‹ Histoire de la nation suisse (volume 2)Chapitre 1 sur 9 · PRÉFACE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE DU TRADUCTEUR

Cinq éditions de l'ouvrage orioinal, deux traductions françaises, dont Tune obtient dans ce moment les honneurs d'une quatrième édition , une tradaction italienne due à la plume éldgante de M. Stkpaho Fhanscini , secrétaire d*£tat du Canton du Tessin et Tun des meilleurs citoyens de la Suisse', une traduction anglaise enfin sont des témoignages nèn ëquKiroques en faveur de YHistoire de la iwtion suisse. Elle est devenue populaire dans une grande partie de nos Cantons, parceque M. 2schokrk embrasse d'un coup-d'œil l'ensemble de Thistoire, en circonscrit et en distribue les masses, comme le grand peintre dans un tableau dont le spectateur saisit sans embarras rharmonie et les détails 5 qu'il suit dans la succession des ëvënemens toutes les phases de l'éducation morale et poli- ' tique du peuple, comme dans une biographie écrite philosophiquement on parcourt tous les degrés du développement, d'un homme de génie ; qu'enfin il possède cet art êi heureux d'allier la rapidité de la marche avec l'intérêt du récit, de réunir la concision sans sécheresse h la plénitude sans prolixité; de faire réfléchir en peignant et d'étro constamment agréable sans jamais cesser d'être vrai.

Mais quel que soit le mérite de ce travail nous y Toyons moins une production Itttéi^aire qu'une production patriotique* Inspiré par le patriotisme le pins éclairé l'auteur a senti cette vérité trop méconnue, mais importante, que l'histoire doit être composée pour les peuples bien plus que pour les gens de lettres , et qu'une histoire nationale surtout doit aspirer k vivre dans les. cœurs plus encore qu'à briller dans lés bibliothèques.

Hëritiers de la gloire des anciens Suisses, mai» déshérites de leurs vertus » que la liberté rajeunie s'efforce d<* nous rendre, il importe qu'on fasse revivre dans nos âmes des souvenirs aussi salutaires qu'ils sont glorieux. Sans doute , la mémoire iidële a conservé les traditions qui jious honorent, mais ces souvenirs n avaient pa^ toujours leur siège dans le cœur. Espèce de mythologie de valeur et de vertu, l'histoire de nos aïeux n'a longtemps ser\4 qu'à nourrir notre vanité Nationale aux dépens du vrai patriotisme, et nous avions converti nos titres de liberté en titres de noblesse* Il est temps enfin que notre histoire devienne pour nous une seconde vie, et que, jeunes et vieux, nous allions puiser à cette source des sentimens patriotiques et des pensées généreuses. Quand l'époque des vertus d'instinct est passée et qu'on a fait la triste expérience" de la corruption, l'on ne revient au bien que par la force de la pensée et par l'amour et l'étude des principes qui honorent la nature humaine. L'histoire atteste qu'il y a dans les peuples, comme dans Thomme individuel, un germe primitif du bien, qui se manifeste avec éclat dans une époque favorable, puis se perd, ef. ne peut se reproduire que par la médiation des beaux SQUvenirs de l'histoire nationale. C'est 1k ce qui fait une loi aux nations helvétiques, aux magistrats comité aux peuples, d'étudier leurs devoirs dans leurs annales,

A la lecture de ses fastes, la nation entière apprendra que , dans les rapports internes d'un peuple comme dans ses relations extérieures , la morale est la plus haute po. litique, la seule qui soit vraie, invariable et toujours assurée de son triomphe définitif; que, dans les pays oii les vertus naturelles sont honorées, les droits naturels des peuples finissent toujours par l'emporter sur le despotisme; que les crimes des nations, comme ceux des individus, retombent sur la tête de leurs auteurs ; que les petiples trouvent leur sûreté, moins dans l'étetidue de leur territoire et djans le nombre de leurs troi^e s , que dans leur force morale et dans leur union.

Cette mûon deviendra une loi si^réme pour tous les cantons de notre patrie âks qu'ils dçnumdieroiit à Thistoire des règles de s»^esse et de prudence. Fils d'oaa patrie commune, unis par ks mêmes souvenirs, par ks mêmes.

espérances et par une solidarité de sentiinens et ^intérêts les libres habitaos de THelyétie toat entière repousseront de leur sein cet (fgoi'sme cantonal, tonjours opposé an patriotisme helvétique, ennemi du dévouement et des sacrifices , principe destructeur de toute vertu.

Instruites par le récit ce nos malheiurs , les diverses classes de la société, celles % surtout qui se distinguent par leurs lumières , renoaceront à ces contentions contint^elles, es^jèce de gùeiTe civile non moins funeste que la lutte 4es intéjcéts cantonaux, puisqu'elle consume, au proât de la h^ine, des forces que Famour de la patrie a le droit de revendiquer.

' Les gouvernemens sentiront combien il leur importa de mériter et d'obtenir la coniiance des peuples , en leur accordant eux-mêmes de la confiance; en politique c*ést là la foi qui sauve. Reconnaissant la légitimité de la liberté et de la justice , ils ne verront jamais une révolte dans le patriotisme , une conspiration dans les progrès des lumières.

L'on ne découvrira plas parmi dous des pères de la patrie semblables à ces pères dénaturés qui vendent au riche corrupteur rhonneur de leurs enfans*

Les magistrats , plus occupés du bonheur du peuple que de l'intéiMêt de leurs familles et de leurs ^rsonnes , né prendront jamais pour devise : ^^Tout va IfieUf car nous sommes bienJ^

Les spéculateurs nobles ou puissans , avides de convertir en or le sang de leurs frères ou de trafiquer du moins de leur caractère d'indépendance , ont perdu leur crédit dans la plupart des Gantons , et ils verront disparaître les derniers restes du service étranger, conunerce dans lequel on balance l'exportation des enfans de l'a patrie par l'importation des vices étrangers.

L'histoire de tous les maux qui ont affligé le sol de .rHelvétie nous avertira de nous tenir en garde contre l'ascejidant et les artifices autant que contre tes vices dès autres peuples. Tant que nous demeurerons vraiment Suisses, nous serons respectés et forts; nous pourrons Attendre sans crainte les armées de l'ennemi et les jugemens de la postérité : mais malheur à nous si nous cessions d'être nous -mimes, si nous courbions la tête sous

lé joQg des volontës ëtrangëres! Afalheiu; aux hommi!S YÎls oa timorés qui nous livreraient k la merci de caprices puissans ! Que nos annales leur apprennent qu*ils ne parviendraient pas à se soustraire au tribunal inflexible de Topinion; Tëcrivain contemporain peut épargner l'homme, mais l'histoire ne pardonne pas le crime, et si le magistrat faible ou perfide qui abandonne ou trahit rhonnear de sa patrie ne ht pas toujours sa sentence dans les écrits de son temps ^ sa conscience doit lui apprendre que l'incorruptible histoire tient k la main le fer qui le flétrira dans l'avenir I Que sur de tels hommes seuls retombe la haine ou le mépris que des nations étrangères ont injustement voué k la nation suisse î ^ * " '

Pour éviter ces maux et tons ceux qui marchent k leur suite^ instruisons -nous, par l'exemple de nos pères, à tourner constamment nos yeux et nos cœurs vers ce Dieu qui semble n'avoir fait notre patrie si belle que pour la prendre sous la protection particulière de sa providence. £n méditant les pages sublimes j oii la grandeur de nos aïeux apparaît dans tout son éclat, les âmes les plus froides sentiront que la prière d'un peuplé qui invoque la bénédiction du ciel est déjk une bénédiction réelle, et que , sans déroger au génie, de la haute politique, on peut implorer le Dieu devant lequel se prosternèrent les Jiéros de Sempach, le Dieu qu'adorait le vertueux anachorète dont la sagesse religieuse calma les orages de la diète de Stanz.

Les leçons que notre histoire nous donne ne seront perdues ni pour les générations présentes, ni pour celles qui se forment et qui nous succéderont. Aujourd'hui, dans tontes les parties de la Suisse , les hommes faits et les jeunes gens, parlant différentes langues, mais animés du même esprit, niulliplient entr'eux les points de contact patriotique. L'histoire de la patrie occupe déjk dans l'instruction publique une place plus considérable que celle qu'on lui avait donnée précédemment et en l'enseignant au peuple on ne perd pas dé vue que la patrie demandé moins des savans que des hommes. Espérons que bientôt, étudiant partout dans les écoles des villes et des- campagnes l'histoire nationale, le peuple entier sera éclairé sur ses mtéréts et sur ses devoirs politiques, assurés que nous

sommes que dans le monde moral comme dans le monde physique la vie et la chaleur sont inséparables de la lumière*

Placée an centre de TËurope comme un n^onument brillant des droits imprescriptibles des peuples pendant les ténèbres du despotisme, déposHaii*e de ces idées généreuses qui présageaient aux siècles modernes le règne de la liberté, la république suisse a conservé ces grands principes, souvent sans leà comprendre ,* comme dans la barbarie dn moyen âge Féglise a conservé la religion. Qu'elle-même s'éclaire encore au flaiiibean sacré qu'elle alluma ! qu'elle maj;che encore avec gloire dans la carrière où elle précéda des peuples avec lesquels il lui sera glorieux de marcher aujourd'hui !

^ Le traducteur a donné un "soin particulier à la ^f résente édition: il est peu de pages de son ancien travail auxquelles il n'ait fait des corrections de stile. Plusieurs dates précises et quelques détails ont été ajoutés à la narration, ainsi que les trois nouveaux chapitres de l'auteur sur les événemens de 1815 à iS33.

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