DE
Des premiers temps.
iJ» a souvent chante , plus souvent ëcrit les actions héroïques et merveilleuses de nos pères , leurs succbs , de même que leurs revers. Je veux rajeunir les anciennes traditions dans' l'esprit dé la nation entière. Je vais les raconter aux hommes libres des montagnes^t des vi^llëes, afin que leurs cœurs s'j^nflamment d'un nouvel amour pour leur noble patrie.
Prêtez l'oreille à mes dicours; vieillards et jeunes gens; Thistoire des temps passes est la science du bien et du mal. ,
Aux lieux où le Rhône , ne sous les glaciers du Valais, se 'précipite dans la mer Méditerranée , commence une vaste chaîne de mohtagnes. Feu considérable ' d'abord , elle grandit insensiblement, sort de France, s'étend vers l'orient le long des limites septentrionales de l'Italie, et,, toujours plus colossale , portant vers le ciel ses mille som. mets couverts de glace « de neige et de nuages, s'avance jusque dans l'intérieur de la Hongrie. Lk cette chaîne de muiitagnes énormes s*abaisse et se termine en petites collines. Ces montagnes sont les Alpes , et l'on a donné le nom d'Melvélie au' pays qu'elles enferment dans la région où leurs cimes blanchies , leurs arêtes déchirées et
leurs aijo;ttilIe8 inaccessibles s'ëlireiit neiiaçaiitea au^etsui des h^Miations des homines et des nues du cieL
Depuis les hautes Alpes , couples par d'ëtroits Talions et couvertes de gkciers, source d'innombrables rivières, le pays s'ëténd vers le nord, en vallées ^i s'élargissent progressivement , jusqu'au pied des montagnes calcaires du Jura. €elles-»ci forment une immense dèmi-lune entre le lac Lëman et le lac de Constance. De Schafihonse à Béle^le Rhin roule ses flots le long du Jura, fossé creusé au pied d'un rempart. Ainsi, par la bonté du Créateur, notre patrie, citade^e immense, est défendue de tous les côtés par des montagnes escarpées et par des eaux profondes ; mais une <ntadell,e n est forte qu'autant que ses défenseurs restent forts*
Dans des temps dont Thomme n'a conservé aucun souvenir, tout ce pays faisait partie du vaste océan. Les flots de la mer montaient à quinze cents toises au-dessus des champs que nous cultivons aujourd'hui. A cette époque les sommets des montagnes formaient des îles. Leurs '^.rochers portent encore des marques de la puissance des ' flots. Des j)Iantes et des coquillages qui vivaient an fond des eaux, maintenant changés en piertes, sont ensevelis dans le limon durci , partie intégrante du roc. Le doigt de Dieu a écrit dans les diverses couches des montagnes, et la voix de la nature nous crie dii fond des cavernes que cette terre, avant de devenir le séjour de l'homme, a subi plus d'un boide versement.
Apres qiic les eaux se furent retirées et que le fond desséché de cette partie de la mer se fut couvert de mous^ •es, d'herbes, de buissons et de forêts des siècles s'éconlèirent avant qu'une voix humaine retentit dans ces déserts. On ignore è quelle époque et par qui le premier troupeau fut conduit le long des rivages boïsés de nos lacs et de nos âeuves. Les familles des premiers habitans s'établirent sans doute dans les yallées larges. et tempérées; on i|ionta probablement plus tard dans lès contrées plus sauvages , et l'on découvrit è la lin seuleinenides soUtudes resscirées entre les plus hantes Alpes^
Six cents ans avant Jésus-Christ les vallées au-dessus desquelles le Rhin prend . sa source étalent encore inhabitées | alors, selon la tradition, des luben s fugitifs y
eherchèrent les premiers un asile. Un peuple belliqueux et puissant, les Gaulois, avait pënëtrë en Italie, et, victo^ rieux des habitans, les avaitmassacrés on chasses de leurs demeures héréditaires* Tremblant à Tapproehe du fer des pnnemis , les vaincus s'étaient enfuis du pays maritime des Raseanes, où fleurissent de nos jours les villes do Gènes et de Florence. Ils se retirèrent arec leurs femmes, leurs enfans et leurs dieux domestiques dans les gorges sauvages des Alpes. C'est là qu^ls fijiërent leur demeure au sein de vallées séparées du reste du monde par des forêts épaisses et par des montagnes colossales ; on les appela Rhétiens , du nom de leur dieu ou de leur héros Bhétus. De nos fours encore on nomme Rhétie le pays . qui envircmne les sources du Rhin et de l'Jnn, la patrie, de Grisons si ôers de leiff liberté.
Prmniei*s exploits des anciens Hélvédens; lesCimbres se joignent à eux^
(Cent ans avant Jésus -Chiisu)
Pendant une assez longue suite de siècles le peuple se multiplia lentement dans les vallées situées entre les Alpes et le Jura, entre le lac Léman et le laç de Constance. Entouré de bois , de rochers et de fleuves , il vivait du produit de la chasse, de la culture des terres et de Tentretien des troupeaux , ignoré de 4'univers, heureux de sa liberté sauvage* Autant de vallées , autant de communautés' indépendantes. La féunesse ardente et courageuse ponrsni-^ vait le gi]>ier k travers les forêts ou combattait contre des serpens; dans les mmrais et cavernes, et contre des quadrupèdes féroces dans les montagnes; de temps en temps les jeunes Helvétiens faisaient des incursions hostiles dans les terres des voisins pour y exercer le brigandage. Une peau leur servait de vêtement; une lance, une massue, «A arc et des flèches composaient leurs armes. Plusieurs communautés unies par une alliance offensive et défensive formaient un canton. Celui des Tigurins, sur les rives
da Rhin et de la TbiHir^ est le. premier dont le nom ait ëtë connu*
Une armée fcNrmidable, venue de contrées lointaines après avoir traversé les forêts de T Allemagne, s'approcha des Alpes* Trois cent mille guerriers de diverses nations s'étaient unis sous le nom de Gimbres (Kyrori). Beaucoup d'entr'eux, dit-on, étaient originaires de la Frise et de la Suède, pays couverts de neige et de glace la pins grande partie de Taiinée. On prétend que la famine les chassa de leur patrie à la suite d'une inondation causée par des pluies continuelles, qui changèrent en lacs et en marais les vallées et .les hauteui-s. Se frayant un chemin avec leurs armes, ils arrivèrent de victoire en victoire fusqu'aux bords du Rhin, le passèrent et pénétrèrent dans les villes des Gaulois, dont le pays est aujourd'hui la France. Ils y firent un butin énorme*
A Ja nouvelle de ces incursions , les fennes Tigurins furent enflammés du désir de participer à la gloire et au butin des Cimbres. Tous les hommes en état de porter les armes quittèrent leur pays pour se ioindre h ces conquérant et pour partager le fruit de leurs conquêtes. Beaucoup de sang fut versé. Les peuples de la GauW poussèrent des cris de terreur et implorèrent le secours de Rome.
Les Romains leur envoyèrent aussitôt une grande armée. Elle traversa les neiges des Alpes et descendit vers le lac Léman. Les Tigurins attachés à Farmée des Cimbres en furent épouvantés , ils crurent que les Romains en voulaient à leur pays. Aussitôt ils marchèrent audevant d*eux à Torient du Léman; un jeune guerrier, Divicon , était k leur tête. Dès qu'il aperçut le camp des ennemis il tira Tépée; il se lit un aô'reuz' carnage ; les cadavres des Romains couvrirent le champ de bataille; les vaincus demandèrent grâce, Divicon lit dresser deux poteaux» y plaça une pottti*e transversale et força les enne*mis désarmés à défiler sous ce joug, comme sous une potence, la tête servilement inclinée; gloire éternelle pour les siens, honte éternelle pour Rome! Après cela il Us contraignit de repasser les Alpes et de retourner dans leur patrie.
Pour lui, animé par cette victoire, il retourna vers les Cimbres, se^ con^agnons d'armes, et de concert avec
eux ravagea le pays des Gaulois* Ils traversèrent les Alpes, fondirent sur l'Italie et menacèrent Rome. Les Romains ^e levèrent, ûea batailles sanglantes furent livrées ; mais la fortune abandonna les. Gimbres ; la plupaft périrent par rëpëe. Ceux qui échappèrent cherchèrent leur sûreté, sous la conduite de Divicon, dans la montagneuse Helvétie.
Voilà sans doute comment il arriva que des hommes chassés du nord par la famine et par Tiiiondation vinrent «'établir dans ce pays. La renommée a conservé le sou- •venir de cet événement dans les chants populaires de la Frise occidentale. Extirpant les forêts, ils se iixèrent Sur les bords du jac des Qaati*e-Cantons , ad pied du Hackcn et du Mythen , près de Brouch , nom qui signifie un pays marécageux ; ils furent appelé? Brouchenbourèn *). Deux frères, Suiter et Swen, passent pour avoir fondé Schwyz. On entend encore aujourd'hui dans ces vallées des noms de famille communs en Suède.
La population devenue trop nombreuse, une partie des habitans se répandit dans les vallées inhabitées au bord du lac, dans le pays voisin de la grande foi-ét du Kern- ^vald, du côté dea rochers sombres du Brunig**); puis ils passèrent celte montagne et , s'avançant à travers le Hasii, ils peuplèrent successivement, au pied des hautes Alpes, les vallées de Freutiguen, d'Obersibnen, de Gessenay, d'Aâlentsch et de Jaun.
Voilk ce que nous apprennent ^es traditions antiques et incertaines.
Toute ï Helvétie tombe sous la dofnùiation des Romains.
( Giaquante s^ns avant Jésus - Girist. )
Longtemps encore après les exploits de Divicon et des Gimbrcs , on vantait les gras pâturages et le riche pays
^) Paysans du marais.
**) Sur les confins des cantons de Berne et d^Uoter^aldeB.
de$ Gaules. Là, » disait ^ on ^ croissent sons nn «tel donx la vigne et Tolivier, et ks £rimids de Tiinrer y soAt à-peine connus. Ce souTenir , conlirmë par les récits de T03ra-> genrs et par les voisins d'oulre-Khin, avec^ lesquels on entretenait des relations de cômnlefce et d*aHiitië, excita l'envie des Kabitans de la sauvage- Helvëtie.
Alors vivait dans ce pays un homme riche et puissant, Bommé Uordrich ^ les Romains- prononcèrent son nom Or- .gëtorix, et il n'est eonnn parmi nous que sous ce nom altéré. Dix mille esclaves cultivaient &e.H champs et fai. soient paître ses troupeaux; il jouissait d'une grande considération chez les Gaulois du voisinaj^e et fréquentait lenrs petits souverains. Cet homme était ambitieux; il parla d'abord auoE chefs de son canton ,. puis ans autres chefs, enfin au peuple même. Il leur demanda ,, pourquoi Ton se tourmentait à cultiver un sol ingrat à peine suffisant pour ncgirrir les hommes et les troupeaux? ajoutant qu'il fallait passer en Gaule , où un peuple coora^ux trouverait k s'établir sans peine dans des champs fertÙes.** Ces discours end^ammërent les esprits , et bie^itôt chacun ne songea plus qu'à se mettre en route. Les communautés réunies en assemblée décidèrent tmanimement de faire les préparatifs d'une émigration générale. . Pendant trois ans on devait caltivèr les terrés et faire une provision de blé poui" le Voyage V et, dans cet intervalle, former des alliances et se procurer de nouveaux secours, pour donner à l'audacieuse entreprise toute la sûreté possible.
Orgétorix, réjoui du premier^ succès de son plan, forma de nouveaux d^ss^^i^s pour lui assurer une réussite complète; il déployait une grande activité, parcourait constamment les divers cantons, passait le H(kin pour comutuniquer avec les peuples riverains et avec leurs chefs; il demanda un libre passage pour sa nation, fit de grandes promesses, et parla peut -être .avec plus d'orgueil que de prudence. IHonna sa fille en mariage à l'un des princes voisins ; on l^eût cru priuce lui-même et souverain de son pays. Cette conduite inspira des inquiétudes à ses compatriotes > ils comu^neèrent à soupçonner qu'Orgétorix voulait trahir leur antique liberté et se rendre. maître absolu/ de sa patrie. Or une loi des cantons helvétiques condamnait à périr par le feu quiconque attenterait aux droits et
à la liberté du peuple. Org^torix fat eitë k comparaître devant une assembli^e et à répondre à ses accusatenrs. Il s'y refusa et ▼oulnt armer des gens pour sa défense. Alors les comnninaatés s'éievërent contre loi. Voyant qu'il n'y avait plus d'espoir , iif se donna la mort.
Les trois années destinées aux préparatifs étant écoulées, le peuple des quatre cantons se disposa au départ. Les hommes en état de porter les armes ouvrirent la marche. Le vieux Divicon, vainqueur des Romains cin^ ^quante ans auparavant sur les bords du Léman se mit à la tête de ces guerriers , que suivait une longue Ule (fo femmes , d'enfans , de chariots chargés de provisions et d'objets précieux. Us brûlèrent » avant de partir , tontes leurs habitations, au nombre de douze villes et de quatre cents villages 4 afin que personne n'eût la pensée de retourner dans ses foyers. Prêts k marcher avec les Helvé* tiens, des milliers d'alliés vinrent dB8 rives du lac de ^ Constance; les Rauraques, des bords du Rhin , contrée qui forme aujourd'hui le Frickthal et le canton de Bâle«
Une troupe immense d'émigrans belliqueux traversa les montagnes et les vallées; en tout 360,000 am^s. £Ue se dirigea sur Genève , ville du petit peuple des courageux Allobroges et alliée de Rome.
Dans ce temps *ik, environ soixante ans avant Jésus- Christ > Rome était la ville la plus puissante du monde. Elle devait sa puissance à la liberté , à l'héroïsme , à la sagesse de ses citoyens. Ses armes et ses lois régnaient sur l'Italie et depuis la Gaule jusqu'à la Judée. Le plus grand de ses généraux, Jules César, se trouvait k Genève pour la défense des Allobroges.
Lorsqu'il apprit l'approche des Helvétiens et leur intention de passer le Rhône k Genève, il ût construire en bâte devant la ville et le long du fleuve une muraille longue de dix-neuf mille pas , haute de seize pieds, flanquée de beaucoup de tours ; puis il refusa le passage aux Helvétiens. Ceux-ci firent un détour *et marchèrent rers la gorge du Jura k travers laquelle le Rhône précipite ses flots dans le pays des Gaulois* Ils longèrent de^ rochers escarpés , par des sentiera étroits ; sous leurs pieds^ des abimes et le fleuve mugissant.
A peine arrives att»4elà de U montegney dans les pleines gauloises , G^sar les atteignit. Il battit les Tignrins qui fermaient la marche et se trouvaient en retard. Le vieux Dtvicon s'approcha de Gësar et lui dit : ,^ Qu'ai- je de cM>mmnn avec toi et tes Romains? Laisse-moi mtteher en paix, ou rappelle-toi les souvenirs du Lëman, et tremble que je ne donne à ce pays -ci la mime cëlébritë par un nouveau carnage dés Romains.*^ — Gësar répondit: ^Les dieux t'ont accorde une victoire aux bords du Léman pour rendre aujourd'hui ta défarte doublement amëre. Gepen-. dant je te laisserai continuer ta route en paix , si tu ré** spectes mes ^alliés, si tu restitues ce que tes soldats leur ont enlevé , et si tu me donnes des otages.^ — ,,Nont Romam,^^ reprit Divicon , ^nous avons appris de nos ancêtres à recevoir des otages au lieu d'en donner»^
Là -dessus les Helvétiens reprirent leur marche, que leur nombre et leui*s bagages rendaient lente et difficile. Les Romains, les suivirent de près pendant quinze {ours* Tout-à-coup les HeUétiens irrités se tournèrent contr'eux. H se livra une bataille générale dans les plaines de la ville de Bibracte (Autuo) ;. le carnage dura depuis le matin jusqu'au coucher du soleil* Les Helvétiens combattirent avec courage , mais sans art ; les Romains avec tout au* tant de coui*agey mais avec plus d'habileté j leur tactique leur donna la victoire. Les Helvétiens se réfugièrent en désordre vers la colline oit leurs femmes » leurs enfans , leurs richesses étaient enceints d'un rempart de chariots. L'ennemi suivit de près* pénétra dans ce rempart, égorgea lous^ ceux qu'il rencontra. Vieillards , homiues , femmes » enfans, sa fureur n'épargna personne; un grand nombre d'entr'eux se donnèrent la mort pour ne pas survivre h l'honneur et à la bbcrté: d*autres s'enfuirent en poussant ée» cris, cherchèrent de côté et d'autre un asile, et furent livrés par les Gaulois à Gésar. Gelui-ci dit aux vaincus, prostornés à ses pieds pour implorer sa clémence 2 „I)é» pose:& vos armes ; retournez dans votre patrie ; rebâtissez vos cabanes; contentez-vous de vivre comme auparavant ^ dans vos montagnes et selon vos lois. Tout pays convient b l'homme, quand l'homme convient «n pa^s. Vous ne serez point les esclaves de Kome^ mais vous aurez part h son alliance et k sa protection.^f ^
Plein» de ho^te et de dopleur « rédoita aa nooibre d'à peine cent dix mille ^ ils retournèrent dans les vailles ^*ils avaient quittées, et bâtirent de nouvelles habitations sur les «endres des anciennes. Mais Gësar fit construire, non loin de Genève et sur -les bords du lac , une nouvelle forteresse, Noviodnnum, aujourd'hui Nyon, pour avoir Toeil sur les Helvëtiens. 11 cantonna successivement d'autres corps- en diverses endroits de Jeur pays.
On niit également de Tin^nterie romaine en garnison au pied des Alpes du Bas -Valais^ dans- un lieu appelé Octoduruni (peut-^tre Martigny), afin de garder la route qui conduisait par^ dessus les Alpes en Italie. Les habi* tans de cette large vallée, <pie le Rhône traverse avant de se jeter dans le lac Léman, menaieïit . une vie libre et sauvage ; ils n'avaient de relation ni avec les Helvétiens ni avec les Romains; ils soumettaient k un droit de péage les marchandises qui passaient lés Alpes, et exerçaient le brigandage. Voyant des soldats étrangers s'établir et ae retrancher sur leur territoire , ils furent enflammés de fureur* }>es habitans du pays descendirent des montagnes, et sortirent des vallées , attaquèrent les Romains dans leurs retranchemenlf) et les harcelèrent jusqu'à ce qu'ils les eurent chassés de la contrée. Jilais les Romains revin-* rent itientôt avec des forces plus considérables et rendirent toute résistance inutile. Fr^s de dix mille citoyens armés pour : la liberté de leur patrie périrent en -combat* tant ; de tous côtés on voyait des villages en flamme. Dès cette époque le Valais fut soumis à la domination romaine.
LesRhétiens se crurent seuls invincibles derrière leurs ~ glacier^ pi leurs lacs. Us avaient défailles, placés comme des avant -postes le long de Tlnn, dans les vallées du Tyrol et dans les. plaines vindéliciennes (la Souabe). Ils Tiraient en sauvages , pillaient les voyageurs, ou, sortant à Timproviste des gorges de leurs montagnes en hordes nombreuses, ils aui*prenaient et ravageaient les villes d'Italie voisines de leur pays. Ils choisissaient parmi leurs pri* Sonniers des victimes pour les immoler sur les autels de leurs dieux.
Irrité de cette conduite, Fempereur Atigoste^ aons lequel naquit' le Sauveur du monde, envoya deux armées à la
fois contire lei sauvages habitans des Alpes rhëtiennes. L'une passa les Alpes, et descendit vers l'Inn; Taulre traversa le lac vindëlicien on lac de Constance. Tout fut aoaniis après des* combats sanglans. On raconte que les femmes des Rbëtiens se précipitèrent dans les rangs des combattans , et écrasèrent leurs enians contre le visage farouche de leurs ennemis, comme si, dans leurs montagnes, tonte vie devait expirer avec la liberté'.
De la domination romaine dans VHelvètie.
(De Tan 1 k Fan 300 après Jcsos-Girist )
Néanmoins la liberté expira, et la vie resta ; rilelrétie, comme toutes les contrées connues depuis l'orient jusqu'à Toccident , fut soumise k la domination d'Auguste, empe* reur romain. II envoya des préfets , des gouverneurs et des soldats dans les vallées habitée^ de THelvétie, et y lit bâtir des forteresses redoutables pour tenir le peuple scms le joug de Fobéissance. Il vit dans le pays d'où s'éle* vaient l'immense muraille du Jura et les chaînes nombreuses àe& Alpes un rempart pour Tltalie , sur laquelle il régnait du sein de l'opulente Rouie.
Toutefois l'empereur traita les Helvéticns avec humanité , leur laissant leurs mœurs et leurs usages, afin qu'ils s'accoutumassent plus facilement à sa domination' et oubliassent plus tôt leur honte. Il leur permit même de vivre sous l'empire de leurs lois héréditaires et gouvernés par des magistrats de leur choix. Fallait^ il délibérer s\yt les intérêts d'un canton? àes hommes choisis dans chaque communauté se réunissaient .a cet eÔ'et. Mais l'empereur se réserva le difpit de faire les lois générales, de décréter les impôts et les contributions, de faire la )>aix et la guerrç.
Ces événemens se passèrent à l'époque de la naissance de Jésus-Christ* Les successeurs de l'empereur Auguste se montrèrent encore longtemps favorables aux Uelvétiens. Ils bâtirent un grand nombre 4e villes coloniales et les
unirent entre elles par de grandes routes* Les préfets, les gouverneurs, les militaires romains» aecoutnmës aune vie plus commode que les Helvd tiens pauvres et grossiei^, établirent partout des habitations magnifiques et des lieux consacras aux plaisirs; ils transplantèrent dans le sol helvétique les arbres fruitiers de Fltalie ; instruisirent le peuple dans toutes sortes de métiers, de trafics, de négoces, d*ai*ts et de sciences ; FHelvétie appHt h connaiti*c des richesses nouvelles et des jouissances ignorées.
Un grand nombre de bourgs et de villages se peuple* rcnt considérablement, et se changèrent en villes magnifiques , ornées de palais, de temples, de bains et de théâtres. Aventicnm, entr'autres était alors dix fois plus étendu que ne l'est aujoui*d'hui ^venches bâti à la même place. Les barques du lac de Morat abordaient au pied des murs de cette ville. A l'endroit où de nos jours on ne voit ])ltts que les deux petits villages d'Augst, l'un dans le>;anton de Bâle« l'autre dans celui d'Argovie, au confinent de l'Ërguclz et du Rhin, s'élevait une cité florissante, Augusta ^Uracorum (Augusta des Rauraqu'es). Les ruines de cette ville attestent encore aujourd'hui son ancienne magniiiceAce. Mais la plus grande et la plus brillante de ces cités était Vindonissa (Windisch en Argovie). Dans le vaste espace couvert de ses palais, de àes châteaux et ^ de ses faubourgs, on voit aujourd'hui trois villages et une ville, celle de Brougg.
Tant de magnificence captiva les Helvétiens. Us so félicitaient de la clémence de leurs maîtres, payaient des impôts et un tribut de dons volontaires, et envoyaient leurs fils servir dans les armées romaines. Les délices de cette nouvelle vie leur firent oublier l'antique liberté pour laquelle leurs ancêtres avaient combattu tant de fois et versé tant de sang.
Mais sans la liberté , les charmes de la vie sont mal «ssurés^ Que l'oiseau captif dans une cage d*or ne chante pas la magnificence de sa prison et les délices ^e son existence; son maitre peut à chaque instant lui ravir la vie.
Environ soixante et dix ans après Jésus-Christ, on avait assassiné k Rome un empereur nommé Galba et mis à sa place Vitellius, qu'une partie des Romains réfugient
reconnaître* Les Helvëtiens ig;noraient la mort du premier ; nuds les chefs des giaroisons romaines l'ayant apprise de bonne heure se h'gnërent en faveur de Vitellius, expédiant et recevant de nombreux courriers. Lès Helvétiens étonnes crurent qu'ils s*agissait d'une révolte contre Temperenr Galba. Les soldats de^ garnisons , surtout ceux de Vindonissa, étaient d'ailleurs insolens et indisciplinés, et ils avaient enlevé la solde envoyée à la garnison de Bade toute composée de jeimes Uelvétiens. C'est pourquoi on intercepta les messagers et les lettres d'Aulus (ou Alliénus) Gécina , gouvernear-géoéral de Vindonissa.
La nouvelle de cet afiront allama la colbre de Cécina il sortit avec sa troupe qui portait et méritait le nom de terrible. Il attaqua de vive force et ruina la forteresse et la ville de Bade , devenue florissante k cause de ses sources salutaires d'eau chaude sur les bords de la Limmat ; il ravagea toute la contrée et vainquit dans un conibat sanglant les Helvéticns qui s'étaient mis en devoir de se défendre. U poursuivit les fuyards au-delk du Bœtzberg» montagne deJa chaîne du Jura. Dans leur fuite, ceux-ci rencontrèrent sur la grande route, en descendant la montagne, une troupe nombreuse de cevalerie thrace. Des milliers de fuyards périrent dans cette rçncootre on furent obligés de se disperser dans les bois et dans les cavernes; d'autres furent pris et vendus comme esclaves.
Cette sanglante expédition n'éteignit point la rage de Cécina; il parcourut, pour le ravager, tout le pays des Helvétiens jusqu'à la ville d'Aven ti/ïuin. Lk vivait un homme riche et considéré , Julius Alpinus. Le cruel Romain ordonna de le saisir comme autear de la révolte, et le lit charger de fers et conduire au supplice. En yain une foule de témoins attestèrent l'innocence dii vieillard ; en vain sa fille Julia Alpinula, revêtue de l'auguste caractère de prétresse, se jeta aux pieds du monstre. Sa beauté, sa jeunesse , ses larmes , rien ne put toucher le cœur du farouche gueiTier. Le vieillard fut mis k mort.
Toute THclvétie retentit de plaintes et de gémissemens. On apprit, mais ti*op tard, que Tempereur auquel on. avait voulu rester fidèle avait été assassiné, et que Vitellius occupait le trône de la terre. Des ambassadeurs se rendirent en hâte auprès du nouvel empereur pour im-
plorer sa misëricorde. Ils se prosternèrent avec la demiëre humilité au pied de son trône, et demandèrent grâce avec larmes et gëmissemcns. Le pardon qu'ils solJicitërent eu sujets trcmblans avec une sonmission méprisable, leur fut accordé avec mépris comme a de vils esclaves. Une honteuse srrvih'té est le partage de tous les peuples qui préfèrent à leur indépendance les douceurs d'une vie comuiode.
Mais ni le carnage du Boctzberg , ^i la désolation d'Aven licmn, ni la honte essuyée à la cour de ftome, ne rendirent aux Relvéliens leur ancienne vigueur. Elle s'était éteinte dans une longue mollesse. On oublia les maux passés et l'on se livra avec la même imprudence qtfauparavant aux plaisirs corrupteurs. L'amour des richesses, le goût d'une vie sensuelle , le rafHnement des plaisirs , effacèrent jusqu'à la dernière traôe de l'héroïsme qui n'habite que dans des cœurs libres«
'Les oppresseurs romains furent charmés de voir que le peuple, o\ibliant sa g:îoire et sa liberté, restait efféminé et tributaire ; que loin des armes il désapprenait l'art des combats , et qu'au lieu de chercher son salut dans l'union des cantons , il attendait en silence son bonheur ou son infortune de la main de ses maîtres.
Malheur au pays dont les pertes sont gardées par des étrangers et où des étrangers siègent dans les tribunaux ! Malheur au peuple qui, lier de l'appui d*une puis^ânco étrangère , est divisé en partis ennej;iis î Malheur aux nations qui amassent de l'or, et ne connaissent pas le fev ; le fer par lequel on défend sa vie et , ce qui vaut mieux encore, sa liberté!
Les Helvétiens, sans crainte, mais sans défense, étaient exposés à des périls continuels; Comme ils avaient oublié le passé , ils ne prévoyaient pas l'avenir. Leur perte ne pouvait doue plus être éloignée. Aussi le jour de leîir ruine totftlc arriva plus tôt qu'ils ne purent s'y attendre.
VHeJvétie entière devient la proie de peuples étrangers.
(De Pan 300 k Tan 650.)
Il survint dans ce même temps parmi les nations des ëvënemens terribles, iinportans, extraordinaires.. Rome, depuis tant de siècles reine du monde , en perdant ses vertus avait perdu Vas seuls appuis de sa puissance. Lo paganisme méprise n'avait plus d'empire ; les hommes ubandonnaient les autels àes faux dieux et cherchaient le Dieu inconnu. Du sein de Torient la lumière du christia* nisme brillait comme un soleif nouveau, dont les rayons rëcliauffaient d^^ fine multitude de cœurs dans les trois parties du monde alors connu.
Il semblait qu'une voix du ciel eût dit: Je mêlerai ensemble tous les peuples du monde, comme louragan mêle la poussière, afin oue de leur choc les étincelles de la foi chrétienne jaiUissent sur toutes les parties du globe pour les enflaomier d*une salutaire ardeur. Les faux dienx deviendront cendre et poussière, les choses anciennes seront abolies , et toutes choses seront faites nouvelles.
£t voici du fond de contrées inconnues sortent aussitôt peuples sur penples, chassant k la poiqtc de l'épée totit ce qu'ils rencontrent devant eux. On les vit arriver des lieux oit le soleil se lève et des contrées indomptées du nord. D'abord vinrent les AUemanni, guerriers farouches de race germanique. Pendant deux siècles et .demi de guerres continuelles ils avaient pénétré toujours plus avant dans le territoii*e soumis à la domination romaine, et s'é« 1 aient approchés insensiblement des montagnes helvétiques ; enfin ^iis entrèrent, comme un torrent dévastateur ^ par les gorges du Jura et se répandirent sur tonte l'Helvétie. Depuis la Forêt > noire jusqu'au pied des Alpes l'œil ne put plus découvrir qu'un pays sauvage, qu'une scène de désolation. La magnificence d'Aventicum et de %'ndoÀissa lut changée en déc^mibrès. Le Romain comme l'Helvétien, ni le fer ennemi les épargnait, devenaient esclaves* Las AUemanni partagèrent entr'eux, avec %^% biens et seB habitans , tout le pays qui s'étend depuis le Rhin et le lac de
Constance )nsqa*aa lac des Qnatre-Cantons et à rAar. Us aimaient la guerre, la liberté, les troupeaux, et méprisaient les villes comme prisons indignes d*bommes libres. Les souvenirs de Rome et de rancienne Helvétie furent cntiërcm eut- effacés .
' Bientôt aprës sortirent des déserts de l'Asie les hordes innombrables des Huns ; ils semblaient avoir pris à tâche de piller le monde. Leur figure était si hideuse qu'on avait peine k les prendre pour des hommes | leurs actions étaient encore moins humaines. Ces exterminateurs traversèrent l'Allemagne, la Gaule et i'Italie. Quelques-unes de leurs hordes seulement passèrent sur le territoire helvétique , pénétrèrent dans la Rhélte, dans les pays situés aux bords de l'Aar, et se répandirent dans les campagnes d'Augnsta , capitale des Rauraques , et de Basilia (,Bâle) , autrefois ville romaine. Ils ne s'arrêtaient nulle part; mais partout le feu , ie sang et les larmes marquaient leur passage.
Vinrent ensuite les Bourguignons , race vigoureuse. Us s'établirent dans la Gaule aux deux côtés du Jura , dans la Savoie , sur les bords du lac Léman , dans le Bas- Valais et jusqu'à l'Aar, parties de l'Hélvétie où de nos jours encore la langue française est en usage. Ds bâtirent Ik de grandes forteresses , firent sortir Genève de ses dé- <5ombre$ , fondèrent peut - être «Avenches au milieu des cendres d'Aventicnm. Sur les hauteurs qui dominent le lac Léman et la rive où avait été autrefois la ville romaine de Lffusonium , ils fondèrent Lausanne et beaucoup d^autres villes et villages.
Après cela » les puissans Goths , peuple originaire du nord de l'Europe, entrèrent dans l'IIelvétie du côté du midi , en traversant les plus hautes Alpes. L'Italie était déjà devenue leur proie; la Rhétie avec ses vallées et ses montagnes couvertes de pâturages eut le même sorjt* La puissance des Goths s'étendit bien au-delà du lac de W&llenstatt jusqu'aux Sitters, petites rivières de l'Appen^ zell, pa 4 -dessus le Saint- Gothard dans les vallées d'Uri et dans le pays de Glaris. Ils remplirent tous les lieux d'horreur*
Ces invasions successives effacèrent toutes les traces de l'antiquité, les atu et l'industrie, les lois et les msa«
ges, les mœnrs et les lana:iies parlées jasipi'alors* Le nom même de THelvëtie se perdit* Il n'ëtait pias question que des ëtats des Allemanni , des Croths et des Bourpiignons.
Dans tous les pays où ils arrivaient , les Allemanni minaient les villes. Libres et tranquilles , ils habitaient des métairies et des fermes. Leurs esclaves , . hommes , femmes et enfans, leur servaient de bergers, de labon-, reurs et d'artisans. Quand ils voulaient du bien à Tun de leurs serfs , ils lui donnaient des terres inaliénables, pour lesquelles il les payait en cens et en corvées. Leurs troupeaux leur tourn*ssaient la nourriture dont ils avaient besoin, de la viande, du lait et du fromage. Tout le pays consistait en terres et eu pâturages communs. Le sol autrefois labouré fut laissé en friche ; des broussailles et des forêts couvrirent les lieux qu'av^iit sillonnés la charrue romaine. Autour du lac de Constance se multiplièrent d'immenses bois, repaires des loups et des oui*s.
Dans la haute Rhétie , les Goths conservèrent leur esprit belliqueux, mais leurs mœurs étaient plus douces ; ils rendirent le peuple esclave , il est vrai , mais ils lui laissèrent ses anciens usages. Au lieu de raser les for* teresses qu'ils trouvèrent, ils en construirent encore de nouvelles. Retirés dans leurs châteaux forts , les comtes et les seigneurs gouvernaient les vallées tributaires au nom de leur roi, qui avait son trône en Italie. >
De tous ces peuples étrangers les plus humains étaient les Bourguignons. U& ne s'emparèrent que du tiers des terres et- des esclaves, et n'exterminèrent pas les anciens habitans, quoique leurs sujets et en quelque sorte leur propriété; au contraire, ils s'établirent k côté d^eux, mêlèrent leurs usages et leur langue aux langues et aux usages des vaincus , et finirent par se confondre entière- /ment avec eux. Aujourd'hui encore ce peuple se distingue du reste des Confédérés par l'idiome héréditaire mais altéré que parle le pe^uple dans les cantons de Vaud, de Fribourg et de Neuchâtel , et qui s'est formée de la langue romane usitée chez les Bourguignons.
Mais le règne de touse ces peuples étrangers ne fut pas de longue durée. ' Il en .survint un nouveau, plus. fort, plus audacieux, plus rusé que les premiers; c'étaient les Francs. Vénus de contrées éloignées h travers les Pays-
Bas, et mettant tout à feu et k sang, ih s*^taient rendus maîtres du pajs des Gaulois, ils se fixèrent dans les villes conquises et donnèrent leur nom à la Gaule , dèslors appelée France. Lorsqu'ils rencontrèrent les Ailemanni établis sur les bords du Rhin , il s'engagea entre les deux peuples une longue lutte* Après maints combats sanglans, les Allemauni fureçit complètement, vaincus et effacés du rang des nations ; ceux d'entr'eux- qui faabilaient les rives du Rhin^ la Souabe et le pays des anciens Helvétiens tombèrent sous la domination des vainqueurs.
Feu de temps après, les Boarguignons aussi périrent par la discorde et les vices de leurs princes. Les Goths s^mparèrent des Alpes bourguignones et de Genève , et les Francs de tout le reste du ro3''aume de Bourgogne.
Mais les derniers seuls surent conserver leurs conquêtes* • Il n'en fut pas de même des Goths. Lorsque leur domination finit >n Italie, ils perdirent toutes leurs possessions en-deça des Alp,es. ' Prompt, et résolu, le roi des Francs, Dietbert, se mit en marche à la tête de ses troupes et soumit, la Rhétie et le reste du pays.
Ainsi, après plus de cinq siècles de vicissitudes 'et de chaogemens politiques, toute THclvëtiese trouva réunie de nouveau sous un seul 'sceptre, comme elle, l'avait été sons la dominatibn romaine.
Domination des Francs en Hdvétie et leiir admU nistrattôn.
' (De Tan 550 k l'an 900.)
Les nouveaux maîtres divisèrent toute l'Helvétie en deua; parties, soit parcequ'ils ne la soumirent pas tout à la fois, soit parceque les liabitans ne parlaient pas tous la même langue. On réunit li la Sooabe la partie occupée précédemment par les Allemanni et oil Ton parlait la langue Allemande , c'est-à-dire la Rhétie et le Thourigau, Ce dernier nom comprenait alors la contrée renfermée entre le lac de Constance et le Rhin d'un côté, l'Aar et le Saint-»
Gothard de Tautre. Les autres parties, prises sur les Bourguignons et dans lesquelles on parlait le roman, Genève, le Valais, Neuchâtel et ce qui fgrme aujourd'hui les cantons de Berne «^ de Soleure, de f^ribourg et de Vaud furent rdunies k la Savoie et appelées la Petite-Bourgogne. Les généreux rois des Francs, chefs d'un peuple gucr* rier , organisaient radministration d'un pays corame celle d'ane armée. Ils plaçaient à la tête d'un grand canton un général en chef ou duc; des commandans ou comtes administraient des districts de ce canton, et les districts étaient divisés en grands domaines qu'ils donnaient enrécompense h de vaillans capitaines , à titre de don ou de fief. En ce temps-là l'argent étant fort rare, les sourerains récompensaient par des domaines les services de leurs guerriers. Dans les pays conquis, les habitations les hommes et le bétail faisaient partie de ces domaines ; les habitans réduits en< esclavage ne pouvaient posséder aucune propriété, mais devaient payer à leurs maîtres les intérêts de tout ce qu'ils possédaient. Le Thourigau et la Rhétie étaient soumis au duc de Soi;iabe ou «d'Âllemannie; le reste du pays, au duc de la Petite-Bourgogne. Ainsi fut partagée l'Helvétie avec se» habitans et ses troupeaux) ce que le roi n'avait pas donné ou affermé à ses comtes 1 à ses nobles ou à ses ofiiciers, resta sa propriété particulière, qu'il faisait administrer en son nom et pour son compte. Les Francs libres, quelque petit que fut leur nombre , formaient seuls la nation ; les habitans subjugués n'étaient comptés pour rien, malgré leur multitude; ils ne jouissaient d'aucun droit civil; ils étaient esclaves, sans honneur, sans défense. Le sort de ces serfs était si misérable dans les premiers temps, que leurs maîtres pouvaient les punir arbitrairement, les donner, les vendre et même les mettre à mort sans sujet. On les considérait à peine comme des hommes, mais plutôt comme une sorte de 'bétail ; aussi s'unissaient- ils entr'eux sans bénédiction nuptiale, et les enfans qu'ils mettaient au monde devenaient la propriété dû. maître de la mère, quand il, arriyait que le père appartînt à un autre seigneur.
) Telle était la barbarie et la dégradation de ces temps !
La religion chrétienne pénètre dans VHelvétie,
Au milieu des tënèbres de ces siècles barbares, des messagers de Dieu, des hommes pieux entrèrent dans ce pays esclave pour prêcher aux payens le royaume des cieux et leur annoncer Jésns.Christ crucifie. C'étaient des soldats qui avaient entendu la bonne nouvelle du salut dans d'autres contrées, des hommes d'un rang élevé» souvent àes fils de roi , qui renonçaient aux plaisirs et aux pompes du monde pour suivre l'exemple des saints apôtres et confesser Jésus au milieu des payens.
Qn assure que déjk sous la domination romaine, à peine deux siècles après la naissance du Sauveur, un prince nommé Lucius avait répandu la semence de la foi dans la Khétte , en dépit des plus grands dangers. Plus tard d'autres prédicateurs vinrent vers les Bourguignons , et d^antres encore vers les Allemanni dans le Thourigau. Us rassemblaient liutour d'eux des familles pieuses, baptisaient jeunes et vieux au nom de. Dieu, établissaient de petites communautés chrétiennes, élevaient des églises et des chapelles. Us fondaient atissi des comvensrpour la propagation de la foi et de la prière, et instituaient des évé^es, c*est-è-dire des inspecteurs chargés de surveiller les prédicateurs et les communautés chrétiennes. Déjà avant la domination des Francs on trouva un évéque à Goire, ville de la Rhétie, dont le nom ne commença d'être connu que vers la fin de la domination romaine ; il y en eut aussi è Augusta des Rauraques, à Vindonissa, à Aventicum, à Genève, et à Octodorum dans le Valais.
Mais dès que les Francs, déjà chrétiens, lurent maitres^ du pays, l'œuvre de la prédication et de la conversion fut poussée avec zèle, les prêtres furent protégés, les évè^ntu vénérés, les couvens et Téglise enrichis. On imposa une dtme ^r les produits de la terre pour Fentretien des ecclésiastiques ; des dons volontaires augmentèrent la magnificence du culte. Comme Fargent était rare on aimait mieux payer en productions du sol et en fonds de terre. Ce que l'on consacrait à des institutions pieuses, on croyait moins le donner à des hommes mortels qu'à Dieu et aux
saints, objets de4à Tënëration publique. On s'imaginait placer son bien entre les mains de Dieu, pour en reoneâlir après la mort une moisson de joies célestes et immor* telles. Par là un grand nombre d'églises et de couvens devinrent insensiblement très ricbes en fonds de terres et en redevances qu'<m leur payait annuellement.
n vint des pays étrangers un nombre toujours croissant de prédicateurs de la croix pour extirper les dernierr restes de la religion payenne. €ar dans les forêts épaisses qui ceignaient le lac de Zurich et dans les val* lées les plus reculées vécurent encore longtemps des hommes à demi-sauvages, sa4s aucune connaissance du vrai Dieu. Us sacrifiaient à leurs idoles, sur le haut des collines et dans le fond des bois, des chevaux et d'autres victimes choisies parmi leurs troupeaux; au commencement d'une nouvelle année ils faisaient un bruit terrible, pous^ sant des cris, des clameurs, frappant de grands coups, entrechoquant des instrumens bruyans , pour chasser l<ïa mauvais esprits , les sorciers et les sorcières ; à l'entrëe du printemps ils aHumaient de grands feux de joie sur tontes les montagnes en Thonneur àes dieux propices. La superstition et la crainte des sortilèges tourmentaient constamment ces pauvres payens aveugles ; ils crojraient à toutes sortes de présages et de prédictions, à l'influence do bons et de mauvais jours , et se laissaient prendre à toutes les impostures nées de la plus grossière ignorance. Les hommes pieux qui apportèrent aux payens la doc*^ trine du salut méritèrent donc la plus haute considération. Sigebert vint du pays des Francs et prêcha dans les déserts de la Rhétîe. U avait construit sa petite chapelle dans l'endroit sauvage oit est aujoud'faui le couvent de Disentis. Gi^omban et MangoM enseignèrent longtemps la doctrino chrétienne sur les bords de l'Aar, de la Reuss et du lac de Zurich, de même que Gallus, zélateur ardent. Celui-ci établit à la fin son ermiuge dans la solutide de la vallée que bmgne le lac de Constance, la où l'on bAtit plnsi tard à sa mémoire le couvant Saint- Gatt, qui à perpétué son nom. Dans les montagnes qui bordait le lac des Qaatre-Canftons, la parole de Dieu ial annoncée par le pieux Mdkirad; il cimstruisit sa cellule dans la forêt obscure (Finsterwald) près de la Sibl, à Tendroit oii
brille •ujomd'btti le convenu de Notre-daine-dcS'-Erimtes (Einsiedien). Un duc fond» un collège derhanoine» sur la colline voisine de Znrich et lui assigna beaucoup de terres au pied de l'Albis; son frère établit un autre monastère près du lac des Qiiatre-Cantons dans un Heu où autrefois, 'pe«*-^l»"« du temps des Romains, il n'y avait qu'un fanal pour servir de signal aux navires pendant la s ^m't . c'est U qu'on voit aujoud'hui la ville de LUcerne. Peu de temps après, le riche comte Bëro fit construire près du même endroit un nouveau monastère,. appeU encore aujoud'hui Béromunster (monastère de Béro).
Je ne finirais pas, si je voulais nommer tojites le» fondations pieuses de cette ëpoque. Les pauvres payens voyaient s'élever de toutes parts des édifices sacré»; le ioûr Us entendaient dans les églises de» paroles de salut et la prédication de la croix, et la nuit, dan» les couvens, des chants et des prières. Leur» cœurs émus leur faisaient
désirer le baptême. ..,•••
Dans les commencemens , il est vrai, le christianisme ne produisit que peu d'effet} le» conversions étaient trop frémientes et trop précipitées; les prédicatems souvent aussi grossiers et aussi ignorans que leurs auditeurs. On donnaft le nom de chrétien à tout homme baptisé qui avait appris par cœur ««prière, qui fréquentait le service divin et savait faire le signe de la croix, bien qu il n eut xcnoncé ni aux superstition» ni aux mœurs du paganisme. Très-souvent tfn se bornait à substituer le» saint» aux idoles et à donner des noms chrétiens «M fêtes païenne» Juel'on continuait h célébrer. La craint*? dti diable- exer- Lt plus d'empire que l'amour de Dicta. Le péchow SoyaS racheter facilement le salut de ««»« ««^e /» ^ Saire h la puissam» de l'enfer au moyen de cérémo- SX«««'» célébrées avec régularité et de riche, doo», offeru aux églises et aux côuven». .' «•
-N45anmoin< la^now-elle religion ne ^''f'^f^'''^^' ca'ce. Dans la marche de l'esprit humain. »««»«« J««» ■ ï^dre de la natiii*, le ierépuscole -lii^teèdo -la «lartA 4u ioîr On vit se répandr* ptos généralement parmi le Ser^edu seul Dieu vivant, l'idée .des Bécomp««e. iHes peiné» de l'éternité, Kdée que ^oos.le. hommes tint le» énUus du iftéme Père Céleste. Bea«e«up- de prêtre» et d'évêques avec leur» femme» et leur» enfan»
offraient le modèle de bons ménages ; car dans ce temps le mariage ne leur ëtait point interdit. Beaucoup de sei^eurs chrétiens adoucirent le sort de leurs sujets, et accordèrent à leurs esclaves des droits qui procurèrent h ces infortunes une existence plus douce. On établit des écoles dans plusieurs c^vens^ où Ton rassemblait aussi et où Ton copiait les écrits des anciens sa^es ; car Fart de I^mprimerie ne daté <^ue de quelques siècles plus tard. Le peuple fut instruit dans Tagriculture et Téconomie rurale par des moines et des ermites qui , dans leiArs solitudes , extirpèrent des forets et défrichèrent le sul; les terres communes furent divisées. Le peuple apprit à brûler la chaux et à bâtir en pierres ; jusqu'alors on n'avait eu que de misérables cabanes en bois ; il apprit h tisser la laine et a faire des habiUemens ^ de drap, en remplacement de la toile et des peaux dont on s'était véta précédemment. On commença de planter la vigne sur les coteaux du Léman et du lac de Zurich.
Tout cela ne fut pas l'ouvrage des moines seuls, mais pliiS encore celui des Francs. £n prenant possession du pays ils y importèrent l'économie domestique, la charrue et l'usage d'y atteler le bœuf, parceque le roi leur avait donné ou anémié des ferres avec des esclaves des deux sexes pour les travailler.
L'Helvétie fait pcartie de V empire dT Allemagne ; on bddt des villes.
.^Deran 900 à l'an li^OD.)
hes vois de France fui*ent pendant longtemps plus puissant que tous les autres ; mais la puissance la plus vasHî fut Celle de Charic magne. 11 se fit sacrer îi Rome comn^e empereur de. l'ancien empire romain, qu'il se proposait de rétablir; et par ce nom d'empereur il prétendait se désigner comme le roi des autres rois. Mais la discorde divisa constamment ses iils et ses petits^fils, dont plusieurs forent des hommes d'un esprit faible. Chacun d'eux yonlui avoir une portion de la souveraineté, et, pour cet effet, ils
moml^ent ce raste empire. L'un prit la France; on antre, Tltalie; nn troisième, 1* Allemagne; ils se firent entr*eux des gaerres terribles et sans fin. En conséquence de leur partage, les contrées de rHelvëtie qui avaient appartenu jusqu'à ce moment au duché de Soiiabe furent incorporées à l'empire d'Allemagne appelé empire germanique. •> zi[
Ces nouTeanx rois et leurs ferres continuelles répandirent partout le désordre et (a confusion. -Les gouveraeurs établie par les rois, c'est-à-dire les ducs et les comtes, s'en réjouirent. Hors de la surveillance de leurs souverains absorbés par de plus grands intérêts, ils gouvernaient leurs cantons et leurs districts selon leur bon plaisir, sans craindre de châtiment. A Leur mort ils transmettaient k leurs fils les charges dont ils avaient été re- < vêtus, considérant les duchés et les comtés comme ées fiefs héréditaires ou même comme des propriétés. Le duc de Souabe ne voulut plus reconnaître de souverain; le duc de Bourgogne prit de son chef le titre de roi» De mé^ie que les ducs se soulevaient contre les monarques, les comtes se soulevaient aussi contre les ducs^ soldaient des troupes et agissaient en maitres absolus. Les évêques ne restèrent pas oisifs Considérés et puissans dans leurs évéchés et dans leurs domaines, ils imitèrent les cesifès et les ducs, se rendirent indépendans du bras séculier* se couvrirent du casque et de la cuirasse , et se montrèrent à la tête de leurs armées. Ce que les évêques firent à regard des ducs et des comtes, le pape le fit à l'égard des empereurs et des rois ; il s'arrogea une autorité sur eux et sur tous les évêques de leurs pays, enfin sur leurs peuples mêmes.
U arriva, comme conséquence de cette confusion générale, que les seigneurs et les comtes établis dans l'Helvétie finirent par ne plus respecter les ducs de Souabe ; érigés en souverains, de leur propre autorité, ils ne craignirent plus guère que les rois ou les empereurs allemands, qa*iis flattaient souvent par ambition. Désunis pour Tordinaire, un danger imminent et commun pouvait seul les unir.
Un pareil danger les menaça tons lorsque Fempereùr Henri, surnommé l'Oiseleur , eut pris les rênes ^e l'em-
pire germanique* Du côt^ de l'orient, on vit venir de la mer Noire et monter le long da Danube un peuple de cavmicrs belliqueux et sauvages, nombreux comme le sable de la mer; c'étaient les HongraÎK. Ils parcoururent tourà-tour TAUemagne et Tltalie , portant partout le (er et le feu ; rien ne les arrêtait, ni ileuve ni montagne. Les forteresses et les châteaux étaient seuls l l'abri de leurs attaques, parcequ'ils n'entendaient rien k Tart des sièges* Cela arriva neuf cenU ans après Jésus-Christ.
L'empereur ordonna que toutes les grandes réunions d'habitations fussent entourées de murailles, de remparts, de fossés, cojitre les incursions de ces terribles ennemis* Ainsi Saint-Galle et Bàle furent défendus par de fortes murailles , parcequ'ils étaient à la frontière ; Zurich situé sur la rive d'un lac le fut de même. Ce furent en quelque sorte 4es forteresses où le peuple pût se retirer avec sts biens en cas d'invasion. La neuvième partie des hommes libres et nobles, mais peu riches, dut se rendre dans ces forteresses nationales, pour les défendre en temps de guerre et pour les. administrer en temps de paix. Ainsi se formèrent les villes et leurs conseils. Les nobles, chargés de l'administration, prirent le nom de patriciens.
L'exemple jine fois donné , on- vit s'élever beaucoup de places fortes et de villes, comme Lucerne et Soleure; plus tard, Schaffhouse remplaça les maisons de pécheurs et de bateliers près de la chute du Rhin, à l'endroit où l'en débarqué les voyageurs et les marchandises. Ce qui avait eu lieu dans l'Helvétie allemande asriva aussi dans THelvétie bourguignone lorsque les empereurs la réunirent à l'empire germanique et y envoyèrent comme baillis impériaux les ducs d^ Zœhringuen. Dans cette partie de l'Helvétie se trouvaient déjk les antiques villes de Grenève et de Lausanne. . Le bailli impérial Berthold y joignit la ville de Fribourg, fondée en 1179, dont il fit un rempart contre la puissance des comtes et des seigneurs de la contrée. A son exemple, son fils bâtit la vOle de Berna dans une presqu'île formée par une sinuosité de l'Aar (vers l'an 1200).
Ces villes et t tontes ceUes qui s'élevèrent çk et Ui, p^rceque de tous côtés on entourait de murailles et de fortifications des bourgs privés jusqu'alors de moyens de
A défense, reçurent Torganisation politique et les piivilëges dont jouissaient ^ AUemagne des villes plus anciennes. Le laboureur et Tarlisan qui s'ëlablissaient drftos une ville recevaient le droit de bourgeoisie, mais Us étaient obligés de tenir prêtes poui- la défense de la patrie une hallebarde et une épée, de payer des impôts et des contributions, et d'avoir chez eux un seau pour les incendies ; car alors , dans les villes comme dans les x^llages, les maisons étaient b.4ties en bois. Les grands intérêts sk traitaient dans rassemblée générale de la bourgeoisie, mais les affaires d'administration étaient confiées à un conseil choisi par les bourgeois et présidé par un avoyer ou bourguemcstre* Le conseil jugeait les petits diiïérends; les causes capi-
. taies étaient portées devant le bailli impérial, ou devant
le vicaire de l'abbé, ou le lieutenant du comte, en un mot,
devant le gouverneur de la ville , quel que fût son titre,
La sûreté qu'on trouvait derrière les remparts engagea
une grande partie du peuple II se retirer dans les villes;
^ celte afiluence de population fit fleurir les métiers, le commerce et tous les arts mécaniques. On établit des • marchés où le laboureur apportait le superflu des produits de ses terres, et de ses troupeaux, et lé citadin lui donnait ' en échange des marchandises, fruits de son industrie. L'aisance des citoyens augmenta avec leur activité, et ces deux ^causes adoucirent et épurèrent les mœurs; Ihinion et par conséquent la force des bourgeois les fit respecter davantage des seigneurs et des- nobles retirés dans des châteaux et des forts isolés* Pendant les voyages , qu'ils faisaient, les ducs, les rois, les empereurs, aimaient à s'arrêter dans les villes pour jouir de leurs commodités, et par reconnaissance ils leur accordaient des privilèges et des franchises.
L'accroissement des villes inspira de la jalousie aux comtes , aux chevaliers et aux autres seigneifrs , qui voulurent, de leur côté, augmenter leur puissance et leurs revenus. Pour obtenir de nouveaux fiefs et de nouvelles terres , Ils servirent avec une ardeur redoublée les rois , les ducs et le couvens, ou bien ils firent la guerre ^ de petits voisins pour s'enrichir' de leur dépouilles. Plusieurs d'entv*eux' connaissant mieux leurs intérêts , allégèrent le
joug de la servitncle qni pesait snr lenrs sujets « et ripent ' avec plaisir la population augmenter dans leurs terres. Comme, par droit de conquête^ tout ce pays avec ce que le sol portait et produisait était devenu pour eux des fiefs ou des propriétés, ils divisèrent les terres en friche et les pâturages entre les familles des habitans, qui, en échange, étaient assujettis à des corvées et payaient des cens et des dîmes. Ainsi se multiplièrent les villages, les fermes et les métairies* Toute maison nouvellement construite sur une terre seigneuriale payait un tribut de poules et d*œufs. Après la mort d'un père de famille sei*f , ses enfans donnai^t à leur seigneur ou au couvent auquel ils appartenaient le meilleur habit du défunt, le meilleur meuble de la maison , la meilleure béte de Tétable. Quand ils avaient satisfait pay ce moyen au droit de meilleur catel, les enfants gardaient le reste à titre d'héritage et de propriété. • ^
Les corvées et les redevances des serfs augmentaient ainsi les révenus des seigneurs. Les fonds de terre non divisés (c'étaient ordinairement de grands bois) demeu- " raient sa propriété. H fournissait è ses vassaux et à ses sujets tout le bois dont ils avaient besoin^ et, selon son bon plaisir, il leur accordait, contre une redevan<*^ ou comme un don gratuit, la permission de recueillir le ^ gland pour engraisser lenrs porcs, mnsi que le pacage jusqu'aux limites du premier hameau ou <ie la première métairie. -
Mais sans la permission du seigneur personne n'avait le droit de couper, de brûler, de défricher en tout ou en partie ces bois de haute-futaie, pom" les; convertir en praii*ies ou en champs. Cependant les seigneurs aimaient à voir se multiplier les ménages et s'élever de nouvelles métairies. Pour favoriser les progrès dé la population et de l'aisance, ils faisaient coupera et déraciner une partie de leurs bois , et les paysans qui en profitaient ^eur payaient annuellement je cens et un droit de défrichement. C'est ainsi que se formèrent une rpiantité de villages 4l^nt les noms, dans la langue de la Suisse allemande, rappellent encore aujourd'hui celte origine (Siehwanden et Schwasudi,^ de schwœinden,. diminuer; Ruti et Renti, de iruten, dé-
fricher ^)* Mais ces d^fricheiirs , s'ils n'étaient pas dëjk libres auparavant, demenraient serfs, comme Tairaient été levas pères > et toutes leurs possessions étaient considérées comme la propriété de leur seigneur* Celui-ci leur prétait non-seulement le sol; mais encore le bois pour bétir une maison et une étable, la charrue, un chariot, les graines pour les travaux de la campagne; une hache et une échelle pour les travaux de la maison; il fburnaissait pour Tétable les premières vaches , les premiers porcs avec leurs petits, et pour la basse-cour le coq et les poules. Voilk pourquoi ils étaient chargés de redevances pour tout, et devaient à leur seigneur ées corvées pour labourer ses champs, des chariages pour conduire ses récoltes k son château, la dime et les cens de leurs propres récoltes, des fromages, de la toile, des poules et des œufs.
Telle fut Torigine des villes et des nombreux vifiages dans le pays des anciens Helvétiens.
Autres détails sur les villes et les seigneurs,
(De Tan 1290 k l'aa 1200.)
Plus l'aisance des paysans augmentait , plus les comtes , les nobles , les abbés et les autres seigneurs s*enrichissaient de leurs revenus qui allaient en croissant. Mais leur indépendance et leur pouvoir gagnèrent surtoutlorsque la famille des ducs de Z«hringuen s'éteignit.^ Après la mort du dernier de ces ducs , la dignité de bailli im^ périal ne fut plus héréditaire, mais l'empereur la conférait tantdt à un comte, tant^ à on autre. Dès ce moment les grands seigneurs n'eurent plus à craindre que l'un de leurs'
^y Schvfonden et ruien ne sont pas synonymes dans le langi^ ^' i des agriculteurs suisses; tons les deox signifient défricher, , mais le prentfer en «oopant lesArbres, le second en y metunt'le €ra«
Sîûlders iâiêlikon.
{Miirs devint trop puissant | ckacnn s*effo]rçait tfltre le 4>r«nider et ponrait espérer de le derenîr.
Dans ce temps florissaient beanconp de familles nobles, qui depuis se sont éteintes. Les comtes de Sai'oie avaient des domaines étendus, des fiefs et des* droits dans le Va« lais, dans le pays de Yaud, où l'évlque de Lausanne régnait en petit souverain* Les comtes de Neuchétel, qui accordèrent de grands droits À la ville de ce nom, gouvernaient des pays français et des pays allemands, baignés par le lac de Bienne , par TAar et la Thièle. Les comtes de Kybourg ; maîtres de tout je pays situé entre Zurich et le lac de Constance, et qui avaient bAti sur leur territoire les villes de Diesseiihofen sur le Rhin, et de Winter* thour, près de Zurich, ne reconnaissaient pas, dans toute FHelvétie, de seigneurs plus puissans qu'eux. Cependant on vit s'élever à côté d'eux , dans l'Argovié , les comtes de Habsbourg, possesseurs depuis longtemps d'un domaine considérable et entièrement indépendant, situé à l'endroit oà avait brillé l'antique Vindonissa. Ensuite ils étaient devenus patrons de la riche abbaye de Sed(inguen, de laquelle dépendaient beaucoup de domaines dans le pays de Glaris. Outre cela on leur donna en fief un comté bourguignon très-ancien, le comté do Rore dans l'Argovié ; il s'étendait jusqu'à Mouri , où , deux siècles auparavant, la femme de l'un des comtes de Habsbourg ^ alors appelés comtes d'Altembourg , avait fondé une abbaye de l'ordre de Saint-Benoit (en i035)« La famille des comtes de Rore s'étant éteinte, leurs domaines avaient |>assé aux comtes de Lenzboarg, de qui descendaient lea comtes de Bade; ce furent les grandes richesses de^ premiers qui augmentèrent si fort l'éclat et la puissance de la maison de Habsbourg.
Les comtes de Rapperswyl , -fondateurs de la ville de ce nom au bord du lac, de Zurich , furent aussi puiS^sans et considérés dans le pays qui touche è la Rhétie; mais les riches comtes de Tockenbourg les smrpassèrent encore. La résidence primitive de leur famille é^.sur un rocher non loin du côpvent de Fischinguen. C'est laïque h comte Henri de Tockenbourg ayant aperçu au doigt d'un de ses * serviteurs l'anneau nuptial de sa fenmie Ida, célèbre par sa beauté, la feUr par i»e fenêtre du baut de son château
dai» on prëcipioe« Ui^ corbeau avait enlevé ce( anneau près d'une fenêtre ouverte et Favait ensuite laissé tqmber^ JDauft sa Chuté , Ida put se retenir à des bxousaiiles ; elle fut sauvée par le secours de la divine providence et son innocence fut reconnue,; mais elle résolut de finir ses jours dans une cellule à Fischinguen, ne pouvant plus aimer un époux si colère et si cruel , qni , non content d une .seule venjçeance, avait fait périr aion serviteur inno-r cent en ie traînant attaché > à la queue d'un cheval.
Je pourrais nommer encore beaucoup de familles de, . comtes et de seigneurs alors fort puissans » tels que les comtes de Werdenberg, de Sargans, de Montfort, de Sax, de Vatz, de Rhsezuns , dans la haute Rhétie, et d'autres dans rildvétie bourguignone, et dans THelvétie allemande» Mais qm voudrait savoir tous ces noms qui ne rappellent que le souyenic obscur de guerres continuelles et les cruautés atroces dont la tradition se cons^ve près des ruines de châtea\ix jadis formidables ?
Plusieurs de ces familles anciennes et nobles ft*éteigni* rent déjà dans les temps dont nous parlons. Cela arriva j^urtout assez &équemment dans les guerres appelées croi* sades, nées de Topinion, qui se répandit dans toute TEu* ro|)e que la religion et ri|onneur imposaient aux chrétiens le devoir de s'armer et d'aller à Jérusalem pour arracher -* 1<^ saint sépulcre des mains ^es infidèles, ifes pèlerins guerriers de tontes les nations chrétiennes se réijko lisaient * eu arm é es. innombrables » à toutes les époques de l'année» et partaient pour la Palestine. On les i econnaissait à une çvoix coujsue sur leurs vétemens. Tout le monde se croisa, jeunes-gens» vieillards, enfans, princes, rois, empereur^» princesses, religieuses. De tant. de milliers de pèlerins, un petit nombre. seulemeut revinrent dans leur patrie; la. plupart mourm^ent en route ou périrent en Asie et en Afrique, par la faim, la maladie, l'épée, la peste, la lèpre ou en captivité. Mainte noble dame perdit son époux; mainte mère, ses fils» < )
Si les croisades menèrent beaucoup de comtes et de chevaliers a leur perte; elles améliorèrent le sort des serfs dans les villages et dans les métairies, et même (felui de la bourgeoi^sic dans les villes. On ti*aita les serfs avec plus d'humanité, ailn 4|u'iU. restassent chez eux et np ol^ercha^-
sent pas Finti^pendifiiee son» les ëtendttrti- de la croix. Oa leur aecoiHia pluâ de libertë , phu de droits t aûn de pouToir les employer comme solda t^ dans des gaerres mtériem*es. Les bourgeois de& villes s'enrickirent par toutes sortes de métiers et de IraQcs, pour l'armement, l'équipement et rapproTisionnement des armées qui partaient sans cesse pour la texYO sainte. On lit un commetrce de marchandises fort ^ndu par la Hongrie |u8qu'en Grèce, et par les ports d'Italie jusqnVn Egypte et dans TOrient* Bâle en pai*ticuiier devint fiorissfint par ce commerce e% Ton y apportait déjk du vin de Chypre; il en fat de mém^ de Zurich , où Ton, commençait h travailler la soie , alors si rare et si précieuse.
A mesure que l'aisance et les richesses s'accroissaient dans les villes nouvelles, la boni'geoisie étendait sça droits avec pins d'ardeur ^ agrandissait son territoire par des achats. Les villes se soustrayaient successivement aux droits souverains des ctéques, des bbbés et des monastères, k la domination desqueJi^ eUes avaient été longtemps soumises , préférant se mettre immédiatement sous la protection de rrropire germanique, alin de n'avoir d'autre maître que Tempereur ou, en son nom, un gouverneur ou haiilL Les Soleurois se rendirent indépendans du cou-* vent 4e Saint-Ours ,' qui, en vertu de ses droits, exerçait nne grande influence sur leurs afla^res municipales, parccqu'il avait contribué puissaiiluient à la fondation de cette cité. L'abbé du riche couvent de Tous-lés-Saints (Allerheiligen) avait. des droits seigneuriaux sur Içx bourg de SchafRiousc, et iHe^ faisnit exercer par son bailli. Ensuite les boui'geois ne lui permirent plus de nommée mxe la moitié des membres du conseil municipal, voulant en nommer eux-mêmes l'autre moitié. Pius tard ils exclurent le courent de l'administration de toutes les ail'aircs civiles et se placèrent, comme .d'au^ë^es villes, sous la protection de Fempereur^ Les Bâlois tinrent à peu près la même conduite h l'égard de leur évêifue, cnsorfee qu'ils devinrent indépendans ^ous la sanve-garde.de rem|>iTe, comme Berne et Fribourg l'étaient depuis longtemps par la faveur impériale.
Plusieurs petites vUlta snivirent l'exemple des grandes h mtstrf qu'elles en trouvèceiU lî©ccaéion. Elles profita
rent habilement den troubles de ren^ire. Quand lea rois on les seignenra dont elles dëpendhiient avaient besoin d'argent, elles leur onvhiient le û^sor mnnicipal ; dans les dangers communs leur bras était toujours armé pour la cause commune* Gha^e citoyen était économe dans sa famille, libék'al pour le bien public* Les maisons particulières ofiraient peu d'apparence ; mais les édifices publics, les maisons .communales et les églises avaient wi i^ir de grandeur et de majesté. Les artisans rivalisaient pour faire de bon ouvrage et pour perfectionner leurs métiers à force de peine, d'industrie et de réflexion. Les corps de métier veillaient à ce «pi'aucun ouvrier ne travaillât avec négligence. Les professions mécaniques devinrent honorables et lucratives ; personne ne cherchait k paraître plus habile qu'il n'était. Dans les maisons régnaient la piété, la loyauté, l'amour du travail; dans le conseil, la justice} la prudence, le désintéressement. Nul ne songeait à vivre aux dépens du bien de l'état ; mais on trouvait toujours des citoyens prêts h subvenir aux besoins publics et^ doter des établissemens utiles 4m du moins à les favoriser selon leurs moyens.
Par ces vertus les villes s'agrandirent, devinrent puissantes, acquirent des franchises fHrécienses, des fonds de ^ terre, le droit d'impôt et d'autres avantages. Toutes tâchaient donc de se placer sous la protection immédiate de l'en^ire, pour n'avoir plus d'autres maîtres, afin qu*elles pussent eUes*mémes choisir leur gouvernement, leurs juges et administrer les biens municipaux. Elles achetaient volontiers cet 4ivantage en payant un tribut h l'empire. L'em« pa[^nr .confiait s^s. droits k un bailli impérial, chai^ de piger les causes capitales devant Tasseinblée générale du peuple, parcequ'étant étranger il pouvait conserver ^us d'impartialité qu'un citoyen dans la cause d^un citoyen. £n cas de guerre, les villes prenaient pour général un soignons ou comte puissant et d'une valeur reconnuCé Pour plus de sâreté^ ks villes formaient des alliances entr'elles et avec les villes impériales de la Souabe et des bords du Rhin»
Ainsi donc, après une longue s^^vitude» la liberté recommença de promener son étendart entre les couvent et les châteanzt et de Tasborer surtout dans les villes. U
semble ^*aacime espèce de tjrrannie , ^*el]e Tienne da dedans on du dehors, ne puisse {eter de profondes racines dans k sol heWétiqne. La liberté aime à établir sa demenre sur ce sol , comme Faigle à bâtir son nid snr les rochers saava^s des Alpes«
Des p^plades dans les montagnes de SchwyZf dAppenzeUy de la Bhétie et du Valais*
CDe Tan 1200 Ji l'an 1290.)
Derrière les lacs» an pied àts hantes Alpes, où s'étaient refiigiés très-anciennement, pent-étre après les Tictoires àts Romains , les derniers fils des CinJires*, lenrs des« cendans Tivaient séparés du reste da monde. Ni Allemand, ni Bourguignon , ni Franc , n'eût osé habiter ces déserts pauvres et horribles. Us faisaient paître lenrs troupeaux sur des montagnes inconnues. On ne voyait ni chAteau . sur leurs rochers , ni ville dans leurs vallées. Pendant longtemps les Bronchenbonren (pajrsans du marais) n'en* rent qu'une senle église , dans là vallée de -Mouotta ; le peuple de âchwyz, d'Unlinrwalden et d'Uri s'y rendait» Les habitans de ces trois vallées étaient de la mime race; tout comme ils avaient une église commune, ils vivaient sous un gouvernement commun , formé d'hommes de lent ^oix, respecubles par leur expérience et par leur loyauté. Mais quand la population se fat trop accrue, chaifue • vallée eut son église, son landammann ^président du gouvernement), son conseil, son tribunaL Ainsi Schwyz, Uri et Unterwalden rompirent leur communauté, mais continuèrent d'agir, dans les affaires imporUntes, comme un sexl et même petit état* Plus tar^ (vers 1150), les habitans dlJnterwalden se partagèrent en deux parties divisées d'mtéréts et séparées par la liîrét du Kemwald; Tune et l'autre eut son conseil et son tribunal ; tsat ceux du Haut- Unterwalden,. partie occidentale, avaient été obligés de payer kr deux tiers des dépenses communes» d'ap^ un
uf agc ancien , fandë peut-^tre sur ce qa« primitivement ils étaient plus nombreux que ceux du Bas-Unterwalden, partie orientale ; une telle charge leur ëtait devenue oné* reuse dans le temps que leurs concitoyens les égalaient en richesse et eu puissance. Quoique séparés » ils ;so rénnissaieut pour les affaires importantes et ne comptèrent jamais que pour une seule communauté; aujourd'hui encore ils ne forment qu*un seul canton.
Personne, hormis Tempereur^ ne prétendait avoir vn droit de souveraineté sur ces montagnes,- et le peuple aimait à le trouver sous la protection de ce puissant monarque. Quand des divisions éclataient dans son sein, il choisissait ordinairement pour arbitre un seigneur de Fempire, de préférence Tun des coi^tes de la maison de Lenzbourg. '
Il y avait enqore an milieu de ces peuplades de vastes solitudes et des vallées inconnues et. inhabitées. Les empereurs «considéraient ces sortes de terres comme un bien sans propriétaire, par conséquent -commo un -domaine impérial. Ces souverains en faisaient souvent des donations à des seigneurs et à dea couvens» ou bien' ils les constituaient en iiefs* Quand on commençait de dé&icher et d'habiter des terres nouvelles, les paysans en payaient le cens aux rois on aux comtes de Lenzbourg ou de Happerswyl:, ou aux églises de Kotre-dame-des-Ërmite?: , de Zurich) de Béronmnster ^ ou.eniin h d'autres seigneurs ecclésiastiques ou séculiers , qui en avait été investis par l'empereur. Un pieux baron, Conrad de Seldenbnren, avait bâti le couvent d*£Uiguel)>erg (en 1083), dans une vallée sauv^^e d'Unierwafden , au pied du mont Titlis couvert de neiges éternelles. Cet exemple chaîna tellement le pape » qu'il prit le couvent sous la protection immédiate . dn'samt-siége.
' Mais, dans ces mêmes contrées, le monastère de Notre-^ dame-»des-Ërmitcs comptait une plus hante antiquité et possédait de plus grandes :riches$eS. Les troupeaux de l'abbé pâturaient sur toutes, les montagnes ; car autrefois sa communauté avait reçu en donation toutes les terres incultes des .montagnes environnantes. Les bergers de Schvryz^ étiauig«vs à toutes le» affaires du.moiidey igiu^-
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rbrent longtemps cette donatioii; ils l'apprirent lors^pc Tabbë envoya ses troupeaux dans des pAturagcs qui leur appartenaient de temps immémorial et qui avaient passé de génération en génération jusqu'à eux. Ils entrèrent en jrontestation avec le prélat; celui-ci implora le secours de l'empereur (en ill4), qui lui donna gain de cause. Les bergers de Schwjrz, étonnés de cette sentence, s'écrièrent: 9 Puisque Tif protection ée l'empereur^ et de l'empire nous est inutile , sachons nous en passer/* Leurs frères d'Uri el d'Unterwalden les approuvèrent , se joignirent à eux , et cessèrent d'obéir à l'empereur. Ce monarqiie en fut irrité ; il les mit au ban de l'empire et somma l'évéque de Constance de prononcer une sentence d'excommunication contre tout le pays , et de défendre par là qu'on y sonnât aucune cloche, et qu'on donnât les saints sacrcmens aux vivans et aux mom*ans, jusqu'à ce que les rebelles se fussent soumis à leur maître. Les paysans de Sch^vyz ne se laissèrent point intimider ; ils forcèrent leurs prêtres à célébrer le service divin comme auparavant, et chassèrent de leurs vallées ceux qui s'y refusaient. Malgré l'anathème de l'évéque, le bétail multipliait, les pâturages ^•estaient fertiles , et les paysans cnvoyaitnt aux marchés publics de Zurich et^ de Lucerne les produits de leurs troupeaux. Plus tard, l'empereur menacé eut besoin de troupes vaillantes "^our ses guerres ; il envoya vers eux avec des paroles amicales le comte de Lcnzbourg : ^^L'empereur aime les hommes vaillans, leur dit ce seigneur; faites la guerre cqmmc vos pères et ne vous inquiétez pas des discours dts prêtres.'' — Ënvii'on six cents jeunes gens le suivirent aussitôt à la guerre, sous les étendarts de l'empereur, pour conquérir de la gloire et du butin j personne ne lit attention aux discours djcs pxétres.
Depuis des sici4c:s il y avait aussi dans les Alpes voisines du lac de Constant une nombreuse population d'hommes libres, protégés par l'empereur et par l'empire. De tout temps l'abbé de Saint-Gall y avait eu des domaines considérables et des serfs pour cultiver . ses terres ; on appelait ceux-ci les, gens de la maison de Dieu. L'abbé avait une maison et une cellule au bord de la Sitter et au pied d'une montagne élevée; comme il s'y rendait souvent pour l'exercice de ses droits, beaucoup de gens y bâtirent
des habitations ; ée ïk se forma le bourg d*Appenzell ^)» dont le nom devint bientôt celai de tonte la contrée. L'abbë établit un bailli sur les gens de la maison de Dieu ; mais les hommes libres protégea par l'empereur k Appenzell, Honndvvyl, Urnseschen * et Teuffen , k l'exemple des peuples libres d'Uri, de Schwyz et d'Unterwalden, choisirent dans leur sein, sous la protection de l'empire, leur landammann, leur conseil et leur fribunal ; ils^fèrent aussi un bailli impérial ^
Cependant les abbés de Saint-Gall acquirent progressivement de plus grands droits sur tout ce pays par des achats et par des donations ; enfin ils obtinrent même de l'empereur la cession du tribut dû k Fempii^e , de la juridiction crhninelle et de la suzeraineté sur ces quatre petits états libres et impériaux. Cette translation de droits ne portant point préjudice aux antiques libertés de ces peuples , il l^ur paraissait indifférent de payer le tribut annuel k un bailli impérial ou k un abbé puissant. De son côté le couvent de Saiiit-Gall, content de ses riches revenus, ne cherchait point k restreindre les droits. héréditaires du peuple pasteur ; et' pour que les gens de la maison de Dieu ne fussent pas trop inférieurs aux autres habitans du pays, l'abbé leur accorda plusieurs franchises, entr'autres le di'oit de se choisir un landammann. Ce fut une récompense pour la fidélité et le courage avec lesquels ils avaient souvent servi, dans les combats, leurs belliqueux abbés.
Les malheureux habitans 4,^5 Alpes rhétiennes ne pouvaient pas se féliciter d'un bonheur semblable. Cent et cent ehâteaux de comtes et de seigneurs, bâtis sur d'âpres rochers , dominaient fièrement toutes les vallées , et formaient en quelque sorte une chaîne d'esclavage autour de leur patrie. Lk régnait en maitre'*^absoIn l'évéque de Coire; lk, les abbés de Disentis et' de Pfefiers; lk, les comtes de Brégucnz, de Werdenberg, de Montfort, de Vaetsch et de Misox; lk, les riches barons de Rhaezuns, ileMontalte, d'Aspermout, de Vatz, et beaucoup d'autres
^ De Abt, prononcé dans la Suisse diemande jipt^ abbé et Zelle^ cellule.
exerçaient une puissance soaveraine« La ville de Goire seule possédait des^oit$ considérables, soas.rempire de son évéqne; ça et Ik encore qaelgaes vallées écartées, comme la vallée de Prégàell, sur les confins de ritalie« jouissaient d'anciens privilèges* Tout le reste dn penple, sortoat dans les lieux où Ton parlait la langue romane , était, et fut encore longtemps tributaire , assujetti à des corvées et serf. Les seuls Walsois restèrent libres dans leurs terres et dans leurs villages, tels que les Francs les avaient trouvés à Fépoque de leur invasfju. On dit que ces habitans , originaires de race allemande , cherchèrent un asile dans ce pays au temps de la domination des Groths, et qu'ils défrichèrent de valées hautes fort reculées, telles qu'Avers, le Prettigseu et le Rheinw^ld au pied du glacier du Rhin. <]e8 mêmes colons défrichèrent et habitèrent les premiers les solitudes effrayantes de Davos, que le baron de Vatz leur donna en fief (vers 1250),
Le Valais était de même soumis h un grand nombre de comtes et d'autres seigneurs; la ville de Sion ne conservait qu^avec beaucoup de peine, ses droits municipaux sous un bourguemestre et un conseiL Le comte de Savoie avait longtemps maintenu sa domination dans le Bas- Valais ; l'évéque de Sion , dans le Haut- Valais ; les habi« tans de cette partie , où l'on parle Ja langue allemande , gens de cœur, surent constamment défendre l'antique Uberté héritée de leurs pères. Ils aviiient divisé leur pays en sept dixains.*) Des députés de chaque dixain compo« salent le conseil du pays, présidé par un capitaine-général également -de leur choix. Sous la protection de leurs propres lois , ils faisaient paître leurs troupeaux depuis les bords du Rhône jusqu'aux glaces étern^es où il prend sa source.
*) Le mot allemand est Zehnten^ mais cette manière de récrire, conforme k l'asa{;e, ne Test point li l^étymologie. La diirision du Haut -Valais est par centaines (cenle), comme chez tes anciens Germains.
MidUr. Hitt; des Suisses.
Rodolphe de Habsbourg^ emperew ; méchans desseins de^ son fds Albert.
(De l'an 4:^90 à l'an 1307.)
A répoque où nous soiimes parvenus, aacun seigneur dans toute VUelyéXie n'était aussi respecté pour son humanité, pour sa prudence et pour son courage, que le comte Rodolphe . de Habshourg. Son château était situé dacs TArgovie, sur la montagne apelée Wulpelsberg. Il était baiJli des villes d^Aarau, de Bade, de Mellingucn, de Diessenhofen et d'autres encore. Les habitans de Schwyz le prièrent aussi d'être leur bailli , à cause àts troubles nés de la dissension de l'empereur et du pape. Déjà en 1251 Uri, Sch^vyz et Zurich avaient formé ensemble une alliance défensive contre les usurpations des scigneui's retranchés dans leurs châteaux; outre cela Zurich avait choisi le comte Rodolphe, pour son général d'armée.
Rodolphe était moins amié des citoyens de Bâle , bien qu'ils, le préférassent encore à ses amis et à s^s frères d'armes de la noblesse. Un jour de carneval ceux-ci avaient gravement manqué d'égards aux belles dames et aux demoiselles de Bâle *y de là naquirent des rixes sanglantes ; un grand nombre de ces nobles audacieux ëxpiièrent sous le bras vigoureux des vaillans Bâlois* Déplorant ]'aiïi*ont de &es amis et voulant \es venger, le comte de Habsbourg marcha contre la ville avec des troupes nombreuses. , Mais c<;tte guerre se termina promptcmcnt et heureusement. Les ducs et les princes d'Allemagne, après de longues* disputes au sujet de la succession au trâne impérial, que la moit de l'empereur venait de laisser vacant, avaient réuni leurs suffrages en faveur du comte Rodolphe de Habsbourg. Ce qui motiva ce choix , c'est que Rodolphe était, "comme lé dit rélecteur de Cologne, sage, juste, aimé de Dieu et des hommes.
A la nouvelle de l'avènement de leur ennemi au trôné impérial, les Bâiois sortirent de la ville avec toutes sortes de marques de respect, et l'invitèrent à y entrer avec sefi troupes. On se jura de part et d'autre une constante amitié ; toute THelvétie fut remplie de joie et d'étonnement. Les
magistrats de3 ailles et des campagnes - accoururent à Brougg, dans rArgovie, poar fëiiciter le nonvel empereur ainsi que la comtesse, sa femme.
Quoique place sur le premier trône de la clirétientë et dans un pays dioignë ^ l'empereur Rodolphe resta fusqu'à la lin de ses jours affectionné aux peuples de sa patrie* Il accorda de nonveaujc honneurs h leur noblesse, de nou^ Telles prérogatives à leurs Tilles, et confirma par sa parole impériale tous les avantages t[ue seê compatriotes possédaient déjà. Zurich, Schaffhouse, Soleure reçurent le privilège de n'avoir que des juges pris dans Icur sein et d*étre gouvernées par leurs propres lois; Laupen et Ln> cerne obtinrent les ménies franchises que Berne, et en outre Lucerne ne releva plus que de TempirerBienne eut les mêmes droits municipaux que, Bâie ; Aarau n'eut k reconnaître d'autre fuge que sonT avoyer; Winterthour, Diessenhofen et d'autres villes encore acquirent des droits semblables. L'empereur confirma aux troLs peuplades des Waldstœlten (ITri, Schwyz et Unterwalden) le droit perpétuel de relever immédiatement de Telnpire. U conféra la dignité de princes impériaux k l'^véque de Lausanne et à l'abbé de Notre-'^d';*ne-des-£rmites. — Dans l'Helvétic romaine (i^ ci-devant Petite -Bourgogne), où les comtes de Savoie exerçaient une grande puissance , il rétablit la' dignité royale par 1^ force des arnies, protégea Lausanne et Fribottre contre les usurpation de la Savoie, et fit rcvivre« sous la' protection de l'empire, toutes les anciennes libertés. Les villes et les campagnes lui t^oignèrent constamment leur reconnaissance -par ùesàecovLts abondans en argent et en» hommes. ^
La face des af&ires chiHigea beaucoup à là mort de Rodolphe, suivie de l'arénement de son fils Albert an trône impériaL On sut bientôt que toutes ks vues de ce prince tendaient ^à agrandir ses domaines, en y ajoutant des propriétés étrangères, et cp'il était toujours prêt à fouler aux pieds les droits solenpellement accardés aux villes et aux campagnes. Toutes les nations tremblèrent devant lui. Prévoyant des jours de malheur et des circonstances périlleuses, les peuples d'Uri, de Schwyz et d'Unterwalden s'assemblèrent (1291), conclurent une alliance perpétuelle, et s'engagèrent par serment à défendre
luntuellement* envers et contre tons, leurs personnes, lears familles , leurs biens » et à s*aider les uns les autres par les conseils et par les armes. Cette alliance leur fit donner le nom de Gonfëdërës (^Eidsgenossen^ allies par serment)* D'un autre côté, Fëvéque de Constance, le comte de Savoie et d'autres seigneurs encore, Fabbë de Saint-Gall et la ville de Zurich, formèrent également une alliance pour s'opposer aux desseins du nouveau roi» Lai princes allemands, ne le haïssant pas moins, choisirent un autre souverain , Adolph de Nassau.
Cette scission politique iit naHre partout la division et des guerres ; les pays , les villes , tout prit parti dans cette querelle; on s'arma pour et contre Albert. Berne embrassa l^>arti du comte de Savoie et fit alliance avec Fribourg et Soleure. -^ Albert, à la tête d'une armëe d'Autrichiens, envahit et ravagea le pays de l'ëvéque de Constance. Dans une bataille sanglante il arracha au roi Adolphe la victoire, la vie et la couronne impériale. LesConfédérés des Waldstsetten lui députèrent à Strasbourg pour ^ le iprier de garanti^ leurs anciennes franchises^ à l'exemple de son glorieux père. U répondit qu'il songeait à leur proposer incessamment un changement dans leur situation. Cette réponse jeta l'épouvante parmi les Con- •fédérés.
^ Des cris de guerre et le Jiuruit des armes retentirent depuis les murs de Soleure jusqu'aux rives du Léman. Les comtes et les seigneurs de cette contrée, alliés de rempereur et ennemis de la puissance croissante des villes , marchèrent contre Berne f mais les courageux Bernois, soutenus par des troupes auxiliaires de Soleure et d'autres contrées, commandés d'ailleurs par un guerrier expérimenté, Ulrich d*£rlach, battirent les forces supérieures de Tennemi dans la bataille du Donnerbuhl (1298), prirent d'assaut et rasèrent un grand nombre de forteresses et de chAteaux appartenant h la noblesse , ensorte que la gloire de cette cité brilla du plus vif éclat dans toutes les contrées de l'Heivétie»
Après cette défaite , l'empereur Albert ebtra hii-méaMi dans un pays qu'il traitait de rebelle et mit le siège de^ vant Zurich^ il campa au sommet d'une colline d*oÀ îl plongeait sur les rues de la ville. Les Zuricois ne ferr
mërent pas leurs portes > bien qu'ils eussent fait les préparatifs nécessaires pour une irigoureuse rësistanecî mais ils lui firent annoncer qu'ils étaient prêts à le reconnaître pour leur roi si, de son côte, il reconnaissait leurs droits et leurs franchises. Comme il n'avait que peu de machines de siège et qu'il voyait la ville remplie de gens armés (les fettunes et les filles avaient aussi pris les armes) , il montra des dispositions^ pacifiques et confirma la^ libertéde la ville.
Quant aux Confédérés des WaldstasUen, il leur fit dire qu'il voulait les adopter comme les chers enfaus de sa famille royale, et qu'ils feraient bien de se soiunettre en fidèles sujets à la maison d'Autriche; qu'il îeur donnerait des fief» et les enrichirait; qu'il relèverait leur gloire en créant parmi eux des chevaliers. Mais sur la réponse des fiers montagnards, qu'ils préféraient a ces brillans avantages les anciens droits de leurs pères et la protection im^aédiate de l'empire, il leur envoya des haillis autrichiens durs et méchans , chargés de les opprimer et de les vexer, pour qu'ils désirassent de leur chef de se détacher de l'empire et de se soumettre à la domination d'Autriche. Son choix tomba sur Hermann Guessler de Brounegg et sur ' le chevalier Béringuer de Landenberg. Ces baillis s'étabHrent dans le pays des Confédérés , ce que n'avaient jamais fait les baillis impériaux. Landei^erg prit possession du château royal de ^ Sarnen dans le Haut*Unterwalden, et Guessler fit construire pour lui une forteresse dans le pays d'Uri. Le» péages furent augmentés ; les plus petites fautes , punies par^ de fortes amendes et par la prison; les habitans, traités avec hauteur et mépris* Guessler passant à clievàl devant la maison que Stauffacher venait de faire bâtir dans le village de Steinen , dit avec faceent de Mbsulte : yPent^on soufirir que de vils paysans bâtissent de si belles maisons ?^ Dans le pays d'Unterwalden, Arnold de Melchthal ayant été condamné pour une légère faute à perdre un bel attelage do bœufs, un yalet de Landenberg les détela de la charrue en disant : ^es paysan» peuvent traîner la charrue euxr-mémes.^ Irrité de cette offense, le jeune Arnold frappa le vakt , lui cassa deux doigts et s'enfuit
dans les montagnes. Par veiio;eanee, Landesberg fit crever les yeux au père d'Arnold.
Les partisans des baillis, toujours soumis à leur volonté, étaient traités, au contraire, avec beaucoup d*in« dulgence et obtenaient gain de cause dans tons leurs différends avec leurs compatriotes. Mais la faveur des baillis devenait funeste à ceux qui, fiers de la posséder, se croyaient tout permis. Le gouverneur du ,ehâteau de rile de Schwanau , dans le lac de Lowerz, ayant attenté à rhonneur d'une jeune fille d'Artb , qui appaHenait h une famille considérable, fut assommé par les frères de cette jeune fille. Une autre fois , le jeune seigneur- de Wolfenschiess , dans le pays d'Untervvalden , ami de Landenberg , vit à Alzellen la belle femme de Conrad de Baumgarteu; apprenant que son mari n'était pas à la maison, il exigea qu'elle lui préparât un bain, et lui fit des propositions offensantes. Lorsqu'il fat au bain , elle rai^ela son mari des champs. Au récit d'une pareille audace, le mari courroucé assomma l'impudent gentilhomme dans son bain. — Gomme il n'y avait plus ni justice ni recours 2i un tribunal, chacun se faisait justice à soi-même, de là résultèrent les plus grands désordres* Mais les baillis , riant des murmures du -peuple r persistèrent dans leurs tyrannie; ils foulaient aux pieds nonseulement les droits reconnus par des titres authentiques et sanctionnés. par des empereurs et des rois, mais encore le droit éternel que Dieu a donné a tout homme , et dont il a placé 1^ titre dans son cœur.
^CrutUaume TeU , serment du Grutli.
(L'an 1307.)
Tandis que les oppresseurs riaient et que les opprimés gémissaient dans les vallées des Waldststten, la femme de Werner ^taoffai^r, dans le village de Steinen, dit un jour à son mari: ^ Combien de temps encore verra-t-on l'orgueil rire et l'humilité pleurer ? Des étrangers seront-ils les maîtres de ce pays et les héritiers de nos
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biens? À quoi sert-il que nos montagnes soient habitues par dés hommes ? Mères , dèrons-^nons nourrir des fib mendians et ëleTer nos filles ponr servir d'esclaves aux étrangers ? Loin de noos tant de lâcheté ! ^
Sans répondre, Werner StanfTacher descendit à Bronnn'!/i, traversa le lac et se rendit dans le pays d'Uri^ vers Walther Furst li Attinghansen. U y trouva Arnold de Melchthal qui aTait passé la montagne pour venir chercher un refuge contre le ressentiment de Landenherg.
Ils s*entretinrent ensemble- de la misère de leurs pays, ' de la cruauté des baillis étrangers que le roi leur avait euToyés, au mépris de leurs droits et de leurs' libertés héréditaires. Us^- dirent aussi qu'ils avaient inutilement adressé des plaintes à ce monarque , qui les avait menacés de les contraindre, en dépit de leurs titres , à se séparer de Tempire pour se soumettre à TAutriche | que Dieu n'ayant donné h aucun roi le droit de fouler aux pieds la îustice, ils pouvaient tout espérer du secours de Dieu et de leur courage ; que^ d'ailleurs la mort était plus facile a supporter qu'un joug aussi avilissant. Us résolurent donc que chacun d'eux parlerait dans son pays à des hommes de cqpur et de conllance , et sonderait les dispositions da peuple, afin de savoir ce qu'il serait prêt h £aire pour la cause de la liberté.
Dans la suite , comme il& en étaient convenus , ils se réunirent souvent, pendant la nuit, dans un lieu secret au bord du lac des Waldsteetteo , situé à peu près au centre d*Uriy de Schwyz et d'Uolcrwalden , formant une pqrairie étroite» entourée de buissons, au pied ieê rocs du Seelisberg, vis-à.vis du village de Brounnen ; cet endroit porte le nom de Grutli ou Kutli (de ruten » défricher); là ils se' trouvaient éloignés de toute habitation. Bientôt ils apportèrent l'heureuse nouvelle que le peuple entier préférait la mort à l'esclavage.
La nuit du il novembre de I'au i 307 , chacun d'eux amena avec lui dans la prairie du (vrutli dix hommes honorables» pour qui la liberté de la patrie était tout, et la vie n'était rien; les trois premiers, levant leurs mains vers le ciel étoile, jurèrent à Dieu, devant qui les rots et les peuples sont égaux, de vivre et de mouiir pour, les droits du peuple opprimé > d'entreprendre et
de supporter tout en ccHamnn; de ne pas sonfTrir , mais Aussi de ne pas commettre d'injustice; de respecter les droits et les propriétés du comte de Habsbourg; de ne faire autun mal aux baillis impériaux, mais de mettre des bornes aux actes arbitrati*es de leur tyrannie. Les trente autres levèrent aassi '^ main et firent de mé t^e serment à Dieu et a tons les saints de rétablir la liberté en hommes de cœur. Ils choisirent pour l'exécution de ce dessein la nuit du premier janvier. Puis ils se séparèrent;' chacun d'eux retonrna dans sa vaUée et dans sa cabane ; ils donnaient tous leurs soins à lenrs troupeaux.
Cependant le bailli Herniann Guessler Vêtait point tranquille; sa conscience ne lui laissait aucnn repos. H lui semblait que »le peuple commençait h relever la tête et à montrer plus de fierté. Pour l'éprouver et pour Thamilier, il fît placer un chapeau au haut d'une perche, dans le pays d'Uri , et ordonna qae tous les passans s'inclinassent respectueusement devant ce «ymbole de l'autorité autri* chienne. Il reconnaîtrait par là, disait«il, les ennemis de l'Autriche, v
Guillaume Tell, de Burglen, habile ai^balétrier, l'an des hommes du Grutli, passa devant le chapeau, mais ne s'inclina point. Aussitôt on^ le saisit pour le conduire devant le bailli. Celui-ci l'apostropha, plein de colère: ,,* Arbalétrier téméraire, je veux que ton art te serve de supplice; mets une pomme sur la tdte de ton jeune fils, vises-y et garde-toi de la m&nquer.* — On lie l'eufant, on 'met une pomme sur sa tête et l'on conduit le père aune distancé considérable. Il \ise<, le trait part, la pomme tombe; le pcuplt* pousse des cris de joie. Mais Gues,«ler dit k Tell : „ Pourquoi portes * tu ifhr toi une seconde flèche?^ Tell répondit: >,Si l'ittie atiit .man;fné la pomme,' l'autre n'aurait pas manqué ton ccewr***
Le tji^aa effrayé ordonna de charger de fers cet homme courageux , de le garotter au fond d'une barque pour le Conduire sous ses yeux a Kussnacht; il ne jugea pas prudent' de l'enfermer dans une prison du pays d'Uri, k caviâe dos dispositions du peuple; d'un autre côté les droits de la nation s'opposaient à ce qull l'envoyât hors du pays dans une prison étrangère. Craignant le concours de la ?uuUitudc , le bailli donna en hâte le signal du départ ,
malgré uu vent contraire qui soniSait avec impétaositë. Tantôt la barque semblait descendre dans un abîme, tantôt des vagues ëcumantes la remplissaient d'eau ; les bateliers désespéraient de se sauver. Plus on .avançait, pins le danger augmentait au milieu des immenses rocbers à pic qui forment les bords du lac, et s*élëvent vers le ciel, murailles colossales. Au comble du déseapoir, Gnessler lit ôter les fers à Tell, afin (pïil saui'ât la barque par son habileté. Celui-ci la dirigea vers le flanc nu de rAzem* berg où un ^oc en forme de plateau s'avance dans le lac. Il s*élance, repousse la barque, Tell est à Tabri du danger; Gnessler, k la merci des flots.
Eoliappé au péril, ii*gravit la montagne et se sauve à travers le pays de Schwyz. Triste et pensif, il se disait à lui-même : „0ù fuir la colère du tyran ? Si je lui échappe, ma femme et mon enfant lui serviront d*ôt«ges. Que ne se pcrmettra-t-il pas contre les miens, si, pour deux doigts Passés h un valet, Landenberg a fait crever les yeux au vieux Melchthal? Devant quel tribunal puis -je citer Gnessler ? le roi lui-même n'écoute plus les cris du peuple. Eh bien! puisque la justice n'a plus d'autorité, puisqu'il n'y a pins de juge entre l'oppresseur et l'opprimé, Gnessler, nous sommes tous les deux hors la loi ; notre seule loi, c'est la néces'-.ité de se défendre. À 'il faut que ma femme, mon fils et ma patrie périssent innocens, ou qne tu tombes chaîné de forfaits: meurs., t5rran, et que la liberté revive !''
Tout plein de ces pensées. Tell, armé de son arbalète et d'une flèche , vole vers Kussnacht , se cache dans un chemin creux. Le gouverneur vient h passer ; la corde êiûle; la flèche 'd'un homme libre aUeint le cœur d'nn 4>ppres8eur.
A cette nouvelle , se répandirent subitement parmi le peuple l'effroi et la joie. L'action de Tell ranima les courages ; mais la nuit du premier janvier n'était pas encore venue.
Le premier janvier de Ton 1308. — La bataille de
Morgarten» — Lucerne se joint aux Confédérés.
(De l'an 1307 k l'ap 13a4.)
La nuit du premier janvier Tint. L'un des feunes-gens qui avaient prêté serment sur le Grutli se transporta au pied du château de Rossber^, dans ic Haut-Ùnterwalden ; il y aimait une jeune tiUe. Celle-ci , an moyen d'une corde, le tira du fosse du château dans sa' chambre. Mais vingt autres jeunes- gens attendaient encore sous la fenétae; le premier les lit entrer de la même manière* Dès qu'ils furent tous réunis , ils se rendirent maitrcs du bailli , de ses gens et de tout le château.
Le jour venu, Landenberg sortit du château royal de Sarnen pour aller k la messe. Vingt bommes^ d'Unt^walden vinrent au-devant de lui , apportant , comme prësens d*usage, de« poules» dcts chèvres, des agneaux et d'autres dons encore* Le gouvernev^r leur dit d'entrer au château. Arrivés sous la porte , l'un d'eux donna un signal avec son cornet ; tous tir^ent de dessous leurs habits des fers bien aiguisés, les mitent au bout de Irurs bâtons et s'emparèrent du château , pendant q«Le trente autres , . cachés dans un bois, ficcpuxurent à leur secours. Landenterg s'^enfuit d'épouvante k Alpnach; mais ils le saisirent et lui firent jurer , sinsi qu'à tons ses gens , de qaitter à jamais les Waldstaetten. Après ce serment , ils lui permireAt de se retirer è Lucerne. On ne lit de mal à personne*
Des feux de joie brillèrent au loin sur les Alpes.
StAuffacher -se renétt avec. les hommes de Schwyz au lac de Lowers et démolit le château de Schwanau. •— Wakher Fnrst et son fendre Guillaume Tell se mirent à la tête des hommes d'Uri; la forteresse de Guessler fat prise de force.
Des feux de joie brîHèrent sur toutes les Alpes.
Ce fut là le nouvel an de la liberté. Le •dimanche suivant des dépotés des trois cantons se réunirent et renouvelèrent l'alliance antique et perpétuelle par tin serment
solenneL Us aTaient r<ïco]iqui8 leurs aocions droits sans verser une goutte de san^ et sans porter la moindre at« teinte aux proprié t^ji du roi ou de la maison de Habsbourg.
£n apprenant ces ëvëneraens , le roi Albert fut hors de Ivd ; û rassembla des troupes et , accompagne de beau-* coup de sei«fneurs et de nobles : il se rendit dans PAvgo-' vie, U avait aussi av^c lui un neveu et pupille, le duc Jean de Souabe , auquel il refusait depuis longtemps son patrimoine. Le roi, après ^tre parti de Bade le 1 de mai 130$, passa la Keuss près de Windisch; le duc Jean s^ëcria: >^ Voici le salaii*e de Tinjustice ! ^^ et il traversa de sa lance la gorge du monarque. D'autres seigneurs, con* JHr<5s avec le duc, suivirent son exemple; le chevalier Rodolphe de Bakn enfonça son arme dans la poitrine du roi; ÂYalther d*£schenbach lui fendit la tête. Les aotres restèrent immobiles à la vue de ce forfait*. Bientôt ils se dispersèrent tous. Le chef de l'empire germanique expira dans les bras d'une pauvre femme qui se trouvait par hasard sur le chemin.
Ce crime répandit F épouvante partout. Les assassins restèrent errans dans le monde et moururent maudits des hommes* Zurich leur ferma Ses portes ; les Waldstaetten n'accordèrent point d'asile aux meurti*ier» de leur ennemi. Mais les enfans de cette viQtimet royale i le duc Lëopold d'Autriche et Agnès, reine de Hongrie, ainsi que la reine Elisabeth) veuve d'Albert, confondirent dans leur vengeance sanguinaire coupables et innocens ; Agnès surtout se signala par sa cruauté. Sur de simples soupçons de complicité , elle réduisit en cendres un grand nombre de •bateaux, Wart, Fahrwanguen, Maschwanden, Altburen, On dit qu'à Fahrwanguçn , voyant couler k ses pieds le sang de soixante -^trois chevaliers innocens^ «lie s'écria: „ Je aie baigne dans la r^sée du mois de mai.^^ En vain l'épouse du chevalier Rodolphe de Wart embrassa «es genoux et les arrosa de larmes pour obtenir la grâce de son époux; il fut roué vif et exposé , encore en vie, à la voracité des oiseaux de proie. Du haut de la roue, il consola jusqu'à son dernier soupir sa fidèle compagne , qui resta seule «Uprès de lui, agenouillée» priant, versant des Jarmes^ jusqu'à ce que cette ame chérie sc^,fut envolée vers les cieux* — Mais à l'endroit oà l'assassinait avait été
commis , Agnès et sa mère fondèrent le riche convent de Konigsfclden (le champ da roi). Elle-même s*j- retira, résolue de finir nés jours dans la dévotion. Comme elle invitait les passans à se rendre dans son église, hère Bcrthold Strebel d'Oflringuen lui dit avec Faccent de Thor* renl*: „ Madame, c*est une mauvaise dévotion que de répandre le sang innocent et de fonder des couvens avec des richesses injustement raiies.^
Le duc Léopold ne pardonna pas non plus aux Waldstsetten d'avoir secoué le joug de son père , surtout lorsqu'il les vit moins dévoués à son frère Frédéric d*Autriche qu'à l'empereur Loui^s de Bavière. Il se mit en campagne contr'cux, av«c beaucoup de chevaliers et de seigneurs, è la tête d'une grande armée. D*après ses ordres, le comte Othon de Strassburg passa le Brunig avec 4000 hommes; plas de 1000 hommes furent armés par les gouverneurs de •WiUisau, de Wollhausen ct.de Luceme, pour surprendre le pays d'Unterwalden du côté du lac. Le duc lui-même s*avança avec Télite de ses troupes d*£gueri vers les montagnes de Schwyz, ei^ passant près du Morgarten. Il amenait avec lui des chariots chargés^ de cordes pour faire pendre les chefs du peuple qu*il appelait rebelle.
Pour 8*opposer k cette armée, les Confédérés se placèrent, au nombre de i300, sur le penchant de la montagne du Sattcl; 400 hommes d'Uri, 300 d'Unterwalden, s'étaient joints à ceux de Schwyx ; 50 bannis de Schwyz^ vinrent demander qu'on leur p^ mit de se rendre dignes de lenr patrie par de« actes de courage. Le i6 de novembre 1315, plusieurs milliers de chevaliers cuirassés montèrent la montagne, éclairé par l'aurore; ks Confédérés fondirent sur eux près d'un petit plateau de ]a Haselmatt, ok la montagne s'avance en saillie verdoyante; il poussèrent en même temps de grands cris. Les cinquante bannis roulèrent des hauteurs de la Siglerfloue d'énormes quartiers de rocs , puis se précipitèrent du milieu des brouillards du matin sur l'ennemi déconcerté; ils portèrei^ dans les rangs des Autrichiens la mort, le désoi-dre et l'épouvanle. A la tête des héros de Schwyz, les exhortant et' leur donnant l'exemple^ se signalaient Henri d'Ospenlhal et les fils du vieillard Eeding dé Biberegg, auteur du plan de la bataille. L*ennemi fat resserré dans le* défilé entre
le pied de la montagne et le lac Eguert. La fleur de la noblesse tomba au Morgart^n sous le à hallebardes des bergers et sous leurs massues armëes de pointes de fer. *) Léopold ne put se Soustraire qu*aTec peine aux ennemis qui le poursuivirent. Le lendemain les yainqueurs traversèrent en . hâte le lac pour se rendre dans Unterwaldeo ; là ils délirent encore les Lucemois^ dont un {;rand nombre se noyëreut dans le lac« Tëmoin de ce carnage, Strassberg s'enfuit épouvanté* Apres cette grande victoire, les Conifëdérës renouvelèrent leur alh'ance , furant de mourir un pour tous, tous pour un; de ne prendre aucun engacrement envers une puissance étrangère sans le consentement général, et qu'ils respecteraient, comme lem* propre bien, les biens que des étrangers possédaient dansjeur pays.
G*cst ainsi que le nom deê hommes de Schwyz devint célèbre dans le monde entier et que dès ce jour les Confédérés furent appelés Suisses CSchwyzer ; en haut allemand Schweizer). Dans les guerres de l'empire on rechercha bientôt le secours de leurs armes redoutées. Leur intercession stfuva la liberté de Zurich et de Saint-Gall lorsque l'empereur, pressé par un besoin d'argçnt, voulut hypothéquer ces villes impériales anx ducs d'Autriche. Néanmoins Schafibonse , Rheinfelden , Neuchâtel, tombèrent, comme hypothèques, au pouvoir de la maison d'Autriche. Ces villes en ressentirent une profonde douleur. Lucerjie avait appris par une triste expérience combien le joug d':-^ prince étranger est pesant. Dépendans de l'Autriche, les citoyens de cette ville avaient été engagés, à leur grand détriment, dans la guerre contre les Wald- «taïttea, et dans toutes les guerres étrangères pendant une longue suite d'années. Outre cela, les ducs, usant de leur pouvoir, avaient augmenté les impôts. Les Lncernois ne, purent supporter plus longtemps un Joug si onéreux ; ils firent d'abord, de leur propre autorité, une trêve de vingt ans avec les Waldstsetten ; mais voyant que les nobles et les seigneurs , irAtés de celte trêve et dévoués è la cause des ducs, machinaient des profets funestes contre leur ville , ils conclurent avec les Confédérés une alliance
^) En Allemand Uorgensttrn, étoile du malin.
perpëtaelle, jurant de combattre un pour tons, tonsponr an, mail de ne porter atteinte h aucnn droit antërienr*
La nofobsse de FArgovie entreprit h ce snjet, au nom de TÂatriche, une guerre contre Luterne« Les citoyens de cette ville défendirent vaillamment leur ))on droit ; les Cpnfëdërés combattirent avec eux contre Tarmëe des gen. tilshommes. Mais dans Lucerne même les premières familles prenaient parti pour la noblesse étrangère. Les hommes de la même race oot tous la même physioilomie. Les nobles de Lucerne conspirèrent pour faire un massacre nocturne et livrer la ville aux ducs, après avoir égorgé dan$ leurs lits tous les partisans de la Confédération. Déjà la nuit était avancée, et ils se trouvaient rassemblés en armes dans un souterrain au bord du lac , sous la salle de la tribu des tailleurs. Un jeune garçon avait cfntendu par hasard ce qu'ils projetaient; ils se saisirent de lui et voulurent le faire mourir; mais ils le relâchèrent après lui avoir fait prêter serment de né dire k aucun homme ce qu'il avait entendu. Le jeune garçon alla dans la salle de la corporation des bouchers, où. des bourgeois buvaient et jouaient encore , et Ik il raconta à hante voix , non aux hommes mais au poêle muet , les projets qu'il avait entendus et le serment qu'il av^it prêté. Les assistans Técoutèrent avec étonnement, sortirent en hâte, et réveillèrent toute la ville. Ils s'emparèrent des conjurés , appelèrent du secours d'Unterwalden , et arrachèrent à jamais le gouvernement de la ville aux familles nobiliaires , qui en avaient été chargées jus';u'k ce jour. Les nobles furent exilés. On forma un conseil de trois cents citoyens ; la communauté administrait les biens de la ville, et décrétait les impôts, la guerre et les alliances. Ainsi la prudence et le patriotisme d'un enfant sauva la liberté de Lucerne.
Le/s( ducs, épuisés ou accablés par d'autres guerres, consentirent sans peine k une paix avec Lucerne , dès que neuf arbitres de Bâie, de Berne et de Zarieh eurent déclaré que l'alliance éternelle des^ ){uatre cantons n'était ni hostile, ni contraire aux droits de la maison autrichienne de Habsbourg.
Berne remporte une victoire sur la nohtesse prèé de ' Laupen; le chevalier Broun change la constitution de Zurich.
(De l'an i335 à-Fan 1340.;
Dans le aiénie temps la ville de Berne aTtit éié contrainte de s'engager dans une'gnerce à mort eontre la noblesse des environs et les allies decelle-ei. Les comtes etles antres seigneurs voyaient avec peine s'élever an milien d'enx nse viHe flroissante par ses armes, par son industrie, par son agriculture ; puissante par Tcsprit public de ses citoyens, fortifiée parle Hasli tt par Laupen qu'elle avait acho» tés» considérée de plus en plus dans tont le pays. Comme Berne ne voulait pas recevoir la nM)nnaie ^e ie comte Ëberhard de Kybourg frappait avec privilège impérial, ni reconnaître même Femperenr Louis , de Bavière, parceque le pape l'avait excommunié , les seigneurs saisirent «avec joie ce prétexte pour châtier des rebelle». Aussitâf: le comte Rodolphe de la mai&'on de Nenchâte), qui avait accordé les droits de ville àCerlti^r^et à NkUtty ses propriétés, et les avait entoiffés de morailles, ras^mlila touf les ennemis de Berne dans ^son châtMU- de Nidaa« '^ils décidèrent entre eux de détruire de fond en comble: la ville de Berne ; puis ils rassemblèrent des troupes de TArgovie , de la Savoie, de la Haute-Bourgogne, de FOechtland ^} et ^e l'Alsace. II vint 700 seigneurs ornés de casques couronnés , 1200 chevaliers cuirassés , p^ de 15000 hommes è pied et 300O chevaux. • '
Les Bernois ne furent point effrayés à la nouvelle de ces grands préparatifis , mais ils ne se livrèrent point non plus à une orgueilleuse sécurité; ils résolurent au contraire de sati^Saire à tontes les prétentions justes , mais de repousser la force par la force« Tontes les n^o-
*) ^y» compiîi entre TAar et les lacs qui baignent le pîcd da Juta} Ç9 paya ^tait antrefoia marécageux, courcrt de foiéls et presque désert.
ciations pacifiques ayant été inatiles , ils prirent les armes.
L'ancien arojer Jean de Boubenherg jnra de sacrifier s(di biens et sa vie pour la défense de îa ville de Laupen» sons les murs de lacpielle se rassemblaient les troupes des ennemis. H sy rendit arec 600 hommes pour renforcer la garnison. Tanitis que Ton délibérait dans rbô-* tel-de-Tille de Berne sur le choix du général k qui Ton confierait cette guerre importante , . on vit entrer dans la ville, monté sur son cheval, Rodolphe d*Erlach, chevalier , fils de cet Ulrich d*£rlach qui , quarante et un ans auparavant , avait battu la noblesse sur le Donnerbuhl. IX fut nommé général par acclamation; c'était un militaire expérimenté qui avait aidé à remporter six grandes Wctotres dans des pays étrangers. A la demande des Bernois, Uri, Schwyi^ et Unterwalden leur envoyèrent un secours de 900 hommes qui passèrent le Brunig ; le Hasli et le Siebenthal *'*:) en donnèrent 600 ; Soleure ■ envoya 80 cuirassiers , se souvenant "avec reconnaissance du jour où Berne /Favait secourue pendant que le duc Léopold d'Autriche l'assiégeait avec une armée nombreuse, trois ans eprès la bataille du Morgarten* Mais cette fois Léopold avait été vaincu , moins par les armes que. par le débordement furieux de TAar et par la magnanimité des assiégés. Les flots enflés de l'Aar avaient rompu les ponts de bateaux des Autrichiens, et les généreux citoyens de Soleure s'étaient jetés k la nage pour sauver leurs ennemis préu k périr. i^:
.Avec ces renforts et avec quatre mille bourgeois et babitails de la ville de Berne, Rodolphe d'Ërlach se posta en face de l'ennemi, non- loin de Laupen , sur une hauteur d'où il embrassait d'un coup^d'œil l'armée de la noblesse. Aussitôt le combat s'engage ; les bataillons ennemis montent contre Tarrnée bernoise. D'Ërlach donne le signal ;. les frondeurs co^mmencent Tattaque ; les chariots de guerre armés descendent la colline avec fracas,
'^) Ou Simmentkal , vallée dans la partie si;id-oaest da canton de Berae, traversée dans toute sa longear du sud au nord par la Sinunen, dont les sources remartjaables sont prés du Valais.
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rompent les mpgs des ennemis; ensuite viennent les bannières, les hallebardes i les massues garnies de pointes de fer. Le dernier rang des Bernois prend senl la faite à Faspect dn choc terrible. Voyant les fuyards , d*Erlach s'écrie avec présence d^sprit : » Bon ! les lâches ne triompheront pas avec les braves; la balle 8*est séparée dn froment. *
Les Bernois vaiB<piirent» Le comte Rodolphe de Nidan fut trouvé dans le premier rang des morts ; autt^ur de lui 1500 déh siens. Cette bataille fut livrée Tan 1339. Cependant il y eut encore pendant quatre atis des escarmouches et des rencontres de divers côtés. Le feu et le pillage ravagèrent beaucoup de lieux. Fribourg, obligé de faire cause commune avec la noblesse , souffrit de grands dommages. Ensuite on fit la paix ; elle fut glo* rieuse pour les Bernois, Leur patrie , menacée d*abord d'être effacée du rang des villes , victorieuse lit trembler tous ses ennemis.. Des forces dix fois supérieures en nombre avaient été vaincues par ses citoyens anioiés du méine ei^rit , du même courage , dont toutes les pensées étaient pour lem* patrie, et aucune n'était pour lems personnes. C^est ainsi qu*on fait des miracles.
La paix conclue , Us Bernois suspendirent leurs armes et retournèrent k leurs occupations. Rodolphe d*Erlach cultiva tranquillement son champ paternel , ne demanda ni recompense, ni emploi, ni titre, et vécut heureux jusqu'à une vieillesse avancée. Un jour Jobst de Bondenz d*Unterwalden, son geodre , entre dans sa chambre et se prend de querelle avec lui an sujet de Ja dot de sa fille; Jobst aperçoit Fépée du vainqueur de Laui>eû suspendue au mur ; il la saisit « la plonge dans le cœur du vieux héros et s'enfuit poursuivi par les chiens de son beau-père. On ne le revii j>lus.
L'avoyer Jean de Boubetiberg , qui avait rendu de grands services \ sa patrie ^dans les circon<.lances les plus difficiles , éprouva un sort encore plus' triste. Ses manières hautaines Tavaieut rendu odieut 11 Itf bourgeoisie] H fut accusé de ne pas gouverner avec la simplicité d*uW eitoyen, mais de régner arec l*orgaeild*utj prince, et d^ ne s'intéresser h une affaire que gagné i^ar ^un «présenti Oo le bannit de 4à viHa*^aYVCi tous ses «mis pe^r^cne
ans et nii joor ; mais on eut pitié de lai an beat de qnatorze ans, quand on le sat aâaibli par Tâge, et il fut de nouveau reçu dans la ville. Dans un dut libre la vertu d'un citoyen peut effacer le souvenir de sa fiantes pvëcëdcntes , mais jamais se» services passés ne font pai-don-* ner ses torts suhsëquens.
A peu près dans le même temps , la destinée des conseillers de Zurich fut encore plus dëplorabh • De quatre en quatre mois, quatre nobles et huit bourgeois notables s gouvernaient la ville, puis se choisissaient des^ successeurs^ l^e gouvernement se trouvait donc entre les mains. d*un petit nombre de familles nobles et militaires, appelées les gentiLsbommes. Les autres citoyens et les artisans distingués par leurs richesses, leurs lumières et leurcou^ rage, ne souffraient qu'avec peine d'être les sujets de ces familles , dont Tadministration était Tobjet des mar« mures publics* ' Les magi^rats , disait-on , ne songeaient qu k leur intérêt et k celui de leurs familles, ne rendaient aacun compte des revenus de 4a ville, recevaient les simples citoyens avec hauteur , et ne * prenaient pour rkgle que leur caprice. Les murmures continuèrent jusqu'au moment oii un des membres du conseil embrassa le parti du peuple. Ce, fut Rodolphe Broun, homme de talent, mais ambitieux» Excités par lui, les citoyens sommèrent le conseil de rendre compte de Targent de la ville. Rodolphe Broun , Rudiger Manesse et quelques autres membres dn gouvernement appuyèrent cette juste réclamation; mais les autres membres prétendirent que cette effervescence momentanée de la bourgeoisie se calmerait insensiblement d'elle même , et ils employèrent mille petites ruses pour gagner, da temps« Ils connaissaient bien la salle du conseil, m^ npn Te^sprit du peui>Ic.
Au bout de six semaines Bçoun £t répandre le brait qne le conseil se jouait de^ citoyens. Irrité de tant de tergiversati^AS , le p^u^de ^attrou^a sur le pont inférieur, près de Thatcil - de «<- ville oè. le conseil était assemblé. L'attroupeme4(. et le bruit angmentant sans cesse, les fionseillors forent saisis de crainte $ queLiues-uns se déiclai'^çnt en iaK^or de la bom^geoisie ; d'autres , inqniets pour IfMr/f. personnes, s'esquivèrent, et sortirent en bâte d^^bl ,YJjyi(^.4,0n domm <carte .Uanieii^ an flievaU^r Rvowi^
€t Ton résolut de paaîr les oppresêenra dans kar koaneor , dans leurs personnes et dans leurs biens. ' Us furent con* damnes h Texil avec leurs adhërens.
Alors le chevalier Broun , aide du c<^nseil de ses amis, donna une nouvelle constitution It la ville. Il divisa tous les artisans en treize tribus, dont les chefs siégeraient dans le conseil; il rëunit les genlilshoinmes en une socii^të particulière , ailn de leur 6ter toute influence sur ie$ tribtL^. Le conseil, compose moitié de bourgeois , moitié de -nobles, devait être renouvelé tons les six mois. Broun se -fit nommer bourguemestre à vie , et se réserva un grand pouvoir. Le peuple iura cette constitution avec )oie Fan i«ii6« Les artisans avaient leur voix au conseil; ils pouvaient empéèher toute rivalité d'artisans étiangers, Fexportation dos matières brutes, Timportation des mar* chandises fabriquées, comme si la ville ^entière n'existait que pour l'avantage de leurs métiers et non leurs métiers pour l'avantage, de la ville:
Cependant les conseillers exilés et leàrs amis songeaint à la vengeance.
Origine de VaHiancé perpétiœlle des kidt anciens cantons de la Confédéiation,
(De Tan 1340 à Tan 1360.)
Les exilés s'étaient retirés k Rapperswyl et dans les châteaux et les forteresses de leurs amis ; de la ils faisaient une petite guerre aux Zuricois et leur nuisaient en toute occasion. Mais les Zuricois avaient du cœur, et Broun était aussi brave que pxtfdent. Voyant toutes leurs tentatives échouer, les exilés résolurent de faire à Zurich un luassacre nootarne. Des comtes et des v^bles arrivèrent dans la ville, les uns publiquement, sous toutes sortes de prétextes, d'autres en secret. On était convenu qu'après s'être rendu maître de la ville au moyen d*an grand massacre, on ouvrirait les portes aux troupes
considérables qui ifiendraient de R«fy|>ers\ryL La nuit axée arriva ; les conjurés se rassemblëreut dans la maisdh d*un ami. Uu jeune ouvrier boulanger, à moitié cn^ dormi derrière le poé{e, entendit leur complot , il le dé** couvrit aussitôt à son maitre ; son maître, à. Broun. Celuici^ armé et cuirassé, courut nu-pieds à rhôtel-de-ville^ et cria au secours dans les rues. La clocbe d'alarme fut sonnée ; les citoyens se trouvèrent en peu d'instans sous les armes. Les conjurés irabis se disposèrent à se retirer; «nais les femmes lancèrent sur eux, du baùt des fenêtres, des pierres, des pots de terre, tout ce qu'elles trouvèrent sous la matn^ Broun, k la tête de la bourgeoisie, les rencontra sur la Iplace du marché* Il s'ensuivit un combat long et meurtrier. Les conjurés furent vaincus ; ceux qui purent s'échapper s'enfuirent ; beaucoup furent tués $ beaucoup faits prisonniers '
Broun ne pensa plus qu'à la vengeance. Les cadavres des conjurés restèrent trois jours entiers exppsés sur. la place sans sépulture ^ jusqu^à ce que , mutilés par les chevaux et les chariots qui passaient» ils furent devenus méconnaissables. Trente-sept citoyens , partisans de la conjuration, et dans leur nombre d'anciens . magistrats , furent décapités ou roués devant leurs maisons. Ensuite Broun marcha avec ses troupes contre Rapperswyl; la forteresse, prise d'assaut fut démolie ; les habitans <de la ville furent chassés; les murs, . abattus ; tout, jusquTi la dernière maison, réduit en cend|>es. Telle fut la vengeance de Broun ; elle frappa des coupables et des innocens. Cet événement arriva Tan 1350.
L'année suivante» le duc Albert d'Autriche menaçant de punir d'une façon terrible la conduite de^ Zurrcois, leur bourgucmestre s'adressa aux Confédérés des Waldstsetten pour obtenir du secours et pour faire recevoir Zurich dans la Confédération. Uri, Schwyz, Uoterwalden et Lucerne;c|é voués ^ Zurich, cpii était à la fois leur rempart et leur marché, accueillirent avec joie cette ville, et conclurent avec elle ntte alliance perpétuelle ,1e premier de mai iSSL On jura d'employer corps et biens h se soutenir mutuellement envers et contre tous, et an cas qu une division éclatât entre les Confédérés, de confier à des arbitres le soin de terminer à l'amiable leur différend. Ou maintint les droits du roi et du saint
empire romain, min$i que les alliances antérieures; mais on décida qu'en formant de nouvelles alliances on les •ubordonneraiit toujours à la Confédération*
Le'^dttc Albert, exhalant sa colère contre les Zuricois, leur demanda satisCaction pour la destx;nction de Rapper- •wyl t qui arait appartenu h des personnes de sa famille, et pour les traitemens faits k seu serviteurs et k des sujets de TAutriche. S'avançaot à la tête de 16000 hommes , il somma le peuple de Glaris de lui envoyer des troupes auxiliaires ; m^it les Glaronnais opposèrent k cette sommation leurs droits, ySous la protection de Fempire, direnttils, nous devons prendre les armes pour Tabbajre de Seckinguen, h laquelle notre pays appartient, mais rien ne nous oblige à prendre part aux autres guerres de l'Aulriche, ^ — Ce discours blessa le duc. Il résolut d'envoyer des troupes à Glaris, parcequ'il était patron du couvent de Seckingnen et que , de 6laris, il pensait tenir en respect les peuples d'Uri et de Schwyz et les empicher de porter secours aux Zuricois. Mais les Confédérés sortirent des Waldstaetten avec la rapidité de Téclair et, an cœur de Thiver , occupèrent le pays de Glaris pour le détendre dans Tintérét de leur propre sûreté. Les Glaronnais firent cause commune avec les Suisses, envoy- 1 èrent ^00 hommes de leur vallée pour renforcer la garnison de Zurich, battirent Walther de Stadion, qoi avait attaqué leur pays, du côté de lUpperswyl, k la tête d'une troupe d'Autrichiens, et rasèrent le château de Nsbfels.
Ce courage plut aux Confédérés ; ils reçurent Glaris dans leur alliance perpétuelle, toutefois en faisant la réserve que le duc et la princesse-abbesse de Seckingnen conserveraient leur autorité légitime et leurs revenus, mais q^, de son côlé, le pays de Glaris garderait ê^a ancienoes libertés. Cette alliance fut conciue en 1352, la même année que Kudiger Manesse, de Zurich, avec moins de 1500 hommes , battit 4000 Autrichiens près de Tœtwyl, et que 42 Suisses tinrent tête à plus de 1000 Autrichiens près de Kussaacht» au bord du lac des Quatre-Cantons, et vengèrent, sur \à hauteur de Rothenfloue près ^n même lac; l'incendie de Kussnacht et la desbruj^* tion de Habsbottrg%
Le dttc d*AiitricIre n'avait pas encore lail ira seul exploit, et dë)k la gloire des Suisses, le bruit de, la rapidité de leurs yictoires volaient de nouveau de vallée -en vallée» d*un pays à Fautre. On ne vantait pas moins leur màgnanimité que leur courage, parceqn'ils combattaient, non à la manière des souverains-, mais comme des hommes libres; an lieu de piller l'es pays conquis et de rendre esclaves ou tributaires les peuples vaincus, ils leur donnaient la liberté, et s*en faisaient des amis.
Tant de générosité les avait t^endus chers aux habir* tans des bords du lac de Zoug, h ceux des riches pâturages et des montagnes d*alenteur. Dévouée à leur cause, cette peuplade leur donnait, dans toutes les occasions, secours, conseils, nouvelles importantes. La ville de Zoug, au coati*aire, demeura fidèlement attachée h la maison d'Autriche ; elle ferma ses portes , après avoir muni ses fortes murailles d'une garnison armée Contre les Confédérés. Plusieurs familles nobles y jouissaient du droit de combourgeoisie. On prétend que les anciens comtes de Lenzbourg^ fiurent les fondateurs de cette ville forte au bord du lac.
Mais lorsque l^s Suisses , au nombre d'environ 3000 hommes,, arrivèrent devant les murs de Zong, et que le peuple de toutes les^ campagnes des environs se joignit à eux, les habitans de la ville, soutenus seulement par une faible garnison autrichienne^ furent saisis de terreur. Ils députèrent en^hâte au duc Albert pour lui demander un prompt secours.
Le député trouva le duc près' de Kœnigsfeîden ; ce prince fit k peine attention a ses plaintes; car tandfs «jue le député pleurait, Albert s'entretenait avec un fauconnier du plaisir de la chasse. U lui paraissait plus important sans doute de prendre un oiseau que de conserver une ville. — Indignés de cette insouciance, les citoyens de 2k)ug ouvrirent leurs portes aux Confédérés, et entrèrent dans lei«r alliance perpétuelle avec la réserve des droits et des revenus de la maison d'Autriche.
Le duc avait dit au député de Zoug: „ J'aurai bientôt reconquis tout cela. ^' Il se reposait sur ses grandes fqrcesf la noUesse de l'Atgbviè,^ dé la Thurgovie, de rOechtlandy des troupes de Schaffîioàse, de Bâie, de
Strasbourg, villes alliées, même des bataillons de Bernois, renforçaient son armë.e. H reçut encore un renfort d'Allemagne, que lui amepa Tëlecteur de Brandebourg. Aussitôt il assie'gca Zurich avec une armëe de 34/000 hommes. Celte ville fut vaillamment défendue par une garnison 4e Confédërés.
LVlecleur de Brandebourg s'aperçut bientôt qu'il n'y avait pas beaucoup de gloire k espérer en combattant contre un peuple aussi ferme^ aussi uni, aussi intrépide, que les Suisses ; d'ailleurs les vivres commençaient à manquer dans le cauip si nombreux du duc, et l'on était menacé de la famine. U offrit donc sa médiation pour faire la paix, et envoya aux Suisses deux hommes de coniiance. Les Suisses acceptèrent les propositions, et dès le lendemain ils virent les ennemis s'éloigner de leurs , murs; les Bernois seuls restèrent, plus dévoués aux Con- ^^ fédérés qu'au duc.
Ce fut k Lucerne que 'l'électeur conclut le traité de paix, dans lequel, selon la coutume constante des Suisses, la réserve des droits et des traités antérieurs fut exprimée. £n même temps les Confédérés reçurent Berne dans leur alliance pc^fpétuelle ; ce fiit en 1353.
Après cet^ paix, le duc d'Autriche engagea les habitans de Zoug à se détacher de la Confédération saiasc. Ils répondirent: ^L'alliance des Suisses a été reconnue dans le traité de paix; nous n'obéissons au duc qneilans ce qui concerne ses droits.^ — Le duc porta plainte k l'empereur; celui-ci condamna l'alliance des Coûfédérés. „Des membres de Tempire, dit-il, ne peuvent pas s'unir entre'eux sans le consentement du chef de l'empire.'^ 11 vint lui-même en Suisse avec une armée considérable, et campa sous les murs de Zurich; mais voyant la force, l'union , la loyauté des Confédérés , et reconnaissant que le duc n'avait en vue que l'agrandissement de l'Autriche, il changea de dessein, laissa Ips Suisses en repos, ût la paix , et ratifia la Confédération.
Deux ans après cette paix, en 1360, mourut le bçurguemestre Rodolphe Broun, haï pour son ambition et sou despotisme ; pendant tout le cours de sa vie , il n'avait eu en vue qu'un seul intérêt , le sien. Une année avant sa mort , il s'était engagé par un serment secret de servir les ducs d'Autriche, ainsi que leurs ag^ens, k condition
qu'ils n*ezi ocraient de lut rien de contraire au bien de la Confëdf ration. L'Autriche loi promit mille florins (cent ionisa et une rente viagère de cent florins.
Les Suisses agrandissent leur territoire; défaite des Anglais et des nobles; ruine du comte de Kybourg^ - ^
(De Tan 1360 à Tad 1385.)
Qn'est-ce qni rendit les Suisses forts et inëbraulables? C'est qu'ils proféraient la liberté a Tor, aux plaisirs, ^ la ▼ie, c'est qu'ils .étaient prompts h saisir l'épëe pour défendre leurs droits, et qu'ils n'attaquaient jamais les droits d'autrui ; c'est qu'aucun intérêt particulier ne les divisait ; c'est enfin leur union fraternelle dans les dangers et dans les 'combats. Voilà ce qui rendit les Confédérés forts et inébranlables. Leur alliance était écrite en caractères plus ineflaçables dans leur cœur que sur le parchemin.
Ayant fait la> paix avec FAutriche, ils mirent en ordre leurs affaires ijitérieures , is^appliquèrent à leurs métiers, à leurs négoces, amassèrent de l'argent, non pour alimenter le luxe ou pour flatter la sensualité , mais pour mettre la république en état d'acheter des^ droits et des revenus que la noblesse appauvrie était prête ii vendre. Par là ils augmentèrent leurs forces et leur liberté sans blesser la justice, base de toute liberté.
Guersau, cominune de bergers, près dn lac de Lucerne, enti-a, sous la réserve de ses prérogatives, dans l'alliance perpétuelle, en s'incorporant aux Quatre-Canlons. Herguiswyl et Aîpnach rachetèrent leur liberté de leurs seigneurs , et s'unirent au canton d'tJnterwalder, Lûcerne acheta du seigneur de Ka^lstetn tous ses droits sur WeggHis , situé au bord dn lac ; Zurich , beaucoup de fiefs intpériaux, an moyen des contributions de ses bourgeois. Berne aeçut , comme Zurich , de la faveur de l'empereur des franchises municipales et des privilèges ; acquit la seij^neurie d'Arberg et plusieurs villages. D'autres villes aussi, hors de la Confédération, agrandirent ^ sous
la domination de leurs seigneurs ecclësiasHqnes on sëcnliers, leur ancien territoire; telles furent Scfaaffhonse, Baie, Lausanne, Saint-Gall, Bienne et Soleure. Mais la puissance des ëvéques et des comtes s'affaiblit par d'ëternelles discordes, leurs trésors j*ëpuisërent par des guerres sans lin. Cette circonstance donna an peuple une force et des moyens de s^affranchir qu'il n*eût pas trouvés dans les armes et dans la violence. Les Appenzellois aussi obéissaient dëjk depuis quelque temps bien plus à leurs propres lois qu'aux ordres de Tabbé de Saint-Galh Les vallées situées au-dessus du lac de T bonne jouissaient de leurs libertés béréditaires sous la domination paternelle de leurs comtes, dont le pouvoir n'était plus illimité. Le pays de Gessenay, soumis autrefois aux comtes de Gruyères, s'était affrancbi a prix d'argent. L'Oberbasli ert Brienz auraient volontiers anéanti par la force le pouvoir qu'avait exercé sur eux [usq'à cette é])oque le bailli de Rinkenberg. Mais les Confédérés leur refusèrent tout secours pour cette entreprise, en disant : Point de liberté sans justice!
Au contraire , lorsqu'un peuple membre on allié dé la Confédération était menacé de quelque daof^er on de quelque besoin, les Confédérés volaient promptement k sou secours. On le vit dan« Texpédition d'Arnold de Cervola, qui vint d'Angleterre avec des bordes in discî- . plinées , parcourut la France et menaça Bâie. — Mais il n'en fut pas de même dans le temps qu'£uguerrand de Cpucy, comte de Soissons, fit la guerre aux ducs d' Antriche '^}. Craignant de perdre leurs propriétés en Ar«govie, assignées au comte comme dot de sa femme, les ducs demandèrent inutilement du secours aux Waldstœtten et k Lucerne ; ces peuples nourrissaient dans leurs cœurs uoe trop forte haiae contre la maisop d'Autriche. Zurich, «u contraire , et Berne., dont les frcMitières étaient menacées k canse du voisinage de l'Argovie, coururent promptement aux armes.
flnguerrand entra dans l'Argorie a la tête de plusieurs mille hommes. Les Suisses n'en fîirent pas médiocrement
•) Engtierrand VII. r^damaii la dot d« Catherine sa mcrc,' fille ataée de Leopold !> vaiocu k Morgarten«
afi'rayës , même Lucerne ^t Unterwalden ; ie« plus cou* rUgeax de^ sujets autrichiens se disposèrent san^ retard k faire résistance : les plus ardens furent les hommes de TEailibouch *)♦ Ils se rassemblèrent; des jeunes-gens de Lucerne et d'Unterwaldcn, avides de combats, s'unirent à eux ; 3000 Anglais étaient postes dans la forêt du ButtishoU , parmi eux se trouvaient beaucoup de seigneurs et de chevaliers* A leur vue, les hommes de TEntlibouch et leurs compagnons, en tout au nombre de 600, attaquèrent reanemi , et le mirent en ddroute après un combat sanglant. Les vainqaem^s, montas sur les chevaux de& chevaliers tués, revêtus de leurs cuirasses, retournèrent chez eux en triomphe* Les seigneurs de la vieille noblesse du pays s*altrislèrcnt ^ ce spectacle ; l'un d*eux , Pierre de Dorrenbcrg, dit en soupirant : O nobles seigneurs d un si noble sang, faut>il voir vos armures dans un si bas rang ! '^ Mais <ua . honune de TËntlibouch lui répliqua : „Hé, mon gentilhomme, le paysan s*est battu avee vigueur, et a confondu sang de cheval et sang de seigneur.^ — Les citoyens de Berné, de Lausanne et d*Arberg firent aussi des actions héroïques près d'Anet C^ns} et près du couvent de-Fraubrounnen en se battant contre les hordes d'Ëngueri^nd de Coucy, surnommées les Oug^er'**), C'est pourquoi ce seigneur se retira tristement en Alsace, ca passant le Hauenstein ****). .
Six ans plus tard. Fan 1382, la ville libre et impériale de.Soleure se trouva dans un grand danger. Non loin de ses murs, le comte Rodolphe de Kybourg habitait le château àe Bipp , qu'il avait reçu comme hypothèque du comte de Thierstein. Il vit avec douleur k quel point les biens de son ancienne et noble famille avaient été dimi-
*) Vallée populeuse du canton de Lucerne»
'^'"'^^ A cause de « leurs casques à pointes ou de lears chapeaut qui se termioaient en poioie, du mot Gotaguel qai, dans Vallemand de Suisse^ ^désigne tout obiet dont la partie supérieure finit en pointe. Ce mot a du rapport avec le Ulin
cucullusm ^ .
Stalderi Idiotikon#
*'^''^) Partie du Jura, dans le canton de Bâle.
nues pAT la mauvaise économie de ses pères. Thounc » propriété de ses aieux, avait été hypothéqué à Berne ainsi qu'Arbevg. Il alléguait quelques prétentions sur Soleure, en vertu de certains droit», et comptait recouvrer tomes ces propriétés par la force jointe à la ruse. Il engagea de tous cdtés k son service ies hommes capables de faire un coup demain. Son dessein était de surprendre et de .soumettre Soleure au milieu der la nuit. Le prieur de l'église de Saint-Ours, dans cette ville, était son oncle. ^Dn^chanoine, Jean Auislein, dont l'habitation touchait an mur d'enceinte, devait faire entrer la troupe par sa maison et envelopper de linges le marteau de la cloche d'alarme. Tout était pr^tj la nuit vint, et la hoide ennemie s'avançait déjà vers la ville au milieu des ténèbres.
ÎVIais JeanRott, paysan de Roumisbcrg, prit les devants,, et révéla au poste de la porte orientale de la vilk les projets meutricrs du comte. Oh voulut sonner la cloche d'alarme ; ce fut en vain. Des cris de terreur retentirent dans les rues; tout le monde prit les armes et courut sui» le rempart. En voyant ces préparatifs de défense inattendus, Rodolphe de Kybourg se retira couvert de honte. Jean Amstein, le chanoine traître, fut écartelé. Pour récompenser le service de Jean Rott, On décréta que la ville donnerait chaque année k l'aîné de ses descendans un habit neuf aux couleurs de la ville, rouge et blanc.
Dhs ce jour les affaires de Rodolphe de Kybourg allèrent de mal en pis* îjolcure et Berne, pour se venger, s'empareront de ses biens et de ceux de ses amis. Le manque d'argent le priva de tout moyen de défense j bientôt après le chagrin mit fin )i ses jours. Ses frères combattirent eooragevsemeiirt ^our leur héritage. Beaucoup de nobles embrassèrent leur parti. Cependant Berne appela les Confédérés à son ^cours. Alors de grands malheurs fondirent sur Kybowg et les comtes fe^nt une paix désavantageuse. Ils abandonnèrent k perpétuité aux Bernois la ville de ThouHe , le bailkge du Geissenberg , et leur vendirent Berthond *) déjà assiëgié par les troupes ber-
*) En aHomand Burgdmf, rîfle du canton de Berne, k quatre lisoft de Berne* sur PEmmen.
aoises. Berne dédommagea par de l'argent U$ Coitfëdë^ ré* qm avaient envoyé des troupes, et Solenre.qui avait payé -les fra^s de 2a guerre.
Ainsi se termina , pour la perte de la maison de Kybourg, l'entreprise sanguinaire qu'elle avait formée contre Solenre; Berne en recueillit les plus grands avantages par sa valeur et sa prudenee. Mais dans le même teu|ps ses propres murs renfermaient un ennemi de sa liberté bien plus redoutable que tonte la puissance de Eybourg,
Soit par Fabus ou la fausse interprétation des lois , soit par Tindifiérence des citoyen^ , un petit nombre de familles étaient insensiblement parvenues k dominer seules dans le conseil et à gérer seules toutes les affaires. Ces familles traitaient au gré de leur caprice les citoyens peu considérables , se jouaient des lois, et partageaient les meiUeurs eniplois entre leurs membres. Cependant les bourgeois portaient dans leurs réunions et dans leurs travaux la vivacité d'un esprit actif et libre. Lorsqu'ils se rassemblèrent , le mardi gras 13S4 , pour élire , selon un antique usage , dans leur assemblée générale , les magistrats de la ville; ils destituèrent tons les 'conseillers qui leur étaient odieux, il n*en exceptèrent qu'un seul, et firent serment pour eux et leur postérité qu'à l'avenir les magistrats et les bourgeois vivraient ensemble comme frères ; que chaque année les bons emplois seraient confiés h d'autres personnes, et la majorité du conseil, renouvelée ; que chaque année les bannerets et leurs assesseurs choisiraient deux cents bourgeois honorables parmi les artisans pour en former un grand conseil ; mais que deux frères ne pourraient jamais y siéger ensemble. Le conseil élu devait se présenter devant l'assemblée générale des citoyens pour être confirmé par elle, si elle le jugeait convenable, et, dans ce cas, potir jurer d'observer toutes les lois et les ordonnances contenues dans les registres publics.
Tels forent les changemens que l'on fit k Berne et
les engagemens que l'on y prit. Néanmoins le temps fit
,, oublier les uns et les autres ; on négligea peu.k-pen le
renouvellement annuel du conseil, et Ton finit par ne
plus coiio»itre même de nom les membres da conseil des deoz-ceaU,
La bataille de Sempaelû
(De iVu 1385 à Paa U87.)
J^AÎ a raconter maintenant ]es batailles sanglantes livrées li TAntriche et aux chevaliers ponr la cause de la liberté , duns les cbamps de Sempach et de Nœfels.
La noblesse , comme il arrive toujours, nourrissait one haine implacable contre la liberté du peuple. Elle opprimait les paysans sujets, et traitait avec hauteur les Confédérés ; ellcr se croyait tout permis , fîëre de Tappni du duc d'Autriche , qui établit de iiooveaux droits de péagir dans ses états héréditaires afin d*ent|^avcr le commerce des Suisses* Un jour une troupe de^ Lucernois audacieux se rendit au château de Rothenbourg, où Ton avait établi un nouveau péage, et en démolit les murs; dans le même temps les habilans de l*CJ|^libouch , vexés de mille manières par leur bailli Pierre de Thorber^, qui venait d'augmenter leurs impôts , supplièrent lès Lucernois de protéger leurs droits et de faire avec eux une alliance; les Lucernois accédèrent li leur demande. Ce fut là Torigine de la "guerre contre les seigneurs.
^ Pierre de Thorberg fît exécuter ignominieusement les hommes de TËntlibouch» auteurs de l'alliance avec Lucerne, et, a la tête d'tine troupe, il ravagea le pays jusque sous \e& murs de cette ville. Le duc Léopold d'Autriche vint aussi, et jura de tirer vengeance des Confédérés pour tout le mal qu'ils lui avaient déjà fait ainsi qu'à sa maison* De là des cris de guerre , de là le bruit d*an armement général. Les Confédérés assemblèrent en hâte une diète; Berne seul n'y envoya point de député, parceque sa irève avec le duc Léopold n'était pas encore expirée. Cent soixante-sept seigneurs ecclésiastiques et séculiers déclarèrent la guerre aux Confédérés dans l'espace de quelques jours , jurant leur perte «et leur ruine totale.
Les Suisses cornèrent snbitemest aux armes sanir élre épouvantes de ces menaces ; ils ruinèrent sur le champ plusieurs châteaux : Rumiang sur la Glatt , Mœrs« bourg, Schenken sur le penchant de la montagne près de Soursëe *), Windc^g dans le pays, de Gaster. Les ennemis, actifs de leur côte, aides par la trahison des hajsitaas , égorgèrent une grande partie de la garnison de IVIayenberg , composée de citoyens de Zong et de Lucerne ; Mayenberg même devint la proie des flammes. Reicheusée , dévoué aux Suisses , expia sa iidélité par Tincendie de ses maisons et par le massacré de la plupart de ses habitans *, Tenfaot à la mamelle ne fut pas épargné*
Léopold, suivi d'une armée formidable, d*une foule de chevaliers de la plus haute noblesse et de troupes auxiliaires de tout ses états , marcha do Bade , par TArgovie et par Soursée , contre Sempach pour châtier avec une verge de fer les citoyens de cette petite ville , à cause de leur attachement aux Confédérés. Il vaptlait ensuite fondx*ê sur Lucerne. Arrivé .dans la contrée de Sempach, il trouva les bannières âes Suisses rassemblées sur les hauteurs. Sans attendre son infanterie , il lit mettre pied^ terre aux chevaliers, au nombre de plusieurs ifiiWe , parcequ'ii. craignait que les chevaux ne produisissent de la confusion dans un combat sur une colline , et leur ordonna de seiTer leurs rangs et de, s'avancer, semblables ,^ k un mur de fer , lances baissées, contre la petite armée des Suisses» La noblesse poussa des cris de joie ; mais le baron Jean de Hasenbourg s'écria : ^L'orgueil n'est bon à rien.^^ Léopold répondit: „Ici, dans mon pays , je veux triompher pour mon peuple ou mourir.^
C'était le temps de la moisson. Le soleil était haut et ardent. Les Suisses tomibèrent à genoux et firent leur prière ; puis ils se relevèrent *, 400 hommes de Lu^ eerne, 900 des Waldstaetten, 100 de Glaris, de Zong, de Guersaji, de rEntlibonch et de Rothenbourg. Tous S)e précipitèrent avec foreur contre Farmée de fer, mais en vain ; elle fut inébranlable. Les Suisses tombaient l'un
*) Petite vilk près de l'csTémîtc sep^eotriouale du lac dt Sempach,
aprës l'autre; dé\k soixante nageaient dans leur sang. Tous chancelaient,
y Je vais ouTrir un chemin à la ïibcrtë ! * crie snhitejnent iine voix de tonnerre : >,FidMes et chers Confëclërës, prenez soin de ma femme et de mes enfans. * Ainsi parle^ Arnold Strouthan de Winkelried, chevalier d'Unterwalden» n emhrasse autant de lances ennemis qu'il peut, les enfonce dans sa poitrine et tombe. Les Confëdërës se précipitent par-dessus son corps dans Touverture de la muraille de fer, écrasant tout sous leurs coups terribles ; les casques et les brassards volent en, éclats sous les massues ; les cuirasses brillantes se teignent de sang« Trois fois la principale bannière de l'Autriche échappe à des mains mourantes, trois fois on la relève ensanglantée. La terre est jonchée des cadavres des nobles. Le duc lui-même mord la poussière ; un homme de S Awjz l'a frappé. La terreur parcourt les rangs des chevaliers ; ils crient qu'on fuie et demandent leurs chevaux; mais leurs gens et leurs chevaux ont déjà pris la fuite , saisi» d'épouvante. Les malheureux chevaliers , accablés de leurs cuirasses lourdes- et rendues brûlantes par Tardéur du soleil , commencent à fuir ; les Confédérés volent sur leurs pas. Plusieurs centaines de comtes, dé b&rons et de chevaliers de la Souabe, du Tyrol et de TArgovie, périrent avec des milliers de leurs valets« Schaffîiouse perdit sa bannière, inutilement défendue, jusqu'à la dernière goutte de leur sang, par trente quatre nobles et bourgeois de cette ville« Le banneret de Lenzbonrg, Werner de Lo , tomba au milieu de sept, l'avoyer d'Arau, au milieu de quatorze de ses concitoyens 9 et Nicolas Thuet, avoyer de Zofinguen, entouré de douze des siens. Sentant sa mort prochaine, Thuet déchira sa bannière pour qu'aucune main ennemie ne put se vanter dé l'avoir^ enlevée; mourant, il en tint le bâton serré entre ses dents. Les ^citoyens de Mellinguen et de Bremgarten combattirent égaux en courage aux Confédérés, inférieurs en bonheur. — Telle fut Tissue de la bataille de Sempach, livrée le 9 de juillet i8S6; tel fut le glorieux résidât de l'héroïsme et du martjrre d'Arnold de Winkelried.
Berne vint à son tour se rallier à set anciens Confédérés et irères d'armes pour faire la.guerre à l'Autriche
et h ses partisans dans les montages; il renversa maint château fort de la noblesse, prit sous sa protection rOberstbenthal ^), vallëe riche en pâturages, et battit lès Fribourgeois dans la plaine de Bumplitz. Les bannières de Zurich et de Lucerne flottèrent victorieuses dans les vallons et dans les plaines du territoire de la maison de Habsbourg* La ville impériale de Wesen **) , assiégée par terre et par eau, pressée par le feu et 'par le fer, fut contrainte de se rendre à Claris , b Zurich et aux Waldstsetten.
L'Autriche se trouvant dans des circonstances défavorables négocia* On conclut une trêve de dix-huit mois , repos pour les armes et non pour la haine. Telle était Faiiimosité contre la noblesse et contre TAutriche, enne*
*mies mortelles de la liberté des Suisses, que personne n'osait porter sur son chapeau ou sur soi^ casque des plumes de paon, parure ordinaire des ducs autrichiens; on ne souffrit plus aucun paon dans toute la Suisse ^ et un jour, dans une auberge, un homme cassa son verre, de fureur, parceque les rayons du soleil, en s'y brisant
Teprodoisirent les couleurs brillantes de cet oiseau.
La bataille de Nœfds^t ses suites.
(De ran-1388 à Pan 1402.)
Cependant la noblesse et l'Autriche avaient encore de fidèles partisans dans beaucoup d'endroits.
Quoique Glaris gouvernât, avec un extrême douceur la petite ville de Wesen , ses habitans n'abjurèrent pas l'ancienne haine qu'ils noarrissaicnt contre leurs voisins ; leur fierté soufirait moins sous le joug d'un prince puissant que sous le joug de leurs égaux. Ils conspirèrent pour venger la maison d'Autriche sur les Suisses. Pour
*) Vallée méridldnale do canton de Berne* *'^) A rextrémîté occideotala du lac de WaHeostaU, iff les confins d«s cantons de Saint-Gall et de Glaris.
atteindre ce but , ils eurent des communications secrètes avec des seigneurs et des comtes des environs , introduisirent au milieu de la ville des soldats autrichiens dégaisés ou enfermes dans des tonneaux , et les tinrent caches au fond de leurs caves ou dans des réduits. Pour mieux tromper la sécunitë des Glaronnais , ils demandèrent un renfort de garnison. Les Glaronnais , qui ne se doutaient de rien, envoyèrent cinquante hommes*
Tout-à-coup , dans la nuit convenue (la veille de la Saint - Matthias 1388) , des troupes autrichiennes , au nombre de 6000 hommes, arrivèrent de tons côtes vers la ville , par terre et par le lac de Wallenstatt. Le silence régnait dans les rues et dans les maisons , oi!i les habitans attendaient le signal du massacre. Il fut donné; soudain l'on vit toutes les maisons éclairées, toutes les portes ouvertes aux troupes qui arrivaient. Le massacre commença. Conrad d'Au , d'Uri , gouverneur de la ville et commandant de la garnison , fut tué avec plus de trente Confédérés; vingt-deux sautèrent par-dessus les murs de la ville et traversèrent le lac à la nage.
Glaris , rempli de terreur , envoya une faible troupe sur ses frontières pour résister aux ennemis qui approchaient. Les chemins dans les vallées des hautes Alpes étaient encore couverts de neige ; l'on ne pouvait recevoir du secours des Confédérés. On se battit plasicni's jours anx frontières. Réduits k l'extrémité , les Glaronnais députèrent à l'ennemi pour obtenir une paix équitable; les seigneurs autrichiens répondirent avec fierté et d'un ton impérieux au landammann et anx communes du pays de Glaris: ^ Obéir, comme des serfs, au duc d'Autriche , votre souverain naturel ; n'avoir d'autres lois que celles qu'il vous donnera, lui payer le cens 'et des impôts; 'être assujettis, selon son bon |>laisir, aux corvées et an droit de meilleur catel, voilà votre destinée. Il n*y aura plus parmi ^ votls de familles exenmtes de l'impôt ; vous devez livrer au duc l'acte de 1 alliance que vous avez contractée avec jes Suisses et le servir contre ce peuple, payer à la ville 4c Wesèn tous les dommages qu'elle a soufferts, enfin, expier votre forfait jusqu'à ce que YOVLê ayez mérité la grâce de votre souverain* '^
I^cs Glaro£nais rëpondirent: ^ Nous. réconnaissons tolontiers la princçsse-abbesse de Seckin^en comme la souveraine de notre pays, et le duc d'Autriche comme le patron du couvent. Nous payerons les contribntioâs accoutumées et nous consentons même k dédommager la ville de Wesen; mais nous prions qu'on' laisse subsister nos anciens droits et notre alliance avec les Suisses.
Les seigneurs et les conseillers autrichiens rirent de cette proposition , et marchèrent à l'instant même avee 6000 hommes sur Naefels , rempart du pays de Glaris, oi!i le capitaine Matthieu AmBuel était posté avec 200 Gla-, ronnais. Les femmes et les enfans cherchèrent leur sûreté dans les montagnes; des messagers coururent à Uri et à Schwyz ; le tocsin sonna. Mais Tarmée autrichienne for^ les remparts de Nœfels. Se battant sans relâche h. la tête d'à peine 500 héros , AmBuel se retira vers le mont Ruti, afin d'être défendu sur ses derrières ; devant lui s'étendait un sol sauvage couvert de débris de rochers* Ce terrain rocailleux entravait les mouvemens de la cavalerie autrichienne. Les Glaronnais lancèrent une grêle de pierres et de blocs- contre les homnres et les chevaux ; la confusion se répandit dans les rangs ennemis. Cependant on se battait encore vigoureusement lorsqu'on entendit tout d*un coup des cris de guerre et de joie retentir dan's les montagnes. C'étaient trente hommes de Schwyz qui venaient au secours de leurs alliés. L'ennemi, ignorant leur nombre, fut épouvanté. Déjà en confusion, la cavalerie étonnée se mit à fuir. A cette vue, l'infanterie autrichienne crut tput perdu et s*enfuit en toute hâte. Volant sur leurs traces , ' les hallebardes, les épées^ les massues en firent un carnagç effroyable ; 2500 hommes furent tués dans les vergers et les prairies ; beaucoup se précipitèrent dans la Linth. ' Le por^t des Wesen se rompit sous la masse des fuyards et le lac engloutit une multitude de cadavres cuirassés, — Telle fut la bataille de Naefels, livrée le 9 avril 1388* Encore aufourd'hui le peuple de Glaris en célèbre chaque année le souvenir, le premier jeudi du mois d'avril, et entend prononcer sur le champ de bataille , si cher à la liberté , les noms des héros tués et des héros vainqueurs.
Avant que le bruit de cet exploit eut retenti chez les Confédérés, o^ax-ci s'étaient rassemblés sons leurs ban-*
uières. Les Znricois , souteans par des troupes de tonte la Confëdéralion attaquèrent, mais sans succès, la ville de Rapperswyl, nouvellement fortifiée. Les Bernois, aides par les Soleurois, conquirent Buren, Nidau, Untcrséen ; vainquirent devant Friboiirg, ravagèrent l'Argovic, rasèrent lé château antique de Pierre de GaucnsteiOi et traversèrent Je Fricktbal charges de butin*
Lorsque les ducs d'Autriche apprirent ces revers et virent la Thurgovie entière et TArgovie en grand danger, leurs armées battues et dispersées, leurs trésors épuisés, ils désirèrent la paix et la conclurent pour sept ans. Par le traité de paix , les Suisses conservèrent tous les pays qui étaient entrés dans leur alliance; ils ne rendirent que *Wesen, mais k condition qu'apcun de .ceux qui avaient trahi la fidélité jurée aux Suisses et pris part an massacrt n'y habitât tant que durerait la paix.
Ce que Léopold, quatrième ^uc d'Autriche de ce nom, n'avait pu faire par les armes , il le teUta par la rose. Il songea d'abord k répandre la division parmi les Suisses , et gagna en effet k Zurich le bourguemestre Rodolphe Schœn et quelques membres du conseil. Xes Zuricoi». bannirent cet homme dangereux avec tout son parti , et limitèrent par un acte scellé d'un serment le pouvoir du bourguemestre et du conseil , pour prévenir l'abus qu'ils en pourraient faire*
Les huit cantons de la Confédération, ainsi que Soleure, firent « dans une diète assemblée à Zurich , une commune loi pour les guerres k venir (10 juin 1393) , et jurèrent: ,, d'éviter toute guerre inutile, mais, dans le cas d'une guerre nécessaire , d'unir loyalement leurs efforts ; de ne jamais sortir d'un combat, même blessés, jusqu'k la décision de l'affaire *, de rester toujours maîtres du champ de bataille ; de ne piller que lorsque le général l'aurait permis ; d'épargner les églises, les couvens et le sexe sans défense.^ Cetje loi, faite k l'occasion de lia guerre qui commença par la bataille de Sem|>ach, fut appelée la convention de Sempacji.
L! Autriche demandant une prolongation de la paix, elle fut fixée k vingt ans et observée.
Les Confédérés furent charmés d'avoir tout ce temps pour étendre leurs droits et leur république en dégageant
oa acquérant des terres , eD rachetant des droits. Nul n'était pauvre , tons étaient riches , quand il s*agissait de contributions pour Fhonneur de la patrie ; tout comme, au jour du combat, chacun ^tait riche en courage et prodigue de son sang. C'était Fâge d'or des vertus hehëtiquesi
Les Zuricois achetèrent de la noblesse qui s^appauvrissait les bailliages de Kussnacht sur le lac de Zurich , de Hœug et de Thalwyl; les seigneuries de Grûnenberg, de Regensberg et plusieurs autres terres. Les Lucernois acquirent tout le Rothenbourg, Ëbicon, des droits sur Mérischwanden et sur des villages voisins situés au bord du lac des Quatre-Cantons ; ils reçurent à titre d'hjpolhëqnes les châteaux de Wollhousen, de Rousswyl et TËntlibouch^. Les Bernois ilrent l'acquisition de beaucoup de droits et d'un vaste territoire dans les montagnes de l'Oberland; ^) ils y joignirent la grande vallée de Froutiguen, le fertile Emmenthal , la seigneurie des comtes de Kybourg dans Fancienne Bourgogne, depuis Thoune jusqu'au pont d'Aarwanguen. De leur côté , les villes de Soleure et de Bâle étendirent: leurs droits et leur territoire plus rapidement avec l'or qu'ils ne l'avaient 'fait avec le fer. Uri fit une alliance perpétuelle avec le peuple de la vallée d'Ursercn, âu pied du Saint-Grothard; de tout temps cette vallée avait joui de la liberté. Plus tard, les baillis du duc de Milan , pour une querelle au sujet du péage , ayant pris à des paysans du lïaut-Untcrwalden et d'Uri le bétail que ceux-ci nienaienl: à la foire de Varese, puis leur ayant refusé justice , les troupes d'Uri et du Haut-Unterwalden portèrent leurs bani^ières au*delk du Sainte Gothard et tirent av^c le peuple de laLéventine une alliance offensive et défensive. Ce traité fut respecté ; car les seigneius de Bcllin zone, redoutant les Confédérés, recherchèrent même leur amitié..
Ainsi, pendant la paix, les Suisses agrandissaient leur territoire à prix d'argei^ et par des traités, embellissaient leurs villes et leurs bourgs, amélioraient leurs constitutions.
*) Pays d'en haut, comprenant les vallf'es de HasU^ de Grirt" tUlwald et de tauUrhrounnen^ sur les confins de» canlons de Beroe et du Valais. ^
. Fribourg abjura son ancienne inimitië contre Berne, fornu avec cette ville une alliance perpëtnelle d'amitië et de com«bourgeoisie, et fit de même un traite d*amitië avec la ville de Bienne. SchaÔbouse iSiiita la constitution de Zurich, mais rendit la sienne plus favorable à la liberté. La ville de Zoug eut une querelle avec'^les trois communes de Menzinguen, de Bar et d*£gueri, pour le privilège de g^der la bannière et le sceau du canton ; une guerre civile allait s'^ensuivre; les Confédérés rétablirent la paix
^jjy une intervention armée, et firent triompher la justice.
"uîaris racheta les dimes et les droits de l'abbaye de Seckinguen, ensorte que tous les citoyens se trouvèrent exempts d'impôts.
Tels furent chez les Suisses les fruits de la paix ,
' après les combats livrés pour la liberté a Sempach et à Naefels.
Les jow'S de jgloire des Appenzeïïois.
(De l'an 1403 à Fan i4ll.)
Les montagnards de TAppcnzell entendirent parler des batailles et des hauts faits des Confédérés* A ces récits, leurs tristes pensées se tournèrent vers Fabbé de. Saint- Gall , homme fort dur qui augmentait sans mesure les impôts , et vers les baillis qu'il leur envoyait Les impositions exorbitantes étaient levées avetf inhumanité. Le bailli de Schwaendi mit un droit de péage considérable sur le fromage , le lait et le beurre , et si- quelqu'un essayait de passer à côté du bureau du péage sans payer, deux énormes chiens dressés exprès sautaient sur lui. Le bailli d'Appenzell, pour maintenir son droit de meilleur catel, en vertu duquel le meilleur habit de tout homme qui venait à mourir lui appartenait, fit un jour rouvrir* la tombe d'un pauvre pour enlever l'habit dont des enfans pieux avaient revêtu le corps de leur pèrc^
Tanr d'excès lassèrent la patience des Appenzeïïois, et ils résolurent de ne plus souîlrir un pareil abus du pou-
voir. Us dirent: t,Il faut qae cela change." A un jour iixë, ils surprirent tous les châteaux, et chassèrent tous les BaiUis. L'abbé Guno , qui résidait à Saint-Gall, n*ayait ni troupes ni argent ; il s'adre.isa donc à dix villes impériales de la Souabe , dont il était Tallié , et leur demanda du secours» Ces villes envoyèrent aux Appenzellois des messagers avecf des menaces* Ils répondirent; yNous sommes prêts h reconnaître tous les droits de Tabbé et à lui obéir , mais nous ne voulons pas supporter Tinjustice. Nous prions le seigneur abbé de choisir ses baillis parmi des hommes de bien que nous lui proposerons.^ Les villes impériiales tinrent conseil à Rave^sbourg, rejetèrent la proposition des sujets de Fabbé, et rétablirent les mêmes baillis f qui ajoutèrent la vengeance à leur cruauté précédente»
L'abbé Cuno était aussi en différend avec la ville florissante de Saint-Gall, à laquelle les empereurs avaient accordé des franchises importantes^ et qui d'ailleurs était l'alliée d'autres villes impériales. Saint-Gall, enrichi par l'activité de son commerce et de ses fabriques , désirait se soustraire à la dépendance de l'abbaye» Les mémés droits faisant naître les mêmes craintes et les mêmes besoins chez les Appenzellois et chez les Saint^Gallois , ils firent alliance 'pour défendre en commun leurs anciennes prérogatives. Cet accord déplut à l'abbé ; il redoubla de dureté envers les Appenzellois, ferma l'oreille à leurs plaintes et voulut annuller leur traité d'alliance avec Saint-GalL Indignés , ils lui demandèrent de s'expliquer, et prirent les armes. Cuno s'enfuit d'épouvante dans sa terre de Wyl. Les dix villes impériales s'assemblèrent de nouveau, et décidèrent que l'abbé choisirait ses baillis parmi les gens du pays, mais sans proposition préalable que Tempereur fixerait l'impôt impérial ; que l'alliance d'Appenzell avec Saint-Gall serait nulle et non advenue. — Les Saint-Gallois se soumirent à cette sentence.^ mais les montagnards de ^ l'Appenzell crièrent à la trahison. Ils voyaient bien que les seigneurs des villes impériales, fiers de leur noblesse, préféraient les* intérêts d'un prince-abbé aux intérêts de simples paysans. Tous les hàbitans des montagnes se rasseinblèrent et les Rliodes ou cohortes (de Rotte^ bande, troupe) du pays jurèrent à leurs cKefs et toutes les com-
imines jurèrent aa landammanir, dans le village d'Appenzell, de rester fermement unis pour la d^fens» de leurs droits. ^
Abandonnes par Saint-Gall, ils demandèrent alliance et secours à tous les cantons , excepte Berne. Cinq rejetèrent leur demande; Schwyz fit avec eux une alliance de combourgcoisie , et Glaris ût publier ^T^e tous les courageux amis de la liberté qui voudraient secourir Tes A^enzellois étaient b'bres de^)« faire.'^
A cette nouvelle, après avoir rëitërëJeur« menaces au peuple d\AppenzcU, les ^illeà impériales, Ile concert avec Tabbé, résolurent de -soumettre les paysans par la force« Les villes armèrent donc cavaliers et fantassins, et lés envoyèrent a Saint-Gall, où l'abbé les traita magnifiquement. Puis cette armée continua sa marche; en tÔtela cavalerie en cuirasses brillantes, derrière elle 5000 hommes d'infanterie. Us passèrent de grand matin par-dessus le Linsenbuhl et montèrent par le chemin creux vers la hauteur Vœglinseck, Ik où se trouve' le village de Speicher» C'était le 15 mai 1403.
Les Appenzellois , bien instruits de ce qu'ils avaient à faire, étaient soutenus par 200 hommes de Glaris et 900 de Schwyz. Lorsque les sentiueUes placées sur les montagnes firent connaître par un signal l'arrivée des ennemis, tout se mit en mouvement. Chacun se sépara courageusement de sa femme et de ses enfan& , réscdu à tout risquer pour tout obtenir; les vieillards trop faibles pour prendre les armesi bénirent leurs fils ; 2000 bommes volèrent au sommet du Vœglinseck; 80 Appênzdlois se postèrent au haut du chemin creux; ceux de Glaris et de Schw3rz se placèrent des deux côtés du chemin ,^^ dans le bois.
La cavalerie ennemie monta-courageusement le long de la montagne. Les quatre-vingts Appenzellois s'avancèrent contre elle avec des lances et des frondes ; puis les soldats éé Gclaris et de Schwyz sortirent du bbis et se jetèrent sur lès flancs de la cavalerie. Les cavaliers , resserrés dans on chemin étroit ne pouvaient faire ni mouvement ni manœuvre; ils piquèrent des deux pour atteindre la plaine au haut de la colline | mais là tout Appen^^eH s'avançft en cohortes armées ^ sous la conduite du capitaine
Jahob llartsch. A celte vae les chefs ennemis résolurent de retourner sur leurs pas et d'attendre les Suisses dans la plaine ; ils crièrent: en arrière ! et danJs toute leur armée on entendit retentir ces mots: en arrière! en arrière! Les derniers rangs s'imaginèrent que tout était perdu, et qu'on ordonnait de fuir. La terreur s'empara d'eux. Ma» les guerriers d'Appenzell, de Glaris et de Schwyz fondirent de tons côtés sur la cavalerie etifermce dans le chemin creux. Le désordre le plu^ complet se mit dans' les rangs des ennemis, qui Commencèrent k fuir en hâte du côté de Saint-Gall. Six cents chevaliers couverts de fer moolii'ent la pous sièi*e dans le chemin creux ; les autres poussèrent leurs chevaux h travers leur infanterie; derrière eux 1ÏC8 épées, des lances; des massues et la mort. Des cris de douleur retentirent dans les dix villes impériales; on .y pleurait des pères, des fils, des époux; ne voulant plus courir de risque pour l'abbé , ces villes conclurent une paix. Mais Tabbé accablait d'injures et ses allies et les Appenzellois , qui ruinaient ses châteaux et ravageaient ses domaines. Il implora le secours du duc Frédéric d'Autriche et lui dit: „Si l'on n'y x>rend garde, Appenzcll deviendra une seconde Suisse i et dès lors la noblesse et l'Autriche perdront tout dans les hautes Alises.*
Après, de longs pourparlers, le duc Frédéric lui promit du secours et rassembla en effet beaucoup de chevaliers et une année formidable. H s'avança en deux colonnes sur Arbon et Saiut-Gall , pour surprendre les ennemis des deux côtés* Avant qu'il arrivât, Rodolphe de Werdenberg se présenta devant l'assemblée générale des Appenzellois et leur dit: ^J'ai appris que le duc lève des troupes en Tjrrol , et se dispose à vous attaquer. Les mêmes périls doivent nous unir par les mêmes sentimçns; c'est pourquoi je me présente devant vous. Vous me connaisscx. Derrière ces rochers est Werdenberg, c'est l'héritage de mes pères; mes aieux ont gouverné en souverains le RheinthaL L'ambition autrichienne m'a tout ravi, elle ne m'a laissé que mon cœur et mon épée; je vous les offre; permettez-moi de rester auprès de vous, citoyen libre d'Appenzell, de vivre et de combattre av«ec vous/
' U dit, se dépouilla de sa belle armure et de %^% riches yétemens (il était comte), prit le costume des bergers, et vécut parmi eux. Cette simplicité; plut \ toute rassemblée ; elle coufia sur le champ k ce vaillant guerrier le commandement en chef. On construisit des fortifications dans les défilés, et Ton renouvela Tancien traité d'amitié avec la ville de Saint-Gall.
Le 17 juin l405, cVtait un jour de pluie, le gros de Tarmée du duc Frédéric s'avança d'Altst^ettea dans le Rheinthal^), contre les frontières d'Âppcnzell en montant la i^ontagneÂDVrStoss. Le chemin était glissant; la marche, difiicile sûr un plan incliné couvert d'un gazon coort et mouillé. Quatre, cents Appenzellois, soutenus par quelques hommes de Claris et de Schwyz roulaient en outre du haut de la montagne des quartiers de roc et des troncs d'arbres. Les cohortes autrichiennes avaient )i peine atteint le milieu de la montagne, que Rodolphe de Werdenberg donna un signal. Soudain les Appenzellois fondirent, en poussant de grands cris • sur les rai^gs déjà rompus des enhemis, Rodolphe k leur tdte, nu-pieds comme tous les A2>penzellois; ils marchaient ainsi avec plus de sûreté sur le sol glissant. Les ennemis ne purent pas se servir de leurs ari>alètes dont les cordes étaient détendues par la pluie; on se battit lance contre lance, épée contre épée. Les Autrichiens combattirent avec la rage du désespoir; tout-à-coup ils virent sur les hauteurs une nouvelle troupe d* Appenzellois qui semblaient ixiuloir leur couper la retraite. Effrayés , ils descendirent la montagne eh grande hAte; les Appenzellois volèrent sur *leurs^ traces, et portèrent le carnage dans leurs rang$« La troupe qu'on avait vue sur la hauteur c'étaient les femmes et les filles d'Appenzell, toutes en sarraux de bergers ; elles voulaient mourir pour la liberté avec leur^ maris, leurs amans*, leurs frères, ou leur aider à vaincre. Des torrens de sang et de pluie coulaient le long de la montagne. Le combat et la fuite durèrent ml heures. Puis les vainqueurs revinrent sur le champ de bataille, tombèrent à genoux, et
*) Vallée sur la riye gauche du Bhfn, dâos le cauton de iSaint-GalL
rendirent grAce de l<Biir victoire au Diea des combats et de la libeitë.
Sur ces entrefaites , le duc Frédéric , ravageant tont sur son passage , ëtait arrive d'nn autre côte jusque sons les murs de Saint-GalU Trouvant cette ville trop bien défendue» il retournait dëjk du côte d'Arbon, lorsque les Saint^Gallois , divises en petites troupes , assaillirent son armëe qui marchait en dësprdre , et en tuèrent une grande partie près du Hauptlisberg. Le duc fut profondément afflige de cet affront , mais plus encore en apprenant la victoire d*Appenzell. Il |ura de ne pas se retirer sans vengeance. Pour cet effet, il fit. répandre le bruit qu'il retournait d'Arboi^dans le T3rrol, et il regagna réellement avec ses troupes les bords, du Rbin. Mais arrivé au village de Thaï , il lit faire volteface, et revint contre^ les Appenzellois en montant la colline de la Wolfshalden. Il comptait surprendre et atterrer ce peuple de bergers* Mais déjà ils étaient instruits de tout ; 400 d^entr'eux se jetèrent,^ en poussant de grands cris , sur Tarmée autricliienne , qui marchait sans ordre parcegn'elle était sans défiance. EÛle se rangea en hâte , et se posta avantageusement près de l'église. Le 'combat fut terrible. Quarante Appenzellois étaient déjà tués sans que les rangs ennemis fussent rom« pus; mais bientôt les Autrichiens, mis en fuite, redescendirent rapiden^ent la colline. La mort de chaque Appenzellois fut expiée par la mort de dix ennemis*
Le duc retourna dans h Tyrol, maudissant cette guerre.
Les Appenzellois, que leur gloire rendit redoutables dans tont le pays , formèrent avec les Saint-Gallois une alliance pour neuf ans, vengèrent, par reconnaissance» Rodolphe de Werdenberg, reconquirent isur T Autriche et lui rendirent l'héritage de ses pères , aidèrent à ceux de Schwyl à enlever aux ducs d'Autriche la vallée de Wœgui et la Marche inférieure •) , et pénétrèrent par le Vorarlberg dans le, Tjrrol jusqu'à Landeck, où ils battirent les troupes mercenaires du duc, Qé)à les Tjrrbliens des bords
^} La Mmrehef partie sepCentrioiiale du canton de Schwyz, entre le lac de Zurich et le canton de Glana f la vallée de Waegoi , au sad-est de la Marche, dans le même canton«
de rinn et de FEtsch dirent t„ Que nous împortt le duc? deTenons des Suisses libres. '^^ — Mais les Appeuzellois apprirent que le due soulevait contr*eux les forces que Tempire avait sur les bords du lac de Constance. Us sortirent en hâte 4n Tyrol i»Qur retourner chez enac« où ils ne trouvèrent toutefois point d'ennemi.
Les ravages de cette guerre durèrent cinq ans. Lès Appenzellois victorieux » terribles à - tous IcUrs ennemis sur les bords du lac de Constance» de la Thour, de ilnn, prirent de vive force plus de soixante châteaux; ils en brûlèrent au-delà de trente, et mirent enfin le si^ge devant Bréguenz, mais sans succès.
On ne js*occupa de faire la paix qu*après la désolation de toutes ces contrées. L'empereur d'Allemagne voulut terminer le différend , mais Appenzell trouva sa -sentence peu équitable. Par la médiation de Schvvyz , on rendit è l'abbé Cuno ses revenus; mais il perdit pour toujours ses droits seigneuriaux sur Appenzell. L'Autriche conclut une trêve de plusieurs années, et reprit possession du Rheinthal.
Les Appenzellois 9 satisfaits d'être l^ie^ et indépen- 4ans an sein de leurs montagnes formèrent un traité d'alliance et de combourgeoisie avec les Confédérés , à l'exception de Berne 3 ce fut lé jour de la Sainte-Catherine (jtS novembre) 1411; ils promirent de ne plus enti'epreiadre de guerre sans le consentement des Suisses, et, quand ceux-ci auraient une guerre , de les soutenir avec toutes leurs forces et k leurs propres fxmi%. Les Suisses réser. vèrent et a la Confédération entière et k chaque canton en particulier le droit d'étendre ou de limiter ce traité et de ne secourir les Appenzellois, en cas de guerre) qu'aux frais de ce peuple.
Ce traité , bien éloigné d'offrir les mêmes avanl^ages aux deux parties, prouve à quel point les Appenzellois, inquiets pour leur nouvelle indépendance , tenaient à l'amitié des Suisses, puisqu'ils se montraient ài^}^o&és k l'a- (^ter à tout prix, et combien, d'un autre côté, Its Confédérés craignaient d'être entraînés dans des guerres étrangères par les belliqueux montagnards de l'Appenzell.
Conquête deWArgovie pat" les Suisses; établisse^ ment de bailliages communs.
(De Fan l4l2. à l'an l4l8.)
Après la conquête de lenr liberté et la conçlasion de lenr alliance avec les Suisses, les braves Appenzellois , contens de leur soft, ne désiraient, plus la guerre. Le duc Frédéric, de son côté, comprit qu'il était difficile de combattre un peuple fort de son union, fier de ses droits, plus attaché h son indépendance qu'à^a vie. Il voyait d'ailleurs les Confédérés si puissans , que leur amitié devenait plus désirable pour lui que leur inimitié. C'est pourquoi il proposa aux Luit cantons qui alors composaient la Confédération et conclut avec eux, le 28 de mai 1412, une paix de cinquante ans , reconnaissant leurs droits sur tout ce qu'ils possédaient.. Les Suisses reconnurent aussi les hypothèques, les iîefs et tous les droits que le duc possédait dans leur pays. Cette paix fut cdnfii*mée par seize villes dépendantes de la maison d'Autriche; c'étaient Schaffbouse, Waidshout^ Laufenbonrg, Seckinguen, Hheinfelden, Diessenhofen , Bade , Rapperswyl , Brougg , Bremgarten , , Zeiînguen , Soursée , Lenzbourg , Mellinguen ^ Aarau et Fraueufeld.
Mais cette paix ne tint pas au-delk de trois ans. Au bout de ce temps , Sigismond , empereur des Allemands , se rendit à Constance, oik se tenait un grand concile, pour terminer les schismes qui désolaient l'église chrétienne, l^à se trouvaient asseinblés les pi^lats les plus distingués de pays éloignés et de pays voisins, ainsi que les ambassa- . deftrs des rois et des princes souverains de l'Italie, de l'Allemagne , de la France, de l'Angleterre, de la Pologne, du Danemark, de la Suède, de la Hongrie et de beaucoup d'autres états. Ils s'étaient éri^^és en tribunal parcequ'un prêtre bohémien, Jean Huss, prêchait k Prague une doctrine nouvelle, opposée à la doctrine de l'église catholique, et qu'il avait trouvé de nombreux sectateurs. Outre cela, l'église catholique était divisée dans son sein m^me; car, , au lieu d'un pape , elle en avait trois , en Italie .et en
France, qui s'anathdinisaient et s'excommuniaient mutuel. IcmenU Ces discordes troublaient et scandalisaient la cLrëtientë.
Pendant que les puissances spirituelles et temporelles étaient assemblées à Constance, le duc Frédéric eut une querelle avec l'empereur Sigismond. Le duc refusait de se rendre à Constance pour recevoir, selon l'usage, ses fiefs de la main de Temperour. D'ailleurs les pères du concile étaient courroucée contre lui , parcequ'il protégeait Fuu des papes , nommé Jean , que l'on se proposait de destituer. Pour ^unir sa désobéissance opiniâtre, le concile prononça contre Ini l'anathéme de Judas et Tex" communication majeure. L>mpereur le déclara coupable du crime de lèse-majesté 'envers sa personne et envers Tempire, le dépouilla de ses droits de souverain et de ses fiefs. Tous les sujets de l'empire furent sommés de prendre* les armes contre le duc ; la même sommation fut adressée aux Confédérés. L'empereur engagea la ville de Scha£fhouse k se détacher du duc, son souverain, et, pour la récompenser , ii la déclara iiidépcndante afin que, à l'égal des autres villes libres, elle i'clevât immédiatement de l'empire. Les SchafThousois saisirent avidement cette offre de la liberté. Jaloux d'obtenir le même avantage, Frau. enfeld, Diess enhofcui^ et presque toute la Thurgovie prêtèrent serment d'obéissance k l'empereur.
Mais les Confédérés se faisaient un juste scrupule de violer une paix qu'ils venaient de conclure a%'ec le duc pour cinquante ans. La sainte^ assemblée de l'église, il est vrai , les déclarait exempts de tout péché , et l'empereur leur prommettait la propriété perpétuelle de tous les pays autrichiens dont ils feraient la conquête. Mais les citoyens des Waldstœtten, de Zurich, de Zoug, de Lucerne et de Glaris répondirent: ,^Nous ne saurions nous persuader qu'un màn<iue de foi puisse jamais être louable.**
Berne fut d'un autre" avis. I^'occasion lui paraissait favorable pour étendre sa domination et pour affaiblir la puissance de l'Autriche dans son voisinage. Jusqu'alors cette ville avait agrandi son territoire, non par l*épéc, mais par deà traités et des aôhats. C'est pourquoi Berne dit à Zurich; ^La justice et rhonncur permettent la guerre.
puisque Tempire et VégUse la commandent; l'heure de la destruction de tous les ennemis de nos aïeux a sonne.' Les Confëdërës hésitaient ehcore. L'empereur leur envoya - Ik plusieurs reprises des messages» et le concile les menaça plusieurs fois aie les excommunier s'ils ne marchaient pas contre le duc»
Berne se hâta d'armer ses troupes. Son exemple en* traîne Zurich^ avide de butin. Tous les autres Confédérés se soumirent aux ordres du monarque et de l'éj^lise ; les Appenzellois seuls demeurèrent inébranlables.
A la nouvelle de cet lurmement et de la disgrâce de Frédéric leur souverain, les villes et la noblesse de l'Ârgovie assemblèrent une diète à Sonrsée, au printemps de î'im l4i5. Les députés des villes dirent: „ Restons neutres entre TAutriche et la Suisse , et bornons-nous k maintenir Iqs di^oits de la maison d'Autriche avec nos libertés. n est temps que toutes leh parties de FArgof ie fassent entr'elles une alliance pour leur défense commune. Alors elle pourra entrer dans la Confédération suisse comme état distinct et libre, sans craindre la prépondérance d'un antre canton, sans être assujettie k sts égaux. '^
L'orgueil des seigneurs et des nobles ne leur permit pas défaire cause commune avec les villes* Ils aimaient mieux avoir un prince pour maître que des bourgeois pour égaux. Ainsi la diète se sépara sans résultat. Co>pendant» avant de se séparer,' les villes résolurent de se placer sons la protection de la Confédération, mais trop tard.
A peine les députés des villes s'étaient-ils mis en route qu'ils virent, de bon matin, sur toutes les hauteurs les signaux d'attaque, les bannières et les bataillons des Con» fédérés. Us retournèrent donc chez eux pleins de tristesse.
Les troupes bernoises marchèrent sur Zofinguen, harcelant la ville pendant quelques jours , et la forcèrent en^ k quitter le parti du duc pour prêter serment de ii^té a l'empire et k Berne. A droite deZoiiuguen on vpjraii sur le sommet d'un rocher quatre forts' appelés leai Wyken ; les Bernois en prirent trois , les *Lucernois âurcèrent le quatrième. A gauche se trouvait Arbourg , petite ville au bord de l'Aar avec ua0 forteresse; les Bernois s'emparèrent de l'une et de l'autre, ainsi que des
denx Warthbonrg» forts d^obserTation constraits sur les sommets de deux montagnes voisines. De la ils mar« chërent sur Arau, renforcés par des troupes envoyées 4e Solenre, de Bienne, de Neuchâtel et de la INeuTeville* Arau, maigre l'opposition d'une partie de ses citoyens, • se rendit en se mettant sous la protection de l'empire et des Tilles de Berne et de Soleure; toutefois cette cite Tjéserva ses franchises. Brougg et Lenzbourg firent des capitulations semblables; de même que plusijenr s châteaux de TArgovie ; Tro8t|;>ourg > qui fut ravage par le feu , Ronod , Brounègg et d'autres encore. Ainsi , dans l'espace de quelques semaines , les bernois conquirent dixsept forteresses et villes , fortifiées et un pays vaste et riche; la rapidité de leurs attaques fut la cause de^ ce succès. Us ne perdirent en tout que quatre hommes; ce .fut devant le château de Wildegg, où les vaiUans seigneurs de Haliwyl firent une vigoureuse résistance.
Dans le même temps les bannières de Luceme s'étaient avancées par Soursée et avaient soumis les rives supérieures de [la Sour, de la Wigguern, dé l'Aa et de la Winna ; elles s'arrêtèrent aux dernières limites des conquêtes des Bernois. Du côté de l'orient, elles conquirent la contrée fertile . où se trouvent Reichensée , Meyenberg et Villmerguen.
Les Zuricois, de leur côté, avaient passé l'Albis et forcé le bailliage libre de Knonau de leur jurer fidélité. Une partie de leurs troupes étaient descendues le long de la Limath , dû côté de Bade en Axgovie , fi avaient pris Dictikon.
Dans la contrée où la Limmath et la Reuss se rapprochent de l'Aar, les troupes des sept cantons se rencontrèrent et firent en commun la conquête de ce qui restait encore k l'Autriche dans ce pays; c'était Mellinguen, Bremgarten et Bade. Mellinguen , fidèle au duc , se dé« fendit pendant quatre jours ; Bade tint plus longtemps , parceque le château de Stein qui défend cette ville renfermait une forte gari^ison commaudée par le seigneur de Hannsberg ; mais lorsque les machines des Bernois eurent renversé une partie des murs et que l'eau commença de manquer aux assiégés, le château se rendit et fut ruiné, oïl vit briller au loin la flamme de cet antique manoir.
Ces expéditions terminées, les Confédérés organisèrent leurs nouveaux états. Berne, Zurich et Lucerne gardèrent chacun leurs propres conquêtes avec tous les droits que la maison d'Autriche avait exerbé^. Les pays soumis en commun durent former des bailliages commuas; Biais Berne fut exclus , parceque ses armes avaient déjà trop étendu son territoire.
Mais ceux d'Uri dirent: ,»Nous apprenons que Fempereur s'est récôp cilié avec le duc Frédéric. Rendons plutôt k l'empereur ce que nous venons de prendre î afin qu'il rende au duc ce qui lui appartient : car «c'est pour l'empereur et non pour iious, que cette guerre a été faite. Confédérés, nous hommq«.'4il<ri refusons toute participation au bien d*autrui. ^ Nos pères nous ont transmis la coutume d'estimer une fidélité inviolable plus que tout le rester"
'■ - Les antres Confédérés rirent de ce scrupule: y Que ceux d'Uri sont délicats ! qu'ils ^ont dévots ! il faut qu'ils se distingu/înt toujours paiç quelque bizarrerie.^ Ils décidèrent que , puisque Uri refusait sa part , Zurich , Lucerne, Schwyz, Unterwalden et 6 laris" feraient gouverner tour-k-tour pendant deux ans ces bailliages conuimns, et que chaque année des députés de ces cantons examineraient l'administration et le compte des revenus.
Ainsi les Confédérés gardèrent leurs conquêtes, dont la propriété leur fut confirmée par l'empereur. Ils régnèrent donc SM^c tes nouveaux pays à la place de FAutriche. Citoyens libres, usurpant le rôle de princes souverains, ils avaient considérablement augmenté le nombre de leurs sujets^ dans les villes et dans les campagnes.
Soulèvement du Valais contre le seigneur de Raron.' — Bataille dArbedo et artifice du seigneur 2k)ppo.
CDe l'an 1419 à l>n 1426,)
Un siëcle s'ëtait h peine ëcoulë depuis l'action de Gnijlaume Tell , et les Tilles , les bourgs , les villages de la Suisse^ autrefois sifjets» avaient maintenant k leur tour Ati sujets , et fai&aicnl ti*cmbler ceux devant lesquels ils tremblaient auparavant. Les descendans de ces guerriers, de ces chevaliers qui^ du haut de leurs châteaux presque inaccessibles, menaçaient jadis les villes, ve/iaient lent demander humblement le droit de cité , ou leur vendaient les terres qu'ils possédaient et allaient s'établir dans un autre pays, pour ne pas obéir à des gouvernemcns roturiers.
Ces changemens avaient donné aux Confédérés le sentiment de leurs forces et leur avait inspiré une fierté militaire que ne blessaient impunément ni^ leurs amis ni leurs ^ennemis. On s'en convainquit dans les querelles que fit naiti*e Wichard de Raron ou Rarogne , seigneur et capitaine-général du Valais.
Dans le temps que les Confédérés aidèrent au canton d'Uri à faire la conquête de la Léventine, ils s'emparèrent aussi de la vallée de Oonio-d'Ossola et y mirent une faible garnison. Le duc de Mdan , pour ne pas laisser aux Suisses la possession tranquille de cette vallée, la vendit au duc de Savoie. Celui-ci envoya à Domo-d'OssoIa des troupes <jui traversèrent le Valais. Le seigneur de Raron leur montra le chemin à ^avers les montagnes ; la garnison suisse, trop faible pour résister avec avantage, fut obligée de se retirer.
Le seigneur de Raron dit à cette occasion que s'il avait fait partie de l'expédition, aucun Suisse ne serait resté en vie. Ces paroles orgueilleuses aigrirent les Unterwaldéens et leurs frères d'Uri. 'Ayant accusé en vain le seigneur de Raron auprès de la ville de- Berne oii il avait droit de cité , ils soulevèrent contre lui les habitans du
Valais. Geuz-ci avaient dëjk des griefs contre ce seigneur; ils loi reprochaient Talliance qn*i1 avait faite avec la Savoie, sans leur consentement ; , ils l'accasaient , ainsi que les grands du pays, de violer les anciens droits et de vouloir réduire le peuple sous le joug de Tesçlavage. Les habîtans de Brigg dirent: ^Si le Valais cdoit conserver les droits qu'il a eus jusqu'à ce jour , il est nécessaire do mettre aux grands seigneurs un frein et un mords; et, pour cela, U ,faut que tous les gens d'honneur donnent Un coup de main.^
Suivant une coutume antique du pays, quelques hommes prirent nue énorme massue sur laquelle ils avaient taillé un visage humain avec l'expression de la tristesse » et Tentourërent de verges et d*épines ; cette longue image figurait la jo&tice opprimée et les Valaîsans rappelaient la Mazze.s Us la mirent en évidence dans une place «publique; le peuple accourut en foule. Un homme hardi s'approcl^a de la massue en qualité de chef de la Mazze; il la tint debout et se chargea de porter la parole pour elle. Beaucoup de. gens du peuple s'adressant à la triste image lui demandaient: ,» Mazze, pourquoi es-tu si triste? Mazze , pourqoi es-tu venue ici ? ^^ Mais elle ne répondit point. D^autres dirent: ,^ Mazze, nous voulons te porter secours; mais dis-nous contre qui. Crains-tu Sillenen? Est-ce Asperling ou Henngarten ( seigneurs du pays ) qui te fait de la peine ? '^ La Mazzé resta immobile et se tut; Mais lorsqu'on vint à nommer le seigneur de Raron, elle fit un mouvement affirmatif , et s'inclina profondément. Alors ils soulevèrent la Mazze , la portèrent de village en village dans tous les districts du Valais, en disant que la Mazze se rendait vers le chef du pays , vers tous ses adhérens et vers son neveu l'évéque de Sion.
Lorsque le seigneur de Raron vit tout le peuple soulevé , il s'enfuit en Savoie et implora l'assistance du duc* Mais les Valaisans réduisirent en cendres son grand château et sa tour bAtis au dessus de Sierre . (Siders) ^) et la forteresse de ^l'évéque qui dominait i»oaesch| ils
^) Boncg limitrophe entre la partie ffançtke et la partie alk-» mande da Vfldais.
assiëgbrent son château fort de Beauregard, situe sur le haut d*uji rocher voisin de Chippis ; ils ruinèrent toutes ses propriétés. Le duc de Savoie n'osa pas lui porter secours.
/ Le seigneur de Raron vola vers ses concitoyens de Berne pour les supplier de le soutenir et de le sauver. Les Valaisans, d'un autre côlë, s'adressèrent k Uri et k Unterwaldeu , hommes lihres , ils conclurent avec eux une alliance défensive , et promirent d'aider à ces deux cantons k reprendre la vallée d'Ossola qui touche au Valais. Sur le champ les troupes d'Uri et d'Unterwalden passèrent les plus hautes Alpes; celles de Schwyz, de Lucernt et de Zurich les suivirent; les Valaisans franchirent les Alpes sur un autie point , et toute la vallée d'Ossola fut reconquise.
Mais Berne prit les intérêts du seigneur de Raron auprès des Confédérés , et demanda qu'on lui rendit justice. Dé longues négociations s'ensuivirent. Les Bernois voulurent marcher contre le Valais et sommèrent les autres Confédérés d'en faire autant; mais Uri, Unterwalden et Luceme s'y refusèrent. "Une guerre civile faitiit à éclater parmi les cantons. Pour prévenir un tel malheur, les cantons neutres formèrent une diète ^ Zurich, et après avoir entendu, les amis et les^ ennemis du seigneur de Raron , ils arrêtèrent : „qu'avant tout les Valaisans restitueraient k leur seigneur tous ses biens ; puis , • do son côté, qu'il ferait droit à leurs plaintes.^
Les chefs de parti valaisans ne voulurent pas se soumettre k cet arrêt; ils soulevèrent de nouveau.le peuple et l'engagèrent à une résistance opiniâtre. Us rassemblèrent des gens anués, entrèrent dans TOberhasli, d'où ils emmenèrent des troupeaux de moutons , prétextant qu'aidé par des gens de l'Oberland le seigneur de Raron était en^ré dans le Valais , et y avait exercé des ravages. Pour défendre les passages de. ses montagnes , Berne enr voya une troupe de soldats contre le Valais. • Schwyx et Zurich tentèrent encore une fois de terminer cette qu^ relie par leur médiation ; mais les Valaisans n'entendirent à rien ; ils préféraient la guïerre à un arrangement équitable.
Les Bernois, renforcés par les bannières de Fribourg, de Soleure, de Ncuchitel et d'autres, en tout 13/000 hommes,
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franchirent les pins hautes Alpes et entrèrent par le Sanetsch,, da côlë de Sierre, dans le district valaisan de Gombs. Ils reçurent aussi dû secours de Schwyz, mais Uri et Unterwalden n*en envoyèrent point aux Valaisans dont ils blâmaient Topiniâtretë. Beaucoup de villages devinrent la proie des flammes. La terreur se répandit dans toute retendue du Valais.
Cepend<int un simple paysan, Thomas Bradtschen, rendit le courage k ses citoyens; lorsqu'il vit les ennemis s'avancer vers le village d'Ulrichen, marquant leurs traces par le pillage. i>He! s'ëcria-t-il que fait le Valais, ancienne patrie de héros? Nos pères n'ont-ils pas autrefois, près d'Ulrichen, fait nager dans le sang les troupes du duc de Zsehringeu? Eh bien! k cette même place, combattons encore une fois pour notre patrie et notre vieille liberté, ou mourons d'une mort glorieuse.^
Il dit, sortit d'une embuscade avec 400 Valaisans courageux, au moment où les Confédérés passaient, et se jeta à l'improviste sur leurs nombreux bataillons. Brantschen combattit en héros ; de sa main il fit mordre la poussière à quarante Bernois ^ à la fin il tomba lui-même sur leurs cadavres. La terreur était dans les rangs des Bernois. Tous chancelaient, quand le secours de Schwyz arriva et força les Valaisans k regagner leur première position. Personne ne les y suivit. Le lendemain les Suisses abandonnèrent le Valais parceque les troupes bernoises du Gesscnay *) avaient rencontré une résistance terrible près de Sion.
On fit de nouvelles propositions de paix. Les Valai-» sans consentirent enfin , mais avec peine , à restituer au seigneur de Raron toutes ses seigneuries et à lui payer . pour tout dommage la somme modique de iO/000 florins *^) ; aux Bernois, la même somme pour les frais de la guerre | au chapitre de Sion, 4000 florins. Cela arriva Tan l420, quelques mois après l'action héroique de Thomas Brantr schen. Mais le seigneur de Karon mourut loin de sa
^) Vallée k Textrémité occidentale da canton de Berne. •*) Eoviron 20/800 francs de France.
patrie; l'ëclat de sa famille f|it à jamais terni, parcequ'il ne sut pas se concilier Famour dn peuple.
Cependant le dac de Milan n'avait pas encore pu oublier la perte de la Tallëe d'OssoIa. Sa douleur et sa colère auo;mcntèrent en apprenant que les Suisses Tenaient d*acheter des barons de^Sax, seigneurs de Bellinzona , cette Tille et toute la contrée ipii s*ëtend depuis la Lëventine fusqu'au lac IVTàjeur, pour le prix de 2400 florins, n arma secrëtiement et surpi:it aTCC des" forces considérables Ossola et Bellinzona. Tout , même, la LëTentine , fut contraint de lui jurer iidëlitë*
Les Gonfëdérës se leTerent trop tard pour la Tfngeance. Depuis la conquête de TArgovie , l'ancienne concorde ne régnait plus parmi eux. C'est là ce qui les aTait retardés. La discorde ternit aussi l'éclat de la Tictoirc qu'ils achetèrent si chèrement dans les champs d'Arbedo, près de Bellinzona, où, après aToir passé- le Saint-Gothard, ils rencontrèrent les troupes milanaises. Là , les Confédérés curent à soutenir , depuis le matin jusqu'au soir , une lutte sanglante contre l'habileté et le désespoir des Italiens. Beaucoup de héros suisses y perdirent la Vie, Jean Rot, landammann d'Uri, Henri Puntiner^ qui portait la bannière du même canton, et le Tieillard Pierre Kolin , ammann et ^banneret de Zoug. Ce dernier mourut k la tête de son bataillon, la. bannière à la main. L'un de ses fils la retira de dessous le corps de son père, et la àt flotter sanglante au-dessus du ba* taillon. Il tomba bientôt , mais la bannière ne deTint pas la proie de l'ennemi; Jean Landwing la sauTa. Cette bataille eut lieu le 30 de juin 1422.
Les Suisses repassèrent le Saint- Gothard, attristés par la perte de tant de braTcs et par leur Tictoire san^ glante , s'accablant les uns les autre» de reproches f mais ils laissèrent, aTant le partir, une garnison dans la Létentine. Pendant plusieurs années ils eurent ensemble des disputes interminables au sujet du parti qu'il fallait prendre contre le duc de Milan, et ils employèrent , moitié k regret , des demi-mesures qui n'amenèrent aucun ' résultat.
Ennuyé de ces longueurs , un homme • courageux du canton de Schlryx, Pétermann Rysig, rassembla autour
de lai 500 hommes pleins d'audace, passa aree eux le Saint-Gothard, franchit les montagnes à sa droite, descendit dans la Tallëe d'Osséla , en chassa la garnison , . et s'y établit à la place des troupes milanaises. Toutes lés forces du duc de Milan marchèrent contre lai; Pëtermann. Rysig leur rësista. L'hëroisme de la petite troupe de Schwyz réveilla les Confédérés qui se mirent aussitôt en route vers la vallée d'Ossola. Il vint des troupes auxiliaires de Solétire, du Valais, du Tockenbourg, de la Rhétie. Gela jeta le duc dans le déçois ragement; mail il attendait encore de sa prudence ce q[u'il ne pouT^t plus attendre de la force des armes.
Il envoya son chambellan Zoppo avec beaucoup d*or vers les Confédérés, pour traiter avec eux. Gâchant la ruse du renard sous les dehors de la franchise , Zop^o parla aux chefs dps Suisses avec Taccent de la bienveillance et de Taffection , accompagnant ses discours de grandes libéralités. Il parvint à diviser leurs* intérêts ; engagea Uri, le Bas - Unterwalden et Lucerne k faire séparément la ,paix , puis il gagna les autres au moyen de négociations secrètes. L'an l426, les Confédérés abandonnèrent au duc de Milan la vallée d'Ossola , Bellinzone et la Léventine pour la somme de trente et un mille et quelques centaines de florins et pour certaines prérogatives et franchises «n faveur de leurs négocians et de leurs petits mardiands. Les troupes suisses retournèrent dans leurs cantons. Ainsi l'action héroïque de Pétermann Rysig fut rendue inutile; en vain le sang des nobles Eolin avait teint leur bannière sur le champ de bataille d'Arbedo. Dans tous les temps les Suisses ont eu bien plus 'k redouter les artifices des étrangers que leurs armes.
Dcms la HcaUe-Hhétie la ligue grise ^ la ligua de la Maisoitdieu et la ligue des Dix juridictions ^ se forment d(ins Vintérét de la Uberté.
(De Paa 1426 à Taa l436.)
Tandis que les Confédérés vendaient k prix d*argent ce que tant de héros leur avaient acqnis an prix de lenr sang^, nn esprit tout différent parcourait les vallées élevée^ des Alpes rhétiennes , Tesprit de la hberté, de la justice et de la Concorde.
Depuis la dQniination des Francs , ks liabitans de la Haute-Rhétie étaient constamment demeurés sujets tributai|-es et serfs de Tévéque de Coire, des abbés de Pisentis et de PfelTers, et d'une foule de seigneurs ecclésiastiques , de comtes , de barons et de gentilshommes. La ville de Coire jouissait, h k vérité, de plusieurs privilèges , mais son évéque lui faisait aussi endurer bien des tourmens. Les villageois, pins malheureux encore avaient à souifrir des gi> erres continuelles que se faisaient entr'eux les grands et Its petits seigneurs , dont le nombre était très-considérable ; mais la paix ne leur était pas moins Yiineste , tant ils ^éissaient à des maîtres durs et cruels! Uri, Schwyz et Unterwalden n'avaient pas ^émi sôus utte tyrannie |iliis atroce que la Rhétie ; mais la Rhétie eut à son tour, des Guillaume Tell.
Quand r<égoisme » Tarbitraire , Tinjustrce , Tôrgueil des dominateurs furent arrivés à leur comble , les habitaBS infortut»és de ces vallées -et de ces montagnes se rappelèrent qu'ils étaient hommes et que, enfans de Dieu, ils avaient reçu de leur Père des droits qu'aucun tyran ne doit méconqaîlre. Le courage dé quelques gens de ctsur réveilla le courage^e tout te petiple^ à se leva bien^ tôt pour défendre ses droits éternels.
Dans la haute et verdoyante vatiée de TEngadine, des glaeif»rs d^ laquelle l'inn sort avec fi^aeàs du côté du Xyrol,' \t château de GardovaM, hhû sur un rocher au- ^iisns du village de Madouïein, étaif la terretir de toute la contrée. Un jour le cruel châtelain de Gardovall fut ii*app^ de la beauté d'une jeune fille du village de Camo-
gasli, situe vis.k^Tîf de ion chÂteaa. Il y envoya fCf gens avec ordre de lui aaieDer celte jeune fille co jour Ik injme. Le père, appelé Adam, fut rempli de terreu!r; la iille , de désespoir. Mais , rassemblant toute sa force , Adam dit aux satellites: ^^ Annoncez, k votre maiti*e que ]e préfère lui amener moi-même mon enfant demain matin. ^
Dès qu'ils furent partis , le . përe cpuriit vers ^es voisins et ses amis, la rage dans Tame, le feu dans les yeux. Il leur racontât tout, et f'ëçria: ^Hommes comme ce seigneur, sommes -nous ses troupeaux':''' L'indignation lit bouillonner tous les cœurs. Ils jurèrent dans Tombre de la nuit do mettre iin è la misère de la vallée ou de périr tous ensemble.
Dès l'aurore Adam conduisit aa château de l'horrible tyran sa belle et jeune iilJe, parée de ses habits de fête comm- une épouse. QuelqMes. conjurés suivaient, comme pour former le cortège d'iion.neur; d'autres s*étaient mis eu embuscade autour du château, altendaiit le moment d'agir; tous étaient armés.
A peine le châtelain, aperçoit-il l'objet do ses désirs qu'il descend en hâte les degrés du château et veut embrasser l^ jeune fille sous les yeux du père. Adam tire une épée ejt la plonge dans le cœur impudique doi monstre. Lui et les siens prennoiat de force le château ^ massacrent ceux qui s'y trouvent, arborent le 'Signal de la liberté, et la troupe placée en embuscade se hâte de les rejoindre. Gardovall devint la proie des lUrames, Toute la contrée au-dessous des souvces de Vlim racheta plus tav^d (l49i) loyalement les droits qui avait sur elle la Maison -Dieu.
La vallée de Scbauii, dont les^fertile^ pâturages Qiti*enl up aspect riant, au milieu de rochers élevés, était également a^sei*vie à des monstres inhumains retranchés dans les. châteaux de B^renboui'g et de Fardun. Us se peranettment tout contre le peuple, même les humiliations les plus, optrageax^tes ; )e.|)euple souffrait et se taisait. Le v^ourcux Je^i\.Çhaldar eut aussi k souffrir, mais il ^ne se fut ipas« J)e^3Q ^chevaux du seigneur de Fardun ayant été ^chés da^s sef champs de blé, il en fut courroucé çt^assonipia Jies chevfiux* U expia patte, «cUon dansées
fers et dans les toturmens, ja^tpi^ ce qne les siens parent le racheter k force d'argent et de larmes.
De x^lour an sein de sa famille, heureux et content, il ^tait un jour à table avec les siens, lorsque le seigneui' ' de F&rdun entra dans «h cabane. Tous le saluèrent respectueusement; mais le tyran lança sur eux des regards de niëpris, et cracha dans la bouillie qu'ils mangeaient. La colère de Chaldar s'alluma comme la foudre; il le saisit à la gorge ,^ le serrant de ses deux mains, comme l'atgle des Alpes^serre sa proie: >, Mange la l^ouillie que tu as assaisonnée !^" Il dit, enfonça la tête du misffrable dans la nourriture brûlante, et F^tranglà. Puis il courut hors de sa cabane et assembla le peuple. Des cris d'alarme rclentirent. Les châteaux de Fardun cl de Bœrenbourg s'écroulèrent "dans le sang et les flammes. L'évéque fut obligé de cëder à la vallée (1458) les droits de souveraineté contre un dédommagement de 3200 florins.
Tout comme dans ces vallées riuhumanrté et la tyrannie des seigneurs favorisèrent la cause de la liberté , de même aussi, dans d'autres cpntxées de là Rhélie, la liberté dut ses succès h leur ambition, L'évéque Hartmann de Coire ét^it perpétuellement en guerre avec la noblesse du pays. Exposé à beaucoup de dommages et ne pouvant pas défendre lui-même tous les domaines de son é^ise, dispersés dans un grand nombre de villages et de vallées,* en quelques endroits même situés au milieu de terres ennemies, il accorda aux sujets, de la Maison-Dieu le droit de former entr'eux et avec les vallées et les villages voisins d^s alliances défensives. Déjà en 1396, les sujets de la Maison-Dieu , dans les valïées de Domleschg, Avers , Oberhalbstein et Bergnn firent un traité avec les seigneurs de Werdenberg a Schams , Domleschg et Obervatz. Ce fbt le premier foiidement de la ligue connue plus tard sous le nom de ligue de la Maison-Dieu ou ligue Gaddée.
Les comtes et les seigneurs de la Haute-Rhétie. imitèrent cet exemple. Réunis aux peuples des vallées déjà liés entr'eux, ils conclurent avec leurs voisins les GlaronnaiSyl'an 1400, une alliance défensive perpétuelle contre les prétentions et les attaques de l'évêque de Coire»
Mais les vallées expriinaient toujonr^. dans leurs alliances la réserve de, tous les droits qneljCionquesde leurs seigneurs; ces droits donnaiçnt lieu à /beaucoup d*abus. Les seigneurs ne connaissaient d*aatre loi cpte leur boa plaisir et leur puissance; il n*y avait ni justice dans ks jugemens» ni sûreté sur les g;randes routes.
Désirant mettre lin k ces maux * n^ais sans violence et sans révolte , plusieurs paysans loyaux, considérés et intrépides formèrent une sorte d'association dans la Haute- Khétie« lis se réunissaient chaque nuit entre Tabbaye de Disentis et Ilanz, la premii^re ville entourée de murailles qu on trouve sur le Rhin. Le lieu de » leur rendez^vous était dans une forêt près du village de Trouna. Là ils s'enftrétenaient de lears intérêts communs, et communitfuaient ensuite en confidence lei]u*s résolutions aux hommes les plus estimables de leurs communes respectives.
Dans uii seul et même jour toutes les conimnnes et toutes les vallées de la Haute-Rhétie députèrent les hommes les plus considérables et les plus éclairés à leurs seigneurs, pour demander que la justice et la sûreté fussent garanties ii tous par un pacte solennel auquel tous prêteraient germent , sans qu*il fût porté atteint^ aux droits réels de personne. • .
Les seigneurs furent effrayés, par cet appel sorti des forêts de Trouns ; ils se rappelèrent les évén^aens arrivés dans la Oônfé dération suisse un siècle auparavant. Le pieux et prudent abbé de Diseutis^^Pierre d« Poultiuga , ût tout de suite droit aux réclamations de ses sujets. Les comtes de Werdenberg^ de Sax, les barons de Rh^zuns et d'autres suivirent cet exemple, par crainte ^de la violence du peuple , ou pour se faire i^n rempart contre le puissant évêché de Coire.
Au mois de in^ de Tan 1^24, ces seigneurs et les députés. des communes de la Haute-Rhétie , vêtus de leurs modestes sarraux gris i assemblés en plein air devant le village 4e Trouns , à Tombre d'un érable , sanctionnèrent par un serment fait a la ti^ès-sainte Trinité, une alliance perpétuelle pour le maintien, de la justice et de la sûreté dé tous, sans blesser les droilFTeèls de personne. Ainsi se forma la Haute ligue ou ligue Grise; plus tard, €(Ue fut complétée par l'accession des vallées de Misox et de
Calanca. Bientôt le nom de Grisons s'ëtendit à tons les Rhëtiens, bien que la ligue de la Maison-Dieu existât déjà séparément, et qu'outre cela un grand nombre de domaines du côte du Tyrol n'appartinssent ni à la ligue de la Maison-Dieu , ni à la ligue Grise, mais au riche comte Frédéric de Tockenbourg , dont la domination s'étendait au loin. ' ^
Peu de temps aj-rès, celtii-ci mourut sans enfans , et Ton craignit que sa successioii ne fit naître une guerre. Alors 's'assemblèrent des dépntés des districts, des bourgs« des villages et des juridictions qui,^ dans les montagnes de la Rhétie, dépendaient de la maison de Tockenbourg, Il en vint de Davos, de KIosters , de Eastels, de Schiersch, de Seewis, de la juridiction canoniale de Schiersch, dt Malans, de Maienfeld, de Belfort, de Courwalden, de Schalfik intérieur et de Schalfik extérieur. Us direiit: 9 Puisque la mort du comte de Tbckenbpurg nous a rendu notre liberté', faisons dans cette partie des montagnes une ligne semblable, h celle de la Maison-Dieu et à la ligue Grise; respectons^ les droits d'autrui, mais défendons les ndbres ; unissons-nous k la vie et k là inort. Nul ne pourra citer un concitoyen devant un tribunal étranger» ni former au-debors une alliaace, sans le consentement de tousi Q^and on aura reconnu l'héritier du comte de Tockenbourg, nous lui remettrons son héritage, mais BMis ne lui permettrons pas de dissoudre notre ligue. * — Ayant ainsi parlé , ils scellèrent leur alliance par un serment solennel le vendredi aptes la Fête-Dieu de l'an î^'i&êi Telle lÉt Forigine de la ligue des Dix juridictions.
Ainsi se f«rma une nouvelle confédération entre les trois ligues des Alpes rhétiènnes. Dbs ce moment les fyiéliens ne portèrent plus que le nom de Grisons *).
*)Ea allemand BiSLnâjuir^ b'guét, et Grauhûndner^ ligoés gris^
Querelle au sajet de Vhétîtage du comte de Tockenbourg.
(De Tan 143(> à Tan M^,)
La mort da riche comte de Tockenbeurg prodaisit des effets bien diffërens chez les Grisons et chez les Suisses; là elle appela un peuple courageux h la liberté et à la concorde ; ici elle alluma la cupidité , l'ambition et les torches de la guerre civile.
A peine le comte Frédéric de Tockenbonrg eut- il fermé les yeux qu*il se présenta un grand nombre d*hé. ritiers. Ses domaines étaient considérables; il en avait beaucoup au-delà du Rhin ; |>lusieurs autres s'étendaient, entre Znricb et le Tyrol , le long des montagnes de l'Appenzèll. De ce nombre étaient le ^ocHenbouirg, la seigneurie d*Uznaeh, la ]\Iarche supérieure, Windegg dans le Gaster». le Rhinthal , là seigneurie dé Sargans et les Dix juridictions dans le pays des Grisons. Outre cela il possédait des propriétés dans là Thurgovie et ailleurs. Madame Elisabeth» veuve du défunt, se croyait héritière légitime $ mais des parens éloignés dé son mari lui contestèrent sou^ droit et lui opposèrent leurs prétentions. D*un autre côté , Zurich croyait aussi avoir des titres k cet héritage^ parceque le comte mort sans enfans, était citoyen du canton et bourgeois de la ville f mais comme il était de même citoyen du canton de Schwyz, celui-ci réclamait le même avantage.
Pour s'assurer une protection puissante, madame Elisabeth se lia plus étroitement avec la ville de Zurich et lui lit une donation en bonne forme d'Uznach et de Windegg. Les citoyens de Schwyz engagèrent les parens du comte k interdire li sa veuve toute aliénation de Théritage en tout on on partie. Les sujets du comte qui habi« taient Lichtensteig , les vallées du Necher, de la Thour, de Saient-Jean, Uznach, et âu-déssons du lac de Wallenstatt, se présentèrent devant les habitans de Schwyz et leur dirent: '^Feu notre seigneur, tout occupé de iiotre bonheur pendant sa vie, voulait qu'après sa mort nous
trouvassions auprës ^e vons protection et sûreté. Recevez donc iiotrc sejntent et comptez-nons à perpétuité au nombi^ de vos citoyens.* Les habitans de la seigneurie de Sargans,.qui n'avaient appartenu au comte de Tockenijourg qù'k titre d'hypothèque, prièrent le duc Frédéric d'Autriche de vouloir les racheter, comme ses fidèles sujets. Il le fil; mais s'apercevant que leurs inteulions notaient pas loyales , il les abandonna au eomte Henri de Werdenberg,
A la nouvelle de celte- alliance d'Uznach et d'autres lieux avec Schwyz , la vihe de -Zurich, enflammée de colère, éclata en menaces , pFétendant qu'Uznach kd appartenait. Mais les habitans de Sohwyz envoyèrent quelques troupes dans la Matche et du côté d'Uznach poui» soutenir leurs nouveaux concitoyens repocisser la force par la force; ils proposèrent aux Zuricois de soumettre leur affaire à un arbitrage, et asscrctèrent Glana k leur autorité sur les nouveau-x domaines ^ pour avoir, en cas de besoin , Tâppai de tv canton.
Depuis que les gouverneinens des Tilles et des cantons dé la Puisse eurent conquis PArgovie et constitué des bailliages communs, le pouvoir les avait rendus fiers et hautains; jaloux de leur propre liberté, ili détestaient la liberté chez le^ autres; ils aimaient mieux des sujets que des citoyens libres ^ lenrs égaux en droits. Ils n'avaient pas voulu associer TArgovie comiue état ttbre k leur Confédération; ils ne songèrent pas è rendre la condition du Tockenbourg meilleure. Us voulaient des snji;ts.
De Ik des disputes , des querelles , des désordres sanglans. Une grande dtète assemblée k Luzerne essaya inu-^ tilëment de rétablir la paixf on se s<^ara plas aigritqu auparavant. A la tête du gouvernement de Zurich se trnu^ vait le bourguemestre Rodolphe Stnàsi', et- k Ja tête de celui de Schwyz le l8ndauim>inn Itel R^ding de Bieberegg, tous les deux hommes ambitieux^ entrèprenans, pleins de talent et d'éloquence; mais ils se haïssaient, ardens pour les prérogatives de lieurs cantons / indifl'érens pour la paix et le salut de la Suisse. . ^ .
On vit alors pour la première fois quel abîme de maux crenae- T^goisme cantonal quand il préfère «es intérêts à ceux de la Confédération. La disette de Tannée à439, suite
des pluies contîniielles qui détraisirmit lés moissons, avait àé)h prouvé que rancienne et belle nnioii n'exi/«tait plnK Chaque canton défendait l'exportation de tous les moyens • de subsistance; cette mesure augmenta la soulTrance de tous, ainsi que leur animosité* Sehwyz et Zurich se mena<cèrent de l'ëpée.
Pour prévenir de pluA grands maux, les Confédérés prononcèrent un arbitrage 1 Berne. Scbwvz s'y soumit;. Zurich résista, accusant les Confédérés de partialité, pour avoir laissé Uznach-au canton de Sehwyz, en dépit de la donation de la comtesse Elisabeth; d'aillêlîrr il n'avait pas été fait mention de Gaster et de Windegg^ bien que Schwyz en eût pris possession avant la décision âe ce différend et malgré l'invitation contraire des Confédérés*
Leliourguemestre Stussi dit: ^Qme le fer décide !^^ Cé<pendant il commença par envoyer aux habiians ûe Schwyz une lettre ouverte, dans laquelle il ne leiu^ donnait plus lé , titre de Confédérés. Il leur proposa d'en appeler au tribunal de Tenipereur romain, chef de l'empire germanique dont ils relevaient les uns et les autres* hes citoyens de Scliwyï répondirent :^^ „Le droit impéri^ peut être e^ cellent, mais ce n'est pas celui que nous avons reconnu dans le serment fédéral/^
Les Zuricois et Schwyz mirent donc leurs armées en campagne ; elles se rencontrèrent sur le mont ËzèL Les trot^s de-Schwyz occupaient la hauteur; celles de Zurich, la partie inférieure |Nrës de Pfaef&kon. Stussi Ini-méuie s'avança contre la Marche; mais il la trouva si bien dé*fendue par des fortifications et par les soldi^s de Schwyz et de Glaris, qu'il se retira sans avokr rien entrepris. Itel Rediag reçut sur l'Ë^el des envoyés d'Uri et d'Untei*-» , walden. lU; le èonjurèrent au nom de Dieu et de la patrie de tenter «ncore de. faire ta paix , pour que l'on né vit pas (crime inouiî) le sang des Suisses versé par la main des Suisses. Mais dans cet incitant le sang coulait déjh. Une trouve de Zuricois s'était avancée jusque sous les avant-postes de Schwyz. Il y eut uh grand noinbre de blessés; onze Zuricois furent tués; les autres s'enfuirent.
Les Confiédérés obtinrent nn nouvel armistice, et enta* mërent de nouvelles négociations. Elles n'eurent aucun' résultat, parceque Zurich persistait h recourir h l'arbitrage
de remperewp rèmèin él à refuser celnj dei Conîiàérés, Ce refus exciU le courroux des cantons contre les Znricois. Zurich arma de nouvelles troupes, et Stussi» li la tite de plus de 6#00 hommes , marcha vers YEzeï , qù les troupes de Schwyz et de Glaris, ayee un renfort d^Uri ee d*Unterwalden , l'attendaient en bon ordre*
fl urriVa au milieu d'une nuit, comme par aurack, qu*nne terreur subite, dont la cause resta inconnue, s'empara des Zuricois postes prës de Pfaeffikon. Saisis d*efirot ûs se jetèrent tous dans leurs bateaux, au nombre de cinquante-deux, tt retournèrent en hâte à Zurich. Les troupes qui occupaient les hauteurs de TEzel en descendirent, ravagèrent, et occupèrent les bords du lac, puis engagèrent tous les Confëdërés à marcher contre Zurich.
L'épouvante, el le désordre se mirent dans cette ville destituée de tout secours; elle renoua les négociations rompues et se soumit k l'arbitrage des <}onfédérés. Dans cette situation, Zuriieb dut non seulement renoncer k toute ' prétention sur le Tockenbot^*g, mais encore céder k Schwjrz et h Olaris, pour les frais de la guerre, Pfsaffikon, WoUratt, Hourdcn et d'autres lieux, ainsi que certaines propriétés et' certains droits. Un canton fit des conquêtes aux dépens d'un autre. Ce fut en 1440. La même année Schwyz acquit d'une manière plus honorable te TÎMage de Mèrlischachen , sur le lac des Quatre-Cantons , en l'achetant des seigneurs opulens de Moos. Dan^ le même temps en- . core Uri trouva l'occasion de reprendre bi Léyentine, qu'il avait perdue. Voici le fait On avait refusé; soit k Airolo^ soit h BeUinzone, de rendre justice h quelques hommes d'Uri, iselon lès côbvèntions IK>uclnes entre les deux pays.. Pour venger cette injure, les bannières d'Urt, e revenant du mont £zel, passèrent tout de suite le Saint-Golhard et occupèrent sans résistance la Léventine et BeUinzone* Le vieux duc de Milan , qui n'était point préparé à la pïertti acheta chèrement la paix en cédant la Léventine èUri.
Sur tes entrefaites k duc Frédéric d^4iitriche , petitfiLs de ce Léopold qui périt h Sempacb, était monté sur le trône impérial. Il avait déclaré publiquement qu'il sou* geait h reprendre aux Suisses toutes les propriétés de kes^
aïeux* Dans ce bat, il faisait a^oder sans Félicite les du* positions du peuple, des nobles et des TÎUes de l'Argovie.
Cette nouvelle réjouit le boorguemestrè Stassi et le conlieil de Zurich,^ irrites contre les Confëdërës. Si Zurich , qui occupait la première place dans la Confcdëration snisse^ QÛt oublie oëuëreusement so|i offense et.rëvëlë aux allies les .desseins de TAutriche , de quel ëclat sa magnanimitë aurait brille alors aux jeux de ses Confëdërës, etkrillerait k jamais aux yeux de leurs descendans! — Mais Zurich n^ëcouta que la vengeance, ne sentit que son injure, oublia ses 'concitoyens et conclut secrètement une alliance cri« minelle avec Tcmpereur. il n'y avait point de grandes amcsu Ce traite honteux fut conclu l'an 1442.
Dès que le bruit s'en répandit , les Confëdërës accu^ aèrent unanimement Zurich d'avoir viole ralliance perpétuelle. Des diètes s'assemblèrent; Zurich fut sommé de se séparer de l'Autriche. Il y eut un gi*and nombre de pourparlers inutiles ; Zurich n'abandonna point le parti de l'empereur. Ce souverain envoya vers les Zuricois le capitaine Tburing de Ilallwyl, pour recevoir solennellement le serment de ôdëlitë a l'empire, le serment d'une alliance ofiensive et défensive. A la demande du cajfitaine , les Zuricois ôtèrent leurs croix blanches, marques dislinctives dès Suisses dans toutes leurs guerres, et prirent les croix rouges telles que les portaient les Autrichiens. D auti*es ornèrent aussi leui*s chapeaux de l'aigle impériale et de la plume de paon.
Les Confédérés furent navrés de cette conduite; tout le peuple, enflammé de colère. Des injures, de mauvais, traitemens, des assassinats» des incendies, accompagnèrent de cette .mésintelligence. Ënlin une guerre générale des Conifédercs éclata cqntie Zurich. i
Dlgitizéd by VjOOQIC
Guerre de toits les Conféâérés contre Ziaich, Bataille, Je Saint'Jaques. La paix.
(De l'an l443-à l'an «450,)
La dëdaiAtioa de guerre des Confédérés n^istimida point Zurich qnt comptait sus le seeonits puissnnt de FAntrîe]ie« Déi« en cifet, à la sommation de rempcreur, Tha«^^ ring de HallvvtyU un grand nombre de chevaliers, et de soldats, mèmn le margrave Guillaume de Bade, avaient vole an ser^urs de- la ville. On y comptait an- delà de 5000 Autricl^iens.
Alors coDimenç». one guerre de Suisses contre Suisses* Pfès de Pfœffikon et de Freienbaclr, sur les rives du laé de Zurich» les soldats de Schwyz combattirent avec succès contre les Zuricuis en nombre do|ible$^de même Luceme . Uri.et Unte|walden , sur les hauteurs duHir^el, contre les .Zuricois qiii s'y ëtaient retranchés derrière des remparts. Les, jreuipactfs furent pris etrenv^sés; beaucoup de «ang généreux coula. Qui voudrait énumérer les villages réduits en cendres au bord du lac , dans les pays de ZQUgj de Sphwy» et dans l^s bailliages libres t Glni^e t jour ie ^.ei^g rougissait la terre , chaque nuit la flamme ; rougissait le ciel. La ville de BreiUgarten se défendit en vain avec intrépidité , po«r maintenir la^ portion de. souveraineté que Zurich avait eue sur elle* Le sort de Bre'm* garteu effraya Bade, qui aurait voulu rester neutre, mais . qui dut ouvrir $^% -portes aux Confédérés. Ni la tour de Rumiang, ni les forteresses de Gruninguen et^de Reguensberg né parent résister à la fureur des» Suisses.
Enfin Scfovyz,Hci, XJnterwalden „ Glaris, Zoug, Lucerne, au u'-tml^re de 6000 honunes^ passent TAlbis peur ^ marcher sur la ville de Zuvich. Itel Reding marche avec . eux. Les Zuricois etjles Autrichiens, h pied, à cheval, volent au-rdevai|t d*eux emportés par la rage ; le bourguemestre Stussi dans leurs v^ngs» On oourt,, on traverse la . Sihl. Avides de carnage, \e% .deux armées se rencontrant danj^ies prairies entre le village, de Wiedihon et Tantii^.. chap^e.de Saint*Jaques , le 22 judUt 1443. De ch^que4.
c6të des milliers de eombattans ; de tontes perts des cris, des gëmissemens, le carnage* La tenreor s# rëpand dans les rangs des Zoricois qui eombattent sans ardre parceqit*i!8 Sont sortis en désordre. Us s'^enfujient dans k plnS grande confusion^ et repassent lepont de la SM. Ui, le bonrguemestre Stnssi, vénérable par sea ehevottz blancs et par son hëroisme, s'arrête au milieu du pont^ brandit sa hacbe d'arme et s'écrie: » Arrêtez, cito^enSy affrétez !"* ' Mais -un cilojeB de Zurich lot erie d'une vpix terrible; ^ue la fouchre du ciel t'écrase, tout le mal nous YÎentdç toi seul ! ^ et ii: loi passe sa lance au travers du corps» Le bourgnemes^re tombe avec fracas dana soo armure. Amis; ennemis, tout passe sur son cadavre et vole au faubourg. Les citoyens barricadent les portes de la ville; le faubourg est pillé par les vainqueurs. Ceux-ci coupent en pièces le cadavre de Stussi , décbirent son cœur de leurs dents, enduisent leur chaussure de la graisse de sen^corps^ et fetteni ses restes mutilés dan^ les fiots d& ta -Sihl. Des maisons , des villages < en flammes servent de fiambeauar aux vainqueurs qui, assis aur les cadtfvers dt le«H?s enhe« mis, boivent à, leur victoire au milieu de l»-nuit. .
Ensuite les Gonlédéréi ass^ëreftt le fort de Bappers* wyl, occupé par les Autrûchiens ; les Bernots assiégèrent Lai^enbourg Mais ces deux places timreut bon«' La f or*^ teresse de Greifensée, au contraire , lémba lorsqu'on f^donna l'assaut. Jean de BreHenlandenberg, surnommé Jean le sauvage, Pairait défen<kie vatltammctit avec un petit nombre d-hommes pendaiit vingt-six jours. Ce siège coûta cher k Itet Reding et à^ ses. Confédérés. CeuxMïieki fureitt tellement exaspérés, qu'us- demandèrent à gt^ànds . cris la mort dor Jean le sauvage et de Ses héro9, qui sa rendirent à discrétion; ,^Totts,* s^éc^ia la soldatesque farouche»: n^tons mouront, et ceux de Gr^ilensée. aussi]** ^ Le capitaine Hokiach de Mèuzingnen sur le lac de Zong fit entendre sa voixr yGohfédéré»^ craignefz Dieu, épar^ gnez le sang innocent, ne souillez! pas'lliomieur' de la Gon^ fédération^^^ Mais le LaBdammvnn Itel Réding répondit: ^€et'faomme a des senlimensr autrichiens i' qu'ils meurent tous, h l'exception dès citoyens de Grreifensée.^ Les bordés sanguinaires poussent des hnrlemeno d'approbation. -Vieillards « hommes» femmes, pères» mères, ^^florént en vain
la pillé* Rëding donne le sîgnftl;. le cerc^ ^st fennec le . bourreau de Berne y eatre* le glaive à la main* Jean le* sauvage n^art eanrageusement. Les têtes de beanconpi
^ d^airtr^s tombent auprès de la sienne. Le bourreau s'arrête^ regarde Itel Bedtng, et semble demander ^ee pour ks antres. Rëding rapostroplie plein de colère; ^Si tu ne< ronpb's par U^ office y un ai^rc le remplira sur la personnc^^ Alors tombent aussi* les têtes de ^êlix Ott, de Jean £seber de Zurieb et des autres* -A la cin«[uantiènM;, la nuit est dëjk Tenue. Reding fait allumer des torcbcs de paille pour édbiiirer'la fin de Tcsuvre saofçknte. Lors* que lé soixantième est abattue.» Rëding s-iloign« de la fouk saisie d^boireur.
Les Gonfëdërés retonroèrent contre Zuricb arec 20^000 h^Mumes et mirent le siège derant la ville dans Tët^ de 1444. Les Zuricois se défendirent avec courage. Seisa d*entp'eux»'sar»ommcs les boucs, avaient formé une so^ ciëté militaire et firent beaucoup de mal aux Gtmfédéréa ^'ils attelaient en partisans.
La noblesse ' autrichienne de TArgovie aussi fut active dans rintérét de Zurich. Le comte souverain du Boucha* gan et^'du Sissgau, Thomas de Falkensteilsy pour nnbre aux Bernois, envoya deux de ses gen^ arec ordre de mettre le feu k la viife 4*Araa pendant la nuit. Ce coup ntayant pans réussi, il traversa & cheval la villa de Bf^ugg, accompagné de deux, seigneurs • de Baldegg, et dit i yNous venons du camp de Zvricb, et nous allons à Bâle char«
* cher le seigneur évé«{ue pour nous aider h faire la paix.* La seconde nuit après, il repavait aux poHeade Brongg. «Nous apportons la paix,"- dit-il, ,^voicile seigneur évique; ouweï^tous.^ A ses côtés se trouvaient deux de 9^* gens
* vdtna aux couleurs as Bâlé* Legacdien trompé ayant du vert la ^porte de la ville, Falken&teitt y entra avec 400 cavaliers,, pflîa la vinc,. fit saisàr et enfermer l'avoyer £ffinguer, les membre» du conseil et les principaux. citoyens. Il se pro« posait de les fiiire décapiter an point du» {our. Biais la bruit de son actton.s^étaiftdf^h répandu dans lea environs; les paysans se levèrent de ton^ c6tés» Falkenstein fit mettra le.fe» h la vâle et éuunenec les prisonniers.. Ils devaient étreexéeiéde^éina.une éaréMa chèncet^non loûn dé Brongg. , A la' priera da ^9Êm4» Rechberfsi, k'on Âtm oonplicea de
lia
F/i1keiist«ïd y iU §areai eqintenës à Lavfeiiboiirg et gmtàé» secrètement àtms tme tour siinée sur un rocher au bord dit Rhin. L'iiii d'eox,^Burgoi Knffer, descendit de la tour au moyen d*ane corde faite »vec 8ts draps et ses- cov^ertnreis, s'ëlança dans les flots dn Rhin, parvint k s^ëchapper» ' et dëcoQTrit tout. Les dauies de Breu^o; rachetèrent ]a< liberté de leurs maris à fo^ce d'or. Pour yei^er cetteaction , les Soleurois démolirent le château de Gcesgwea propriété de Falke&slein; ils attaquèrent de mémeJFarns* bonrfi^ et d'autres châteaux Corts.
Cependant la rille de Zurich ëtait toujours assiégée et'. Ttvement pressée. L'çmpereur, occupé à une. ^pierre loin^ taine, ne pouvait y envoyer aucun secours. Il pria Je roi de France de le défendre contre les Suisses. A ceUe époque, la France était couverte- de .troupes indisciplinées^ p«:mi lesquelles se irouvaient des An«;}ats et d'autres étrangers qui» jusqu'à leur déconfiture v lut avaient fait la guexxe sous le commandement d» comte d'Armagnac^ Le roi les j^éunit, leur donna des chefs, et les envoya an secours de Zurich .«sus le^ ordre» de rhévitier de la cou-» ronne^ le dauphin Louis.' I^s Arml^gnacs étaient au nombre de 30,000; ils arrivèrent près île Bâle pendant que les Sbten#^. rois, aidés par des troupes deBo'ue, dé Lucerne et deBâIe, ^ assiégeaient la < haute lorterresse de Far iisbonrg. Ceu z-«i expédièrent^' en bâté des inessagers ati éamp» devant Zuricbr' poar demander du secout's contre le» nombreux Arma* gnacs* ^Cè ne sont que de.misérabkfs* fats,^* répondirent les assiégèans,. et ils se contentèrent d'envoyer 4 FaTns<»> bourg un renfovt dje 600 hommesb .
. A . la nouvelle que- les Français couvraient dé)h les chanips de Monehensteto , non loin de Bâlè , 960^^ «eux quiussiégeaient F^rosbourg et les 600 hommes nouvellement . arrivés allèxtent à lemr rencontre- 1^ 26 aoûttlM4, au point du iou£, il< teouvèrenti 4000 Aruiagnacs» devant le village de Frattelen; ils. ieur. livrèrent un combat sanglant» les., repoussèrent dans. h(nr» fortiMcati<m^ pi es de Moutlensb.» puis les for.cèrent d>n sortir etde>s6 )<eler dans les fUA% de la Birs qui co4»l(s prè» dir tiu ;r . . fu
, Du haut des toiirs.de la ville^ les habttwns de Bâie furent t^én^ins de la<.*^enii tnreo' hiiqiielle ^la petite > troupe des Suisse ^%vanvaitJe«itl»e ji^eiineA^ silsupéi ieut» en temlnie^
Trois mifle B4WÎ8 sertirent de leurs jnhrs potir engager les Suisses a s^y retirer. Ils n'y réussirent pas. Lés Con* *^ fédë^rës U^aversèrent la Birs h la nage> ÎKirivèrent an rivage oppose, maigre les terribles de'charges des ennemis, dont tontes les forces ëtaieot rangées sur les bords de la rivière. Ils pénétrèrent dans ces hordes ifuiombrablvs , senibkbles à des anges dîBSfruçtettrs. Ils forent bientôt séparés, mais ils ne s'en battirent pas moins , 500 dans une plaine , les , autres derrière le ^nur du jardin de Thâpital près de Saint- Jaques. Terribles comme des lions ,> ceux de la plaine luttèrent avec achai^neiiient jusqu'à ce qu'ils tombèrent morts sur les cadavres d'ennemis nombreux ; tués , leurs rangs^ étaient aussi serrés que pendant la bataille. Terribles comme des lions, ceux- du |ardin combattirent avec non moins de -courage derrière leur 'mur» trois fois ils repoussèrent l'assavt f. deu« foi» ils firent une sortie; le mur croula V rbdpital et U chapelle brûlèrent. Tous les Conrédérés moururent en b^rfis. On en trouva 9^ étouiïés dans les voûtes des caves. Mais des milliers d'hommes et de chevaux ennemis jonchaient la terre eptre Saint.Jaques et Prattelen.
A la fin de la bataille qui avait duré dix heures le chevalier > BourUard Muoch, seigneur d'AuenUein et de Landskron> ennemi des Confédérqs , parcourait à cheval le champ de bataille, accompagné de- quelques autres chevaliers; foulant les cadavres ées Suisses, il s'écria dans •a joie : ,^IVlaintenant je me baigne dans les roses ^^ Alors^ se ralevant du milieu des morts, le ca|ûtaine Arnold Schik d'Uri lui cria : ,^ Baise encore cette rose-ci!*^ et lança au front de Bourkard une piei*re meurtrière.'
Quinze ^cents Confédéré moururent glorienseinent h Saint-Jaque^; dix seulement sauvèrent ^leuj s jours par la fuite. Us furent honnis^.danS:,lnute la Suisse et repoussespartout!, pour n'avoir, pas. voulu partager en vrats Suisses la ^oire du courage, dts liéros et Ir gloire de leur trëpas.
Le dauphin s*arréta sur le champ du carnage, et n'osa pas aller plus> avant. Il venait d'apprendre que les Confé4és^s uvai^t quitté les mUrs de Zurich pour marcher contre lui «avea toutes l^ors fonees..'>^Si des centaine^ nous, ont fait nager dans notre sang,.^ a'écria-«t-il,«qae ne
feront paa de* milliers P^; -r Pfct a dtfretfxeef pour leor bravoure, il condtit ayec tnx une paix à Cnsithcim.
Cependant la gaerre intërienre , contre Zurich « TAotnehe et la nobkise dévouée à cette puissance, continuait toujoni'S. Bâie se fotgnit courageusement et fraiicheinent aux Confëdërës , parta<3^ea avec eux tous les dangers des combats, chassa de son sein tous les nobles qui avaient aidé les Armagnacs de leur conseil et de leur secours. Ses troupes mairchèrent avec celleé de Berne et de^Soleure sur Aheinfelden. Cette ville était dévouée aux Suisses, mais sa forteresse située sur un rocher dans le Rhin étoit oc- ' cupée par Jean de Falkenstein, par Hallwyl, par beaucoup de gentilshommes^ et d'Autrichiens. Tous s'ienfutrent de nuit ^ la forteresse fut ruinée. — Rappersvr jl d«t aussi endurer un nouveau 'siège; c'était me place forte. Jean de Reéhberg et les Zuricois la soutenaient vigoureusement. Mais les troupes de Schwysb et de Luceme les battirent complètement près de Wollrâu, dans une belle nuit d*hiver (le 16 décembre 1445). L'année suivante (la 6 marik 1446), le* Autrichiens épronirërent une défaite plus sanglante encore , lorsque , au nombre de 6000 hommes (Jean* de Rechberg était avec euat), ils Toulurent pénétrer en Suisse' près de Ragax: iiOO homnies de tous les cantons rempor* tèrent cette victoire déoisive, dont la paix fut le réstdtat.
Une guerre si peu glorieuse pour lui déplaisait à Tem* pereur, qui d'ailleurs avait d'autres embarras de cette' nature. Stussi ayant été tué et Itel Reding étant aussi mort, Zurich et les Confédérés se rapprochèrent sans peine. A In vérité le feu et le fer faisaient encore ça et là quelques ravages, mais on négociait avec activité, jusqu'à ce que l'avoyer de Berpe, Henri de Boubenberg, pro. nonça le IS de fuillet 1450, cette ^iftencê arbitrale: n^urich renononra kson alliance arec rAutriche et recouvrera le terr^ire que les Confédérés lui ont enlevé , h Texception île celu^ qu'elle avait pçi*dil précéde^nment sur les bords supérieurs do lac/ '^) -^ Toutea les parties consentirent \i
*) La rive méridioayè «l^liiplBSi po^ite^patÉte èà Iscrlb» totieot ^ do pool de PimOàmmi œ Ifetrkairt- Bit. àojoord'hdr païUe do oBoton de Schwyz. ^
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laisser le Tockenbonrg k iin.parént da comte , au seî^enr de Raron, qui le vendit plus Urd (en l469J à l'ab^ de Saint-Gall.
BJieînfélden est dévaste f Fribaitrg tombe aie poitvoir de la Savoie ; la Tfiurgovie devient un bail- ■ Uagis conmum de la Confédéraiion^
(De l'an 1450 à Tan i46S.)
Tant que les Confëdérës étaient occupés k faire la paix, il arriva un forfait inooi. La rille impériale de Rbeiofelden, dcTonée aux Suisses ^ autrefois hypothéquée k TAutriche, pura rendue h TEjnpire , était confiée li la protection de Bâle, de Berne et de Soleure. No soupçonnant m danger, ni maùTais dessein, chacune de ces villes s*était contentée d'y envoyer un gardé pour la représenter» Mais le. che^ valier Gruilîauuie de Grunenberg , à qui VAulriche avait permis de prendre la Ville de Rheinfelden comme hypothèque, en remplacement du château qu'on lui avait ruiné, conrôvtait la possession de cette ville* Il engagea Jean de Rechberg k la lui livrer par ruse. Thomas de Falkenstein, rineemtiaire d'Aarau ,. rauteur du massacre nocturne de Brougg, se montra aussi àiê^^osé a seconder cette entreprise.
Un matin (en navembro 14^) pendant le service divin, on vit afrriver devant la ville un bateau chargé de bois qui descendait le Rhin ; quelques homuMS en longs sar-» raux grif, ^ni s'y trouvaient, dirent qu'ils revenaient d'un pèlerinage k Notre-Dames-des-Ermites^, et qu'ils s'arrêteraient dans la ville pour dîner. Mais dès qu'ils furent sous la po^e de la ville, ils fêtèrent leurs sarra«ix, se montrèrent en armes et cuirassés )ét tuèrent les gardes et les péagers ; 120 hommes armés sortirent de dessous le> bois du bateau et portèrent le carnage dans la ville ; Crrunenberg h la tête de 600 soldats, qui s'éetièllt tenus cachés, entra par la porte opposée après favétr enfon^
cëe. Us massacrèrent ceux qu'ils troaTërent dans les rues , pillèrent les maisons ^ cotùmireut 'tous les excès ; chassèrent hommes , femmes , enfans ; ceux-ci , dépouillés de tout, se retirèrent a Bâle, où ils furent accueillis par la pitié et logés dans Thôpital et dans les auberges.
Les Bâlois ne s'en tinrent pas là,. . Ils se mirent en marche , en Iroupe nombreuse, animés par la vengeance, battirent PwCchberg et Falkenstein , et brûlèrent beaucoup de châteaux, repaires de brigands nobles. Mais lorsque^ bientôt après , le traité de paix eut rendu Rheinfelden h la maison d'Autriche , les nobles ', obligés d'abandonner la ville, «mportèrent tous les meubles et. les ustensiles, brisèrent -les portes , les fenêtres , les poêles » et ne laissèrent que les murs.
Une grande partie de la Suisse était désolée par la guerre. Le commerce et les métiers languissaient dans les villes; dans les cam|>agnes, Tagriculture» Cette guerre insensée avait coûté aux Znricois 1,070,000 ilorins. ils tirent rentrer tout l'argent qu'ils avaient prêté. L'empew reur Sigismond leur ayant hypothéqué le comté de Ky* bourg et ne pouvant pas dégager soa hypothèque, la maison d'Autriche leur abandonna en propriété perpé«* tuelle ce comté, à titre de payement,
La guerre avait fait naître e»tre' Berne et FriliiH^rg une animosité qui subsistait encore'; dévoué k FAutricfaiB^ Fribourg s'était toujours montré contraire aux Bernois et aux Confédérés. Cette ville avait pasàé des mains des ducs de ZœbringueUf se^ fondateurs, aux héritiers de Kybourgj qui la vendirent à l'Autriche ; de 1^ ce grand dévouement k cette maison. Aussi Berne s^smpressa-t^il de fournir du secours au duc de Savoie, dans les différends qui s'élevèrent entre lui et Fribourg et qui iinirent par une guerre*
La paix. rétablie, PAutriche récompensa mal la fidélité ^es FribouTf^ois, Ë-ile les traita durement, cassa arbitrairement les, avoyçrs et le conseil, refusa de rendre les sommes empruntées* et donna le commandement de la. ville au maréchal Tharing de Hallwyl , dont l'autorité fat sans bornes^ et la domination sans mesure. Cette conduite a^i^a' le$ cœurs dea citoyens , et lit naître de» conspirationst^tt des^ trauMea ; le peuple songea dès ce
mmnent h secoaer le )Qiig de ÏAntrkHe. Berne s'enrëjouit dans Tespoix' ide profiter de ces circonstances et d'éloigner k jamais de son voisinage la redoutable influence autcip> chienne. Dans le n^éme temps Iç duc de Savoie réclama de la ville épuisée 200/QOO florins cp'elle hii devait. Le mauvais état des afiaire^ fit comprendre à l'Autriche
^ qu'elle ne pouvait plus conserver Fribourg i elle négocia avec la Savoie et fjrt bientôt d'accord avec elle. L'Autriche ordonna au maréchal de Hallwyl de quitter la ville. Cet ordre l'afflif^ea. Il dit aux Fribourgeois que le duc Albert allait arriver dans leurs murs ; qu'on préparât une réception solennelle , et que le& citoyens lui envoyassent leur argenterie, afin qu'il pût traiter le duc avec la splendeur convenable. Des qu'il eut reçu l'argenterie il la fît emballer et l'expédia secrètement. Fuis il monta à cheval avec ses chevaliers comme pour aller au-devant.du duc ; l'avo-
. yer et beaucoup de conseillers les accompagnèrent. A une lieue de la vill« , il se retourna , remit k l'avoyer un acte par lequel le duc Albert renonçait k ses droits sur.Fri* bourg; puis il ajouta: „ Votre argenterie est le prix de votre liberté. Adieu î '^ — Hallwyl piqua des deux ; les Fribourgeois retournèrent, chez eux remplis d'étonnement.
Mais il y eut de nouveau désordres , uite nouvelle agi- tations. Le peuple de la campagne était en opposition avec la ville. La ville ^ de son côté, craignait de retomber sous, i«r puissance des Bernois. Le d\ic de Savoie exigeait impérieusement le paiement de la somme qu'an lui devait. Jeté p9r Ik dan» un grand embarras,, le conseil de Fribourg se soumit a la domina ti(^n et à* la protection du duc die Savoie. , Le 10 de jiiin 1452, dans l'église cathédrale de Saint-NicoW, L'avoye;:^ le conseil, les soixante , les banuerefcs, les dcnx-eenjto , toute la corn* munauté de' la vill^ et des campagnes , jurèrent fidélité au duc de Savoie, qui,. Il son tour, confirma les antiques privilèges de la Ville et de la campagne qui en dépendait Sur ces entrefaites, malgré la paix on n'était pas tran?» quille dans le reste de la Suisse. Les guerres continuelles avaient doon^ aux mœur» dé ia rudesse et aux esprits, des goûts militaires. L'homme du peuple aifnait mieux se battre et faire du^ boulin, que labourer la terre , conduire des ^troupeaux ou exercer un métier. Quand son
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pays était en paix , le *on du tambour Tentratcait dana un pays ëlrang^r. Des eàrôleurs venaient engager des «oldats pour le service d'Allemagne et pour celui, de France. De leur cété, lc^ seigneurs et les gouvernemens, toujours avides de s'agrandir» eherc]Miieat k st faire, une fortune et un nom auprès des souverains, parceqn'ils se considéraient eus-mémea comme lea souverains de leura peuples. . ' .»»
Voyant ces dispositions, le roi de France témoignn k<»aucoup' d'amitié aux Confédérés , iît une aUiance avec eux, comme avec de lions voisins (en i453), et des centaines de Suisses grossirent êt& troupes et lui vendirent leur courage. Le due de Milatt, par le même principe^ concéda la Léventiue k 'perpétuité au canton d*Uri, et conclut un traité ou capitulation (en 1467) avec les Suisses» rela'ti vendent eu transit, à la liberté du commerce, aux péages et aux diflérends jiÊridii|ues. Ce furent là les premiers trait és^' des Suisses evec- ces voisin» dont ils devaient ensuite arroser les champ» de tant de sang si précieux et si honteusement vendu !
Cependent ils avaient constamment chez eux deê sn^ îets de querelle ou de guerre. Quand on en cherche, on en trouve toujours- de lustes ou d'injustes* Le ville de Strasbourg s'était plahite eoprès -du gouvernement de Zu* rsch que le gentîÀiomme-brigMid , couUe de Thenguen, pillait les négocians^trasbourgeets; hs TLiaieoiis coururent vfu^ger leurs amis» Us prirent ^Nsàu et R&einau , et gardèrent, pour les frais de la guerre, Egltsau tt le cou. vent de Rheinau soua la protection de lu Suisse (en 1457). Pour témoigner sa Meon naissance, Strasbourg invita le vaiUante jeunesse de Zurich i une fdte consacrée h la vietoire et h fanittié^ Les jeunes Zurtcoii descendirent en bateaux la Limmat, l'Aar et le Rhin jusqu'à' Strasbourg ; ils prirent «vec eux de la bouillie de mil; brâlante et de petits pains chauds , le toui bien enveloppé. Le soir ils débarquèrent h SUrasbourg et ofirirent dans le {oyeux repas leur bouilllie et leurs petits paine encore chauds , pour montrer avee queUe célérité des emi^ peuvent se rendre auprès de leurs amis»^
L'année suivante une ÎÊtt miTicaire h Constance eut une issue funeste* Ua citoyen de Constance xttis^ de
recevoir d'un Lacernois «n jdappart bernois (le plappart était la vingt-neavième partie du florin), et appela avec mépris la monnaie suisse plappart de "rachç. Piqués de cette injure « tous les Suisses qnixtërent la f^le. Ils revinrent bientôt, au nombre de 4000 hommes de toas le« cantons, et ravagèrent les terres que la ville de ConsUnce possédait dans la Tlnirj>[Wie. Elle ne put racheter IsTpaix qu*à forcé d'argent. Cette guerre fut nommée guerre drs plapparts.
Comme les Coafédérés retournaient dans leurs foyers, sur leur route 300 hommes d^Uri, de Schwyz et d'Unter* walden demandèrent II la ville de Rapperswyl le passage et un ^te. On reçut amicalement les Suisses fatigués; car les habitans dé Rapperswyl, cfuoique toujours fidèles et dévoués aux ducs d*Auti*iche, avaient eu constamment è supporter de leur part de mauvais procédés. Ils étaient donc fort bien disposés en faveur des Confédérés ; aussi les rè'çurent'ils avec la plus généreuse hospitalité, et cette même nuit on se jura mutuellement amitié éternelle . sans^égard pour rÂutriche, Rapperswyl fit une alliance défensive avec lés trois Waldsta;ltcn (1458) * et plus tard aussi avec Claris (4464),
Cette nouvelle alluma le courroux de Farchiduc Sigismond; mais des embarras bien plus grands le tinrent tout occupé ailleurs et ne lui permirent pas de songer aux Confédérés. Le pape, en querelle avec l'archiduc, l'excommunia , et somma les Suisses de s'emparer des biens que rÀutrtehe possédait encore dans leur pays. Ceux-ci, sachant bien que nonseulement le pape mais encore l'empereur étaient opposés à l'Archiduc, se trouvèrent bientôt sous les armes , envahirent la Thurgovie , et Te? ligèrent de prêter sevment de fidélité aux sept can* tons de la Confédération, sous la ré$erve de ses droits et de ses institutions {lidîciaires. Diessenhofen se défendit en vain avec .courage, dans l'intérêt de rAutriche. Tout le peuple des campagnes était pour les Suisses. Dès ce moment les Confédérés , Appenzûi et Berne exceptés, conservèrent 1èr droits que l'Autriche avait eus sur la Thurgovie.
Berne et Schaffiionse furent toutefois associés a la juridiction sur Diessenhofen « dont ils eurent aussi le pro-
tcctorat. L'archtdac Toyant ^e tout ^tait perda pour lui dans ce pays , rendit* aux Zurîcois la viÛé de Winlerthoirr. C'est ainsi que la belle et vaste Thurgovie devint domaine suisse Fan i460.
A la même ëpoque, Mulhouse, ville impérial dans TAlsace, eut beaucoup k souffrir du brigandag^e de la noblesse des environs , et se trouva hors d'état de loi résister plus longtemps. Un maître meunier avait rétranché six plapparts du gage d'un de ses domestiques ; celui-ci avait iuiploré Tassistance d*un gentilhomme; le gentil^ homme en prit occasion de chercher querelle à la ville* De Ik une guerre. Mulhouse demanda du secours aux Confédérés. Amis de cette ville, les Suisses se montrèrent prêts à la soutenir. Li^ noblesse sut mettre Sigiïmond duc d'Autriche dans ses intérêts. Après de longs pourparlers sans résultats , les torches de la guerre, allumées de nouveau, ravagèrent la contrée qui s'étend depuis SchaÔlionse jusqu'à Waidshout et Mulhouse. Beaucoup de châteaux et de villages furent changés en déserts, beaucoup d'hommes , noyés dans leur sang. Vainqueurs sur tous les points , les Confédérés mirent à la lin le siège devant Waidshout. Bera« était d'avis que l'on prit la ville d'assaut pour qu'à l'avenir elle servit de rempart à la Suisse contre TAliemagne. Les autres cantons avaient des vues moins grandes. Berne se tut à regret en vojrant ses Confédérés accepter un traité de paix , moyennant le paiement des frais delà guerre. Enfin on conclut à Waidshout une paix qai mit Schafthouse et Mulhouse à l'abri des attaques de l'Autriche etde la noblesse. Ce fut en 1468. La même année le duc Sigismond fit aux Confédérés une cession solennelle de tous ses droits sur la Thurgovie.
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Union des trois ligues de la Rhétie. Discorde a
Berne. Commencement de la guerre de Bowgogne,
(De l'an 1469 à Tan l476.)
Les Grisons a* avaient pris aucune part à ces guerres et jà ces troubles qui désolaient la Suisse, queli|uefois méuie pour li^n pJappart. ils rivaient alors dans Tiono* eence de leni!> premier amour pour la liberté et pour les droits éternels que Dieu a donnés h tous les hommes. Ils ressemblaient à ces preiniers^ Confid^rës qui, loin Ji'.étrc avares de là liberté , aimaient à la voir fleurir chez les autres , ne demandaient qu'à vivrç indc'pendans de la tjrannie et des caprices de seigneurs puissans -ou de princes V et ne desiraient po-iAt conquérir par l'or ou par le fer des sujets et des esclaves. Beaucoup de vallées des trois ligues rachetèrent à grand prix les impositions qu'elles payaient à leurs anciens seigneurs ; jamais elles n'&mployèrent, pour s'en affranchir, la violence et la sédition. Mais lorsque, malgré le rachat de ses droits, des seigneurs sans conscience Tonlaient de nouveau imposer leur joug k des hommes légitimement libres , le peuple, les armes à la main^se^ était avec la force du lion courroucé sur hes ennemis de &es droits et de son lH>nheur, et tx*iomphait comme \ei premiers Confédérés*. La vallée de Schams renferine les ossemens de beaucoup de seigneurs hautains tués (en 1460) pour avoir formé une j^bande noire^ contre les descendans de Jean Chaldar.
Pour se fortifier contre toutes les attaques de leurs ennemis et pour maintenir la concorde , des députés de toutes les communes et de toutes lès juridictions des trois ligues ^^assemblèrent dans le petit village de Vazerol, au centre du pays (147 1)* Là les trois, ligues jurèrent de rester à jamais unies pour le maintien de leut's droits, de partager les périls et la mort , de se défendre contre (es ennemis étrangers , comme uli seul peuple et un seul corps, de dëlibércB en commun sur leufs intérêts et de juger leurs diÔ'érens dans trùe diète atinuelle. Il fut convenH que la diète se tiendrait alternativement à Coire
dans la ligne de la Maison-DilcQ , k Ilanz dans ' la Hanta ligne et k Davos dans celle des Dix juridictions. Les dëpnt^s 4le la diète né seraient pas investis, dn pouvoir législatif, mais auraient seulement le droit d'initiative ; l'adoption ou le rejet de leurs proposi^ons appartiendrait au peuple asscnit^lë en communes. Au cas qu*il survint un difiérend entre deux des ligues, la troisième serait arUitie ; ce que deux ligues décideraient serait obligatoire pour la troisième^ Telle ëtait cette organisation politique. ' Chaque commune avait ses lois et son chef; plusieurs communes réunies étaient gouvernées par on landammann et avaient Jeur basse et leur hante juridi«« tion ; c^est pourquoi une seniblable réunion de communes s*appelait«une haute juridiction; plusieurs hautes juridictions formaient une ligue , les trois ligues composaient la république des Grisons. Le peuple élisait et installait ltti-£ix4me ses magistrats; SiO& choix tonibait toujours sur les gens de bien les plus c&jy[aiables et qui lui inspiraient le plus de confiance. *
Tandis que 1^ concorde «'affermissait àmis les Alpes rhétien»cs , la dif corde faillit h jet^r Berne dans un abimsa de luaux^ Cette ville , bâtie autrefois par le duc de Z«ehringuen sur un sol libre., peuplée de bourgeois libres et d'artisans laborieux, comptait aussi parmi ses citoyens des seigneurs jumciers du voisinage ; la ville protégeant les droits que ces seigneurs possédaient sur son territoire; Ifcs seigneurs , en échange » prenaient dans toutes les occasions les intérêts de la ville en bons citoyens. Un grand nombre de ces femilles nobles siégeaient dans le conseil, et s'étaient de tout temps rendues utiles à la chose puèil^qile par leur sagesse^ leur courage et leurs bieni. Ils avaient surtout aidé la ville à augmenter la nombcijB de aes siijets par des conquêtes et des achats,, at à se mettre par là en grande eonsidération parmi les Cc^nfédérés. Toutefois les simples bourgeois se croyaient les égaux des gentilsl^mmes , tandis que ceux-ci laissaient tomber des regards dédaigneux sut les pelletiers» les bouchers, les boulangers et d'autres artisans honorables, et se targuaient ridiculement de leus noble origine et d« la série de leurs aieux. Cet^ morgue excita .les bourgeois k les humilier et à les vexer en toute rencontre*
Une occasion particulière fit ëclater ktrf haine k l'ëpoifiie dont nons parlons. Un1>aiflt*> de la «eigfieuri© de Wbrb, qni avait outrepassé isa ^^tômpëtencc , doikniS lieu à une grande division d'opinions dans le conseil de Bet'Àïe. Oon« damné par s^s )u^s» le bailli en appela au grand con<« seil; de là denx partis : celui des seigneurs lignés pour le ntainlien de leurs prérogatives légitiines et obstinés à demander un tribunal impartial, et celui des autres mem-^ bres du grand conseil; le chef de ce dernier parti était un boucher, Pierre Kistler* Mais on refusa solennelle-* nient de reconnaître le^ prérogatives des seigneurs, c'est pourquoi tous abandonnèrent la viHe avec leurs femmes et leurs enfans, et se retirèrent dans leurs terres seigneu- 'riales. Devenu ensuite avouer de Berne^en 1470) , Pierre Kistler se plut à humilier les nobles et fies assimiler en tout aux autres citoyens. Les avoyeitfl^ conseils et bourgeois de Berne publièrent , eu conséquence , une ordonnance sévère contre le luxe des haliijlemens. En apprenant quelles devaient renoncer aux longues queues de leurs robes, les femmes et les filles^ des nobles éclatèrent en lamentations et engagèrent leurs maris k refuser obéissance, vu que la longue queue était la marque distinctive de la noblesse. De nouveaux troubles s'élevèrent; les Confédérés inquiets oilrirént leur médiation* Le conseil de Berne fit d'abord exécuter rordonnanee, et bannit la noblesse; celle-ci se soumit. Cependant peu d« temps après ^ 8 avril et 17 mai l471 ) on adopta des lois somptuaires moln^ rigoureuses, mais^ elles furent mieux observées. Le calme se rétablit.
Jamais la paix n'avait été plus nécessaire; car bientôt après les Suisses eurent besoin de la plus parfitâte concorde, pour ne pas devenir la proie de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. Ce prince, superbe, ambitieux, avide de gloire, s'enfiaofmait de colère à la moindre résistance. Sa domination s'étendait depuis les fronti^es septentrionales de la Suisse, le Jura et le Rhin, entre ce 'fieuve et la France, jusqu'à la mèr du Nord. U «vait
*) Freiweibely magistral à qui appar tenaient lei jngemens de piemiére ia»UQC0 dans la police judiciaire et administrative.
ckatsë, les annes à la tnain^ Renëi duc ée Lorraine, et, 8*avançaiit jns^e sous les mors de Paris , avait effraye sur son trône k roi Louis XI. Celui-ci haïssait le duc de Bourgogne » e( lui suscitait sans relâche de nouveaux ennemis. Il s'adressa aussi avec beaucoup de flatteries aux Sniêses dont il avait appris à connaître la valet» re. dontahle dans les plaines de JSaiSit- Jaques, lorsqu'il n'était encore que dauphin. Pour obtenir leur secours contre le duc, il n'ëpargna ni les prësens, ni les chalâies d*or qu'il envoyait aux conseillers les pl«j& influens dans les villes de la Suisse. Renë de Lori*aine, chassd de sts états, implora aussi leur assistance, et mé^ne remper«ur d'Allemagne les encourageait à marcher contre la Bourgogne. A la vérité ils Avaient pas a se plaimdi*e du duc, quoique son bailli, Pierréflb Haguenbach, se fût montré négligent h protéger les négocians suisses, quelquefois makrailés en , traversant la Bourgogne. Mais ils ne ré.<;tstèrent pas aux prières et aux présens du roi de France } la yeunesse belliqueuse des villes était surtout avide de nouveaux exploits. L'Autriche, la Lorraine et d'autres puissances de î'AUemagne s'étaient coalisées, de leur coté, contre la Bourgogne.
Ainsi les Confédérés firent un traité avec la France (en 1474) et fondirent avec 8000 hommes sur la Haute- Baurgogne, pillant et brûlant tout; les Lorrains et les Autrichiens y entrèrent en même, temps au nombre de iO/000. Des troupes de Bâle, de Fribour^, de SchafOionse, • de Saint-Gall, s'étaient jointes aux Con£Mérés. On exerça les plus affreux ravages et Ton maltraita cruellement les comtes et les seigneurs du Pays-de-Vaud , dévoués a la Bourgogne, ainsi que le duc de Savoie, qui avait embrassé le parti de Charles le T^ëraire« . Les Bernois et les Fribourgeois prirent Morat qu'ils obligèrent ^ leur jurer obéissance. Les bannières suisies flottaient le long des rives du lac Lémau. Un grand nombre de châteaux devinrent la proie des flammes. Les Confédérés mirenl une garnison dans la citadelle de Grandson au bord dtr lac de Neuchâtel. Les Valaisans se joignirent k eux et leur aidèrent à combattre la grande puissance de la Savoie. .
Lorsque les Suisses furent bien engagés dans cette guerre, qu'iU faisaient pour le roi de France et pour
l'emperear d^ÂIleinagne , ces deux {^rinces les abai nërent inopinément par la plus lâche ])eri)die. L'ej^ renr, le premier, fit la paix avec le duc de Bourgogne, et donze semaines plus tard le roi de France conclut avec itti une trêve de plusieurs années (1475). A avait cependant promis aux Suisses de joindre ses armes aux leurs) au lieu de cela, il accorda même le libre passage au duc pour marcher contre les Confédérés. C'était à eux que Charles en voulait le plus ; il avait résolu de les humilier 4St d'en tirer vengeance. Charles avait une fille unique, héritière de tous ses étals ; il éblouit le roi et Tempèreur en les flattant séparément de Tespérance que le fils de rnn et de Tautre obtiendrait la ïnain de sa fille et tontes «es richesses. Mais, en effet, il ne songeait à rien moins ^u'à une pareille union.
S'étant ainsi débanrassé de ces deux puissans ennemis, il leva une armée considérable soit dans ses états, soit en France et en Italie. Les Confédérés trahis furent effrayés de ces préparatifs ; ils lui envoyèrent deux ambassadeurs pour lui offrir la paix, une alliance exclusive et toute espèce de satisfaction; mais il. rejeta fièrement leurs offres, traversa le Jura en partant de Besançon À la tête de ^0/000 hommes, marcha sur la ville de Grandson, bien résoin d'immoler les .Suisses h ^a vengeance. C^était au mais de mars 1476«
Issue de la guerre de Bourgogne» — Frihourg devient Ubre.
(De l'an i476 à Pan 1477.)
Lorsque le duc de Bourgogne eut passé le Jura , la ville d'Yverdun se trouva déjà en puissance de ses soldats, grâce ^ la trahison de quelques citoyens. Le château seul , défenda par une vafilante troupe de Bernois , tenait encore* Lorsqu'il parut devant Grandson , la petite garnison de cette ville résilta avec intrépidité
aa courroux du prince , et ne fut poin^ intimidée par les assauts qu'elle avait k soutenir le ioor et la nuit* Irrité d'avoir ^të arrêté inutilement dix jours entiers devant cette misérable place, il ordonna nne attaque générale, menaçant les Suisses de faire pendre, après la prise du château, tous ceux qui résisteraient plus longtemps. Cette menace ébranla le courage d'un grand, nombre des assiégés et surtout de leur lâche capitaine Jean Wyler. Dans ce moment arriva vers eux, du camp ennemi, un gentilhomme bourguignon qui pariait Tallemaud: û loua leur courage , dit que le due le respectait et leur promettait une libre retraite s'ils renonçaient à l'heure même à leur résistance valeureuse , mais insensée. Ce discours les persuada. Pour témoigner leur reconnaissance. a leur médiateur, ils lui iirent un présent de cent florins, et sortirent sans soupçon du château. Mais le duc les ilt saisir, dépouiller de leurs hâbillemens et pendre aux arbres par centaines ; d'autres furent cruellement traînés dans l'eau et tiraillés avec des cordes jusqu'à ce qu'ils fussent noyés. Saisis d'horreur, les Confédérés, forts de 20/000 hommes, marchèrent sans hésiter sur Grandson contre' une ai'mée trois fois. aussi nombreuse. Au poiat du jour du 3 macs l476, les soldats de Lucerne, de Schwys^ et de TObêrland bernois, se montrèrent comme avant-garde dans les vignobles situés entre le lac de Neuchâtel et la chaîne du Jura. Après avoir fait leur prière, ils commencèrent l'attaque. Les Fribourgeois et les Bernois avancèrent d'un pas ferme, conduits par un guerrier expérimenté Jean de Hallwyl et par l'avoyer de Berne Nicolas] de Scharnachthal. Cette avant-garde s'était déjà battue vaillamment pendant plusieurs heures et beaucoup de sang avait coulé, lorsque le gros de l'armée confédérée parut sur les hauteurs, dans l'éclat du soleil du midi. Du haut des collines retentit le son éclatant du cor dUnterwalden, et le sombre mugissement du taureau ^} d'Uri ; on vit s'approcher les bannières flottantes de Zurich et de Schâffhouse. y Quelles sont ces troupes?" demanda le duc. „Ce sont les hommes devant lesquels l'Autriche a fui,**
^) Espèce de cor qui imite le mugistement de cei aoim.V*
répondit le seigneur de Slem. ^ Malheur à nous!* s'écria lu duc ; „Tine poionée de ces hommes nous a faUgnës depuis le point du jour jusqu'à cette heure ; que dcTiendrons^ nous maintenant vis-à-vis de leur multitude?" La terreur s'empara de ses troupes lorsque l'œuvre sanglante recoin* niença. En vain le duc s'opposa aux fuyards; loin de pouvoir les arrêter, il fut entraîné par eux. Les Suisses acharnés les poursuivirent jusque fort avant dans 1^ nuit. Mais lorsque les soldats de Berne et de Fribourg virent devant Grandson les malheureux pendus aux urbres , ils montèrent au château , animés par la vengeance. Les soldats bdurguio^nons se rendirent en tremblant ; mais ils furent tous pendus sanis miséricorde à la place des cadavres àes Suisses que leurs amis enlevèrent.
Charles le Téméraire perdit milles hommes et son camp opulent, dont les richesses valaient au-delà d'un million de florin. Sa parure ducale, ornée de diamaos, de rubis» d'autres pierres '})récieuses et de perles , tomba aussi au pouvoir des vainqueurs. Un Suisse trouva sur la grande route un diamant gros comme la moitié d'nne noi^.^ Il voulut d'abord jeter cette pierre brillante, dont il ne soupçonnait pas la valeur; cependant il là garda et la vendit à un prêtre pour trois francs ♦). Après avoir passé de main en main, ce diamant lut vendu an pape pour vingt mille ducats , et il brille encore aujourd'hui sur la triple couronne. Un autre diamant, également trouvé dans ce camp, parvint par des ventes et des* achats successifs jusqu'à la couronne royale de France. Telle fut la richesse et la magnificence d«i butin«
Cependant Charles retourna bientôt en Suisse , par Lausanne , avec de nouvelles forces. Il passa son armée en revue près de Lausanne, au mois d'avril; elle était con* sidérable. Puis il se rapprocha des rives du lac de Neuchâtel, et de là il s'avança sur Morat. Adrien de Bonbenberg, avec 600 braves^ et les habitans de la ville, y fit meiUeure résistance que les défenseur» de Crran^Min. Tandis que le duc se trouvait arrêté là, les'G<mfédérés et leurs amis rassemblèrent leur» troupes. Bé)à Merat
*) Un franc de Suisse vaut 1 fr. 50 c de Fiance.
' était €11' grand danger; êes mors et ses toars avaient des brèches ^ le rempart s'ébranlait, mais nan le cannif^e de Boubenberg et des héros qu*il commandait* Il tint ferme jusqu'à ce qu'il Vit arriver de tous côtés les Confédérés et leurs alliés de Bienne, des villes de l'Alsace» de Bâle, de Saint-Gall et de SchaifHonse. Us marchèrent en avant f sur leurs pas, malgré le .mauvais temps et les mauvais chemins, des trpupes de Zurich^ de Thourg:ovi«, d'Argovie, de Sargans , venaienlen grande hâte. Jean WaJdmann, gêné* rai d^.s Zuricois, arrivé à Berne la veille de la bataille, n'accorda h ses troupes harassées qae quelques baures ie repos; à dix heures du soir .il lit sonner le réveil et se remit en marche. La ville était illuminée; devant toute» les maisons se trouvaient des tables servies pour les braves» Tout partit pour l'armée de Morat, dans l'obscurité de 1& nuit, au milieu de l'orage et de la pluie.
Le jour de la bataiHe commençait à poindre. Le cie% était couvert de nuages ; la plnie tombait par torrens* Les Bourguignons déployèrent leurs Kgnes immenses devant l'es yeux des Suisses. Ceux-ci comptaient k peine 34/000 combattant. Avant ée donner le signal de l'attaque, Jeaa de HaUwyl se mit à genoux avec son armée* Pendant qu'ils priaient le soleil perça de ses rayons les nuages.. Aussitôt .fean de HaUwyl brandit son épée en s'écriant : „ Levez- vous, levez-vous, Confédérés î Bien vient éclairer notre vicloii-e." Il dit. C'était le 22. de juin. Aussitôt retentit le bruit des armes ; en se heurte , on se frappé ; la bataille s'étend di^puis le laq jusque J^r les hauteurs. Hallwyl commandait la gauche ; à droite se battait le fort de l'armée suisse, Jean Waldmaun k sa tête; sous les arbrea du rivage , Adrien de Boubenberg. Hallwyl avait h soutenir un combat terrible ; il le soutint jusqu'à ;€e qu'il vit paraître au haut de la colline , sur les d^rières des ennemis , le général de Lucerne, Gaspard de Hertenstein, guerrier a cheveu^ blancs^ IdÉsIlwyl l'avait envoyé là' par des chemins détournés.. La mort vola dans t<ms jcs rangs des Bourguignons; les derniers, les premiers, tous étaient massacrés. Des milliers d'entr'eux combats* taient encore, des milliers tombaient, des milliers prenaient la fuite. Le duc, pâle, morne, voyant tout perdu, s*enfuit à bride abattue, accompagné d'à peine trente
chevaliers $ il arriva s«r les rives du lac de Genève: 15/060 deê «iens étaient concis dans^ la plaine entre le lac de Morat et la vifîe d'À^enchcs ; tn grand nombre en dierchant H se* sauver p^hrent dans les «aux da lac et dans les marais qui le tegpminent. Le reste fut disperse. Les tentes, les provisions, les trésors des ennemis dcr vinrent la proie de Tarmëe victorieiise. On jeta cnsnite les morts dans des ^fosses pleines de eliaux vive et on les recouvrit de terre. Quelques anëes après les citojens de Morat érigèrent un ossuaire qu'ils remplirent des os et des crânes ées Bourguignons , pour avertôr les étrangers de redouter le* Confédérés quand ils sont unis.
René , duc dé Lorraine , que Charles avait chassé de ses états, triompha lorsqu'il apprit les revers 4^ ce prince, n lit une guerre k outrance a son ennemi humilié, et lui xeprit la vàle de Nancy. Pour se rendre plus redoutable encore, il denianda aux Suisses un renfort do 6000 hommes; ils lui en envoyèrent 80GO, sous les ordres de Jean Waldmann, l'un des héros de la journée de Morat. A peine eurent-ils joint l'armée de René , que Charles le Téméraire reparut à la tétc de nouvelles forces, et attaqua vivement Nancy. René vola au secours de cette ville avec ses troupes et les troupes suisses. Aussitôt s'engagea une bataille sous les murs de la ville assiégée, le 5 janvier .i477« Mais Charles commandait une armée découragée* Le commandant' de son avant-garde, le comte Cola Campabasso, au lieu d'attaquer, passa à l'ennemi. L'armée de René l'emportait sur celle du duc , en nombre , en force et en courage. Celui-ci fut- vaincu sans peine; s'enfuyant à cheval, il tomba dans an marais couvert ^'nne mince côiiche dîe glace, et périt par la main de ceux qui le poursuivaient. Cinq cents seigneurs et chevaliers tom* bèrent si ses côt^s ; des millijeî*s de ses soldats )onchaient de leurs corps le champ de bataille. Ainsi, ânit l'adversaire redoutable des. Confédérés*
Alors les ennemis de Charles s'emparèrent de son pays. Mais les états de la haute Bourgogne envoyèrent des ambassadeurs aux Suisses, pour demander la paix; ils dësirèrent même* d'être reçus dans le sein de la Confédération. Les Bernois, politiques notant que magnanimes , parlèrent en faveur de leur admissiion; ^e Jura et les
Vo8g«8 ^ dirent-ils ^mous serviront de rempart contre la France. ^ — Lea antres cantons , surtout les plus petiia» furent d*an avis contraire. Ils craignaient qu'une si grande extension de la Coafëdëration ne les entraînât dans des guerres étrangères, ou ^e retendue de tant de grands cantons ne rendit leur propre petitesse plu^ sensible. Qn se contenta donc de faire acbeter la paix aux Baurguignons pour la somme de cent cinquante raille florins. L'arcliiduc Maximilien d'Autriche reçut sans guerre le sceptre delà Bourgogne avec la main de Marie, fille de Charles le Tëmëraire. Sons la condition d'une défense réciproque et dans L'intérêt d'une paix durable, l'Autriche fit une alliance perpétuelle avec Zurich, Berne, Luccrne , Uri et Solenre: peu après, Unterwalden, Schwyz, Zoug et Claris s'y joignirent. Par cette alliance l'Auti^iche renonça formellement à toutes prétensions sur ce que les Confédérés avaient enlevé à la maison de Habsbourg, et les deux parties contractantes se promirent assistance mutuelle en cas de danger.
Les Suisses firent aussi un traité d'^aUiancé aveé le roi de France, et lui pernurent l'enrôlement volontaire dans leur pays. Four cet effet il répandit en Suisse beaucoup d'argent, de présens , de pensions^ Les baillis, les gentilshommes, les magistrats enrôlaient ^ l'envi de vaillans soldats pour le service de la France; eux mêmes, comme capitaines et ofilciers supérieurs, s'enrichissaient des dons et de la solde qu'ils recevaient du roi , et s'empressaient par consignent de vendre en des pays étrangers le noble sang des Suisses. ^
Dans ce temps la Suisse était rem})lie de fainéans, qui avaient perdu à la guei^c le goût de la discipline, du travail, d'une vieréglée et honnite > ils ne voulaient vivre que de vexations et de pillage. Beaucoup d'entr'eux s'en allèrent h leurs périls et risques chercher fortune dans les guerres étrangères ; ««^s émigrations étaient continuelles. Beaucoup d'autres se livraient à une vie désordonnée et au brigandage. D'autres encpare . commettaient d'autres exc^s. A Zoug danS:le ^e^ps du carnaval, il yen eut qui s'entretinrent entre le jeu et le viu de la distribution inégale du butin fait ^pa B<mrgogne , et de l'avidité .des grands
seigneurs de Berne et de Fribourg, qui en avaient garde la meilleure partie. Ils se lignèrent, jurèrent d*aller leur en demander compte et s'appelèrent yla bande de joyeuse \ic/^ S'dgayant, s*amusant, tous armes, ils traversèrent los villes et le$^ cantons de la Snbse, pour aller chercher h Genève une contribution imposée à la suite de la guerre de Bourgogne et qui n'avait pas encore été payée. Partout, cur leur passage, la jeunesse amie de la {oie grossissait leurs raiigs. Ils ne faisaient de mal à personne et payaieot toutes leurs dépenses. Ils arrivèrent f Berne au nombre de 700, h Fribourg au nombre de 2000. Mais ce désordre fit naître des craintes. Les autorités exhortaient les citoyens è ne prendre part à aucun armement illicite. Des diètes s'assemblèrinit. On appaisa les jeunes gens de la bande joyeuse par des paroles amicales. Mais on ne put les engager k rentrer dans leurs foyers qu*après que Genève et Lausanne eurent payé leurs contributions flfrriérées. Alors ils se séparèrent.
Vers la même époque Berne fit la paix et une alliance avec la Savoie , lui rendit le Pays^de-Vaud , qu'il avait reçu en hypothèque, et dont il ne garda qu'Aigle; mais il obtint que la Savoie reconnut l'indépendance de Fri* bourg comme ville libre de Pempire romain (lie 23 août l477). Car Berne n'aimait pas a voir si près d'elle nne place forte entre les mains de la maison de Savoie. Pour prix de sa liberté, Fribourg se chargea d'une grande partie des dettes de cette maison.
La journée glaneuse de Giormco. ' — Nicolas Ide Fliie, — Fribourg et Soleuro entrent ihins ht Confédération* — Mort de Jeasi TValdmann a
^iricîi»
4 (De Tan 1478 à Tan 1489,)
Dans le.«» T-allëes et dans les montagnes, dans les cam^ pagnes et dans les villes dé U Suisse , tout le peuple ^tait rempli d*une arrogtnce soldatcscfue. Depuis tçue le duc de Bourgogne avait pesdU a^es trésors dans une bataille, son armée dans la seconde^ la vie dans la troisième, le Saisse ne craignait plus personne ; de Ik des guerres^ sans fin.
Un jour, des sujets du duo de Milan coupèrent du bois dans une forêt de la. Lëventine. Sur le champ de» jeunes gens d*Uri, guidés par la vengeance, passèrent le Saint-Grolhard^, pillèrent et maltraitèrent les habitans des premiers villages du IVIîIanez. Au lieu de punir ces feunes gens, le canton d'Uri les prit sous sa protection, déclara la guerre, aux Milanais, et appela les Confédérés. à sonr secours. Ceux-c: virent bien 1q tort du canton- d'Uri,* ils voukirent tenter un accommodement, mais en même temps ne {«as abandotiner leurs amis.^ Us leurs envoyèrent donc des troupes pour les soutenir en cas de besoin.
Voyant cela, le duc de Miian envoya le comte Borelli^ avec des for-ees considérables le long du Tessia. L*àvant^ garde dez Suisses, composée de GOQAhonunes d*Uri, de Lucerne, de Schwyz et de Zurich, se trouvait près da< village de Giornica^ les autres Confédérés , au- nombre^ d'environ lO/OOO, étnient restés bien en arriérée Borelli voulut marcher sur Giornico avec rélite de ses troupes. On élait au milieu de l'hiver (28 décembre 1478). Les Suisses ûrent couler les eaux du Tessin sur les prairies qui se couvrirent aussitôt ^d'une surface de glace ; puis ils . attachèrent à leurs souliers- des crampons. Tandis que les Milanais montaient d'un pas mal assuré la pente glacée de la colline, les Suisses se précipitèrent sur eux d^n
pas ferme. Leur petit nombre vaincpiit sans peine la multitude àes ennemis cfaancelans. Frisclihans -fàeilig, chef des Lncernois, se jeta avec sa redoutable épée au milieu des Milanais, semblable k Fange de la mort. Ceux-ci s'eirfairent plems de terreur, 15/€00 bommes devant 60<X Leur sang teignit la neige jusqu'à Bellinzone ; il en périt au-delà de 1500. Cette action presque incroyable rendit le nom des Suisses célèbre dans toute Fltalie. Milan acheta la paix, pa3ra des dëdommagemens et reconnut que la Léventiœ, ainsi que la vallée de BmmpuiSGO|^ppartiendrait à Uri comme fief perpétuel , à' l» seuil condition qu'Un envoyât chaque année à Téglise cathédrale de Milan un cierge pesant trois iivrei.
Dans la plupart des guerres, surtout dans celle de Bourgogne , Soleure et Fribourg s*étaient battus vaillamment pour les Confédérés. C'est pourquoi Be^e s'efforça de foire entrer ces deux villes dans la Confédération. Mais les libres habitans des vallées et des montagnes d'Uri, de Schwyz et d'Unterwalden s'y opposèrent. Ils craignaient que les villes qui leur étaient si supérieures en lumières et en^ civilisation, toujours attentives d'ailleurs^ à étendre leur domaine et h augmenter le nombre de leurs sujets, ne s'emparassent des rênes de toute k Confédération, et ne la conduisissent au gré de leur volonté et de leurs intérêts. Dans cette crai»èe et- par une secrète jalousie'*, ils ne voulaient pas que le nombre des villes doîninatrices s'accrût dans la Confédération. Les villes, en échange, nourrissaient de tout autres soupçons contre 1er cantons libres. Immédiat emcnt après les désordres causés par la' bande de joyeuse vie, Zurich, Berne et Lnceme, voulant se sonteâbr mutuellement, s'étaient liées eptr'elles et avec Soleure et Fribourg, par un droit de eombourgeoisie. Ces villcà craignaient qwâ les campagnards libres des petits cantons ne voulussent rendi'c tous les Suisses aussi libres qu'eux, et même exciter les sujets, des villes à secouer tôt ou tard le joug de» bourgeois , pour introduire un gouvernement tout à fait popidaire. Gela était contraire aux vues*^t»s citadins. Ils avaient con-^ qnis ou acheté leurs sujets , et ne voulaient pas renoncer kleurs drioîts^ s ,,
De là naquit une dëfianee. réciproque t^i divisA les
Gonfédërët. Un ëyënement confirma ks soupçons» des
willes. A Ëseholzmatt dans rEntliboucli , bailliage du
«canton de Lucerne, Tirait un vaiUant guerrier, Pierre
AmStaldcn; souvent ses cousins, ranciea landunniann
Burgler du Haut-Unterwalden et le beau-frëre de ce der*
nier , Euhnegguer , le visitaient : nssis auprès d'un verre
de vin, ils aimaient à s'entretenir de la liberté. AinStal-
den avait ^ se plaindre du bailli de rËnllibouch et des
seigneurs de Lucerne j ses cousins Texhortèrent k frapper
un grand coup dans la ville même, k la fête de Saint--
Léodegard ou Saint-Léger. Des gens du Haut-Unterwal-
den devaient se rendre k la fête de leur .côté; lesavoyers,
le conseil et cent autres , être massacrés ; les tours et
les murs abbattus; Lucerne, changé en beau village;
r£ntlibouch, en état indépendant. Tel fat leur complot.
Les Lueernois en eurent connaissance ; AmStalden se
trabit par - des propos imprudens. On le saisit et l'cm.
prisonna; il avoua tout, et fut déca|>ité.
Sur ces enfrefaites des députés de toute la Confédération étaient assemblés à Stanz dans le canton dTTnterwalden, uvec les envoyés de Saint-Gall, d'Appcnzell , ^ de Soleure et de Fribourg. Là le partage du butin fait' en Bourgogne et l'admission des deux nouvelles villes , ainsi que d'audres motifs encore excitèr4înt la plus vive . défiance , firent éclater la haine la plus violente. Les trois cantons primitifs proféirërent des menaces si terribles contre les viUes; Lucerne et les autres villes s'abandonnèrent à de telles invectives contre les trois cantons , que les Fribourgeois et les Soleurois renoncèrent de leur chef et modestement à leur vœu; le bruit courut dans toute la Suisse qu'on était prêt à prendre les armes, et que la Confédération allait se dissoudre*
Cette discorde effiraya le pasteur de Stanz, Henri Imgrund , citoyen dévoué de cœur au bien de sa patrie, v H courut dans la solitude du Ranfttobel, pour annoncer ce mal^ur on pieux solitaire Nicolas Lcevenbrougger. Cet homme rdigieux, que son habitation sur un rocher près de Saxelen dans le Haut-Unterwalden avait fait surnom-' mer de Flue CFlone, rocher), vivait déjà depuis plusieurs années en solitaire dans la prière et dans la contempla-»
tion des choses cëlestes. Sa dévotion le faisait \étïérer de tout le pays« On croyait même que depuis un grand nombre d'années il n'ayait point pris de nourriture, seulement il s'approchait chaque jnots de la sainte-cëne. Il couchait sur des planches dures dans son étroite cellule, une pieiTe lui servait d'oreiller. Sa femme, dont il avait en cinq ills et cinq filles , demeurait dans la vallée et cultivait son hîen. Il avait fait admirer son courage et son humanité dans la guerre de Thurgovie.
Des que le pasteur de Stanz lui eut appris la discorde des Confédérés, il q«iitta sa solitude, se rendit à Stanz ^ entra dans la salle oi^ la diète était assemblée. Tous se levèrent de leurs sièges à Tapparation du vénérable vieillard, dont la taille haute et la figure maigre annonçaient encore la vigueur de la jeunesse. Four lui, il leur parla avec la dignité d'un envoyé divin, et leur prêcha la paix et la concorde , au nom de ce Dieu qui avait donné tant de fois la victoire à eux et à leurs pères. >^Vous êtes devenus forts" , dit-il , »par la puissance de vos bras r<funis , et maintenant vous voulez les. séparer, par un vil butin. "Ne permettez pas que le bruit de cette honte se répande dans les pays qui vous environnent. Vous, villes, renoncez à des droits qui blessent les anciens Confédéi^és; vous, campagnes, rappelez-vous les combats que Fribourg et Soleure ont livrés à \os côtés ; recevez-les dans votre alliance. Mais, Confédérés, n'étendez pas trop la haie qui vous enferme. Ne vçus mêlez pas des querelles étrangères. Gardez-vous dp toute dissension. Loin de chacun de. vous la pensée d'accepter de V or pour prix de sa patrie!^
Les discours de Fauguste solitaire ébranlèrent et toudièrent js-i profondément les cœurs de tous les assistans, que dans l'espace d'une heure toutes les difficultés furent âpplanies. Ce n^iéme jour^lem^eet Fribon/g furent admis ^dans l'alliance perpétuelle des Confédérés; ce fut le samedi 22 dé décembre 1481. Le convenant de Stanz- qj^ie l'on con<dut ratifia toutes les anciennes alliances , en particulier la convention contre l'empiétemei^t des prêtres, de 1381 CP/qffen-Bri^^ et l'ordonnance. de guerre conclue aprts la bataille de Sempach, e^ 1393; il Sanctionna aussi la proposition du pieux Nicolas de Flue de diviser
entre les cantons les terres c^qoises » et le butin entre les troupes victorienses. Il fut également décidé que sans la permission de ses supérieurs, personne ne devait as^ sembler les communes ni faiye des propositions dangereuses. Dans le cas d*un soulëveihent contre Tun des gouTcmemens cantonaux 1 tous les autres cantons devaient aider k faire rentrer les mécontens dans le devoir.
Le solitaire retourna sur son rocher ; chaque député , dans son cantons. La joie éclata en .tous lieux ; dû haut de toutes les églises le son religieux des cloches l'annonça ^ depuis les Alpes jusques au Jura.
Malheureusement Eei concorde rétablie à Stanz ne ramena parmi les Confédérés ni l'ancienne discipline ni les mœurs antiques. La cupidité et la hauteur se répandirent parmi les autorités des villes ; la vénalité , parmi les magistrats ; la grossièreté , dans les assemblées des communes ; la dissipation et le goût du brigandage « parmi le peuple. La loi n'était trop souvent qu-Nin filet h travers lequel le riche j^ssait, et où le pauvre se prenait. Sou-* vent aussi, quand la justice avait trop longtemps sommeillé, son^^évèil ressemblait h un emportement sanguinaire. En 14S0 les tribunaux de la Suisse condamnèrent dans l'espace de trois mois près de quinze cents assassina et brigands. Il fut résolu dans la Diète ék Bade , qu'on pendrait sans rémission quiconque aurait vol^ la valeui^ de la cordé. L'émigration pour les gjicrres étrangères continuait sans relâche. Des jeunes gens partaient par centaines et par milliers , des musiciens k leur tête , et ]>assaient le Rhin et les montagnes pour suivre les étendarts des rois et faire du butin ou chercheir la mort. Avec de pareilles dispositions, on ne manquait ni de querelles ni de sujets de guerre. La seule année 1487 vit éclater quatre guerres du côté de Tltalie, fune des Grisons contre Milan , Tantre des Grisons, ot des Confédérée, près de Roverédo , contre Venise , la troisième du Valais contre Milàh, la quatrième des Bernois et des autî»e s peuplés de la Suisse occidentale en £aveur du duc de Savoie et Contre les Piémontais^ on se battit près de Saluces.
Les dissensions intérieures et lés soulèvèmens se mu?tiplièrent dans la'méuie proportioà. hes^ nobles et les piètres zuricoifr,, ennemis* itortels du sage oV vaillant
Jean Waldmasin, bonrgneincstre de cette vi]le, qui cherchait h limiter leur pouvoir^ , animaient contre lai , par lenrs discours , le peuple .de la ville et celai des campagnes, rappelaient un tyran, et Taccusaient de faire des lois de sa propre aatoritë et de fonler aux pieds tous les anciens droits. Jean Waldmann, iils d*an paysan de Blikestorf , dans le canton de Zoug, arrive à Zurich , comme tanneur , s'y était ële vë par ses grands ta^ lens et son grand courage; vamqueur dans les journées ' de Morat et de Nancy, son crédit égalait sa gloire, et flans Fenceinte de la Confédération et h la cour des rois. Mais les Confédérés lut reprochaient son attachement pour FAutriche et pour le duc de Milan; les Zuricois en particulier, sa hauteur et Fabu» de son pouvoir. Ces plaintes n'arrêtaient point le hourgucmestre ; malheur à celui qui Tattaquait par ses discours ou par ses factions. Frischhans .Tbeilig ée Lucerne, le héros de Gimrnico^ avait souvent Blâmé la partialité de Waldmai»n en faveur de la maison de Milan. Un jour il vint k Zurich pour y vendre des toiles ; sans autre- forme de procès, Waldmann le lit saisir et décapiter, malgré les instantes prières de la ville de Lucerne, qui demaiida grâce pour son héros.
Lliumeur superbe de cet homme si distingué par les dons de la nature souleva contre lui Fiadignation publique et hâta s^ ruine. Sfis ennemis profitèrent , pour le perdre , de Fagitation qui commençait à se manifester parmi les habitans des bords du lac de Zurich. Les conifmunes de Meilen et de Herrliberg se soulevèrent les premières ; a leur exemple , plusieurs autres villages , qui se plaignaient de la dureté des lois et de vexations multipliées. Us arrivèrent en armes . devant les murs , de la Tille, et s*écrièrent: „Souvenezryous , nos seigneurs ,. que vous .nons promîtes apurés la gnerre de Zurich dans la Wasserkirche^} d^ i^ous imposer aucune nouvelle charge.**
*) EgUte de Vcau^ hâtiment tllàrf tnr la Ummat , à Fextr^whé du pont •t:péiieaf. Depuis plusitars siéclef il ne ser& plus d'église. C'est II^ ^e sont déposés les archives, ta bi-^ hliothè(|ue de la tille et des colleciions ^our les scienuccs ei. les arU*
Il vint anssî des députes de la ConfédëraUon ponr être mëdiatenrs , fondas sur la dëclaration de la dernière diète* qoe les plaintes des communes seraient examinées et justice rendue h la partie lésée, Waldmann croyant Thénneur de la Tiilé de Zurich compromis par cette déclaration * fit changer la sentence des arbitres par le grefiler de la Tille. Selon la nouvelle rédaction , les paysans ^ après avoir fait des plaintes mal fondées, auraient demandé humblement pardon de leur injustice et obtenu seulement ^ que leurs griefs fussent examinés à la première occasion.
La falsification de la sentence étant parvenue k la connaLssance du public , un nouvel attroupement se di^ rigea contre la ville •<, la tranquillité fut troublée dans ses murs mêmes » en sorte que le bonrguemestre n^osait plus sortir sans cuirasse et dormait dans fhôtel du conseil. Biais malheur au gouvernement qui emploie pour sa dé^ fense d*autres armes que TamOur du peuple! Le bonrguemestre et. chevalier Waldmann fut saisi dans le tu-' multe avec tous ses adhérens » conduit dans le Wellenherg ^ appliqué à la torture , et décapité la 6 avril 1489. n avait commis des fautes et des crimes, mais la fureur de ses ennemis les avait égalés.
Le jour de sa mort » les autorités de Zurich et les autres citoyens se présentèrent devant le tribunal des Confédérés^ Ceux-ci parvinrent h unir les deux parties par une convention qu^on appela ^la décision de Waldmann. '^ Elle 'enjoignait aux citoyens de la campagne de se soumettre loyalement et sincèrement aux bourguemestres , aux conseillers et au grand conseil de la ville de Zurich : mais , en échange , elle leur assurait le droit d'aller vendre leurs marchandises où bon leur semblerait ; de s*élablir partout où il leur conviendrait $ d*exercer des métiers dans les villages : de cultiver la vigne ; d'administrer leùr$ terres à leur guise fd^a voir un lieutenant du bailli dans les communes des bords du lac , et beaucoup d'autres droits encore. Au cas que la ville de Zurich voulût exercer un pouvoir injuste sur les coinmnnes riveraines^ deux ou trois paroisses d'entre cellese-ci devaient a^assembler» et dix ou viagt députés de chaque paroisse porter leurs griefs devant une diète dès Confédérés assemblée à Zurich , afin d'obtenir justice.
ht$ s^pt cantons iirbitrefl des deox pacties «t jgarans de leur convention prononcèrent et scellèrent cette dé-' otsion le 9 de mai i4S9.
GtieiTc de Souabe. Formation de la Confédération des treize cantons,
COe l'an 1490 à. l'an 1500*)
Lorsque dans un pays Fesprit de parti l'emporte sur la Tërité, le pouvoir sur la {astice, adieu la paix, adieu la liberté i Tel fut le sort de Zurich après le supplice de Waldmann. La sentence arbitrale des sept cantons enleva k cette ville une grande partie de l'ancienne considération de ses sujets et fut pour elle une source de maux pendant plusieurs siècles. Les ennemis de Waldmann ^ assis* dans le conseil» possesseurs et dissipateurs de ses biens, persécuteurs impitoyables de ses partisans, surpassèrent sa ty» rannie et son injustice. Leur gouvernement arbitraire désola leur pays pendant un long temps. On appela ce {gouvernement le conseil de corne; sa dureté fit regretter l'administration du bourguemestre despote.
La discorde, active en tous lieux, divisait de nouveau k Saint>Gali la ville et l'abbé. Celui-ci voulut bâtir un nouveau couvent k Rorschacb sur son propre territoire; cela irrita les Saint-Gallois. Lés AppenzcUois , de \out temps peu amis de l'abbé , volèrent k leur secours ; les gens de la maison de Dieu eux-mêmes embrassèrent leur parti. Le couvent fut rasé. L'abbé implora le secours des quatre cantons protecteurs du monastère; Zurich, Lucerne, Schwyst, Glaris se rendirent k cet appel et rétablirent le calme par la force des armes (l'i90). Cette querelle coûta beaucoup d'argent aux Saint-Gallois, et Appeni^ell perdit, pour les frais de la guerre, leRheinthai et une partie de la seigneurie de Sax, que les cantons protecteurs gardèrent; dans la suite ils partagèrent lé gouvernement de cette S9i-'
gttcorie avec les cantons d*Uri, d'Unterwalden et de Zoa^, pFqs tard avec Appenxell (1501), enfin anssi avec Berne (f712>. De pareilles conquêtes de Confëdcfre's sur Confëdërës aigrissaient nécessairement lés esprits. ~
Heureusement un danger commun et salutaire vint resserrer les liens de la Confédération.
Maximilien I d'Autriche était devenu e?npei?ur d'Allemagne. La France lui avait xédé le comté de la Basse- Bourgogne; pour le conserver plus sûrement, il Tavait incorporé, comme un nouveau cercle, )i Tcmpire germanique« Il voulut de même transi)ormer la Suisse en cercle, de l'empire. Les Confédérés s'y refusèrent, préférant leur existence indépendante. Les états de la Soualie avaient tonné entr'eux une alliance pour étouiler toutes les querelles et les guerres intestines. Cette alliance plut à l'empereur politique ; il se mit }t k télé de ceUe confédération en ê*y associant, dans l'intention de Ja faire servir à raffermissement de la puissance autrichienne. Il soiuuia les Suisses d'entrer aussi dans la Confédération de la Souabc ; ils s*y refusèrent encore / jaloux de toute leur indépendance*
Irrité de ce refus, l'empereur dit ^ InsprucI; aux députés de la Confédération: „Vous êtes des membres indociks de l'empire; il faudra sans doute que fe vous visite un jour le fer à la main.^ Les députés répondirent : „Nous prions humblement votre Majesté impériale de se dispenser d'une telle visite^ les Sniêses sont grossiers et ne respectent pas même les couronnes.^^
La hardiesse des Suisses ne blessa pas moins la Confédération de la Souai>e; elle donna lien k beaucoup de provocations et de rixes près des confins des deux pays ; la Tille de Constance se fit aggréger è la confédération souabe, dans l'intei^ét de sa sûreté ; car un joUr une troupe de vigoureux Thurgoviens, excités par le bailli. d'Uri qui gouvernait la Thurg;ovie, avait essayé de sui^prendre cette ville pour la châtier de ses bravades.
Le voisinage des Grisons et de l'Autriche ne fut pas non plus favorable à la pffix entre ces deux peuples. Le Tyrol et FEngadine étaient continuellement en dissension ; limites, droits, péages, tout leur fournissait des sujets de contestations. £n 1476, les Tyroliens étaient entrés dans
la vallëé d'EAgadine, les armes à la main; mais, vaincus et couverts de leur propre sang, ils avaient été rechassés dans leur pays par la gorge étroite de Finstermunz.. — A ce malheur se joignit une autre cause de troubles. Apres le partage de l'héritage du comte de Tocken bourg , les droits que celui-ci avait dans Ja ligue des Dix juridictions étaient échus aux comtes de Maetsch» de Sax et de 3Iontfort; plus tard, en 147S et en l4S9, ils avaient été vendus à la maison d'Autri^ihe. Telle fut la cause des querelles c^ui agitèrent ces peuples.
Les Grisons et les Suisse ayant à redouter également la puissance et la haine de l'empereur Maximilien, la ligue de la Maison Dieu et la ligue Grise formèrent en l497 un traité d'amitié et une alliance défensive avec Zurich, t-ucepue, Uri, Schwyz, Unterwalden, Zoug et Glaris. La ligue des Dix juridictions n'osa pas s'y joindre; elle craignait l'Autriche.
.^ Alors l'empereur Maximilien donna un libre cours a son ressentiment. Quoique déjà engagé dans nue guerre difficile au sein des Pays-Bas , il envoya de nouvelles forces dans le Tyrol ^ les troupes de la confédération souabe s'avancèrent et enveloppèrent la Suisse depuis le passage étroit du Louzi^nsteig , entre l'Allemagne et les Alpes rhétiennes , jusqu'b la ville de Baie , ea occupant tous les bords du Rhin et du lac de Constance.
Ainsi la Suisse et la Hhétie se virent exposées au plus grand danger. Néanmoins les Grisons se levèrent coui^a^ gcusement pour défendre leur liberté; tous les Confédérés suivirent leur exemple^ Les Appenzellois et les guerriers de Sargans volèrent vers le SchoUenberg. Les batinièpes du Valais, dé Bâle, de Schâifhouse, flottèrent bientôt à la vue de l'ennemi; Nul homme en état de porter les armes ne resta dans «es foyi^rs. ~ «
La lotte commença au mois de février t499; SOOO inapériaux fratichireht ]es frontières des Grisons et pénétrèrent dans le Munsterthal et dans l'Engadine. Un général de l'empereur,' Louis de Brandis, qui commandait plusieurs mille hommes , se rendit inopinément maître du |>a5sage de Louzicnsteig et de la petite ville de Mayenfeld , gr.4ce Il la trahison de quatre citoyens. Mais les Grisons reconquirent ce poste important ; 800 Souabes y ti-ouvèrent leur
tombeau; les antres s'enfairent jusqu'à Bakers. Alors les Confëdërés passèrent le Rhin près d'Azmoos, et, réunis aux Grisons, remportèrent une éclatante victoire près de Treisen. — La noblesse de la Souabc oocupait avec 10,000 hommes Saint-Jean, Hœchst, Hard entre Brégucnz et Foussach ; 8000 Confédérés tuèrent dans ces positions presque la moitié de son armée, montèrent jusqu'aux forêts die Bréguenz et imposèrent ées contributions à ce pars. — Un second corps de 10,000 Confédérés traversa le BJ^aii, le fer et la flamme à la main; dans Tespace de huit jours, vingt villacres, hameaux et châteaux furent réduits en cendres. Après cela il se livra escarmouche sur escarmouche, bataille sur bataille.
Les ennemis réussirent, il est vrai, en sortant secre* tement de Constance, à surprendre pendant le sommeil la garnison suisse d'Ermatingen , et à tuer dans leurs Hts soixante-treize hommes sans défense. Mais ils expièrent celte lâche victoire dans le bois du Schvtraderîoch, d'oà* 18.000 d'eutr'eux, vaincus par 2000 (îonf^Ôérés, s'enfuirent avec tant de précipitation que les porte» de là ville ^e Constance se trouvèrent trop étroites pour les fujfards, et que le nombre de leurs morts surpassa celui'des Suisses qu'ils avaient eus à combattre. — Un corps de Confédérés, posté sur les bords du Haut-Rhin , pénétra dans le Wallgau où les ennemis s'étaient retranchés près de Frastenz ; ilers da leur nombre qui s*élevait à l4,000 hommes, ils étaient loin de redouter le courage des Suisses. Mats Henri WoUeb , héros d'Uii, passa le Languengasterbcr^ aVic 2000 braves, tourna la forte position de l'ennemi , et sa mort héroïque fut pour ses compagnons d'armes le si^il <1<^ la victoire. Au milieu du tonnerre des armes a feu, ils se jetèrent dans les lignes autrichiennes ; leurs coups vigoureux portaient de rang en rang l'ei&oi et le carnage; 30Cfo morts couvrisent le champ de bataille de Frastenz. Ceiçc des Autriehiens qui purent sauver leur vie s'enfuirent^ saisis d'épouvante à travers les forêts et les marais ; car. alors chaque Suisse se battait comme si la victoire ne dépendait que de son bras ; pour son pays et pour la gloire, chacun volait d'an visage joyeux au devant des périls et de la mort, cherchant les ennemis, ne les comptant pas. Par* .tout où flottait un étendart suisse, se trouvait plus d'un
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gtierrier , digne compagnon de ce Jean Wala de Glaris , qui se mesura seul, près de Gams dans le Rheinthal, avec trente cavaliers ennemis.
Les Grisons, de leur côté, ne se battirent pas avec moins de gloire. Tëmoin Tactio.n de la Malserhaide dans le Tyrol, où 15,000 hommes, rassembles sons les bannières de rAùtriche derrière de forts retranchemens, furent attaqués par 8000 montagnards de la ligue Grise.' Les retranchemens furent tournés; les remparts, assaillis. Benoit Fontana y monta le premier ; il avait frayé le chemin. Rct tenant de sa main gauche ses entrailles ' qui sortaient par nne large blessure , combattant de sa main droite , il s'écria : 2^A. Tonvrage, maintenant, Confédérés ! que ma chute ne vous arrête pas ! qu'importe ' un homme de moins ? Sauvez aujourd'hui vos ligues indépendantes et la liberté de vos montagnes. Si vpus tombez vaincus, vous léguez ^ vos enfans on esclavage éternel.** Ainsi s'écria Fontana, et il mourut. La bruyère fut couverte d'Autrichiens tués; près de 5000 mordireiit la poussière. Les Grisons ne comptèrent que 200 morts et 700 blessds.
Lorsque le bruit de tant de défaites parvint dans les Pays-Bas aux oreilles de l'empereur Maximilien , il retourna dans sa capitale , accabla de reproches ses gêné* raux, et dit aux princes de Fempire germanique: >,Envoyez-moi du secours contre ies Suisses^ assez audacieux pour avoir attaqué Fempire. Car ces grossiers paysans, qui n'ont ni vertu , ni noblesse , ni modération , mais en qui tout est grossièreté, orgueil, perfidie, haine de notre 'nation, ont même su entraîner dans leur parti un grand nonibre de sujets de l'en^pire , fidèles jusqu'à ce jour.*^
Mais les princes de l'empire hésitaient a envoyer du secours. Pour comble de disgrâce, l'empereur apprit alors avec cfiroi que son armée envoyée au-deik des montagnes de l'Engadine pour étouffer la ligue Grise, avait été détruite au milieu de l'été et par des avalanches , et par la famine, et par des quartiers de rocs que les montagnards précipitaient du haut de leurs Alpes. Il apprit aussi que, sur la colline boisée du Brouderholz près de B41e, 1000 baisses avaient battu 4000 de leurs ennemis; que, bientôt après, dans la même, contrée , près de Dorùach, 6000 Confédérés avaient remporté une victoire éclatante sur 15,000
Autrichiens en leur tuant 3000 hommes et leur général Henri de Fnrstenberg. Voyant qu'en huit mois les Suisses avaient été victorieux dans .huit batailles, Tempereur rentra en lui-même et résolut de renoncer è une guerre dans laquelle plus de 20,000 hommes avaient déjà été immolés et plus de mille villages, bourgs, villes et châteaux réduits en cendres.
La paix fut négociée et conclue à Bâle le 22 de sep* tembre 1499. L'empereur ratifia les anciens droits des Confédérés et leurs conquêtes , et leur accorda de plus la juridiction ordinaii*e de la Thorgovie qui avait appartenu jusqu'alors à la ville de Constance, ain^i que la juridiction criminelle et d'autres droits importans. Dhs ce moment les empereurs ne songèrent plus à dissoudre la Confédération ou à Tincorporer ^ l'empire. Dès ce moment les Suijïses n'eurent plus à redouter de joug étranger. C'est . dans les champs de Frastenz , de la Malserhaide et 4« Dornach qu'ils jetèrent les fondemens dé leur indépendance..
Les cantons confédérés ne fiorent point ingrats envers lem*s amis : ils rendirent hommage à Théroi^sme avec lequel fiâle et Schaffhouse avaient toujours combattu pour la Confédération et au dévouement des Appenzellois , que la gloire et la liberté avaient toujours trouvés sous leur étendart. Cest pourquoi Bâle fut reçu ^ans l'alliance perpétuelle des Suisses (9 juin 1501); Schaffhouse, qui florissait déjà , y fut également admis (9 août 1501) , çt quelques années plus tar4 (i5l3), Appenzell, uni depuis plus ou moins longtemps par des alliances perpétuelles avec la plupart des cantons.
Ainsi la Coi\fédération des treize cantons se trouva close la deux-cent-cinquième année après la mort de Guillaume TelL Le Valais, les Grisons, Saint-Gall, Mulhouse, Rothweil en Souabc, et d'autres villes encore, furent considérés comme alliés de la Suisse. Ces villes et ces pays étaient libres , indépendans de tout prince et unis à la Suisse par une alliance défensive*
De la grossièreté des mœurs ; des guerres mer cenoires des Suisses^ a qui elles jjrocurerU la Valteline et les bailliages italiens. -
(De raa 1500 à^ l'an 1525.)
A r^poqpie dont nous racontons Thistoire, les cimtons suisses it'étaieiit pas, %nk8i que de nos joars, é^tkux en droits comme membres de la Confédération, ni bés immédiatement entr'etix par an pacte commun. Les dix autres cantons ne se rattachaient proprement qu'aux trois cantons d'Uri, de Schwyz et d'Unterwaldeu, comme à leur centre commun ; mais ils n'étaient unis entr*eus que par <les traités particuliers* Chaque canton, tout occupé de son intérêt et de sa gloire, songeait rarement à Tavantage des autres ou au. bien de la. Confédération. La crainte que leur inspiraient Fambition et la puissance de seigneurs et de princes vmsins les avait peu à peu unis plus étroitement. Leur union fut forte tant que dora cette crainte.
Les goavernemens cantonaux étant à la fois indépendans les uns des autres, sauf les resti'ictions de leurs aliianees piu:ticuliëres, etindépendans de tout prince étranger, les Suisses se vantaient d'être libres; cependant an sein dç levur pays,^ le peuple jouissait de peu de liberté. Les seuls habitans des cantons forestiers pouvaient se glorifier d'une parfaite égalité de droits^ et il en était de même dans les autres cantons pour les seuls bourgeois des villes. Le reste du peuple, dépendant des cités, acheté ou co'nqais, était réduit h la condition de sujets, quelquefois même de serfs, et ne jouissait que des droits limités dont il avait joui anciennement sous la domination de comtes ou de princes. Les cantons . forestiers eux-mêmes avaienr des sujets qu'ils faisaient gouverner en souverains par des baillis. Ni les cantons ni les villes de la Suisse ne permettaient aux sujets de racheter leur liberté, ce que pourtant les seigneux*s et les comtes avaient permis autrefois aux Confédérés.
Mais le peuple se souciait peu de la liberté; farouche et grossier par suite des guerres continuelles, il n^aimait
que ]«t querelles et les combats , le vin et la débauche. Quand il n'y avait point de guerre au sein de leur patrie, l«s jeunes-gens» avides de butin, allaient se ranger sons les bannières de princes ^trau|;ers et vendaient k vil prix leur couirage , leur s<ing et leur vie< Les campagnes manquaient de bonnes écoles et les ecclésiastiques ne songeaient point k Tinstruction du peuple. Souvent même les mioeurs du clergé n'étaient pas moins dépravées que celles du peuple des vill^ et de la campagne ; les couvens , corrinnpus p^r leur opulence, devenaient le théâtre des plu^ grands désordres. Beaucoup de prêtres étaient plongés dans Tiguorance la plus profonde ; beaucoup d'autres, adonnés au vin et au jeu; la grossièreté de leurs propos égalait celle de leurs mœur»; un grand nombre vivaient publiquement avec des conlcubines. Tel était ce siède de corruption.
Dans les chefs-lieux des cantons, la débauche et I9 dissipation faisaient souvent la loi. La division régnait entre les citoyens et les magistrats; l'envie et ladéfiancCf entre les diverses possessions. Les membres des consens faisaient tout, dans leur intérêt et dans celui jde leurs familles, ne faisaient rien dans l'intérêt des citoyens ; avancer leurs gis, leurs cousins, leurs nevevix et leur procurer des . places lucratives, tel était le bût de leurs constans efforts. Il y avait sans doute partout dès âmes généreuses et vraiment patriotiques , plus dévouées à la patrie qtt'à leur propre intérêt; mais on baissait leurs discours autant qu'on redoutait leur exemple.
' La Suisse n'avait pins de guerres à craindre au-dehors i les rois et les princes, ses voisins, étaient charmés; d'avoir à leun service des Suisses dont la vie et la mort les intéressaient moins que la vie et la mort de leurç sujets; la noblesse des Tilles et des campagnes profita de ces dispositions pour s'ouvrir une nouvelle source de richesses*. Le déftir des rois de prendre à leur solde de vaiUans Suisses, celui des jeunes-gens de s'enrichir k la guerre, servirent à i'envi l'avidité des magistrats* Malgré la défense expresse des gouveruemens, des milliers de jeunesgens couraient sous les drapeaux étrangers, où la plupart périssaient misérablement faute de secours et de soina. Les gouv«i'nemens juo;èrent donc plus convenable de faire
byGoogre
dcfi traités avoc les souverains pour la formation de rëgimens suisses , commandes par des ofdciers nationatix', soumis à leurs propres lois et soldes régulièrement, «lia que chaque gouvernement put veiller au bien de ses sujets en; pays ëlranger^ j^Gonfe'dërés, il vous fîiul une ouverlore par où vous puissiez vous échapper/* av^it dëjà dit Rodolphe Rëding de Schwyz , en voyant la joyeuse vie des jepnes-gens après la guerre de Bourgogne.
Les gouvernemens des Suisses, des Grisons, des Valai^ans, commencèrent donc à louer leurs sujets aux princes étrangers. Le premier traité de celte' nature fut conclu entre le roi de France et le gouvernement de Lucerne dans le» années 1479 et 1480. En 1499 T Autriche prit aussi des Suisses k sa solde ; les princes d'It^Vij} imitèrent cet exemple; d'autres le suivirent plus lard. Le pape luimême voulut avoir une garde-suisse, l^e premier qui la prit à sa solde (^503) fut Jules K, prince belliqueux.
La Suisse eut bf*aucoap à souffrir de celte manie. Maint champ demeurait inculte, mainte charrue oisive, parceque les cultivateurs avaient pris des armes mercenaires. Aevenaient-ils , ils rapportaient des maladies et des vices étrangers, et corrompaient les cœurs simples et vertueux ; le service étranger était pour eux Técole de tous lés vices. Les iils des nobles et des magistrats arrivaient seuls aux grades* de capitaines et d'officiers supérieurs ; ils s'enrichissaient, et, grâce à leur argent, obtenaient ensuite dans leur pays une considération et un crédit dont ils ne se servaient que pour opprimer leurs compatriotes. L'orgueil et la vanité les rendaient avides de titres de noblesse et de décorations dont ils venaient se targuer dans leur pays, s'imaginant être plus que les autres enian||de la patrie, plus que Suisses,
Les rois, ilrent servir k leur avantage 1« cupiiUt|î>t la folie des Confédé;*és ; ils envojraient des ambass^eUrs en Suisse, s'y faisaient un parti, distribuaient des présens, accordaient des gratifications et des pensions à leur par-' tisans dans les conseils; k ce prix les membres des çopseils se faisaient les serviteurs et les créatures des princes^ étrangers. Les divers cantons étaient français, milanais, vénitiens, espagnols, rarement suisses. L'ignominie futleur salaire. Comme l'empereur d'Allemagne et le roij de
FrAnçe bridaient en même temps la favenr des cantons ^t marchandaient a TenTi de& troupes; rambassadeur français eut Timpudence de faire distribuer à Berne (1516) an son de Ja trompette les pensions annuelles que le roi payait k certains sei» neurs ; a Fribourg , il étala des moùceaux d*ëcus, et tandis qu'il les entassait avec une pelle, il demanda aux assistans : ^Le «on de cet argent ne vaut-il pas mieux que les paroles creuses de Fempereur?*' Tant l'amour de Targent avait avili les Suisses!
On vit les douxe cantons (Appenzell doit être excepté) tantôt alliés avec Milan contre la France , tantôt avec la France contre Milan. Ces deux pays furent appelés avec justice le tombeau des Ct>nfédérés. li n'était pas "rare d*y voir Suisses contre Suisses s*enlr*égorger pour de Fargent. Cette honte fut même protégée par un seigneur ecclésiastique, Matthieu Schinner , évoque de Sion en Valais, saint âmi- de la discorde. Suivant le prix qu'on lui oftrait il intriguait en Suisse , tantôt contre ce monarque en fa« vcur du pape; le saint-père, pour le récompenser, lui donna le chapeau de cardinal et le nomma légat auprès do la Confédération.
Les «;uerrcs mercenaires des Suisses ne forent faites ni pour la liberté ni pour Fhonncur national ; néanmoins ces troupes soldées par For étranger conservèrent sous les étendarts des rois leur réputation de bravoure. A Faide de plusieurs mille Confédérés, le roi de France soumit tout le Milanez dans l'espace de vingt jours. Mais le duc, chassé de son pays, revint bientôt avec 5000 Suisses, qu'il avait enrôlés contre le gré des gouvernemcns cantonaux, pour repousser les Français. Le roi de France reçut aussitdt de &ei alliés de la Suisse 10,000 hommes, se maintint en Italie et donna aux trois cantons, Uri, Schwyz et Unterwalden (i502 et 150)) Falenza, Riviera et Bellinzone avec leur territoire. Dès que le roi crut pouvoir se passer des Suisses, il les paya mal et irrégulièrement. Plein de joie le Cardinal Schinner lit sonner en faveur du pape et de Venise un sac qui renfermait 35,000 ducats. Aussitôt ^,000 Suisses et Grisons passèrent les Alpes et s'nnirent aux Vénitiens contre les Français. Les Grisons s'emparèrent de la Valteliue, de Chiavenne et de Bormib. Ils prétendirent que cent ans auparavant un duc de Blilan,
chassé de ses ëtats, avait donné ces vallées à Févéclié de Coire. Les Confédérés des douze cantons soumirent les pays de Lugano, Locarno et Valmaggia. Les Français foi'ent forcés d'évacuer la Lombardie, et le jeune duc Maximilien Sforza, fils de celui que les Français avaient chassé, fut réintégré dans Théritage de ses pères. Victo- • rieux sous ses bannières , les Suisses battirent les Français près de Novare, le 6 de juin 1513; à la vérité ils perdirent 2000 hommes , mais ils en tuèrent 10,000 li rénnenii, La bataille de Marignan (14 septembre 1515) dura deux jours entiers et fut plus meurtrière encore ; à peine 10,000 Suisses se battirent contre 50,000 Français* Us furent obligés d'abandonner le champ de bataille, mais ils n'y lais* sèrent pas Thunneur. Ils se retirèrent à Milan, tristes, let pièces de campagnes sur leur dos, les blessés au centre de leur armée« Les ennemis avaient perdu la fleur de leurs troupes , ils nommèrent cette action la bataille de^ géans.
Epouvanté de la victoire qui ressamfolait k une défaite^ le roi de France, François I, fit Tannée suivante une paix perpétuelle avec les Confédérés, et, k force d'argent et de pfomes&cs , il obtint de quelques cantons qu'ils lui en^* voyassent des troupes; des autres, qu'ils ne permissent aucun enrôlement à ses ennemis. Ainsi les Confédérés combattirent de nouveau pour lui contre Tempereur, le pape, le doc de Milan ; et le roi fit avec eux une alliance d'amitié (1521). Pendant bien des années encore ils arrosèrent, pour lui, de leur sang le sol de l'Italie, sans bonheur, sans avantage, si ce n'est que la Confédération* fut marraine de son fils. Chaque canton envoya k Paris, pour la fête du baptême , un député avec un présent de cinquante ducats. La promptitude avec laquelle les Suisses envoyèrent 16,000 hommes k son secours en Italie fut plus agréable encore au prince que lenr& présens. Cependant comme ils perdirent 3000 des leurs au combat de la Bicoque (20 avril 1522), que de 15,000 hommes qui étaient entrés en Lombardie (en 1524) il en revint k peine 4000, que dans la bataille (le Pavie (24 février 1525), où le roi nit fait prisonnier , ils éprouvèrent une nouvelle perte de 7000 hommes, ces revers les dégébtèrent peu k pen des
guerres de f Italie J^> . '. •„. •
Commencement de la scission religieuse en Suisse.
(De Fan 15 1» à Tan 1527.)
Les guçrres mercenaires en Lpinbardie, dans le royauinc de.Naples, en France, en Piéinout et dads d'autres pays eurent au moins «a côté avantageux. C'ctnit un triste résultat sans doute, que le gain d'un peu de gloire militaire. Bien ]oin que la conquête des bailliages italiens donnât à la .Confédération plus de sûreté et de force contre 1(3S puissances étrangères, ce bien dangereux fut Forigine de toutes sortes de dissensions intestines, qui rendirent la .Suisse aussi faible, que la vénalité des emplois, la mauvaise administration, la coiruption de la justice la rendirent méprisable aux yeux de TËurope- Les plus grands avantages furent pour des chefs et des baillis avides* Un petit nombre de familles s'enrichirent ^ le peuple s'ap- })&uvrit, et se dëmoi*aIisa.
' Mais les Confédérés retirèrent aussi de ces campagnes une utilité réelle : après tant de pertes et de sacriUces^ ils reconnurent eniin combien il était funeste pour eux de se mêler des querelles étrangères, d'accorder trop d'itiflueBce sur les cantons aux ambassadeùi*s des autres états , et de permettre a des magistrats de recevoii* de souverains des pensions et d^s gratiûcations. Aussi plusieurs cantons prois cri virent-ils par une loi ces béoélîces publics ou se« crets ; un membre d'un gouvernement libre ne doit jamais devenir le valet d'un maitie étranger. Le peuple même donaait souvent l'essor à sa colère contre ceux qui, gagnés par les courobnçs (écus couronnés) des rois, faisaient la trfiite &es blancs, et trahissaient a la' fois les rois et leur patrie. La population de Lncerae se révolta eu 1513 pour obtenir la punition de semblables marchands d'hommes. Il y eut à la fin* un soulèvement si générai et si menaçant q\>e Lucerne, Berne et Zurich expulsèrent des conseils ce» .odieux mangeurs de couromies , et leur infligèrent des amendes et des punitions corporelles on les bannirent. Après que tant de milliers de jeunes însenséf eurent été
massacres loin de leur patrie, les désordres causas par cette humeur belliqueuse cessèrent ; les gouveruemens firent mieux respecter les lois; la discipline et les mœurs remplacèrent les de'bordemens de tout genre, Qi\flqnes cantons entreprirent cette reforme avec beaucoup de vigueur.
La Suisse comptait alprs beaucoup de savans; siu^tont parmi les eccjësia.stiqucs. Il y avait aussi de bonnes écoles dans les villes. -Mais le peuple de la cauipagne , plonge dans la plus profonde ignorance, ne savait ni lire ni écrire. Il arrivait de ïk que la plus grande partie des paysans n'avait presque aucune connaissance de la religion > surtout dans ]es lieux oii les pasteurs ndgligeaient de leur donner une instruction vraiment chrétienne. Ce fut la source de beaucoup de maux. Mais c'était un plus grand malheur encore quand les ecclésiastiques aimaient mieux > s'asservir le peuple par l'ignorance, qu^e de l'éclairer pour le rendre meillcm*; quand ^ plus attachés aux plaisirs de la terre qu'4iax biens célestes, au lieu de détourner leurs ouailles du vice, ils leur donnaient impudemment l'exemple de la eupidité, de la débauche, de l'ivrognerie» de la fureur du jeu.
Malheureusement ce scandale n'était que trop commun. Toutes les personnes d'un esprit sain et d'un cœur droit ^n élaient révoltées. Mais ce qui provoquait le plus l'indignation, c'était l'impunité des ecclésiastiques et l'aud.ice qu'ils portaient au sein de la corruption. Ici le nonce dn pape renvoyait ab jous uu moine qui avait eu un commerce illicite avec une religieuse ; là l'abbé de Cappel, Ulrich Trinkier, faisait d'un couvent de femmes son sérail 5 à Berne les dominicHios, recourant îi la finaude la plus vile par le pliLs vil intérêt, se jouaient de la crédulité par des apparitions et paiv des miracles ; un pauvre malheureux , nommé letzer, en perdit presque la raison. Faut -il sVtonner que, parmi les biiques et le» ecclcsiastiipies, toui les honnêtes gens murmurassent d'une démoralisation ni déplorable ?
A cette époque le pape LéonX, ambitieux d'embellir par de magnifiques éditices Rome sa capitale , et pressé par un grand besoin d'argent, lit vendre des indulgence» pour un prétendu pardon des péchés. Il afï'erma en Suisse le commerce des indulgences a un moine franciscain, Ber-
nardin Samson* Par ce trafic beaucoup d'argent sortit da pays , ce qui dëpint aux autorités civiles ; aussi voyaient* elles avec plaisir qu'on s'élevât contre cet abus impie* L'ëvéque de Constance lui-même ne désapprouva point le pasteur de Notre-Dame-des-£rmités, qui prêcha publiquement contre la prétention imprudente d'of&ir le pardon des péchés a prix d'argent ; c'était un ecclésiastique séculier, Ulrich Zwingli, natif de Wildhaus dans le Tockenbourg.
Mais ZAvingli ne s'en tint pas Ui ; il attaqua avec chaleur les vices des laïques et des ecclésiastiques; Il rencontra un grand nombre de contradicteurs qui voulaient le réduire au silence. La contradiction augmenta son courage au lieu de Fabàttre. Àpuyé sur la bible, comme sur la propre parole de Dieu, il commença d enseigner qu'une vie pure et une ame religieuse étaient plus agréables à Dieu que les pèlerinages et les macérations :' que le pain et le vin dans la Sainte-Cène n'étaient que les symboles du corps et du sang de Jésus-Christ. U refeta beaucoup de doctrines et de cérémonies admises jusqu'alors', entr'autres la messej la doctrine du purgatoire, l'adoration des saints, le célibat des prêtres*
B.'en des ecclésiastiques , et dans leur nombre des hommes distingués par leur savoir et par leur piété, pensaient comme ZwinglL Sa doctrine eut beaucoup de partisans k Zurich, k Beri\e, à Bâle, k Schaffhouse, k Saint- Gall , k Bienne , k Coire et généralement dans toutes les villes où de bonnes écoles avaient répandu des connaissances solides. Zwingli , appelé k Zurich en qualité de pasteur, y prêcha publiquement sa croyance le 1 de Janvier 1519, tout le peuple embrassa cette doctrine, et le gouvernement le prit sous sa protection , et lui témoigna autant d'affection que a*estime. Un grand nombre d'ecclésiastiques suisses, réguliers et séculiers, suivirent son exemple et prêchèrent sa doctrine sans aucun respect humain. Le nombre de êes adhérens fut partout considérable.
Ces mêmes idées ne régnaient pas seulement en Suisse, mais encore en Allemagne. Dans le même temps, un savant Augustin de Wittenberg, Martin Luther, sans avoir entendu parler de Zviringli , prêchait publiquement k peu
près la même doctrine que lai. Beaucoup de rois et de princes y ainsi qu*une grande partie de leurs peuples eu Allemagne, en Suède, en Danemark et en Angleterre embrassèrent la doctrine de Luther , et furent appelés Luthériens. £n Suisse , sans adopter le nom d'aucun homme, la nouTelle église s*appela évangëliqae réformée, c'est-à-dire, Féglise de Christ rétablie dans sa pureté primitive, d'après la parole de Dieu.
A la vérité le pape avait avoué dans la diète^de Nuremberg (i522) qu'il s'était inti^odnit beaucoup d'abus dans l'église catholique; mais, ajouta-t-il, la guérison doit être lente et successive , de peur, qu'on ne perde toui en voulant tout sauver à la fois. Ces sentimens étaient partagés par les bons catholiques de la Suisse, ennemis des innovations, efirayés par l'idée d'abandonner l'antique et sainte foi de leurs pères. Parmi eux, beaucoup d'hommes pieux et respectables crurent devoir donner des avertissemens aux partisans de la réforme. „ Prenez garde k ce que vous taites,^^ dirent-ils ; „vous nous reprochez l'erreur $ hommes comme nous , n'y êtes- vous pas sujets ? Nous suivons les traditions de docteurs pieux plus rapprochés de l'époque du sauveur de mille ans et d'avantage, pourquoi vous croirions-nous plutôt, vous qui n'êtes que d'aujourd'hui? Prenez-y garde ; tandis que vous ne parlez que de ramonr de Dieu, vous livrez votre patrie à la baine, à la discorde et à k désolation.^V
Grands et petits étaient infatigables a parler sur ce sujet ; les deux partis entamèrent même des négotiations, mais chacun d'eux prétendait être dans la vérité et accusait l'autre d'erreur et d'hérésie. Une nouvelle haine remplit les cœurs de iiel. Les cantons instituèrent des conférences publiques sur la religion entre des hommes savans des deux partis , dans l'espérance de faire cesser toute scission ; mais , comme il arrive presque toujours , chacun resta attaché a ses idées avec plus d'opiniâtreté qu'auparavant.
La doctrine du rétablissement de Fancienne foi chrétienne se répandit davantage de jour en jour. Zwingli y contribua le plus à Zurich ; à Berne Berthold Haller , Lupnlos, Nicolas Manuel) à Bâle Oecolampade; dans les Grisons Henri Spreiter k Sdnte-Antonie ; Jean Gomander
à Coire ; Jean Blasins à Malans ; sur hs bords du lac de Geuève et k Ncacbâtel Guillaume Farci ; k Bienne Thomas Wittenbach, sans nommer une foule d'autres. A l'exemple de Zurich et de Berne, SchafiTiouse, Bâie, Saint -Gall, adoptèrent la reforme , abolirent la messe, Tadoration des saints, les couvens; les laïques reçurent dans la Sainte-Gène le via aussi hwa «jne le pain ; on permit aux prêtres de se marier. Le nouveau culte fut introduit parmi le peuple des campagnes par des c;donnances souveraines , quelquefois par la force contie le gré et la conviction d'une partie des sujets.
Si les autorités, et les pasteurs allèrent trop loin dans leur zè!e , le peuple giossier allait souvent plus loin encore ; il profanait les images long-temps adorées des saints, il outrageait les croix , il raillait les personnes iîdèles a leur ancienne cro^'ance.
Gette conduite aigrjt les esprits des catholiques à un tel point qu'ils en conçurent la haine la plus violente contre les'Cotifédéiés reformes. Lncerne , Uri , Schwyz , Unterwalden, invariablement attachas k l'ancienne doctrine, brûlèrent par ordre du pape (t52l) les écrits de Luther, et défendirent, sous peine de mort, de prêcher la nouvelle doctrine sur leur territoire. Dans les cantons de Glaris et d'Appenzell (vers £524) le peuple se divisa do telle sorte, que le nombre des catholiques et celui des réformés y fut h pou près égal. A Soleure ^t k Fi*ibourg les gouvernemens défendirent tonte innovation. '
Enfin , lorsque la réforme pénétra aussi dans les baillages de la Confédération , dans le Rheinlhal , la Thurgovie, le Tockenbourg , les bailliages libres , le couité de Bade et ailleurs , les catholiques en conçurent de la crainte. I^es petits cantons surtout craignaient que la réforme des baillages communs ne restreignit leurs droits de souve^ rainelé et ne rendit les villes trop puissantes* L'ambition des villes , toujours avides d'étendre leur territoire , n'était que trop connue* Qii voyait d'ailleurs la conduite violente des réformés dans plus d'un canton, et l'humeur despotique avec la quelle ils défendaient aux catholiques ëtablis parmi eux de suivre le culte de leurs pères. L'animo&ilé devint extrême, lorsque les catholiques s'aperçurent que les docteurs réf-rmés n'étaient pas d'accord
entr'eox ; que dans les cantons ëvang^îiqnes des sectaires exaltes donnaient lieu k tontes sortes de désordres et résistaient aux lois et à l'autorité. J^es anabaptistes surtout causaient le plus de troubles et de scandale. Préchant dans les bois et dans les champs, ils annonçaietrt la prjochaine venue du. Messie et Tabolition de toute sujétion spirituelle et teiuporelle. L'exaltation de ces enthousiastes devint telle que Zurich, Berne, Saint-Gall, Schafi'hoiise et Bâle durent en arrêter les suites par les peines les plus sévères. Ces sectaires avaient introduit parmi eux la communauté des biens et des femmes ; de jeunes filles jouaient de bonne fui le rôle de Messie ; Thomas Schmoucker poussa le fanatisme jusc(u'à décapiter avec une hache sur la Muhlegg, son ^propre frère Lienhard, comme victime expiatoire pour les péchés du mtfnde. '
Progrès de la discorde dans les affaires ecclésiastiques. ^
(De Tan 1527 h l'an 1530.)
La scission de Téglise accrut en Suisse les désordres, les agitations, les inimitiés, d'année en année, de jour en jour. Chacun des deux partis prétendait constater par la conduite la moins chrétienne , qu'il était seul en possession du vrai christianisme. On prévoyait les plus grands malheurs. Toutefois il se trouvait parmi les catholiques et les réformés de la Suisse beaucoup de gens sages et bien intentionnés qui , désirant prévenir les maux de la discorde, disaient : y Si notre foi est la véritable et êi elle vient de Dieu, prouvons-le les uns aox nutres par les œuvres de la^ charité; car la charité >'ient de Dieu, mais là haine vieoit de Satan/^ -^ Malgré ces sages avertissemens, ce qui arrive toujours arriva cette fois-ci: les cris de l'orgueil et de Tégoisme étoufi'èrent la voix de la sagesse.
Des deux côtés^ s'élevaient des hommes violens qui criaient et qui s'agitaient, non par amour de Dieu, ni
par amour da bien et de la vëritë, mais pour satisfaire, soàs an prétexte sacré , des intérêts secondaires. Parmi les habitans de la campajgne un grand nombre attendaient de la réforme plus de libertés «t de droits, et, quand ils Toyaient le)ir espérance déçue, ils retournaient aussitôt au catholicisme. Lorsque la ville de Berne abolit le couvent dlnterlacben et le remplaça par des prédicateurs réformés, les sujets du couTcnt en eurent une grande joie: plus de couvent, dirent-ils, plus de dîmes, plus de corvées ! Mais^ Berne exigea bientôt dîmes et corvées , sur le champ les paysans, redevenu's catholiques par colère, chassèrent les prédicateurs réformés , et s'avancèrent en troupes armées jusqu^à.Thoune. Alors Berne somma ses autres sujets de prononcer une sentence arbitrale; celte ville voulait conserver la paix, parcequ'elie ne pouvait pas espérer un secours prompt et sûr des cantons voisins, tous catholiques. Les sujets arbitres honorèrent la confiance de leur gouvernement , et prononcèrent avec justice cette sentence : ^ Les droits temporels du couvent passent k Fautorité temporelle et ne sont point devenus la propriété des pajsans.'^ Les révoltés de Grindeiwald se séparèrent en murmurant, quoique la vtUe de Berne leur eût remis, au profit de leurs pauvres, une partie de leurs anciennes charges. .
Toutes ces mesures pour le rétablissement de la paix échouaient contre Teicaspératipn des esprits. Les moines ^d'Interlachen, mëcontens d'avoir perdu leur monastère, rodaient ça et là, et soulevaient en secret le peuple. L'abbé d'Ëngnelberg , craignant pour ses droits et se» revenus dans rOberland bernois , eut recours aux mêmes moyens, surtout dans l'Oberbasli. De temps immémorial, cette vallée avait joui d'une grande liberté : elle avait son sceau particulier , sa bannière , un landammaun de son choix , et se trouvait moins sous l'atitorité^ que sous la protection de la ville de Berne. Lors donc que les couununes d'Oberhasli , excitées par les moines d'Ëngnelberg et par leurs voisins d'Unterwalden, eurent de nouveau aboli le culte réformé (i52Q) et fait venir des prêtres catholiques d'Uri et d'Unterwalden, les vallées du Grindeiwald, d'Aeschi, de Froutigueh, d'Obersimmen et d'autres imi^ tèrent cet exemple , et le canton d'Unterwalden leur en-
voya même du secours pour les soutenir en oasde besoin. Berne courut promptement aux armes; Btâ troupes se mirent en marche pour arrêter les prog;rës de Tapostasie. Les m^contens, perdaut courage, se dispersèrent en toute hâte, les soldats d'Unterwalden repassèrent le Brunig; Berne punit sévèrement i'Oberhasli , lui enlera pour un long temps la bannière et le sceau de la vallée « et pour toujours le droit d'élire son landammann ; les auteurs de la révolte furent mis k mort; leurs complices , contraints de demander pardon à genoux, au milieu d'un grand cercle formé par Varmée. Froutiguen, le Simmenthal et les antres vallées furent également ramenés par la force au culte qu'ils venaient d'abandonner. .
Les réformes ecclésiastiques que les gouvememens inrotestans entreprenaient dans leur propre pays -et parmi leurs spîets obtenaient le plus souvent un succès facile , carie peuple était ignorant et avait une crainte serrile des seigneurs et des autorités de la vilie« Souvent il adoptait la nouvelle croyance , moins par conviction que par une soumission aveugle. Mais il se présenta plus de difficultés et il y eut des révolutions plus violentes dans les baillages communs , gouvernes en même temps par des cantons des deux religions. Dans les bailliages libres et dans lé comté de Bade , ou vit des communes changer plusieurs fois de religion dans une même année, suivant Tinfluence relative des cantons catholiques ou protestans. Excité par les gouvernemens catholiques, le conseil de la ville de Bremgarten chassa de son emploi le paj^teur Henri Bullinguer, propagateur de, la réforme dans les bailliages libres f le peuple , au contraire , encouragé par les vUles de Berne et de Zurich , dut à son opiniâtreté le maintifîn du culte réformé. L'abbaye de Wettinguen même adopta ce culte, et le Tockenbourg, malgré l'opposition de son souverain, l'abbé de Saint-Gall, décréta l'aboUtion de la messe et de l'adoration des saints.
La haine réciproque de.s cantons catholiques et des cantons réformés prenait de plus en plus un caractère violent. A Frauenfeld , le landaoïmann Wehrli avait parlé et agi avec tm zèle ardent contre le nouveau exulte; c'en iut assez pour que les Zuricois le saisissent k son passage par leur ville , quoiqu'il portât un manteau aux
couleurs dTInterwalden , et le lissent exécuter publiqacuient. De son côte, le gouvernement de Schvvyz s'em-r para du pasteur rëformd Kaiser d'Uznach, et le lit përir sur un bûcher comme hérétique. A la iin , personne ne put plus entrer dans, un canton où régnait une religion diiférenle de la sieune sans craindre d'y perdre la vie. Obligé de se rendre d'Unterwalden dans les bailliages libres pour y exercer les fonctions de baiHi, Antoine Abacker ne voulut point y aller sans une escorte armée ; telles étaient la detiance , la crainte et la haine !, Les réformés des bailliages libr-es tremblèrent à leur tour à l'arrivée de ce gouverneur catholique. Pour leur sûreté, les Zuricois envoyèrent une garnison de SCO hommes d'infanterie à Breragarten et dans Tabb^ye de Mouri (1529) , et quel«[ues mille hommes dans le pays de Gaster, dans la Thurgovie et sur les frontières du canton de Zoug. Les Bernois aussi mirent sur pied 10,000 hommes , prêts à combattre au moindre danger.
Les cantons catholiques ne restèrent pas oisifs* -Uri, SchwyZ , Unterwalden , Zoug et Lucerne rassemblèrent leurs forces sur leurs frontière^; 150O Valaisans se joignirent à eux. Ils avaient contracté une alliance avec Tempereur romain pour la défense de Tancienne foi«
Les autres cantons, voyant Confédérés contre Confédérés les armes a la main , s'entremirent entre les deux partis et les exhortèrent à la paix. Il régnait encore en Suisse un esprit général de magnanimité , reste des beaux temps de la Confédération, et le Suisse des bords de la Liuunat ne pouvait (las oublier que le Suisse des Waldfttsettfu était son frère.^ Aussi voyait^on souvent offîciers et soldats des deu^ armées ennemies prendre ensemble aiuicaleinent leurs repas , manger en commun la soupe au lait a côté des boi*nes de leurs cantons, et guerroyer eii plaisantant avec leui*s cuillers de bois, quand l'un d'eux se permettait de dépasser ses limites dans la soupi ère comnmne pour pécher un morceau friand. Cette fois encore , le landammann A^bli de Glaris et le syndic Stourm de St^'asbourg parvinrent à conclure entre les deux paitis dissideus une paix de religion le 26 de juin i529. — Les tioupes retournèrent dans leurs foyers. A peine Ue retour dans leurs cantons respectifs , les
denx^ariis renouvelèrent leurs anciennes querelles; les réform<5s surtout se montrèrent ardens k propager leurdoctriue. Le zèle des Bernois prépara l'adoption de la réfuriue dans la principauté de Neuchâtel , et le savant Bcrtiiold Haller la lit recevoir dans une partie du canton de Soleure. L'activité des Zuricois gagna à la croyance des réformés u|i grand nomiire de communes dans le pays de Sargans, dans la Thurgovie et dans le comté de Bade, de môme que dans les villes de Kaiserstoubl et de Zurzach. Bien plus, Tabbé de Saint-Çall, François Gueisbcrguer, étant mort dans le même temps, les Zuricois et la «partie réformée des Giaronnais cherchèrent à disso^dl*e l'abbaye de Saint-Gall, et à y séculariser tout ce qui appartenait à Téglise. L^s citoyens de la ville de Saint-Gail introduisirent en effet le culte évaî gélicpie dans l'église de Tabbaye. Une grande partie des richesses du monastère fut consacrée au soulagement deê pauvres. Les gens de la maison de Dieu avaient embrassé la ré- . forme; ailn de les attacher plus sûrement à la nouvelle doctrine ^ on diminua leurs charges et l'on accorda a leurs communautés le droit d'élire leurs pasteurs.
Cette conduite offensa les cantons catholiques; car Lucerne et Scbwyz étaient aussi bien que Zurich etGlaris cantons protecteurs de l'abbaye de Saint-Gall. Quoique ces derniers eussent fait, dans tous les changemens qu'ils introduisirent , la réserve des droits des deux autres cantons protecteurs , ils n'en poursuivirent pas i/Aoins sans interruption le cours de leurs réformes. Dans les bailliages communs ils établissaient toujours en principe la liberté de conscience, mais ils la permettaient rarement dans le fait. A la lin , Rapperswyl aussi se détacha de l'église romaine , et le Tockenbcurg eut l'espérance de s'^ùÔranchii* de tous les droits de l'abbaye.
Uri, UnterwaWen et Zoug, voyaut que la dernièie paix de religion n'avait i^otnt été laite a l'ai'antage des catholiques , se joignirent à Schwyz et à Lucerne; chacun disait: vC!*est'la un nœud que l'épée seule pent le délier."
âS8
Guerre de Cappei. — Mort de Zwin^. — fVenguif avoyer de Soleure.
(De Taa 1531 k Tan 1533.)
Les ciiojtnB de Zurich ^e gardèrent plus de mesure. Tôtts TO.alaient la guerre , mais tous né la voulaient pas pour le mén^ motif. Les uns la demandaient par un zèle mal entendu pour la nouvelle doctrine, persuadés qu'il fallait sacrifier li Fintërét de la foi sc^ biens et sa vie, et tout oser pour la propagor en Suisse. D'autres, avides de conquêtes, aspiraient à opprimer Tautoritë des Gantons catholiques dans les baillages communs, dont ils voulaient s'arroger la domination exclusive. D'autres encore ne la dt^siraient que pour triompher des catholiques. Car à Zurich même beaucoup de citoyens étaient restés secrètement attachés à la foi de leprs pères , soit par conviction , soit par haine pour Faustérité x àt% prédicateurs de la réforme » qui censuraient sans ménagement la licence des mœurs, et tonnaient contre les pensions étrangères et contre la vénalité dos gr^uids.
Les Bei*nois , au contraire , ne soupiraient qu'après la paix; car ils n'étaient pas assurés de la tranquillité dans leur propre pays , et né pouvaient attendre ancim avantage de ia sécularisation de l'abbaye de Saint- Gall, &i éloignée de leur territoire. Ils dirent donc au Zuricois : y Pourquoi répandre le sang de vos compatriotes f^Ëmf>échez toute importation de blé dans les cantons forestiers , jusqu'à ce qu'ils observent tous les points du traité de paix et qu'ils vous satisfassent.^ Mais les Zuricois répondirent: ^ Un pareil moyen a tout l'odieux, d'une guerre, san» amener une décision aussi prompte que les armes. "^ — On se prépara donc à la guerre ; les Zuricoiif avec avidité', avec préifipitation , les Bernois lentement et à regret; cela nuisit aux uns et aux autres.
Les cinq cantons catholiques, Lucerne, Un, Schwyz, Unterwalden et Zoug, dirent aux cantons de S^urich et de Berner «Chaque jour vous propagez vos innovations par la ruse et jpar la force ; devons-nous soupir que la
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sainf:^ foi de nos pères soit entiërement bannie da pays ^ qu'ils ont habité? Voos noas rendez nos sujets infidèles et TOUS encouragez la rcbellioa. Les révoltés da Rhiothal ont surpris le bailli d'Unterwalden, Kretz ; ils le retiennent encore prisonnier dans la maison communale d'Alstaetten; et vous le souffrez. Vous dépouillez de ses droits et de ses biens Tabbé de Saint-GalL Nous demandons justice d'après les lois de la Confédération } vous nous la refusez. Nous voulons une franche réconciliation; vous nous intcr« disftz vos marchés. Que Tépée décide donc entre vous et nous, puisque vous l'exigez ! Pieu nous jugera.'
Ainsi parlèrent les cinq cantons, et sous leurs bannières 8000 hommes marchèrent sur le champ vers Zoug et dans les bailliages libres. Déjk np faible corps de Zuricois était campé près de Cappel ; mais la bannière principale de Zurich devait suivre. Les Bernois, arrêtés près de Lenzbourg, ne savaient quel parti prendre, parcequ'ils n'avaient point reçu d'ordre. Les bannières des cinq cantons s'avancèrent ^e 11 d'octobre (1531) jusqu'à Cappel; 300 hommes des plus courageux se précipitèrent aussitôt dans 1rs rangs des Zuricois ; les autres suivirent. Le combat fut long et terrible. Le principal corps d'armée de Zurich, avec lequel se trouvait Ulrich Zwiugli, arriva par l'Albts, mais trop tard et trop fatigué. Lk se battirent avec un antique héroïsme Suisses contre Suisses. Plus de 600 Zuricois perdirent la vie. Zwingli fut trouvé parmi les morts. Les autres s'enfuirent, poursuivis jusqu'à la nuit. Les vainqueurs retournèrent tard sur le champ de^bataille, et remercièrent Dieu, suivant l'usage de lears ancêtres, pour le massacre de leurs frères; puis ils pillèrent le camp abandonné par les Zuricois.
Cependant le jour suivant les hauteurs de l'Albis furent couvertes de soldats du parti -réformé. Les ^ombreuses troupes des Bernois , postées près de Bremgarten, pillèrent le couvert de Moiiri ; d'un autre côté les réformés s'avancèrent jusqu'à la montagne de Zoug. Plusieurs corps de leurs troupes devaient aller piller le couvent de Notre- Dame-des-Ërmites. Mais Jean Hong, lils de L'avoyer de Lucernç , les surprit avec 600 hommes d'élite , avant le point du jour, sur le mont Goubel près de Menziguen et
les mit en faite après un combat de courte dorée (Z^ oc* tobre). * .
Ces défaites répandirent le deuil et l'effroi dans la ville de Zurich; vingt-six membres du grand et du petit conseil avaient perdu la vie sur le champ de" bataille. Les Grisons réAu*més^ déjà en marche , s'arrêtèrent près d'Uz* nach. Les Glaronnais évaugéliques déclarèrent qu'ils resteraient neuti'es. Les Tockenbourgeois voulurent traiter de leurs intérêts avec les cantons catholiques, protecteurs de labbaye de Saint-Gall. Les Zuricois sa voyant seuls sentirent la nécessité de faire la paix*
Sans être enflés par leurs succès, les cinq cantons leur ofirii'CDt la paix a des conditions équitables. Elle fut conclue le 16 de novemb|>e , en plein air , près de la métairie de Teiuikou , au-dessous du Breitholz (forêt large). Des arbitres devaient s'occuper plus tard des frais de la guerre; dans les bailliages communs, les deux partis devaient avoir les mêmes droits. En entendant les conditions de la paix, les Bernois y accédèrent et retournèrent chez eux ; beau-» coup d'entr'eux étaient encore attachés au fond du coeur à l'église catholique romaine. Peu d'années après, on vit même le général bernois, Sébastien de Diesbach» abjurer de nouveau le protestanlisme à Fribourg.
Après que les cinq cantons victorieux eurent fait la paix avec Zurich et Berne , ils demandèrent satisfaction à Soleure, qui avait envoyé aux Bernois des troupes auxiliaires. La plupart des communes du canton de Soleure avaient déjà embrassé la réforme > c'était là raison de leur dévouement aux Bernois. Dans la capitale du canton, au contraire , le conseil at la bourgeoisie étaient divisés, et cette scission religieuse faisait naître fiéquemment des querelles et des p^sécutions. Mi^is lorsque les cinq cantons victorieux exigèrent wx un dédommagement de mille florins ou leur retour à la croyance de leurs pères, il n'y en eut que peu qui voulussent payer* La plupait reprirent le nom de catholiques. A Soleure même les catholiques s'armèrent contre les réformés pour les contraindre à l'abjuration ; ils arrivèrent avec un canon chargé devant* la maison où les réformés délibéraient. Déjà l'arme redoutable les menaçait de la mort. Tout-à-conp on homme vénérable s'avance au milicn des fnrianx, pré-
sente devant la bouche da canon son cœur que faisait battre un vrai patriotisme, et s'ëcrie: „Si le sang de vos Concitoyens doit couler, que le mien coule premièrement'/' Tous furent effrayés à la vue de ce héros chrétien ; c'était l'avoyer de Soleore, Weo^ui« Le sang ne coula. point. Les réformés de Ja ville de Soleure, plus attachés à leur foi ifa'k aucune aptre^hose, sacrifièrent leurs biens, leurs propi*iétés, qiiittèrent le canton, et lixcrent leur domicile dan<: d'antres villes. Le culte catholique romain fu( rétabli dans toute retendue du canton, dont trente-quatre communes avaient déjà embrassé la réforme (i5i3)«
Tels furent les résultats de cette v:ctuiie de Cappcl , oti des fières furent égorgés par lei^s >fi'èrcs: mais elle en eut d autres encore. L'abbé de Sainl-Gail fut réintégré dans tous «es droits; la propagation d? la réforme, à jamais arrêtée dans les bailliages communs* Les catholiques acquirent même une telle prépondérance, qu'ils rétablirent leur culte par la force dans plusieurs parties de ces bail- Hagcs.
Genève se sépaj*e de la Savoie, Bet^ne s'empare du
Pays-de-Vaud,
(De Tau 1533 k Tap 155S.)
Des divisions semblables, avaient éclaté dans les autres parties des Alpes h<flvétieno€s. Dans les vallées des Grisons une partie des communes conserva rancienuecro^'^ance, b»s autres embrassèrent la nouvelle, sans <|ue la contrainte gênât les couâiciencr s. Le culte évangélique avait de nomlaeux sectateurs à Sion et à Louesche dans le Valais, où Thomas Platier prêchait la réforme avec le plus de zèle. Au Pays-dc-Vaud, le long du lac Léman, Lausanne, les autres villes et la plupart Ans villages se séparèrent de TégUsc romaine. Genève lit de même, mais ce ne fut pas sans troubles et sans commotion. Car la discorde religieuse vint se mêler li la discorde civile qui régnait dans celle cilé.
Genève ëtait dëjk à cette ëpoqne une ville belle et popalense, florissante par les 'sciences, par les arts^ parFindastrie, par Tactivitë de ses citoyens. Denx fois cette antique cite des Allobroges avait ëtë dëtmite dn temps des empereurs romain»; deux fois die s'ëtait relevée de ses ruines. Aujourd'hui encore on y trouve sons ses chaussées des chaussées plus anciennes. Après la domination des Romains, les rois bourguignons en firent souvent leur résidence, et plus tard, sous les Francs, les Bourguignons y assemblèrent fré€[uemment leurs diètes. Bepuis plusieurs siècles un évéqne y exerçait l'autorité ecclésiastique sur une grande étendue de pays. It portait le titre de prince, piossédait de grands biens, jouissait de 'grandes prérogatives, et même, dans la ville, du droit de régaie. Ce droit fut transmis aux évéques pur les rois £rancs qui en avaient été investis. Les autres droits des rois furent longtemps exercés par les comtes de- Genevois, leurs délégués. Mais insensiblement les comtes se les étaient arrogés tous et les avaient rendus héréditaires dansicurs familles. Non seulement ils considéraient comme leur héritage Genève et tout son territoire, a l'exception des propriétés de Févéché, mais ils étaient encore les représentans de Tévéque dans radmioistration de ses biens temporels. De Ik des querelles et une rivalité sans fin entre févéque de Genève et le comte de Genévoû^. La bourgeoisie gagna beaucoup k cette dis.sension. Soutenant tour-k-tour la cause de Tuu et de Tàutre , elle avait reçu de nouveaux droits et des franchises de tous les deux. A la fin, trois partis se disputèrent la prééminence dans ce coin de terrç : Tévéque , le comte et la bourgeoisie. Il s'f joignit bientôt un quatrième, le comte de Savoie, voisin puissant. La bourgeoisie l'avait appelé k son secours contre le comte de Genevois, et lui avait donné une grande partie des droits 4e ce dernier , il voulut les avoir tous. D'abord il tenta de supplanter la comte de Genevois ; puis il acheta tous ses biens , lorsque sa famille àe fut éteinte. Par Ik il acquit la plus grande influence sur Genève.
Devenu* de plus en plus puissans jusqu'à s'arroger le titre de ducs, les comtes de Savoie étaient devenus de plus en {dus dangereux pour la bourgeoisie. Car bientôt ils s'emparèrent aussi de tout le pouvoir des évéques» en
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plaçant toujours sur le siëge ëpitfcopal an fils^e leur maison. Cependant, lorsque, après les guerres des Suisses avec Charles le Tëmëraire, Fun de ces ^ëvéqués eut conclu un traite d'alliance défensive avec Berne et Fribourg, en son nom et au nom de* la bourgeoisie (1493), celle-ci acquit dans ces Gonfëdërës voisins des garans de ses droits et des défenseurs contre Tusurpation des ducs et des évéques. Cette alliance eut des suites importantes.
Un jour (1517) un Genevois du peuple coupa, par mëehancetë, le jarret à la mule du juge ëpiscopal Grossi. Le coupable et une troupe de camarades de son espèce , qui en voulaient au juge, firent porter le jarret coupe ^ dans toutes les rues par un idiot, e| lui ordonnèrent de crier : ^Achetez, achetez un morceau de la grosse béte !^ Grossi, vit dans ces mots une allusion k son nom et une offense faite à sa personne. Il accusa ses ennemis devant le tribunal de TëvJque. L'ëvéquc leur accorda leur grâce, à Texception de Pëcolat , qu'il fit mettre en prison, et de Berthelier, qui s'enfuit à Fribourg. La-dessus s'éleva une nouvelle querelle pour savoir à quel tiibunal Pëcolat res^ sortissait. La ville de Genève prétendait le faire comparaître devant son tribunal civil. De difficultés en difficultés cette affaire fut portée successivement devant le duc , Tëvéque, l'archevêque, enfin devant le pape.
Sur ses énti'efaites Berthelier n'avait pas perdu son temps à Fribourg. Revêtu de pleins pouvoirs par ses compatriotes, il avait resserré les liens d'amitié entre Fribourg et Genève. Il retourna dans sa patrie avec un sauf-conduit, et fit ratifier le nouveau traité avec Fribourg, le 6 de février 15l8< Le duc en fut tellement irrité, qu'il fit mettre à mort à Turin quelques voyageurs genevois qui traversaient ses états.. Cet acte de vengeance augmenta l'animositë des Genevois, et fit éclater la division entre les partisans de la Confédération et les partisans du duc de 3avoie. Ces derniers, peu nombreux, portaient le nom de Mameluks ; les autres furent surnommés Confédérés , Eidsgenossen^ ou, selon la prononciation française de ce nom allemand, Huguenots.
La dispute causée par Pallia nce dont il vient d'être question -fut portée devant mainte diète suisse, mais sans Mican succès. Le «duc poursuivit avec tant de cruauté les
Hla^uenots qu'il traitait en sujets rebelles, qu'un grand nombre d'enir'eux cherchèrent, un asile h Berne et à Fribourg. Il iit même saisir et exécuter Berthelier. La noblesse savoyarde reçoit l'ordre de vexer Genève de toutes les manières. A ces haines se ^oi^ait la scission religieuse occasionnée par la réforme. La plupart des Ila- . gueuots étaient attachés a la doctrine cvangé)ique. Le prieur de Saint-Victor, nommé Bonnivard, fut un des premiers k prêcher contre le pape. Le duc et l'évéque redoublèrent de cruauté, ensorte que Berne et Fribourg ue purent laisser plus loogtemps leurs alliés sans secours. Ils ti'aversèrent avec 11,000 hommes le Pays-de.Vaud jusqu'à Morges, ravaj;eant tout sur leur passage. Là des députes du Valais et des dix cantons vinrent interposer Jeiu* médiulion, et engagèrent l'armée beruoise à-se retiier; une paix fut conclue à Saint- Julien (1530^. Le duc promit de respecter les droits de la ville de Genève, sous peine de j>erdre le Pays-de-Vaud ; les Genevois s'engagèrent à respecter les droits du duc , sous peine de voir se rompre leur alliance avec les Suisses.
La paix fut rétablie , la bonne intelligence ne le fat pas. Le duc continua le cours de ses persécutions.- Dans Genève les catholiques et les protestans se baissaient. L'on et l'autre partis eu venaient des projets sinistres aux assassinats. Mais les Huguenots eurent le dessus dans cette triste lutte. L'évéque et le duc formèreut eniiu de concert le projet de surprendre la ville à main armée. Mai^s la. vigilance et le courage des citoyens déjouèrent cette tentative. L'évéque , craignant le peuple , s'enfuit de la ville^ et ti-ansporta son .siège épiscopal àGex. Les Genevois en furent enchantés. lis introduisirent sans obstacle le culte protestant, déclarèrent l'évéque déchu de ses droits régaliens, proclamèrent l'indépendance de leur ville et formèrent dès ce moment un état libre. Ce fut en 1536.
Cette démarche audacieuse fut décisive. Car dans cette conjoncture il viut à Genève un ecclésiastique .français , également savant et habile dans les affaires de l'état et dan^ celles de l'église, zéiateui* ardent delà doctrine évaugélique ; cet homme était Jean Calvin. Il ne se contenta point d'instituer à Genève le nouveau culte, il réprima par une discipline sévère l'extrême corruption des moeurs,
el contribua puissamment a consolider le nouvel élat par des lois fermes. Telle fut la considération dont }ouit CaU TÎn, qu'à la lin rien ne se faisait contre sa volonté; telle la gloire de son f^énie et le respect pour Sf'S opinions, qu'en Suisse, en France, en Allemagne les reformés furent nommés Calvinistes.
Cependant les Mameluks exilés et la noblesse savoyarde du Pays-de-Vaud pressaient vivement la ville de Genève. Les Bernois adressèrent au duc de Savoie leur déclaration de guerre , pnrcequ'il avait violé le traité de paix de Saint- Julien. Ils envoyèrent f;u mois de janvier 1686 7000 hommes* de guerre dans le Pays-de-Vaud, et, dans Tespace de onz.e jours, souniiient tout depuis. IVlojrat jusqu'à (lenève; ils délivrèrent cette ville , qui les reçut aVec des cris de joie; chassèrent Tévéque de Lausanne, s'empâtèrent de s^*s biens et de ses privilèges, et devinrent ain>i maîtres de tout le Pays-dc-Vaud Cette conquête fut plus aisée encore que n'avait été celle de l'Argovie ; car le duc de Savoie, enga«i,é dans une guerre contre le roi de France et réduit aux abois, ne put opposer aucune réjiistance aux armes bernoises. I^a noblesse savoyarde était impuissante. D'ailleurs les villes du Pays-dé- Vaud et les cx>mmunes des camp^ignes se soumirent volontiers aux Bernois, fatiguées qu'elles étaient de porter le joug pesant de la maison de Savoie, et de voir letk assemblées des états du pays s'occuper de leurs intérêts privés et négliger les intérêts du peuple.
Mais le Valais et Fribourg virent' de mauvais œil cette nouvelle conquête qu'ils auraient voulu partager avec les Bernois. I^es Valaisans s'emparèrent de tout le pays situé j^ntre leurs frontières et la Dranse; les Fribourgeois soumirent le» comtés de Rue et de Romont Pour n'être point troublés dans leur neuvelle possession et pour s'y consolider, les Bernois ne s'opposèrent point à ces conquêtes. Ce fut dans le même but qu'ils introduisirent partout sans délai le culte réformé, iirent administrer par huit baillis bernois le pays conquis, qu'ils divisèrent en huit nailliages, et créèrent ponr tout le Pays-de-Vaud un trésorier chargé de maintenir les droits souverains de Berne, et de retirer les impôts au profit de cet état. Un petit nombre de lieux • seulement conservèrent leurs anciennes franchises; mais
la Tille de I^nsanne garda pres(pie en totalité ses importans privilège», et devint en quelque sorte une yille libre soumise au patronage de Berne. — Deux fois dé]k les Bernois avaient conquis le Pays-de-Vaud : d'abord dans les guerres de Bourgogne ; alors ils ne gardèrent pour eux que Bex et Aigle; puis, immëdiatement avant le paix de Saint-Julien; ils ne tirèrent à cette époque aucun avan* tage du succès de leurs armes. A leur troisième invasion, ils ne rendirent pas leur belle conquête.
Pendant longtemps les riches et puissans comtes d« (îruycre refusèrent courageusement de rendre hommsge aux villes de Berne et de Fribourg, dont les nouvelles conquêtes enfermaient de toutes parts les terres de ces seigneui's. Mais les deux villes profitèrent adroitement àê la pénurie d'argent de ces comtes accables de dettes, et .achetèrent tous les titres de leurs crëanciers (1554). Par la Fribourg acquit la seigneurie de Gruyère, et Bèrn« les vallées de Rougcmont et d'Oi«on. *)
Berne doubla l'étendue de son territoire par k soumission du Pays-de-Vaud, et devint la ville la plus puissant* de la Confédération par sa politique adroite, par son habileté à profiter de la faveur du moment, par l'esprit public, par la résolution et le courage de ses citoyens.
Hcdne religieuse dans les boàltiages italiens, dans les Grisons et ailleurs. Dispute au sujet du sa-lendrier. Alliance de Boromée.
(D« l'an 1558 k Tan 1586.)
Genève , entonrë de son petit territoire, florissait oomma état indépendant, et devint en peu de temps Tune das villes Us plus célèbres de la Suisse, grâce à son industrie et k son amour pour les sciences. Cependant à causa
*) Elles font aujourd'hui partie da cantoo de Vaod.-^
de ses troubles contiDueîs , les Confédérés ne Toulnrent pas l'associer à leur Confédération comme Ville alliée. Ces troubles furent causés et par le charme encore nouveau de la liberté , et par la sévérité inflexible et le zële impétueux de Calvin. Ce réformateur fougueux menaçait de Texil , de Tépée ou du bûcher, quiconque n'adhérait pas b ses doctrines.
La seule ville de Berne resta Ed élément attachée à Genève , ainsi que Genève a Berne ; aussi ces deux états renouvelèrent-ifs k perpétuité (1558) leur alliance défensive. Genève trouvait dans Berne le rempart le plus sûr pour s^ liberté conlre toute attaque étrangère ou interne ; Berne , de son côté , voyait dans Gejiève un avant-poste avantageusement placé pour arrêter les invasions des Savoyards, pour tenir le Pays-de-Vaud en respect, et pour dompter les Vaudois s'ils s'avisaient de réclamer des franchises que leurs nouveaux maîtres étaient intéressés a ne pas leur accorder.
La discorde religieuse qui divisait les Confédérés et leurs sujets aVait aussi pénétré au-delà du Saint- Gothard dans les bailliages italiens et allumé une haine mutuelle dans des coeurs auparavant unis. Le nombre des réfor^ mes était surtout considérable dans le bailliage de Locarno; iiâ comptaient parmi eux la plupart des familles les pins riches et les plus considérées ; Lélius et Faustus Socin avaient répandu dans cette contrée une- doctrine beaucoup plus libre encore que celle de Zwingli et de Calvin. Mais ils furent chassés et leurs adhérens punis par l'exil ou par la mort. Après eux, Beccaria devint h Locarno le principal docteur des évangéliques. Le bailli , qui était catholique , le fit emprisonner , mais une troupe de réformés assaillit le château et Obtint de rive force la liberté de Beccaria. Le bailli , avec l'autorisation des sept cantons catholiques, ordonna aux réformés d'aller k la messe , et bannit ceux qui ne voulurent pas se soumettre à cet ordre. »Cefle violence est contraire à notre traité de paix,'* s'-écrièrent les états évangéliques qvi participaient a fa souveraineté des bailliages italiens. „Non,*' répondirent les cantons catholiques : „le traité ne s'étend pas à ces bailliages; c'est {a majorité' des voix qui décide ici.*^ Ainsi les persécutions continuèrent, tnçou-
ragëes d'aillenrs par le nonce an pape. EofiQ le hanDis- ' sèment gênerai des réformes de Locarno fat dëcidë et ent son exécution an mois de mars 1555. Cent cinquante réformés , assemblés dans rhôtel-de-ville de Locarno, durent écouter cet arr^t avec une soumission silencieuse. Toutà-coup le nunce du pape entra dans la salle, et s'écria transporté de colère: „Ce juaeiiient est trop indulgent» Il faut enlever aux exilés leurs biews et même leurs enfans." — Mîiis les députés de» cantons cathoIi(|ues frémirent â l'idée d'une telle barbarie; leur cœur connaissait encore l'humanîté, étouiiée dans le cœur du prêtre; ils dirent d'un commun accord: ,;Nous ne révoquerons point le jugement «pie noi^s venons de pronorîcer. "
Ainsi les exilés , accoui|)agné$ de leurs femmes et de Ienr<; jeunes enfans, passèrent les montagnes les plus sauvages, dan»- la plus rigoureuse des saisons, s'cloignant tristcmebi de la terre chérie où reposaient les cendres de leurs pères. Les Confédérés évangélifpies les reçurent avec une charité vrain\ent chrétienne. Zurich offrit un asile a plus de cent de ces infortunés. Il y avait dans leur nou)l)re des hommes riches et.savans, les OreJli , les Murait et d'autres dont les familles fleurissent encore a Zurich et l'honorent. Ils apportèrent dans celte ville Fart de tisser la soie, y établirent des moulins, des teintureries , et IVnrichivent par leur industrie à tel point que la prospérité de Zurich devint célèbre en peu de temps^ même hors des limites de la Suisse.
Malgré la dessidence des églises, les Suisses seraient probablement revenus à leur ancienne concorde, s*ils n'avaient pas prêté une oreille trop facile aux insinuations d'ambassadeurs étrangers. A la même époque, des guerres de religion désolaient aussi la France et l'Aile. magne; les envoyés des souverains engagés dans ces guerres, recliérchaient la faveur et l'assistance des cantons auxquels les unissait le lien d'une foi couimune » et les animaient contre les cantons attachés à la croyance opposée. Des deux côtés , les prêtres aigrissaient encore davantage les esprits du peuple. Les cantons réformés se gardèrent prudemment de se mêler dans des qaerelles étrangères. Il n'en fat pas de upéme des cantons catholiques : ils se montrèrent dociles à la Toix du nouce papal
et furent séduits par rappfât de Tor que Tàtubassadeiir françai* répandit pour engager an service de son roi des soldats mercenaires. En 1553 , ils conclurent avec le roi Henri II la première capitulation en forme , au sujet des rcgimens que la Svdsse enverrait au service de France; ils fournirent dans une seule année 19,000 hommes, et firent suivre d*année en année ûes renforts considérables^ Les Suisses se battirent vaillamment sur le sol étranger, mais leur gloire ne fut que celle de mercenaires. X.eur sang ne coula point pour leur patrie, leurs actions n'appartiennent donc pas & rhisl;oire de la patrie» baissons les éti'angers vanter' las exploits qu'ils ont payés.
Le nonce du pape travaillait sans relâche contre les intérêts des cantons reformés. Il songea même à rétablir la domination de la maison de Savoie à Genève et peut-être aussi dans le Pays-de^Vaud. Jaloux de la prépondérance de Berne , quelques cantons réformés auraient volontiers secondé les vues du iionce; mais ce dessein échoua. Car lorsque le duc de Savoie réclama en effet le Pays-dc-Vaud en 1564, les Bernois prévinrent des pertes plus considérables par le sacritlce volontaire du petit pays de Gex et de tout le district qu'ils possédaient audelà du lac dé Genève. £n échange , le duc Ëmanuei Philibert «renonça par le traité de Lausanne à tontes ses prétentions sur le Pays-de^Vaud, et le roi de France se rendit garant de ce traité, mais sous la réserve expresse de tout les droits dont le Payi-de-Vaud avait joui sous la maison de Savoie. — Genève, au contraire, resta longtemps encore en lutte au^ attaques de cette puissance voisine. Mais la nécessité de défendre sans cesse son existence politique contre la ruse et la force d'un voisin beaitcoup plus puissant , développa de nouvelles forces dans cet état indépendant, petit en étendue, mais grand par le courage de ses habitans. Dans touis ses dangers , Berne le secourut en allié fidèle. £n c'onsidé>*ation de rhéroisme de Genève , les Zuricois firent une alliance perpétuelle avec cette ville eh 1581.
De tous les défenseurs du saint-siége , jamais aucun n*avait exercé en Suisse avec un aussi grand ascendant que Tarchevéque de Milan , le cardinal Charles Borromée : mais rarement aussi on vit un homme plu^ capable , par
ses talens et par êes Tertus, d^exëcuter de grandes entreprises que ce {enne prélat, actif, pieiix, brûlant de ihle pour sa foi. Arrêter par des barrières éternelles la propagation des nouTcUes doctrines , affermir au milieu des orages de son sibcle Tantique église ébranlée jusqu'en ses fondemens, telle fut la tâche qu'il choisit pour lui consacrer sa vie. Dans ce îiut , il abolit beaucoup d*abus en Italie , épura les mœurs du clergé et fit un grand nombre de voyages. Il vint aussi en Suisse , mais tout ce qu'il y fit ne tourna pas k l'avantage des Confédérés. .
Arrivé dans la Valteline , où les Grisons s'occupaient à établir des écoles protestantes , il travailla secrètement contre leur projet* Dans les Grisons, -il aurait désiré mettre aux catholiques les armes h la main contre les réformés ; mais , k Texception de l'évéque de Coire et de sa cour , les libres enfans des Alpes rbétiennes le reçurent fifoidemeht. Ils étaient fatigués de ces querelles et de ces haines religieuses auxquelles , dans leur pays comme en 'Suisse, les familles des grands avaient rattaché les intérêts de leur égoïsme politique. Déjà cette calamité avait fait périr sur Téchafaud le jeune seigneur Jean Planta de Rhaezuns (1572), et avait fait condamner plus d'un honnête citoyen à perdre ses biens, sa vie, su patrie, son honneur. De nos jours encore on s'entretient dans les montagnes des Grisons, des tribunaux redoutables de Thusis et de Coire, des rassemblemens armés du peuple, et de la vénalité si commune dans ces temps de corruption. .La loi appelée „Kesselbrief* (1570) vint enfin mettre des bornes k cette ambition impudente qui obteiiait les honneurs k force d'argent et d'intrigues; une autre loi, ,^Dreisieglerbrief* (I57^i), défendit tous les attroupemens de gens armés. ' L'amour de la liberté s'alliait chez les Grisons k l'amour de la justice. Un petit nombre seulement de familles nobles çt ambitieuses respectaient aussi peu la jastice qu'elles aimaient peu la liberté.
Le cardinal Charles Borromée reçut l'accueil le plus amical des cantons catholiques. Le mauvais état de leurs écoles lui suggéra l'idée d'établir k Milan un séminaire de prêtres en faveur des jeunes catholiques de la Suisse. C'est lui qui introduisit l'usage d'avoir constamment en Suisse un nonce du pape. Cela déplut aux ré-^
formes; ils préToyaient les dësagrëmtns cjnî naitraieiit pour eux de la présence contmuelle d'un représentant da saint-siëge. Pendant rhiver de l'année 1680 on nonce arriva à Berne , mais le gouTemement loi ordonna de ^tter sur-le-champ la Tille, et les enfans le poursuivirent dans les rnes à coups de boules de neige*
La lutte des catholiques et des protestans occupait le monde presque tout entier. L'Espagne , la Savoie , FËmpire , étaient les plus zélés défenseurs du pape* Malgré cela les huguenots ou protestans triomphèrent presque en France. Le pape voulut engager tous les catholiques de la terre dans une gaerre à mort contre les protestans, et cette guerre , il osait Tappeler sainte ! £n Suisse , le cardinal Borromée prêchait avec zélé la nécessité de former une ligue puissante poar le maintien de l'église romaine. . Plus on lutta , plas les esprits s*échau£fèrent« L'animosité alla si loin que lés réformés ne voulurent pas recevoir le nouveau calendrier (1582) , parcequ'il avait été perfectionné par ordre du pape. Le parti évangélique se défiait tellement de Rome qu'il rejetait tout ce qui en venait, même les améliorations , et qu'il maintient opiniâtrement l'ancien calendrier , malgré ses débuts. Cet objet faillit à causer une guerre civile*
La dispute des partisans des deux calendriers favorisa la ligue projetée par le cardinal en faveur de l'église; les sept cantons catholiques se liguèrent en effet selon ses vœux. Des députés de LucenKe, d'Uri, de Schwjrz» d'Unterwalden, de Zoug, de Soleure et de Fribourg s'assemblèrent à Lucerne le 10 octobre 1586, et y jurèrent une alliance que l'on nomma la ligue dTQr on la ligue borromée. Elle ne servit qu'à creuser davantage Tabime qui séparait déjà les deux partis de la GonfédératioD.
Soidèvèment à Midhoiise. Les' deux rhodes d^Ap^ penzell se séparent.. Le duc de Savoie cherche à surprendre Genève,
(De Tan 158? k Tan 1603.)
Dès cette époque, les cantoas catholiques s'unirent plus volontiers et plus intimement avec des étrangers qu'avec des Suis.ses évangëliques. Les étrangers se réjouirent de cette discorde dont ils surent profiter. L'ambassadeur d'Espagne distribuant l'or à pleines mains, parvint à conclure ea faveur de son coi un traité avec Luceme, Uri, Schwyz, Unterwalden, Zoug et Fribourg (15&7). Le nonce du pape prêcha une croisade contre les réformés ou huguenots de France, et plus de 8000 Suisses catholiques allèrent prendre part à la guerre civile qui désolait ce royaume. Des députés des huguenots sollicitèrent un armement pour la défense de la foi évan«géiique, et des milliers des réformés, Suisses et Grisons , partirent pour arroser de leur »ang ces champs de bataille oà avait déjà coulé tant de sang français ; les gouvcrnemens cantonaux feignirent de ne pas s'apercevpir de ces émigrations. Des Suisses quittaient leurs pays pour aller égorger leurs frères à prix d'argent. Tel fut T effet de la . haine religieuse !
Cette peste répandit partout son germe corrupteur; les choses les plus insignifiantes devenaieut la cause des pitis grands malheurs; c'est ce qu'on ?it à Mulhouse, ville d'Alsace.
L'origine de Mulhouse remonté è des temps fort anciens. Depuis environ cinq siècles elle était , comme la plupart des cités de la Suisse , une ville libre de l'empire germanique ; plus tard çUe avait fait successivement des traités d'alliance défensive avec Bâie , avec Berne, avec FriJ)ourg et avec Soleuré; enfin elle fut associée k la Confédération comme ville alliée (1515) , ayant voix et séance dans les diètes. Il arriva que la famille Finninguer eut avec d'autres citoyens , au sujet d'une portion d'un bois , un procès qu'elle perdit. Elle en appela «a
gonvemement autrichien d'Ensisheim , pais k la diëte suisse. Les Conf^dërës catholiques, k qui Von montrait Hans^cet ëvënement une occasion de ramener Mulhouse au sein de l'ëgli^e romaine, embrassèrent la cause des Finninguer et menacèrent le conseil municipal de I\Iulhouse de rompre leur ancienne alliance. Le conseil implora les cantons ëvangëliques , qui jugèrent le procès h son avantage. Sur le champ les états catholiques et Ap* penzell renvoyèrent aux Mulhousois le traité d*a]liance , après en avoir arraché les sceaux. Le parti des Finninguer profita de cet événement pour soulever le peuple et pour faire casser le conseil municipal comme auteur de la rupture avec les Smsseê, Les cantons réformés voulurent rétablir la bonne intelligence par leur médiation » mais ou ne les écouta pas ; ils menacèrent de rétablir par la force raueien ordre des choses ; les ^Mulhousois coururent aussitôt aux armes et appelèrent à leur secours des soldats autrichiens. Les Suisses réformés envoyèrent contr'eux des troupes sous les ordres du générai d'Erlach ; six cents Bâlois formaient Tavant-garde. Mais du côté de kl ville retentissait le tonnerre du canon. Au milieu de la nuit les Suisses assaillirent et forcèrent les portes de Mulhouse* Les combats, les massacres remplirent toutes les rues; les citoyens furent vaincus) la garnison autrichienne fut désarmée et renvoyée; le calme rétabli par le supplice des chefs des rebeUcs. Mais depuis ee moment {i5S7) Talliance de Mulhouse avec les cantons catholiques fut à jamais rompue, et celte ville ne put plus recouvrer le droit de sufirage à la diète. .
Peu de temps après ce triste événement , le canton d^Appenzell devint le théAtre de calamités presque plus funeste encore. Les catholiques et les réformés avaient reçu paisiblement ensemble dans lés deux parties du canton j on comptait dans les rhodcs ex1ériem*es plus de réfomiéjf, dans les rhodes intérieures et dans le chef-liep Appenzell plus de catholiques. Malheureusement des capucins vinrent travailler secrètement le peuple, et lui persuader qa'il fallait ramener de force les évangéliques au culte qu'ils avaient abjuré. Le laudammann Meggu^lin , fougueux zélateur de Tancienne foi , voulut commencer: cette CBuvre par la conversion de vingt-sept jeunes réfor-
mes. n les fit comparaître derant TaBsemblëe des deux conseils, pour rendre compte de lem* croyance, aprèft •▼oir eu soin d'entourer Thôtel du conseil de paysans catholiques : au cas que les vingt-sept reformes ne voulussent pas se souulettre ; un signal devait éti*e donné de la fe-^ nétre au peuple , le conseil s'ëloignerait , et le peuple se jetterait sur les jeunes rebelles. Mais ce projet n'avait pas été bien calculé. Car lorsque , pour punir l'obstination des jeunes gens , Megguelin courut à la fenêtre , tandis que les couse J}ers s'avançaient vers la porte, les vingtssept réformés tirèrent de dessous leurs manteaux des armes qu'ils avaient tenues cachées, s'emparèrent de la porte et des fenêtres et inspirèrent au landammann une si grande frayeur , qu'il cria par la fenêtre : „ Paix ! vous pouvez vous séparer.^ Les paysans se séparèrent, et les jeunes gens se retirèrent sans péril. Ce jour (14 mai 1578) fut le conunencement de toutes sortes de troubles.
En effet, dès ce moment les deux partis s'acharnèrent l'dn contre l'autre, et commencèrent le cours des plus ' violentes persécutions. Les réformés furent tourmentés dans les rhodes intérieures, les catholiques dans les rhodes extérieures. De part et d'autre on faisait des prisonniers, on sonnait le tocsin, on courait aux armes. Mais les hommes éclairés et amis de leur patrie empêchèrent heureusement que la guerre civile n'éclatât. Voyant enfin que la concorde ne pouvait être rétablie ni dans lés conseils, ni dans les assemblées des communes , ni dans les assemblées, générales, ces mêmes hommes proposèrent d'invoquer l'intervention des Confédérés. Ceux-ci malheureusement étaient moins juges que partie. Les catholiques soutinrent les catholiques, les réiformés soutinrent les réformés* On convint k la fin que le repos ne pouvait être rétabli qu'en divisant le canton en deux parties, dont chacune aurait sa croyance , son gouvernement et son tribunal.
Après dix ans de troubles , l'acte de la séparation des deux parties du canton fut signé le 8 de septembre 1597. On partagea entre les deux rhodes le pays, les tribunaux, les bannières , les sceaux , même les armes de l'arsenal. Les réformés s'établirent dans les rhodes extérieures , an nombre de 6322 âmes; les catholiques dans les rhodes in-
tërieures n'en comptèrent que 27S2. Mais bien que dÎTÎsées y comme le Haut- et le Bas-Unterwalden , à riustar de ce canton, les deux rhode^ réunies continuèrent de former un seul canton.
Cette mesure commandée par la nécessite contenta tout le monde , excepté le landammann' des rhodes inté«rieures, nommé Taun^r. Ennemi irréconciliable des rhodes extérieures, il ne cessa de susciter des querelles et d'entretenir la discorde ; il voulut engager les cantons catholiques «a contraindre les rhodes extérieures de céder toutes les prérogatives aux six ou sept catholiques restés dans cette partie du canton. Mais il échoua dans son entreprise ; ses actions et ses discours le rendirent à la lin si odieux à ses propres concitoyens qu'il perdit ses biens et ses dignités , fut réduit à mendier son pain de lieu en lieu , et mourut misérablement en Thurgovie , dans une étable«
Ce. fut un bonheur pour la Suisse , que les rois et les princes voisins, occupés par des guerres continuelles, ne purent point se mêler des troubles intérieurs de la Confédération. Sans cette circonstance son indépendance aurait couru plus d'une fois de grands dangers* Mais r£spagne et Milan étaient incessamment en guerre ayec la France, et l'empereur avec les Turcs. Chacun de cefl souverains désirait avoir des Suisses pour, troupes auxiliaires. Mais les Suisses, soit parcequ'ils se défiaient les uns des autres, soit parcequ*ils ne penchaient pas tous pour le même souverain, n'envoyèrent point de soldats. Us engagèrent, au contraire, de la manière la plus touchante les rois de France et d'Espagne a poser les armes, , et Zurich pria l'empereur, Lucerne le pape, de porter les esprits à la paix. Leurs , démarches eurent peu de succès.
Cette circonstance, jointe à Tamour que le roi de France Henri IV sut inspirer par ses vertus et par son courage a«x catholiques et aux réformés^ la promesse qu'il fit aux Suis::es de leur payer chaque année quatre cent mille couronnes •) , pour éteindre les dettes accumulées de la
•; La couronne Tant S fr. 75 cent, de Franoc.
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ï'rance , un inillien en argent comptant qu il leur envoya par son ambassadeur , tout cela gagna à ce monarque les cœurs des Confédérés. Ils firent avec lui une nouvelle alliance <1602),
Cette alliance déplut et an roi d'Espagne et au pape et au duc de Savoie , tous trois ennemis du raÛiant Henri IV» Le duc de Savoie crut avoir trouvé une excellente occasion de reconquérir Genève. Il envoya secrètement sous les ordres du colonel Brunaulieu ses troupes et des soldats napolitains et espagnols pour surpren^ drc cette ville. Au urilieu de îa noit dû 11 au 12 décembre 1602, ces troupes s'avancèrent jusqu'au pied des murs, y appliquèrent des échelles, montèrent sur les murailles et se crurent déjà victorieuses. Une sentinelle genevoise, qui entendit le brUit , tira un coup de fusil. Le gardien de la porte abaissa la sarrasine ; les citoyens Se réveillé- ' rent, coururent sur les remparts en criant: ^ l'ennemi 1 rcnnemi!^ tuèrent tous ceux qui avaient déjà pénétré *dans la ville , et brisèrent les échelles des assaillant. Les Savoyards se retirèrent avec une perte considérable et couverts de honte.
Aussisât Berne et Zurich, envoyèrent des troupes au secours de Genève, et contraignirent le duc à faire un traité de paix (le H de juin 1603), par lequel il prit l'engagement de ne jamais laisser approcher ses troupes de Genève plus près qu'à quatre milles de Genève, de ne bâtir aucune forteresse à la même distance et de ne plus attaquer la ville. Depuis ce temps les Genevois célèbrent chaque année la nuit de Vescalade par une fête consacrée à la joie et au souvenir de leur , "victoire. '
Tr^ibles à Bienne. Conjwation contre Genève* La mort noire. Commencement des guerres civiles dans les Grisons.
(De l'an 1603 à l'an 1618.) Tandis que les Genevois défendaient leur petit état
contre les attat^îcs du duc de Savoie, le Valai» vitja
dernière guerre de religion entre ses enfans divisés. Ici, les réformés , inférieurs en nombre, succombèrent. On les avait tolérés pendant plus de cinquante ans , en vertu d'un traité de paix conclu en 1551 j mais à la lin on ne voulut plus les souffrir. L'évéque et le conseil leur ordonnèrent de vendre leurs biens et de sortir de leur patrie. Le$ cantons évangéliques intercédèrent en vain pour les utalheureuses victimes de cette persécution (1603) ; les cantons catholiques insistèrent auprès du gouvernement valaisan sur la nécessité de chasser les réformés et leurs
Î>rédicateurs* Ils furent exilés en effet et ne revirent phis e pays de leurs pères.
Les habit ans de Bienne eurent aussi une lutte avec leur évéque. Bienne. est une ancienne ville agréablement située au bord du lac nommé de son Aom. Cette ville fut longtemps soumise aux comtes de Neuchâtel , en pon- > servant des franchises particulières; en 1274, elle passa sous la domination de Vévéque de Bâle qui, jaloux d'obtenir son affection, lui conféra les droits d*une ville libre et impériale. Cette liberté la rendit promptement florissanté ; ses armes furent heureuses dans plus d'une querelle , et les habitans de la vallée d'£rguel ^) suivaient sa bannière. Afin de placer ses droits sous une protection puis-* santé, elle avait formé de bonne heure (1297) une aUiance avec Berne, un siècle plus tard avec Solenre (1382) et le siècle suivant <1496) avec 'Fribourg. £Ue était en bonne intelligence avec tons les membres de la Conft^dération et honorée par cette raison comme ville alliée. Elle voulut en 1554 acheter tous les droits de Tévéque sur ses citoyens et sur VErouel , pour devenir la capitale d'un beau territoire. Mais, ce projet, loin de réussir, fit naître entre Tévéque de Bàle et la ville de Bienne des querelle» accompagnées de beaucoup de calamités. Des arbitres êvdsses terminèrent enfin ce difi'érend (1610) à Tamiable; Bienne , continuant h rendre hommage k Tévéquc comme prieura du pays , ne devait former aucune •JJ**"^* J*®^"" velle sans son consentement et celui des Confédérés; Vévéque conservait tous seM autres droiu dans U viUe ,
^), Au nof d du lac de Bienne.
mais il dut confirmer les franchises de Sienne , et les troapes de l'Ërgael purent continuer à marcher sous la bannière de cette ville.
Pour faire l'histoire complète de ces temps malheureux, il nous resterait a raconter encore beaucoup d'autres discordes; nous aurions à parler de la conjuration des deux Français ; J>u Terrail et La Basside , qui voulurent surprendre Genève par trahison (1609) et livrer cette ville au duc de Savoie mais qui furent eux-mêmes , trahis ^t punis de mort. La Thurgovie nous offrirait des querelles que ûrent naître, en célébrant une noce h Gachnang (16iO), des paysans ivres. Ils maltraitèrent le seigneur Hector de Béroldinguen , démolirent sa chapelle , et lapidèrent le lieutenant-baillival ; ce qui occasionna une scission si fâcheuse entre les cantons réformés et les cantons catholique^, que les derniers ne voulurent plus se trouver à la diète avec les Zuricois , et que, sans l'intervention des autres Confédérés, la guerre auroit éclaté entre ces deux partis. Mais dès malheurs plus grands et plus terribles réclament toute notre attention.
La peste se manifesta tout- à -coup. Cette afireuse maladie, k laquelle on donna le nom de mort noire ^ avait été apportée à Bàle (1610) de pays fort éloignés; elle fit périr dans cette ville préside 4000 personnes* L'année suivante elle pénétra jusqu'à .Soleure , Berne et Fribourg ; ^000 personnes moururent à Zurich ; près de 2000 dans le pays de Glaris ; bien plus encore dans le 'jTockenbourg et le canton d'Appenzell. A Samen dans le Haut- Unterwalden 6n enterra 2^ morts dans la même fosse. £n Thurgovie la mort noire dépeupla des villages entiers, et les champs demeurèrent incultes, faute de bras pour les cultiver. On compta les morts de la Thurgovie, il â*en trouva 33,58i* Ce fléau enleva presque > partout le quart de la population.
La peste porta v^s rayages jusque dans les hantes vallées des Grrisons , désolés dans le même temps par d'autres maux, ouvrage des hommes.
Depuis que le roi d'Espagne fut devenu maître de Milan et de la Lombardie, il chercha sans relâche les moyens de soumettre la Valteline , pays sujet des Gri%ons , afia que %ts états fussent limitrophes des états autrichiens