‹ Histoire de la nation suisse (volume 2)Chapitre 3 sur 9 · AÎ · texte numérisé non relu

AÎ

par le Tyrol; car l'Autriche, dëvoaie i rEspa^^ne , jm poQTait envoyer de secours h Milan que par le territoire de Venise ou par celui des Grisons* C'est pourquoi, fidMe aux instructions de son roi , le gouverneur de Milan se mêlait de toutes les divisions que les querelles religieuses entretenaient malheureusement dans la Valteline. Depuis que les Grisons eurent permis aux habitans de ce pays le libre exercice du culte ëvangëlique (1552) , les habitans d'un grand nombre de communes avaient adopte ce culte ; de là naquit la discorde*

Mais le roi de France , ennemi de 1* Autriche et de TEspagne, rëvëla aux Grisons les intentions de cette dernière puissance* La république de Venise, qui craignait les forces de TËspagne et de l'Autricbe , leur donna le même avertissement* Venise, la France et l'Espagne envoyèrent aux Grisons des ambassadeurs qui cherchèrent à gagner les chefs et les principales familles par des flatteries et par des prësens. Les grands , cëdant à la sëduGlion, s'intéressèrent, les uns h la France » les auti'cs 4 TEspagne; la patrie seule fut oubliëe. A la tête du parti espagnol se trouvait Rodolphe de Planta ; à la tête du parti français. Hercule de Salis. Le premier eut d'abord pour lai le pouvoir et la plupart des communes catholiques. Mais Je gouverneur es2>agnol de Milan bâtit au haut d'une colline, près du lac de Corne, une citadelle h laquelle il donna le nom de Fuentès, qui ëtait le sien (1604). De là ses regards plongeaient dans les vallëes de Chiavenno et de la Valteline , et il eut ainsi la clef d'ua des principaux passages des Grisons. .

Le peuple en fut effraye, et sa terreur produisit une grande agitation. Les deux partis s'entr'accusèrent et soulevèrent les communes. GcUes-ci ëlevèrent leurs bannières et ëtahlirent à Coire un tribunal criminel qui devait juger les traîtres. Gomme il arrive toujours daiis les troubles populaires, innocens et coupables furent emprisonnes sans distinction, exiles, dëponiUës de leurs biens: George Bëdi,. bailli autrichien à Gas.lels, et Gaspard Baselga, capitaine du prince-ëvéque k Furstenbonrg , eurent la tët« tranchëe à Caire (1607). Us avaient servi l'Espagne plus fidèlement qlie leur patrie. Les Confëdërës demradèrent i«imt}leiiieat la grâce des deux coupables.. Bëeli reconnut

ISO

ses torts sur Féchafaud: ,^Le cittfyen d'un pays libre ^^ &*ëcm-t-ii , ^ceêse d'être un homrhe libre dès V instant qtC-il attache trop de prix à la faveur de princes étrané^rs,"^

Un nouveau tribunal criminel institué k Ilanz mitigea, bientôt après, plusieurs des peines prononcées par le tribunal de Coire. Mais la haine des partis ne fut point apaisée^ TËspagne et la France prenaient soin de Falimenter par leur or. L*un cherchait à faire des partisans à Venise et à la Fiance, l'autire k Milan. Chacun songeait h exercer ses vengeances particulières et à s'enrichir par des pensions étrangères et par des présens. On forma de nouveaux tribunaux, ou commit de nouvelles injustices, on alluma de nouvelles haines. L'alliance avec l'Espagne et ccUe^avec Venise furent rejetées ; des communes se le* vèrent'contre des comoianes, des frères contre leurs frères. Dans la vallée de t'Ëngadine, le peuple divisé prit les armes pour s'entr'égorger ; les partisans de rËspagne avaient k leur tête un beaufrère de Rodolphe Planta, Augustin Travers ; les partisans de Venise étaient commandés par son frère Antoine Traveris. Déjà le canon avait porté la mort dans les deux armées; alors les femmes et les sœurs des coml^ttanf se jetèrent au milieu de leurs inaria et de leurs frères avec des ci:is et des larmes» et parvinrent à séparer et à calmer les furieux.

Mais ceux qui n'avaient pu résister à l'ascendant des prières d'un sexe au cœur tendre / furent bientôt après excités à une nouvelle haine par le fanatisme de prêtres au cœur endurci. Les ecclésiastiques réforméif de& Grisons s'assemblèrent (t618) pour les affaires de l'église à Bergun, vallée sauvage entourée de gl)icie)rs. Quelques-un d'entr'eux dirent que le gouverneur de Milan avait envoyé de grandes sommes dans le pays pour faire accepter l'alliance avec l'Espagne, et que, s'il échouait dans ce projet, il était résolu de susciter des troubles dans la Valteline pour se baigner dans le sang de tous les réformés.

Ce discours répandu daivs tout le» pays aigrit de nonyefêVL les deux partis et leur mit les armes â la main. L'Engadioe commença la guerre et Rodolphe Planta fut oblige de se sauver dans le Tyrol. Un pasteur réformé, George JénaUch, marcha contre lui de Samaden h la tite

d'une troupe «rmëe. Un trîLaaal criminel «stemblé à Thusis fut dirigé par quelqdes pasteurs protestons avec la dernière crnautë. Ce tribunal mit k prix la tête de Ro« dolphe Planta et celle de son frère Pompée, ordonna la confiscation de tous les biens de Tëvéque de Coire, Jean Flougui , qui avait pris la fuite , et le condamna à mort par contumace; il bannit k perpétuité Augustin Travers, proscrivit un grand nombre d autres citoyens, infligea des punitions ifi toute espèce, dont les plus cruelles atteignirent Nicolas Rousca, archiprêtre de Bédano dans la Valtt'line, et Jean Baptiste Prévost, surnommé Zambra, landfimmann du Prégœll. Rousca, prêtre catholique respectable par sa piété , mourut dans les fers, empoisonné, prétendit-on , quoique , mis b la torture , il eût protesté courageusement qu'il n'avait point conspiré en faveur de l'Espagne ; son cadavre tut enterré par le bourreau. Le landammann Zambra, vieiUaird âgé de soixante-quatorze ans, aflaibli jinr la maladie^ eut la tête tranchée,. parce(|^e les douleurs de la torture lui arrachèrent l'aveu qu'il avait reçu des pensions et des présens de l'Espagne et de la France. ,

Le cri du sang de Zambra et de Rousca monUL jusqu'au cieU Leur mort fut suivie de jours d'effroi et de lamentation. Malheur au peuple qui prétend se faire justice los armés h la main !

Ridne terrible de Plours, Massacre dans là Valteline* Guerre civile des Grisons^ -

(De l'an 1618 k Tan 1621.) .

Des calamités physiques précédèi*ent los calamités que les passions allaient attirer sur ee malheureux pays.

Dans la vallée de ChiavAine, que les Grisons faisaient gouverner par leurs baillis, ainsi que la Valteline et B#r-* mio, florissait au pied du mdnt Conta le bourg opnlent de PJours (Flears)» orné de hwaht^uaêB églises, de*^lais

et de lardms de plaisance^ II devait ta rtcheste h goa in* dustrie ; des marchands y faisaient travailler chaqae année plus de vingt mille livres de soie. *

Le 14 de septembre 1618, après plosienrs jours de pluies abondantes et continuelles, une portion de terre du mont Conto se détacha, et couvrit plusieurs parties du vignoble. Les bergers coururent h Plours pour avertir les habitans du péril qui les menaçait, v^a montagne,^ dirent-ils, ^a depuis plusieurs années de crevasses considérables ; les troupeaux s'en éloignent souvent avec de grands mngissemens.*^ D'autres dirent que dans les villages voisins les essaims d*abeiUes avaient abandonné leurs Tuches et qu*on les avait vues tomber mortes du haut de Tair. Les habitans. de Plours méprisèrent ces avertissemens.

Tout--à-coup , à l'entrée de la nuit, la terre ret^dtit an loin d'un bruit lugubre , auquel succède le silence de la mort. Le* torrent de la Maira reste k sec pendant deux . heures. Dès que le jour parait, le ciel se montre voilé d'un nuage extraordinaire de poussière et de vapeur. Le village de Cilano et le riche bourg de Plours ont disparu sous les décombres du sommet du Conto ; des déluns de rochers s^lèvent à cent pieds au-dessus des liabitations et forment un vaste tombeau oà sont couchées deux mille et cinq cents victimes.

L'effiroi remplit la Valteline ; mais la sédition et la Vengeance qu'on se préparait à tirer de la mort du pieux Rousca y firent promptement oublier la ruine de Plours et de Cilano. Le même efEroi se répandit dans toutes les vallées rhétiennes > mais la haine des partis appela bientôt l'attention de tous les esprits sur des projeti sanguinaires. Les parens des infortunés condamnés par le tribunal de Thusis demandèrent vengeance des injustices du parti français ; le* catïioliqaes accusèrent h grands cris les réîarmés de vouloir extirper l'ancienne rel^ion de toutes les vallées de leur patrie; les bannis crièrent è l'iniquité et implorèrent ,4'asAisunee des Suisses, de la maison d'Autriche^ des Milanais, à»ê Espagni^^t

Pliûienrs «ommunes de la ligue Grise , cette de Loagudtb la première , levèrent de nouvean l'étendart de la ^nnre civile, et marchèrent snr Ccrfre pour se faire fnstiee ; les Jiabjtaas de l'Ëncadine, du Prettigœo et d'éutres par-

tisans des Français prirent les armes et allèrent k jeor rencontre. Qaelqaes-uns ëtant tombes dans la méiëe, d*autres communes s'interposèrent entre les deux partis, et instituèrent k Goire un tribunal neutre qui mitigea (juin 1619) les jugemens sëvère» du tribunal de Thusis, et rappela de l'exil les deux frères Planta.

Cette modération ne seo^vit qu'à aigrir le peuple de. l'Ëngadine, du Munsterthal et de DaTOs« U porta ses bannières conti'e Coire, et cassa les jugemens du tribunal. Ce fut en vain que Tbomas de Schauenstein, seigneur de Haldenstéin, se rendit dans leur camp pour calmer les esprits et empêcher toute violence. Vainement il proposa, comme moyen de pacification, d'exclure de tontes les diarges, pendant vingt ou trente ans, les chefs du parti des Planta et ceux du parti des Salis. Ce moyen lie plut h personne. Ceux qui avaient pris les armes décidèrent qu'il fallait renvoyer les ambassadeurs des puissaneirs étrangères , auteurs de tous les maux* Us chassèrent de Coire les juges neutres, mirent en fuite leurs troupes retranchées près de Reichenau, et instituèrent un nouveau tribunal criminel k Davos. Celui-ci ne se contenta pas de confirmer les sentences prononcées k Thusis, il les aggrava ; les exilés, rentrés dans leur patrie, furent de nouveau envoyés en exil. Ici comme à Thusis , U sévérité pernicieuse dû tribunal fut due surtout k 14nstigatio& . d'ecclésiastiques réfîfH^més.

Les deux exilés, Rodolphe Hanta et son frère Pompée« implorèrent les armes de l'Autriche contre leur patrie « enrôlèrent dans le pays arrosé par l'Adige des soldats sans maître, tandisque leur cousin Jaques Koboustelli soulevait le peuple de la Valteline et ramassait autour de lui dans le Milanet une troupe de gens Sans aveu.

Dans la nuit du i9tle Jkiillet 1620, Jafues Robonstelli descendit avec ses hordes ssmguinairv^ dans laTaHeline; la conjuration pour le massaere génial des déformés de ce pays était parvenue h sa maturité. Lebour^ de TTiruntf, chef-lieu de la vallée , ftit cernée Quatre coups de Àisil donnèrent le signal , le san^t commença de couler» Oi^ sonna les cloches d'alarme , le niassecre se répandit de TJllege en vilkge; ^toittt les évangéiiqnes furent assommés, étranglés» tivée à ooi^4e feu, àicou]^ dee pieires;

leurs cadavre! furent jetés dans les flots de TAdda. On lie fit gr^ee ni aux femmes» ni aox vieillards, ni aux en* fans à la mamelle. On coupait aux uns le nez, les joues , les oreilles ; on arrachait aux autres les entrailles ; à d'au** très encore on remplissait le gosier de poudre et Ton y mettait le feu. Un boucher se vanta d.*avoir assassiné dixhuit personnes. La tête du pasteur réformé de.Tirano fut plantée sur sa chaire au bout d'une pique. Les lieux les plus saints furent profanés.

Après un massacre de plusieurs jours, Jaques RobouateJli prit en main les rênes du gouvernement de la Valteline ; Bormio s*unit k lui, mais Chiavenne demeura fidèle aux Grisons. Ceux-ci, divisés entr'eux, le furent encore après les atrocités que nous venons de raconter. Lés commuoes catholiques de la ligne Grise, séduites par leurs prêtres et par les chefs du parti espagnol, refusèrent d'envoyer des troupes contre les rebelles de la Valteline. La ligue de la Maison-Dieu, an contraire, et la ligue des Dix juridietious envoyèrent contre eux près de 2000 hommes sous les ordres de Jean Gouler et d'Ulysse Salis, fils d'Hercule. Tandis qu'ils s'avançaient contre la Valteline^ les deux frères Planta entrèrent du Tyrol dans le Munsterthaï, vallée des Grisons, avec des troupes autrichiennes que conunandait le général Baldiron, et ib menacèrent d'occuper celte vallée jusqu'à ce qu'on les rappelât de leur exil. Dans le même temps des tro*:!pes milanaises arrivèrent par Chiavenne au secours de la Valteline. Les soldalts des>GrisonSf déjà maîtres de la moitié de cette vallée rebelle, furent contraints de céder au nombre et d'attendre un renfort de Suisses dont ils avaient imploré le secours.'

Cependant les Suisses n'étaient pa^ moins divisés enti*'enx que leurs alliés.* Berne envoya au secours des Grisons le colonel. Nicolas de MuliueUr %yeç 20Q()>hpmmes; mais les oatttoas.catWliques leur fermèrent le passage près de Mellinguen en Arj^ovie. Us amvèrent par ua détour à Zurich, où le colonel Jacob Steiner se joignit k eux avec âOÔO hommes. Lorsqu'ils* voulurent traverser la Marche , on sonna le tacstn dans tout le caAton de Schwyz, pouf les en empêcher, flnfinv pAr un nouveau circuit, ils parvinrent jusqu'aux' vaHéesrhéliimaiee.. De là ils marchèrent snr :Bo^o aveciles troupes ^s Grisons ^ et arrivèrent

victorieux jasqae devant Tîrano. . Les catholiques de la li^e Grise ne snirirent point Icors bannières* Devant Tirano il y ent un combat sanglant contre les troupes espagnoles et les rebelles de la VaUeline (11 septembre l620). hk le vaillant Nicolas de Mulinen mourut en héros , et tous les chefs bernois, à Texception d*un seul, tombèrent h ses côiës au pied des murs de la ville. Floari Sprecher aussi, Tun des colonels grisons, et beaucoup d'antres avec lui moururent de la mort des braves; mais Tirano tint bon. L'armée, commençant k manquer de poudre, de plomp et de mèches , fut obligée de battre en retraite*

Sur ces entrefaites Pompée Planta avait mis en mouvement toute la ligue Grise, au secours de laquelle les cantons -catholiques avaient envojé , sous les ordres du colonel Jean Conrad Béroidingucn d'Uri , 1500 hommes cpii campaient déjà près de Reichcnau , à deux lieues de Goire. * On parlait d'incorporer la ligue Grise dans la Confédération helvétique comme quatorzième canton, de lui donner la propriété exclusive de la VaUeline, et de la séparer des deux auti*es ligues. L'idée d'une telle rupture de tous les liens d'une ancienne amitié iît fr^iir tuus les citoyens bien pensans« Ils se levèrent, exhortèrent les deux partis h la réconciliation, obtinrent le rappel des ambassadeurs étrangers , et voulurent qu'on enlendit les Confédérés. A peine rambassadeur français iut>il rentré dans leur pay& , qu*il recommença ses intiigues, et forma un parti dîfvoué à la France; de son côté,. le gouverneur espagnol du Milanez envoya des émissaires rusés et chargés d*or, qni gagnèrent les grands et les communes au parti ennemi des Français; le nonce du pape soulevait les catholiques contre, les réformés; enfin les députés de la Confédération , au lieu de rétablir la paix , débattirent avec amertume leur ancienne quereUe, et retournèrent tous chez eux , sans avoir obtenu le moindre résultat. L'armée bernoise les suivit de près.

La discorde et la haine s'envenimèrent de plus en plus. George Jénatsch, autrefois pasteur réformé , maintenant homme de guerre, sm*prit avec ses hordes Pompée Planta dans le château de Rietbcrg et Tassomiua ; puis il rassembla les bannières de l'Ëugadine, de Bergnn et du Munster* thaï, vainquit l'armée des cantons cntkoliques, et la força.

après on combat de sept heures , k s'enfdir à travers les montagnes dans* le canton d'Uri (il avril 1621). L'abbé de Oisentis, Sébastien de Gastelberg, complice da massacra de kl Valteline, s'enfuit avec Conrad de Béroldinguen , chef de l'armée catholique vaincue. Surprise et subjuguée, U ligue Grise fut forcée de renoncer à ses traités avec Milan*

De nouvelles négociations furent entamées avec TËs^ pagne et l'Autriche , au su)et de la restitution de la Valteiine. Mais ces deux puissances songeaient k garder et noir h rendre la Valteline, Chiavenne et Bormio, et même k s'emparer de la basse Ëngadine, afin d'avoir toujours , en opposition avec les intérêts de la France, une communication ouverte entre le Tyrol et le Milanez , entre l'Allemagne et l'Italie. Impatienté par les longueurs de ces négociations trompeuses, le peuple d'un grand nombre ési communes prit les armes en désordre pourconipiérir la Valteline et Bormio. L'issue de ce mouvement trompa son attente; battu par les Espagnols, il retcmrna dans se» vallées couvert de honte.

Cette expédition imprudente que le peuple des Grisons entreprit pendant que ses députés étaient encore en né<gociation avec l'archiduc d'Autriche, alluma le courroux de ce prince. ^Puisque vous voulez la guerre,^ s'écria-til, «vous aurez la guonre!'^ et sur le champ ses troupes reçurent l'ordre d'entrer dans les valléea rhétiennes*

Les Grisons subjugués par Us Autrichiens.

(De Pan 16214 Pan 16300

Un jour d'automne de l'an 1621 une armée considérable pénétra de tous côtés dans le pajs des Grisons. Pardessus les montagnes et à travers les vallées du Tyrol arrivèrent plusieurs milliers d'Autrichiens, à qui Rodolphe Planta montra le cfaeaiia de. sa patrie. . Le général impé-'

Digitizpd by VjOOQIC

riâl Baléiron ût passer «n fil *& Tëpëe tous eeiiz qai fait résistèrent; «pûié du fea et da ferî û siib}iigita la ligoe des Dix juridictiônsy désarm« lé peuple , et le força , entouré de êea soldats, de prêter à genoux serment de fidë-* litë )i TAutriche. Du côté de Tltalie ^int à la tête de plus de 7000 Espagnols et Italiens le due de Féria , qui chassa de Chiavenne la vaillante garnison que les Grisons y avaient taise, et s'empara du pays« A la vue de ces revers les troupes xuricoises, qui se trouvaient encore près de Maienfcld , se retirèrent. ,

Le général Baldiron exerça des cruautés inouies dans la' ligue des Dix |uridictions ; on le surnonHua le nouvel' Holopherne. Corps et biens ^étaient à la merci de êCB soldats. Les paysans furent traités comme des béteside somme. Un porte-enseigne autrichien gravit une montagne sur le dos d'un respectable campagnard qu'un soldat faisait avancer k coup de fouet« ,^Cest ainsi qu'il faut apprivoiser ces paysans fiers et sauvages !^ dit le porte-^enseigne. Le pays fut inondé de capucins qui voulurent convertir les habitans au catholicisme. Les ecclésiastiques réformés furent chassés par les soldats ; soixante-quinze églises se trouvèrent bientôt sans pasteurs. L'évéque de Goire en conçut une foie extrême* ^ Lorsqu'on voulut forcer les vaillans habitans du Prettigaeu à se rendre dans les églises des capucins, ils sVcrièrent : ^C'eh est trop ! Mourons, s'il le fout, sans patrie et sans liberté ; mais du moins sauvons nos ames.^ Us se retirèrent dans les forêts qu'ils convertirent en arsenaux. Us se firent des massues, qu'ils armèrent de pointes au moyen de grands- clous ; leurs cOuteatix devinrent des poignard^ , leurs faux des lances. Le dimanche des Rameaux 1622, ils s'élancèrent tous des forêts en poussant de grands cris, surprirent lès garnisons et le camp des Autrichiens, tuèrent près de 400 hommes, firent beaucoup de prisonniers et chassèrent du pays le reste des ennemis, ils s'avancèrent en force jusqu'à la ville de Maien-^ feld , assiégèrent les Autrichiens qui s'y étaient réfugiés, et murent le siège devant Coire, oi^ se trouvait Baldiron lai-mème avec ses Autrichiens et ses Espagnols. Encou^ rages par le succès des braves du Prettigaeu, tous les habitans des Dix juridictions se soulevèrent, ayant k leur

téle le Taillant Rocblphe de SaHs, le landamnianii Pierre Goaler de Davos et Thuring Ënderli de Maieofeld. D*aatrea aiuis de la liberté viûireat vers eux des deux autres lig^aes et de la Saisse , surtout* du canton d*Appen^ell. Quelques cantons envoyèrent de l'argent. Après beaucoup de combats et de victoires,. le pays fut délivré des enneluis. Baldiron se retira couvert de honte. Peu de temps après, les Grisons, menacés de nouveau par le même ennemi, demandèrent un nouveau secours à la diète helvétique ; mais les Confédérés , absorbés pai* leurs querelles intestines, ne portèrent pas secoui's ^ leurs voisins.

Le cruel Baldiron revint en eUct avec de nouvelles -forces, ~^u mois de juillet de la même année (1622). Il passa les montagnes avec i 0,000, hommes; Vieillards , femmes , enfans furent égorgés par les ennemis furieux. On se battit au fond des vallées et au-dessus des nuages, aux sommets des plus hautes Alpes. Mais tout succomba au nombre des ennemis. Le dernier combat fut livré dans le Preltigseu, près de RaschnaU, dans la plaine Aquasana (5 septembre). Après une mêlée longue et sanglante, la petite troupe des Grisous fut ébranlée cl céda ; mais trente hommes du Preltigœu tinrent ferme; ne voulant pas survivre h la liberté de leur patrie, ils se dévoue t eut à une mort glorieuse. Ils agitèrent leurs terribles massues et se précipitèrent impétueusemei^t et la tête baissée dans les rangs des Autrichiens , se battirent avec fureur au milieu des ennemis serrés , et tombèrent Tun après Tautre en héros , entourés d'une multitude de victimes qu'ils avaient immolées. Les troupes de Goire et de la ligue Grise accoururent trop tard i leur secours. Lorsqu'elles virent de loin les flauimes d un grand nombre de villages et toute la contrée soumise, elles retournèrent tristement sur lei^s pas.

Malheur aux vaincus ! Alors seulement commença Pcxcèfi de la misère. Le pillage, le brigandage, les assassinats Curent un libre cours. La soldatesque passa au iil de Tépée les vieillards, outragea les femmes, et après avoir tout pillé, emmena même les doches des églises, pour les vendre. Les malheureux habitans s'exilaient par centaines, et mouraient par centaines de faim ou de, la peste hongroise;

iS9

c'éuàt une maladie morUlIe itn cerveau, accompagnée de douleurs excessives.

La ligné de là Maison-Dieu et la Ugne Grise enYO^èrent à Tarcbiduc d'Autriche à Lindnn de» plënipotenCiaires suf « plians (septembre >. Les Confédérés, émus de pitié, inier^ ~c«dèrcnt pour eux auprès de ce prince. Mais il persista dans sa détermination ; les Dix juridictions devaient rentrer sous .la domination de sa famille et les deux autres ligues accorder toujours un libre passage aux Autri^iens et auX' Espagnols. — Les Suisses catholiques, contens de cette humiliation de leurs frères protestans, ajoutèrent au malheur des Grisons Tamertume^ de leurs reproches: >^Nou8 vous avions souvent avertis!^' s*écrièrent-ils« Le bourguemestre de Zurich, Jean Henri Holzhalb, leur dit: „ Chers alliés , ne comptez pasi sar notre secours à cette >.eure *, nous avons assez affaire pour nos propres querelles» Nous voyons bien que vous serez obligés de faire de • grands sacrifices : mais Dieu vous enverra avec le temps nu secours plus puissant que le nôtre. Pour le moment présent , empêchez comme vous pourrez que votre pays ne souffre de- plus grands maux.^^

^e voyant abandonnés par les Suisses, les Grisons se résignèrent à boire jnsqu'^ la lie cette coupe d'amertume. Les huit juridictions et la basse Engadinc, séparées de la ligue rhétienne, furent entièrement soumises au joug de TAutriche. La jnisère parvint à son comble ; les désordres ies soldats, les violences des gouverneurs autrichiens^ les envahissemens de l'évéquc de Coire n'eurent plus de frein.

Alors Dieu toucha le coeur du roi de France. ^) Il fit alliance (1623) avec le pape, avec Venise et la^roie. Il ne put voir sans peine que les Autrichiens toujours libres d'entrer par les Alpes rhétiènncs en Italie , se rendissent trop puissans dans ce pays. Lorsque l'empereur d'Autriche et le roi d'Espagne entendirent parler des préparatifs de la France, ils acceptèrent la proposition du pape, qui offrit d'occuper provisoirement la Valtelinc, Chiavenne et Bpr-

*) LonUXIII.

Digrtized by VjOOQIC

mto Insqn'à Vissut da procès des monorqiits: oe qat loi exécuté*

N|ui content de cela, le roi do France enyojra nne armée par kl SmMse dans^les Grisons (1624)* Berne et Zn- /rich Joi accordèrent le passage. Tons les Grisons exilés formaient Tavant-garde de cette armée ^ ils étaimit comtnandés par le héros Rodolphe de Salis, par le vaillant colonel George Jénatsch , et par d'autres encore. Zurich mnêsi joignait aux troupes françaises des troupes • qu'elle fît partir sous les ordres du colonel Gaspard Schmid , et Berne en envoya sous le commandement du vaillant Nicolas de Dieshach. Les Valaisans arrivèrent aussi en plusieurs corps d'armée. A leur approche , tous les Grisons poussèrent 'des cris de joie et coururent aux armes. Les garnisons des Autrichiens et leurs gouverneurs barbares furent chassés de la ligne des Dix juridictions (1625); Hs comtés de Ghiavenne et de Bormio et la Valteline furent reconquis.

La ligue des Dix juridictions ayant été de nouveau réunie aux deux autres, les Rhétièns s'attendaient à la restitution de tous les pays sujets qui leur avaient appartenu. Mais le général français, le comte de Gœnvres^ leur dit: yll n'en sera point ainsi! La Valteline, Ghiavenne et Bormio vous payeront un tribut annuel de 25,000 couronnes; mais ces pays auront le droit de se choisir leurs magistrats, et vous n'y enverrez ni gouverneurs, ni garnisons.^

Les Grisons , affligés de -cette issue, le furent plus encore en apprenant la paix conclue è Monzone, dans l'Arragon, entre les rois d'Espagne et de France (5 mars 1626), qui rati&èrent à peu prè^ tout ce que le comte de Gceuvres avait annoncé. Le traité de Monzone reçut son exécution en plein. Les troupes étrangères sortirent des Grisons, et, dans l'intérêt de la sûreté et de la paix, les t;>oupes du pape occupèrent provisoirement la Valteline. L^empereur d'Allemagne, bien d'accord avec les Espagnols, garda le silence.

Mais aussitôt que la paix entre l'Espagne et la France fat rompue et suivie d'une nouvelle guerre en Italie, l'enw pereur envoya subitement dans les Grisons une armée de 40,QD0 hommes, qui rendit toute résistance impossible (1629).

Une partie de cette armëé passa dans la LamlMurdie an secours des Espagnols ; nne antre partie resta en garnison dans la Rhëtie. La ligue des Dix juridictions redevint pays sa|et de l'Autriche ;. la basse Ëngadine eut le mime sort. L'ëpëe fut la seule loi des malheureux Grisons*

La misère de ce peuple, parvenue à son comble, lui ravit toute espërance de revoir jamais de meilleurs jours* Les passages et les cantonnemens de troupes ëtrangères «ngmentèrent de jour en jour; plus de moissons dans les granges, plus de bëtail dans les ëtables. Les paysans, esclaves des soldats , construisaient, à leur place, des remparts. Des maladies pestilentielles se rëpandirent; près de 12,000 personnes en furent les victimes* Pour mettre le dernier terme h tant de maux, Fëvéquc de Coirc exigea que tout ce qui avait ëtë anciennement sujet et tributaire de rëvéchë, devait le redevenir k perpëtuitë. La justice et rhumanitë avaient fui de cette terre malheureuse.

Les Grisons sauvent lear liberté.

CDe l'an 1630 l l'an 1640.)

Tant qu'un peuple n'a perdu ni le courage qu'inspire l'amour de là libertë , ni la confiance en lui-même , il n'a rien perdu ; le jour de son salut paraîtra. U, parut pour les braves Rhëtiens*

Tandis que toutes les têtes ëtaient courbëes sous le joug du malheur , Tempereur fit tout-à-conp la paix av^ les Français k Cherasco en Italie (juin 1630), et l'une des conditions du traite fut qu'il retirerait êes garnisons dias vidlëes rhëtiennes* L'empereur se trouvait vivement pi^e^sé en Allemagne par la guerre, et le grand monarque de \a Suède, Gustave Adolphe, passait la mer avec bm gnex^^.^^ pour marcher- contre lui.

Dès que les Autrichiens furent sortis du pays de« O,,^ sons et qu'on eut fait sauter leurs remparts, tout le p^x\*Aa renouvela avec joie et avec serment lancienne mUi^^ce

Diqitized by Vj005iC —

faite «n faveur de la Itbeitë; 6000 hommes fiarent mis sur pied pour garder les frontières de la patrie. Dans ce temps il vint à Coire un célèbre guerrier, le dac Henri de Rohan, ambcssadcar da rot de France auprès des Suisses et des Grisons; ils le nominèrent leur général (1631), et Ini'donnèrent un grand pouvoir. C'était un seigneur aussi sage et loyal que vaillant et ami des libres Rhéliens. il fortifia promptement tous les défilés du côté de TAllemagne et du T3rrol, fit venir un renfort de troupes françaises ( 1632), et mit tout sur le meilleur pied» Mais comme la paix entre le roi de Franee et l'empereur subsistait encore, il ne put pas, au s^ré des courageux Grisons, entrer à main armée dans la Valteline. Ainsi s'écoulèrent deux ou troi? a\is. ^

A la fin pourtant, la France s*étant unie a la Suède contre l'empereur , au moment où une nouvelle guerre éclata, le duc de Rohan reçut de son roi l'ordre de ne pas tarder davantage. Auf^itot le duc négocia secrètement avec les cantons évangéliqucs de Berne, de Râle et de Zurich. D'accord avec eux, il fit passer par leur territoire une armée considérable, au grand déplaisir des cantons catholiques , et pénétra , par-rdessus les Alpes rhéliennes , dans la Valteline (1635). Le bruit des armes retentit dans tout le pays des (Prisons. Six mille hommes de ce peuple vaillant marchèrent avec les Français k la conquête d'un pays autrefois sujet des trois ligues. Les colonels George Jénatsch, Florin et Pierre Gouler levèrent trois nouveaux corps soldés par la France. .

Alors furent livrés des combats terribles et sanglans contre les Autrichiens et les Espagnols dans la vallée de Ghiavenne , dans la vallée sauvage du Freelthal , près de Morbegno dans la Valteline et près de Mazzo dans le pays de Bormio. Partout Rohan et le téméraire Jénatsch se montraient à la téje de leurs soldats , et partout ils étaient victorieux.

La conquête achevée, les Grisons espérèrent rentrer à la fin en possession du pays qui leur avait appartenu; maïs le roi dç Fran<fe fit des difficultés et voulut que les choses restassent sur le même pied que depuis la paix de Monzonc. Cette conduite excita l'indignation de$ Grisous ; mais la France était la plus forte ; ils furent contraints

de gard«r Le silence» Bien que fatigue du cantomieinent des troupes françaises, le peuple dut le supporter. Presque rien de ce que Rohan avait promis ne reçut son exëctition , mais ce ne fut pas sa faute ; il ne pouvait rien faire contré les ordres de son roi. Ce monarque avait envoyé à Coire , comme ambassadeur, Lanier, homme hautain et irascible. Là plupart des troupes grisonnes 2i la solde de la France menaçant de quitter le service parcequ*on ne les payait pas exactement, Lanier s*ëcria avec colère: ^Je ganterai ma laoce dans Coire et je mettrai son? mes pieds les têtes des chefs rebelles.^

L es Gri$ons se consultèrent entr'eux : ^L'Autriche prend, la France ment, ^\ dirent-ils; ^que personne ne se fie à -une puissance étrangère; aidons-nous nous-mêmes.'*

Le 6 de février 1637, trente et un des hommes les plus considérés de toute la république se réunirent dans la maison du bonrgucmestre George Meyer à Coire, et jurèrent de risquer leurs biens et leur vie pour déUvrer la patrie du joug des étrangers. Puis ils se dispersèrent dans toutes les vallées , et firent avec le plus grand accord les préparatifs qu'exigeait leur dessein.

Le colonel Jénatsch dut négocier à Inspruck avec FAiitriche pour rétablir les anciennes relations d'amitié, et eu même temps tromper le duc de Hohan par les dehors d'un dévouement sans bornes. Les Grisons s'armèrent en secret. Il n'y avait dans leur pays que peu de troupes françaises. Près du défilé de Louciensteig se trouvait encore le colonel znricois Gaspard «Schmid ; mais, à la prière desL Grisons, il. avait déjà reçu de son gouvernement l'ordre de ne s'opposer à aucune de leurs entreprises.

Le duc de Rohan, s'apercevant de quelque agitation et de ces armemens secrets, renforça la garnison retranchée sur les bords du Rhin et du L'andquart. ^) Mais Jénatsch par ses discours rusés lui ôta toute inquiétude. Tout-àcoup le peuple se lève en masse. Jénatsch, à la tête de six bataillons de • ses concitoyens , cerne le rempart des Français au bord du Rhin. D'intelligence avec lui, un

•) Rlviéie qui irayersc It Prettigaco d'orient tn oecldent et jette daos le Rbîn, non loin de Pfcfiers.

corps cTarm^e alli^mand se montre prbs de'-Lîndau, un corps d'Espagnols snr les bords du lac drCôme* Rofe.tni surpris de toutes parts, est contraint de consentir è retirer sur le champ ses troupes de la Valteline et de toutes les valides rhëtiennes. Il rappelle aussitôt près 'de lut k mardchal de Lecques et tous les Français, au nombre de 5000 hommes. Ils quittent le pays et "passent 'le Rhin« Le' duc de Rohan se sépara ami calcinent des chefs dé la république (mai 1637) ; le maréchal de Lecques de méme« Mais lorsque celui-ci, au moment de partir, aperçut Jenatsch, pâlissant de colère, il voulut lui tirer un couj» de pistolet et s'écria: „ C'est ainsi qu'on prend ^congé u'un traître/* Mais le coup ne partit pas^.

Jcnatsch.ne perdit la vie que deux ans plus tard; ce fut k Coiré dans une fête d'officiers. A minuit (24 janvier 1639) Rodolphe Planta, fils de Pompée, entra dans la saUe da bal avec d'autres conjurés.. Une balle traversa lajoue da colonel ; celui-ci se défendit avec un chandelier. Six coups de hache mirent fin k sa vie. ^ Son corps fut enterré dans réalise cathédrale avec tous les honneurs militaires. Ainsi Unit cet homme qui , af'dent ami de sa patrie , la sauva , mais ne dédaigna jamais , potir atteindre sOn but , les moyens les plus honteu:t. Rodolphe Planta, son assassin, mourut une. année après d'une mort violente dans l'Engadine , au milieu d'un S9ulèvement populaire.

Libres de tout Joug étr^gcr , maîtres d'un pays qu'ils venaient de reconquérir^ les Grisons supplièrent les rois u'Ëspagne et de France de les laisser pa bibles possesseurs de letirs anciens états. L'Espagne lit avec eux k Milan (3 septembre 16^) une paix perpétuelle. qui les rétablit dans tous leurs anciens droits sur Bormio , la Valteb'ne et Ghiavenne, mais sous la réserve que la religion catholique resterait seule dominante dans ces bailliages. Telle était aussi la volonté des communes catholiques des trois liji;ues.

La bonne mtelligence avec l'Autriche fut rétablie par le renouvelfement des anciens traites qui eut lieu k Feldkirch le 9 d'août 1641. L'Autiiche, accablée de guerres ea Allemagne, se contenta de conserver ses anciens droits' dans l'Ëngiidine et dans la ligue des Dix juridictions. Hais dix ans ne s'écoulèrent pas que cette ligue acheia,

Digitfzed by VjOOQIC

à .grand prix û est vrai, lea droits de la maison d*Ajii* triche ^vtr son territoire. Les communes de la Basse-£ngadine imitèrent cet exemple» ensorte que dès ce moment rAirïriche ne conserva plus qne quelques petits droits seigneuriaux à Rhœzuns et k Tara^p.

Par ce moyen/ la ligne des Dix juridictions devint enfin libre et indépendante , h Végal des deux antres ligues de la Haute-Rhétie* Davos demeura le chef^lien de la ligue, comme il Vavait toujours ëtë, maigre Topposition des autres juridictions, soulevées par le colonel Pierre Qouler, opposition si violente qu'il fallut La médiation de Zurich, de Berne et de Glaris pour pré venir, im grand malhem*. En vertu de la sentence arbitrale du greffier de Zurich, Jean Henri Waser (21 janvier 16^4), Davos conserva 6€$ anciens honneurs : les assemblées de la diète, ie dépôt de la bannière et des archives, le droit de nommer le banneret.

Ai.

Troubles dans la Confédération pendant la guerre de tt^ente ans; Vindépendance de la Suisse a V égard de T empire germanique se consolide.

(De Tan 1618 k Pan leiS.)

Les querelles e^ les expéditions des Grisons avaient donné beancouj» d'inquiétude aux villes et aux campagnes de la Suisse; 4!lles avaient occasionné beaucoup, de discussions aux diètes et dans les conseils, Jl)eauconp de dépenses pour des ambassades et de^s furmemens», mais elles n'avaient fait faire^ aux Suisses aucuoe grande action, digne de leur ancienne glorie et utile à Tindépendance de leurs mUKs, Il faut en chercher la cause dans la discorde des cantons non moins grande, non moins f^este que celle des ligues rhétiennes. Les cantons cathobques s*op» Bosaient aux secours que les cantons protestans offraient m Ituxs alliés; les protestans paralysaien| toute Factîvite des catholiques. Ceux-ci tenaient ppnçt, l'Espagne et l'Autriche; ceux-là, pour Venise et 1» l^if-^^e. Les uns

recevaient de l^argent des. premières de ces puissances, kis antres en recevaient des secondes; chaque parti cvnclnait àeà tnitës, et enroyatt des troupes à la puissance étran«gëre dont il embrassait les intérêts. Par là quelques sei« gneurs devinrent riches, beaucoup de familles s'appauvri-* rent' et perdirent leurs appuis.

Les bailliages communs, dont la domination se trouvait partagée entre des cantons des deux religions, étaient le théâtre de querelks sans cesse renaissantes. Quoique la paix de religion accordât aux deux cultes une égale liberté dans ces bailliages, les baillis réformés chériraient à restreindre la liberté des eatholiques, les baillis catholiques la liberté des réformés. Dans la Thurgovie et dans le Rhinthal les cantons souverains se disputèrent sur la question , si en matière de religion la pluralité àes voix devait remporter comme en matière civile^ et politique ? Les ecclésiastiques, comme il arrive souvent, ne prirent part k la querelle que pour reovenimer. L'évéque de' Bâle , soutenu par Tempereur , tant que ce monarque fut victorieux en Allemagne , exigea des ville» de Mulhouse et de Bâle la restitution de tous les biens que son évéché avait possédéa autrefois , mais depuis longtemps perdus. L*abbé de Saint-^all réclama dans la ^ Thurgovie et dans le Rhinthal plus de 'droits qu'il ne pouvait naturellement en prétendre; Tabbé d'Einsiedeln tenta de se rendre tributaire le canton de Schwyz ; Tabbé de Fiscbinguen voulut élever un autel catholique dans Téglise réfoi*mée de Loustorf. Chacun de ces seigneurs ecclésiastiques eut ses partisans et ses adversaires. Plus d'uire fois la guerre ctvâe fut sur le point d'éclater , et l'on vit souvent les Suisses prêts' à tirer Tépée fratricide contre des Suisses. La ctaiiite des puissances étrangères put seule les arrêter. Dans ce temps lit, en effet, une guerre langue et ter. rible désolait F Allemagne. Commencée en Bohême depuis 1618, elle s'était propagée entre les catholiques et les protèstans, dans tout F expire germanique, et' avait enfin entrainé Û^nÉ le -malheur commun la Suéde, TRalie, TËspagné ; là Hongrie et Ja France. Entreprise par resprit de secte, elle fat continuée par l'esprit de conquête. Tantôt les Vénitiens et les "Français , tantôt les Espagnols et les Autrichiens rivalisèrent avec ardeur pour obtenir le pas-

sa^c à travers les Alpet rhé(ienzies et lesecoiii?s des armes des <loRiédéxis.

En se poursuivant sur le sol gei^manique de champ de bataille en champ de luitaille , les armi^es^ des puissances heiligërantcs approchaient souvent de la Puisse. Mais , dans le sentiment de leur faihlesse et de leur désunion» les Confédérés ne voulurent pas attirer àmns leurs vallées dé)^ trop malheureuses le fléau de J a guerre étrangère. lis défendirent sagement leur neutrahâé et rinviolâbilité de leur territoire. Mais telle était la discorde entre les membres de la Confédération qu'ils s'entravaient les uns les autres dans^ la juste défense de leurs frontières et de leurs alliésk

La ville de Mulhouse, alliée de la Suisse » se trouvant exposée h des périls à cause des courses continuelles de corps de troupes suédoises et impériales , Zurich et Berne y envoyèrent des soldats pour la défendre (1632). Mais lor^ue les Bernois voulurent passer par Tcrmitage de Soleure , la garde placée dans ce défilé leur ferma le passage et fit sonner le tocsin. Les baillis soleurois , Philippe RoU de. Bechbourg et Ursus Brounncr de Falkenstein, ainsi qne le capitaine Souri , eisveloppèrent le bataillon bernois, firent feu, sabrèrent, tuèrent plusieurs hommes, et les désarmèrent touSé Solcure expia gravement ce forfait ; quelques-uns des auteurs du crime furent condamnés ^ mort , d autres au bannissement ; mais' la haine et la dé-^ fiance subsistèrent.

Le jgénéral suédois ïlorn, pour surprendre la. ville autrichienne de Constance , ayant passé de force (1633) par Stein, ville de la Thurgovie, dépendante de Zm*ich, les Suisses catholiques reprochèrent aux râ'orinés de fa<voriser la Suède au détriment de l'empereur. Prétendant à un droit semblablei, Uri, Schwyz, Unicrwalden et Zoug mirent 3000 hommes sur [utd pour les envoyer au secours de Constance.^ Aussitôt l^s Zuricois prirent les armes, menaçant de s'unir aux Suédois, si les cantons catholiques faisaient cause commune avec les Autrichiens* La paix ne fut rétablie qu'avec bej^neoup de peine.

Peu de teusps* après , les Autrichiiens violèrent la neutralité de k Suisse près de Schaff bouse, comme les Suédois'4'ai»ifint vMée pi;ès ,d<^ St^n.). L^ Sehalfhousots

•tirent recours aux armes , et qad^es batailkms znritou Ytnrent de la Thur^'ovie à iear secourt , mais trop tard, et d'ailleurs sans accord et sans énergie. Les villages de Bargueu^, d'Altorf, de Beg^niB|(«ii , de Barzheim et de Schleilheim furent en partie pUlës par les Autrichtens , en partie lÎTrës aux flammes* Les- vigoureux paysans se battirent avec foreur contre les pillards et en tuèrent un grand nombre , tandis que le gouvernement timoré de Schanbouse se bornait à /change àea lettres avec le gé-> nëral autricbicn.

, Des armées autriebiennes et des hordes indisciplinées violèrent de même-plus d'une fois le territoire de la ville de Bàle, ravageant, pillant, insultant aux demi-mesures que ]e& Suisses prenaient pour leur défense. Incapables de faire respecter leur propre territoire , ils Tétaient plus encore de protéger celui de leur^ alliés. Ils abandonoèrent entièrement Rottweil en Souabe , ville impériale et leur alliée , parcequ*elle avait reçu une garnison autricbienne, et pris ainsi parti contre la Suëde. Lorsque les Français et les Suédois violèrent tour-k-tom* U neutralité. reconnue de la Hautes Bourgogne et rompirent par Ikson alliance héréditaire avec rÀutricbe, les Confédérés n'opposèrent aux armes ennemies que des ambassadeurs snpplians et des lettres pleines d'une politesse voisine de la lâcheté; ils ne montrèrent pas plus d'énergie , lorsque le duc Ber*nard de Weimar se cantonna avec les Suédois dans Tévéché de Bâlc (1638). U y resta tant qu'il voulut, 'maigre les représentations des Suisses, exténuant le peuple, victime de la faiblesse du gouvernement.

Dans les diètes on prouva souvent par de beaux discours qu'il ' fallait maintenir une armée permanente aux frontières' pour défendre la neutralité sainte et inviolable du sol helvétique et protéger l'honneur de la commune patrie. Mais les Confédérés du centre de la Suisse disaient: y, Que les cantons- frontières pourvoient h leur sûreté ! * D'autres encore trouvaient les frais d'une armée permanente trop considérables. Chacun edt voulu recueillir les avantages d'une confédération , sans loi faire aucun sacrifice : aussi n'obtint <*on aucun résultats Les ambassadeurs des puissances étrangères' int^vinrent entre leis cantons par une médiation dènger«iue>^ soit pour lewr commander en

m»itres,|feoit pour les diviser par leurs artifices. Même dans lesj^oseslcs plus justes ou les moins importantes) les'gouwnemeus n'eurent que rarement le courage de résister aux envoyés des étrangers. Un jour (4642) Tam^ bassadeur français passant en voiture par Mellinguen, les geiià de sa suite se prirent de dispute avec les bourgeois au sujet do pontonage ; les bourgeois coururent aux armes et fermèrent les portes de la vilic; Pour apaiser l'ambassadeur, la diète obligea Favoyer,* le greffier et l'inspecteur du pontonage d'aller à Saleure lui demander pardon à genoux et lui rendre les douze Batz '') qu'il^avait payés. Mais l'orgueil du Français ne se contenta pas de cette peine. La diète fut obligée de l'aggraver et, à la demande de l'offensé , de tenir les coupables dans les gisons de Bade jusqu'à Ce que son ressentiment fut calmé.

Plongés dans une^ grande pénurie d'argent par ces querelles, par ces armemcns, par ces désordres, plusieurs gouveruemens cantonaux décrétèrent des impôts et des contributions. Le conseil de Berne établit un impôt d'un pour mille sur tous les biens (1641), mais sans déterminer pour combien de temps il l'établissait! aussitôt le peUfile des campagnes crut que c'était pour toujours, et cette crainte commença de l'agiter. Dans l'Argovie, dans l'Em- ^ menthal on s'éleva hautement contre cette jnesure , et rien ne put dissiper la défiance du peuple* Le gouvernement de Berne crut donc devoir recourir à des Aoyens de ri*gtienr , et fit saisir quelques-uns des principaux adversaires du nouvel impôt. Cette sévérité causa un si grand soulèvement parmi le peuple de l'Emmenthal; que. le gouvernement plaça des garnisons à Berne, à Thoune, à Berthoud et à Lenzbourg. Mais les mécontens tinrent publiquement conseil à Langnau. Cependant le repos fut rétabli par des commissaires de la diète , et Timpôt payé par le peiiplé. Berne se montra magnanime, et promit l'abolition de tous les abus dont le peuple s'était plaint dans^ ce soulèvement.

Peu de temps après (1645) , de semblable^ scènes se renouvelèrent dans le canton de Zurich au sujet d'un

•) Vu bau vaut trois soùs de France.

sovrel iu^àt foncier. A force de pradcBce , et et dt scf et leçcnu, le goaverBeaent caima si bien les xebelles* qa'ils se feth-ent à ses pieds pour <4iCeÂfr Je pardon de leur dësobéissaiice. Deux seules conaanes, ^noncm et Waedenscbwjl « résistèrent opioiâtréinent, menacèreat de prendre les antes , et manquèrent de req>ec^ h lenrs magistrats. £Ues furent oecnpëes militairement et désarmées. Hommes, iemmes » enfans, cernés par des soldats, furent contraints k demander grâce a genoux. Sept auleors de la révolte eurent la tête tranchée. WaDdenscbwyl paya nne amende de 26,169 florins , Knonau de 12,170. Tel fat le résultat de cette révolte.

La Suisse était innondée de vagabonds étrangers; c'était une suita des guerres qui désolaient l'Italie et TAllemagne« Des déserteurs et des marodeurs sonlevaient le peuple contre les gouvememens , soit pour se rendre agréables aux gens des campagnes, soit pour tirer profit des troubles révolutionnaires. Le nombre de ces gens sans aveu était, si cobsidérable que Ton en vit d'un seul jour (1639) 100 dans le bourg de Schwyz et 6370 dans le comté de Bade. Us compromirent la sûreté publique jusqu'à ce qu'on déploya contre eux une grande rigueur: A Bremgartén 236 malfaiteurs subirent la peine de mort dans le cours d'une seule année. Cette sévérité efiEiraya et fit disparaître les vagabonds.

Cependant la paix conclue entre les grandes puissances de rEurope, après la guerre de trente ans, fut plus salutaire encore à la Suisse que la rigueur des lois. Lorsqu'on traita de cette paix a Munster et a Osnabruck en Westpbalie, les Confédérés y envoyèrent aussi un ambassadeur , le bourguemestie de Bâle , Jean Rodolphe Wettstein. Celui-ci défendit les intérêts de la Confédération en homme ferme autant qu'habile. En Allemagne on s'obslinait toujours è considérer les Suis^À comme appartenant à Fempire germanique , et le Conseil impérial avait même prononcé des jugemens contre des Suisses , au lieu de les c^ter devant les tribunaux de leur pays« Mais le bourguemestre Wettstein déclara au nom des Confédérés qu'ils étaient fetmement résolus de maintenir leur indépendance absolue de l'empire germanique.

Diaprés celte dëdaration, femperear, let rois et les prinets- souverain» rcvonAoreiit solenneUoDrent :daii9 k traite de paix de WestphaKe (14 0€tobl*e £648) l'^épeu* dance de ia Confëdéralion helWtiqae, et le droit qu'elle avait de se gouverner k son gré.

Révolte des paysans dans les cantons de Litcerne , de Berne , de Soîeure ^t de Bdle,

(De rati 1648 ^ Van 1655.)

Les . gom'ernemens des villes et ûes campagnes de la Suisse ne voyaient pas sans plaisir cpie FeiUpereur dans ses lettres ne les appeMt plus ^, amës et féaux alliés de notre personne et de notre^ empire^, mais qu*il leur donnât les titres plus honoralïles de ,, sévères, respectables, honorés et particulièrement chers. ^ Les Suisses auraient pu se dire un peu|)le heureux, s'ils n'avaient pas vécu entr'eux dans une discorde continuelle. Mais les feux dt la haine religieuse ne s'éteignaient point, et k ce fléau vint s'en joindre un autre.

. Il régnait' alors , dans plusieurs cantons de la Suisse, un grand mécontentement panni le peuple de la campa-> gnej qui, dans pins d'une vallée, était encore serf, ou portait du moins toutes les, charges de la servitude. £n -voyant la liberté et la souveraineté du peuple de Schwyz, d^Uri et d*Unterwalden , de ce peuple - soumis aux seules lois qu'il s'était données, aux seuls impôts cpi'i lavait votés, lés sujets des villes déplorèrent leur esbtavage j'^regardànt eomme une injustice qu'ils fassent obligée de p^y^r des contributions et des impôts qu'ils n*avaient pèiik consentis ,' et de porter le joug de Jois soùtént pett* assort ied à leurs besoins.' Mais d'antres Causes' ^ewéore irritaient leur douleur ; souvent ils se voyaient contrtMntsd'ôliétr «h tout kdea baillis impérieux, k de& gouverneurs liVides; les Cautea les plus légères étaient punies par li^ pkson, par des coups, par des mauvais t1*aHèm¥ns; tes^wméfndés àt» bitraires et les s^rgens les réduis^aîent h,* H mendicité.

Alt lieu de lonlâger leur misère , bs j^siates «outre 1rs Bcbles gouverneurs aggravaient rieur sort, parceque.^ee petits tjrrans. avaient des parens dans lc« conseils et dans ki tribunaux* Les sous-baillis, les greffiers .et jusqu'aux buissiers, tous croyaient qu'en qualité de bourgeois de la ville ils avaient le droit de vexer impunément le pay* san rebelle k leurs fantaisies* Cependant coiuiue le mal n'était pas le même en to.us lieux, et qu*il y avait aussi des baillis justes et humains , tout resta longtemps tranquille.

Mais lorsqu'au mois d'août i652 le gouvernement de Berne, pour mettre de l'èrdre dans le monnayage, défendit dans son cantoù la petite monnaie des autres cantons, et réduisit de moitié la valeur de son propre biUon, cette mesure produisit un mécontentement général parmi le peuples car celui qui croyait posséder dix batz n'en possédait que cinq i le pauvre soufEcit le plus de cn^tle éim" nution; le riche le moins» Les paysans s'attroupèireul dans les villages,, et chacun Joignit à la plainte générale quelque plainte particulière, l'un. contre le bailli, l'autre contre l'huissier , * celui-ci contre le prix du sel r celui-lk contre le prix de la poudre; ici l'on se plaignait dé l'impôt mis sur l'exportation du blé , de la tyrannie des corps de métiers; Ik, des corvées, de la servitude, de l'atteinte portée k d'anciens droits. Plus on parlait, plus les t^tea s'échauffaient.

A Luceme le gouvernement diminua de même la valeur de son billon. Les communes de rEntlibouch envoyèrent aussitôt à la ville des députés pour demander qu'on laissât à la monnaie son ancienne valeur ou qu'on reçût en payement,. au lieu d'argent, les produits du sol. Mais ils furent ai mal reçus qu'ils s'en retournèrent chez eux pleins de tristesse. Le peuple en fut tellement irrité qu'il chassa ignominieusement tous les scrgens qui lui furent envoyés par l'autorité ou par des créanciers. Lài-dessus l'avoyejp Donlliker, accompagi^ de membres éminens du gouver* Ikement et du clergé , se rendit dans l'Ëntlibouch (février 1653), «pour faire entendre raisan aux anciens des communes. Mais de tons les villages ibrtirent des paysans armés de lances et de massues; en tête un drapeau blanc» puis trois jeoBcs gens avec le cor des Alpes; derrièro

«ne trois chefs , et derrière cenx.ci trois hommes dans Tancien costume suisse, représentant les trois héros da Grotli» enfin le corps d'armée fort de' 1400: hommes. La tronpe arrive dans cet ordre an village oà se trouvaient les députés de la ville. Alors s'élevèrent un tumulte et des. cris contre la diminntion de la valeur dj^ billon, contre le péage de Woljhausen , contre Tintérét exorbitant do l'argent , contre les amendes imposées par les baillis , contre Farbitraire de Tailbrage, etc.; ni injures ni mena- . ces ne furent épargnées. Ne pouvant rien obtenir de la foule' révoltée , les députés retournèrent k la ville. Cependant les paysans formaient des rassemblemens , plaçaient ' des vedettes , visitaient les voyageurs , exhortaient leurs Toisins, les sujets de Berne, h faire cause commune avec eux, et les di% bailliages dfi cette contrée formèrent à Wollhausen une alliance qu'elles • sanctionnèrent par un serment. .

Voyant que cette affaire prenait une tournure si sérieuse, les six cantons catholiques envoyèrent des députés comme médiateurs. Ceux-ci s'étant réunis k WiUisau avec les députés des dix communes , qui leur présentèrent par écrit vingt-sept griefs contre leur gouvernement , les paip-fians renouvelèrent leur scène tumultueuse , se saisirent ées médiateurs , les gardèrent à vue, occupèrent les principaux passages qui conduisaient à la ville , et menacèrent Lucerne. Mais sur le champ 400 hommes des petits cantons y vinrent en garnison pour défendre la ville; Zurich et Berne mirent aussi des troupes sur pied. A la nouvelle de ces arméniens , les paysans de TEntlibouch perdirent courage , rendirent la liberté aux prisonniers et implorèrent leur médiation. Les députés y consentirent , et {n-ononcèrent une sentence arbitrale pleine jd'ëquitë (19 marj^) : ,^ Le gouvernement conservera la souveraineté , '^ dirent^ils, „ et les sujets leurs droits ; Tafforage •era établi sur le'méme pied dans tout le pays ; l'avoyer de Willisau , choisi parmi les bourgeois de cette ville ; rÉtttlibouch n'en\ appeUe^a aux tribunaux de Lucerne que. pour des affaires de plus de cent florins ; l'alliance des dix baillages conclue à Wollhausen est annullée ; toute •yiaaee semLiable ^t défimd«« soos des peinea sévères ,

mais aucnii dë4oinmagcmeiit ne pourra être «xigé pa«r les frais occasionnas par la présente querelle^**

Comme on croyait que tout était iini , iorage ëelala dans le canton de Berne et s*(Hendit depuis Thoune ju»^ qu'à BrougjB;. Car lorsqu'on voulut faire marcher les paysans, de cette contrée contre les paysans du canton de Lucerue» ils s écrièrent d*an commun accord; ^Nod, nous ne marcherons pas contre noâ frères , bous avons autant de sujets de plainte qu'eux. " Le bruit, les cris , le désordre , passaient toute mesure dans les villages. Personne ne voulait obéir, chcMcun voulait commander. Les viUea de Thoune, d'Arbour^i;, de Zofinguen, d'Axau, de &rougg et de Lenzbourg demeurèrent seules tranquilles ; dans le^ campagnes aussi , les ecclésiastiques restèrent fidèles^ au gouvernement. w

Berne implora le s^coi^rs de la CoiK^ralcott pour apaiser cette révolte. Schaffhouse, Bâle et Mulhouse lui envoyèrent des troupes sans tarder. Zuricb et Lucerne conseillèrent de tenter un accommodement; le gouverncinent de Berne s'y montra disposé; mais avant que lea deux partis pussent tomber d accord , les troupes schaffhousoises entrèrent dans le canton de Berne près de Brougg, les troupes de Bâle et de Mulhouse près d*Ara«» Ces dispositions tiigrirent les habitans de TArgovie ; le sigûal d'wue levée en masse fut donné dans tout le ccnnlé de Lenzbourg (iS mars i653). Sur cela, les Schaffhousoia sortirent d^Arau , et se retirèrent sur la r/ve gauche de TAar , danis les bailliages de Biberstein et de Schenkenberg. Mais ici le peuple se souleva aussi , et ce mouvement se propagea dans une grande parti du canton de Solenre, ensorte que les troupes de Bâle et de Mulhouse furent également forcées de regagner leurs foyers. A Erlisbach elles passèrent entre deux haies de paysans- soleurois et argoviens qui a\^ient pris les armes.

Alors le tumulte augmenta d'une manière effrayante. Les paysans tinrent des assemblées générales k Languenthal; ils assiégèrent les châteaux des baillis, envoyèrent des députés au gouvernement de Berne, et, désirant obtenir des secojirs étrangers, ils s'adressèrent m^me en secret à Pambassadeur français, La Bai*de. Cette démarche fut la cause de leur perte; l'ambassadeur fran-

ç%ié refila le»r de«8«m, et la plapnH des gens 4e bien ai>attdof}Dëreii,t u|ie cause en favear de lati^^Ue on airait demande des scconrs .étrangers contre la patjne.-

Snr ces entrefaites, six cantons protestans convoyèrent des Réputés a Beime pour terminer k Tamiable par leur intervéniion la querelle entre le gouvernement et les sujets. Les communes y envoyèrent aitsfii leurs députés, et il fut décide : que le commerce du sel continuerait d*appartenir au gouvernement, mais que les citoyens auraient ledr^it de racheter où bon leur semblerait ; que Timpôt tms sur rex|Hirtation du blé et Tohligation d'entrer dans une trxbn cesseraient ^ que le billon resterait au taux fixé dernièrement, mais que les capitaux et les intérêts seraient payés au taux de l'argent tel qu'il était en 1613; que les capitaux placés sur des hypothèques suffisantes et à de bons intéréu ne pourraient être réclamés avant six ans ; que le salaire des huissiers de la Justice serait diminué. -^ Tontes les difficultés étant aplanies par cet arbitrage si équitable, les députés des communes demandèrent pardon a genoux au conseil de Berne, et tout parut terminé.

^ Dans le canton dt^ Lucerne cependant^ les habitans de la campagne firent entendre de nouvelles plaintes ; ils pré* tendirent qu'ils ne pouvaient pas V4>k un crime dans leur alliance de WoJIhausen» comme le disait, la sentence des àrbitoes. Us envoyèrent des députés, aux snfets des autres cantons: y Cessons,^' diiwnt*ils» ,^d^étre les esclaves des villes ; soyons Jibres comme nos frères des petits cantonSé** Le ' peuple de FÀrgovie et de TËmmen^hal les.apjprouva, et se répandit en invectives contre ses propres députés qui s'étaient couverls^e .(lonte en s'agenouiilant dcvast le conseil de Berne et en acceptant le traité proposé « Baaii^ coup de paysans des cantons de Soleure et de Bâle se ^onlevèreùt également pa«r faire cause commune avec bs Lucernois, les ÂrgoViens et les habitans de FËmmetitbailj Ils tinrent une assemblée générale à Soomiswald (i3 avril 1653) , et nommèrent un paysan de Schœnholz , Nicolas Leuehberguer , premier magi^rat et chef de». Conféd^és ^s quatre cantons de Luècme» de Beiiiei^dc Solèure et dé BAle; iU firent dea lois et sutuèrant que le peuple devait reapecter ies droits du gaunrernentcnt at le goav«ii« nement les droits du peuple; que. les sujets ne devaient

point prendre tei^ armes «contre lenrs msgistrrtls, imrîs qnt, êi les Dia$:istrats envoyaient des trottpes contr'enx, on les repousserait par la force. Us adressèrent aux sujets de tous les cantons des inTitations par écrit pour qu'ils se rmdissent à une assemblée générale à Houtwyl^i où Ton traiterait des. droits et de la liberté de tous, aiin que tous les Suisses devinssent libres. Ces pi'étentions déplurent aux grande des villes. Un moment décisif semblait se préparer.

" Gomme anciennement les comtes et les seigneurs s'étaient affranchis de la puissance impériale et avaient 'acquis sur leur territoire une domination héréditaire ; comme, plus tard, les grandes villes de la Suisse, favorisées par la fortune et par les circmistânces , s'étaient affranchies de la puissance des comtes et des seigneurs soit par leur OTf soit par leurs armes ; ainsi les habitans ûb^ campagnes, jusqu'à ce jour sujets des villes^ voulurent marcher à côté de leurs maîtres , libres et lenrs égaux. -- Mais ils calôi^ lërent mal leur entreprise.

£n effets ces hordes soulevées et tumultueuses n'entreprirent la grande oeuvre de leur affranchissement ni ovee la loyauté pieuse et Funion ferme des anciens libérateurs des Waldstœtten, ni avec la prudence et la force réfléchie qu'avaient autrefois employées les villes. C'étaient des gens grossiers, ignorans, sans expérience d^ affaires civiles, éltvéê dans de mauvaises écoks, se déliant les uns deê autres, de feu pour leurs intérêts personnels, de glace pour les intérêts de la patrie. Us prêtaient l'oreille plutôt aux cris des perturbateurs qu'aux conseils des sages) tous voulaient commander, tous refusaient d'obéir. Aussi les viton en peu de temps en proie k la discorde et prêts k tons les excès.' Traitant en ennemis et avec barbarie les ad- - ▼orsaires de leurs opinions, ils mutilaient les uns et menaçaient les autres du fer et de la flamme.

Cependant les villes mettaient de$ tronpes sur pied pour dompter les rebelles, ta^idis qu'elles négociaient arvec eux pour gagner du temps. Berne et la diète de Bade «serait de plus de franchise. On fixait deê entrevues, cm avait des conférences avec les représentans des révoltés; mais le tunuilte* la discorde, les contradiciiona perpé-

toelles de ces liord«9 n»ns volonté, feyme et tmt raison g ne permirent point d'arriver k nn résultat

Aprë& beaucoup de tentatives inutiles » Zurich, eheflieu de la Confédération, ordonna une levée générale (il mars 1653). Berne rassembla les troupes du Pajrs^de* Vaud, restées éti*ang;ères, par la différence de leur langue, k la cause des sujets allemands; le commandement en chef de ces troupes fut confié à Sigismoàd d*£rlacli. Il eut sous ses ordres près de 10,000 hommes. Environ 5000 vinrent des cantons catholiques sous les ordres du colonel Zweyer; le général zuricois Wertmuller commandait le reste des troupes de la Confédération, au nombre de 8000 hommes. Les habitans des petits cantons prirent parti pour les villes, et quoique Jaloux de leur liberté, ils aide-* rent à combattre des sujets qui demandaient il être libres ; c'est qu'ils avaient eux-mêmes des soféts. Les soldats qu'ils envoyèrent formèrent la garnison de Lucerae.

Mais les rebelles ne fuirent pas moins prompts k prendre les armes. Ils occupèrent le défilé de Gumminen du côté du Pays*de-Vaèd, et ceux de Windisch et de Mellinguen du cété de Zurich. Ils donnèrent l'assaut aux villes d'Ar-« bourg, d'Arau, de Zofingnca et de Lenzbourg» mais san» succès ; ils n'avaient ni artillerie, ni assez d'antres nrmer ni discipline, ni chefs expérimentés, parceque jus^'idors les places d'officiers avaient toujours été données à des dtadios.

Voyant qu'on leur opposait une sérieuse résistance, Leuenberguer , premier magistrat des paysans révolté* » et d'autres chefs, tels que Sehybi et Ulrich Galli, cher* chèrent h sauver leur périllensè entreprise soit en payant d'arudace, soit par de nouvelles négociations. Leuenber* guer, campé k une lieue de Berne près d*Ostenuoundiguen où seê iBoldats se livraient au vol et au brigandage, écri« vit encore une fois à Berne p^ur offrir un accommode* ment. Désirant éviter toute effîision de sang, le conseil de Berne tnvoym en effet deé députés dans le camp de* rebelles $ il consentit à beaucoup de concessicms, méoie k p«yer an peuple de la campagne âO,000 livres, *> non poor

^ La Imt VMl f2\i sous de Frcnet.

l«s frais û% la guerre « mais a titre de soulagnaMut ^accorde ^ la misère du peiiplé. Les re]^*ësentalls des rërol»* tes .signèrent la convention qu'ils avaient rejetëe |»rëcédeinment, et promirent de nouveau soumission et lidélité ; mais tout fut rompu à Jenr retour dans le camp. Gomme les troupes des Gonfëdërës approchaient, les rebellés né voulurent pas se sëparer avant que ces troupes fussent retoiirnëes dans leurs cafttbns respectifs.

Wertmuller et Zweyer ayant réuni ^eurs corps d'armée passèrent la mont Heitersbei^, et «'approchèrent de Mel* linguen. A la demande de Lenenbérguer, ils lui accordè*rent une nouvelle entrevue. Leuenberguer avait écrit derechef au conseil de. Berne pour se plaindre de rapproche des troupes de la Confédération , quoique pour^ tant sea bordes^ assiégeassent les villes de TArgovie. filais lorsqoe Aes cris de guerre eurent rassemblé sous ses drapeaux «ne armée de 20,000 hommes.^ croyant n'avoir plua rien à craindre^ il s'icria : ^Q^^ Tépée décide notre qverellel^

Cependant les attaques des rëvehés contre Mellinguen et Zbfinguen n'avaient eu aucun succès , ensorte qu'ils perdirenlb' encore courage. Ils envoyèrent des députés au conseil de guerre Xëdéral assemblé à Mellinguen pour obteoAr^ des conditioBS favorables* filais cette fois le conseil répondit £■ ^11 n'appartient pas aux paysans de prescrire des conditions. Livrez-nous Facte de votre alliance; re*^ tirez-vous dans vos foyers^ et que vos chefs attendent la sea&tence de vos supérieurs. La paix n'est qu'à cette condition.''

Dans leur é|M>uvante, les envayës 4es révoltés Iternois* bAlois et aoleurois prêtèrent le sevmeât qu'on exigea d'eux. Il- n'en fut pas de même ées Loeemois^ qui s'excias^rent sur le manque i de pouvoirs nëcessairea. Les bandes rebelles se trouvèrent donc par là divisées entr'e) les. Wei!lmuller fit avancer ses troupes. Le j^aëral d'SrUch s'avança d'un autre côté par Berne et, par. WjEmguen sur- LanguenUuil. Chemin faisant .il dis|iensa une horde de 2Û0O paysans,- U trouva (28 mai> devalitHers^ogi^enboAclisëe un poste de six hommes armés de hallebardes; ils lui assurèrent que les. rebelles étaient entièrement disperses, filais lorsqu'il approcha du village avec sm suite» on

lai tira plasîears coups. Dëcanvrant devant lui les bandes des rebelles , maîtresses du bois^ voisin^ il les fit attaquer de trois côtés« < ^

Là commença un combat désespërë; les révoltes^ hien^ tôt vaincus, se retirèrent vers le village en défendant le terrain pied à pied* Tandis qu'une partie des maisons étaient déjà la proie des flammes, ils se défendirent dans les autres , se retranchèrent enfin derrière les murailles de l'église, et de Ik se dispersèrent dans les bois.

Les armées de d'Erlach et de WertmuUer se réunirent près de Languenthal, et la révolte s'apaisa dans toute cette contrée. Wertmuller, fidèle a la paix assurée aux révoltés par le conseil de guerre de Mellinguen , blâma le général bernois du massacre de Herzoguenboucbsée, mais lorsque d*£r|ach lui eut raconté la cause de ce nul* heur, il fut convenu que la Basse-Argovie seule jouirait des conditions du convenant de Mellinguen; mais que Bern traiterait d'après ' les droits de la guerre les communes sises au-dessus d'Arbourg.

' Soudain, dans tous les villages coupables, succédèrent aux cris de la révolte et aux bravades de l'audace le silence de la mort et le repentir de la terreur. Les rebelles furent d'ésarmés, leurs chefs mis dans les fers. Le con* seil de guerre fédéral s'établit à Zofinguén pour juger les coupables. Schybi y fut conduit du fond de TËntlibouch et eut la tête tranchée. Leuenberguer, caché dans sa propre maison , fut trahi par un voisin , son complice, et conduit dans les prisons de Berne. Il fut décapité , et sa tête, ainsi que l'acte d'alliance des rebelles, attachée à la potence. Son secrétaire Brœmmer mourut du même supplice. Ulrich ^Galli fut pendu. A Bâle on fit mourir, comme complices de la révolte , sept vieillards è longues barbes blanches. Beaucoup d'autres encore furent condamné^ i^ la mort , è l'exil , )i des amendes. Les bailliages libres payèrent 10,000 florins , les gens du comté de Lenzbourg 20,000 , les Soleurois 30,000, et d'autres des sommes plus ou moins fortes. Quelques chefs des rebelles prirent la faite ; l'empereur Ferdinand III les -mit au ban dans toute l'étendue de l'empire romain. • /

Les révoltes du eanton de Lncerne, voyant leurs intérêts séparés de ceux des antres cantons, s'étaient décidés à Caire une convention avec leur gonvernement. tJri, Scliwyz, Uaterwalden et ^on^ se réunirent k Stanz (7 juin) comme arbitres et médiateurs entre le gouvernement et les sujets. Les rebelles de rEntlibouch refusèrent seuls de se soumettre 3l la sentence arbitrale , se sentant soutenus en secret par plusieurs ambitieux de Lucerne ^i se flattaient de cb^nc^er le gouvernement. Mais ces citoyen» furent trahis et emprisonnés, et TEntlibouch fut réduit à Fobéissancç par la supériorité des troupes que Fautorité y envoya.

Telle fut Tissue de cette rëyolte. Celui qui s'élève contre la loi, périt par la loi. Longtemps après ces troubles les cantons se querellèrent entr'eilk au sujet des frais de la guerre ; Berne particulièrement avec Zurich, Solenre avec Berne, jusqu'à ce qu'on s'arrangea dans une diète générale (1654), où l'on statua qu'à l'avenir chaque canton' supporterait les frais des secoure qu'il donnerait aux autres.]

Guerre de religion. Bataille de VUbnerguen^ , La peste.

' (De l'an 1656 à l'an 1^39.) ^

A peine la querelle pour les frais de la guerre fut«^JIe terminée , qu'il s'^i éleva une autre plus funeste que la première. ' .

Elle naquit de la haiiie anti-chrétienne des catholiqâes et des réformés. Au lieu d'éteindre ce feu qui semblait allumé par l'enfer, les ecclésiastiques des deux partis ne cessaient de l'attiser par leurs discours. Les gouvernemens n'avaient déjà que trop de sujets de disputes , dans les bailliages communs surtout» où chacun prétendait au premier rôle et à la souveraineté. Chacun jugeant des autres d'après ses propres intentions, toute. confiance se

trouvait anéantie. ^Vofcz/ diiaient les caflliolti|«es , „1«8 Bernois et les Zuricois fortifient lenrs villes et s'attachent la Hollande et TAngletevret toutes ces dëmarches sont dirigées contre nons/^ — Les réformés disaient de leur edté: „ Voyez, les catholiques confirment Talliance de Charles Borromée, renouvellent leurs traités avec la Savoie et avec Tévéque de JBéle et flattent le roi d'£spagqe. Tout ^ela n'est pas sans but; ils en^ veulent à notre religion."

Six familles d'Arth, dans le canton de Schwyz, atta* chées au culte évangélique, furent obligées de s'enfuir (1655). A peine leur vie élait*elle en sûreté dans Arth. Elles se pré^ s entèrent avec larmes et prières devant ie conseil de Zu* lie h, le suppliant d'intwcéder auprès de leur gouver» nement pour obtenir la libre sortie de leurs biens. Le conseil de Zurich, ému de compassion, écrivit à Schwyz selon le désir des supplians, Le gouYernement de Schwyz relusa .la demandée , exigeant qu'on lui livrât Içs fugitifs. Les cantons rélormés en appelèrent au droit fédéral; mais le gouvernc^ment de Schwyz répondit : ,^ous n'avons à rendre compte de l'administration de notre pays qu'à Dieu et h notre conscience.^^ Les biens des fugitifs furent cou*^' fisqués; leurs parens^ évangéliques aussi, jetés dans les fera^ appliqués à la torture , quelques-uns mépie condamnés h mort.

Conseils, prières, médiations, tout fat mis en œuvre dans les diètes par les cantons neutres, mais tout fut infructueux. Alors Zurich prit les armes. Schwyz et les autres cantons ne furent pas moins prompts à s'armer. Les Zuricois, soutenus par Bâie, Mulhouse et Schafifhouse, se mirent en c>ampagne avec 10,000 honimes, s'approchèrent du Ilhin, soumirent la Thurgovie et assiégèrent Rapperswyl. Les troupes deg catholiques avaient déjà occupé cette ville et l'Albis, ainsi que BremgarJ^n • Mellingnen, Baden, et, surles confins âeg cantons d'Unterwalden et de Beine, la montagne du Brunig. Les Bernois firent gfurder leurs frontières du côté de Fribourg , de Soleure et d'Unterwalden ; le reste de leurs troupes marcha sous quarante bannières au secours des Zuricois.

Aucun ordre, aucune discipline ne. régnait parmi les troupes des réformés. Ravageant, incendiant tout sur leur passage, elles dévastèrent le couvent de Rheinau, pillèrent

des vilkges et des Tifle*» enifiienëreiii des tronpeaax entiers. Les Bernois entr'antres étaient si peu sonoiis à la discipline, qu^ils établirent leur camp dans les environs de Villmergnen, sans s*in^piiéter de Tennemi, sans envoyer en avant des éclairei|rs , sans avoir même assez de munitions pour leur artillerie. Bien qoe quelques Argoviens eussent reconnu Tennemi près du village de Wohlen, et jetassent des cris d'alarmes dans li^ camp , on n'y lit pas attention parceque plusieurs jeunes seigneurs bernois assurèrent, au retour d'une promenade à cbeval , qu'il n'y avait nul danger k craindre.

Cependant plus de 4000 Lncernois 'étaient réellement cacbés derrière un bois sur la hauteur de Wohlén. Leur colonel Pfylfer les lit avancer sans retard. Du haut d'un chembi creux qui les cachait à mi-corps, ils dirigèrent leur feu conti*e les Bernois. C'était à deux heures après midi, le l4 de janvier 1656. Le trouble^ et l'effroi des Bernois furent tels que les officiers purent è peine former les rangs. Comme les muuiiions de guerre manquaient, ils ne firent que deux décharges d'artillerie. Toute leur armée prit la ^ite. Dix nouvelles bannières qui vinrent è leur secours forent entrainées par les fuyards* Fendant le combat, le colonel Pfyffer reçut une lettre de son gouvernement qui lui ordonnait de ne pas commencer l'attaque, parcequ'on cherchait à s'accorder sans effusion de sang. Mais devinant le contenu de la lettre , il la mit dans sa poche sans la décacheter, et poursuivit les Bernois dont ses soldats lîrent un grand carnage. Ils perdirent plus de 800 hommes et onze pièces d'artiUerie. Plusieurs bataillons bernois occupaient les hauteurs des doux côtés de la route ; ils vil*ent la fuite des leurs qui se. dirigeaient sur Lenzbourg, mais ils se tinrent immobiles, parcequ'ils n'avaient pas reçu d'ordre pour agir.

Les bataillons argoviens, an contraire, furent transport tés de foreur à la vue du massacre des Bernois ; ils voulurent marcher en avant, renouveler le' combat, et le conseil de guerre J>ernois ne put arrêter qu'avec peine leur impétuosité. Telle fut la bataille de Villmergnen. Les vainqueurs restèrent .trois jours entiers sur le champ de bataille k célébrer leur triomphe} aprèf quoi ils se retirèrent chargés de batin. Leur victoire futisaùvie d'un armistice

et, peu après, de la paix (2dfémet 16^9^). Comme otk-ne permettait pas rimportation des denrëes dans les petits caotons, et que le goaTemeuient de Laceme n'osait pas se fier plus que celui de Berne au. peuple de la campagne» toujours mécontent, la paix était. généralement désirée. Quoique cette guerre n'edt dui*é que neuf semaines , elle airait déjà coûté aux Zuricois plus de 4 14,000 florins. Le traité de paix remit tout à peu près sur Tàncien pied. On laissa aux gouTernemens cantonaux pleine liberté de statuer ce que bon leur semblerait relativement nux affaires religieuses et à rémigration d'un canton dans un autre.

La mauvaise administration militaire des cantons réformés aurait permis aux catholiques d'obtenir de plus grands avantages, si Torganisation de leurs propres troupes av»it ét^ meilleure. Fâchés de n'avoir pas tiré un plus grand parti de leur situation, ils en ^rejetèrent, toute la faute sur le colonel Zweyer d'Ëvenbach, chef des troupes d'Uri; ils l'accusèrent d'étx;; d'intelligence avec les Zuricois et les Bernois , et d'avoir empêché près dé VEtzel qu'on poursuivit les ennemis, déjà mis en fuite , et qu'on ftt lever le siège de Rapperswyl* Un moine de Notre-i dame-des-£rmites prétendit même que les Zuricois avaient envoyé à ce chef 1400 ducats dans un chapon. Cet incident fit naître de nouvelles disputes et <ks procès inter^ minables devant les diètes.

La paix était rétablie, mais les esprits conservaient les ^positions les plus hostiles. Elles se maniCestaîeilt en tous lieux, surtout dans les bailliages communs. lA les peines des uns faisaient la foie des autres ; le fanatisme du peuple imitait le fanatisme des grands | tous insuliaienl au christianisme au nom du christianisme. Peu s'en fallut que la guerre n'éclatât de nouveau d'un instant à Ta^utrev

Un Lucernois, enrôleur pour le service d'£spagne, trar versa la Thurgovie par des ehemins détournés avec quarante-trois récrues, le |our de la Pentecôte (1664). Au village de Lipperswyl ils entrèrent dans l'église réformée, les sabres nus, y firent du bruit et y causèrent du désordre. Une femme^ sasisie d'e&oi, se sauva dwds le viHagede Wigoldingnen, ]eta»t-4e grands. cris et appelaoaitVn Recours. Les habitans de ce village se mirent aussitôt en route, tombèrent sur ks recrues, en assommèrent cinq,

tn blessèrent d'antreset firent quelques prisonniers* Cet ëvënement remit les armes à la n^ain ânx d^enseors de Ton et de Fautre culte. Cinq cantons catholiques prirent aussitôt possession de Kaiserstouhl , MelHngUen et Brem-» gaiten. On assembla des diètes ; on négocia. Les catholiques ne pouvaient être apaises que par du sang. Les cantons souverains de la Thuxgovie condamnèrent h mort à la pluralité des voix deux paysans de Wigoldinguen (5 septembre 1665), malgré Tiâtercession et les supplications touchantes du gouvernement de Zurich. Ce même gouvernement fit faire '.ne collecte dans toutes les églises de son canton pour aider la commune de M^'igoldinguen à payer les frais de ce long procès.

Peu après se répandit le bruit que le roi de Francv allait ériger en forteresse Huninguen , non loin 4e BAle , mesure défelistve pour la France , ofiensive- contre la Suisse, Les Confédérés inquiets envoyèrent des députés il Paris, vers le roi (4679). Leurs efforts pot» arrêter la construction furent inutiles. L'inquiétude augmenta, smtont a Bâle. Les citoyens jAurmurèrent contre le Pt tit Conseil, -Accusant beaucoup de set membreà de s'être laissé éblouir par For français. Ils lui reprl^ehaient aiissi d'avoir excédé ses pouvoirs en matière d'élections et de législation^ au détriment dit pa3rs. Les tribus s'assemblèi^nt. Bien des abus furent découverts. On punit ou par la destitution ou par la prison ou par de fortes amendes ^es conseillers et ledrs femmes convaincus d avoir influencé les élections. Le Conceil céda; les citoyens exaspérés avaient pris les armes. Les Confédérés envoyèrent des médiateurs pour terminer le différend à Taiiiiabte (169(). Le détail des contestations, des soulèveméns, des actes de violence dépasserait les bornes de notre' histoire, l^es médiateurs fédéraux; de concert avec dcA délégués du Conseil et de la bourgeoisie réglèrent les droits et la compétence du Grand et du Petit Conseil, la police, l'administration, l'organisation judiciaire, la nomination aox emplois. Satisfaits de ces nouvelles institutions, les citoyens, en majorité, jtKèrent de maintenir la paâir. Jamais elle ne fut rompue d!une manière plus -sanglante.

Jean Fatio, un des avocats de la bourgeoisie, fot eàiprisonné ,* ^lour avoir fait beaucoitp de démarches hardies de son chef, en abusant du nom du peuple. Des citoyens armés» reconnaissablcs.k des brassarts, blancs, s*attrou-« pèrent de nuit, demandant la liberté du prisonnier. On battit la gcmérale. Les amis du gouvernement accoururent; On vit sovLS les armes citoyens contre citoyens. Deux partisans de Fatio reçurent des coups de feu (23 septem* bi'e 1691) ; près de cinquante antres furent incarcérés le' lendemam matin; on lit entrer dans la ville des paysans armés pour mainte air l'ordre. Un tribunal sévère jugea les autcur/i de la rëvoUe. Jean Fatio, Jean Muller et Con^ rad Moysës eurent la tête tranchée (28 septembre) sur la place de rhûtel .de ville ; les antres se virent condamnés ou aux galères, ou au bannissement ou k des amendes.

Ainsi, tantôt dans un canton, tantôt dans un autre, les discordes civiles se joignaient aux diseordes religieuses; on eût dit que la Suisse ne retrouverait plus le repos maintenant surtout que des puissances étrangères la vexaient. Cela répandit le deuil et la désolation dans les familles» Pour comble de malheur , une contagion pestilencieUe enleva beaucoup de monde surtout h Bâle et dans FArgovie (1667). Elle se manifestait pair des bubons au bas-ventre. La température était malsaine,; l'hiver précédent? avait été chaud. Les arbres , les fruits , toutes les plantes étaient dévastés par des. ^ers venimeux et des •heniiles } on n'avait jamais vu autant de souris d'eau et de taupes. Un hiver rigoureux vint , au bout de Tannée , mettre &a à tous Ces fléarux.

V4xbbé de ScUnt-GaU enlève mue ToeJçenhourgeoU

leurs anciennes libertés; suites de cet événement.

(De Fan 1700 k l'an 1712.)

Le* anciens Suisses s'affranchirent de la douinalioa de toute puissance étrangère, et conser? èrent cette moblc

indëp^fidaiice, tant que Tintërét et la vanité ne leur firent ni ciMirtiser ni craindre lVtrano;er* Ils jouirent da respect de tons les peuples tant qu'ils préférèrent Téternelle justice à la vie. Mats quand la cupidité et la lâcheté pla-* cèrent la prudence au-dessus du droit; quand on vendit son corps et son sang à des souverains belliqueux ; quand les ckefs de la patrie se laissèrent lier par des chaînes d'or et par dés cordons, la ruine fondit sur ce nialheureux pays. On s'avilissait devant les étrangers pour s'enorgueiller devant ses concitoyens ; on préférait son canton à la Suisse , sa famille h son canton ; nn était petit dans les grandes choses; et dans les petites on affectait de la grandeur ; on recherchait les emplois par intérêt , on les mettait à Tenchère , oncles donnait en dot; les Suisses s'appelaient un peuple libre, mais la plupart étaient des àujets misérables, dont la condition ne valait pas celle des sujets des rois; les seigneurs ne dédaignèrent ni la violence ni l'astuce pour éteindre peu b peu les faibles droits qui restaient encore au peuple , et pour reculer les limites de leur propre domination.

Les iiabitans du Tockenbourg en particulier en firent la triste expérience. Les communes de ce pays avaient obtenu de la faveur des comtes de Tockenbourg de grandes prérogatives ; elles nommaient des juges aux tribunaux supérieurs et inférieurs ; elles avaient leur part des amendes et de certains revenus ; elles participaient , dans des assemblées générales ou particulières, à l'administratioi^ des biens publics et a l'autorité militaire. Leur bailli devait nécessairement être choisi dans 4eàr sein*

L'abbé de Saint-Gall ayant acheté en 1468 du seigneur de Aafon , pour la somme de 14,500 florins d'Allemagne ^)' les droits que celui-ci avait hérités des anciens comtés do Tockenbourg, il convoita aussi les droits que non seulement il n'avait pas achetés , mais qu'il avait .même confirmés jàa peuple. Le peuple du Tockenbourg avait formé en 1436 une alliance avec Glaris et Schwyz , pour mettre ses droits' sous leur protection; mais Tabbé, de son côté, avait obtenu en 1469^ pour ses propres droits l'appui de ces mêmes cantons, par une alliance particulière. Comme

'**)KiMrôa M^SÔfiano» de France. , . .

son abbaye était alUëe k la Gonfëdâration et lui-même prince dû saint- empire , il sut tirer avantage^ de cette double circonstance pour ëtendre de jour en jour sa con« sidération et son pouvoir. Suivant que son intérêt Yexi^ geait, il sVlevait contre l'empereur comme membre de la Confédëralion, ou contre les Confëdérës comme prince d'empire et vassal du trône impëriaU Cette politique lui réussit.

Il commença par révoquer en doute la liberté des Tockenbourgcois et par les appeler ies serfs (1510) , afin de les accoutumer insensiblement k cette idée. A la fin il attaqua sans détour leurs libertés, ce qui amena de fréquentes contestations débattues devant les deux, cantons protecteurs. Ceux-ci lui étaient favorables. Il obtint d'abord (1539) qu'on en appelât à lui des. jngemens de tous les tribunaux du pays; puis (1^40) il s'arrogea le droit exclusif d'élire les juges et de garder les biens confisqués aux criminels; celui de faire choix d'un bailli étranger et d'administrer sans restriction les biens des églises et des cures ; la propriété de la chasse et de la pèche ; la prérogative de nommer les pasteurs de toutes les églises (1543) , les greffiers et les huissiers (1555) ; le privilège d'accorder le droit de bourgeoisie (1596). Enfin on interdit au peuple et les assemblées générales /et toutes les autres ; l'administration militaire même passa tout entière dans les mains de l'abbé (1654). Alors il put gouverner au gré de son caprice} il consentait h des recrutemens forcés pour le service étranger, il donnait tous les emplois à êes créatures , voyait avec indifférence que les magistrats et les couvens attirassent k eux , a force de ruses et d'intrigues, les meilleurs fonds de terre, ou que les amandes publiques s'élevassent k des sommes énormes,

A la fin, l'un de ces abbés, Léodegar Burgnisser, se crut maître absolu du Tockenbourg. Il ordonna au peuple de construire et d'entretenir k ses frais une nouvelle route k travers la forêt de Hummelwald. Une dëputationdn peuple lui représenta que cette charge^. était plus forte que ne l'éuient autrefois les corvées, dont ils s'étaient déjk rachetés deux fois; poor toute réponse, Fabbé eondam&a les députés k une amende de 1540 écas d'empire , k une

rétractation k huîa ouTertJ , cl prononça contr'enx Tinterdiction civile*

Les Tockenbonrgeois opprimés portèrent plainte an-prës des cantons de Schwyz et 'de Glaris (1701). Les Glaronnais furent tonchësde la misère de ce penple écrasé , ^ ainsi que les citoyens de Schwyz , quoique les Tockenbourgeois fussent réformés. »Fussent-il Turcs et païens,^ s'écrièrent-ils dans leur assemblée générale , ,,ce sont nos alliés et nous devons leur faire rendre justice. . L'abbé , irrité de celte opposition, porta plainte \ son tour atlprès de tous les cantons, invoquant le droit fédéral. >- De nouvelles diètes s'assemblèrent d'année en année* Zurich et Lucerne, qui avaient aussi fait une alliance défensive avec l'abbé, prirent partk cette querelle funeste. Leur religion en butte à tant d'attaques avait fait beaucoup d'amis aux Tockenbonrgeois , etrabbé s'était fait beaucoup d'ennemis pareequ'il venait de former une allience défensive avec l'Autriche, et qn'il considérait le comté de Tockenbourg Comme un fief de l'empereur et de l'empire. Plus la querelle durait, plus elle s'embrouillait^ c'est l'ordinaire. A la un, l'ancienne haine religieuse y mêla encore ses poisons.

Voyant que Zurich et Berne soutenaient les Tockenbonrgeois , par esprit de secte , et les encourageaient à persévérer dans leurs réclamations , Schwyz inclina pour Vabbé de Sainl-Gall (1703) : ,,Les nouveaux droits de l'abbé", dirent les députés de ce canton , „ ses actes et ses seings passent avant les droits surannés in peuple, et aucun nouveau culte ne doit s'établir dans le Tockenbourg, sa^is le consentement préalable de Schwyz et de Glaris. ^ Ces prétentions n'intimidèrent point Zurich ni Berne , et les Tockenbonrgeois maintinrent leurs anciens droits. L'am^ bassadeur impérial apporta une lettre de la part de son maître , qui s'arrogeait le droit de connaîtra de cq différend , vu que le comté de Tockenbourg était inconte* stablenlent un ancien fief de T'empire. Mais Zurich et Berne répondirent: y Le Tockenbourg est renfermé inns les •limites de la Confédération, et l'abbé de Saint-Gall nons k reconnu pour arbitres depuis plusieurs années. ^ — Les ambassadeurs de HoUandçt, de Prusse et d'Angletei^re eneourugefient lef t^nw et U$ Zuricois k réJ^star^a l't mperaur*

Covune celte qvereOe s'ëtcndait de pins en pliueti|iie U 4i».€0rde et les assassinats troublaient le Tockenbonr^f, par^eque labbë de Saint- Gall y semait à dessein la division entre les réformés et les catholiques, un Znricoia respec* table par sa sagesse (son nom était Nabholz) essaya par sea conseils de rétablir Tordre et la paix. Ses efforts furent infructueux. L'abbé défendit opiniâtrement tonales titres de sa puissance menacée. Mais les Tockenbourgeois méprisèrent cette puissance et, au lieu d'obéir h l'abbé, chassèrent de tous les châteaux > ses gouverneura , seâ délégués , ses soldats. L'àbbé lit occuper par des troupes les ponts, les routes^ les sentiers du ci-devant territoire de Saint-:GaU. Les Tockenbourgeois prirent les armes. Lr'avoyer Durler de Lucerne , ami zélé du prélat , invita les cantons catholiques k réprimer ces rebelles. L'avoyèr Willading de Berne invita les cantons réforanés k courir jiox armea.sana délai pour défendre, contre les ca^oliques, les droits du. peuple tockenbourgeois et la srûreté de ïé^ ^îse réformée. ^L.a querelle^, dit-il, ^dore déjk depuis 4lou;ie ans ^et s'enflamme de jour en jour. *

Voyant qi/e Zurich et Berne étaient pour eux et que $0C0 Zuricois , comn^ndés par un magistrat nommé Bod* mer, venaient à leur secours^ les Tockenbourgeois déclarèrent la guerre à Tabbé pour la défense de leurs droits ' (12 avril 1712). ï^abholz , jusqu'à ce jour leur ami et leur conseiller, devint leur chef, fit sonner le tocsin et les défendit aussi vigoureusement avec l'épée qu'il Favait fait avec la plume. Les couvens et les châteaux de l'abbé furent occupés; miais celui-ci fit entrer dans les murs de Wyl seize bataillons d^infknteriè. Pendant ce temps les troupes zuricoises pillèrent et saccagèrent sans retenue le pays de Saint-GalK . .

Lucerne , ITri , Schwyz , Unterwalden et Zoug prirent les armes, couvrirent leurs frontières, marchèrent contre le Tockenbonrg et s*emparèrent du comté de Bade. Le nonce du pape leur donna 26,000 écué du trésor papal» et dans les églises de Rome on adressa pour eux des prières k tous les saints. Les prêtres distribuèrent aux soldats dès balles bénites et des amulettes.

Les Bernois tirèrent 10,000/COttroftnes de leme trésor pour mettre 35,090 hoBimes en eanipagiie. Ils placfèrent

de« troupes sur toutes leurs frontibres, dàoi le oomtë de Lenzbourg prbs d*OthniaTâingueii, d:i côté de Bâdè et dans les bailliages libres. Un corps d'armée bernots, protégé par douze bouches k fea , passa VAar dans l'en* droit appelé Stilli (eau tranquille) et joignit Tarmée euricoisc près de Wurelinguen.. Celle-ci, pendant ce temps, s*était rendue maîtresse de toute la Thurgovie. Ainsi p«r^ tout il n'y eut que guerre et cris de guerre. Les Valais sans mémej étaient dë|à en marche pour secourir les cantons catholiques! »

Claris, Solcure et l'éTéque de. Constance gardèrent la neutralité au milieu de la confusion générale. 'BAle e^ Fribourg gémirent ^de cette guerre civile et exhortèrent encore une fois les deux partis à se réconcilier; il n'était plus temps. L'abbé de Saint-Gall mit tous ses joyaux en sâreté k Lindau^); lui-même se rendit h Rorschach ^ et demanda du secours à la ville de Saint-»G«dl*et ttn< cantons d'Appenzell et de Glaris , mais il n'en reçut d*au» tre assurance que celle de leur neutralité* L'empereur, qui se trouvait alors è Presbourg en Hongrie, ordonna au cercle de Souabe de soutenir Tabbé de^aint-Galt

Guerre du Tockenbourg. Seconde bataitte de

ViUmerguen. Paix étArau.

(De Tan 1712 è l'an 1718.)

Un corps de 10,000 Bernois et Zuricois «'était avancé sous les murs de Wyl pour y assiéger les troupes df l'abbé. Nabholz les joignit avec 2000 Tocl^enbourgeois et après lui un autre corps d'armée de la Tbnrgovie« La ville ifut bombardée y les campagnes et les village^, ravagés*

'^) Ville de Souabe = sqr ^ne Ile du lac de ContUpca. '^^^fioa^^ àm oanlcp.de Sa^trGall au bord du lac de Gonst^çe t on TappeUe atnsi R9iehtutu

Digitfzed by VjOOQIC

Cepend^tnt k;garniion de l*abbë ïe dëléndit raillammeiftt roiis le lAttfor Fx^iber et lit plas d\ine sortie ^ni coûta du ftaBg k rennenii. Mais lorsque les Thturgoviens se farent . sëpaitës des autres assië^eaàs qni leur tëmoignaient du mépris y Felher étendit ses ravages jusqu'à Braunau et Soummeri. • Ses gens exerçaient de telles cruautés qu'ils assommèrent deux hommes sans défense et mutilèrent une femme en lui coupant les pieds et les mains. Saisie' d*horreur, toute la Thnrgovie poussa àtis cris de vengeance. Des bordes levées en masse et enflammées de rage s'avancèrent de Weinfeldeu* On y voyait des femmes et des jeunes-gens de douze ans. EUles usèrent de refirésailles contre les catholiques.

Nabholz dit aux généraux bernois et znricois; » Faisons une incursion dans les anciens états de Fabbé , patrie d'un grand nombre des défenseurs de Wyl ; quand Us verront de loin leurs cabanes et leurs villages ett flammes , ils se séptireront uns adtres et la ville se trouvera affaiblie. ^ U entra donc avec 1000 hommes près d'Ob'erglatt dans les anciens états de Tabbé. A Taspect de ce grand embrasement, ceux des assiégés dont les demeures étaient.en feu sortirent promptement dé la ville pour aller les défendre. Agitée par la discorde et par la terreur, la ville se rendit le 22 de mai. Les soldats de l'abbé se dispersèrent , vomissant des imprécations contre lenr chef Felber. Celui-ci , en danger de perdre la vie , fut réduit à impldrer la protection des vainqueurs pour pouvoir s'enfuir* jusqu'i Bcrnhardszell. Mais le peuple furieux l'y poursuivit, l'arracha de la demeure du pasteur, le mit sur un mauvais cheval et le conduisit au milieu des cris et des olutrages jusc[u'au pont de la Silter« O il fut tué de cpiatre coups de f^il ; le peuple coupa son cadavre en pièces avec des coutean:3t, *t le* jeta dans la rivière (24 mai). -

Sur ces entrefaites le vaillant Nabholz av^>«^ P^^»^*'^ plus avant dans les anciens états de Tabbé de St. GaU. Les habitans de Gossau se rendirent k lui aprèsjaVwr assa^ssiné dans leur fureur le général des troupes de leur contrée. Deui jours auparavant ils avaient chassa miltè Tockenbourgcois envoyés contr'eux pour mettra tout à feu et k sang; ceux-ci, dans lenr faite% étranglèrent dans

yGa Ggle—

ute éuMft le prAfre catholique de Niederglatt. Les banmière$ de Zarich et 4t Berne, traversèrent ,^otorleafe< toute la Thurgovte jusqu'à Séint-Gall, et laiêièrent une garnison dans Talbbaye de cette ville et> k Rorscliaclu Lt'abbé» plein d*e£Eroi, s'ëtait enfui auparavant à Augsbonrg avec tous »eê effets précieux.

Fiers de leurs succès ^ les Tockenbourgeois condam-* nèrent è mort ceux des sufets de l'abbë qai les avaient trahis } ils rejetèrent entièrement la domination de leur prince eccJësiastique, annuUèrentleuraUiancetiTec Schwyz et Glaris, et^roposèrent aux habitans de Gaster, d'U^nach, de Gams çt d'autres lieux de former avec eux une république semblable à celle des libres cantons de }a Suisse. Us tracèrent le plan d*une constitution qu'ils soumirent à la diète helvétique assemblée dans Arau; mais leur projet déplut aux seigneurs de Zurich et de Berne, qui aimaient mieux avoir dans le Tockenbourg des sujets que des Confédérés. Nabhol;& ^m^me i ce défenseur zélé des intérêts des Tockenbourgeois , refusa d'appuyer leur demande , quoiqu'ils lui ofirissent de^ sommes considérables pour qu'il embrassât leur cause.

* Cependant 2000 Bernois avaient passé l'Aar près de la Stilli et s'étaient joints h 3000 Zuricois commandés par. le colonel Jean Gaspard WertmuUer. Réunis, ils passibrent Jie mont Hascnberg pour soumettre entièremenf; le comté de Bade , chassèrent les bandes éparses des cantons catholiques, et s'avancèrent jusqu'auprès de la ville de Mellinguen. Du côté opposé il arriva, du comté de I^enzbourg, 7000 Bernois, qui traversèrent la Bunz. Lc^s garnisons catholiques s'enfuirent à Bade, ])Iellinguen fut pris sans coup férir. Tous les lieux l]^bités du comté de Bade rendirent hommage aux vainqueurs ; de même que U ville de Bremgarten. Puis l'armée victorieuse se dirigea sur Bade pour en assiéger la forteresse* WertmuUer 4||iblit son camp à côté des vignes du pied de Jura et attendit l'arrivée des Bernois qui avaient pris un détour depuis Mellinguen jusqu'à Fahrwindisçh , le long de la Renss» pour attaquer Bade du côté opposé. Les assiégés Caisaient un feu continuel contre le camp de Wertinnller du hnut du ^hà^au, et de la terrasse de l'église de« capur cins« ,lJne baUerie.zuricoise de quarante mortiers et au-

Cres htfviclwt h îen y réponàtÂU Ué^se, la toar, uiifraBd nombre de AaisoDS furent eBdoiiiiiia|[;ëe8 ; le parapet du château tomba avec fracas le loi|g des rochers. Tont-àcoup on, vit paraître k Topposite, pr^ des {grands bains , Tarni^e bernoise qui conduisait avec elle vingt pièces de campagne, obusiers^et mortiers* Les assièges en furent si ëponvantës qu*ils se rendirent à des conditions dures (31 mai). Le commandant de la forteresse, Crivelli d'Uri, put se retirer avec sa garnison , mais sans son artillerie.

Ces succès et rhomroage que le Rhinthal fut contraint de. rendre è Zurich et à Berne furent pour les -cantons catholiques une nouvelle source de discorde , de désordre et d*animositë« Les uns voulaient la paix, les autres la guerre. Les ambassadeurs d'Autriche et de France leur promettaient du secours ; le pape leur envoyait de Fargent. Fribourg et Soleure , le Valais et tout ce qui était catholique dans les bailliages communs courut aux ar-^ nifs. Sur-le-champ ceux des cantons réformés qui n'avaient pris aucune part à }a querelle, menacèrent de s'armer aussi ; tous les réformés des bailliages communs préparaient h soutenir Zurich et Béi^e. Près de i50,000 Suisses se trouvaient sous les armes , prêts à verser le sang les uns des autres ; jamais la Confédération n'avait mis sur pied des forces aussi considérables pour repousser un ennemi étranger. Heureusement une épée arrêta l'autre. La France et l'Autriche firent marcher des troupes vers les frontières de la Suisse , mais elles furent tenues en respect par des troupes anglaises , hollandaises et prus* siennes.

Tandis que les députés de la Confédération, assemblés dans Arau , négociaient une paix , le chevalier Ackermann, bailli d'Unterwalden, à la tête de 5000 hommes, s'approcha du pont de Sins où lesBernois étaient campés; 300 hommes de leurs troupes s'étaient retranchés dans le cimetière de Sins ; 700 , près du village d'Auw. Ils furent surpris et purent h. peine se sauver; un grand nombre de Bernois . perdiren t la vie. Le colonel Moniér de Berne, qui se défendit vaillamment, d'abord dans le cimetière, ensuite dans Téglise, fut à la fin contraint de se rendre** Us eussent été massacrés impito3rablement par les soldats d'Unterwalden, de Schwjrz et de Zoug, si Acker-

Bumn, blesse lui « même ,;ii*«ût pas tésisié a -leur raj^e sangiimaire avec une généreuse tntrépîdiflf (20 jaillet). D'un antre côté , les trojapes de Schwy?. s*étaieiit .avancées lasqu'k Hutten et BeUenschanz non loin da lac de Zurich (£2 juillet)* Mais eUea j rencontrèrent le vaillant capitaine Wertmulier. Elles se battirent pendant sept heures, perdirent 200 hommes et reculèrent enfin, devant les Zuricois, On trouva sur les morts des billeU» bënits dans lesquels étaient des chiffres , des croix , des promesses d*une victoire certaine.

L*armée catholique comptait plus de 9000 hommes. Elle traversa la contrée par Monri jusquli Villmerguen, où se trouvaient 8000 Bernois. Tout pi'ës du lien, dé|à témoin d'une défaite sanglante des Bernois vaincus par les cantons catholiques. (14 janvier 1656)^ en dessous de Dintikon et de Hembrounn la terre allait être une seconde fois rougie du sang suisse yier$é par des Suisses* C'était le 25 de juillet 1712. Les Bernois avaient pris position près de.'IVIeiengrun. Les tonnerres de l'artillerie donnèrent le signal du carnage ; le' combat dura quatre heures. Am bout de ce temps les Bernois répandirent la terreur et le désordre dans les rangs des ennemb , puisqu'il faut donner ce nom k leurs frères. Ils rompirent leurs lignes et les mirent en fuite* Plus de 20O0 catholiques mordirent la poussière. ,

Animés pmr ce succès , les Tockenbourgeois conquirent Uznach et Gaster ; la ville de Rapperschwyl se rendit aux Zuricois ; les vainqueurs pénétrèrent de tous côtés dans les terres des catholiques. Ceux-ci effrayés demandèrent la paix.

Les cantons de Lucerne et d'Uri avaient déjà signé la paix à la diète d'Arau (18 juillet); mais les paysans lucemois excités par le nonce du pape, par les curés et les moines, ne Voulant pas la paix, avaient marché d'abord vers Lucerne pour forcer le gouvernement à faire la guerre , ensuite vers Villmerguen , pour combattre les Bernois. La ils avaient trouvé leur perte. Même après cette' bataille 2000 hommes de Willisau s'étaient soulevés contre le gouvernement ; mais les troupes bernoises les rangèrent bientôt à leur devoir ; ils payèrent des frais de guerre considérables. Les soldats bernois étaient devenus les meilleurs de k Confédération , pour l*habille-

aent ^ la discipline , le maniement et la qaalitë de leurs arme s

Enfin la paix générale fut conclue à la diète d*Arau, (9 et 11 août 1712) au grand avaiMage des "vain^uieiirâ^ Les cantons catholii^ues non seulement ciëdèrent h Zurich et k Berne leurs droits sur Bade , Rapperswyl et le» bailliages libres inférieurs, mais encore a.<(sociërent ces cantons dé)k si puissans à leur autorité sur la Thurgovie et sur le Rbinthal; des ce moment les deux religions 'allèrent - de pair dans ce dernier pays. Glari^ fut constamment ai^ socié aux droits de Zurich et de Berne.

Mais Fabbé de Saint-Gall, Léodegar^ aussi opiniâtre que malheureux , ne voulut pas accepter la paix et resta hors de sa patrie jusqu'à sa mort. Pendant ce temps les Ztiricois et les Bernois occupèrent son pays. Mais lorsque le nouvel abbé Joseph (1718) eut accepté et signé la paix à Rorschach, on lui rendit ses états ; les Tocliei^boui^gcdis rentrèrent sous sa domination, mais avec àei droits et des franchises plus considérables qu'auparavant et' placés ions la protection de Zurich et de Berne. Le pape et son nonce persistèrent seuls à rejeter la paix d'Arau, et la déclarèrent nulle et invalide.. Les Suisses réconciliés nY firent aucune attention, et lorsque le peuple de qtielïiues bailliages lucernois, excité par des ecclésiastiques, se s6u-^ leva de nouveau contre le gouvernement, celui-ci iitVenit une garnison de l'Ëntlibouch , demanda au pape qu*il' imposât aux couvens une taxe pour le paiement des frais de la guerre, et qu'il rappelât le nonce Caraccioti, regardé comme Fauteur de tout le mal. Les cantons catholiques ressentirent longtemps les suites funestes de cette guerre, qui lei^ avait occasionné dc& dépenses cènsidérables. Le ^ gouvernement de iSchwjrz leva un impôt de cinq écus sur chaque ménage* Luceine eut besoin de moyens de rigueur pour faire payer les frais de cette guerre, Uri', réduit k la même nécessité, ne put appaisér ses ^ujet^ de la Lé- Venti^e qu'en leur accordant de grandes franchises' <t7i»), et dès lors elle les appela, ^chers et fidèles compatriotes,*^

Etat des Suisses ûu comnwn/eement du dix-fuiitième siècle^ Querelle de Thomas Massner,

CDô l'«n l^W îk Fân 1714.)

Depuis la bataille fyatriçide de Villmergneii, les Con* fëdërës n'^arent aiicu|ie guerre ni étrangère ni civile pendant Tespace de quatre<-vingt-six ans. Toutefois cette période pe fut mai^uee ni par le bonheur, ni par le repos» ni par la gloire ; mais elle s*ëco|ila au milieu de débats et de difLerends des cantons entr'eux et des gouvernemens ayecjeurs sujets.. A peu près de dix en dix ans se mour traieni sur la scène politique de nouvelles intrigues., de i^ouy^lj^s ironspirations r de nouvelles révoltes , jusqu'à ce que Ji'ëdiiice ruiné de Fancienne Confédération s*^croula au prei^cr choc que lui donna la main hostile de la France.

l^&^^msses iîrent leurs premières guerires pour se dé-» fendre contre les oppresseurs de leurs droits et de leur liberté. Une gloire imi?;ortelle parmi les nations de la terre récompensa leur courage* Ensuite les villes et les cantons devenus libres entreprirent d'autres guerres pour agrandir leur territoire et le nombre de leurs sujets , et pour étendre le^ limites étroites de leur domination. Une gloire équivoque. et les germes de la discorde furent le prû^ de leurs vues ambitieuses. L'oubli ou le mépris sont le terme oil aboutissent les actions même des plus grands conquérans, toujours semblables entre elles, toujours étrangères au bonheur de l'humanité. — Après cela les dissensions religieuses, jointes à l'envie, à l'ambition, à l'esprit 4e parti , mirent aux Suisses les a^rpies è la main , non plus contre des ennemis communs, niais contre eux-mêmes* Qj^el fut le pi^ix de tant dp haines ? Ils souillèrent l^ gloire Héritée de leurs aïeux et se poussèrent 'les uns les autres surles bords d'un abîme. — Ëniin ils vendirent leurs cnfans pour des guerres qui ne les regardaient pas, et achetèrent, au prix du sang de leurs braves , en faveur des Jils des nobles, des soldes considérables, des pensions annuelles, de» chaînes d*or, des cordons y des titres, récompenses

que les monarques donnent }k leurs serviteurs. Un orgaeS despotique , un luxe dévastateur envahirent les maisons des ^ands; des mœurs «étrangères, des vices étrangers envahirent les cabanes du peuple ; la Suisse devint le théâtre des intri-* gués imihorales de s ambassadeurs, et les gouvernemens des cantons ambitionnèrent un pouvoir illimité sur leurs sujets. Alors on vit les Confédérés moins unis entr*eux qufaveedes souverains éloignés ; alors ils s'interdirent réciproquement de s'établir les uns chez les autres, et défendirent de canton h canton Tachât et la vente des choses les plus nécessaires Il la vie. Leurs diètes ne furent plus qu'une vaine cérémonie où la pompe remplaçait la cordialité; leurs actions ténébreuses contredisaient leurs briUans discours.

£n vain de sages amis de la patrie exhortaient à amé* liorer et à consolider le pacte de la Confédération, avant qu'elle vint à se dissoudre 9 en vain, dans une diète même, quelques cantons évangéliques proposèrent une nouvelle constitution fédérale : l'égoi'sme de la plupart des autres la fit rejeter. La proposition /aite par un Genevois , Sarasin, de créer uhe autorité fédérale suprême, dont le pouvoir donnerait à la Confédération plus d'unité et d^ensemble, fut accueillie avec dérision.

En revanche , les habitans d'Uri , de Schwyz^ et d'Unterwalden s'assemblèrent en grande pompe le 24 de juin 1713 sur le Rutli où quatre cents ans auparavant leurs pères avaient fait le serment d*6tre libres. Ils y renouvelèrent , par un serment solennel, leurs alliances primitives ; mais en le prêtant ils n'avaient dans le cœur que le triste souvenir de ViUmerguèn et la haine des cantons puissans. Deux ans plus tard (9 mai 1715) les cantons catholiques signèrent k Soleure un traité d'amitié avec la France, dont le roi était alors ^rennemi le plus acharné des protestans. Cette alliance particulière effraya les cantons évangéliques et leur inspira de la défiance. On soupçonnait que le traité renfermait dea articles secrets,, en vertu desquels des puissances étrangères seraient appelées en Suisse; les petits cantons, rendus plus forts aux dépens des autres ; Genève et le Pays-de-Vaud, restitués on duc de Savoie ,^ et le comté, de Kybourg;, à l'empereur. Pour l'honneur de la Suisse, l'événement ne justifia point ces soupçons» mais les soupçons eux-mêmes

«(testaient ranimositë et la défiance réciproque des Coufëdi?rë$.

On Ifis voyait toujours pr^ts à combattre, non contre des puissances étrangères , pour protéger la gloire et le bonheur de la Suisse, mais contre leurs propres frbres pour défendre les prérogatives d*ttn canton ou les intérêts d'un soo^'erain. Les uns étaient attachés à PAutricbe ; les autres, à la France ; un petit nombre seulement, Il la Suisse. Par là les ambassadeurs rusés des cours étrangères obtinrent une influence croissante dans les affaires de la Suisse. La honte fut le partage des Confédérés; le malheur, celui de mainte famille. L'exemple suivant le prouvera.

Un jeune homme des Grisons, occupé de ses études à Genève, fit une partie de plaisir en Savoie. L'ambassadeur français le fit saisir par trahison (l7iO) et enfermer dans une forteresse, parceque son père Thomas Massner, membre du conseil de Coire, tenait le parti de l'Autriche. Celui-ci, sur là nouvelle de l'arrestation de son fils innocent demanda inutilement justice et assistance. Poussé k bout, il arma des gens , safcitle frère de Merveilleux , chargé d'affaire* de la France à Coire , et le tint enfermé par représailles. On fit un accommodement; le conseiller rendit son prisonnier et demanda pardon à l'ambassadeur français à Soleure. Mais n'obtenant pas la liberté de son fils, il médita une nouvelle vengeance. Un four le vieux Massner tendit embûches an duc de Vendôme, grand-prieur de France» qui passait par le pays de Sargans, le fit prisonnier et le conduisit k Feldkirch vers les Autrichiens. Le gouvernement de la république des Grisons adressa des prières à la France et k T Autriche pour obtenir la liberté des innocens captifs; mais ce fut sans succès. Les ambassadeurs étranger 5 envenimèrent au contraire la querelle. Par suite de celte discorde, l'ambassadeur anglais, partisan des Autrichiens, fut assassiné aux bains de Ffeiîers; la ligue des Dix juridictions prit parti i>our Thomas Massner et la majorité des tribus de Coire le nomma bailli de Maienfeîd; les cantons suisses, au contraire, mireut ce m^nie homme au ban et sa tête à prix ; enfin une sentence du tribunal criminel d'Ilanz (17 août 1711) le déclara déchu de se's droiis de citoyen, ordonna la confiscation de

ses biens , le condamna à une mort ignominieuse et oftrit mille ducats de récompense à cefui qui le livrerait.

Pour prévenir de plus grands maux, Thomas Massner avàit4ié|à auparavant obtenu la liberté du duc de Vendôme et s'était retiré a Vienne, pour y vivre sous la protection de ^l'empereur. Il resta longtemps dans cet ejiil; tandis €{ue son malheureux fils languissait dans une forteresse française, et que sa femme gémissait dans une sorte de veuvage au sein des montagnes. Mais la douleur, de Tabsence et les affection de sou cœur le rappelèrent dans sa patrie. Il s'apercevait d'ailleurs que son crédit auprès dé Tempereur diminuait chaque jour. Car la faveur du peuple et des'*monarques est comme là vapeur légère qu'emporte le moindre vent.

Arriva dans sa patrie, la sentence d*IIanz et le ban des Confédérés pesaient encore sur sa tête. Il erra dans les Alpes du pays de Glaris. Mais il y fut trahi et l'ambassadeur français le fil poursuivre. Un jour qu'il voulait échapper k ses persécuteurs et qu'il se trouvait déjk sur la rive droit du Rhin et sur le territoire de l'Autriche, sa voiture versa. Massner mourut des suites de cette chute.

En I7l4 la paix fut conclue à Bade entre la France et r Autriche. Parmi les plénipotentiaires, de l'empereur était un neveu de Thomas Massner. A force de démarche^ et de pourparlers il obtint la liberté de son cousin. Celui-ci, en rentrant dans sa patrie après une captivité de plusieurs années , fut reçu par ses compatriotes- comme un martyr triomphant, avec toutes les marques de l'allégresse publique, et dédommagé do ses souffrances par des honneurs et des dignités.

Voilà comment à cette époque les ambassadeurs étrangers se jouaient des Suisses daiis leur propre pays, après les avoir divisé:» par les intrigues artificieuses usitées 4ans les cours.

Troubles à Sbirich , à Sdicfffhouse et dans TMché de Bdle.

(De Tan 1714 à Tan 1740.)

On a dit et couvent rëpëtë que la guerre est le plus grand des raaox. Mais ainsi ne pensèrent point les anciens héros de la Confëdëration qui honorèrent le nom des Suisses devant Dieu et devant les hommes ; ils mar« chaienf au combat pour la défense de leurs droits««acrés» parcewils connaissaient quelque chose de mieux qu'une vie molle et une lâche sécurité ; le plus grand des maux» disaten\-it8,> c'est l'esclavage sous le sceptre de r<Nrgueil et 4e Jlnjuiticc.^

Â^nsi pendant l^ paix qui dura depuis la dernière bataille dé Vilhnerguen jusqu'à l'arrivée des armées françaises, ta Svi^8% eut h souffrir plus de calamités que dans toutes ges guerres, contre l'Autriche et la Bourgogne. Car pendant les quatre^vingt-^six années de repos, durant lesquelles se rouillèrent les épées des Winkelried, des Fontana, des Waldmann, des HalUvyl» des d'Ërlach, la rouille de l'égoïsme et de l'orgueil rongea aussi les tables sur lesquelles était gravée la loyale alliance des anciens Suisses, et la Confédération se décomposa comme un cadavre en pourriture. Les fils dégénérés décorèrent pompeusement le cadavre des armoiries de leurs aïeux, afin que l'on ne s'aperçût pas que l'esprit qui l'animait autrefois l'avait abandonné.

On ne fit plus rien de grand. La grandeur consistait,^ aux yeux de presque tout le monde , dans les richesses et non dans les vertus, dans la domination sur des sujets et non dans le titre de citoyen libre. Les uns achetaient des bailliages k l'enchère, pour y vendre la justice et l'injustice comme une marchandise ordinaire. D'autres mendiaient dans les cours des pensions , dea cordons » des titres. Ceux-ci, au lieu de mériter par des services la reconnaissance de la patrie , briguaient U miain ées. fiHes de coBseillerSt et avec elle dtfem^is d$m U magîstra-

tnrfB., Cfînx-Hi ponrsiuT^ie^^ ^'antres ayantai^eà; un petit ttombre, une gloire pure. Dans les pays sajets, le peuple n'avait guère d'autre droit que celui de partager avec sou bétail les travaux de la cam^^agne^ II restait plonge dans rignorance , car les gouvernemeus étaient assez aveugles pour craindre que le peuple ne fût éclairé. Les villes dominatrices et les cantons souverains minaient sans relâche les libertés des sujets ; et les familles nobles , les libertés des bourgeois. De temps en temps ceux dont les droits étaient attaqués se réveillaient de . leur sommeil , «'armaient de courage, reconquéraient leurs droits ou prévenaient du moins par leurs menaces de nouveaux empiétemens. Mais toutes 'Ces petites querelles ne méritent pas l'attention de la postérité ; à peine excitèrent-elles dans le temps la curiosité de ceux des Confédérés qu'elles ne regai'daient pas.

4. Zurich, oh. la bourgeoisie avait conservé de tout temps un esprit de liberté, une légère dispute concernant des corps de métiers fit réformer inopinément plusieurs abus qui ^'étaient introduits dans le système du gouvernement. Deux parcheminiers accusèrent uo mégissier d'empiéter sur les prérogatives de leur corporation (octobre i7t2)« Cette dispute individuelle devint bientôt celle des deux corps de métier,, puis, l'affaire de toute la bourgeoisie* On examina de nouveau les ordonnances et les prérogativea des corporations industrielles, on corrigea ce qui paraijisait défectueux, on détermina plus rigoureusement la compétence législative de la bourgeoisie, on perfectionna, selon les besoins du temps, les statuts de l'ancien pacte constitutionnel, enfin on réunit tous ces changemens utiles en une loi fondamentale appelée libelle, .et totis les citoyens la sanctioiinèrent par un serment (17 dé« cembre 1713).

Antérieurement déj^i, après de longues altercatîoiis, la bourgeoisie de la ville de Schaffiiouse avait obtenu les mêmes avantages par l'établissement d'une loi fondamentale qu^on appela instrument de réformation (1689). Car ^ Schaflhouse le petit conseil avait insensiblement usurpé un immense pouvoir par une bonté insinuante et par une ruse adroite que favorisait l'insouciance des G<Hamnnautés, eauuite par des coups d'autorité» Les droits do la boiur-

)^eolsté' avaient' ^të'violëi; te^^ieus dé Tétat, administres arbitrairement et à Favantage des t'amilles dominantes. C'est ce qui arrive toujours quand les dépositaires de la loi , s'ëlevant an-dessus de ia loi , sHmagineut que leur seule volonté doit en tenir lieu.

Mais hi réforme des abus et de rarBitraire au-dedans des murs de Schafihouse ne les abolit pas entièrement dans les campagnes où les droits du peuple demeurèrent^ dans rpubli. De là vint qae lorsque le gouvernement établit k son profit un cabaret à Wilchingen, les b.bitans de ce bourg lui refusèrent obéissance (1717) ; puis lorsque le gouvernement, reconnaissant son tort, fit fermer 1^ ca-> baret, les citoyens de Wilcbinguen exposèrent beaucoup d'autres griefs uo,n moins fondés. Des puissances étrangères ne négligèrent pas cette occasion de se mêler d*une dispute domesti(](iie ; les prétextes ne leur manquaiei^t jamais. Le gouvernement de Scfaaffhonse eut beau envoyer des troupes et promettre un examen impartial de tous les giiefs, les bourgeois de Wilchinguen refusèrent dé lui rendre bommage, parceqne la cour de Vienne avait ilattë leurs députés d^éspéfances séduisantes. Mais plus tard (1726) ils furent renvoyés de Vienne parceqne TAutricbe craignit une guerre avec la France pour un sujet plus important, et qu'elle voulait s'assurer de la bienveillance de la Confédération. Un grand nombre des rebelles eurent leurs biens confisqués , d'auti*es furent punis par l'exil. Fatigués de se plaindre, ils, consentirent an bout de plusieurs années k rendre au gpuvernement rhommage qu'ils lui avaient refusé (1729).

L'arbitraire produit toujours des désastres, et dans toute guerre '.'un gouvernement con.tre les citoyens, la victoire est funeste, la gloire impure. C'est ce quS^prouva dans le même temps l'évéque de Bâle.

La domination de ce seigneur embrassait le beau pays compris entre le lac de Bienne et la ville de Bâle, ces riches vallées du Jura où brillent des châteaux, des villages, ies cité$ magnifiques ;. dans ses états se trouvaieiît les villes, de Biénne, de la Neuvéville, de Porrcntrui, de Délemont et de* Su Ursanne , l'Ërguel ou Val-de-Saint- Imier, le Freiberg et les seigneuries d'E^ch, de Birseck et de Zwinguen:

^ Lorsc^iie leiiii Conrad ée Réinaeh, devemi ptincô-ëvéque (1705), reçut rhommage de se» sttjets, le bamneret du pays^ Wisard, fil, au nom du petiple, la r^s«rve de ses droits et da patronat de Berne. L'ëvéqae ne voulut entendre parler d'aucune rëscrr^e, exigea le serment d*unc obéis^ sanee^ illimitée , et dépouilla le banneret de ses honneurs et de ses emplois^ s'imaginant que le pouvoir tenait lieu de tous les droits. Les habitaus du val de Moutier se pensaient pas de même.. Le banneret s'adressent a la ville de Berne lui rappela son ancien patronat, et implora son ' secours. Gomme Tévêque persistait dans ses prétentions au pouvoir absolu , et qu*il continuait à faire des innovations et k exercer des vexations de toute espèce contre les rebelles, les Bernois envoyèrent quelques mille hommes pour la défense de leurs protégés , et rétablirent le ban« neret dans sa dignité et le pays dans ses droits. L'évéque eu fut courroucé ; il en appela aux cantons catholiques qui espérèrent terminer ce diÂérend avec l'aide de la France ; mais les Bernois comptaient sur le secours des cantons réformés et de l'Angleterre. Sentant qu'il ne pouvait pas l'emporter, l'évéque fit avec les Bernois, à Nidau, un accommodement k l'amiable (30 mars 1706) , et reconnut les droits des habitans du val de MoUtier; mais ee fut )i contrecœur, car il leur suscita chicane sur chicane, principaleineiit au sujet du culte réformé. Berne reprit aussitôt les armes (171 1). La seule menace fut une victoire.

L*évéque confirma de nouveau les droits du val de Moutier dans une conférence tenue dans Arberg ; il fut même contraint de souscrire à une condition onéreuse et humiliante, c'était de payer une amende de 20,000 écus, si, trois mois après la seconde .et la troisième sommation des Bernois, il n'avait pas répondu d'une manière s«tis£Msaute aux griefs que ses sujets lui pirésenteraient $ la prévôté de Moutier servit d'hypothèque pour l'exécution de cette' clause. Malgré les foudres que le pape Clément XI lança contre un traité qui, selon ses expressions, donnait Unt d'avantage k des hérétiques sur de vrais croyans, la convention fût respectée.

Dans la suite, les évéques de Bàle cherchèrent k plusieurs reprises k étendre leur droit de souveraineté par des coups d'autorité ou par des décisions arbitraires, mais

îlf n'eurent. pM pla< de snccës. Le cenieâ de Btenne (i7ll) ajaiit baimi da pay« on citojen de cette ville, la famille da condamne porta plainte à l'^véque. Celai-ci prëttfodit, contre toute factice, forcer le coiMeil à rëiroquer la sentence et k payer les frais du procès* Il destitua de sa pleine autorité le bourgoemestre et cinq con^ •eillers, tous opposes ë ses prétentions despotiques ; il leur infligea des amendes , les mit au ban » prononça la peine de mort contre le bourguemestre fugitif (1714), cassa même à la fin le conseil entier. Berne» unie 4epa is longtemps avec Bienne par ,une alliance défensive , rétablit la paix et fit rendre k la ville outragée sa liberté et sea droits légitimes.

L'évéque traita avec la même dureté la ville de Porrentmi £lle possédait des privilèges importaas et des Iranchises que lui avaient accordés d'anciens empereurs et des. seigneurs, et que de tout temps les évéques avaient confirmés. Mais lorsque Je Seigneur Sigismond de Reinach lut monté sur le siège épiscopal , il empiéta de diverses manières sur les droits de la ville. Mal inspiré par les ''conseils du seigneur de Ramschwag , il n*écoutat au-»' eune plainte et traitait de rebelles les états provinciaux et leurs députés. Appuyés sur la conscience de leur boA droit, les citoyens de Porreutrui se soulevèrent. L'évé<* que appela eontr'cux le secours des cantons caiboliques; mais les députés de ces cantons , après un mûr examen , répondirent au fn^iace-évéque en bommes loyaux (1734): „F^ur que les prérogatives du souverain subsistent, il faut que les droits des sujets soient respectés/ -^ Cette querelle dura sept années entières ; les cœurs des sujets se fermèrent k leur prince. Celui-ci, courroucé contre les Savtseê^ fit venir dans ses états des troupes françaises (1741) I remit ses sujets sous le joug du despotisme, disposa au gré de son caprice de leurs biens, de leurs bon-» neurs , de leur vie; cQurbés sous le joug, les sujets se turent ; mais ils attendaient l'beure de la vengeance. A U fin elle sonna»

Soulèvement de TVerdenberg contre Claris.

(De Tan m4 à IW mO.)

A peu près à Ia métae époque» le petit district de Werdenbei:g fut le théâtre de scènes affligeantes. Depuis 1517 «lue Claris avait acheté ce comté des seigneurs de Heuwen, il fut gouverné en p«ix par des haillis qui se renouvelaient tous les troi^ ans. Les habitans du pays de Werdenbcrg avaieiit d*abord vue de mauvais e^l leur in* corporation dans la Confédémtion helvétique, parcequ*elle leur ôlait à jamais respoir de racheter oti d'obtenir leur liberté. Déjà. en 152^ il y avait eu un soulèvement généra) contre les nouveaux maîtres ; mais il fut promptement apaisé et suivi d'une tranquillité que rien ne troubla. Les 4000 habitans des trois paroisses possédaient dans les Alpes du Tockenbourg des pâturages d*un g^and rapport, et dans la vallée , des champs et dea vergers fertiles^ ils jouissaient • d'ailleurs de certains droits et de certaines franchises., Us conservaient comme un trésor sacré les lettres d'octroi en vertu desquelles leur bailli ^e devait ni se mêler. «de leurs affaires communales, ni retirer aucuii avantage des forêts et des pâturages communs. Les baillis, au. lieu de respecter toujours ces franchises , finirent par s'arroger l'administration des bien^ communaujc, des bois et des pâturages; augmentèrent la dime des montagnes convertie en argent; exercèrent une autorité 'arbitraire au sujet du droit de meilleur catel, de la nomination aux emplois et d'autres droits encore^ Le peuple léâé invoquait sçs prérogatives reconnues et sanc^flÀinées«

Un jour que les quinze paroisses du pays de- Glaria étaient réunies en assemblée générale en présence dea premiers magistrats du canton {VOô)^ quelques personnes dirent que les lettres d'octroi avaient été accordiées par, le conseil «a^^ la participation des paroisses, qu'ainsi ailes étaiei^t invalides et déslivantageusas à, la chose pur blique. L'assemblée ordcmna sur-le-champ qu'on demandât ca* lettres pour les examiiifr.

Werdenberg ne remit qa*à regret au bailli Gaspard Truinpi ce dëpôt de ses libertés, qu'on prétendait examiner et qa*on ne lui rendit jamais. Comme ce conitë ' faisait des plaintes a^mère3 , mais toutefois respectueuses » contre ce vol politique, un triple conseil assemblé à Glaris promit que Von réunirait^ dans un acte fondant entalqui serait remis aux citoyens deWerdenberg, la reconnaissance de tous les droits dont leur pays avait été en possession depuis les temps les plus reculés. Mais ceux-ci, pleins de déûanre^ r^cûmërent , comme leur propriétié, tes lettres ot'Igtnalesv Après quinze ans de plaintes inutiles ils refus èreut au nouveau bailli l'hommage accoutumé (1719). On leur pi'omit éff leur restitA^r les lettres d'octroi s'ils rendaient kommage k leur nouveau magistrat; le lahdammann de Glaris dit m^me au peuple assemblé dans l'église de Grabs : ^Vieillard , j'ai déjà un pied dans la tombe et je veux que l'autre y descende à cette heure même si l'on ne vous Uent pas parole.* Mais la confiance du peuple , souVënt déçue , ne fut point rétablie par celte promeisse.

Etonné de tant de résistance, le gouvernement de Glaris recourut a Zurich, chef-lieu de la Confédération, ^t aux Confédérés assemblés en diète k Frauenfeld. Le comté de Werdenberg fît de mémr; mais on renvoya les députés de ce comté sans les entendre, avec ordre au peuplé de se soumettre k son gouvernement et de rendre l'hommage requis* Il obéit (juillet 1720), uiaihs sans se désister de son droit. Le gouvernement engagea les députés de Werdenberg k venir k Glaris pour examiner les doicumcns^ et pour entrer en négociation au sujet des lettres d'octrpi, leur promettant un sauf- conduit sur son honneur et avec sei'mcnt. A peine furent-ils arrivés, qu'cm leur "fit d# fortes n^enaceft parcequ'ils ne voulaient pas renoncer à leurs prétentions ^ ola les fêta danè un cachot , où l'un des plus fermes d'entr'eux mourut' de mort subite. Les citoyens de Werdenberg en furent d'autant plus affligés qu'ils virent bien qu'au tribunal deS Confédérés tés droits des sujets et les droits des gouvernemens n'étaient pas pesés dans' la même balance* Quarante hommes des trois paroisses firent ensemble le serment de sacrifier leurs Siens tt leui* lie plutôt que^di'abandonnei» les droits de leur pays. L'agitation se répanidit de pr6ch« en proche i

k peuple ;devl«l ùev et meaiçant ; le bàtHi éenft $dn château sembljftt un prisoûnièr plutôt qu'un maître. Il y ii^ entrer, au milieu d'une nuit obscuire / une garnison de soixante-quinze Glarennais.

A cette nouvelle, le peuple sonna les cloches d'alarme, sortit des commune^ par bandes armées f' courut ça et là tumoltueusément et Toulùt marcher contre le château ; mais tes bandes n avaient ni ordre ni discipline , ni chefs ex« p^imentës. Des qu'elles se virent accueillies par le feu dé rartille^îe du château, elles furent épouvantées et prirent la faite (21 octobre 1721}. Cinq fours après parut à la tête de 2000 hommes le général glaronnais Bartholomée Paravicini. Il fut suivi de députés du canton-directeur.

Voyant leurs afiaires désespérées, persuadés plutôt par l'aspect des forces du gouvernement que par réloqueuce des députéij de Zurich, les révoltés, couverts de confusion, pottcrent leurs armes au château , et les y déposèrent. Cependant le gouvernement dé Glarisy exhorté» par les Zuricois et par les Bernois à traiter avec douceur un peuple malheureux et égaré, retira ses troupes le jour même de la reddition des armes ^ et les lit rétrograder ce jour là jusqu'à Azmoos, malgré la pluie et Fouragan.

C'est l'ordinaire d'un peuple ignorant de ne songer m nu passé ni à l'avenir, et d'être aussi insolent après le danger que lâche en sa présence. Aucun des accusés ne comparut au château pour rendre compte de sa conduite, comme ils s'y étaient engagés. Chacun fit derechef le héros. Le peuple tint de pouveàu une assemblée générale oii il jura de défendre ses droits avec union et constance. On construisit sans retard un pont sur le Rhin afin d'avoir une retraite dans la dernière extrémité.

Les troupes glaronn^iises entrèrent pour la seconde fois dans le pays révolté; aussitôt les hordes rebelles mais sans armes s'enfuirent au-delà du Rhin, se persuadant que i'exil et la pauvreté valaient mieux qu'une patrie ojr leurs droits étaient foulés aux pieds. Mais on était en' hiver; les vagisseiirens des enfans a demi-morts de froid -et les cHs lamentables des'fémmes brisèrent le cœur des hommes* Bs envoyèi^ent donc au château de Werdenbdrg demân^der grâce, et, préparés à tout souffkir, ils retournèrent aà bout de quêlqdes fours dans leurs cabanes abandomiées.

Un petit nombre âeolfmeat priera on esrïl volontaire à la condition de, ^firit^ à laq|ieUe^.te» ,autret« ae soumirent par aerment (31 décembre 1721).

Le gouvernement de Glaris prononça sur Je crio^e des révoltes. Les noms de Léonard Beusch de Aa£s, de Jean Bensch, de Jacques Vorburguer, de Jean Nauw et de Jean Scnn « qui avaient porte la parole pour le peuple , furent attachés à la potence. La révolte fut puoie par des amendef et dei coniiscations , fiout la valeur surpassait 70,Q00 florins ; par des flétrissures^ et des l>anni5semcns'; mais personne ne fut condamné à mort. Le sang qui dans les troubles civils cpule de Téchafaud sur le sol d'un pays libre, devient une semence de malédiction et de vengeance, dont quelquefois les fruits funestes ne sont recueillis que par les û)s des bourreaux et des victimes.

Glaris anéantit tous les titres des libertés de Werdenberg. Mais quelques années plus tard, les bergers de la Li»tb , poussés par une résolution géoércusf , délivrèrent les ^s^iets de ce canton d*un grand nombre de leurs anci^m maux, en restreignant avec prudence le pouvoir des bailli^, et rendirent enfin aussi aux. babitaps de Werdenberg leurs droits et leur existence civile* Ils n*eiurent jamais lieu de ae repentir de leur, modération.

Fureur des partis et troubles dans le pays de Zoug, Puissance et * infortune du landammann $choumaeher,

(DeFan ira il^an 1740.)

An moment oil la paix rentra dans le pays de Glaris, hê excès des partis la firent fuir du pays de Zoug.

An sein des Alpes , près d*un lac, charmant se trouve la petite Ville de Zoui;> dont la situation sur un terrain pAtt. solide n>st pas sans dangc^j dé^à di;ux.fois (143^ et id94} ceUe rÎKe* déchirée nveç un fracas horrible , disparut aous les flots ayec aes maisons et ne» ;9rdins. L% petit

district dépendant de la TîBe , ancienneiiient acheté (1350 k 14841) de plusieurs ckevaliers et de plusieurs couveAs^ au moyen des économies du trésor municipal , avait été administré par des baillis. Le seul bailliage . de Hunenberg, qui aofait acheté lui-mémé sa liberté (1414"^, s'était soumis volontairement à la souveraineté dé 2#oug, sous la réserve de se& droits. Dans la ville même , les droits de tons les citoyens étaient égaux. Cependant quelques lamilles nobles très-anciennes, soit comme héritières d'une grande fortune ou d'un grand nom, soit par leur mérite» soit par Tinfluence de leur parti , se trouvaient presque toujours en possession des premières charges. Elles causèrent souvent les plus grands désordres , tantôt semant la division parmi les citoyens , tantôt se persécutant les nues les autres, tantôt vendant aux puissances étrangères et leurs services personnels et les services de leur patrie.

Les communes d*Ëgueri, de Menzinguen et de Baar, libres sons Tempire de leurs propres constitutions et de leurs lois, indépendantes de la ville, formaient avec celleci tout le canton. Le landammann, chef de la république, était choisi tour-à-tour dans 'les quatre communautés* Les petites prérogatives dont la ville jouissait et quelquefois abusait, ne servaient qu'à entretenir la haine et la Jalousie de la campagne. B ne s*écouIait jamais un siècle sans des querelles tumultueuses, parfois sanglantes. Une fois mésbe (1702) Ëgueri, Menzinguen et Baar furent sur le point à» rompre leur alliance avec Zong et de former un canton séparé; mais les autres Confédérés les en. empêchèrent.

Parmi les familles les plus riches du pays on distinguait jrelle des Zourlauben, barons de Thourn et Guestellen» bourg. Depuis deux cents ans ils étaient presque toujours en possession des premières dignités de Fétat, nkisi; que fous la dépendance des vois de Franco qui leur abiindoiinaient la distribution des pensions stipulées, des pensions gratuites et le soin de leur acheter des partisans et dcts suffrages. Ils avaient obteni|>du conseil de, la ville et du conseil communal le privilège lucratif de vendre le sel dm > gouvernement, dont ils faisaient venir chaque année êix cents tonneaux de la Ilaute-^Bourgogne. Les adversaires des Zourlai^ben passaient pour adversaires de fi frànce et par conséquent pour amis de FÂutriche. ^''

Au nombre de ces derniers était Antoine Sehoninachér, homme d'esprK, mais violent, et faisant le com-^ merce du sel de Hall ^). Rénni aux antres^ antagonistes du landammann Fidélis Zonrlaubcn , il commença par blâmer la qualité du sel boàrgui^non ; ensuite il répandit des soupçons sur la fidélité de Tadministration de cette ferme; enfin il éleva des plaintes contre la distribution partiale des pensions et des gratifications accordées par la France. Les communes de Baar et de Menziguen, appuyant ses plaintes, s'écrièrent: ,/L'argent de la France doit être distribué par portions égales entre tous les citoyens. Chacun de nous, le plus petit comme le plus grand, est un alUé du roi/ Ce discours ^yant été rapporté au landammann Fidélis , il fit distribuer parmi le peuple des pensions et des présens , et dresser dans les auberges des tables ouvertes , afin de se faire des amis et des partisans contre les Rudes; c'est le surnom que Ton donnait à ses ennemis.

Mais peu de temps après (1728), Josias Schicker de Raar, ennemi dé Zourlauben et l'un des Rudes, devenu landammann du canton, fit décréter la distribution égale «des pensions stipulées et gratuites que la France payait annuellement. jComme cette puissance s'y opposé , la colëre des Rudes alhi jusqu'k persécuter tous les favoris du roi de France ,^ que l'on surnommait les Doux. Ils furent maltraités ; leurs places , données à des partisans de rAutrieha« Le landammann Fidélis , accusé de malversation dans la distribution des emplois ecclésiasti^ès et civils, et d'une usure excessive, fut condamné à restituer le' gain mal acquis , et comme il s'était enfui à Ln- «erne , on confisoa ses biens , et on le bannit pour cent ^t un' ans. Il ne revit plus sa patrie. D'autres personnes * -étt parti deK I>oux'; nyant pris la fuite comme lui, furent condamnés k ia même peine. Les landammanns Weber -et Christophe Andermatt partajgèrcnt leur sort, pour avoir fiigné h' Soleure ; au nom âbt canton de Zoug (1715), un 'ttahé d^atliance avec U France que le bruit public accu^

^.) Fellte -ville du Tjrrol sur Tlnn , cm se tooareai des mines de sel. " . î :■ - f . ' . ' * -... ;'4, j V ■• . ,

sait de renfermer comme condition secrète le partage de laSaisse.^

Deux an» après (1731), rassemblée générale ayant confërë la dignité de landammann k Antoine Schoumacher r^Uiance ai^ec le roi de France fut rompue. Un seul homme, le conseiller Béat Gaspard Utiguer, cnt le courage de représenter au peuple les dangers de cette démarche: mais il fut obligé de quitter le pays à Tinstant même pour échapper à la mort. • '

Le landammann Schoumacher ilt nommer par le peuple un nouveau conseil investi des pins grands pouvoirs et composé de neuf de ses partisans tout dévoués à sa volonté. Alors commença une nouvelle persécution . contre les amis de la France. Les prisons furent encombrées ; quiconque échappait au fer était pendu en effigie , et son nom, affiché a la potence. Toute pitié accordée aux bannis , tout blÂnte de la conduite despotique des Rudes dtait puni par Texpbsition au carcan ou par la contrainte ignominieuse de porter pendant une année entière un boonet rouge tri«oté , objet de la risé.^ publique. Schoumacher chercha même à détacher de la France Uri, Schwyz et Unterwalden. Le motif de sa conduite fut peut-être l'intention loyale de soustraire sa patrie k Tinfluence de Vargent et des intrigues de Tétranger, peut-être aussi Yes^ poir que )a France consentirait k la répartition égale des sommes qu'elle envoyait, et qu'ainsi le crédit des Zourlauben serait ruiné.

Ce régime de violences commises dans de bonnes intentions avait duré déjà deux ans» Cependant un grand nombre d'entre les Rudes, voyant leurs espérances déçues , s'adoucirent, soupirèrent après le repos, et regrettèrent leurs vieux amis exilés. Surpris et irrité de celte inconstance , Schoumacher eut recours a des mesures extraordinaires et terribles pour empêcher toute couirauntcation entre les gens du pays et les exilés, et pour prévenir toute révolte contre son despotisme. Les communes furent forcées de mettre sur pied des troupes; Baar et Menziguen, d*établir des gardes partiifnlières ; des capitaines furent envoyés dans tous les bailliages. Les portes de la ville de Zong réparées s'ouvraient tard, se fermaient de bonne heure. — Ces mesures excitèrent Téton-

nement du peuple , qni ne voyait point d'ennemi , el Tënor- . mité des frais qu*elles occasionnaical le lit murmurer.

A l'expiration du pouvoir de Schoumacher, aucune de ses promesses ne se trouvant réalisée , le crédit du parti des Doux augmenta cousiJérahlemeut parmi le peuple sous le landâmmanu suivant, Jean Pierre Stauh. Ce magistrat lui-même embrassa leur pai'ti, et suivit le torrent. En veii de temps Us se trouvèrent les plus forts. Scliouma» ?aer ren(lTV*ses comptés plusieurs mois après être sorti de charc|;e ; convaincu d*avoir en main des sommes considérables saiQ>s l'ordre et à l'uisu du gouvernement, il fut eJikpulÂé du conseil et nûs aux fers avec ses amis et ses crcatuies.

Des que le bruit s*cn répandit dans le canton, les Rudes fui-eut partout destitués ; de tous côtés s'élevèrent plaintes sur plaintes contre les terreurs de leur domination Y- les bannis , rappelés de leur triste exil , furent accueillis dans toutes les cabanes avec des larmes de joie. Antoine Schoumacher, victime de la veùgeance plus encore que de la justice , fut conduit sous la potei;.Cf (9 mars 1735) où étaient suspendus les noms et les efHgies des bannis. Le bourreau les enleva. Le landammaun humilié les porta âur ses épaules jusqu'à Ibotel de ville; il ne demanda que la vie. A la suite de dix accusations graves , les juges le condamnèrent, a un bannissepient perpétuel du sol de la Suisse et à trois ans de galères. Mais îé^peuple demandait son sang. De pour d'un soulèvement, on le conduisit avant le point du jour vers le lac, les siiaios et les pieds chargés de fers. Sa Hlle suspendue à son cou versait les larmt^s d'un étemel adieu.' La foule garda un morne silence. Entouré d'une ganle formidable, il monta sur la liarque , prèle k l'emporter pour toujours loin d'uae terre oii il ne voyait que des pleurs , n'entendait que des malédictions. La faveur populaire, est une vile courtisanne; les joies de ses amans se changent bientôt en douleurs. Sept sepiaiucs après son départ la uiort l'ail'rauchit , dans les prisons de Tuiin , du malheur de subir le supplice des galères.

Mais les anciens vices ne forent pas exilés avec sa personne; les dissensions et le mécontentement sul)sistèrent bien des 'années après lui.' Zoug renouvela son alliance

a^'cc la France , et celle-ci envoya de nouveaa des grali<ticatioos secrètes à ses adhërens. Dhs que le peuple s'en aperçut (1764), un nouvel orage éclata ; ceux qui avaient reçu les giratiiications furent condamnés à les verser dans la caisse de l'état, et punis, en outre, par de fortes amendes et par le bannissement. Les Confédérée ne prévinrent qu'avec peine un nouveau soulèvement , en obtenant de la France, par leur médiation Ci76S), que le peuple recevrait comme précédemment du sel de Boui^^ogoe ou un dédommagement en argent, qui, aiosi que les pensions stipulées avec la Confédération, serait partagé eulre tous les citoyens de la ville et de la campagne.

Querelle des Rudes et des Doux dans les rhodes extérieures d! Appenzell.

(De Pan 1714 à Tan 1740.)

Combien un pays est à plaindre, quand les magistrats, oubliant qu'ils sont les serviteurs de l'état, veulent que le bien public serve à leurs intérêts, quand les seuls mobiles dé leur administration sont Fégoisme , la vengeance et l'orgueil! Ce principe des malheurs de Zoug faillit à être la cause d'une guerre civile dans le canton d'Appenzell.

Depuis que les dons^e rhodes ou districts dupays d'Appenzell se furent séparées à cause de la différence de religion, ensorte que les rhodes intérieures au pied des hautes Alpes suivaient ?e culte catholique , et les rhodes extérieures sur les deux rives de la Sitt^er , le culte réformé, ^ ces deux petits états formaient on sieul canton, quoique séparée par leurs mœurs jet leurs Jois auUnt que parleur croyance religieuise.

Le bourg d'Appenzell , aacieiinement chef-lieu' de tout le pays, l'était demeuré d^s rhodes intérieures. Les rhodes extérieures, divisées en deux parties inégales par la Sitte ^ « se disputèrent longtemps soit pour la détermina-

tion d'un chef-Keu", soit pour la nomination des Autorités. Le peuple devant la Sitter était plus nombreux ouele peuple derrière la Sitter; celui-ci n*en était que plus^ jaloux de ses droits. A la fin chacune des deux parties nomuia ses propres autorités ; Troguen devint le cheflieu du pays devant -la Sitter, Hdrisau celui de l'autre partie. Mais an lieu de mettre fin à la ^erelle, cette séparation Tenveniina*

La famille de Zellwëguer, enrichie par le commerce et les fabriques , jouissait d'une grande considération à Troguciî. A Hcrisau florissait la famille àes Wclter. Un membre de cette dernière maison avait obtenu la dignité de landammann ; la même année, la ville de Saint- Gall eut un nouveau démêlé avec les Appenzellois au sujet d'un droit de péage (1732). Les Saint-Gallois demandèrent que le différend fût soumis k l'arbitrage des deux cantons de la Confédération , conformément à l'article 83 du traité de paix de Rorschach, conclu après la guerre de Tockenbourg.

Le landammann Wetter ne voulut point entendre à cet arrangement. ,, La paix de Rorschach*', dit-il^ » n'est pas obligatoire pour notre peuple, puisqu'elle n'a été con> fiirméé par aucune de nos communes , mais signée , a leur insu et sans aiitorisation , par quelques chefs dn pays. S'ils vivaient éïicore , il faudrait les punir pour avoir trahi la liberté et la justice, et accordé à la ville de Saint- Gall le pouvoir d'augmenter ses péages à sa gUise. ^

Il ne restait' d'antres magistrats d'Appenzell , témoins du traité de Rorschach, que les parens de la famille des Zellwègiiër à Troguen. Le landammann Wetter les baissait à cause de leurs richesses et de la considération dont ils jouissaient^ if accusa les signataires d'avoir agi par intérêt et d'avoir eu dés intelligences sebrètes avec Saint- Uâll ; au détriment de leur ptopr^é pays.

Les iZellwèguer répi^ildirent: „Les chefs du pays devant et derrière la Sitter n'ont-ils pas été présens à la conclusion du traité de Rorschach ? Les chefs et les magistrats de toutes les rbodes ne Font-ilsipas accepté? N'a-t-on pas appliqué déjà et mis a exécution ce même article dans un déaiêlé sètnblaBle avec les Saint-Gallois eix 1720?

Qui voos le lait rejeter maintenant ^ si ce n'est votre mauvaise foi?'* 1

Mais le peuple derrière la Sitler'n'ë conta point ces raisons; il ajouta foi aux discours de Wetter, et fit de sauglans reproches aux Zellwègucr et à leurs amis. Un jour que les chefs de toutes les rhodes se trouvaient rënnis k Hërisau , des paysans ameutes , qu'on appelait «lussi les Rudes, assaillirent la maison du conseil et pënëtrèrent jusque dans la salle. Grossiers et rudes en effet , ils mal> traitèrent les membres du conseil qui respectaient le traité de paix de Rorschach, surnommes à cause de cela les Doux, et pous^'^rent les Zellweguer vers la fenêtre pour les précipiter dans la rue oit les attendaient la rage et la barbarie du peuple. La tranquillité ne se rétablit que lorsque chacun des conseillers eut ci*ié k haute voix par la fenêtre : „Le gouvernement a manque en ne soumettant pas aux communes le traité de paix de Rorschach»^

Les paroisses devant la Sitter ayant appris le mauvais traitement qu'on avait fait éprouver à leurs magistrats, voulurent se lever eh masse pour les venger; mais les ZeHvvèguer et d'autres gens de bien les en détournèrent , et les engagèrent à attendre paisiblement l'assemblée générale qui allait a^oir lieu.

Lorsque les gens des rhodes devant la Sitter vinrent pour l'assemblée générale à Teufcn (20 no\'embre 173u) , ils trouvèrent ceux des rhodes derrièrç la Sitter rassemblés en plus grand nombre qu'a l'ordinaire autour du^ siège du landammann, décoré de vieilles épées* Ceux-ci emportèrent tout par leurs cris et par leur majorité; destituèrent les principaux magistrats qui étaient du parti des Doux, et déclarèrent iiinocens tous ceux que leurs attaques contre la pai.^ de Rorschach avaient fait punir. Dès ce four on ne vit plus dans tout le pays que^haine, qu'exaspération, que persécutions, que violences, entre les Rudes et les Doux, entre les partisans des Wetter et ceux des Zellweguer. Les deux partie porteront plainte auprès des Confédérés. Tandis que ceux-ci restaient dans l'irrésolution k la diète de Franenfeld (janvier 1783) , le peuple se porta à de tels excès de fureur qu'on en vint aux mains , et que les; femmes et les enfans s'enfuirent ^daos le Rhinthal. Une députation de la diète se rendit en

hâte à Hérisau pop> rétablir I^ paix. Ëscher , préfet de Zarich , prc^sidenufie la députalion , ayant appaijsë le conseil par de sages aiscmirs, et assuré que les Confédérés n'avaient jamais en l'intention d'imposer k âeg membres de la Confédération des conventions qui pouvaient leur déplaire , on annonça des députés de dix paroisses envo)'és pour parler h ceux de la diète. Mais leur nombre était tel que la place du marché dTî^risau ne pouvait Jes conteaii*; il y en avait de quatre à cinq mille. Ils ne firent entendre que cris et menaces. ),Quoi?^^ dirent-ils aux députés , „ vencz3«vous pour soutenir la révotte des Doux et pour imposer a un peuple indépendant «une convention qu'il n'a pas cons^intie? Sommes>nous sujets ou sommesnous encore libres?*^

Les pôur-parlers durèrent jusque fort ^vant dans hi nuit. Les députés de la diète furent obligés de se rendre par une soirée d'hiver très-rigoureuse , à la Imnière de torches et de laaternes (19 février '1733), dans une plaine près d*H<frisau, et de donner au peuple l'assurance par écrit qu'on ne le ferait jamais adhérer de force au traite de paix de Rorschach. — Le jour suivant de nouvelles hordes du peuple débordèrent sur Hérisau, et exigèrent des médiateurs qu'ils exhortassent le parti rebelle à se sounietire au décret de l'assemblée générale. Les députés de Zurich et de Berne dirent: ^Nos cantons -sont les auteurs et les garans de l'article qu'on attaque dans le traité de paix, comment pourrions-nous agir contre ceux qui veulent rester fidèles à ce traité? Ce peuple mutiné ne nous forcera jamais à parler contre notre devpir»" Mais les autres députés, en proie h la plus grande anxiété» étaient d'avis qu'il fallait apaiser la multitude. La députation témoigna donc par écrit que les Doux devaient se soumettre au décret de l'assemblée générale.

C'était 1^ tout ce que les Rudes avaient demandé; après ce triomphe il se dispersèrent. La conduite des Appcnzeilois, le traitement qu'avaient éprouvé les députés dé la Confédcration , indigYicreut les cantons médiateurs, sur-^ tout Zurich et Berne; mais les plaies encore récentes de la guerre du Tockenburg ne permirent pas de menacer k main armée les coupables; On se contenta ^'entrer h ce sujet dans de nouveaux pour-parlers aux dictes de Frauer-

iîeld et d'Àrau ; elles restèrent s:^as résultat, pareeqn'eUes n^ëtaient pas soutenues par la force , et ne servirent qu'a encourager le parti vaincu dans sa résistance au p.itti vainqueur.

£aiin Tirrilation de l'un et de Taulre éclata dans le bourg de (^aiss; on en vint aojc mains; on demanda da secours aux bouro;s et aux villages voisins. Les armes dont on se servit furent des massues et des halons. Les Rudx'S triomphèrent encore cette fois , et pillèrent les granges et les caves de leurs adversaires. Les vaincus, respirant la vengeance , se ras5ielnbl^reut en ^nnes, le jour suivant, à Troguen et h Speichcr; les bataillons des Rudes étaient rénnis sons leurs bannières à Teufen , soutenus par da Tartillerie. Le san»^ allait couler; mais le gouvernement d*Appen2ell parvint a séparer les furieux et à maintenir la paix par sa fermeté et sa prudence , appuyé d*aiiipnrs. et encouragé par les médiateurs suisses assemblés à Sain!- Gall.

Les Doux avaient eu le temps et Toccasion de se convaincre qu'ils étaient de beaucoup plus faibles que leurs . «onemis; aassi abandonnèrent-ils leur cause de dc.sespoir. \ L'assemblée générale réunis à lloundwyl confirma ce q-ic ^ rassemblée générale de Tannée précédente avait décidé .a Teufen. Les chefs du. parti malheureux furent privés de leurs honneurs et de leurs emplois, jet expièrent par iles amendes énormes Tespérance qu'ils avaient fondée sur l'assistance des cantons et des dictes. ;

Conjuration de Henzi a Berne.

(De Tan il'iO \ Pan 1749.)

Les Confédérés n'émirent pas leur opinion sur la justice et l'injustice des mesures prises dans la querelle débattue snr les deux rives de la Sitter. Au lieu de se m^^* 1er d'ailaires étrangères-, chaque canton ne songea qu'à conserver sa paix intérieure : car chacun d'eux était ex-

posé à plus ou moins do p^ril«; mais le plus grand fat celui qui courut la ville de Berne.

Anciennement le souverain pouvoir dans la ville de Berne ëtait entre les maips de tous les citoyens , en vertu d'une loi fondamentale octroyëe par le duc Berthold de Zœbriogucn (1218). La commune nommait chaque année ses magistrats , les choisissant d'ordinaire parmi ia noblesse qui s'ëtait établie dans la ville , et que la richesse, le loisir et l'instruction rendaient plus capable que la bourgeoisie de gouverner un état avec dignité. Mais comme ^ noblesse était peu à peu devenue hautaine et ambi* ticuse de posséder seule le pouvoir, la boui^eoisie, assem^ blée dans l'église des prédicateurs (l'église française), mit sa liberté sous la sauve^ garde d'une loi constitutionnelle (1384) qui devait lalprotéger contre tous les abus. On statua qu'a devenir seize citoyens et quatre bannerets éii«> raient annuellement (comme cela s'était pratiqué dès 1294) les deux cents membres du grand conseil parmi les artisans ; on croyait plus facile de trouver vingt hommes incorruptibles que de soustraire lar foule k l'iuûuence des intrigues et de l'or des familles riches. Cependant la commune se réserva le pouvoir législatif sur toutes les matières graves et le droit de faire la gaerre et la paix» La campagne était consultée dans les a£faires importantes: cet ancien usage subsista plus tard eccore«

Mais insensiblement les bannerets tout puissans*ne nommèrent plus au grand conseil qne leurs parens .et leurs amis ; insensiblement ces familles parvinrent à se perpétuer dans leurs charges; le grand conseil, de concert avec es bannerets et les seize, se renouvela lui même ; peu-apeu les assemblées de la bourgeoisie furent convoquées plus rarement; enfin on ne le convoqua plus du tout. £n 1531 on iidopta pour la première fois une loi sans le consentement de la bourgeoisie; et en 1536, lorsqu'on résolut de faire la guerre à la Savoie, la commune fut consultée pour la dernière fois. La souveraine puissance devint héréditaire dans les familles qui siégeaient au grand coûseil. Tous les bourgeois conservèrent leurs droits à l'autorité suprême ; mais le nombre des familles qni la possédaient et qui partageaient entr'elles les magistratures et les hauts emplois était assez limité.

Toftt pouvoir Ulëgitime, qndque sagesse qu'il déploie, de -quelque vertu qu*il s'entoure, ne fait jamais oublier la tache de son origine et tremble tonjonrs en se la rappelant. L'antiqne privilège accorde par Bertfaold et la lot constitutionnelle de la bourgeoisie subsistaient encore, conserves dans des capsules d*or: les familles régnantes n'osaient pas les révoquer, de peur de rappeler k la commune les libertés perdues , dont le soui'enir était conservé toutefois dans la devise des .armoiries de la ville.

Plus d*une fois Jes citoyens murmurèrent contre l'autorité héréditaire, de quelques-uns- d'entr'eux. Les documens et les sceaux encore subsistans servaient de prétexte aux mécontens et leur donnaient l'apparence au bon droit. Mais le pouvoir imposait silence h ces voix trop libres. Eu 1710, plusieurs citoyens adressèrent au grand conseil un mémoire pour ^mander le rétablissement de l'tficienne constitution; une conjuration était prête: lès fers et l'exil répondirent aux mécontens. En 1744 , vingtquatre citoyens de la ville présentèrent une requête respectueuse , pour qu'à l'avenir les membres du grand conseil ne fussent plus nommés arbitrairement et par faveur, mais lires au sort entre tous les citoyens éligibles *, les pétitionnaires furent punis comme rebelles , les uns par des arrêts domestiques, les autres par le bannissement.

De ce nombre était le capitaine SamueMIenzi, homme d'un caractère élevé et d'une instruction peu ordinaire. Des lettres de grâce abrégèrent le temps de son exil qu'il avait passé k Nenchâtel. De retour à Berne , trouvant 8es afiDiires ruinées , se voyant lui-même exclu de tous les emplois lucratifi, il fut rempli d'amertume et ne put contenir sa douleur dans son âme.

Dans le même temps vivaient k Berne dts hommes indépendans 4>ar leur fortune, distingués par leur droiture, et qui appartenaient à des familles respectebles de la bourgeoisie, tels que les Foueter, les Wernier, les Kupfer/ les Bondely , les Lerber , les Knecht > les Herbort , lés^ Wyss et d'autres. Ces hommes de bien déploraient en 9Î^ lence la violation des droits de la conunune , et gémis-^ saient ém despotisme de famillas injustement puissantes, dont la tyrannie héréditaire opprimait les libertés légitimes du peuple et condamnait la plainte comme un crime.

Heasi se irëunit à eux, minsi que le ^ëométre Mieheli dn Crest qui virait à Berne, ayant la ville poar arrêts, à cause de la part qa*jl avait prise aaT-^^roables de Genève, sa patrie. Les plaintes communes sur les violences du gouvernement ou sur la durctë et laiiauteur de t;{aelque5-uns de $e% membres, échauffèrent les esprits de ces hommes, et au miken des conversations oh les abus introduite dans la république se retracèrent à leurs âmes avec une foi*ce et une vivacité nouvelle, il^ conçurent des desseins audacieux. On ig;aore qui d*entreux eut la première idée d'une nouvelle conspiration. Toutefois le capitaine Henzî, à qui $a disgrâce récente fit embrasser avec chaleur ua projet grand et hardi, devint bientôt par seê lumières et par son éloquence Tânie de toute Tentreprise.

Les con|ur3s se visitaient pendant la nuit, fornuient des plans peur le rétablissement de l'ancien ordre de choses conforme aux lettres .d^octroi et à la loi constitutionnelle, et s'engagèrent a la fidélité et au silence par les plus ter* ribles serniens. Henzi voulait qu'on )oignît la moiiération è Tenergie ; c'était aussi l'avis de Daniel Foueter, orfèvre. Tous ceux qui se recommandaient par la supériorité de leurs lumières et par la pureté dé leurs intentions pensaient de même ; lem- unique but était Fabolition des abus existans. La force ne devait être employée qu'à la dernjère extréuiité pour repousser la force* Mais le cercle des conjurés s'étant agrandi, il y entra des gens dont les mœurs étaient déréglés, l'ambition fougueuse^ les affaires ruinées : dès lors la modération fut pius difficile* C'est ce qi^e prouva un écrijt qu'ils composèrent secrètement pour justilifr leur'entreprise, et dans lequel la main de la ha^ne peignit des couleurs les plus sombres tontes les fautes deâ familles dominantes. ,^ll faut,^^ disaient-ils, ^reconquérir le fleuron de liberté, Tépée, et non là pUime, à la main.^ . L'exécution du plan dés confurés, avait été iixée an lîT. juin 174(9; l'arsenal de^Miit être pris d'assaut; la liberté, proclamée; la commune, assemblée; un nouveau gouveruemçnt, installé: le grand conseil, dissous, et par là leà^ familles régnantes, dépouillées de leur pouvoir.

J^e gouvernement t ,ne soupçonnant nen de ce qui se préparait , continuait à gouverner l» république- avec sa* ge^se.çt a^ec^ dignité. S^s vues étendues et st» belles insti-

2bk

tutions le faisaient respecter de toulo la Sais«ç; les pays étrangers même admiraient 1 excellence de son admiiii.stratioa. Les vertus des gouvernans avaient fait oublier snns peine à la plupart dés citoyens de la ville les anciennes prérogatives de leur commune, et les sujets se félicitaient de la douceur et de la justice de leurs maîtres. Mais Je jour qui devait les perdre tous approchait.

Déjà le nombre des conjurés s'élevait à soixante. Crpendaut lieuzi f|ui était dév4)ué ^ cette cause avant que les conspirateurs ambitieux ei sanj^uinaires lui eussent révélé leurs desseins impuj's, les abhuiT.a après qu*ds l'y eurent iuitié* 11 vit, et avec lui beaucoup d'hommes de hien eugagés dans la même entreprise, qu^nn a;raod nombre des conjurés cachaient sous le masque du patriotisme leA intentions les plus perverses. HenvÀ s'éloigna d'eux, provoyant que leur nombre, leur imprudence ft leur manque d'accord allait les trahir. Il se disposait a fuir. Mais aV'tnt . qu'il pût échapper il fut saisi dans une partie de plaisir et trainé en prison avec le heulenant Emanuel Foucter et un négociant, Samuel Nicolas Wernier. Les autres s'enfuirent pleins d'effroi et apprirent avec horreur , loin de leur patrie, les projets sanguinaires, que leurs complices avaient avoués au milieu des terreurs de la prisoi^ et de la torture. L'as^yassinat des personi:ages les plus considérables, l'incendie de la ville, le pillage du trésor public furent les desseins confessés par les conspirateurs ou du moins crus et répandus parmi le public. Peu d'entr eux se sentaient capables de pareils forfaits.

Lorsque la conspiration eut été découverte, Henzi parut le plus coupable de tous; vu qu^il avait répoudu par de ringratitnde k la grâce que le gouvernement fui avait faite d'abréger le temps de son exil. Les trois que non* avons nommés furent condamnés a mort ; Foueter et Wernier demandèrent gr4ce ; Heu7à dédaignait ti*op use \ie déshonorée pour désirer d'en reculer le terme.

Le 16 juin l74iJ, Henzi, le cîeur brisé, niais libre de toute crainte, se sépara de sa femme et de ses enfans; il vit tomber la tête de ses deux complices sous l'épée du bourreau, pnis il lui pl*ésenta la sienne avec sa ngWroid. tl sut donner k sa mort plus de dignité qu'à sa vie.

Tous lèf aatret confuréf farent bannis de la Stttss«« Près de passer le Rhin avec bcb deux jeunes iils, Tëpouse de Henzi tourna encore une fois vers sa patrie seê yeux oè se peignait le désespoir, et s*ëcria en s'adressant au peuple assemble : „ Si je savais que ces enfans ne dussent pas venger un jour le sang de leur père, quelque cbcrs qu'ils me soient, ces flots les engloutiraient h Finstant.^

Mais les iils, parvenus à Tâgc viril, se montrèrent animes de sentimens plus nobles que leur mère. L*un d'eux gouverneur des pages au service du stathoudre dos Fays^ Bas, paya son malheur par des bienfaits, en rendant des services > des citoyens de sa ville natale.

Ces ëvénemens ne laissèrent pas d'avoir une heureuse influence &ur la ville de Berne. * On parla dès lors avec moins de retenue des vices du gouvernemeiit. F-isieurs membres du conseil, dignes de la gloire de leurs ancêtres, pressèrent la reforme des abus. Plus tard (17S0) on révoqua mi2me la sentence prononcée contre fous les coupables, et Ton proclama le rappel des bannis. Tel fut le changement produit dans Topinion publique, qu'on entoifra de pitié et de respect ceux qui, avec des intentions pures et dans Tintérët de l'état , avaient outrepassé les bornes de la modération et de la sagesse, et qu'on déversa le mépris sur les lâches qui, au lieu de détourner les mécontens de leurs démarches périlleuses, n'étaient entrés dans la conjuration que pour la trahir.

Révolte dans la voilée Léventine,

(De Tan 1750 à l'an 1755.)

Peu de temps après ces événemens tragiques se passèrent des événemens plus tragiques encore dans ta Léventine. Au sein des vallées sauvages qui s'étendent sur une longueur de onze lieues, depuis les sommets du Saint- Gothard couverts de neiges éternelles jusqu'au torrent de TÂlbiasca, vivait sur les deux rives du Tessin un peuple

content du pen que lui produisaient sts troupeaux et mos pâturages, ses forôts sur lei flancs de la montagne, tes chcvauic de transport sur la route du Saint-Gotliard. Les anciens droits avec lesquels la vallëe Lëventine avait passe de la maison des Visconti sons la domination d'Uri subsistaient encore dans toute leur, étendue* Uri ne retirait de ce pays que des revenus médiocres, produit du péage et d'un léger impôt.

En revanche, le gouvernement d*Uri crut ne devoir ni solde ni autre paiement aux troup1^5 de la Lévcntine, obligées de marcher sous les bannières de ce canton ^'la guerre du Tockenbourg. „Car,*' disait-il, nous avons protégé vos droits presque gratuitement depuis deux "siècles et d?mi; comment osez-vous demander une solde a vos maîtres?" Le peuple de la Léventine répondit : ,,D*anciennes conventions vous obligent k protéger nos personnes et nos droits; aucune convention ne nous ordonne d'aller à la guerre pour vous, h nos frais.* Uri continua de refuser la solde; le "peuple injustement traité chassa son bailli et s*empara du péage. Des députés des cinq autres cantons cathohques s*a«scmblèrent à Altdorf (1713) et prononcèrent que la solde était due.

Ainsi là paix fut rétablie et aucune rancune ne resta dans les cœurs. Uri , qui avait reconnu son tort , aimait la justice.

Mais il se trouvait dans la vallée Léventine des hommes injustes envers leurs propres concitoyens, surtout envers les orphelins et les veuves dont ils administraient les biens. Des plaintes furent portées devant le gouvernement d*Uri, qui ordonna que les comptes des tutelles fussent rendus conformément aux anciennes lois. Cet ordre e&aya beaucoup d*hommes riches de la vallée* yG*est une innovation!" dirent-ils, ^^Uri elisaie de nouveau d'at- ^ tenter à notre liberté." Ils parcoururent les^ villages , où ils avaient beaucoup de débiteurs, et soulevèrent le peuple* ^Soyons unis , disaient-ils , ^^^nous serons bien en étal ^e nous mesurer avec UH. Si vous êtes gens de cœur, nous secouerons lé joug de Fimpôt et retirerons le péage h notre profit." Tels étaient leurs discours. Le crime de tout le peuple devait servir à couvrir leurs propres crimes. On était au commencement de Taçuée ft75S ; toute la cam-

pa«;né dtaît (ïncore couiferle de ueiiçe, et le paysan inoçctipë . pouvait dispoaer librement de son loisir. On tint des assefulii^es dans ies viIUges; on forma toutes sortes de résolutions. Chacun avait Tambition de surpasser les autres eu coara<;e. Ou emprisonna ^e bailli Ganuua et le receveur du péaj^e, et l'on char|^ea le tribunal Ue la vailëe de jug,er ies crimes graves. s

Lorsque le gouvernement dTJri apprit ces désordres , il somma le peuple mutine de reutrci* dans Tobéissance. Deux habitans de la Léveutine comparurent, devant Vas^ semblée génc'rale , Wt^a ^t Boull , qui |>ârlèrent en maîtres et non en sujets , soutenus €|u lis étaient par 20ô0 hommes armés qui attendaient au-delà du Saint-Golhard Tissue de leur mission.

Aussitôt le cor d*Uri retentit le long des riveç de la Reuss. Au milieu de la pluie et de rorao;e près de 1000 hommes montèrent les flancs du Saiat-Gulhard avec six pièces de canon , et parurent tont-a-coup au haut de la monj^gnc près des sources du Tessin. Lcf, gardes des rébelles prirent la fuite, et jetèrent l'épouvanic dans toute la vallée. ^

Les chefs de la révolte , le capitaine du pays , Urs ^ Fourno, bauncret de la vallée, Saitori, membre du conseil, et d'autres de leurs conlidens se réunirent en conseil de guerre. Us nlécidèrent qu'il fallait attirer les troupes d'Uri dans la vallée jusqu'au pied du haut Platifer, où le Tessin précipite &es ondes avec fracas à travers d'une gorge étroite, et où une poignée de soldats peut arrêter une armée entière, à Feuli'ée du chemin taillé dans le roc; *que, renneuii une fois arrêté dans ce( endroit, leurs troupes nombreuses, cachées jusqu'à ce moment, sortiraient par toutes les gorges des vallées latérales , cerneraient l'armée d'Uri et l'anéantiraient.

Taudis que les vallées inférieures commençaient à reverdii', le mauvais temps augmentait encore les masses de neige sous lesquelles le Samt-Go^bard était enseveli. Les trouj)es. d Uri furent arrêtées par là dans la vallée d'Ursereu. Sur ces entjrefailes^ Zurich « Lucerne, Schwyz, Zoug et Uaterwalden , à qui le gouvernemeni; d'Uri avait demauflé du sècouis , fue^t passer leurs troupes par le

lac df^s Qitatre-Cantons. €ell«» da Valais , de Berne et de G4ai'is occupèrent les fro^ières de Ifi vallée rëfractaire*

Ëuâo les bataillons d'IJri, renforces par SOO In^ves d'Un ter walden, passèrent le Saint-Gotbard le 21 mai 1755. Les rebelles qui n'attendaient que la faible ar^nce d'Uri, royaut les bannières des autres GontVîdërës, leur pays entièrement cerné, la vallée de Ronça occupée par les soldats de Lucerne, perdirent tout courage. Us jetèrent leurs armes, s'enfuirent dans leurs villages ; un bon nombre dans les forêts. Les si^^naux allumés sur les hauteurs annoncèrent inutilement le danger imminent et la nécessité d'une levée en masse.

Les bataillor/: d'Uri et d'Unterwalden ava^icèrent avec ci couspeclion de poste en poste, jusqu'au dernier village sur les rives de l'Albiasca, laii-sant sur leurs derrières des gardes k chaque 'déùlé. Tout fut soumis et désarmé; les Confédérés, avertis de ûe pas avancer; là discipline, maintenue ; les auteurs de la révolte , saisis les uns après les auti'es ; Urs , le commandant général du pays , ti*aîné hors d'un couvent de capucins , asile qu'il avait cru inviolable.

Puis commença la jugement de toute la pleuplade, spectacle imposant et terrible^* tel que la Suisse n'en avait pas vu depuis longtemps.

Vres de Faido, où. la route du Saint-Golhard entre dans une petite vallée entourée de montagnes brisées, est une vaste plaine où le peuple avait cputUme de s'assembler pour ses débbérations. Il y fut convoqué de tous les villages. Près de 3000 hommes y comparurent le jour du jugement (2 juin), attendant avec angoisse leur sentence. Les soldats de la Confédération cei'uèrent les coupaiâes. Pans toute l'assemblée rt^gnait le silence de la mort, rendu plus terrible encore par les tonnerres monotones d'une énojeme cascade.

Tout étant prêt, la sentence fut prononcée et reçut son exécution. Le peuple perdit tous les droits hérités de «es ancêtres, ses honneurs et ses garanties. Il fut confdamné en outre k assister, la tête découverte et à genoux, au supplice de ses chefs et k jurer obéissance à Uri.

Entourés d'un cercle de baïonnettes , plusieurs mille Toix prêtèrent le serment terrible qui anéantissait leuvi

Digitizpd by VjOOQ IC

ItbeHës hërëdiuiref , et puniitait dans la peraonna des coupables Icar posiéeiié imioceitte. Pois, à un signai donoë , la multitade. tremblante et pâle «e mit à genoux » se dëconvrit, et Tit tomber soos le fer da bourreau les auteurs de la rëvolte , le banneret Fourno ^ le commandant Urs , dont les tdtes sanglantes furent çlouëes à H potence, et le conseiller Sartorû

Après cette solenuitë borrible, le peuple entier, raine on proie à une terreur profonde, retourna dans $es cabanes, et le lendemain l>armëe Tengei^bsse des Gonfëdërës repassa le Saint- Go thard. Huit des rëvoltës , plus cou* paliles que le reste, marclièrent enchaînés devant les bannières, et' la sentence de mort ne fut r?:ëcutëe sur eux que dans la vaUëe d'Uri* '

Cazises de la déccuîence jyrogressive de la Confédéj ration, Lct société helvétique*

(De Tan 1755 à Tan 17610

-'La Suissie possëdait k Tëpoque où nous sommes parrenus pltisîe^irs homnics - recommandables par leurs ver* tus et leurs lumières , et qu'affligeaient prc^Ondëment les dësordres dont ils entendaient parier et Tagitation dont ils étaient témoins. Ils y voyaient les signes précurseurs de la mine totale et prochaine de leurpatriCi Mais personne n'écoutait leUrs avertissemens ; si le bien obtenait encore des hommages, le mal commençait dëfà à prendre le dessus.

Le véritable amour de la patrie n'habite qu'au séfour de la véritable liberté. Aussi voyait-on plus de patriotisme ^nà les vâles t;apitales que dans les campagnes ; dans les cantons forestiers, que dans les bailliages. Les citoyens ^s villes souveraines , |aloux de leurs prérogatives , ne permettaient guère qu'un. su}et s*élevât k côté d'eux par it% lumières ou par sts richesses. On refusait ii dessein au paysan tous les moyens de se distinguer dans la car-

lière de la politique, de la science , de la guerre ou de rëglite. Dans plas d*an endroit le commerce même et les arts m^caniqaes lui étaient interdits. Ôommc ne i>onr la charrue et pour la servitude, il voyait dans le citadin son seigneur, son général, son juge et son prêtre. Les sujets des rois )ouiss^ient de droits yÀns étendus ([ue les sujets des Suisses. Les villes capitales ne voyaient qu'avec un mécontentement secret de petites villes devenir florissantes par leur industrie et par le bon eut de leurs écoles.

C'est pour cela que disparut du sein du peuple cet amour sacré qui ofire avec joie à la patrie If sacrifice des plus chères aiiections ^ la place laissée vide dans les , coeurs fut remplie par l'égoïsme. L'obéissance régnait; mais c'était l'obéissance de l'esclave et non de l'homme libre'; la crainte et non la conviction en était le principe. Plein de défiance contre les seigneurs et les villes, le peuple s'opposait opitiiâtrément h * toutes les innovations salutaires. Car l'hoinme du peuple était élevé dans les ténèbres de ^ignorance et de la stupidité , et la jeunesse dans des écoles souvent plus pernicieuses pour l'intelligence que la liberté absolue d'un enfant aliandonn^ aux seules impulsions de la nature. On avait adopté pour maxime, qu'un peuple aveugle est plus facile à conduire qu'un peuple clairvoyant. Mais l'aveugle frappe aussi plus facilement son guide, quand ytn conseiller perfide lui met l'épée à la iiiain et lui dit de frapper. C'est à quoi ne songeait pas l'imprudente politique.

Les gouvernemens se contentaient de remplir leurs fonctions en économes lidëles. Les premiers magistrats comme les derniers recevaient des traitemens modiques, souvent même mesquins; ils faisaient leur fortune au service étranger ou dans les bailliages. L'prdre régnait dans l'administration publique, et, malgré l\mperfection des lois, l'amour de la justice régnait dans les tribunaux; le pouvoir respectait sagement les droits du dernier des citoyens. Grâce îi l'économie publique , les impôts , ton* jours rares, n*étaient jamais onéreux. Dans les villes principales, surtout chez les réformés, à côté de l'aisance on voyait fleurir les sciences et les beaux-arts. Zurich et Genève se distinguèrent par l'illustration de leurs savans et de leurs artistes. Mais l'esprit étroit et mercantile de

Bâle fit tomber son antique et c<$lèbre uuiversiti^; eUo unit par avoir plus de professeurs que de diseipte^t et détint •une maison de retraite pour les premiers au lieu d*étre on foyer de lumières pour les seconds.

Dans les capitales catholiques de la Sui>se , le oler^ë, toujours opposd au libr<v examen de la raison, empêcha la science de s'o'Iever a tonte sa diQ;nité. t^e besoin de lumière qui agrandit et honore Famé devint, sous Piniluenco de Tesprit monacal, une curiosité sans but, et la pensée f:ïl éloufl'ée sons le poids d*un savoir inutile.

Dans f '. contrées pcupiors de bergers, on ne s'inquiétait ni de science, ni d'cditcation; la libextë y tenait lieu de tout., iéïï le paysan, baliitant sa propre cabane, nourri par aes ti'oupraux, élisant lui-même ses magistrats, soumis à la seule loi qail avait consentie, était l'homme le plus libre de la terre. Grossier, il est vrai, et superstitieux , il se laissait guider par des prêtres ^ t par des familles opulentes; mais s'il avait des guides, il n avait point de maîtres.

Dans plusieurs cantons les gouvernemens méritaient * bien de la chose publique. Berne bâtissait des palais» con^ struisait do s^vandes routes, amassait des trésors par son économie. Zui'ich encourageait le commerce, les sciences et l'agriculture. Lucerne luttait glorieusement ^contre la nonce et la cour de Rome (de 1725 à 1748), qui prétendaient soumettre à l'autorité ecclésiastique les droits temporels du gouvernement.

La Suisse entière présentait aux yeux de l'étranger l'aspect d'un paradis terrestre habile par des mortels heureux et paisibles ; mais on voyait la belle vei'dure des plaines, et non les rochers inhospitaliers, la majesté des Alpes, et non les ravages des avalanches. On admirait ]^ pompe des diètes , sans apercevoir leur discorde ; 1^ images de Guillaume l'eu, sans découvvii^ la servitude dans les chaumiéi*es ; l'instruction répandue dans les villes sans observer la barbarie qui régnait dans les campagnes, t^artout de beaux noms et de grands mots; partout des vues étroites et des nctions 'mesquines.

On appelait la Idcheté amour do la paix, el modération la conscience de cette faiblesse que l'idée d'une entreprise courageuse fait trembler. On allait briguer dans les cours

des pensioBs, des titres > des chaiaes dor, dM ordres, et Ton Tanlait rindépendance de la patrie. Oa bëiussait le lionfaeur «t la tran'j«ilJ»tc de la Suisse, lorsque aux siècles d^s guerres civiles et religieuses eut sucedde le siècle des conspirations et des rcvohes.

Une politique. animée de l'esprit des petites villes, ne pouvant 's"'ei)tourer de Tëclat de la vertu, croyait se donner de la dignité en s'eutourant de Tobscurilé du mystère. La liberté de la presse semblait une abomination, et la publicité des ju(;emrns, la ruine des états. A peine soixante ans après l'établissement de la première imprimerie en Suisse, la censure officielle des livres était introduite à Zurich et dans d'autres villes. Les journaux étaient con* damnés au silence sur toutes les affaires du pays. On savait ce que faisait le grand Turc et le ^and Mogol , on ignorait ce que faisait Zurich, Berne et Schafl'house. Ainsi fut anéanti Tesprit public et avec* lui le seul lien de la Confédération.

De peur que cet esprit ne pût renaître , on nourrissait entre les petites peuplades de la Suisse la haine qui leur avait été léguée avec le souvenir de leurs anciennes guerres et de leurs dissensions. Fribourg célébrait la journée fratricide de Villmerguen comme une iéte sacrée. Au sein des marnes montagnes , Fin différence et les soupçons se- . paraient les vallées vof^ines. On ne se combattait plus avec le fer, parcequ'on craignait les armées étrangère», mais avec la langue et avec la plume. On s'interdisait réciproquement l'importation des «denrées les plus nécessaires. Des soldats et des gendarmes étaient placés aux frontières pour euir\écher qu'on n'introduisit d'un coiii de terre dans un antve des fruits, des légumes, des œufs, de la volaille, du poisson.

„Nul canton ne formera alliance avec une puissance étrangère sans l'autorisation des autres cantons." Telle était la défense exprimée dans l'ancien acte d'alliance de la Confédération. Toutefois les cantons s'alliaient ouvertement avec la France, avec l'Autriche, avec t'£spagne, avec Venisq, sans demander ni conseils ni permission. — y Nul ne peut être reconnu comme juge s'il achète son emploi/* Tel était un autre article de l'alliance perpé-

fnelle. Toutefois U vente d«$ emplois se fiiifàit publiquement, dans les cantons forestiers conune dans les antres. Voilà Tëtat oii se tronvait la Confëdëration , ëtat de dissolution plus ou moins apparente. Ici, quelques Tillaoes, quelques i*ctilcs villes, se targuaient de leurs droits insigniàans, et opposaient avec roideur Ik de meilleures lois.leurs privilèges mal interprétés; Ik, des villes ambi- - tionnaient une plus grande autorité sur les campagnes ; les anciennes familles prétendaient avoir le pas sur les familles plus nouvelles ; celles qui siégeaient dans le gouvernement demandaient qu*une loi perpétuât leur autorité. Ce n'était partout que disputes pour des riens, que vanité fondée sur des choses de néant , que prétentions et calculs de Tégoïsme. Oîi voyait les Suisses moins unis entr'* eux qu'avec les autres nations, et il leur était plus facile ^e choisir k leur gré Une demeure dans les quatre parties^ du monde que de transporter leur domicile d'un village ou même d'un canton dans un autre. Un Suisse qui avait passé les fi*ontières du eoin de terre où le iixatt son droit de bourgeoisie n'était pas moins étranger au. milieu de la Suisse qu'un Russe , ou un Indien , on un Persan.

Tandis que les monarchies perfectionnaient leur organisation et accroissaient leurs forces, la Suisse ne faisait rien pour améliorer ses' constitutions et pour fortifier ïe lien social. Tandis que la France et l'Autriche s'élevaient à une puissance colossale et amélioraient leur sy.stëme militaire, les Suisses laissaient leurs armes se rouiller. Fiers des victoires de-lem^s ancêtres, ils n'apprenaient pas k en remporter de nouvelles au jour ^^u danger. Les seuls moyens de défense qui restaient encore dataient de hk guerre de trente ans ; rien n'avait été changé dans le système militaire depuis près d'un siècle. On ne songeait point aux provisions de guerre nécessaires pour mettre une armée sur pied; il n'y avait d'uniformité ni dans les .armes, ni dans leur maniement. Berne, Zurich, Lucerne, avaient des institutioiis supérieures à celles des autres cantons, quoique bien imparfaites; mais ce que ces villes possédaient de forces militaires semblait calculé plutôt poiir dompter des sujets rebelles que pour repousser des ennemis étrangers.

Cet ëtat de leur patrie afflig-^ait profou dément Ions les citoyens 4'un sens et d'un cœur droit. Quelques-uns des plus généreux se réunirent aux bains de Schinznach, sur l'Aar; tels cpie l'ami des hommes Iselin de BAIe, le sage Hirzei de Zurich, Urs Balthàsar de Lucerne, homme d'un caractère indépendant, le vigoureux /Celiwèguer d'Appenzell et plusieurs autres. Ils formèrent sous le nom de Société helvétique (1761*) une association fraternelle de Suisses dévoués k la commune patrie, pour !a prvïpagalion des. lumières , de Tes prit public, de ruaiou cordiale entre tous les Confédérés. Ils s'assemblaient une fois par an, et chaque ann^e ils recevaient de nouveaux membres de tous les cantons et des pays alliés. Là, les citoyens les plus dignes apprenaient h s'aimer; là, ils formaient des liens d'amitié au profil du bien public. Dans le sanctuaire de ces réunions se ranima encore une fois la flamme noble et pure de Tantique patriotisme. — Mais les gouvernemens ietaient des regards soupçonneux sur cette 'association et ne la toléraient qu'à regret.

Générosité de Frédéric le Grand envers ses sujet* de NeiichdteL

(De ran 1762 k Tan 1770.)

Les chefs et les conseils des cantons craignaient que ces réunions patriotiques ne critiquassent la conduite Aes gouveruemens, ne diminuassent leur considération, ne ré* pandissent les lumières parmi le peuple, et avec^os lumières l'amour d'une plus grande libertés

Le roi de Prusse , seigneur et prince de NeucliAlel et • Valangin, voyait d'un ceil plus tranquille Tessor que prenait son peuple» Il largit même les droits, de sts suiets, att lieu de les restreilkdre.

*) Selon Helvetia II Heft, §.IU* U focîfté helvétique f.4 fondée en i76t. * '

NetichÂtel et Viilano;in, dont les valides fertiles s*ëtendent le loDg.da lac de Neucliâtel et entre les diiierentes chaînes du Jura, firent auti^efois partie du royaume de Bourgogne , et passèrent ensuite à Telnpire geràianique. Les comtes de Neuchâtel résidaient dans le château situé au bord du lac. Ils accordaient de grandes libertés à tous ceux qui s*éiablissaient dans leui-s âpres montagnes et en exploitaient les forêts; Ainsi se peupla la contrée et se forma autour du château la ville de Neuchâtel, à laquelle furent octroyés en 1214, par le comte Ulrich et sou neveu Berthold, des droits égaux à ceux de Besançon, ville principale de la Haute-Bourgogne.

Rolio, seigneur de Neuchâtel, ayant ensuite remis sa seigneurie et ses droits à l'e^npereur Rodolphe de Habsbourg (t288), ce pays passa de main en main. D'abord Rodolphe de Habsbourg en fit cession à la maison de Châlons, l'une des plus puissantes de la Bourgogne; environ troi^ siècles plus tard , la maison de Longueville en fut investie (1505), et lorsque celle maison se fut* éteinte avec Marie, duchesse du Nemours (1707;, il se présenta ' près de vingt héritiers qui tous aspiraient k ce bel héritage ; mais les états du pays , composés de douze juges de la principauté de Neucbâtel et de douze juges du comté de Valangin, examinèrent les droits des aspirans, et reconnurent le roi de Prusse, Frédéric £, pour le plus proche héritie^^dc la maison de Châlons.

Le roi de Prusse, devenu ainsi prince de Neuchâtel et de Valan^^in, sainctionna la constitution et les libertés de ses nouveaux sujets, et y fit exercer ses droits par un gouverneur royal et par un conseil d*état cboisi entre les citoyens dn pays. Dhs ce jour il fut aussi considéré comme allié de la Confédération, parceque sa principauté était comptée piLmi les pays alliés de la Suisse ; car les seigneurs de Neuchâtel, ainsi que les villes et plusieurs communes }ibres Me leur pays, avaient, dans le cours de plusieurs sièdes, conclu des traités d'alliance défensive perpétuelle, toQï'-à-tour avec les cantons de Berne, de Soleure, de Luceme et de Fribourg, et obtenu par et, moyen la protection de la Confédération entièjre»

Les Neuchâtelois , très-jaloùx de leurs privilèges , ne souffraifcnt pas même que le roi de Prusse tentât de les

restreindre* £n 1748, il «iierina les revenus qu'il retilait de sa principauté; le peuple murmura de cette innovation. £n 1766 le bail de la ferme fut renouvelé ; le peu- )*]e fr'ameuta. Le. roi iit porter plainte par son charge d'ailaiies Gaudot auprès du canton de Berne, iikstiluë arbitre par Fncte d'alliance ; la ciécision de Berne fut presque dans tous les points à l'avantage du roi. Le peuple de Neuchâtel en fut tellement irrité qu'il ^loursuivit Gaudot lorsqu'il revint, et assaillit même sa maison (25 avril 176$). En v%in le g;ouvernemeut envoya des troupes pour apaiser le tumulte. Gaudot et son neveu, voyant le péril qu'ils couraient et voulant efirayer le peuple , commirent l'imprudence de tirer sur la multitude. Un charpentier ' tomba mort. Sur ie champ la foule fm^ieuse pénétra dans la maison et Gaudot fut tué de trois coups de feu.

Après de lougucs délibératioos , Berne, Lucerue, Soleure et Fribuurg , sollicités par les envoyés du roi et par le conseil municipal de Neuchâtel , y envoyèrent une garnison, dans l'intérêt de la sûreté publique. Alors commencèrenl de longues enquêtes et de pourparlers interminables. Les plénipotentiaires du roi crurent avoir trouvé l'occasion de s arroger un pouvoir arbitraire pour tenir à l'avenir ce pays en respect et sous le joug de la terreur; mais les Confédérés ne se prêtèrent pas ii servir d mstrumeus k une ambition étrangère. Le banneret Osterwald parla énergiqnement et avec courage contre les prétentions des couriisaDS étrangers et en faveur des lois et des droits de sa patrie. £nlln le diÛ'érend fut termina , et le jugement, prononcé: la ville de Neuchâtel dut livre|: ses armes, supporter seule les frais, dédommager la famille du malheureux Gaudot et faire amende honorable dans la personne du conseil municipal, devant les plénipotentiaires du roi. Les plus coupables d'entre les séditieux, presque tous en fuite, furent punis par l'exil» ou par la prison, on pendus en efiigie; puis la garnison retourna dans ses foyers.

. Le Yoi de Prpsf e , après tous ces événemens , au lieu de -restreindre ou de diminuer les libertés des Neuchâtdois, comme le canton d'Uri avait fait dans la Léventine , les* consolida et y en êyonitt de nouvelles. Par Ik il reconquit les cceurs de tout le peuple. Non seulement ce

prince rendit bientôt aux Neuchételois leura armes, mais il engagea méine à ne plus affermer oa administrer k son orë les impôts , k ne pi as destituer arbitrairement les personnes, en charge. Il accorda en out^e anx communes rë* Uii/es le privilège de nommer un conseil génëxal indëpendant , dont le consentement serait nécessaire au prince même pour apporter des changemcns dans Fadmini^tration de Vëtat. Les parties obscures et embarrassées des anciennes lois furent corrigées et toujours à Tavantage du peuple. Ainsi un monarque donna un exemple qu'aucun des goavernemens républicains de la Suisse n*eût jamais éié capable de donner. Uue conduite si généreuse était digne de Ton des n:eilleurs et des plus sages princes de ce siècle , était digne en tous points du grand Frédéric.

Querelle des partis dans la ville de Liiccrne* — Bistaire de Souter^ landammann des rhodes intérieures dAppenzelL

(De Fan 1770 à l'an 1784.)

Vers la même époque la ville de Lucerne fut le théâtre de discordes et de troubles encore plus afiligeans. Lk comme dans d'autres villes de la Suisse des familles patnciennës et nobles s'étaient depuis longtemps emparées du pouvoir , qui devint héréditaire dans leurs mains , et avaient réduit presque à rien la part de la bourgeoisie dans lés affaires publiques. Maint magistrat , placé à la tête d'uae administration , non pour son talent ou ses vertus , mais le plus souvent par la faveur d'une famille influente, se croyait en droit de. vivre auX dépens de l'état^ sans faire grand echoise pour l'état. Tantôt une excessive indulgence , tantôt une jalousie avide dei gouvernans les uns k regard des autres avaient cause beaucoup /de mal a la patrie et k eux-mêmes. La démoralisation faisait de tels progrès que les infidélités dans l'admibistration des biens publiés n'étaient pas chose inouïe. I>ei magistrats disparaissaient emportent des sommes dont ils étaient dé^

poiiuires; d'autres s*eBric1iis»ai«nt aux dépens da grenier ]fal>li€et de rarsenAl;,oii avait méate vu le trésor public volé avec efTraction* .

Antérieurement déjà, nn âes prmiier^ magisttiKs, Léodeo^ar Meyer, ayant soustrait use partie des deniers publics pour snfiiire aax dépenses d*aa luxe eilréné ^ expia sa malversation par Texil. Peu après lui Jost Nicolas Joachim Schoumacher, trésorier de TËtat, dissipa en pro^ digalités 32,000 ûorins appartenant an trésor ; il fut banni pour le loeste de ses jours du. territoire de la Confédé-^ ration (1762). L'exemple du père n'empêcha pas k iils , Placide Schoamacber, de se livrer à tous les désordres. Il mangea d'abord sa fortune ; puis s'endetta , administra infidèlement , comme préfet , la seigneurie de Hetdegv , entra au service d'Autriche , déserta, vagabonda sur le territoire de sm ville natale et dans les environs, s'attacha aux mécontens , et se fit aimer ou considérer de cette sorte de gens par ses discours téaiéraires. Bien qu^il n'y eût pas trace de sédition, le soupçonneux gouvernement s'effîraya ; la conscience de ses torts et de son administration arbitraire le rendait défiant à l'égard du peuple. Schoumacher fot incarcéré avec quelques mauvais sujets de sa société , et accusé de menées séditieuses ; cependant il avait simplement rédigé un mémoire pour exposer les griefs dos mécontens , suivant un mode, légal et dès longtemps usité. On l'accusa du crime de haute trahison; il fut condamné k mort sans preuves et décapité en 1764; on voulait terrifier la bourgeoisie de la ville et le peuple des campagnes. Plusieurs de ses compagnons, qu'on fit passer pour ses complices, furent bannis.

Plusieurs années après , les juges de Schoumacher , reconnaissant qu'une peur mal fondé leur avait fait commettre un assassinat juridique, chacun d'eux rejetait ta faute sur quelque autre. Le couseiller Valenthi Meyer , juge instructeur dans ce procès avait le plus contribué^ disait^n alors, h la sévérité de la sentence.' La fanulle de la victime l'inculpa d'abord timidement, puis avec plus de hardiesse. On rappela qu'il était fils de Léodegar Meyer, autrefois banni; on en inféra .que le ressentiment et la vengeance l'avaient guidé dans cette affaire. Ceux-là même qui avaient été ses collègues dans l'instruction et dans le

logement, et qui avaient signe avec lut lea pièces , le jrc^ nièrent liclienieD^f Alors s'élera tHomphamuient fM»ntr« lai le gënëral Pfyffer , chef du parti français, ennemi personnel de Mejer, qoi avait sonrent parlé contre Finfinence fatale de. la France. Tons ceux a qui s^n talens et sei connaissances inspiraient de la crainte ou de Tenvie devini'ent ses accusatenrs. Penseur éclairé, on luiat- . trtbna un écrit imprimé à Zurich sous ce titre : Ne ^ercât^ il p€is avantageux aux cantons cathodiques de suppri^ nier ou de restreindre les ordres religieux P Cette accusation ik passer dans les rano;s de ses adversaires les. couvens , le clergé , le nonce. Une réfutation plaiaantp de cet^crit, semée de quelques ti*aits de satire contre Jes moines, et qu'il avait lue confidentiellemfnt dans un cercle^ d'amis, lut brûlée à Lncerne par la main du bourreau avec une solennité risible, un de se& confidens ayant trahi le nom de Taulear.

Il n'en fallait pas davaniagef potir le faire condamni*r» La victime était désignée i il ne s'agissait plus que de la trouver coupable. Pour atteindre ce but, on foula aux pieds de foi publique , on viola le secret des lettres ; on investit la maison de Meyer , et on visita ses papiers. Malgré ces violences on ne découvrit pas la moindre culpabilité. On se décida donc à faire arrêter Meyer dans sa maison de campagne, qu'il habitait sans pcur^ parceqne sa«> conscience ne lui reprochait aucun délit. Il demeura^ quaraute-trois jours en prison sans être entendu. En- vain le loyal et courageux avoycr KeMer , le sage patriote Fé«lix Ballhasar et d'autres magistrats impartiaux prirent sa défense dans le Conseil. En vain il adressa , lui , un mé-, moire fnstificatif à cette autorité; le»Conseilrésolut de ne pas même en prendre connaissance. En vain l'honnête Casimir Erouss conseilla de s'en tenir à des moyens de conciliation et de paix. Meyer fut condamné k quinze an» de bannissement; en revanche on accorda leur grâce à< tous ceux qui- subissaient encore la peine de l'éxil ou des . galères comme complices de Placide Schcatmacher (1770). Alors seulement les familles divisées, en J>art is firent la. paix entr'elles: elles attribuaient les ulaux de l'état, non au règne de rinfustice , mais à l'application rigoureuse qu'on avait faite des lois à des membres du gouvernement,

à des famillea patrtoiénBes ; 4es mëHagem^s - miHgàls , et me alliance ë^oile leur paraifsaient le seul mc^en^d'em* pécher ^ae les prorogatives de la noblesse ne passassent datts les mains de la bourgeoisie^

Peu après ces ëvënen^ns , la Un sanglante de Joseph Antoine Sonter , landammann des rhodes intéi^ieures d*Ap« penzeU , fit voir que les droits et la lihertë du citoyen ne sont f)as mienjc ^rimtis sons, la domination dëmocralique ^ .toait ,nn. .peuple , .«{ue sous, la domination>aristeeratique d*ttn petit nombre de familles^ nobles ou citadines ^ lorsque la justice et Tesprît de modération .ont fait place k Tintrifi;ne , à Tëgotsme et à la vengeance* ^

. Solder, aubergiste k Gonten^ était un homme de peu d'instruction , maiis de beaucoup d'esprit et d'enibuement, ckM^itable. envers les pauvres , bienveillant envers tout le monde; Ces qualités l'avaient fait nommer bailli du Rheinthaï, mémo •à'4*exdn8ton du landanuriann Jean Jaques Gueiguer. GehuNci avait ambitioniié cette charge lucrative parcequ'elle liii oiïrut Toccaston de se dédommager de ton» lés sacrifices qu'il avait faits jusqu'alors à son ambition. Delix ans. après, les neuf rhiodes réunies éleltèrent i'àin^able Souter à la dignité de landaàunann en charge , et lui donnèrent ainsi une seconde fois la préférence sur son rival Gueiguer* ....

Cette nomination irrita l'envie de Gueiguer et de plusieurs, autres qui se croyaient jdes hommes marquans. Ils se Hguèrent secrètement contre Souter. Plusieurs riches devinrent aussi ses ennemis , fmrcequ'il s'était élevé avec force contre une loi in|uste qui, dans les faillies, donliait aux créanciers du pays la préférence sur leê créanciers du dehbrs. ^Gette loi^ , disait Souter, >^est injuste et nous enlève- la confiance des- pay« étrangors^ ^i n'enver^ ront plus d'argent dans le nôtre*'' — Mais les rîches répondaient en accusant Souter de favoriser Jes étranger» aux dépens de sa patrie.

Sans s'inquiéter de ces {nropos , Souter travaillait de tous ses mc^ens au bonheur du pays. U acquit 11 son canton, de la commune d'Oberried dans le Rheinthal, le droit de retrait sur l'un des plus beaux pâturages dnhaul Sentis, au cas qu'il' fût l^ vendre. Les Appenzellois , pressés par un besoin d'argent, avaient vendu ce pâturage à la

comnMUM • d*Ob«rri0d4 Le bruit • agitant r^panidii que été portîoR» €onsidtfrabl«f de cette uioiaiig»e avaieui éié by.^ foikèipLéei k dM étrangeriy le laadaiiimann SoMter.pei^ suada sor-le-cbainp le c^oseâ da |»Aya de faire estimer la |iioiilaxa^9 d'a8ii|;iier Targeaf Béeessaire et de prendre > poeseastoB de eei pAttirages* ' £a eela son xèle remporta trup loki. La conmiaiie d*0>b«rrîed adressa avec raison à la diète des plaintes eautt^e les rliodes'<ntéri«arès;'4e gouvemement appensL^ lois, se repi«ntatit de ki démarohe précipitée, se^ rétractai Cependant Soutef, opianAtre et tle venu lier dans les hon^ neurs, ne voulut pas céder^ mais soutetair le prpcbs k ses frais. De retour chest lui, «près avoir -pi^du sa cause devant la diète (t775) , il eut bonté «I avouer la vérité. Mais lorsque le Imik se ré|>andit que le canton d'Appen* zell avait été condanmé au)c frais et que êtn fœds de terre dans le Rheinibal serviraient d^brjrpolhèque jusqu^à Tentier paiement, malgré la déekirarion de Souter que tous- les frais restaient k sa i^ai^ , les ennepiis du landammann jetèrent les hauts cris. Son collègue Gueigner et le cobaeil du pays accusèrent Soi^r d'avoir> troiiipé le gouver* nement par des meo^onges, déidionoré et couvert de .honte les rhodes intérieures aux yeux de tonte la Confédération î Sans l'entendre , le conseil enleva au «bef du canton le sceau de Tétat, le priva de ses honneurs et de ses charges, et le déclara il jamais indigne d'exercer un raiploi.

Mais Souter ne se soumit pas h cette sentence: ,t]VIea ennemis,^ dit«i], ^n'ont pas le droit de me condamner; que rassemblée générale soit juge entr*eux et moi»f

Avant que rassemblée générale pût être convoquée « on répandit parmi le peuple toutes sortes de bruits sur le compte de S^iter. Les capucine , soulevés contre Ini^ allaient de maison en maison, parlant de ses -péchés secrets , de S0S crimes , et prêchant la haine. Le jour de rassemblée venu, il s^éleva parmi le peuple des cris pour et contre l'accusé. On Tarracha de force du siège du landammaim, malgré une fbite opposition qui proclamait son innocence. '

Pendant que cet homme abattu et fl4»andonné foisait un* pèlerinage vers Timagê vénérée de Notre-Dame-dea« Ëcmite^, le conseil rexila pour le reste de sts jours da

Ié9

^aol Ce Ift Conféflëràftion, iCOBune ennemi de ift<religiaii, de 4a liberté et>d€ la paix; son nom fut aitacbë à la poteii,ee ; ses propriëtés furent vendues k vil prix pour payer lea frais du procès et toiHes ses dettes; ses amis, expulses du conseil; sa femme, .condamnée k ne, plus le considérer comme son ^ mari, sons peine de. perdre .tons ses droits civils. Personne n'apprit les raisons dtune ponition si sévère. La sentence du tribunal ne fut même pas motivée ; eUe n*indi(ptait que àes fautes légères « mais mentionnait mystérieusement de crimes tpie Fon ne voulait pas désigner, alin d'éviter le scandale* - Il resta in#eiHain si le voile du secret cachait une transgression du condamna on l!iniqnité des juges.

Le vieillard exilé, objet d*nme vive commisération, se retira dans la ville de Constance. Quelques années s'étant écoulées, il demanda la révision ûnpiirtiale de^sa condamnation et un sanf-coaduit. Soixante-dix Appenzellois se réunirent de lenr chef pour raccompagne^ et lui servir de sauve*gardè. La demande de Souter fut rejetée; quatre des plus réjolns -des soixante-dix hommos furent condamnée à mort et conduits au lien du supplice ; on leur accorda la vie, après qu'ils eurent été fustigés par le bourreau.

Alors commença un règne de silence et de terreur. L'exilé resta dans Con&tance. De temps en temps il allait. dans les rhodes extérieures, visiter d'anciens amis. Après une* année révolue, Tun des adhërens de Souter, Baptiste Rœs, qui avait été dégradé par la justice, rentra dans sa patrie. Saisi et interrogé , il déclara ^ue le vieux" Souter enrôlait des soldats dans ies rhodes extérieures, pour surprendre le bourg d'Appenzell et soulever le peuple « au nom de la liberté , contre le parti de Gueiguer. Il invoqua .^méfn^ Iq téil^oi^^nage dhommçs respectables ; mais ceux-ci Taccusèreut de mensonge.

Néanmoins on ajoutait foi à ses inçaJpations« . LtO- peuple fut irrité contre le malheureux par les calomnies les plus odieuses; puis on tâcha de se saisir de, la persqnne du prétendu coupable. On y parvint par une ruse. barbare. Sa propm Mlle, mariée dans Appeusell,' servit ^'instrument pour le per4''C* Trompant sa piété lUiale, sous le manque de Tamilié^^^Mi lui' persuada d*écriiro ^'Soa pèr^ ,q^*AlT&e

rendit li r«abeii|;e 4e la coaroime k Walil-, eonumiiie é9» rhode* extërie«r«8; oùiâ appreAdrail de« iMNitvUes agréai blés et tet^rtaBtef •

Ne poavant tot^pç^nner «n pi^e, le. vieHiard sairit la voix de M fille troaipëe. On Tantra , .sons différens pré-, textes, h Oberegg, village des rlM>des intérienres« Là il fnt saisi, lié, condoit à AppeuzeM snr ma trainean décoavert {9 février I7S4>« L*hiver déployait tonte sa rigneor. Tandis cjne les ^âr^mïê se restauraient dans raiâ)erga d'Akstœttm, le yieiltard était«en prières snr le trainean) e vent du^ord "agitait ses cheveni^ btancsT, et en -faisait toraÉar la neige dont ils étaient cotiverts.

Il renouvela devant le tribunal criminel le serment de son innoeence. Mis à la torture trois fois d*un seul jour» il né put avouer aucun crime; Néanineins sa mort fut prononcée.. Vingt juges reiasèrent d'adliérer k ce. juge^ ment, et protestèrent solennellement contre la sentence , dans le protocole du tnbunal. Cependant ia sentence reçut son exécution le même four (9 mars é7S4). Le vieux Souftnr apprit sa condamnation - avec le calme de Tinnoèence ; avec le calme de l'innocence il marcha^ au lieu du supplice. Là , sa tête tomba» ' v

Agitations et troubles, populaires dans le, canton <fc Fribcmrg.

(De Tan 17S1 li Tan 1790.^

Tandis que la baine des partis produisait une fermentation dans le pays d*Appenzell, une fermentation plus dangereuse se manifesteit dans le canton de Fribourg. Depuis longtemils déjk le mécontentetiient régnait dans les villèÈ et dans lés communes rurales. -

Anciennement les «ioyt^s-et quelques* autres magistrats avaient administré lies aHairés de k viHt et de ;la campagne environnante' qui en dépendait, et qu'on noipnte enfeore àufëui^lini FàUMrieii districc L«s qttes^oàs impor-

Umus 1 ëtaîeàt diictéëes par le peuple. Celiû-«i s'ëtsnt consi^ërabl^ftfeQt accru, le pouvoir souverain fut codifie à UQ choix d'faomihes sages réunis sous le nom de gra^d conseil. Ce'* conseil se composait d'abord xle citoyens de la ville et de la campagne, représentans d*un peuple libre; puis uniquement de nobles et de patriciens; à la fin, des s«uls iils de certaines familles.

U s'était forme entre le grand et le petit conseil , on le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, une autorité intermédiaire , le conseil des soixante. De celui-ci sortit (1553) une nouvelle autorité, inv^sitie d'un trèc-2:rai!d pcm«voir, la cbai^ïre secrète, qui avait le droit de nommer aux emplois et d'en exclure. Longtemps on choiisit dans les quatre section» ou bannières de la ville un nombre égal de citoyens pour le conseil des soixante ou le grand conseil; mais ensuite on. ne prit plus que les fils d'un petit nombre de familles qu'on appelait les familles secrètes; enfin (16$^i) on exclut tous les antres citoyens du droit de jamais^ faire partie des familles secrètes.

Cette mesure fit naître et entretint chez les bourgeois ÛA la ville la haine de» familles^ secrètes, déclarées seules capables dé gouverner, et qui par conséquent occupaient tous le» emplois. Il se forma aussi une scission entre ces familles mémes>; les maisons nobles prétendaient avoir le pas sur celles qui< ne l'étaient pas« Avec la liberté du peuple , l'industrie perdit sa force et sa vie. Avant l'institution de la chambre secrète, un nombre immense de métiers de tisserand répandaient l'aisance dans tout le «anton ; chaque année on vendait plus de vingt mille pièces de toile blanche pour la seule place de Venise. L,^^ tanneries et les mégisseries occupaient dans l'une des quatre sections de la ville plus de deux mille ouvriers. Rien. de cela n'existait plus. Les campagnards aussi regrettaient leur ancienne liberté, car ils se trouvaient presque assimilés à des sufets sans droits.

Malgré la sévérité avec laquelle le gouvernement avait déjh plusieurs fois réprimé comme des innovations coupables \q% plaintes respectueuses de simples particuliers et de communes entières , quelques citoyens crurent devoir renouveler ces plaintes, parceque le mécontentement du peuple durait toujours.

Oanr «ne tune coBsidërkbIe du beau TÎtta^ de La'-^ Tottr-^e-Trëme rivait on homme verse dans le» scienees et dans Tbistoire de sa patne, Pierre Nicolas Clieiiaiix.- Son caractère droit et ferme Tavait fait chérir da peuple* Lui cî »eg amis , Jean Pierre Raccand et Tavocat €a5tellaz de Gray ères,. trouvaient qu'à moins d'être soutenue par un mouvement vigoureux du peuple, toute demande présentée au g[ouverneBient serait inutile. Ils envoyèrent des émissaires de contiance dans tontes les vallées; elles se montrèrent disposées k les soutenir.

Chenaux se hasarda donc de se rendre h Fribourg (3 mai 1781) t pour exposer an conseil tous les grie£s du peuple. Cinquante ou soixante hommes armés lui servaient d*escorte. Mais le conseil défà insIruH de ces mouvemens populaires, avait fermé les portes de la vâle, renforcé la garnison, armé la bourgeoisie. Cependant des cris de révolte retentissaient de village en village ; toutes les cloches sonnaient l'alarme.

Voyant que le mouvement se propageait. Chenaux s'enhardit; il organisa les hordes des pajrsans en bataillons « leur donna des chefs et leur inspira du courage. Castclla^ adressa encore .une fois une pétition au conseil de Fribourg , pour qu'il voulût bien écouter les plaintes da peuple ou soumettre la décision de ce différend à des cantons arbitres. Cette démarche n'ayant obtenu aucun résultat. Chenaux se porta sur Fribourg vers la chapelle *de Saint 4aqnes (4 mai) avec plus de 2500 paysans, la plupart mal armés. 11 s'avança près de la ville à la tête d'un corps de 600 a 800 hommes; les autres marchaient vers la porte de Bourgillon; 500 étaient campés dans le boif de Schonenberg sur la rive droite de la Sarine. Beaucoup d'autres citoyens armés arrivaient des parties les plus éloignées du canton.

La garnison de la ville en sortît avec une igrande pompe militaire. A coté des drapeaux de Fribourg ilo\tait la bannière de Berne. Car cette ville, sur la demande de Fribourg, lui avait envoyé sur le champ un Recours de 300 dragons qui se trouvaient dans Berne à l'école militaire. Le colonel Froideville, gtten*ier prudent et humain, était à kl tête de ces tran]ics.

Freiderillé park atix i^ebeltes aveo lidéi«ft2t^\ 'exigea qu'ils posassent ^)«s armes, premit roâbli 4a pas^ et assura que tous les griefs seraient examinés par Itf-goliVérneaient et par les cantons médiateurs. C'était ^kt ce qne les paysans demandaient* lis étatent prêts k ptrser ks nrmes , après avoir reça la paràle d'honneur de Froide- Tille; mais lorsqu'il exigea qu'on lui Ihrràt les éheh de la sédition , les paysans »'y reifns^reAt.

. Pendant les àégocialions, kurs bataillons furent cerhës, et les pièees d'artillerie^, avancées. A cet aspect les rebelles effrayés abandonnèrent leurs armes. Tous ceux qui le purent, prirent la fuite et répandirent ainsi la terreur danâ les derniers bataillons , qui se dispersèrent en hâle.

Parmi les fuyards était Chenaux.- L*un de ses gens, Henri Rossier, Tassas sina en traître irrité par lemanvais succè« dé Tentreprise^ ou dans Fèspoir de gagner la faveur du pairti triomphant. Le cadavre de Chenaux, livré h Texécuteur de la haute justice , fat coupé en 'pfè«e« , et sa tête , plantée au bout d'une pique , fut exposée sur la tour de la porte de Romont. Castellaz et Raccaud , condamnés à être écartelés, parvinrent a s'échapper. D'antres chefs furent punis dans leur honneur , dans leurs cdrps et dans leurs biens. '

Cependant Berne, -Soleure et Lucerne avaient fait partir pour Fribourg de nouvelles troupes et deS: députés médiateiirs. Mais io gouvernement de Fribourg Ht publier ^e, par un efi'et de eette bonté qui lui était naturelle, il daignerait écouler les griefs ^es communeà; cependant il n'accorda h tout le cajiton que trois jours, pour «Kposer par écrit et présenter ses. griefs. Malgré un terme iSi «ourt et malgré la multitude des troupes dont la ville fourmillait, un grand nombre de députée des communes voisines et éloignées arrifvèrent en hâte 11 la ville*

L'examen des griefs traîna de moia en mois sans qu'on arrivât à une conclusion. Se voyant trompé dans son attente , le peuple de^ campagnes pleura l'homme généveux » moi;t victime -ée son paLlriotisme. • Chaque four la tombe de Chenaux était entourée de gens en prières; Des troupes de pèlerins s'y rendaient avec àes chants religieux, des croix et de& drapeaux. £n vain le gouverneineat «y fit placer des sentinelleir avec deaCusila* chargés; au, vaân

l'ëvéqne coadfW les péimemMgiM vers les.eettdres de ClieA«8x* I\iea ne put uréter ki d^vAtiott reeiMyuûàsaiite du peuple. . .

La bùnrgeoieie . de la Tille ainsi qne les THigt-qnatre paroisses de l>n€«en disti^t . avaient esptfrë faire raleir avec plus de succès* an anîlieu de ces cir/constances, leurs droits contre tes iianiiUes dominantes. La bourgeoiste demandait seulement qne. l'accès aux archives de l'état lui fût ouvert : là se trMivaiknt: les chartes des aonées 1404 et 1553 qui garantissaient anx simples ^aurgeai& et aux habitans la participation a«x élections el à la législation constitntionn^lk* -Mais le gonvernement répondit: ^^Les ordonnances ^de vos corps de métier et de ,vos confréries suffisent pour vous Caire connaître vos droits/^ Ainsi' repousses » lesç bourgeois de la ville et le peuple des campagnes n'attendirent de justice que des cantons médiateurs, j^près de longs efforts pour .concilier les partis, parut t^Ul-à^eoup cette déclaration de Beine; de Lucerne et de Sokure: ^Nons protégerons de toute notre puissance la. constitution actuelle de Fribourg; les prétentions de la bourgeoisie sonJk dénuées de fondemeur et contraires à cette charte : cependant nous recommandons /au gouvcrneilient de n'accorder parmi les familles secrètes aucune prérogative à la noblesse sur les patriciens, de diminuer bientôt les charges du petQ>le de la campagne, et de restreindre les 'abus qui se sont introduits.^

Quelle fut la consternation de la bourgeoisie lorsqu'elle entendit proclamer cette ^éelaration du haut de la chaire (28 juillet 1782)1 Le soir du même jour. les quatres bannières de la ville se rassemblèrent devant la maison de Favo^ter 6ady. Rey». avocat, Guisolan, notaire, Ignace Grirard, négociant, parlèrent au nom de la bourgeoisie. L'avoyer écouta. leurs discours avec une approbation apparente et avec calme*

Peu de jours après Aey fut exilé avec sa famille pour quarante ans, Guisolani pomr vingt v Girard pour dix. Le fils même de Tune des .familles régnantes , fhnanuel de Maillardozy fut condamné h un bannissement ée six ans pour avoir dit dan» une assemblée de bannière: ^qv^'^l éuit juste que Ton rendît aux bourgeois leurs jinciens droita^^ .Beauraiq> 4'auiriis subirent le même sort.

Cependant le froninenieni^t ent Itt «age^se d'alléger les charges les plus onëreuses du peuple des campagnes, d'augmenter de seize le nombre des famées secrètes , et il pi^omit de remplacer a Tayenir par trois nouvelles chacune de ces familles qui s'^éteindrait.

Troubles dans Vévéché de Baie , dans le Pays-de- Vaud et dans les Gtisons.

CDe Tan 1790 à l'an 1794.)

Peu d'annëes après ces ëvënemens, il s'ëleva dans le voisinage de la Suisse un orage qui menaça les pays et les trônes de toute l'Europe. En France, la mauvaise économie des rois avait extrêmement accru la. masse de la dette publique et par conséquent la misère du peuple. Malgré rénormité des contributions et des impôts, il manquait chaque année l400 millions de livres , pour payer les intérêts de la dette publique et pour subvenir aux besoins du royaume. Les riches couvens , les nobles et les princes refusaieot de contribuer pour leur part aux dépenses nationales, et le peuple épuisé était réduit aux abois. A la cour du roi et des princes, dans les châteaux de la npblesse, dans les abbayes opulentes et dans les grandes villes on ne voyait que fêtes, magnificence, plaisirs; dans, les cabanes des laboureurs régnait la plus profonde misère. L'empire de la loi était remplacé par celui de l!arbitraire ; le règne de la religion , par la moquerie et llincrédulîté parmi les grands , par la superstition et Tignorance parmi le peuple. Cet état de choses plongea' la France dans un abime de maux.

Une fois que la. cour dissipatrice ne put plus fournir k ses dépenses , ni le peuple payer ses iinpôts , rédifice du gouvernement s'écronla* Les états généraux , assemblés par le roi pour lui donner conseil et» secours, abolirent les prérogatives de la noblesse et du clergé. Le peuple se souleva, et rasa les prisons. Les châteaux des

seigneurs ifenorei^ In proie îles .flammes. On conrèrtit en bienâ nationaux les biens An clergé, dont la vtfkfwt s'ë« levait à trOM mille millions de livres» Ëffirayés, les princes, les nobles, les prêtres abandonnèrent en bâte lenr patrie» Plusienrs vinrent en Snisse , plusieurs allèrent implorer le secours des rois étrangers. Les rois s'arn^^rcnt et firent des menaces ; les Français saisirent l'dpée et s'écriërent : yNous sommes maîtres chez nous!**

Ces ëvënemens diluèrent les opiliions du çionde entier. Partout les gouvérnaos et les privilégiés accusaient les Français d*in|usticé| partout ceux qui avaient ^ se plaindre de leurs gouvernemeDS on de leurs souverains -applaudissaient au courage du peuple français.

C'est ce qui arriva entr'autres alors dans Vcvécbé de Bîile, où le prince-évéque, Joseph de Rogguenbach, vou*lut empêcher les couimunes de s'assembler conformément k leurs lois. Ses sujets persistant k maintenir leurs drpits» révéque appela les cantons k son secours ; mais ceux-ci se montrant peu disposes k prendre part k ses démêlés , il supplia Tempereur (1791) de faire occuper ses états par des troupes. Les Confédérés s'opposèrent d*abord a.u passage des bataillon^ autrichiens sur le sol helvétique ; néanmoins ils y consentirent k la fin. On ne prévit pas lès conséquences de cette démarche, quoique le conseiller aulique de Rengguer, chargé de porter la parole au nom des états-généraux de Févéchë,' eût de'claré que le ti'aité de révéché avec la France (conclu en 17ô1)' autorisait les étal^ k faire venir des troupes françaises en nombre égal k cehii de la garnison autrichienne. — Cependant Vévêquc avait repris tout son pouvoir. Kenggucr fut obligé de fuir; d*aulres qui pensaient comme lui furent condamnés sans miséricorde au carcan et k une prison perpétuelle.

L'année suivante (1792) éclata snbiteiàent la guerre entre la France et FAutriche. Des troupes françaises entrèrent dans révéché de Bâle et en chassîirent les garnisons autrichiennes. L'evéquc épouvanté s'enfuit k Bienne, û\ix il flut obligé de s'eufttir de nouveau. Personne ne le secourut. Mieux eût valu ne pas irriter son peuple.

Les Français respectèrent prudemment f Erguel et le val de Mouticr , parccque ces deux pays avaient depuis des siècles une alliance défensive avec Berne et Bienne.

Mais ils occupJâreBt î« Porrentmi et les pairties d« Tëvéchë qui tottcfanient de plus près à rca&pîre. Le eonseîller auliffue de Rengguer rentra dans sa patrie. Il mit tout le pays en monyemetit par le moyen de soia parti. Les employés ëpiscopaux furent chassas, Jes revenus du prince, coniisqu^s. Lorisque le roi de France Louis XVI eut été dëtrônë par son peuple , et le royaume converti' en rë- . publique, Rengoruer planta aussi l'arbre de la libertë. Les députes des communes s'assemblèrent autoar de ce signe de la liberté nouvelle de leur pays, et abjurèrent \ jamais toute soumission It Tëvéque, toute alliance avec l'empereur et l'empire. Us érigèrent leur petit pays en république qu'ils baptisèrent du nom de Rauracie.

Mais il s'éleva de grands désordres. Chacun prétendit commander, personne ne voulut obéir. Les partis se persécutèrent. Bien des «ens demandaient la réunion de leur pays à la F.^ance. Rengguer et $es adhérens, voyant qu'ils ne pouvaient se soutenir plus longtemps,- abandonnèrent l'existence de leur ^^^blique de trois mois; le 7 mars 1793) l'assemblée d^^euple de l'ëvéchë de Bâle décréta son incorporation h la France , qui eut lieu immédiatement après. L'Ërguel et le val de Moutier demeurèrent intiacts et indëpendans , en considération de leur alliance avec Berne« *

Les Suisses eussent peut-être volontiers protesté cobtre ce démembrement, d'autant plus qu'ils n'aimaient point les Français. Mais dans le sentiment de leur faiblesse, sans union entr'eux, pleins de défiance envers leors sujets, les cantons n'osèrent rien dire. C'est potirquoi Us ne se [.ermircnt aucune observation lorsque rëvécfaé de B41e 'fut détache de Fa Suisse; ils se contentèrent aussi de consoler Fëvëque et ^e le combler de politesse lorsqu'il so présenta devant la dfète helvëtique à Frauënfeld pour réclamer la neutralité suisse.- Le peuple de Paris ayant assailli le palais de son roi et, après un combat sanglant, ëgorgë les f!;ard es-suisses qui le défendaient (40 août 1792), les Confédérés hasarderait k peine de «-en plaindre. ^

Des guerres, des révoltes; des combats^ des victoires, remplireiit de leur' brui* ït monde entier^ Les Fraii^s promirent dit sccdàrs è¥<^RilèreBt le nom de frèreî» k tdus les peuples asse^ généreux pibur reconquérir leur liberté.

Ils iirent to]iii»er la itl9. ée i^ar soi (jani&^VL Lenrs armes victorieuses ira versèrent la Savoie , les Pays-Bas et passèrent le Khin. L*orage ettveklppl^t 4e tontes parts et menaçait de plus en plus le peuple q«i habitait au seiu des Alpes.

Cependant les gouvcrnemens de la Confédération ne prenaient aucune miesure pour éloigner le danger; ils se croyaient en sûreté derrière le bouclier de Tinnocence et le rempart de la neutralité.. Ils n'avaient point d'armes et ne faisaient point de préparatifs ; ils u avaient point de force et ne fortifiaient pas les liens de la Confédération. Chaque canton s'occupait timidement et en silence de son propre dan«;er, peu inquiet du danger commun. Fxibonrg, Berne -et Soleure s'unirent toutefois pour une défense mutuelle» mais c'était contre le mécontentement de leurs sujets et non contre les armes de leurs ennemis.

Déjà depuis Tannée 1782, Ber|ie était en d.«Téren^d avec le Pays-4le-Vaud au sujet de contributions pour la réparation des grandes routes qui coi^usent à la capitale. La ville de Mortes avait tiré de seAvchi^:es des documens (1790) pour prouver que le Pays-de-Vaud entier était exempté de toute contribution. D'autres communes rap^pelbrent d'autres droits que les Bernois avaient laissés tomber dans l'oubli pendant le cours de plus de deux ^ècles. T)es écrits de toute espèce réveillèrent le peuple* A Lausanne, h Vevay, à Rolle, ailleurs, des ieuncs-genjs pleins de feu buvaient dans des assemUées bruyantes au succès des armes de la France émancipée* — Quoique rcMrdi*ej)ubUc. ne fut troublé nuUe part, le gouvernement de Berne crut devoir airéter- cet élan par des mesures sévères, et commander le silence par la terreur^ Il envoya des plénipotentiaires soutenus par la force armée. Des coupables» si l'on veut les appeler ainsi^ et peut-être aussi des innocjens furent ^carcérés; plusieurs prirent lafoite. Les Vaudois se turent, la rage dans le coeur. Les fugitifs respiraient la vengean/ce; p^r Içurs* lettres , par des brochures» ils soulevaient jles esprits de leurs concitoyens cfintre une autorité longtemps vénérée* User k propos de i^l^knence et de sévérité,, se défendre de la hauteur au Uk9 de la ) piUssance, ^de la tôpheté dans les circonstances

4^f6«për^t«, .est Fart le ]^m iiQicHe pmic les dépoHtmix&i 4iii pMivaii^

Cet art fut soaveat négligé 4ans 1^ république des Grisons, où ies aDcieas^ psrti^ se querellaient encore , moins pour la perte que pour l'abus de la liberté. Les familles les plus nobles de cette contrée , parmi lesquelles brillait au premier rang la maison des seigneurs de Salis, étaient depuis longtemps en possession des emplois les plus lucratifs et des revenus du. pays. Elles aâ'ermaient à vil prix les péai^e^ des Grisons, seul revenu de Tctat; elles ^ occupaient et les places de capitaines et de colonels dans les troupes grisonnes au service étranger, et les magistratures ie la Valteline, que les communes^ des Grisons mettaient à Fenchère tous les deux ans et qui enrichissaient toujours les acbeleurs, parcequ'ibc vendaient la justice dans cette province.

Mais d'autres familles-'distingttées et respectables, les Tscharner, les Bawier, les Planta s unirent pour disputer aux de Salis la possession exclusive de si grands avantages; ils firent monter h l'enchère le prix de la ferme àçs péages de 16,000 à 60,000 florins (i7$7); ils demandèrent .que les promotions des officiers aa service de France ne fussent plus ai^bitraires , mais déterminées par Fancienneté des services. Les sujeto de la Valteline, gémissant sous une oppression tyriàintqae,' élevèrent en même temps des plaintes contre Finjustice et la vénalité des magistrats et contre la violation de leurs libertés héréditaires et lé^i^imes. Ces griefs allumèrent entre les 'deux partis une haine irrécoiiciliable ; ils s'accusèrent ré'cipro- ' quement devant le peuple. * • . i » ' •

Tout ce qui arrivait de mal, ils se le reprochaient Fun h Fantre. Un ambassadeur français, Sémonvfile,^tra:rçrsant la Valteline pour se rendre à Venise, f^t pris en traluson et livré aox Autriehiens (i79S) ; on «fttribua ce cr^e au p«rti des Salis. Uy envyeti de tcmyps après mte disette de blé dtfns lés Gi*ison»i^on' accusa le pari^i des Planta de vendre le blé aux'Fraaçiiir, et le peuple, travaillé par des menées secrè^s^ se souleva contr'eux (1794).

Les trois ligues députèrent à Coire trente-détix homnifs qui se constituèrent; en assemliâéedeB élMs^énéta^, pour examiner les griefs de^deox partis; heà PI$nU se

jastiUètent , dtri^rent hiébiletti^iit rindîgnatiôii - pi)fali<fae contre leurs adversaires, et demandèrent leur ]mnitioii«et la reforme des. abus. Un tribunal impartial condamna plusieurs des accasé» k des amendes et a tles restitations» d'autres k YexiL

Partis à Genève; excès,

(Jusqa'à l'an 1797.)

Cependant Forage de la guerre avait ëbranlë k moittë du monde , et le Mug humain, arrose la terre et teint 1rs flots de la mer. Les rois avaient furë la perte de la Franco, et la Fraace, 4a perte^des rois. La Confédération, encore intacte au milieu des puissances belligëranteis avait place un cordon aux frontières , plutôt pour marquer les limites de son teiTitoire qnè pour le défendre. Mais les vrais amis de la patrie appréhendaient Tavenir : car jamais runion des membres de la Confédération et Taccord entre les gouvernemens et la nation n'avaient ét^ plus nécessaires, ni plus rares.

Un esprit de . mécontentement agitait €reoève à.é\k dépnis un siècle; les bourgeois voyaient de mauvais œil l'ambition de quelques familles nobles. Â {>Ius d'une jreprise la ville fut témoin de scènes tumultneases et sanglantes. Lorsque la bourgeoisie mécontente se plaignit pour la première fois en 1707 qu'un petit Bcombre de fa- • aiillcs^ étaient conâlamment en pOti^ession des premiers e^iplois, que le conseil aimait weux gan^erner arbitrai* reuMU^ que de peirfecti^nner les lois» et que dana les affaires , importantes il n? consultait plus la commune ; le .conseil réclama d'abord Vinterventien de la. Confédération, puis une garnison de Bernois et 4o Zuricois, et, protégé par d^s armes étrangères, il dégrada, bannit^ fit pendre ou fusilier les principaux, défenseurs desdjroits du peuple.

W sai^g répandu tftrtt^ mais aigrit la bonrgeoisie, et. augmenta tetteaMn:^ l'insioknte. £0rtéj dn conse^ fpi*il n'eut pas bpnte 4'aUaqner lea bases, de la x^ffinblique» et

que, àè «a~plèioe antorttë, il crcTa de ndnveanx impôts pour fortifier davantage la viUo. Micbeli du Ci-^st; meti^bre du grand-conseil, parla contre ces mesiires ; la bourfçeoisie entière unit sa voix k celle de ce citoyen généreux. Le conseil le condamna à une prison perpétuelle (1731), et les Bernois, protecteurs de Genève, se firent les exé^ cuteurs de cette sentence, et enfermèrent Micheli du Crësl dans la foiteresse d'Arbourg. 11 y eut après cela plusieurs soulèvemens encore; Zurich et Berne s'interposèrent chaque fois entre le' gouvernement et ia wation, mais ils ne parvinrent pas à rétablir 1* paix. L'animosïtc das partis t'accroissait de jour en jour. On alla jasqu a se battre et k s'assassiner dans les rues (1737). A la fin pourtant le repos sembla rétabli , après 'que les députes de France , de Berne et de Zurich (1738) eurent restreint par un édit les prétentions du petitrconseil et de la noblesse et pris des mesures sages qui obtinreiàt l'approbation du conseil et de la bourgeoisie.

Mais une nouvelle haine éclata (1762) lorsque le conseil fit déchirer par la main du bourreau deux ouvrages de Fillustre philosophe de Genève, Jean Jaques Rousscau. Une partie des bourgeois s'éleva contre cette mesure. De Ik deux nouveaux partis ; Tun , celui des Rcprésentans , prétendait que le conseil devait recevoir toute plainte dirigée contre lui et la transmettre k l'assembla générale des citoyens qui en connaissait; l'autre parti, celui des Négatifg, soutenait au contraire que l'assemblée des citoyens n^avait aucune juridiction sur le petlt-conséil. Ce sujet de dispute en lit naître cent autres , et les désordres et les attronpemens ne cessèi'ent qu'à une nouvelle intervention de Berne, de Fribourg et de îa France. Pour se soustraire à toute influence ëlrangère , le conseil et la bourgeoisie s'arcordèreut promptement (1768); le gouvernement concéda aux- bourgeois la nomination de la moitié des nouveaux membres, à chaque renouvellement du grand-conseil, et entre autres privilçge.s, celui de révoquer annuellement quatre membres du petit-conseil qui perdraient par cela mféme pour toujours leur droit d'éligibilité. On accorda aussi plus de liberté dans l'exercice de leur i&dustrio aux habitans nés, dont le.* familles étaient établies k Genève depuis longtemps et qui dans toutes les occasions avaient

prouve lear attachement aux iMiirg^ij^ on pearnuiméme au goaTeraement d^octroyer chaque ann^e à quelque-mi s de cet hahilaas k droit de bourgeoisie, i

Cette r<$conciUation ne fut pas de longue durée, parcequ'elle avait eu sou principe dans la crainte plutàt que dans une affection sincère. L^W^ueil des familles régnantes s'indigua bientôt de leurs concessions. Avides de rc- |U'£'ttdi*e la ifouveraiinetë , elles briguèrent Tassistance de la cour de France, et jetèrent du loUche sur les promesses faites aux habitans. Le ministre français Vergennes, jaloux de Tindustrie flori&saDie de Genève , qu'il eût vouki attirer en France, iaterviut dana la querelle. Pour favoriser la discorde el pécher en eau trouble» il animait par de brillantes promesses les nouibreux habitans contre le pu-ti populaire -ou des Représentans. Dès que ce parti décou%Tit ces iotrigues , il courut aux armes , occupa les portes de la ville et désarma les habitans. Toutefois pour les gagner , H eut' la sagesse de leur restituer tous leurs privilèges précédens et de leur accorder presque^atiiant de droits qu'en avaient les bourgeois. Cette oonventiou fut conlîrmée par ledit du 10 février 1761.

Ce coup ^o parti affecta vivement les familks rasantes , leurs adhérens les Négatifs et la cour de Versailles. Pour 'inspirer de Tefiroi à ses adversaires , ce cabinet lit avancer 600 hommes iusqu'à Versoix, dans le voisinage de Grcnève ; mais Zurich et Berne furent offensés d'une telle démarche. Ce n'était pas h la France qu'appartenait la garantie armée du- traité de 1738. Les deux cantons se déchargèrent de cette garantie; la France ne voulut pas en rester chargée seule; ainsi le^ Genevois demeurèrent libres de débattre leurs querelles entr'eux, . Comme tous les partis se trouvaient à la fois accusateurs et }uges et que le gouvernement: travaillait avec une constance opiniâtre à reconquérir par la ruse et par la force ses anciens privilèges , le feu de la haine des bourgeois et des habitans devint promptement un vssie incendie. Le gouvernement avait fait distribuer en. secret des grenades k la garnison. Mais les'boorgeois et les habitans se rendirent maîtres des portes de la ville, tuèrent plusieurs soldats,, cassèrent le. grand et le petit-conseil, et en nommèrent un nouveau , choisi dans le parti des Re-

furéseatans* Pluikvrs mesures de l'anciçA gouvernement prirent la laite. Mais la France et Berne déclarèrent qWdlea ne sboffiriraient pas qa'on gouvernement fût des^titnë par des rebelles. On lit partager au roi de Sardaigne les ni4me sentimens. Des troupes françaises , savoyardes et bernoises s/avancèrenl* donc en même temps contre la jriUe (mai 1782). Zurich seul ne prit aucune part à. celte mesure. Grenève rempli de diasensioas ouvrit bientôt ses portes.

La France soutenue par Berne lit la loi; Fanétengouvernement fut réintégré dans tous ses pouvoirs ; le parti des Négatifs devint victorieux et la bourgeoisie perdit en ^ande partie les droits dont elle avait joui jusqu'alors. On exigea que rassemblée générale des bourgeois adoptât la nouvelle organisation ; mais à peiAe cinq cents citoyens eurent-ils le droit de suffrage; tous ceux qui avaient pris une part active à la dernière révolution furent exclus de rassemblée. Sur le cinq cents votans, cent treize refusèrent de donnfr leur voix pour Tanéanlissement de la liberté genevoise.

, FtTotégé par Berne, par la Sardaigne et par la France, le gouvernement défendit les sociétés closes d'hommes , les exercices militaires des bourgeois, les livres et les brochures, sur les derniers événemens , et porta la garnison è i200 hommes, dont il confia le commandement à des officiers. étrangers. Tel fut le joug accablant soi^ lequel les Genevois furent conti*aints de plier leurs têtes. Beaucoup de citoyens émigrcrent, le cceur enflammé de vengeance contre leurs oppresseurs. Dès ce moment le mécoontentement et la haine habitèrent dans'l^s murs de Genève.

Une domination injuste ne saurait prospérer longtemps ; ni lesi bayonnettes ni les condamnations de livres redoutables ne détruisent dans les cœurs l'amour si naturel de la liberté. An nu^is de janvier 17S9, le gouvernement haussa le prix du pain , tandis que toutes sortes de maux pesaient déjà sur la ville ; sur le champ le peu|>le donna Tessor à stk furepr longtemps comprimée. Les bourgeois s'anuèrent anssi bien, qu'ils purent contre la garnison mercenaire , .se servirent au lieu de canons de pompes à feu, et d'eau bouillante^ et jnirentçn fuite les satellites de la tyrannie.

Le goavemtiinent ^pouTianté rétablit k ^x da pain, |>ronk de corriger la constitutton , de diminaeï* la garmsfOA, de rendre les armes aux citoyens, d'abolir l«8 impôts onéreux, et d*accorder le droit de bourgeoisie aax ^mi)}^ d'habitans établies à Genève depais quatre^ géYHk*ations. Toutes- ces promesses reçurent leur exécution. On obtint de Berne et de Zurich le renouvellement de leur ancieiiiie alliance a\ec Genève; la joie rentra dans tems les ctiBurS et brilla sur tous les vi&ages.

Le gouvernement s'unit d'autant p]«s volontiers et plus intimement avec le peuple, qu'il ne |touvait ' attendre au<cun secours de la France; où la nation s'était soulevée contre le roi. D'ailleurs les paysans ées villages soféts de Genève , les babitans nés- et les haliitans plus' noureaux commençaient ^ s'agiter et h demander l'égalité des droits. Il y eut plus d'une Ibis des voies de faitr mais la bour*geoisie tint constamment le parti du got^vernemeitt* Cependant la fermentation augmentait. Quek[ues Gene^rois émigrés ou baivnis qui s'étaient établis en France, pour se venger de Genève , cherchaient à opérer sa réunion avec la république française. Le résident finançais k Genève, Soulavie, animé du même désir, se ût un paHi et encouragea sons mains les paysans et les babitans de la ville, exclus du droit de bourgeoisie, h renverser lé gouvernement et la constitution , l«w^ disant que le règne de l'égalité des droits était venu. H'aillenrs Tindustrie était morte, le peuple n'avait pas d'ouvrage^ et on lui promettait le pillage des riches.

L'^armée française qui voulait pénétrer en Savoie et en Italie (septembre 1792) approchait de Genève, au moment de ces troubles. Genève, dans sa terreur, implora, en vertu de son alliance , le secours de Berne et de Zurich. Ces deux villes y envoyèrent dei troupes, ^'eUes retiré^ peut aussitôt parceque l'armée s'éloigna et que le gouvernement français faisait des menaces. A peine les troupes étrangères eurent-elles quitté les frontières, <iue les 'babitans non bourgeois et les gens de la campagne t'armèrent et s'emparèrent tout-k-coup de Tarsenal (décembre 1792). Un grand nombre de bourgeois mécontens tirent cause commune avec eux. Dans une assemblée générale, . a iaqueOe les autres bourgeois furent contraints d'assister,

on dépota le grand et le petit conseil, «t on les remplaça par nncomili^ de saliU. public, par an cemité d'administration, et par une convention nationale, investie du pouvoir It^gislatif. — Ainsi Tordre établi est renversé; les crieurs et les tapageurs sont les maîtres ; le nom d'aristocrate rend odieux quiconque ne partage pas leur démence ; plu» de lois, plus de justice; la fureur règne. Tout comme en France le peuple , avide de sang et de pillage eut longtemps le dessus , ainsi , dans la maJheurcuse ville de Genève, il devient le maître et ne connaît plus de borner dans ses excès* Le repos et la sûreté disparaissent.

Pour anéantir les soi-disant aristocrates , le parti des révolutionnaires, excité par ler.éinissaires des jacobins de Paris et soutenu par les troupes françaises qui environnaient Genève , ainsi que par le ministre français qui résidait dans Res murs, s'empara dans une nuit d'été (le IS juillet 1794) de l'artillerie , et par ce moyen de toute la ville ; il |eta dans lés prisons près de six-cents citoyens des plus respectables , des magisti*ats, des savans ; quelque-nns furent assassinés ouvertement, d'autres clandestinement Un tribunal révolutionnaire fut institué pout juger d'autres

E revenus; il en comdamna à mort près de quarante, an annissement près de cent , et ordonna la coniîscation des biens des uns et des auties. Il y eut beaucoup d'autres condamnations encore : fers à perpétuité , prison temporaire « exil , mauvais traitement , tout fut à l'ordre du jour. Ces assassinats, ces exécutions, ce pillage durèrent deux ans, avec quelques intermittences; pendant ce temps les nonveaui^ maîtres dissipèrent et mangèrent la plus grande partie de. la fortune de r£tat et des particuliers dont on avait confisqué les biens.

Lorsqu'en France^ le peuple fut revenu k des sentimena plus bumains et le gouvernement républicain k des principes de nM>dération , tons les partis dans Genève se déclarèrent f alignés des horreuri^ de l'anarchie. On se rallia aux hommes de coeur amis de Tordre. Alors le règne du désordre cessa. Les exilés revinrent* On rétablit la constitution de 17«S2, d'après laquelle les anciens et Içs nouveaux bonrgeois, les anciens et les nouveaux habitans, ainsi qne les campagnards nés sur. le sol genevois jouissaient de Tégalité des droits. Cela arriva vers ia un de i796. La paix et

hi réconciliation furent i>roelamëes encore une fois» Genève retrouYa le repos aprè« de longes orages ; OMis cefot pour peu de temps.

Moiivemens dans Tancien pays de Saint-GaS, Sagesse de Vdbbé Béda, Xtoubles sur les bords du lac de Zurich. . .

(Jusqu'à l'an l'797«)

Cependant la gaerre toujours plus ardente des s6u* verains contre le peujile français s'approchait de pltis eh pins de la Saisse. Dn haut des Alpes on entendait le tonnerre des canons en Italie , en Souabe , svr les borda dm Rhin. Mais les gouvernemens de la Gonfëdëration semblaient ne pas appréhender le danger qni tonjours menace les faibles placés entre des voisins puissans qui luttent ensemble.

Les étendarts de la France flottaient victorieux en Savoie, dans les Pays-Bas, en Lorraine, en /Hollande, sur le sol de FAilemagne. Partout où ils paraissaient on voyait fuir souverain)» , princes, comtes , gentilshommes ; car ces étendarts étaient pour tous les peuples le signal de leur liberté. Les gouvernemens de la Suisse parent li peine contenir la haine et le dédain que leur inspiraient les vain-» quenrs. Dans leur sécurité orgueilleuse, ils méprisaient même Pagitation croissante de leurs sujets , qa*enflammait Fespérance de la> liberté.

Dans les anciens états de l'abbé de Saint-Gall, le peuple se souleva contre la domination de Fabbaye. Il ne supportait plus de se voir priré de ces droite, accablé de contributions extraordinaires, de charges toujours nouvelles, de Hstes civiles et des corvées de la servitude la plut honteuse, tandis que Fabbaye, de jour en jour plus ndie, aggrandissait constiminent %eê domaines et que les etelé-

9ta«tiqiie6 ef les fonctionnaires dëpendsins de labkaye ne contribuaient point aux impôts. "

Cinq communes prenant conrage di^libërèrent ensemble qnels justes griefs elles présenteraient a Tabbë. Peu après, tout le bailliage d*Oberberg se joignit k elles. La multitude de ceux qui , à tort ou avec raison , faisaient des plaintes s'accrut chaque jour , ensorte que le nombre des griefs 8*ë]eva jusqu'à soixante. Les communes s'assemblèrent, choisirent un comité et tinrent conseil à Gossau au. mois de mairs 1795. A leur tête se trouvait un homihe de tarent, cloquent et courageux, Jean Kun'zli; il conduisit tout avec pmdence. Les communes signèrent toutes l'écrit oii les griefs étaient exposés et le présentèrent k l'abbé.

L'abbé, qui s'appelait Béda Anguehrn, prince aussi bon que sage, 'Connaissait d'autant mieux la misère de ce pauTre peuple, qu'il était lui-même le fils d'un sujet de l'abbaye, d'im paysan dLu> village de- Haguenwyl dans l«.Tfanrgovie. n aurait volontiers soulagé ses malheureux compatriotes, mais de tous les ecclésiastiques de Tabba^re deux seule* uient partageaient ses sentimens et ses idées. Les autres, s'élevsint contre le peuple, disaient: ^ C'est la ce vertige de liberté qui ' travaille la France. Si le peuple ne vent pas rentrer dans le silence et dans lé dé voir, les gouvernemens conféd4fré8 , qui nous ont si sauvent assistés contre nros sujets, nous prêteront encore secour^.'^ Ils s'opposèrent donc aux vues sages de^Béda , dont ifs troublèrent tellement les jours qu'il prit déjk de bonne heure (en 178S) la résolution d'abdiquer sa dignité. Mais le pa2>e Pie VI ne consentit pas alors à son abdication ; dans une lettre sévère du iê août 1788, il ordonna au chapitre de te. tenir tranquille* Les chanoines entamèrent des négociât ioxL<i ^'ils trainèrenl en longueur k dessein, pour fatiguer Repeuple.

Le prince-abbé, qui découvrit leur astuce, àii anx moines : „Le temps oh, nous vivons ne permet pas aux gou* vernemens de lutter- contre les peuples ; il faut que les uns et les autres s'unissent pour attendre le jour du danger commun ; si donc vous repoussez nos sujets , je me jette seuls dans leurs bras.^^

C'est ce qu'il fit. D accorda au petrplé des privilèges importans (novembre 1795), le droit d'élire le conseil du pays et le conseil de giïerre ; de- se réunir en assemblée

générale, de Bommer les «uioritës municipales et de >a» cheter les charges qui pesaient sur lut* Il abolit la ser^ vilude, ordonna qoe les ecclésiastiques et les fonctionnaires publics payassent des impôts et dëfei^dit aux conven» d'acheter des terres. — Tai^t de prudence unie k tant d*hnmanil<$ répandit la joie dans tout le pays et fit bénis le nom du sage Béda. Les moines accédèrent peu de temp» après an traité conclu entre le prince et le peuple ; mais ce ne fut qu'en apparence. Telle était leur perfidie que , ^esque a la même heure où ils signèrent leur adhésion , ils dressèrent et signèrent un acte secret (20 janvier 1796), par lequel jls s'engageaient à défendre leurs droits contre leurs sujets rebelles; c'est ainsi qu'ils les appelaient. Par le ils crurent annihiler légitimement leurs promesses publiques et pouvoir reprendre dans un temps plus opportun ce qu'ils avaient été contraints de cëd^ dans les cir« constances .présentes. Lea cantons protecteurs de l'ahbaye désapprouvèrent aussi , dans le secret de lears pensées , la douceur du pieux prince envers ses sujets. Néanmoins , ne pouvant s'opposer aux concessions qu'il avait faites , ils finirent par les ratifier C^ût 1797)^

Pendant que ces choses se passaie^, des mouvemens semblables avaient lieu parmi les habitans des deux rives du lac de Zurich , impatiens detaire revivre leurs anciens droits. Mais leur entreprise les entraîna dans leur raine»

Zurich avait toujours gouverna avec justice et avec prudence les communes soumises k la ville , et tout en Ins tenant dans une dépendance respectueuse , avait rendu le canton florissant par la sagesse de son administration. Les sujets n'avaient que rarement è se plaindi^e d'actes barbares ou violens, ou de la vénalité de magistvats^ avares* Depuis que deux citoyens vertueux de la ville, Jean Gaspard Lavater et Henri Fuss li , eurent intenté publiquement une accusation à Félix Grebel, bailU de Gruninguen« coupable d'injustice (176^), et retirent obligé de «(uitter honteusement sa patrie, personne ji'osa pluk marcher sur les traces de cet odieux magistrat. ^

Mais un autre sujet de douleur affligeait ce pays et surr tout les contrées des bords du lac; c'étaient les privilèges des corps de métiers et le droit exclusif de la ville de faire le commerce; car les paysans ne pouvaient exercer dans

les villages que les métiers les plus indispensables , faire d*aatre commerce qae celai du vin et da Më ; les f abricaus de toile' de coton , si nombreux dans les campagnes da canton de Zarich, étaient obligés d'acheter le coton brat k la ville, et de ne le vendre qu'à la ville après Pavoir fabriqué. Les'toiles qu'ils fabriquaient même pour leur usage, ils devaient les vendre aux bourgeois de la ville , de .qui ils les rachetaient blanchies et imprimées. Le paysan était exclu de tous les emplois ecclésiastiques et civils, réservés poiir les seuls iils des citadins. Le ûls du campagnard f condamné éternellement au labourage, à la eulture de la vigne ou au métier de gagne-denier dans les magasins ou les fabriques de la capitale, ne pouvait jamais sortir de la poussière.

Mais lorsq-ue la liberté triomphante du peuple frâiiçais eut aboli la différence entre les nobles et les roturiers, entre les villes et les campagnes, beaucoup d'hab^tans des rives du lac de Zurich , enflammés d'enthousiasme par cet exemple, s'écrièrent dans leurs- assemblées: ^Pourquoi n'en est-il pas de même parmi nous ? On nous appelle £>uisses libres, et nous sommes les vils sujets d'une cité! La servitude déshonorante afflige nos contrées ! ^^ De pareils discours échauffèrent les esprits. Quelques bombes du village de Staefa ^propagèrent leurs idées sur les droits éternels du peuple, stir les services' que les paysans rendaient à la viUe, et ils prétendaient que Zurich devait enfin la liberté à ses su^ts. On composa, pour le présenter au gouvernement, un mémoire où Ton réclamait pour les habitans des campagnes le droit d'aspirer aux emplois aussi bien que les citadins, la liberté générale du commerce et de l'industrie , la faculté de racheter les impôts fonciers, ainsi que d'autres droits -encore C*794). Mais de pareilles exigences ne pouvaient être satisfaites c{ue par l'abolition des maîtrises- et des corps de métier, ainsi que de l'ancienne constitution de la capitale, analogue aux constitution:: des villes impériales , et qu'on jurait chaque année d^observer fidèlement.

.. Ce mémoire 'envoyé de commune en commune fut reçu «t signé partout avec acclamation. La ville ne tarda pas à l'apprendre ; aussitôt les prompteurs les plus actifs de cette mesi^re furent mis en prison et punis avec la der-

niërc rign^ur comme auteurs d'tiâe rébellion ; quelques^uns furent exilt^s do la Suisse, d'autres condamués è de fortes amendes et k l'inlerdietion civile (13, janvier 1795)»

La punition de tant de mëcontens en augmenta le nombre. Cependant quelques membres du conseil de Zuricb leur déclorèreixt, pour les appaiser, que s'ils pouvaient appuyer leav demande sur des doi^umens et d^s actes, ils trouveraient en eux des soutiens. ^

C'est pour({uoi dans rassemblée annuelle de la commune de Stœfa (mai 1795) quatre vieillards, des plus avancés en âge, se levèrent et dirent: „No3 pères n#us ont appris que les archives de la commune renferment des actes signes . et scelles qui assurent au peuple des franchises qu'on a laissé perdre dans le cours des siècles* Il faut les oherchet et les e^caminer.'* — La défense que le bailli et le secrétaire baillîval firent de parier de documens pareils ne fut capable ni d inUmÀdoi* ni d'arrêter le peuple. Ou trouva dans un moulin la convention perpétuelle faite en présence des Confédérés , arbiU'es ejilre la ville de Zuricl^ret la campagne, l'an l4$9, le jour de l'exécutian du bourgufuiestru Waldmann. r^ Ce traité, qu'aucun acte subséquent n'nvait aanuUé et .que»l<f» Confédérés avaient pris .soleaneilement squs leur garantie, éiablisisait la liberté générale de ricdustrio et du commexHîe. On tr4*ava de plus un acte.iait: après, les jmalbeui*fi ^ la guçrre de Cappei (1532;) en faveur de k campagne,, par le bourguemestre, fïar le conseil et par les deux-cents de la viUe de Zurich. Cet acte confirmait aux paysans toutes leurs franchises précédentes et leur accordait même, la participation.au gouvernement, „ ,. , ... . ,

Munies de ces actes, les communes de Stijefa, de Kussnaeht, de Horguen , d^ Thalwyl, d'Ehrlibach et auli-e^ députèrent vers leurs baillis et leurs premiers magistrats pour demander respectueusement;.^ si ces actes avaient été annullés par des ordonnances postérieui^es , ou s'ils conservaient encore force de loi/* Le^ députés furent renvoyés sans réponse; le gouvernement ne voulut nier ni affirmer la validité de ces actes, vu que l'un et l'auti^e de ces partis lui paraissaient, également dangereux. Toute cette affaire fut traitée comme une sédition et ses auteurs cités à la ville pour rendre- compte de lerir conduite.

Cotix qui furont cités ne comparurent poiat. Pour excuser cette désobéissance, les communes, et surtout Staefa, déclarèrent qu'elles n'avaient confié à personne le droit de les jnstiâer ou de négocier en lenr nom ; qu'elles priaient le gouvernement de traiter avec elles-mêmes de ces intérêts publics. Une telle résistance excita le courroux de la ville. Elle arma; toute communication avec Staefa fut interrompue. Beaucoup de gens originaires de celte localité furent renvoyés de Zurich. Un dimanche matin (5 juillet i795), pendant que le peuple de Stœfa était assemblé dans l'église , 2500 hommes de troupes zuricoises , munis de pièces d*artillerie, entrèrent dans le village paisible.

Le gouvernement lit publier la déclaration suivante : „Vos actes et vos privilèges sont nuls et annullés ; cor l'un, donné dans un temps où l'autorité légale était suspendue , ne fut consenti par les sept cantons protecteurs que pour prévenir de plus grands maux; l'autre n'était valable que pour les circonstances du moment, et son elïet a cessé avec elles. Aussi ne tronve-t-on nulle part que le8 dispositifs de ces actes aient été exécutés ou que l^ur non exécution Sft donné lien k une plainte quelconque dans le cours de trois siècles.'^

Telle fut la déclaration de Zurich. Les sept cantons , témoins et garans éternels de l'acte ainsi anéanti, im- ]>lorés par les communes lésées, gardèrent le silence. Glaris seul , iidèles à l'engagement de ses ancêtres , exhorta Zurich à s'appuyer plutôt sur la justice que sur la force, vu, dit- il , que la seule base solide d'nnt état est la confiance mutuelle des parties qui le ^composent, et la certitude que chacune d'elles jouit des droits qui lui appartiennent.

Les habitans de Staefa, désarmés, environnés de baïonnettes jurèrent solennellement de renoncer k leurs titres. Tous ceux qui, dans ce village et ailleurs, s'étaient montrés actifs pour les intérêts des communes fureht condamnés, les uns à une prison perpétuelle, d'autres à une captivité de dix, de vingt ans, d'autres à une détention dans une maison de correction, d'autres an bannissement, d'autres à être battus de verges, d'autres enûn k des amendes énormes. La commmne ^e Stœfa, après avoir supporté

plusieurs mois la char^çe d'onl^ garnison miliuire, dut payer encore 7S,000 florins de frais. L*un de ses magistrats et de êeê citoyens les plus âgés et les plus respectables , le boursier Bodmer, dont les cheveux avaient blanchi dans la carrière de la vertu , fut conduit à Zurich sur l'ëchafaud, et le bourreau passa au-*dessns de sa tête le glaive de la justice, en signe qu'il avait mérite la mort. Son crime était d'avoir insisté le premier sur la recherche de^ documens. Puis il fut ramené en prison où il devait rester {usffu'à la fin de ses fours»

Dès lors le silence de la terreur régna dans toutes les campagne! , et Tespoir de la vengeance danatous les cœurs.

Fin de landenne Confédération. Entrée des Français en Sidsse.

* (De Tan 1797 a Tan 17980

Beaucoup de Suisses , bannis de leur patrie è diif^ntes époques pour avoir défendu avec trop d'audace par leurs discours ou par leurs actions les droits et la liberté de leurs concitoyens, habitaient dans un triste exil des terres étrangères. Plusieurs d'entr eux s'adressèrent aux chefs de la république française, et leur dirent, le cœur enflammé par la vengeance: ,>Les gouvernei^ens des treize cantons de la Suisse nous ont exilés de notre patrie; ils^ sont;^vo8 ennemis comme les nôtres , car ils sont les ennemis de la liberté. Se croyant de petits monarques, ils aiment mieux avoir àes sujets que des concitoyens, et se sont liées secrètement avec les monarques contre vous* Ai^^z au peuple suisse k réconquérir la liberté ; il vous appelle , il vous attend i bi*as ouverts. Des hommes libres sont les alliés les plus fidèles d'un peuple libre.^

De pareils discours plurent aux chefs du gouvernement français ; ils voyaient dans la Suisse un excellent rempart pour la France et un chemin toujours ouvert

pour entrer eli Italie et en Allemagne* D'ailleurs les trë« sors qae possédaient plusieurs villes dé la Snisse excitaient leur envie. Us cherchèrent donc à se trouver en collision avec les gouverneméns confëdërës; mais ceux-ci, se tenant sur leurs gardes , ëvitèrent avec soin toute offense ; reconnurent la constitution française , renvoyèrent de leur ^ays les princes , les gentilshommes , les ecclësiastiqiies ëmigrës qui avaient cherché et croyaient avoir trouve un asile inviolable dans les vallées de THelvétie*

Bientôt après, le grand général Napoléon Bonaparte passa par la Suisse occidentale et par la Sovoie pour aller combattre en Italie la puissance de l'empereur. Gc monarque, Fempire germanique et TAngleterre luttaient seuls contre la France depuis que les rois d'Espagne et de Prusse avaient fait la paix avec elle. En peu de mois et dans plusieurs batailles Bonaparte vainquit toute la puis- . sance de TAutriche (1797) , battit et effraya l'Italie d'une extrémité à l'autre , s'empara de la Lombardie entière et força Tempereur^ de faire la paix. Il érigea la Lombardie en république indépendante , sous le nom dé République cisalpine*

Excités et encouragés par la liberté nouvelle de leurs voisins , les habitans des vallées de la Valteline, de Chiavenne et de Bormio aimaient mieux être citoyens libres ^ de la république cisalpine que sujets malheureux de la république des Grisons : car leurs plaintes et leurs griefs avaient été rarement écoutés par leurs maîtres. Avant ' d'accéder aux vœux de ce peuple , Bonaparte dit aux Grisons : 3^Si vous accordez k vos sujets la liberté et l'égalité des droits , ils resteront vos concitoyens. Je vous laisse le temps de la réflexion ; prenez une résolution, puis envoyezmoi des députés k Milan. ^

Mais les partis, dans les Grisons, ne purent ni s'entendi^e ni arriver k un résultat; beaucoup d<? gens criaient: ^Que les habitans de laYalt^lîne restent nos sujets ou se séparent ^ jamais de nous ! ^ — Le terme fixé s'étant écoulé sans qu'il arrivât aucune réponse , Bonaparte, plein d'impatience et de colère , réunit à la république cisalpine la Valteline, Chia venne et Bormio (22 octobre 1797). Les biens que les Grisons possédaient dans ca pays furent

aussitôt confisques et dissipés. Ptr la plusieurs familles riches des Grisous se trouvèrent réduitns k la misère.

Ainsi les limites de THclvëtie fur<»nt injustement resserrées. Quatre semaines plus tard révéchë de Baie fut incorporé a la France de la même manière. La consternation se répandit parmi les Suissea. Mais de plus grands malheurs encore les menaçaient. Car dans le canton de Bàle 1*» peuple de la campagne murmurait confre la viJie; dans l'Argovie , plusieurs villes s'agitaient et réclamaient de Berne leurs anciens privilèges ; le Pays.-de-Vaud redemandait avec plus d'énergie et de tumulte que jamais les libertés que Berne lui avait enlevées. Le bruit se.ré^ pandait aus^i cpi*une armée française approchait des frontières de la Suisse pour protéger les Vaudois. Ceux-ci avaient imploré la médiation de la France en vertu d'anciens traités. Mais Topinion générale attribuait aux Français rintentiou de renverser les gouvernemens confédérés et de se rendre maîtres de^ la Suisse.

Berne et Fribourg se hâtèrent de mettre des troupes sur pied, pour subjuguer par la terreur et réduire au silence le Pays-de-Vaud et TArgovie. Une dicte fut convoquée précipitamment dans Arau. On y paria beaucoup, on n*y décida rien; les gouverneinens se déliaient les uns des autres et n'osaient pas se confier à leuis sujets. Ce malheur était grand, mais' il ne datait pas de la veille. Pressentant La ruine prochaine de la Confcaération , les députés renouvelèrent l'antique serment d'alliance (25 janvier 1798), mais sans la. confiance et sans l'enthousia&me de leurs héroïques aieux. A peine le serment fut-il prononcé qu'un envoyé de Baie airiva en toute hâte. „ Six cents paysans ^' , dit-ii , „sont entrés dans noire ville ; les châicaux des baillis stint en fiainmes , tous les sujets sont déclarés libres.'* A ces mots , unç terreiir subite glaça les députés ; ils se séparèrent è l'heure méiue en tremblant.

11 y eut une grande agitation dans toute la Suisse , quand ou vit la crainte et la faiblesse des gouvernemcns et leur opposition' constante aux vœux du peuple. Des comités chargés des intérêts des campagnes furent formés dans le canton de Schafi'house, dans le Khciuthal , dans le Tockenbourg, dans la Maichc , à Wesen, è Uznach.

Au-dclk ^es Alpes les bailliages italiens placèrent d'une main rebelle Tî^rbre de Ja liberté sur les bord& d« Tessin. La Confédération cutiëre se trouva bientôt dan§ un état de troubles et de dissolution. Les- gouverneinens coulor naux, (?n<>rvds, diéûans, divisés, chacun tout entier a ses propres intérêts, abaissaient sans accord et sans patriotisme. Il n'y avait pas plus d'unioa entre les peuples des diverses contrées, divisés d'opinions et de vœux. Les r^, ignorans et grossiers, ne comprenant point le mon vement du siècle, voulaient que l'ancien ordre des choses fût conservé. D'antres plus éclairés et accoutumés k plus d'aisance demandaient l'égalité des droits entre la ville et la campagne. D'autres se bornaient à réclamer les franchises qui leur appartenaient en vertu des conventions écrites. Un grand nombre pensait qu'on ne pouvait rien obtenir sans le secours de la France; mais la majorité du peuple abhorrait l'intervention armée d'une puissance étrangère dans les affaires de sa patrie.

Cependant une armée considérable de Français apjjrochait. KUe entra sur le territoire de la Confédération sous les généraux Brune et Sçhauenbourg, et le Pays-de-Vaud se déclara indépendant de Berne sous la protection des ai'mes françaises. Les gouvernemens de la Suisse comprirent alors qu^ils ne devaient plus songer h maintenir leur ancienne domination ; ceux de Lucerne et de Schaffbouse proclaniè^ient la liberté de leurs srjets et s'unirent avec eux. Celui de Zurich ôta les fers aux prisonniei's de Staefa et promit de faire dans la constitution des changémens avantageux au peuple. Mille feux de joie brillèrent le long du lac, dans les vallées et sur les collines, lorsque le véiiérable Bodmer, sorti des prisons de Zurich avec ses compagnons d'infortune , rentra libre dans ses foyers. Jamais Suisse ne reçut de son vivant dans sa pati'ie un hommage public aussi solennel que le vieillard Bodmen Fribourg reconnut aussi que l'heure était venue où allait régner cette liberté pour laquelle le sang de Chenaux avait coulé. Le grand- conseil de Berne reçut au nombre de ses mem1>res cinquante-deux réprésentaus de la campagne, et engagea le peuple h s'unir à lui dans le danger commun.

Ces réformes , ces révolutions furent Touvrage de quatre semaines; mais elles se lirentlrop lard. Berne , f^i-

bofuriç et Soleure opposerez leurs troupes à l'armëe fran* çaUe qui 8*«Tançait. Le covra^e ne nenqueit pa$ ; mais La diecipliiiey mais l'habitude de manier les arme&, mats des capitaines expérimentes» voilk ce qui manquait. De faibles secours arrivèrent de Glaris , de Lucerne» des cantons forestiers et de quelques autres ; le han et rarriëre* ban arrivèrent, diversement, armes , en hordes tumultu* é&ses , disant leur chapelet. A la première nouvelle d'an revers, ces bandes auxiliaires prirent la fuite, avant même d*avoir aperçu l'ennemi. Alors les Suisses et leurs gouvernemens déplorèrent d'avoir laisse se rouiller leurs armes, d*avoir désappris Tart de la guerre, et cru pendant la paix que sa durée serait étemelle. Argent, orgueil, magnificence , prières , chapelets , ri^n ne servit pour sauver la patrie. Le ciel ne combat qu'avec ceux qui savent combattre et mourir pour la justice } il rejette les lâches qui se renferment dans une 'orgueilleuse sécurité.

Dès le premier jour de la guerre (2 mars 1798) les troupes légères des ennemis prirent Fribourg et Soleure , et le quatrième jour (5 mars) elles entrèrent dans Berne même. En vain les Bernois tirent sous leur colonel Grafenried une résistance victorieuse près de Neuenegg; en vain ils livrèrent un combat sangJant dans la forêt grise (Grauenholz). Voyant que' tout était perdu ^ les paysans armés se dispersèrent ; poussés par le désespoir, ils cnè^ rent à la trahison et assassinèrent plusieurs de leurs officiers.

L'heure de l'infortune de tons les Suisses avait sonné. Néanmoins le danger même et les malheurs ne purent plus les unir. Chaque 'canlt>u, quelque petit qu'il fut, négociait pour son compte , armait pour son compte, et no songeait point aux autres. Aussi tous périrent. Ceux des gouverneniens qui n'avaient pas encore voulu reconnaître la Jibert^é de leurs sujets ne tardèrent pas plus longtemps; ils la proclamèrent avec pusillanimité, avec l'agitation du désespoir, avec pompe. Trop tard: les bataillons français occupaient déjà tout le pays situé entre le Jura et les Alpes.

. La France prenant le ton de l'autorité fit la déclaration suivante: „La Confédération a cessé d'exister. La Suisse entière formera une république une et indivisible

MNM im goiiTememettt centrai* CehiiH^i« areo lea r^pté-sentans da peuple r<^iiais en corps législatif , aiëgeradiœa la Tille d'Arau. Tout les Suisses , citadins on paysans, seront ëgaiix en droits et devant la loL Les citoyens réunis en assemblées primaires nommeront les administratenrs, le^ juges, les magistrats et les reprësentans de la nation. Le gonTerncment nommera, pour l'éxecution des lois dans les divers cantons , des préfets et d*aatres autorités.*

La Saisse fut divisée en diz^huit cantons , k peu près égaux. L'ancien territoire de Berne forma quatre cantons, Vaud, Oberland, Berne et l'Argovie. £n revanche, plusieurs petits cantons furent réunis en un seul , ainsi Uri, Schwyz, Unterwalden et Zoug composèrent le canton de WaldstaeUen | le pays de Saint-Gall , TAppenzelI , le Rheinthal reçurent en commun la dénomination de canton de Sentis, du nom de la plus haute montagne des Alpes d'Appenzell. Des pays autrefois sujets de la Confédération, tels que Bade, la Thurgovie, Lugano et^ellinzona formèrent de nouveaux cantons ; le Valais fut uni de même à la SaiSse, les Grisons furent seulement invités à accéder k Talliance; Genève, an contraire, et Mulhouse, détachés de la Confédération et incorporés à la France.

C'est ainsi que les vainqueurs étrangers disposèrent de la Suisse que dès lors £Îit. appelée Republique helvétique. Us imposèrent des contributions énormes aux anciennes villes capitales, emmenèrent les tonnes d'or que les villes de Berne , de Zurich et d'antres avaient accumulées dans leurs trésors durant leur domination,, au lieu de les employer au bonheur de leurs sujets et an bien général de la Confédération. Us conduisirent en France comme âtages pour le paiement de ces contributions exorbitantes et pour le maintien de la tranquillité publique des membres des anciens gouvcrnemens on de familles nobles.

Mais les fiers montagnards dHEIri, duBas-Unterwalden, de Schwyz et de Gk«*is , jaloux diTlenr liberté antique et héréditaire, s^'écrièrent d'un commun accord: ^os pères ont acquis dans le couJ)at et avec leur sang le trésor de leur indépendance; eh bien! ne le perdona que dans les combats et avec notre sang!* Postés à leozis frontiè*

res; près de la Schindelleggiii et snr les rochers de FËUel, en vue des bataillons ennemis , ils jurèrent arec lenr génëri^ Alois Reding le serment d^étrc fidèles à leur patrie )asqu*à la mort. Ensuite ils se battirent vaillamment, mais sans succès, près de Woliraa et de la Schindelleggai^ car le cure de Notre- Dame-des-Ermites , Marianus Horzog, qui commandait heg ouailles snr le mont Etzel, prit lâchement la faite. Mais Aloi's Reding rassembla ses troupes près de Rothenthurm, non loin du champ de bataille de Morgarten. Là se livra un combat long et sanglant. Les bergers combattirent dignes de leurs ancêtres et victorieux comme eux. Trois fois les bataillons français renouvelèrent le combat, trois fois ils furent battus et enfin .lepoussés jusqu'à Egueri dans le pays de Zoug. C'était le 2 de mai* Les ennemis laissèrent près de 20OO hommes sur le champ dô imtaille consacre parv la victoire. Le jour suivant les Suisses de Waldstœtten se couvrirent encoi^ de gloire dans un combat livre près d'Arth. Mais la victoire coûtait à ces hcros leur sang et leurs forces. Ils capitulèrent et, la mort dans l'âme , accédèrent à la république helvétique.

Ainsi finit Fanciennc Confédération. Elle avait subsisté 490 ans ; 74 jours suffirent pour la dissoudre. Edifice déjà ruinci|;c, elle tomba sans avoir mérité une chute si honteuse. Sa lutte coplre une puissance qui envahit le monde fut semblable aux derniers efforts d'un T'ieillard mourant, qui d'une main glacée saisit encore son fer, non pour protéger le faible reste de sa vie, mais pour descendre dans la tombe avec tout son honneur.

Dis-moi, fils de l'Hclvétie, qui a pu applanir les rempart de tes montagnes, élargir leurs gorges impénétrables, appaiser les flots terribles de tes lacs et de tes torrens , émousser les armes entassées dans tes arsenaux, rendre infructueux les trésors de tes villes? Réficchis, et deviens sage à l'école de Texpérience.

Calamités de la Suisse jusqii*au rétablissement d'aune Confédération,

(De Pau 1798 à Pan <S03.)

L*ancien ordre de choses ayant. ëtë chang<^ volonlaireluent ou aboli par la force dans toute la contr<^e coniprise entre les Alpes et Je Jura, les citoyens les plus éclairés ûirent? ,^e grands maux nous o&t frappés, mais faisons les servir au bi'en de nolce patrie. Tant que nous- avons formé un grand nonîbrc de petits étals, la division de notre territoire nous :. divisés d'intérêts et de sentimens; chaque canton a été faible pour sa défense, pauvre pour des institutions utiles, opposé aux gi^audes vues du bien public $ régoîsme rétrécissant les esprits, tout nous conduisait ^ la discorde qui nous a conduit h notre perte. Que lé peuple suisse ne forme donc plus qu'une famille tiuique dont tous les membres auront les méoies droits , qu'une force unique capable de maintenir la liberté audedans, de repousser Tennemi au-dehors, aiin que nous occupions encore une fois un rang honorable parmi les nations de la terre,"

Mais la multitude aveugle et sans instruction né comprenait point ces discours et ne regrettait que la perte de ses anciens usages. Elle avait désiré hi liberté et l'indépendance, mais non la réunion des différentes parties de la Suisse en un seul tout; elle.eâtvu, au contraire, avec plaisir que chaque petit district, ou mréme chaque vallée, formât un petit canton indépendant , gouverné par lui-même, organisé h sa gmse , seulement uni aux autres par le lien d'une confédération. . ' *

Tous les événemens subséquens arugmentèrent les regrets da peuple, sa haine pour le nouvel ordre de choses et son désir de voir naître- une confédération divisée en un grand nombre de cantons. Le gonrernement central , établi dans Arau sous le nom de direetoim «fifécutif, sans cradit, sans considération, étraHiger k hti-même et an peuple, dépendait de ses prottictstira franfarfo^ qui s'appliqiuitei^'à loi ravir içutè dîgnilé^i^Q selft'da sébat efido

grand-conseil , compojiés de dëpntés de tous les cantons, luttaient ensemble les opinions de tons les partis, les idées da peuple et celles de Técole. Dans les diverses contrées de la unisse , les mêmes partis se combattaient encore , et souvent les armes k la main« Un amalgame d'institutions et de lois anciennes et nouvelles faisait naîrre les contradictions les plus funestes* Tandis que Tëtat était souvent privé des ressources les plus nécessaires, que les* employés et^ les ecclésiastiques ne recevaient pas leurs pensions , les commissaires , les généraux , les soldats de la France vivaient , aux dépens de ia Suisse , dans une opulence bonteuse et envoyaient en France des sommes énormes , fruit de leurs' rapines*

Le peuple mécontent murmurait contre tout ce qui se faisait, et son mécontentement était alimenté par les au^ ciens magistrats et elnployés^jui avaient petdu leurs places, par les moines qui appréhendaient labolilion de tous les monastères, par les ecclésiastiques que Ton ne payait plus et par. les négoeians et les artisans qui ne jouissaient plus de l'autorité des corps de métiers ni de prérogatives des cités. Toutes ces classes d'hommes parcouraient les villes et les campagnes , présentaient au peuple comme gage d'un meilleur avenir la guerre qui allait éclater entre ia France et l'Autriche, et lui prouvaient la nécessité de soutenir l'empereur pour chasser les Français.

. Aussi lorsque tontes les peuplades de la Suisse furent invitées h prétei' serinent à la nouvelle constitution (juillet 1798) , il y eut de» soulëvemens et des révoltes dans le Rheinthal, dans l'Oberland, dans le pays d'Appeni^ell et dans plusieurs autres contrées. Us fiirent étouffés par la violence, dans le Bas-Un ter walden d'une manière plus terrible qu'ailleurs. ÏA un capucin, P«ul Styguer, et quelques autres ecclésiastiques avaient excité le peuple à la révolte, en lui persuadant que la constitution ap|>ortée par les Français était l'ouvrage dn diable. Le peuple s'arma pour résister k l'armée de Schau^dbourg qui s'avançait^ Pendant itrois .jours une poignée de pâtre» livrèrent des combats, sanglans près ^u lac y an pied des montagnes, à un corps d'armée considérable. Trois ià quatre mille Fran« ç%is f^ent^ tji|<^ nvânlqnedles^ antres passent pénétrer dans l'int4rilçn)e,^de^cetlc^ ectetréfiii Biais ^aloys leurr.ineageanev

ne eonniit point de bornes ; Stanzslad, Eiinenmoos et StMi^ devinrent la proie des âanunes ; hommes, femmes, enfans, prêtres, tçnt ce qui ne put pas s'enfaîr fut massacre. Près de quatre cents personnes furent ainsi égorgées au milieu des plus horribles abominations (9 septembre 1798>.

Immédiatement après ces malheurs» le gouyernement , qui venait de transporter son aié^e à Lurerne, parceque la Tille d*Arau se trouvait trop petite (4 octobre), décréta un impôt et une conscription pour le service militaire ; de là. de nouveaux désordres dans les cantons, de Berne , de Lncerue et ailleurs. Beaucoup de jeunes*gens s'enfui-. ^ rent dans d'autres pays pour ne pas servir dans les milices helvétiques ou dans les 18,000 hommes que la Suisse devait fournir à la France.

Enfin .rempereur d'Autriche déclara la guerre h la nation française. Déjk un corps d'Autrichiens avait occupé les Grisons (19 octobre), d'où Ton bannit tous ceux qui avaient demandé la réunion de ce pays avec THelvétie. Les Français ayant reçu un grand échec près de Stokach en Souabe (21 mars 1799), les forces autrichiennes s'étant avancées dans l'intérieur de la Suisse et livrant des batailles presque tous les jours: effrayé de l'approche de Tennemi le gouvernement helvétique ne se crut plus en sûreté à Lucerne, il transporta son siège h Berne (81 mai); alors tons lei partis se ranimèrent et s!agitèrent avec une nouvelle fureur. Des Suisses s'entretuaient combattant sous les drapeauK de l'Autriche et sous ceux de la France. U y eut des sOulèvemens et des séditions, tantôt è cause de la conscription forcée des - jeunes-gena » tantôt par le désir. si général de fhvoriser les armes de 1* Autriche; de toutes parts, à Flawyl et Mosnang dans le canton de Sen* tis, à Menzingnen et Reinach dans TArgovie, à Rouswyl dans le canton de Lucerne , à Blorat et dans d'autres parties du canton de F^ibourg» ^ Sdiwyz^ oà l'on assas<» sinait les Français ou les forçait de fuir, à Lugano» è Uri, dans le Valais» dans Arberg et dans d'autres contrées encore. Français et Autrichiens se battaient dans les vnU JiéLB snr les rochers é^^ Alpes» au bord dt9 lacs, au.-datsus des^uàges; les champa de butaiUe se touchaient Hommes et chevaux passèrent de« cols, et des sommités vistlés josfu'alorr par le* seuls chisseors de chai»MS« Tovur

^ tonr les Allemands et les FrançAÎs |»rireiit, perdirent , reprirent les Grisons et les montagnes t\ai environnent les sonrces du Rhin. Les drapeaux de TArch^duc d'An* triche s'avancèrent victorieux |usqu'k la ville de Zuiich, de Iky yevs In gauche, jusqu'au St. Gothard^ vers la droite, jusqu'en Rhin (juin); leurs tronpes furent grossies par des hordes russes et asiatiques. Depuis les jours dos Romains, des Alicnianni et des Bourguignons la Saisse n^avait pas été frappée d'une calamité pareille.

Plusieurs anciens magistrats, dépouillas de leurs dignbtës , comptaient les repreikdre. Ils l'essayèrent ça et là sous la iirotection des arracs de l'Autriche. Le nouvel abbë de Saint-Gall, Pancrace Forslcr, vint rétablir dans ses états une servitude plus dure qu'elle ne l'avait jamais été, fil arracher au peuple par des dragons autrichiens les lettres de franchise qui lui avaient été octroyées, ouvrit de force les archives du pays et en enleva tons les documens. Alais il sentit bientôt où conduit la force sans la justice. Les villes de Zurich et de Schailbouse s'aper* çnrcnt aussi que le peuple ne voulait plus se courber sous le joug qu'il avait porté si longtemps.

Le général français Maslséna ayant remporté la victoire dans la terrible bataille de Zurich (25 septembre) où fut détruite la puissante arm^e russe que Sou^arow avait amenée d'Italie (mr-dessus les Alpes, la constitution helvétique fut réubiie dans toute la Suisse,- même dans les Grisons (juillet «800). m

Ge]>endant le» chefs du go^uvernement central établi à Berna comprirent que cet état de choses ne ponvait ni subsister ni proté jjer la Suisse ; ils songèrent donc îi perfectionner le système du gouvernement. Mais leurs opinions étaient constamment divisées. Plus occupés des personnes que des intérêts publies , les partis se renversaient les uns Us autres; aucun d'eux ne se soutint long* temps f aucun d'eux n'eut le tem^is de sanv«r la |>atrie.

D'abord le sénat ti. le ^rané-conseil cassfèrent le dir^oireexécutil (7 janvier iSOt))^ éublire«t nné nowreHe oonetitntiOB et'nn nnnveau ^«fuvernemont «oui le nom de commtisioti exéckitM^e. ^Sej^ -mois aprèsf ' lA onnïmissiim ei^nttTe destkua par^mii «oup d'autorité le sénat «t- le lg^nd*«tfi|i«tt (7 «OUI MadDi «rmvoi^aa oft^BoovieMicoAseil

de lëgislatron/et le goùvcarflement prit le n<»m^e conseil dVxëcution* Au boat d'une année , wm diète ài^^Ivëtique jçënëralê s*as.<:cn)bla dans Berne (7 septembre 1801) pour donner à la Suisse une meilleure constitution; mais la diète, ne pouvant ni sVntendre ni eh ve»ir ii un résultat, fut dissoute d'autorité par une partie du conseil législatif et du conseil d'exécution , qui introduisirent une nouvelle constitution avec un sénat et un petit- conseil (28 octobre 1801). Le vainqueur de Rotbenthourm, Aloïs IJeding, dont le nom était cber au peuple helvétique , fut mis à la tête da pctit'Conscil, en qualité de premier landammanu de la Suisse; vnais comme il ne jouissait de la confiance ni du gouvernement français, ni des Suisses qui baissaient l'ancien ordre de cboses, If sénat cassa le petit-conseil et congédia Alois Redtng (i7 avril 1802), Des notables ap* pelés' de tous les cantons furent cbargés de faire un nouveau projet de constitution, qui fut adopté. Le gouvernement se composa d'un sénat et d'un directoire exécutif à la tête duquel on plaça, comme landammann de la Suisse, . Dolder , politique souple et adroit. *

Le peuple suisse demeurait '^spectateur indifférent de ces changemens, de ces bouleversemens continuels des pouvoirs, qui ebrai^laient les lois et l'autorité au lieu de les aflermir. Il gémissait des iroublcs que cliaque jour voyait renaître , des impôts et des contributions dont on l'accablait, des vexations que lui faisaient éprouver les troupes françaises ; on n'entendait parler que d'émeutes et d'agitations. Le Valais surtout était épuisé sous la domination arbitraire des géuéi*aux et des soldats français, auxquels il était livré eu proie. Pour conserver une route par les Alpes eu Italie, la France voulait détacher le Valais de la rdpubliqne helvétique.

Un seul voeu aiw'mait invariablement tous les peuples ' de la Suisse : que chaque canton libre et s organisant h sa guise, ne fut uni^iiax autres >^e par le lien dune nouvelle confédératif>n , iiBtdépetidaiite;dii gouv<er«elBLetfr franç«ig f affranchie et du foug de^t^oupe^ éti^aiigèces et du joug de l'ancienne sujétion.

La paix ayant été conclue )i Amiens entre la Franee et les autres puissances belligérante»,. eonformément^au traita de paix les garnisooa .^auçaiies de 1» Smêse retooamkrevt

dans. l6«r (^yt (aoât i80t)^ Aussitôt Tesprit de parti et Tesprit oiutonal «e réveiUèrent avec une noavellç ferc«ï« Le Valais forma une république h part. Un , Schwjz et Unterwaldeji s'armëreat contre le gouTerneinent helvétique. La ville de Zurich s'en sépara dé même. Bâle et SchafiT^ bouse suivirent cet exemple. L^Argovie levée en masse marcha sur Berne. Privé de secours et sans défense « le gouvernement helvétique s'enfuit à Lausanne, tandis qu*une ' diète s'assemblait' à Schwj^ (septembre 1803) pour rétablir Fancienne Confédération. Chassées de l'intérieur de la Suisse , les faibles troupes helvétiques , soldées par le gouvernement» le suivirent dai|s le Pays-de-Vaud. Partout les partis couraient aux armes; les campagnes s'armaient pour défendre leurs libertés contre les prétentions des villes ; les Vaudois s'armaient pour protéger l'unité et la liberté de l'Helvétie. Une guerre civile générale était sur le point d'éclater; le sang coulait déjk. Alors le chef paissant de la nation française. Napoléon Bonaparte,, tourna ses regards vers la Suisse. Il ordonna la paix. A la nouvelle apparition de ses drapeaux redoutables (21 octobreX tous les partis posèrent les armes et le suppliant d*éfre leur médiateur ; les Suisses ne se confiaient plus aux Puisses,

Napoléon Bonaparte donne aux Suisses VActe de mediationi

CDt Vuï iSm à ran 18130

B manda vert lut à Paris des députés de tous les partis et de tou^ les cantons ; après les avoir entendus , après avoir bien êtâsi l'esprit des diverses peuplades de THel- ▼étie> sa pMTole pwsante mit fin 1^ leurs débats; sans égard pour les intérêts des castes et des personnes » il n'eut en vue que l'intérêt de là chose publique. ^ U n'écouta tû les voBux des famâles aristocratiques qui ^redem i nd a i c nt la deoiinatioo et des sujets^ ai le» partisans

d'âne république indivisible soumise k nn gonTerûement «nique et au même code de lois ; mais il écouta la voix de la grande majorité du peuple qui réclamait l'indépen-* jançe de cbaque canton et désirait, que les campagnes et les villes jouissent des mêmes droits et de la même liberté. Sons le Toile d'une pande affection pour la Suisse,. Napoléon Bonaparte ne consulta que son adroite politique. pLe peuple sera satisfait ,^ pensa-t-il , ^et la l&uisse, divi* sée en parties indépendantes, toujours en dissension^ tonjours faible , demeurera sous ma dépendance et ma direction.*^

U intervint donc dans les affaires des Suisses et leur donna l'Acte de médiation (19 février \808) , désormais loi fondamentale de toute la Confédération. Cbaque canton y reçut sa constitution particulière. La Confédération se composa de dix-neuf cantons; aux tretse anciens il ajouta ceux des Grisons (y compris Rbœzuns et Tarasp, mais non la Valteline), d'Argovie (avec Baden et le Frickthal), de Vaud, de Saint Gall, de Thnrgovie et du Tessin (les anciens bailliages italiens). Les dispositions fondamentales de la nouvelle constitution étaient les suivantes c pLes villes et les familles n'auront plus de prérogatives; les cantons, plus de sujets ; tons les Suisses, citadins on paysans , égaux en droits , exerceront librement leur industrie et s'établiront oà ^ bun leur semblera , dans toute l'étendue àvi territoire suisse. Les intérêts communs de laî Confédé cation seront discutés dans une diète annuelle , nssemblée alternativement dans les villes de Fribourg, de ^ Bexne, de Soleure, de Bâle, de Zurich et de Lucerne. L^ chef du canton directeur, landammann, de la Suisse, aura la direction des affaires générales du pays , et communiquera avec les ambassadeurs des puissances é^angëres. Chaque canton se régira lui-même et aura son gouvernement et ses lois/^

^ Les dix-neuf cantons s'étant constitués conformément à cette loi fondamentale et le gouvernement helvétique, de retour de Lausanne k Berne , s'étant dissous , Bonaparte retira ses troupes.

Presque tous les peuples de la Suisse organisèrent paisiblement leur administration intérieure « et se soumirent ou nouvel ordre de choses. Dans le senl canton de i&urich

plusieurs oommuncf refusèreni de prélei* Te «ermcnt requis, surtout dans les districts de liororucn et ^e Meikn ; elles se plsigniront du rachat des dimes , du cens et d'auti*es impositions, rachat rendu fort onéreux, pr^tendaieBt^eQes* Sans écouter aucune représentation amicalf , eUe&inaltraitèreut des magistrats innocens, mirent le feu au chàiean de Waedcnschwyl (2^ mars 1804), et couinirent aux armes. Les longs désordres des années précédentes avaient fait naître Thahitude de se faire justice soi-même , ^air mépris de toutes les lois. Mais des trou})es \enues en hâte de» cantons voisins et jointes aux Zuricois demeurés ûdèles étouÔ'èrent la rébellion , après quelques com)>ats livrés près d'Oberriedcn , de Horguen , et sur Bocken. Le chef de la révolte, Jean Jaques Willi, cordonnier de Horguen, et ses principaux complices furent punis de mort } d'autres, mis aux fers; quarante-deux communes coupables* ci^ndamnées à payer » ^our les frars de la guerre , une somme de plus de 200,000 florins.

Pour le bonheur de la Suisse, Ton éteignit cette étincelle avant qu'elle n'allumât un incendie général. Sur tons les points du sol helvétique les partis étaient encore en présence, jt un grand nombre de citoyens espéraient s'élever sur Tes débris de la nouvelle organisation. Les amis de Tunilé helvétique murmuraient contre le démembrement de la république indivisible. Les couvens murmuraient pareeque leur existence leur paraissait incertaine, et Pancrace, abbé de Fancie^i. iiionas>tère de Saiat^Gall, appelait publiquement les Saint-Gallois vassaux rebelles de rempire. Dans plusieurs endroits les campagnes murmuraient j)Our n'avoir pas obtenu des assemblées générales comme les petits cantons. Les patriciens et les familles urbaines murmui'aient de la perte de leurs privilèges et de leurs sujets.

Néanmoins la majorité des^ peuples suisses , voulaiit la paix et le repos, s'attacha fermement h la nouvelle liberté. Le mécontentement de quelques-uns fut étouffé par les vœUx de la généralité; d'ailleurs tons tremblaient devant la volonté du puissant médiateur, qui faisait trembler même les rois* Car la puissance de Napoléon s'accrut à tel point qu'il plaça sur sa tête la couronne impériale» et ftvee son épée frappa 4e terreur la moitié du monde»

ïclle fttt la cause de I^a tranguillitë de la Saisse , qui vit dès lors une longue suite d'années* paisibles et heureuses. Les révolutions et les guerres civiles avaient réiveiilé les forces endormies des Suisses. On put remarquer che% eux une activité de vie qu'on n'avait jamais vue au« paravant. Mêlés ensemble par les orages politiques , ils avaient appris k se connaître et n'étaient plus étrangers les uns aux autres. Les évënemcns qui arrivaient dans un canton inspiraient de l'intérêt à tous. Des écrits de toute espèce , des brochures, des journaux, autrefois étoalïés par ées gouvcrnemens ombrageux , instruisirent le peuple de ce qu il lui importait de savoir, attirèrent son attention sur lesinléréls généraux, entretinrent et propagèrent un esprit pubHc auparavant inconnu. Des Suisses de tous les cantons formèrent ensemble des sociétés pour l'avancement d'idées et d'institutions utiles, pour les progrès des sciences et des- arts, pour l'entretien de ruuion et du patriotisme. Le canal de la Lintb restera un monument éternel de cet esprit vraiment patriotique qui, à cette époque, se manifesta pour la première fois. Des Suisses de tous les cantons réunirent, par des contributions volontaires, un million des francs pour dessécher les rives du lac de Wallenstatt, contrée marécageuse, - d'où n'était jamais sorti que la pauvreté, la misère et des maladies épidémiques. L'amour qui avait commencé d'unir tous les Confédérés ne se manisfesta pas moins généreusement lorsque la montagne du Rossberg au-dessus de Goldau , dans le canton de Schwyz, nfinée par des pluies d'automne fort abondantes , s'<fcroula subitement avec un fracas sombre et horrible vers le soir du 2 septembre i8C6. Goldau, Lovverz, de nombreuses cabanes pastorales fui'ent enterrés sous les décombres de la montagne ; des centaines de personnes heurepses 5^ trouvèrent leur tombeau. Le voyageur parcor, t avec ellioi ce désert; Ik était une vallée florissante.

Le peuple libre en tous lieux, affranchi dune tutolle lyranniqur qui avait prolongé sa minorité morale , s'appliqua derechef avec ardeur et avec plaisir au trafic , au commerce, à l'agriculture, aux soins du bétail ; ni corps de métifr, ni lois prohibitives n'arrêtaient l'industrie, ne gênaient les communications de canton à canton. La part

que toùM les citoyens prenaient mix intérêts pnblies força les gonvememens h être paternels et justes, à refermer les lois dëfeetneuses , à favoriser les institutions utiles. Le peuple voulut être libre; mais sans lumières et sans force, il n*y a de liberté pour aucun peuple. Les écoles furent donc maltipliëes et perfectionnées; Tbomme éclairé trouve seul un avis salutaire dans le danger. On établit aussi dans toute la Suisse une nouvelle organisation militaire, afin qu'à chaque heure on pût envoyer aux frontières une armée exercée et disposée à les défendre. La Suisse vit projeter et exécuter plus de choses utiles dans l'espace de dix' ans , qu'auparavant dans le cours d'un siècle.

Le puissant médiateur de la Confédération helvétique, Napoléon, qui ic-nversait des trônes, démembrait des empires, distribuait des couronnes, comme s'il était le maître du monde, ménageait «la Suisse et la traitait avec amitié* Né^iumoins ses ferres continuelles entravaient le commerce de toute l'Europe, et rendaient bien onéreux pour les Suisses le traité en vertu duquel ils lui fournissaient comme autrefois aux rois de France 16,000 hommes de troupes qu'ils devaient maintenir incessamment au complet. Les jeunes gens redoutaient de s'enrôler, parccqu'il périssait un nombre infini d'hommes, loin de leur psys, dans les batailles innombrables que livrait Napoléon, Plusieurs villes trouvaient mauvais d'ailleurs qu'il fdt permis aux Français de s'établir librement en Suisse , comme il était permis aux Suisses de s'établir en France. Chacun se consolait par l'espérance d'un meilleur avenir , mais personne n'osait désister à Napoléon.

A la fin , lorsqu'il eut pénétré avec une armée immense jusqu'au fond Me la Russie, et qu'il vit avec orgueil h ses pieds ce vaste empire , la providence frappa un de ces grands coups destinés à apprendre aux puissances de la terre qu'il est une autre puissance qu'elles doivent révérer et craindre* Le froid excessif de quelques nuits d'hiver vainquit dans des déserts neigeux, des armées invaincues (1812). Le terrible guerrier «'enfuyant saisi de terreur pour la première fois, les rois et les peuples de l'Europe jurèrent ensemble la perte de l'oppresseur que Dieu avait frappé. Dès qu'il eut rassemblé de nouvdleii forces , il

marchA contre ses «nnemis ; mais , animes par le ressentiment, ils le battirent dans les plaines de Leipzig; la bataille dora trois jours (16, 18, 19 octobre 18f3)« U repassa le Rhin; les vainqueurs le suivirent de près.

Comme les amiëes alliées des rois et des empereurs s'approchaient du. Rhin, et des Irontièi^es de la Suisse, les Confédérés se rappelant leurs devoirs envers le médiateur, mais aussi l'oppression et la souffi'aDce des peuples longtemps courbés sous son joug, résolurent dau^ une diète assemblée à Zurich de conserver la neutralité au milieu de la guerre générale. En conséquence de cette résolution , ils placèrent un cordon de troupes sur les frontières , le long du Rhin»

Les Suùees anntdlent F Acte de médiation de Napoléon et se divisent. Des puissances étrangères met" tent fin a leur division et fondent une nouoeUe Confédération de vingt-deux cantons»

(De Fan 1813 à Fan 1815.)

Les victoires des monarques alliés ayant ébranlé le trône de Napoléon, les plus sages d'entre les Confédérés dirent: „ L'instant est venu de relever rindépendance et rhonneor de la Suisse. Que notre jeunesse combatte et triomphe ou meure aux frontières de ncrtre territoire, pour en défendre l'inviolabilité, tandis que nos députés, assemblés h Zurich , fonderont sur de nouvelles bases l'édifice de la Coofédération , ouvrage d'une sagesse patriotique et résultat des besoins du siècle. Alors , mais seulement alors, nous anéantirons l'Acte de médiation, monument de notre discorde et de notre faiblesse précédente."^

Ainsi pensaient les agess. Mais plnsieurs familles nobles des villes autrefois souveraines formaient de tout autres vœux* Elle désiraient voir les armées étrangères^ en Suisse, pour rétablir sons leur protection et sons Femptre de la

terreur la Confëdëration des treize cantons, leur puissance persounellB et la servitude générale; en un mot, Tëlat de choses dont Tanuë^ 1798 avait vu la tin sanglante.

On parlait d'intrigues et de noj^ociations secrètes qui avaieot eu lieu k Waldshont entre quelques Suisses <t les e;^nëraux étrangers. Puis tout^à-coup, iuopinëmént, la déclaration soleonellc de la neutralité suisse à peine pu* bliée par la dicte, les troupci- des frontières, animées du courage le plus pur , prêtes à verser leur sang pour Thonnaur et Tindépendance de leur patrie, reçoivent Tordre de se retirer. Les bataillons autrichiens, serrés et nombreux, passent le Rhin au sou d*ane musique éclatante (21 décembre iS 13), et, pour marcher conlire la France , traversant Bâle , FArgovie , Soleure , Berne et d'autres contrées. Le peuple les voit avec étonnement, avec indignation. Les troupes suisses sont retenues dans l'éloignément; la honte, la douleur et la colère dans Taihe. Des fièvres et des contagions mortelles marquent le passage des bataillons étrangers. Plusieurs maisons peu auparavant heureuses demeurent désertes et désolées.

La ville de Berne, k l'aspect des nombreuses cohortes allemandes , fut la première qui abolit Facte de médiation, ouvrage de Napoléon. Kile déclara en même temps qu'elle reprenait possession de son ancienne dominati^m et de ses" anciens droits dans toute leur étendue. Surpris , croyant cette déclaration un ordre du vainqueur dont il voyait les drapeaux , le peuple se tut dans une attente inquiète» Solenre et Fribourg imitèrent l'exemple de Berne ; Lucerne fit de même peu après. A Zurich la diète anulla dans son entier l'acte de médiation en vertu duquel elle se trouvait assemblée, et posa les bases d*uae nouvelle alliance des dix-neuf cantons (29 décembre).

Ce n'était point ce que demandaient les ci-devant dominateurs; ils voulaient le rétablissement des treize cantons. Les montagnards des cantons forestiers furent excité à la révolte. On avait sommé les cantons de Vaud et d*Argovie de retourner sous la domination bernoise (24 déaesùti) , mais le Pays-de-Vaud et FArgovie s'y refusèrent opiniâtrement.

Des dissensions intérieures menaçaient la Confédération de. sa dissolution jirochaine , tandis que les souverains

aliié» eatr^rent k Paris , relégaërent dans Vï\e d'Elbe Napoléon vaincu, et rëtabiirent Louis XVIII ^ comme roi de France , sur lé trône de ses përes. La diète nouvellement formée à Zuiûch de députés des dix -neuf cantt)as (6 avril 1814) était le dernier et faiWe lien qui empêchait la <]oufé dération de se dissoudre. Partout de la déliance, partout de Taniùiosité; des eris s'élèvent qui demandent le démembrement des partie;» de la Suisse devenues indé-* pendantes depuis seiz,e ans, et Tanéantissement de leur liberté» Zoog redemande à FArgovie une partie des anciens bailliages libres; Uri, au canton du Tessin la Léveutine; Glaris, au canton de Saint-GaU la seigneurie de Sargans; le ci-devant prince^abbé Pancrace , ses beaux domaines et ses droits en Thurgovie et daas le pays de Saint-Gall ; Schwyz et Glaris réunis, les districts d'Uznach, de Ganter » de Wéseu , et un dédommagement pour d'anciens droits de toute espèce; Unterwalden, Uri, Schwyz reulus, un dédomm^oment semblable pour da droits qu'ils possédaient en Arg6vie , en Thurgoviê , dans le pays de ëaint-Gall et sur les bords du Tessin.

D'autres faisaient d autres réclamations^ Dans les Grisons un parti .demandait que la Rhétie f^f^étachée de la Gonfédération helvétique ; un autre passa la montagne avec quelques centaines de soldats pour reconquérir Cliiavenne et la Valteline (4 mai) , mais 3000 Autrichiens déjouèrent cette entreprise.

Au milieu de ces cirages^ Zurich, Bâle et SchaiThoase 9e distinguèrent par leur impartialité loyale ; Vaud et ArgoVte , par Tenthousiasmc et l'éi^rgie de leurs peuples, se montrèrent forts et dignes de leur liberté. Dans les iVilles et dias les campagnes de Bâle, de Zurich, de So^ lettre, des amis de la liberté étaient prêts à suivre les drapeaux de TArgovie. Dans ce dernier canton, ainsi que dans le canton de Vaud, 12,000 hommes n'attendaient pour uiarcher que le premier signal; mats Berne évita une guerre ouverte. Son. gouvernement offrit même au canton de Vaud de'reconnaitre son iixdépeudance à de certaines conditions» Le canton de Vaud rejeta cette proposition (24 juillet) ; celui d'At^vie arma d'une manière plus me« naçante* Dans FOberiand aussi' éciata une ferjnentiUion dangereuse (aoât). . .

Dans la plopart des eantons , les sotipçoBs et k falotiste àts partis s'étaient rammës aree plus de force» snrtoiit depuis qm'on s'était occapé des droits futurs du peuple et des limites futures du pouvoir des gouverna melis. Ou parlait d'éiBentes, de conspirations, d'arrestations, de bannissemens , qui avaittftt eu lieu à Lucerne, à Fr^ bourg, à Soleure. Cette dernière viHe appela des troupes bernoises pour It* protéger contr* son peuplé. Des bataillons de Confédérés passèrent en bête les bautes Alpes et se rendirent sm* les rives du Tessài pour prévenir une guerre civile (septembre) ; d^autres troupes entrëremt dans le canton do Saint-Gall pour mettre fin à une révolte et à une dangereuse anarcbie. Ici^ Tabbé Pancrace continuait k soulever seê partisans ; Scbwjrx, d'un antre côté, excitait des mouvemens pour reprendre Sai^ans et Uznacb» P*autres communes demandaietit l'établissement des landsgemeindes on assemblées générales.

Tandis que la Suisse était ainsi livrée k é9S agitations longues et croissantes , que le sang coulait en p^uainua endroits et que des arrestations nombreuses remplissaient les prisons des villes < les ministres de presque tons les grands élats ^4^ TËurope étaient réunis à Vienne peur établir «ur des bases justes et solides la paix f^nra dn monde.

• « Les vainqueurs de la France avaient déjà antérieure^ ment accordé à la république de Genève la permission d'accéder comme canton indépendant è la Confédération helvétique ; il en fut de même du Valais et de la principauté^ prussienne de NeuchâteL Le 12 de septembre la diète, à la demande de ces trois cantons^ les admit dans lUU»^ ance- helvétique. Mais les rois et lea ministres assembléa k Vienne voyant les querelles continuelles des Suisses , dont le temps augmentait les haines t^ lieu de les affaiblir, ils se chargèrent du rôle de médiateurs, pour terminer h jamais ces différends qui paraissaient intermi» nables. Des députés de la Confédération se rendirent done è Vienne, comme il en était allé è Parts onze ans anpi^ ravant.

Après un long examen de leurs dissensions et de lenxa griefs , la déclaration des puissances idliées et leur décision arbitrale fut enfin prononcée le 20 mars iSiS. Laa

soayerains reconnurent et Pacte d*alliance qne la majorité des cantons suisses avaient adopte le 8 septembre 1814 et l'intëgritë des di^-nenf cantons subsistans , et l'accession de Genèye , de Nencbâtel et du Valais , qni portait le nombre des cantons à iringt-deax. On assigna au canton de Vand la Tallëe des Dappes que la France lui avait enlevée; au canton de Berne, à titre de dédommagement, Sienne et Tév^ché de Bâle, à Texception de quelques portions qui furent incorporées aux cantons de Bâle et de NenchÂtel; an canton d'Uri, la moitié du revenu annuel des péages dans la Léventine ; à Tabbé Pancrace et a ses employés', une pension de 8000 florins ; aux cantons d'Uri, de Schwyz, d'Unterwalden , de Zoug, de Claris et aux Rhodes intérieures d-Appenzell, pour les dédommager de leurs anciens droits , un demi million de francs à payer par les cantons d'Argovie, de Vaud et de St Gall.

De sages résolutions terminërent aussi pour toujours une foule de 'différends, entr*autres ce qui concernait l'amortissement de la dette helvétique, qui s'élevait à plus de 3,500,000 francs , et les indemnités dues aux Bernois qui avaient en des droits seigneuriaux dans le canton de Vaud. Les seuls griefs de la république des Grisons ne furent point écoutés ; car on ne kii rendit ni Ghiavenne , ni la Valteline, ni Bormio , devenus propriété autrichienne ; on n'accorda pas même un dédommagement aux particuliers dont les biens et les propriétés légitimes dans la Valteline avaient été confisquas dans une révolte et aliénés injustement.

Lorsque la diète lielvétique eut adopté (27 mai) cette déclaration signée par les ministres d'Autriche, d'Espagne, de France, d'Angleterre, de Portugal, de Prusse, de Russie et de Suède, ces mêmes puissances reconnurent solennellement et garantirent la neutralité et l'inviolabilité de la ^Msse dans tontes les guerres à vçnir des souverains*

C'est ainsi que l'intervention généreuse des monarques alliés mit fin aux dissensions de la Suisse; ainsi a été fondée , dans l'enceinte des Alpes et du Jura, la Confédé- ^ ration des vingt-deux cantons.

Nouvelle décadence de la Suisse,

. (De Pan 1815 à Pan 1829.)

Ah sein des hadtes Alpes les peuplades àes petits can* tons, sans instruction et sans industrie , enfermées dans un cercle étroit de besoins et de ressources, indiâ'érentes k leurs propres intérêts et pins encore aux intérêts de leurs Yoisins, reprirent les vieilles et constimtes 'habitudes transmises par leurs pères* Elles faisaient paître Iran* rpiillement leurs troupeaux sur les montagnes ; elles levaient annuellement la main dans les landsgemeinde pour rélection des fonctionnaires publics «t pour l'adoption des lois, abandonnant le reste au bon plaisir des magistrats et des ecclésiastiques, leurs maîtres et seigneurs.

De tout autres besoins étaient nés dans les cantons situés entre le pied des Alpes et le Jura, séjour du commerce, de la richesse, de Findustrie et de la science. Beau*coup de citoyens regrettèrent les droits dont la trahison» Tastuce au les terreurs du pouvoir avaient, en tout ou eu partie , dépouillé le peuple , au profit de villes ou de familier privilégiées. On subit des institutions politi(pies destituées de la sanction du peuple , imposées au peuple par ses premiers fonctionnaires. De peur de tomber de lièvre en chaud mal, on garda le silence. On craignit d'ii?riler par la moindre opposition* les monarques dont les armes, victo(rieuses de Tempiré français et fortes d'une sainte-alliance» disaient la loi à FEiwope. Ce que personne n'eut le coupage de réclamer à titre de droit, chacun l'attendait de la sagesse ou de la bienveillance des autorités récemment instituées. Les avertissemens du passé retenlissaieiït encore à leurs oreilles. Mais les hommes du pouvoir n'écoutèrent que les promesses de ravenir et la voix de l'ambition) ils venaient de se garantir les ppérogatives gouternementales pat une assurance mutuelle rédigée en forme de pacte fédéral.

Ce pacte sanctionnait solennellement la coexistence de vingt-deux cantons souverains et de cinquante-neuf cou-

rens d'hommes et de femmes. Le texte da pacte, élastique et Tagne, fut nn instrument commode pour corroborer le cantonalisme. £n dëpit du principe positivement ënoncé qu'il n'y scvsiit en Suisse plus de pays «ujets , le fléau de la SDJëtion reparut presque partout, quoique avec des formes adoucies* Bien plus , l'état sujet du prince de Neuchâtel fut reçu au nombre des cantons et placé sur la même ligne que tons les autres ; et lorsque le couvent d'Einsiedcln fit rentrer sous sa domination les habitans de Reichenbourgf dans le canton de Schwyz, personne n'y trouv<\ k redire.

Ainsi du tombeau sanglant de Tannée 1798 le spectre de la vieille Suisse s'élança dans le pays des Suisses redevenus libres ; il fut suivi peu h peu de tous les maux qui avaient ruiné Tancienne confédération d'états. Les diètes présentèrent de nouveau le spectacle d'une vaine -pompe et de- disputes infructueuses. Les députés y arrivaient porteurs d'instructions inconciliables et d'opiniâtres réserves* Aux cantons isolés manquait la force, aux cantons réunis, la concorde nécessaire k la gloire et h la prospérité de la Confédération. L'école militaire de Thoune, décrétée en 18 1 8, est le seul monument d'un esprit fédéral qui brilla encore une fois dans- ces premières années, puis s'éteignit. On disputa et l'on négocia sot^ent et longuement au sujet de l'unité monétaire, de la liberté du commerce^ du libre établissement des Suisses dans toutes les contrées de leur patrie suisse ^ et de beaucoup d'autres institutions désirables; mais on ne put arriver à aucun résultat. Les péages si funestes au pays ont été maintenus; des milliers de heimathlosen, déshonneur de la Confédération , sont restés sans patrie.

Autant les chefs des vingt^deux petites républiques s'entre-combattaient opiniâtrement quand il s'agissait de sacrifices pour le bien général de la nation, autant ils semontraient dociles aux invitations des cours étrangères, quand ils entrevoyaient un avantage pour eux ou pour leurs familles. On louait des bataillons mercenaires aux cabinets de France (1816), des Pays-Bas (1818) et de Naples (1829), afin de défendre les trônes contre les peuples ; mais on refusait un asile aux malheureux persécutés dans leur patrie ou exilés pour des délits politiques. Le

Saint Père ayant rompu de son antoritë Tantiqne lien qui unissait à Tëvéchë de Constance une grande partie de la Suisse catholique (1815), on perdit quatorze belles années en essais inutiJes pour fonder un nouvel évéchë national. Toute espérance de s*entendre s*ëiranouit. Alors fatigués de ces négociations sans fin, quelques cantons s'incorporèrent au diocèse de Goire ; d'autres, à Févéché de Bâle» dont le siège fut fixé dans la ville de Soleure (182S}. — Lorsque les fondateurs couronnés de la siiinte-alliance demandèrent qu'on mit un frein à la liberté de la presse, les gouvernemcns se hâtèrent avec une condescendance irréHéchie d'iiccomplir ce vœu selon leur cœur. Pour cette fois ils n'eurent pas de peine à s'entendre (1823)« Des lois et des ordonnances interrompirent et paralysèrent bientôt l'échange public des idées* On établit, sous le nom de censeors, des juges de la pensée, institués pour décider quelles vérités on cacherait au peuple, de quelles erreurs il serait permis de le repaître. La publicité, école du public , et la circulation des journaux furent frappés d'é* normes droits de timbre, comme objets de luxe bons i grever d'impôts. Vallais et Frihourg ouvrirent aux jésuites non-seulement leur pays, m'ais aussi les écoles de leur jeunesse. L'autorité ecclésiastique leva de nouveau la tête à côté du pouvoir séculier, prête à le défendre on à le braver.

Une trame de mensonges ourdie par une vagabonde , Clara Wendel, et sa bande au sujet de l'avoyer Eeller, de Luccrne, qui avait péri dans les flots de la Reuss (1816) , occupa plusieurs années l'attention de la Suisse , et dévoila la mauvaise administration de la justice dans divers- cantons ; tous ne profitèrent pas de ces révélations pour corriger leurs institutions judiciaires. — Des années' pluvieuses ayant amené la disette et la cherté des vivres, les mauvais alimens produisirent des maladies: une multitude de malheureux mouraient de faim (1817). Les gou» vernemens aggravèrent le mal en élevant des barrières de canton a canton et en défendant l'exportation des produits du sol. Déchirement, contra d ition , discorde, voilà la Suisse de ce temps. La Confédération n'existait pas : il n'y avait plus que des Duntons liés par des concordats ou divisés par des représailles*

A la tête de ces ]>etite8 républiques on voyait pourtant, au nombre des magistrats, des hommes gënërenx, dou^r d*inlcUigence , dévoues k la patrie et a la liberté» Mais ils avaient beau répandre les semences da bien, elles étaient étouffées par Fi vraie que le pacte fédéral et les constitutions viciées des cantons avaient multipliée.

Le pouvoir démesuré que ce pacte avait prodigué aux IDuntons, aux dépens de la force fédérale, était tombé entre Tes mains d'un petit nombre, aristocratie d'ambition et d*aâtuce. La conscience de leur autorité illimitée leur inspira insensiblement l'orgueil de la domination: l'irresponsabilité fit naître l'arbitraire ; la longue durée ou la perpétuité des charges ramena le régime des faveurs. Les tribunaux du pays et la soi-disant représentation nationale dans les grands conseils se laissaient influehcer par la prépondérance du pouvoir exécutif. Les vieilles aristocraiïea se retrouvèrent sur pied , mais sans le prestige d'antiques souvenirs, couvertes seulement d'oripeau démocratxqne* Cette fausse dorure tomba bientôt. L'étalage des titres , la morgue gouvernementale iirent sentir plus vivement aux citoyens de beaucoup de cantons le poids àés impôts, des obligations militaires, des corvées ; ^'inégale répartition des charges publiques ; les ménagemens partiaux en faveur du riche, au détriment du citoyen obscur ; la négligence dans l'administration des biens de l'état Ailleurs on déplorait plutôt Timpudeur du népc^ tisme,' les droits politiques devenus le monopole d'une faction, les abus d^autorité des fonctionnaires, la tendance aristocratique et oppressive du gouvernement, son opposi- .tion à une solide instruction du peuple*

Les petites républiques, marchant dans diverses directions, se séparèrent de plus éh plus. Mais le peuple restauni de cœur et de pensée, unanime à désirer le terme de l'oppression de la Suisse et de son impuissance. Cet esprit se manifestait dans toutes les associations philantropiques et scientifiques qui réunissaient des citoyens de presque tous les cantons. Il vivait dans cette Société suisse d'utilité publique, suspecte aux gouvememens parce qu'elle se dévouait aux intérêts du peuple. Il éclatait dans les réunions annuelles de la jeunesse studieuse de la Suisse è Zofingue (de^Us 1819); dans celle des jeunes homme»

qui, depuis 1822, sons le nom de Société de Sempack s'assemblaient chaque année sur un des glorieux champs de bataille, de la' patrie; dans les tirs fédéraux des cfarabiniers, mais surtout au sein de la Société helvétique^ vive comme aux jours mémorables de sa fondation. Lés feuilles publiques, maudites, persécutées, comprimées, défendues parlèrent plus hardiment et furent lues par la nation avec plus d*avidité. Au sein des grands conseils eax-mémes des yoix courageuses se firent eutendre, iso^ lées d*abord, puis ^lus nombreuses, demandant que le pouvoir des gouvernemens fût renfermé dans des bornes légales.

Toute la force des chefs d'une république réside dans la confiance des citoyeiis i ils n'ont pas d'autres baïonnettes pour défendre leur autorité que les baïonnettes da peuple* Les Suisses avaient supporté pendant quinze ans les funestes conséquences de l'année 1815« Ce fut d'abœrci sur les rives du Tessin que le peuple et ses intrépides organes, poussés k bout par la dilapidation des deniers publics et par la vénalité des magistrats, rédamërent et entreprirent la réforme de la constitution (1S29). Cédant à la nécessité , le grand conseil du canton de Vand (mai 1S30), et bientôt celui de Lucerne, consentirent kunex-é^ forme semblable. Le grand conseil de Zurieh espérait 'ïncore écarter les principaux griefs en élargissant ses portes et en abandonnant quelques prérogatives.

Appendice^

Les vices de la constitution imposée au Canton de Vaud le 4 août 1S14 n'avaient pas tardé k porter leurs fruits. Des abus contraires aux libertés publiques, aux droits fondamentaux de tout peuple, avaient déjk pris ra« cine. Leur domination était si bien établie qu'il ne fallut rien moins que du courage civique pour révoquer publiquement en doute la perfection du système régnant et pour soulever l'idée de .le modifier* Le généreux citoyen auquel le Pays-de-Yaad dut en grande- partie son émancipation en l79S , et le Canton de Vaud la consexflition de son in-

dépendance en 18 14^ M, le gënëral de la Harpe demandai par motion individuelle, le^i mai iS25,> cpi'un i*èg(cment particulier déterminât la marche à sui\Te par la commission électorale, a£n d*assurer d autant mieux le succès de cette insUtution. Le 30, le Grand-Conseil, sur le préavis, d'une commissipn, décida qu'il n'y avait pas lieu de s'occuper du règlement désiré. Le 6 mai de l'année suivante, rbonorable général présenta ^une motion développée et motivée, pour provoquer un examen des lacunes et des défauts de la constitution. ^) Cette motion fut repoussée au mépris du règlement en vigueur et de toutes le s^ formes protectrices de la liberté parlementaire; la dignité d*uue assemblée délibérante fut. méconnue.

Cependant le mécontentement des citoyens qui réfléchis», saient, contenu d'abord par l'habitude du' silence et pac une timidité politique mise à l'ordre du jpur depuis lSi4y se manifesta par des murmures sourds, pu,is par des paroles intelligibles. La presse périodique se lit l'organe dea vœux qu'elle savait vivre dans les cœurs sincèrement républicains. Elle éleva la voix des 1826 , çt lorsqu'elle se proclama l'interprète de l'opinion de la majorité, il fut impossible de la contredire*

Le i3 mai 1828, M. Scanuél Clavel^ membre du Tribunal d'Appel, fit, à son tour, une motion pour demander quelques changemens au mode d'élection des représentans, et, au préalable, l'examen de la question de Informe a suivre. Cette fois .une discussion s'engagea; elle remplit entièrement les séances du 2i et du 22 , mais la motion fut rejetée par 117 voix contre 39«

En 1829, vijDgt-sept pétitions, signées ^ar, ki97 citoyens, demandèrent diverses modifications à la constitution et particulièrement au système électoral. Après deux' jours de débats animés, 21 et 22 mai (voyez Session de 1829 du Grand'Cojiseil du Canton de Vaudy p. 1S5— 279), la décision de l'année précédente fut confirmée par 87 voix contre 5.5* Une majorité plus forte encore, de 110 voix

*) Voyez Motions d^ordre présentées au Grand' Conseil du Canton de Va^d^ le 21 mai 1825 et 6 mai 1826 par Frédéric César de la Harpe. Lausanne 1828. broch. ia-S^.

contre 40, avait rejetë le renvoi des pétitions à une cobimission examinatrice, malgré une disposition impërative du règlement. Ce reioB de faire droit k des vœox raisonnables et respectneasement énonces donna da ton à l'opinion libérale. Elle allait éclater de nouveau en dés pétitions plus nombreuses que Tannée précédente » lorsque le Conseil d*£tat, poor en prévenir l'explosion» proposa, le 8 mai iS30, an Grand-Conseil des changemens à la constitution. Discutés dans plusieurs séances, ils forent adoptés sans amendement le 26 du même mois.

Cette révision de la constitution de 1814 n'en avait point cbangé les bases. Quelques concessions insuffisantes étaient faites: le sort remplaçait la commission électordej la durée des fonctions législatives était réduite da douze ana à uix. En revanche les conseillers d'état devaient continuer de rester en place douze années durant, avant d'être soumis a la réélection. Ainsi la fMrépondérance du Conseil d'Etat, l'un des maux dont on avait le plus de raison de se plaindre, fut considérablement augmentée par cette disproportion dans la durée respective des fonctions do pouvoir exécutif et de la représentation nationde.

L'octroi de la constitution révisée fut reçu froidement par tout le peuple. Celui-ci attendit quelque chose de mieux de l'avenir ; l'avenir ne le lit pas long-temps attendre.

Ces explications nous ont paru nécessaires pour faire comprendre comment les modifications apportées à la constitution , au printemps de 1830 , n'ont pas prévenu la réforme plus complète demandée à la fin de la même an« née , et dont il est question aux pages 15 et 16.

lyeize vantons rentrent en possession de leur liberté^ Troubles h Schwyz^ a Neuchdtel et h Bâle.

(D« isao k i832).

La majoritë des peuplades de la Sia\s$e seraient volontiers entrées dans la carrière des améliorations. Mais les gouvememens trouvaient douce la jouissance du pouvoir sous la protection de la sainte-alliance* Ils se crurent plus forts de la force étrangère que de Fadiour et de l'approbation 4® citojens libres*

Tout- à -coup survint un événement inattendu* Un membre de Talliance appelée sainte , Charles X , roi de France, viola le serment royal <(u*il avait prêté à la nation* Après trois jouméîes de sanglans combats dans les T%kt% et sur les places de Paris (27. 28 et 29 fuillet 1S80), il dut abandonner le royaume de ses pères et partir pour l'exil. A cet exemple, la Belgique et bientôt la Pologne se sou», levk«nt contre leurs princes* Des agitations travaillèrent l'Italie et l'Allemagne. La fcNrce de la sainte-alliance fut brisée. .

Affranchi de la crainte des puissances étrangères , le peuple BvdMse osa reconquérir les droits dont il déplorait depuis trop longtemps la perte. Pendant rantQBinë,^des citoyens se réunirent, d'abord en petit nombre, puis plus nombreux ou même par milliers, dans les cantons d*Ar* govie» de Thurgovie, de Bâle, de Zurfch, de Saint-Gfalï, de Yaud, de Luceme, de Fribourg, de Berne, de Soleure, de Schaffbouse, même dans le pays de Scbwyz et dans les Rhodes extérieures d'Appenzell. Us adressèrent des pétitions respectueuses aux autorités» et demandèrent que leurs constitutions illibérales fussent changées, d'après des principes démocratiques, par des hommes du choix immédiat ^dn peuple.

Les gouvernepens furent épouvantés; ils portèrent leurs regards inquiets sur les cours souveraines, mais ils n'y. virent aucun appui pour eux* Ils cédèrent de gré on« de force ; l'opinion démocratique était générale et parlait

baat. Les concesfions forent faites, ici, avec vse bten- TeiiUnte sagesse ; là, ayec hésitation, avec circonqiectiony avec timidiië. Les astncienses lenteurs firent naître le sonpçon } la résistance amejala le peuple ; on le vit se porter en foule à Frauenfeld, k Saint-G^ k Lausanne et h Fribourg; il se forma même en masses armées dans le canton d'Argovie et de Schafilioiise. Au milieu de ces Soulëvemens rëvolutionnaires , les propriétés, les personnes et les magistratures furent respectées. Le sang ne coola point ; on ne vit po.int de torches incendiaires , comme , ' dans la même époque, li Paris, à Bruxelles, h Brnnswic, k Varsovie, à Modène et ailleurs. Nul excès ne souilla In régénération de la liberté suisse.

Quelques semaines s*étaient k peine .écoulées que dans plusieurs cantons des assemblées* constituantes éhtes par le peuple , à Fribourg , k^ Soleure et k Bâle , les grands conseils travaillaient à satisfaire aux yœnx du pays.

Cependant k Berne, alors directoire fédéral, la noblesse de la ville hésitait encore k sacrifier des prérogatives ré-' volutionnairement conquises, seize années auparavant, sons la protection de l'étranger et k Taide de ses artifices. Le gouvernement bernois attendait encore son salut ou de la désunion des cantons , ou d'une guerre entre les puissances, ou de leur intervention dans les affaires de la Sni5se , ou de quelque miracle du hasard ; telle est lliabitude de TobstiDation Téduite aux abois. En effet, des . troupes autrichiennes s'accumulaient alors le long de la frontière suisse, dans le Vorariberg, dans le Tyrol et en Italie.

Dans rintérét de la paix intérieure, de là sûreté extérieure et peut-être de sa propre défense , le Directoire convoqua une Diète k Berne. Mais celle-ci' Reconnut le droit de chaque canton ' de se constituer. EHe ordonna la miite en disponibilité de 60 k 70,000 hommes en cas de guerre. Elle arrêta d'adresser aux puissances étrangères une déclaration de neutralité pour toutes leurs guerres éventuelles. Tels furent les décrets de la Diète. Ils éiectrîsèrem la nation r. armes et soldats furent prêts sans retard; Ghrisons seul fournit 10,000 hommes; le nombre fixé par le décret fut dépassé par lés citoyens. Dès Volontaires, -déjk exemptés du service, demandèrent k former

des €<Nrps ^francs* LesT^biaets étrangers domirent ans Caoiédérés des assurances de paix et d'amifiëv Abirs la caste nobiliaire dé Berne comprit .que la fin de son rë^ne ëtait yenne. La bourgeoisie de la ville elle-même refilai de recevoir dans êes murs des troupes mercenaires dirigées contre le peuple* Le patriciat se soumit à Tinëvi-* table destinée , conservant dfT moins alors les apparence^ de la grandeur d'âme« ' De plus «n plus irapérieus^nnent réckmuée par le pays, une assemblée constituante se forma.

Aux hommes habitués depuis longues années h la- do^* minatioB ou à la servilité, ou qui, honorant peut-être dans le secret de leur cœur la dignité d*un peuple libre , en avaient indignement trahi la cause, il ne restait d'autre consolation que de décrier avec une rage el&énée , mais impuissante, le réveil du peuple. Ils soulagèrent leurs ciBurs par des railleries e^ des insultes) tavernes, égliaM^ salles de conseil, brochures, journaux, partout, ils érigèrent leurs tribunes* De véhémens« censeurs du précédent gbuvernemjM&t en devinrent les plus chauds apologistes. Si Dieu eût exaucé les vœux de leur démence, la guerre civile eût noyé la Confédération dans des flots de sang« Mais ils ne réussirent qu'à souffler le feu de la haine , dont les flammes les atteignirent au visage. Lés peuplades de la Suisse conservèrent un calme plein de dignité , et demeurèrent *iiiébrat»|ables dans leur résohitîon. Leur' vo«^ lont^ avaikt achevé son œuvre*

Au commencen^nt de l'été de iS3i, les constitutions démocratiques de la plupart des cantons, acceptées par le peuple, étaient entrées en vigueur^ Avee des besoins difi'érens, le même amour de Ja patrie les avait toutes fondées sur les mêmes principes t la souveraineté résidant dans Tuniversalitt^ du. peuple; l'égalité des dioits et des devoirs politiques ; la séparation des, pouvoii^s législatif, exécutif et judiciaire; la durée moins longue des fonctions J la garantie de la propriété;^ liberté de la iiresse^ «la publicité des séances de la > représentation nationale; ctCi

Zurich^ Berne, Lucesne^Friboung,. SoleurjC, .SchafiW house, Saii^t^Gali, Arg^vic, Thurgovie^nTessin et V^od fixèrent suç^jq^s bases ,les,4foi(#idi» peuple etit^ at^ibn*. tions desi^aïUo^ritt^; ils Ajii^îjfciit unç: .marche légale, et ne re^jrers^ent po)fxt .ia^^Wf^^ivejpe^l» l'ordre .i^Hbli:^ Lea

gouTememcnu et les fonctioimaîres publics » les gra&ds conseils et les tribnnatuc exereërettt leur avtoritë iFaprès l'ancienne constitution, fnsqn'an jour où la noav^e fut lë|j;al«nent ezëcntoire.

Les choses se passèrent moins paisiblement dans le canton de Seh'wyz» Les che£i d*nne petite peuplade autrelois souveraine du reste du'^ys, les chefs du district in* tërieur, seule partie de la république qu'on appelât Ftm^ cien paya libre de Sehwyz , refusaient l'ëgaUté des droits aux habitans des districts extérieurs. Et pourtant <m la leur avait solennellement promise aux jours 4eB périls et des combats , peu avant la chute de la vieille Confédération (1798). Depuis 1815 on avait insensiblement ressnscité avec adresse les prérogatives surannées de rsncien pajrs; on promit, il est vrai, de corri^ffer la constitution, mais oa ne tint pas sa pnnncsse* M^me au dedans àea limites étroites de ce vieux pays, il n'y avait pas égalité de 'droits et de chaires pour tous les citoyens : ceux qu'on désignait sous le nom de ^mmveaux habitans^ (nêue Landleute^ ne fouissaient pas de toutes les prérogatives des autres, bien que leurs familles fussent domiciliées dans la contrée depuis des siècles. Supplications ^es citoyens lésés dans leurs droits, négociations, menaces, bons of* fices de la Confiédéi^tion, tout fut inutile. De guerre lasse, les districts extérieurs, la Marche, Efnskd^ln, KUsnacht et Pfseffikon, se décidèrent à former, avec le consentement de k Diète, une république h part, soUS une constitution piffticulière (6 mai i832). Ce petit canton se divisa éùVkC en deux états,' non sans anbnosité réciproque, mais du moins sans effusion de sang«

Des violences sanglantes ne souillèrent, en ces jours, que le sd de Neuchâtel et de Bâle« '

Le prince de Neuchâtel, en même temps i^i de Prusse, Frédéric Guillaume, au cai^clère paternel, uvait fait sonder {Â^ê le commencement de l'année 1831) les vœux 4u peuple par un plénipotentiaire , et allégé une partie dei charges contre lesquelles s'élevaient les griels des communes. Personne n'avait demandé que le pays fût soustrait h son sf^tre. Peu après le retour du plénipotentiaire auprès de son roi , des voix se firent entendre pour demander ^ que lu pHncipauté devint une république semblable aux

eantons de- la Sniste. Beaaebiip de gens tronvaient ce but digne de tous les sacrifices, mais ils ne vonlaieii^ pas y marcher par la voie de la révolte* Cependant quel^pies centaines d'hommes inconsidérés se rassemblèrent en arme$^ surprirent le château de Neuchâtel« at s'en emparèrent (12 septembre 1S31>. Us en furent éloignas par les troupes fédérales, dont le gouTern^^l^t, dans ;ia détresse, avait demandé l'assistance (27 septembre} ; car la constitution du canton de Neuchâtel , garantie par le pacte fédéral, ne pouvait pas être abrogée par la violence, sans k consentement* du prince et de la majorité des citoyens. Le château ayant été restitué au gouvernement , et l'amnistie, promise aux auteurs de la rébellion, les troupes fédérales rentrèrent dans leurs foyers.

Cependant le mauvais succès ne découragea pas les mécontens. Quoique en moins grand nombre, ils levèrent ^e seconde lois l'étendard de la révolte (17 décembre)^ A ce coup ils furent mis en déroute par les troupes du gouvernement,' après plusieurs combats où le sang coula. Ceux qui avaient sauvé leur vie par la fuite furent bannis. Les prisonniers de guerre expièrent leur entreprise dans des cachots malsains, ou par de grosses amendes, ou traînés dans des forteresses étrangères contre le droit des gens ; d'autres subirent d'autres punitions. Des iiinocens même, sur de simples aoupçons, furent abandonnés aux mauvais tiraitemens des persécuteurs. La justice d'un gouvernement sage fut remplacée par la vengeance du parti victorieux.

Dans le même temps le canton deBâle devint le théâtre d'une discorde civile encore plus funeste. La pluralité des communes du pays avaient adressé au gouvernement dts pétitions pour^la restitution de droits que la ville leur avait autrefois garantis; à cet effet, elles demandaient la convocation d'une assemblée constituante nommée par le peuple. Cette demande blessa la ville ; l'aigreur croissante des campagnards irrita son orgueil ; les préventions s'envenimèrent. Le Grand-ConseU, principalement composé de citadins, projeta, de son autorité, nne constitution, dans laquelle la ville conservait quelques-uns des privilèges dont elle avait joui depuis 1S15. Lh-dessus plusieurs conseillers campagnards, précédemment déjà exposés à dfi^

iasuhes « ^pûti^nt la salle àts aëaactt Hgitlrti:vta. En Tain avatentr-ils réclame Fégalitë des droit» politiq¥K.-a et des charges, soleBoeUemeDt garantie en 179S. IJa manque de loyanté dn parti dominant entraîne presque toufonrs^ le parti subjugue dans la voie de la vengeance ou de^ représailles* L'indignation et la'rebcllion de la campagne, les dédains et les menaces de la ville provoqueront les deux partie k s'armer. Des arbres de lili^td furent plan-» tes dans les Tillages. Un gonveniement prnvisoire de la campagne s'établit à Liestal. Le gouvernement cantonal, plein de colère , fit sortir des troupes du cb^^ieu; il y eut plusieurs jours de suite de petites rencontres (milien de janvier 1831) ; les rebelles furent dispersés ; les arbres de liberté, abattus; les autorités révolntionnatres^^ chassées. Les prisonniers de guerre , liés de cordes i^omme de TÎls criminels, traversèrent les rues de BÂle , en butte h des outrages. Sous l'ascendant de la première terreur, la nouvelle constitution fut présentée aux communes; Tacceptation fut votée au scrutin ; puis le ^uvemebient procéda au jugement des prisonniers et des fugitifs. Les autres confédérés l'invitèrent vainement à user de -modération et à prononcer une amnistie générale. Vainement se firent entendre des milliers dé voix suppliantes de It^ campagne humiliée. BÀIe , pleine de morgue dans le sentiment de son droit rigonrenx on de la victoire, oublia, que l'épée de la justice ne guérit pas les blessures laites par la discorde*

L'opiniâtre dureté de Bâle envers les habitans de la campagne , coupai)les seulement d'avoir voulu recouvrer d'anciens droits, à l'égal de beaucoup de confédérés, alluma «ne violente haine contre cette cité parmi le peuple d'autres cantons, tout bouillant encore de la première effervescence de la liberté. Déjà, ^ns les cantons. d'Argovie, de Berne, de Soleure, de Zurich^ de Thurgovie et d'Appenzell, brillaient des armes prêtes à dé&ndre la campagnç et à la venger. La ville éleva en bâte de nbuvelles fortifications, et renforça la garnison 'par l'enrôlement de soldats mercenaires. Les dédains, le» insultes augmentèrent avec le sentiment de la sécudté. Fonr clé* fendre son droit on se livra à des injustices. .On provoquait, on mortifiait, on outrageait lésons de la campagne

venus k la ville po«ir des achats , on pour l'exercice 4m leur indusine ; le secret des postes n'était plus respecté; sur de purs soupçons, on maltraitait étrangers et citoyens dans les maisons et ds^s les mes. Poussée k bout , la campagne prit Fattitude de la résistance ouverte. Dans chaque village il y eut un parti pour la ville et un parti pour ia campagne. Partout régnaient l'insubordination et des troubles.

Afin de rëtaUir Tordre et de soumettre les rebelles » les troupes de la ville se mirent en marche de nouveau ie 21 août 1831, avec des pièces d'artillerie, et se dirigëreut sur Liestal , centre du soulèvement. Mais dn haut des moîitagnes et du fond iles Vallées ,. le tocsin fit accourir un peuple animé par la vengeance et par la liberté ; méprisant les blessures et la mort, il repoussa les hordes exercées dans les armes jusqu'aux portes de la ville qui les soldait ; le combat fut long et opiniâtre. Cette action sanglante rompit les d&miers Hens en^e la ville et la campagne.

Un cri d'indignation retentît dans la Suisse presque entière. La Diète, pour rétablir et maintenir la paix, fit occuper le xanton par des troupes fédérales* La majorité des états confédérés retira la garantie illimitée aecosrdée à une constitution maintenant souillée du sang des citoyens et maudite par une grande partie du pays. Bile , initée jpvr ce retirait et par sa défaite , accusa la Confédéi*ation d'infidélké à &ts devoirs et à ses sermens; elle rejeta m^e du sein de sa république (fuarante-cinq communes rebelles (22 février 1832), en dépit éeê^ sérieuses protesta^* tiona que. le Directoire fit, au nom de la Go]|fédéf ation , contre cette démarche sans exemple. ^) Après le départ

*} Le canton de Vaud fut an nombre de ceux qui avaient per* sisté à maiilteuir la garantie accordée ë- la constitution bâloise. Coïncidence cuiieuee! le Grande Conseil vandois vota le maîiiti«n de.cetia gai^ntie le asi £jvriar i83^y le jour où

. * le Grand CoofeiL de Bâle d^sUi^ait sa charta» en retirant

radministcalion ^h ^«arani^-ci9q««ommiiB«s. IXè& lors, il ne

^lut plus possU;^ de^sou^éw>ita9. GOBfilitation foulée am

piefU pAK le gouvernement bâlois lui^mémç. Aussi, le li^ avril

Dig^tized by VjOOQIC

àe pretqae tonttt les troupes fëdërtlet , Bâle envoya de nottveaa mjftërîeuseiBeiit des soUats mercenaires dans la campagne, sons prëtezie de protéger les communes fidèles, pent'étre dans l'espoir de Vj^ger sa dëfatte près de Liestal. Par ondëtonr, et passant snr no territoire ëàranger; contrairement an principe df la nentralitiS de la Snisse, la korde salaries arrhra nuitamment è Grelterkinden (6 avril 1832). Soudain elle se vit entourée de toutes les terreurs d'une levée en masse; le bruit deê armes, le carnage, l'incendie l'assaillirent. Après une résistance infUilement courageuse, les soldats de la ville s'enfuirent une seconde fois,^ mais dispersés, mats maltraités, mais laissant un grand nombres de leurs confiés sur la poussière* La nonveUe de cette tentative clandestine raÛuma la colère des cantons voisins* La défaite des mercenaires put seide calmer ce courroux. La Diète intervint une seconde fois. Cependant Bâle, attristée, mais non humiliée par son double échec, se retrancha fièrement derrière êtê remparts et êtê murailles. Elle ferma êt$ portes aux troupes fédérales venues dans l'intérêt de la paût. Elle repoussa aussi la médiation de la Diète , qui envoya des commissa^es à Zofingue pour concilier les partis divisés* A la fin la siq>réme autorité fédérale, réunie è Lucerne, recon* naissant l'inflexible opiniâtreté deia bourgeoisie bâloise, prononça la séparation du canton en deux demi-cantons, Bâle-ville et Bâle-campagnCp A la première division de* valent appartenir la ville même de Bâle et. 16 communes dispersées dans la campagne, mais qui avaient conservé de l'attachement pour la cité. Bâle-campagne , cimiposé de 53 comi^^unes, fut reçu avec sa constitution parttculâre« dans Tallianee de la Confédération et mis au bénéfice de la garantie fédérale. On éteignit aux deux partis de respecter la paix ; puis les troupes di'occnpation se retirèrent*

saÎTant, le pouvoir l^ktîC du Canton de Vsud fonda-i-il logfqaémeat lor le décret balob du 82 février le retrait de la ganmtie quil mnh logiquement maiotcaoe «vaa» celte déciiion, InsoateBakle en droit el àbeorde en politique*

H§ iMMbielsar.)

La ligue de Samen. — Cinq cents Polonais pénè^ trent de France en Suisse.

(Annëe 1833).

Tant de revers attisërent le ressentiment de la riche citë-frontière , loin de Fëteindre. Elle semblait ne reculer devant nucnn parti , même le plus dësespërë ; on la crut capable de se dëtacher de.la Suisse , ou de travailler à la dissolution de la Confëdëration« D'un autre côte, les can« ton* , timidement prudens, hésitaient à exëcnter av/ec ëner* ^e les arrêtes de la Diète , parce qu'ils craig^naient la rupture du lien fëdëral, la guerre civile et Tintervention armëe des puissances. Ces deux causes relevèrent le courage des ennemis de la liberté du peuple , et leur firent concevoir des espérances audacieuses* Ardens qu'ils étaient à propager leurs sentimens , les chaires et les écoles , les brochures et les pamphlets, les fournaux et lés carricaturcs , le confessionnal et le cabaret leur fournirent des moyens d'attaquer les nouvelles institutions dëmocratiques* Dans les rangs opposés , les défenseurs de la liberté d» peuple combattirent avec le même acharnement et les mêmes armes; ils fondèrent de plus des associations défensives, et organisèrent des assemblées populaires. La discorde et l'animosité étaient si grandes qu'on ne respectait plus. Aucun nom. Les plus vieilles auïitiés furent rompues , et même les liens du sang se relâchèrent.

Au pied des Alpes . ou dans leurs vallons , ies anciens cantons démocratiques d^nienrèrent spectateurs impassibles de cette désunion , ou bien, dociles è leurs supérieurs ecclésiastiques ou civils , ils penchèrent pour la cause de Bâle » des patriciens et àcs autres adversaires de l'égalité politique. Plusieurs se laissèrent même entraîner k refuser la garantie fédérale aux nouvelles constitutions. Cette conduite, gratuitement hostile, blessa la plupart des autres cantons* Sept d'entre ceux-ci se coalisèrent, par l'organe de leurs députés k la Diète du printemps de 1832, Zurich, Berpe, Lucerne, Soleure, St-Gall, Argovie et Thurgovîe* Us fcmnèrent un concordat pour garantir mutuellement à leurs constitutions libérales itne sûreté que les

autres refusaiest d^ leur accorder* Cette association , qui embrassait la majoritë de la population totale de la Suisse et protégeait ses droits , déjoua les ^ adversaires, mais n'anéantit pas leurs nuiuvais desseins.

A Berne » les chefs exaltés du patriciat formèrent secrètement des dépôts d'armes, entassèrent dans des lieux cachés '20,000 cartouches^ et enrôlèrent clandestinement des soldats, la plupart revepus du serTice de France, gens sans aveu et sans pain, disposés à Tendre leurs bras au plus offrant. La conspiration devait éclater à la première occasion favorable ; le massacre et Tincendie , lut servir d'auxiliaires* £Ué fut trahi par l'imprudence ou l'ivresse de quelques individus de la soldatesque achetée (août 1832)» Plusieurs chefs prirent la fuite ; quelques complices furent mis en arrestation. Sur cela, le gouvernement répartit dans les principales communes des armes et de l'artillerie pour la défense de leur liberté .et de leur sûreté* — Cet événement ouvrit les yeux \k tout le peuple sur les projets de vengeance et d'amli^tion de ses anciens maîtres* L'aristocratie bernoise , jftdis respectable , depuis long'temps corr.ompue par l'égoïsme, venait d'imprimejr à son impuissance le sceau de la honte.

' Sûr ces entrefaites , le gouvernement et la bourgeoisie de Bâle conçurent un projet non uM^ins hostile, mais plus grand. Ils formèrent une alliance plus intime avec les chefs des-cantons d'Uri, ^chwyz, Unterwalden, Neuchâtel et Valais. Ceux-ci, de même que BAle, avaient solennellement protesté contre le concordat des sept cantons , et avaient fait leurs réserves. Lorsque , dans une grande partie de la Confédération ui^e opinion déjà ancienne réclama plus vivement contre les vices du pacte fédéral, si contraire aux principes fondamentaux qui régissent la plupart des cantons , si peu en harmonie avec les besoins d'un état fédératil , Bâle invita ses amis politiques à une conférence dans le but de prendre des mesures en commun. Tous h l'exception de Vallais , retenu par des discordes intérieures , parurent <an jour fbié (14 novembre 1S32) k Samen-, chef«>liett d'Unterwalden-le-Haut. Ils résolurent, à l'unanimité, de s'attacher invariablement au pacte de 1815 ; de ne reconnaître comme états confédérés ni Bàle-Campagne, ni Schwyz^extérieari de ne point en-

Toyer de députes à une Diète où ces états seraient représentes.

Lors donc qu'an mois de mars 1833t la suprême autorité fédérale fut assemblée à Zurich pour délibérer sur tin projet de pacte élaboré par une commission fédérale à Lucerne , aucun des députés de la ligue de Sarnen n'y vint* Réunis à Schwyz comme membres d'une confédération au petit-pied, ils appelèrent la Diète une assem^ blée illégale, et déclarèrent que Bâle- Ville et Neuchâtel, les cantons d'Uri et d'Unterwalden , ainsi que Fancien pays de Schwyz, quoique simple minorité, ne se soumettraient points aux décisions de la majorité*

Cette audace, destructive du pacte sous prétexte d'en observer fidèlement la lettre, indigna les députés cantonaux réunis k . Zuf ich ; mais ils ne purent prendre une résolution énergique pour faire rentrer les réfractaires dans le devoir , non que leur attention fût toute absorbée, par la révision du pacte ou par les événemens du jour, mais parce que des instructions spéciales ou le manque d'instructions leur liaient Ja langue ^ les bras*

- Cependant un événement grave venait d'arriver. Les armes .puissantes dé la Russie étaient parvenues à dompter une insurrection formidable de la Pologne. Des milliers de Polonais héroïques , mais malheureux , quittèrent leur patrie rentrée souft le joug et couverte de cadavres et de ruines ; fuyant la vengeance de la Russie, ils erraient f ogitifs de pays en pays , cherchant un asile, . Les habi* tans de la Suisse , touchés d'admiration et de pitié , prirent soin de ces braves qui traversaient leurs villages et leurs villes se rendant en Franoe, où un asile leur était ouvert. Au bout d'un certain temps, l'hospitalité française ne réalisant pas toutes les espérances qu'ils avaient osé concevoir, beaucoup de Polonais mécontens e rendirent en Belgique; d'autres, sous les drapeaux de* don Pedro, qui disputait , les armes k la main , h son frère don Mi« gnel la couronne de PortugaL Environ cinq cents passèrent inopinément , au commencement d'avril 1833, la frontière française, s'établirent dans le canton de Berne,* et réclamèrent l'hospitalité suisse* Les autres états leur fermèrent l'entrée de leur territoire; la France, le retour. Les Polonais en appelèrent en vain k la générosité hel-

vëtiqae ) Berne somma en vâin seê eonîédiréB de ne pas lui laisser toute la charge d'une hospitalité si dispendieuse. La plupart des états, contens d'avoir échappe au sort de Berne, refusèrent de tendre une main secôurable à ce co-état. Quelques-uns s'excusèrent sur leur pauvreté; d'au* très crai^i^ient une augmentation du ^ombre de leur heimathlose ; d'autres encore considéraient ces étrangers » survenus tout-^-coup , comme des auxiliaireir de la conspiration allemande qui , dans le même temps , éclata h Francfort-sur-le-Mein; d'autres enfin soupçonnèrent Berne même d'avoir appelé cette troupe pour s'en servir contre les patriciens alors remuans , ou contre les cantons voisins opposés aux réformes politiques de la Suisse^

Ruptwx de la paix du, pays. La diète rétablit la tranquillité.

(Année 1833).

La révision du projet de pacte par la Diète était ter* minée. Le nouveau projet fut soumis aux Cantons , pour qu'ils en prononçassent l'acceptation ou le rejet. A l'époque ordinaire (i juillet) la Diète ouvrit sa session annuelle avec la solennité d'usag«. A la même époque s'assemblèrent, dans le bourg de Schwyz, les plénipotentiaires de la ligue de Sarnen. La réconciliation de tons les Cm»fédérés et leur franche concorde eussent été nécessaires pour fonder un nouveau pacte ; en aucun temps on ne fut plus divisé. Cependant, à la demande de Grisons, les Confédérés tendirent la main , une fois enoore , aux étata dissidens pour tenter de réconcilier l'ancien pays de Schwjrx et les districts extérieurs, ainsi que la ville et la campagne de Bêle. Le jour fut ^ris (S shhiI). Tous les états promirent dVnvoyer des députés, même les Samiens; mais ceux-ci cachaient leur jeu. ^ ^

' Car lorsque le peuple du Canton de Lucerne, efirayé et troublé par les damenrs du parti radical et par les

clameurs da parti prêtre , eut rejeté le projet de pacte (7 jaillet) , les adversaires dtt noiiTel ordre de choses relevëreitt orgueilleusement la tête. Aux yeux de $es anciens conducteurs le peuple semblait aussi facile k mener qu*autrefois. Delk de nonyelles espérances , de nouveaux plans pour le rétablissement de Fancienne domination» Plus de réconciliation , plus d'accommodement ! Il fallait renverser Tédifice de la liberté; un choc vigoureux suffirait* Des courriers se croisaient en tout sens. Schwjrz armait en secret ; Bâle , avec un^ activité redoublée. Cependant le jour fixé pour une nouvelle médiation allait paraître.

Tout*à-coup, dans la nuit du 30 au 31 juillet, au bruit du tocsin, 600 hommes de Schwyz sortirent en armes et avec de l'artillerie, et surprirent Kusnacht, village des districts extérieurs , sur le lac des Quatre- Gantons. Us firent des prisonniers, et, en dépit de la sommation confédérale de Luceme, menacèrent de poursuivre leur expédition. Mais , sans retard , 1000 hommes de Luceme Tolèrent en armes k la frontière, et arrêtèrent les progrès du mal. La Diète apprit k Zurich (1 août) Taudacieuse violation de la paix. Sa patience était à bout. Elle ordonna une levée de 29 bataillons sous les ordres de chefs expé« riment es ; elle leur associa des plénipotentiaires , et fit investir ^chwyz. En même temps elle révoqua la médiation ordonnée, et dans une proclamation au peuple elle se prononça énergiquement sur l'attentat commis. Un cri de colère s'éleva de toutes parts contre Schwyz. Les bataillons fédéraux accoururent avec joie pour exécuter les ordres de la Diète.

Trois- jours après la première nouvelle , on en reçut une seconde toute semblable. Les BÂloîs avaient fait une sortie hostile contre la campagne. La garnison et des bourgeois , l600 hommes , accompagnés de douze canons , s'étaient dirigés nuitamment (3 août) surMouttenz. Us avaient incendié Pratteln , et massacré des gens sans défense. Après -plusieurs escarmouches , ils marchaient sur Liestal. La terreur les attendait près de la colline boisée de TOehrli, non loin de Frenkendorf. En petit nombre, mais animés d'un courage digne des combats que la Suisse livra pour sa liberté , les habitans da la campagne se trouvèrent lll , et firent voler la mort et l'épouvante dans les rangs des

BâioU, Les troupes de la TÎIIe, mises en désordre, chancelëreot; bientôt la déronte fat complètes et les fuyards se dispersèrent k trarers les bois. Ne respirant qne vengeance, les campagnards les poursuivirent, ne demandant, ne faisant pas grâce. Plus de trois cents des assaillans mordirent la poussière ou forent blessés. L*orgiteil de Bâfe était abattu. Le deuil et Tefitroi remplissaient la ville.

La Diète s'assembla le soir de cette journée sanglante , informée de la rupture de ta paix , mais non de Fissue du combat ; elle ordonna l'occupation de la ville et de la campagne de Baie par dix mille bommes. Le 4 août, les bataillons fédéraux entrèrent dans Scbwyz; le 10, dans les murs de Bâle. La ligue de Sarnen fut dissoute; injonction fut faite aux états dissidens de remplir lenr devoir fédéral en envoyant des députés à la Diète. Neuchâtel seul hésita ; dix mille hommes allaient marcher vers ses frontières ; Neuchâtel s*empressa d*obéir.

C^s mesures énergiques rétablirent la paix en Suisse. Les troupes s'honorèrent par leur discipline ; la nation entière, par son enthousiasme pour la liberté et par son respect pour Tordre. L'aristocratie mutine des villes et des familles, avec son cortège ecclésiastique et laïque, se tint coi, épouvantée par la volonté populaire, qui se manifestait avec une * énergie h laquelle le vieux régime ne s'attendait pas. '

Les ministres de Russie, d'Autifiche, de Prusse, de Bavière et de Sardaignè se rendirent en hâte à Zurich (7 août) , pour intercéder en faveur de Bâle. D'un autre côte , les plus véhémentes des associations politiques demandaient que les auteurs et les principaux instrumcns de la rupture de la paix fussent traduits devant des conseils de guerre, dégradés , punis de mort. Mais l'autorité fédéral résista avec une sage fermeté aux sollicitations des deux partis extrêmes. La justice et Ja modération honorent et sauvent les républiques comme les monarchies. On parvint k réunir sous une constitution commune (19 septembre) le district intérieur de Schwyz et les districts extérieurs; Bâle avec quelques villages de la rive droite du Rhin fut séparée de toute la campagne (l7 août) ; un tribunal arbkral, siégeant dans la viUeM'Arau, fut chargé

de la reparution àei biens de Tétat entre les deux adininiatratiaos en lesquelles le canton unique est 4ivisé, conime cenx d'Appehzell et d'Unterwalden. La part des frais de Toccupation militaire fut ûxëe pour les deux cantons occupés ainsi que pour la Confédération. Les troupes fédérales remerciées et congédiées , la session de la Diète fut close (16 octobre).

Voilà coniment , k cette époque , les Suisses sauvèrent et conservèrent la paix du pays par leur énergie militaire et par leur magnanimité. Sous la protection de la loi, la tranquillité se rétablit dans tous les Cantons. Mais la liberté d'un peuple ne doit reposer que les yeux ouverts ; ^ son sommeil serait la mort.

Conclusion,

Tello est l'histoire des événemens du temps passé , révélation des mystères du temps à venir.

Les liens de la servitude des Suisses ne furent rompus ni par la flèche de Guillaume Tell, ni par Tépée d'Adam de Camogask. Ni la bataille de St. Jaques ni le combat •de la Malscrhaide ne conquirent l'indépendance des Confédérés. Non, on a combattu pendant cinq cents ans pour la liberté intérieure et pour l'indépendance extérieure. Les hommes assemblés dans la prairie du Grutli et sous l'érable de Trouns donnèrent seulement le mot d'ordre pour le combat sacré.

Depuis que l'innocente simplicité d'Uri eut été corrompue par le luxe orgueilleux des autres cantons , les Suisses ne rougirent plus ie se mettre à la place des baillis odieux de l'Autriche y que leurs pères avaient chas-: fiés, et ils devinrent plus ambitieux de compter autour d'eux des sujets et des esclaves que de libres concitoyens. A Stanz , où leur était apparu le vénérable Nicolas de Flue , ils jurèrent une inimitié éternelle au peuple en se garantissant les uns aux autres une domination éternelle sur leurs sujets^ Toutes les rançons que le Tockenbourg

offrit pour sa liberté furent constamment rejetées avec hautenr. Les gouvernemens youlaiè&t les libertés pour eux-mêmes , mais ils ne Toolaient pas accorder à leurs peuples le bienfait de la liberté. Aussi re^ardërent-ils ^ la lin la yertu de ces peuples , leurs lumières et leurs richesses croissantes comme plus redoutables qu'une révolte ouverte.

Cependant Tédifice que Fégoïsme avait élevé, Fégoïsi&e dut le délruire. Le monde vit bientôt avec étonnement que les Suisses méprisaient et trahissaient Torigine de leur puissance et de leur gloire, Tailiance perpétuelle et la concorde* • Les cantons oublièrent leur précédente afieotion, s'armèrent 'de haine les uns contre les autres, et coururent après des affections étrangères. Les héros de la liberté rampèrent en esclaves dans les cours* Les sobres, fils des Alpes vendirent pour de l'or et pour des présens le sang de leur peuple et leur sîiffrage dans les conseils. Le caractère mâle des anciens che£s de l'état disparut et fit pl^ce k Tesprit méticuleux de gouvememens aristocratiques. La patrie fut couverte dû voile du mystère aux yeux de ses propres enfans. Enfin lorsque le^ gouvernemens se furent presque tous séparés des peuples, les peuples se séparèrent des gouvernemens. L'his- ^ toire ne nous montre aucun empire qui ait péri par la vertu de sts citoyens. L'ancienne Confédération suisse succomba affaiblie par toutes les misères civiles.

Mais le Dieu des anciens Suisses veillait avec toute sa miséricorde sur leurs enfans dégénérés. Comme la pluie fécondante tombe du nuage qui porte dans son sein la destruction et la mort, ainsi sortit-des orages politiques et des terreurs des révolutions la liberté de tous les peuples de la Suisse. Aujourd'hui on voit, ce qu'on ne voyait pas auparavant , dans un espace d'environ 900 milles earrés, entre le lac Léman et le lac de. Constance» près de deux millions d'hommes, divisés en vingt- deux républiques, et tous libres* Sans doute, même la plus forte dé ces vingt -deux républiques est fiiible et insignifiante auprès des puissances de ce monde* Mais la plus fuible d'entr'elles devient invincible par l'union de tontes, tant que chaque Confédéré craint moins une seconde jour-

nëé deGrandson, delVIorat et de Frastenz, qae l>irtifice et l'or d'un seigneur Zoppo ou d'un évéqae ScBinner.

Le seul ennemi qne doive redouter un cœur suisse ne ' vient ni de l'Allemagne ni de la France. L'ennemi le plus formidable >de notre liberté, de notre indépendance, si jamais il se présente encore , ne sortira que du milieu de nons« Il faut donc lui imprimer un si0;ne auque^hacun puisse le reconnaître. C'est lui qui préfère l'honneur de son canton ^ la gloire de la Confédération entière , l'avantage de sa personne ou de sa famille à l'intérêt de l'état. — C'est lui qui tremble à la vue du fer dans les mains d'un peuple libre, et qui ne fuit ni l'or ni les flatteries des rais et de leurs ambassadeurs. — C'est lui qui dit publiquement: Commandez le silence aux journaux, le mystère aux instituteurs de la jeunesse ; placez votre argent à intérêt au lieu de l'employer pour des armes et des armées; fermez les salies de nos conseils et que le peuple ignore ce que nous y décidons : par là nous redeviendrons seigneurs et maîtres, et nous commanderons de nouveau à des sujets et h des escfaves. — C'est lui qui sème la défiance entre la ville et la campagne , qui allume la bàine religieuse entre les catholiques et les réformés, qui élève des barrières prohil^itive)i entre les cantons, et fait revivre cet égoîsme énervant,^ cette ambition de famille , cet orgueil de noblesse, enfin toutes ces discordes qui firent périr dans le sang la vieille Confédér.àtion malgré la Singine et Rothenthburm«

L'expéiie^e nous enseigne que le droit et la justice sont plus forts que toutes les puissances; que la prospérité, des familles n'est assurée que sous la loi de la liberté, et que la liberté de tons n'est garantie que par l'indépendance de la Suisse* Or cette indépendance noble et précieuse ne repose pas sur les documens signés par des ministres et sur les promesses des empereurs et des rois ; elle repose sur une base de fer, sur nos épées« La vraie noblesse helvétique doit sortir des églises et des écoles du peuple ; le vrai trésor de l'état , consister dans la prospérité de toutes les familles ; le grand arsenal de la Confédération, se composer des armes de tous les citoyens» Que leé transactions des gouvernemens et des assemblées populaires retentissent «use oreilles de toute la Suisse,

C'est ainsi que sera protëgé l'int^rél sacre de la patrie et rintërét de chaque cabane. C'est finsi que le ieu^ céleste de Fesprit public consumera Tëdifice ruiné de l'égoisme personnel ou cantonal.

Les bens de la servitude des Suisses ne furent rompus lii par la flèche de Guillaume Tell ,. ni par Tëpée d'Adam de Camogask. Ni la bataille de Saint-Jaques ni le combat de la Malserhaide ne conquirent l'indépendance des Confédérés. Les hommes assemblés dans la prairie du Grutli et sous f érable de Troùns donnèrent seulementle mot d*ordre pour le combat sacré. -^ Confédérés , nous le combattons encore! — £t yous^ nos neveux, vous le cambattrez sur lios tbmbeauz! — VeilleA, de peur que Toils ne tombiez dans la tentation ! Confiez-vous en Dieu ! Que les Confédéré» viVeAt chAcun pour tous > tous pour chacun*

TABLE DEé MATIÈRES*

Page.

Prifece da Tradactear • — ..•«.•••••^ .•.•••••.• S

i. Des premiers temps ^.^•.......•••«..........— ... 8

2, Premiers espkùu des anciens Helyédens; les GimiM-es

se joignent ii enx (100 ans avant J« C) • iO

Page 1