af>penzell par la mofjtagne Am- Stoss. Le cheuîin était izlissant, 1<» m.irche dillieile sur un plan incline couvert d un g<»zon court et mouillé. Quatre cents Apjx'iizellois, soutenus par (pjelijues hommes de Claris et de Schwylz , se mirent à rouler du haut de ia montagne

(I) Vallée sur la rive gauclie du Rhin, dans le canton de Saiat-Gall.

UISTOIRB

des quartiers de roc et des troncs d*arbre. Les cohortes aa*

trichiennes avalent à peine atteint le milieu de la montagne, que Rodolphe do \Verdeiil>erg donna un signid. Soudain les Appenzellois fondirent, en poussant de gr;inds tris, sur les rancs déjii rompus des ennemis, Rodolphe a leur tôle, nu-pied cornme tous les Appenzellois ; ils marchaient ainsi avec plus de sijrelé sur le sul glissant. Les ennemis ne pureul se servir de leurs arl)alètes, dont les cordes élaient détendues par la pluie; ou se battit lance contre lance, épée contre épée. Un héros appenzellois, Uoli Rottach, adosisé à une étable, se défendit avec sa bailebardc contre douze eDoemis, et en tua cinq. Les sept autres mirent le feu à la grange, où il périt au milieu des flammes. Les Autrichiens combattaient encore avec la rage du désespoir, lors iue tout à coup apparaît sur les hauteurs une nouvelle troupe d'Appenzellois^ qui Remblaient vouloir leur couper la retraite. Déconcertés, ils descendirent la montagne en grande hâte; les Appenzellois volèrent sur leurs traces, et, porlert ut le carnage tians leurs rangs. La troupe qu'on avait vue sur la hauteur était composée des frmmes et des tillfs d Ap()enzell, toutes en sarrau de berj^er; eiks voulaient mourir f)oui' la liberté avec leurs maris, leurs amants, leurs frères, ou leur aider à vaincre. Des torrents de sang et de pluie coulaient le long de la montagne. Le combat et la fuite avaieut duré six heures. Mais les Appenzellois étaient vainqueurs; ils avaient tué près de 500 hommes et pris les bannières de Feldkirch et de Winterthour. Us tombèrent à genoux sur le champ de bataille, et rendirent gfàce de leur victoire au Dieu des combats et de la liberté/^

Pendant que la plus grande partie de Fermée autrichienne se faisait battre au Stoss, le duc Frédéric lui-même , avec le reste de ses troupes, se dirigeait sur Sainl-Gall, qu'il comptait surprenilre, et qu'il trouva défendue par les habitants et 400 Appenzellois. Il se vengea sur les en\ irons qui furent mis à feu et à sang. Mais la nouvelle de la défaite du Stoss ayant répandu dans sa j)elite armée la consternation et le désordre qui en est la suite, les défenseurs de Saint-Gall se jetereol sur les Autrichiens, leur tuèretjt 40 hommes et les mirent en déroute. La bannière de SchafThouse fut le prix de la victoire; on la suspendit au BruhUhwrm.

Le duc, maudissant la lâcheté de ses chevaliers, retourna dans le Tyrol et abandoDoa l'abbé de Saiot-Gall à sa deslinée.

Les Appenzeilois, viciorieux de tous leurs ennemis, formèrent avec les'Saiot-Gallois une alliance de neuf ans, for* cèrent Tcihhé de rentrer dans sa capitale) rétablirent leur allié Rodolphe de Werdenberg dans Thérilage de ses pères, aidèrent à ceux de SchiTvytz à enlever aux ducs d*Aotricbe la vallée de Weggîs et la Marche inférieure s*en)parèrenl du Rbeintbal, et pénétrèrent par le Vorariberg dans le Tyrol jusi^u'à Landeck, appelant tons les peuples à la liberté. Déjà les Tyroliens des bords de lion et de TAdige disaient : « Que nous importe le duc. devenons des Suisses libres! » — Mais les Appenzeilois apprirent que le duc soulevait contre eux les forces que l'empire avait sur les bords du lac de Constance. Ils sortirent en fiàte du Tyrol pour retourner chez eux, où ils ne trouvèrent touter<iis point d'ennenjis.

Les ravages de cette guerre durèrent cincj ans. Les Appenzeilois , terribles à tous leurs ennemis sur les bords du lac de Constance, de la Thour, de Plnn, prirent de vive force plus de soixante châteaux, en brûlèrent plus de trente, el mirent enfin le siège, mais sans succès, devant firégenx, défendue par une armée de nobles. En vain Tempereur essaya de faire rentrer les Appenzeilois dans Tobéissance, et attendit pendant dix jours leurs députés à Beidelberg, où il les avait cités à comparaître. Vainement ils furent mis à la fois au ban de Tempire et au ban de l'Église. Ils déclarèrent que leur pays deviendrait leur cimetière plutôt que de renoncer a rindepeiidance. Sur ces entrefaites, Tabbé CunOj leur princi[)al adversaii-e, étant niorl, et trois princes se disputant le tiôoe impérial, pemlant que trois papes se disputaient la tiare, les Apj)enzellois ohiinrent des (^oiiledérës un traite d'alliance et de coml)ouri:eoisie But g und Landrecht], le jour de la Sainte-Catherine (25 noveml)re 141 1). Dans ce traité, ils durent promettre de n'enti e[)retulre aucune guerre sans le consentement des Suisses; de soutenir avec toutes leurs forces ces derniers dans les guerres qu'ils jugeraient

(4) La Marche, pnrfif «oplenlrionale <hi canton do Schwyt?.. entre \o lac de Zurich cl le canton de Glaris ; la valloe de Weggis, au sud-oal de la Marche, dans le môme canton.

HISTOIRB

à propos d'entreprendre, et d'entretenir à leurs frais les troupes auxiliaires quiis seraient dans le cas d'obLeoir de la Confédération.

. Ce traité, bien éloigné d'offrir les mêmes avantages aux deux parties, prouve à quel point les Âppenzellois, inquiets pour leur indépendance, tenaient à Tanutié des Suisses; et combien , d'un aufre côté, les Confédérés craignaient d'être entraînés dans des guerres élrangères, par les belliqueux montagnards de TAppenzelL Ces craintes n'étaient pas sans fondement. Car, quelques années plus tard, les AppenzeIJois continuant à refuser toute redevance à Tabbé de Saini-Gall et à attirer les serfe des seigneuries voisines dans leur combourgeoisie, malgré la défense dn nouvel emf)ercur Sigisniotid de Luxembourg et la senlence des Confédérés réunis à Lucerne, ils furent, pour la seconde fois, mis au ban de l'empire et excommuniés. Ils eurent aussi à souleoir une i^uerre de plusieurs années avec le nuiss.inl comte Frédéric de Toqiien- Dourg, qui, pour résister plus sûrement aux forces des mon-' tagnards, eut, comme Conrad de Neuchàlel, Tbabilelé de se faire recevoir combourgeois de plusieurs États suisses, Zurich, Giaris et Schwytz, cet ancien allié et soutien d'Âppenzeil. Les Confédérés, après plusieurs tentatives d'accommodement inutiles, ayant abandonné les intraitables Appenzellois à leur sort et rompu même l'alliance de UH , Frédéric battit ces derniers à Gossao , Huseo, Honeck, et les força d accepter enfin la sentence prononcée par la diète de Luceme en 1 4SI , sentence qui, tout en garantissant à Appenzell son indépendance, lui imposait le devoir d'acquitter ses redevances féodales envers l'abbé , et de respecter les droits des seigneurs sur leurs vassaux (1429).

L'es[)riL républicain des Appenzellois et leurs constants eCTorls pour répandre la liberté chez tous les peuples environuanls, ont été fort admirés de plusieurs bisLoriens , qui ont vu dans les montagnards du XV"^ siècle, les précurseurs des Français de 93. D'autres, au contraire, blâment la fougue indomptée de ce petit peuple qui ne respectait aucun droit, pas même le traité qui les liait aux Suisses. Ce traité, rompu en Uâ4, fut cependant renouvelé en US9.

^QC

M LA HinOR «DIMB. 434

Concile dt Constance et conquête de TArgovie. — Établissement

des bailliages communs.

(De i'ofi à 4448.)

'BHPSBiim Sigismond de Luxembourg, qui régna sur les Allemands deH44à1437, était, comme

presque tous les princes de sa famille , ennemi (le la nuiison d'Autriche. Occupé à rétablir un [)eu d'ordre et d'unité dans l'É^'lise et l'empire, il convertit la paix de vingt ans conclue entre les Suisses et l'Autriche, en une paix de cincjuanle ans, proclamée à Baden ■ Je 28 mai 1412. Le duc Frédéric d'Autriche accepta le traité, qui fut annoncé à soo de (rompe dans les seize villes autri* chîeones de PArgovie, de la Thurgovie et de la Forét-Noire ; c'étaient Schaiïbouse, Waldsboul, Lauffenbourg, SeckiageOi Bbeiofelden , DiesseabofeD , Baden , Rapperscbwyl , Broiiggi Bremgarten, Zofiogue, Sursée , LeDzboorg, Melllogeo, Âarau et Praoenreld.

Mais cette paix, si solennellement jurée et qui devait dorer un demi-sièoie, ne dura pas trois ans, et fat violée par les

Suisses sur l'ordre de celui qui en avait été le promoteur,

l'empereur Sigismond. Ce monarque, dans le but de faire

cesser le schisme qui désolait TÉglise, avait convoqué à Con-

staijce un concile général, composé de quatre patriarches,

tr^tc-trois cardinaux, trois cent quarante-sept évôques et

archevêques, plus de deux mille prélats, prêtres et moines,

et deux anille docteurs et maîtres ès-arts, représentant toutes

les parles de la chrétienté et les cinq nations principales / 'j

de l'Europe, Allemands Français, Italiens, Anglais, Ëspa-j f

gnols. On y voyait en outre des ambassadeurs de presque /^^^^y Kk(

tous les ro||s, même des rois de Pologne, de Suède et de Da- f

nemarck. Ce concile, pendant les trois années qu^il fut assemblé, fit des choses importantes. Il déposa les trois papes qui se disputaient la tiare, et les remplaça par Martin V. Il condamna comme hérésiarque et livra au bras séculier, Jean Hu6S , fameux docteur de Prague , et son disciple Jérôme,

Page 1