Histoire de la nation suisse
naiionde aux dépens du vrai patriotisme, et nous avions converti nos titres de liberté ea titres de noblesse. Il est temps enfin que notre histoire devienne pour nous une seconde vie, et que, jeunes et vieux, nous allions puiser à cette source des sentimens patriotiques et des pensées généreuses. Quand l'époque des vertus d'instinct est passée et qu'on a fait la triste expérience de h corruption, l'on ne revient au biea que par la force de la pensée et par l'amour et l'étude des principes qui honorent la nature humaine* L'histoire atteste qu'il y a dans les peuples, comme dans l'homme individuel, un germe primitif du bien , qui se manifeste avec éclat dans une époque favorable, puis se perd^ et ne peut se reproduire que par la méditation des beaux souvenirs de l'histoire nationale. C*est là ce qui fait une Ipi aux nations helvétiques, aux magistrats comme aux peuples, d'étudier leurs devoirs dans leurs annales.
A la lecture de ses fastes , la nation entière apprendra que, dans les rapports internes d'un peuple comme dans ses relations extérieures, la morale est la plus haute politique , la seule qui soit vraie, invariable et toujours assurée de son triomphe définitif j que, dans les pay où les vertus naturelles sont honorées , les droits naturels des peuples finissent toujours par l'emporter sur le despotisme; que les crimes des nations,, comme ceux des individus, retombent
&UF la tête de leurs auteurs; que les peuples trouvent leur sûreté ,. moins dans l'étendue de leur territoire et dans le nombre de leurs trou^pes, que dans leur force morale et dans leur union.
Cette union deviendra une loi suprême pour tous les cantons de notre patrie dès qu'ils demanderont à l'histoire des règles de sagesse et de prudence. Fils d'une patrie commune, unis par les mêmes souvenirs, par les mêmes espérances et par une solidarité de sentimens ei d'intérêts , les libres habitans de l'Helvéde toute entière repousseront de leur sein cet esprit cantonal^ toujours opposé au patriotisme helvétique^ ennemi du dévouement et des sacrifices, principe destructeur de toute vertu»
Instruites par le récit de nos malheurs , les diverses classes de la société, celles surtout qui se distinguent par leurs lumières, renonceront à ces contentions continuelles, espèce de guerre civile non moins funeste que la lutte des intérêts cantonaux^ puisqu'elle consume^ au profit de la haine ^ des forces que l'amour de la patrie a le droit de réclamer.
Les gouvememens sentiront combien il leur importe de mériter et d'obtenir la confiance des peuples, en leur accordant eux-mêmes de la: Confiance; en politique c^est là la foi qui sauve. Reconnaissant la légitimité de la liberté et de la justice, ils ne verront jamais une ré*
VQlte dans le patriotisme , une conspiration àmm les progrès des lumières^*
L'on ne découvrira plus parmi nous des père»
de la patrie semblables à ces pères dénatura qui vendent au riche corrupteur l'honneur de leurs ènfans.
Les magistrats , plus occupés du bonheur du peuple que de Tintërêt de leurs familles et de leurs personnes , ne prendront jamais pour devise : c< Tout va bien, car nous spmmes bien. ^
Les spéculateurs nobles ou puissans, avides de . convertir en or le sang de leurs frères , perdront leur crédit et verront tomber le service étranger 9 commerce désolant dans lequel on balance l'exportation des enfans de la patrie par l'importation des vices étrangers..
L'histoire de tous les maux qui ont affligé le sol de l'Helvétie nous avertira de nous tenir en garde contre l'ascendant et les artifices autant que contre les viées des autres peuples. Tant que nous demeurerons vraiment Suissea, nous serons respectés et forts]; nous pourrons attendre sans crainte les armées de l'ennemi et les jugemens de la postérité; mais malheur a nous si nous cessions d'être nous-mêmes^ si nous courbions la tête sous le joug des volontés étrangères ! Malheur aux hommes vils qui nous livreraient à la merci de caprices puissans ! Que nos annales leur apprennent qu'ils ne parviendraient pas à se soustraire au tribunal inflexible
de fopinioii; récrivain cootemporaiB peut^ârgner rhomme , mais l'histoire ne pardonDe pas le crime, et ^ le. traître qui vend l'honneur de sa patrie ne lit pas toujours sa sentence dans les écrits de son temps, sa conscience doit lui. apprendre que l'incorruptible histoire tient à la main le fer qui le flétrira dans l'avenir! Que ^ur de tels hommes seuls retombe la hsàue que des nations étrangères ont injustement vouée à la naûoD suisse!
Pour éviter ces maux et tous ceux qui marchent à leur suite, instruisons-nous, par l'exem-* pie de nos pères, à tourner constamment nos yeux et nos cœurs vers ce Dieu qui semble n'avoir fait notre patrie si belle que pour la prendre sous la protection particulière de sa providence. £n méditant les pages sublimes, où la grandeur de nos ayeus apparaît dans tout son éclat, les âmes les plus froides sentiront que U prière d'un peuple qui invoque la bénédiction du ciel est déjà une bénédiction réelle , et qu£ , sans déroger au génie de la haute politique, on peut implorer le Dieu devant lequel se prosternèrent les héros de Sempach^ le Dieu qu'adorait le vertueux anachorète., dont l'éloquence religieuse calma les orages de la diète de Stans.
Les leçons que notre histoire nous donn^ (et l'auteur dont nous avons traduit l'ouvrage les indique à chaque page de son récit), ces
leçons^ cm le voit, sont graves et importantes^ Elles ne seront perdues ni pour les générations présentes, ni pour celles qui se forment et qui nous succéderont. Aujourd'hui, dans toutes les parties de la Suisse, les hommes faits et les jeunes gens, parlant différentes langues, mais animés du même. esprit, multipUent entr'eux les points de contact patriotiques. L'histoire de la patrie, nous osons l'espérer, occupera désormais dans l'instruction publique une place plus considérable qu'on ne lui a donnée jusqu'à présent, et dans le choix des instituteurs auxquels sera confié cet utile enseignement, on regar-* dera, comme on devrait le faire toujours, autant à leur caractère et à leur force morale qu'à leur savoir, parceque la patrie leur demande moins des savans que des hommes. Es* pérons que bientôt, étudiant partout dans les ^oles des villes et des campagnes l'histoire nationale , le peuple entier sera éclairé sur ses intérêts et sur ses devoirs politiques, assurés que nous sommes que dans le monde moral comme dans le monde physique la vie et la chaleur sont inséparables de la lumière.
Placée au centre de l'Europe comme un monument brillant des droits imprescriptibles des peuples pendant les ténèbres du despotisme, dépositaire de ces idées généreuses qui présageaient aux siècles modernes le règne de la liberté, la république suisse a conservé ces
grands principes 9 souvent sans les comprendre^ comme dans la barbarie du moyen âge réglisè a conservé la religion. Qu'elle-même s'éclaire encore au flambeau sacré qu'elle alluma ! qu'elle marche encore avec gloire dans la carrière où . elle précéda des peuples avec lesquels il lui sera glorieux de marcher aujourd'hui!
Après ces grands intérêts, il ne nous est guère permis de parler de nos petits intérêts. de traducteur. L'ouvrage original est écrit avec un talent admirable dans le stile populaire qui convient à la Suisse allemande : car chaque peuple a le sien. Moins heureux que l'auteur, nous n'aurions pas pu concilier le ton patriarcal du langage populaire avec la dignité de l'histoire j le. talent du nouveau traducteur d'Hérodote (M. Courier) ne se donne pas, et les connaissances qu'il possède sont si étendues qu'il semble en avoir la propriété exclusive. Néanmoins nous avons dû conserver certaines formes de stile qu'exigeait la fidélité des couleurs locales et qui, sans doute, n'auront pas besoin d'une justification.
Puissions -nous, à l'exemple de l'auteur, avoir toujours conservé dans nos expressions cette modération si difficile pour un écrivain qui aime sa patrie et qui ne redoute pas les honmies puissans!
DE
Des premiers temps*
On a souvent chanté^ plus sourent écrit les actions hi» roïques et menreilleuaes de nos pères, leurs succès , de même que leurs revers. Je veux rajeunir les anciennes traditions dans l'esprit de la nation entière. Je vais les raconter aux hommes libres des montagnes et des vallées, afin que leurs cœurs s'enflamment d'un nouvel amour pour leur noble patrie.
Prêtez l'oreille & mes discours, vieillards et jeûnes gens ^ l'histoire des temps passés est l'arbre de la science du Uiien et du mal.
Aux lieux où le Rhône, né sous les glaciers du Valais, se précipite dans la mer Méditerranée , commence une vaste chaîne de montagnes. Peu considérable d'abord, elle grandit insensiblement, sort de France, s'étend vers l'orient le long des limites septentrionales de l'Italie, et, toujours plus colossale, portant vers le ciel ses mille sommets couverts de glace, de neige et de nuages,' s'avance jusque dans l'intérieur de la Hongrie. Li cette chaîne de montagnes énormes s'abaisse et Se termine en petites collines. Ces içontagnes sont les Alpes, et l'on
a donné le nom d'Helvétie au pajs qu'elles enferment dans la région où leurs cimes blanchies , leurs arrêtes déchirées et leurs aiguilles inaccessibles sont le plus élevées au-dessus des habitations des hommes et des nues du cieK
Depuis les hautes Alpes , coupées par d'étroits rallions et coarertes de glaciers^ source d'innombrables rÎTirreS) le pajs s'étend vers le nord^ en vallées qui s'élargissent progressivement, jusqu'au pied des mon^^ tagnes calcaires da Jura. Celles-ci forment une immense demi -lune entre le lac Léman et le lac de Constance. De SchafThouse à Bùie le Rhin roule ses flots le long •du Jura et ressemble à ua fossé ereusé au pied d'un rempart. Ainsi , par la bonté du Créateur , notre patrie , citadelle immense^ est défendue de tofw les côtés par des montagnes élevées et par des eaux profondes; mais une citadelle n'est forte qu'autant que ses défen<* «eurs restent forts.
. Dans des temps dont l'homme n'a conservé aucun souvenir^ tout ce pays faisait partie du vaste océan* Les flots de la mer s'élevaient à quinze cents toises au-^ dessus des champs que nous cultivons aujourd'hui. A cette époque les sommets des montagnes formaient des Iles: Les rochers élevés portent encore des marqifes de la puissance des flots. Des plantes et des coquillages qui vivaient an fond des eaux, maintenant changés en pierres y sont couchés dans le limon durci qui fait partie des rochers. Le doigt de^I)ieu a écrit dans les diverses couches des montagnes , et la voix de la nature nous crie du fond des cavernes que cette terre , avant de devenir le séjour de l'homme > a éprouvé plus d'un bouleversement total.
Apres que les eaux se furent écoulées et que le fond desséché de cette partie de la mer se fut couvert de
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mousses, d'herbes , de buissons et de forêts^ des siècles s'ëcoalérent ayant qu'one voix humaine retentit dans ces déserts. On ignore à quelle époque et par qui le premier troupeau fut conduit le long des rivages boisés de nos lacs et de nos fleuves. Les familles des premieis habitans s'établirent sans doute dauÀ les vallées larges et tempérées; on monta probablement plus tard dans les contrées plus sauvages, et Ton découvrît à la fin seulement les solitudes resserrées entre les plus hautes Alpes.
Six cents ans avant lésus-Gbrist les vallées au-dessus desquelles le Rhin prend sa source étaient encore inhabitées ; alors 9 selon la tradition, des Italiens fugitifs j cherchèrent les premiers un asile. Un peuple belliqueux et puissant, les Gaulois, avait pénétré en Italie, et, victorieux des habitans, les avait tués on chassés do leurs demeures héréditaires. Tremblant à l'approche du fer des ennemis, les vaincus s'étaient enfuis du pajs maritime des Rasennes, où fleurissent de nos jours les villes de Gènes et de Florence. Ils se retirèrent avec leurs femmes, leurs enfans et leurs dieux domestiques dans les gorges sauvages des hautes Alpes. C'est là qu'ils fixèrent leur demeure dans des vallées séparées du reste du monde par des forets épaisses et par des montagnes colossales 5 on les appela Rhétiens,^ du nom de leur dieu ou de leur héros Rhétus. De nos jours encore ou nomme Rhétie le pays qui environne les sources du Rhin et de l'Inn^ U patrie des Grisons si fiers de leur liberté.
Premiers exploits des anciens Helvétiens; les
Cimbres se joignent à enx.
(Cent ans atani JAnu-Ghrist.)
Pendant une assez longue suite de siècles le peuple se multiplia lentement dans les vallées situées entre les Alpes et le Jura^ entre le lac Léman et le lac de Gonstance. Entouré de bois^ de rocherii et de fleuTCs^ il vivait du produit de la chasse^ de la culture des terres et de Tentretien des troupeaux^ ignoré de l'univers^ heureux de sa liberté sauvage. Autant de vallées ^ autant de communautés indépendantes. La jeunesse ardente et courageuse poursuivait le gibier à travers les forêts sombres ^ ou combattait contre des serpens dans les cavernes et les marais^ et contre des quadrupèdes féroces dans les montagnes; de temps en temps les jeunes Helvétiens faisaient des incursions hostiles dans les terres des voisins pour j exercer le brigandage. Une peau leur servait de vêtement; une lance ^ une massue^ un arc et des flèches composaient leurs armes. Plusieurs communautés unies par une alliance offensive et défensive formaient un canton. Le canton des Tiguriens^ sur les rives du Rhin et de la Thour^ est le premier dont le nom ait été connu*
Une armée formidable, venue de contrées lointaines après avoir traversé les forêts de l'Allemagne, s'approcha des Alpes. Trois cent mille guerriers de diverses nations s'étaient unis sous le nom de Gmbres. Beaucoup d'entr'eux, dit-^n, étaient originaires de la Frise et de la Suède, pays couverts de neige et de glace la plus grande partie de Tannée. On prétend que la famine
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les cba^sa de leur pajs à la suite d'une inondation causée par des pluies continuelles, qui changèrent en lacs et en marais les vallées et les hauteurs. Se frajant un chemin ayec leurs armes, ils arrivèrent de victoire en victoire jusqu'aux bords du Rhin, le traversèrent et pénétrèrent dans les villes des Gaulois, dont lepajs est aujourd'hui la France. Ils j firent un butin énorme.
A la nouvelle de ces incursions , les jeunes Tigurins furent enflammés du désir de prendre part à la gldire et au butin des Gîmbres. Tous les hommes en état d« porter les armes quittèrent leur pajs pour se pindre & ces conquérans et pour partager le fruit de leurs conquêtes. Beaucoup de sang fut versé. Les peuples de la Gaule poussèrent des cris de terreur et implorèrent le secours de Rome.
Les Romains leur envojèrent aussitôt une grande armée. £lle traversa les neiges des Alpes et descendit vers le lac Léman. Les Tigurins attachés à l'armée des Gipnbres en furent épouvantés, ils crurent que les Romains en voulaient à leur pays. Sur le champ ils marchèrent audevant d'eux sur les bords du Léman; un jeune guerrier, Divicon, était à leur tète. Dès qu'il aperçut le camp des ennemis il tira l'épée; alors il se fît un affreux carnage; les cadavres des Romains couvrirent le champ de bataille^ les vaincus demandèrent grâce. Divicon fit dresser deux poteaux , y plaça une poutre transversale et força les ennemis désarmés à passer la tête baissée sous ce joug, comme sous une potence; gloire étemelle pour les siens, honte éternelle pour Romel Après cela il les contraignit de repasser les Alpes et de retourner dans leur patrie.
Pour lui, animé par cette victoire, il retourna vert les Gimbres, ses compagnons d'armes, et leur aida à varager le pajs des Gaulois. Us traversèrent les Alpes ^
fondirent sur Tltalie et menacèrent Rome. Les Romains se ierérent; des batailles sanglantes furent livlées ; mais la fortune abandonna les Gimbres; la plupart d'entr^eux périrent par la pointe de l'épée. Ceux qui échappèrent cherchèrent leur sàrelé^ sons la conduite de Diricon^ dans la montagneuse Uelvétie*
Toilà sans doute comment il arrira que des hommes chassés du nord par la famine et par l'inondation vinreilt s'établir dans ce pajs, La renommée a conservé le' souvenir de cet événement dans les chants populaires de la Frise occidentale. Extirpant les forêts^ ils s'établirent sur les bords du lac des Qnatre-Gantons, au pied du Hacken et du Mjrthenberg^ près de Brouch, nom qui signifie un pajs marécageux; ils furent appelés Brouchenbouren ^). Deux frères^ Suiter et Swen ^ passent pour avoir fondé Schwyz. On entend encore aujourd'hui dans ces vallées des noms de famille communs en Suède.
La population étant devenue trop nombreuse > une partie des babitans se répandît dans les vallées inhabitées au bord du lac^ dans le pajs voisin de la grande forêt Kernwald^ du côté de la montagne sombre du Brunig^^); puis ils passèrent cette montagne et ^ s^avancant à travers le Hasli^ ils peuplèrent successivement^ au pied des hautes Alpes ^ les vallées de Froutiguen^ d'Obersibnen^ de Gessenaj, d^Afflentsch et de Jaun.
Voilà ce que nous apprennent des traditions antiques et incertaines.
*) Paysans do marais.
**) Sur les confins des canioos de Berne et dUntervraldcn*
ir
Tcmte l*H«lvëtïe tombe sous la domination
des Romains.
(GAïqaatitê «û9 ayant Jéfuf-Qirîft.)
Longtemps eni^ore après leé exploits de Diyicon et Û6b <}itn>res> en vantait les gras pâturages et le pijs Yidie ^u^on «Tftit tus dans la Gaule. Là^ disait-on, èroitsent iotm ttn éiel doux la yigne et roliyîer, et les ^friina^ dte Fhiter y sont à peine connus. Ce souvenir, 'CO&ftrÉdté 'p«r les récits de yojageurs et par les yoisins ^îd^M«*del& AtL Hhiii, ayec lesquels on entretenait des relations de commerce et d'amitié, excita l'enyie des haiiiti^s tb *ia sauvage Helvétie.
il y aVtdt alors dites ce pajs un homme riche et
"ptiisMizil> ttdrrimé Rordrich; les Komains prononcèrent
"^on nom Ôrgétofix, et il n'est connu parmi nous que
^gotis ce bdm altéré. Dix mille esclaves cultivaient ses
'èkaionps et Ikiment paître ses troupeaux; il jouissait
^à^Hiit grande considération chez les Gaulois du voisi-
^tkÉgé et fréquentait leurs petits souverains. Cet homme
^tatt ambitieux; il parla d^ahord aux chefs de son
èttnton, ^is aux autres chefs, enfin au peuple même.
Il leur demanda ^pourquoi l'on se tourmentait à cultiyer
^n^l ingrat à peine suffisant pour nourrir les hommes
M les troupeaux? ajoutant qu'il fallait passer en Gaule,
-t^k nh petiple courageux trouverait à s'établir sans peine
•âàns des cîràmpii fertiles. >» Oes discours enflammèrent
les es^iits, et bientôt chacun ne songea plus qu'à se
mettre en route. Les communautés réunies en assem-
i>lée décidèrent lùnanimément de faire les préparatifs
d'une émigration générale. Pendant trois ans on devait
cultiver les ferres et faire une proTision de blé pour le YOjrage^ et; pendant cela^ former des alliances et se procurer de nouveaux secours^ pour donner à cette entreprise audacieuse toute la sûreté possible.
Orgétorix; réjoui du premier succès de son plan> forma de nouveaux desseins pour lui assurer une réussite complète; il déplojait une grande activité ^ parcourait constamment les divers cantons ^ passait le Rbîn pour communiquer avec les peuple^ qui habitaient siyr ses bords et avec leurs cbefs; il demanda un libre passage pour sa nation ^ fit de grandes promesses^ et parla peut-être avec plus d'orgueil qu'il ne convenait à ses intérêts. . Il donna aussi sa fille en mariage à l'un des princes voisins; on eût dit qu'il était ini^mêrake prince et souverain de son pajs.
Cette conduite inspira des inquiétudes à s^s corn** patriotes; ils commencèrent à soupçonner qu*Orgétorix voulait trahir leur antique libeité et se rendre maître absolu de sa patrie. Or une loi des cantons Lelvéliques condamnait à périr par le feu quiconque attenterait aux droits et à la liberté du peuple. Orgotorix fut cité à comparaifre devant une assemblée et à répondre à ses accusateurs. Il s'^ refusa et voulut armer des gens pour sa défense. Alors les communautés s'élevèrent contre lui. Voyant qu'il n'j avait plus d'espoir ^ il se donna la mort. . .
Les trois années destinées aux préparatifs étant écoa« léesy le peuple des quatre cantons se disposa au départ. Les hommes en état de porter les armes^ ouvrirent la marche. Le vieux Divicon, vainqueur des Romains cinquante ans auparavant si;r les bords du Léman y se mit à la tête de ces guerriers. Ceux-ci^ furent suivis d'une longue file de feinmes^ d'eufans^ de chariots chargés de provisions et d'objets précieux. Us
brAlérent> ayant de partir ^ fontes leurs babitatioûs^ au nombre de douze rilles et de quatre Cents TÎUagesy afia que personne n'eût le désir de retourner dans ses fojers* Des milliers d'alliés vinrent des rives du lac de Gons* tance; le$ Rauraques aussi vinrent des bords du Rhin^ de la contrée qui forme aujourd^bui le Frickdial et le canton de.Bàle. Tous voulurent roarcber avec les Hat* retiens.
On vit une troitpe Immense d'émigrarîs belli^eùx traverser les montagnes et les vallées. ïl j avait en tout 360>000 ames« On se dirigça sur Genève, ville du petit peuple courageux nommé Allobroges et alliée de Rome.
Dans ce temps^là y environ soixante ans avant Jésus* Cbrist , Rome était la ville la plus puissante du monde* Elle devait sa puissance à la liberté, à rhérorsme, à la sagesse de ses citojens, Sds armes et ses lois régnaient sur ritâiie et depuis la Gaule jusqu'à la Judée. Le plus grand de ses généraux, Jules César, se trouvait à Ge-* aéve pour la défense des Allobroges.
Lorsqu'il apprit l'approcbe des Helvétiens et leur intention de passer le Rbène à Genève, il fit construire en bâte devant la ville et le long du* fleuve une mu« raille longue de neuf mille pas, bante de seize pieds, flanquée de beaucoup de tours ; puis il refusa le passage aux Helvétiens. Ceux-ci firent un détour et itiarcbèrent . vers la gorge du Jura à travers laquelle le Rbône pré* eipite ses floté dans le pajs des Gaulois. Us marebèreni le long de rocbers escarpés, par des sentiers étroits; 80US leurs pieds des abîmes et le fleuve mugissant.
A pfine furent-ils arrivés au-^delà de la montagne, dans les plaines gauloises , que César les jitteîgnit. Il battit les Tigurins qui fermaient la marche et se trou* valent en retarda Le vieux Divicon s'approcba de César et lui dit : )^ Qu'ai-je de commun avec toi et tes Ro*
mains T Lai»se^knoi minKïber en fkix, oq fap^)dilé-4oi l«ft BOUTOaiiw du Léman, et tremble que je'^ide donne «[ie célébrité pareilk à ce -p»jB-«éi par un nooveav eamage de» Romains^'^^— Gésar répondit : ^Les dieiik ' t^ont accordé tme yictoire «mx borda dn Léman )>o«r tjB rendre anjoardliiii ta défaite doublement améi^e. G^en«* dant je te laÎMeraicontinncr ta roitte en paix, «i tu res^ pectes mes alliés, si tu restitues ce que tes soldats leur ont euWé, et si tu me doniMS des 6tag^8« > -^ ^Non, Romain , ^ reprit Diyicon , ^ noies ayôn» apprîs de noa ancêtres à receroir des 6tag«8 au lieu d'en donner, i»
Là*dessus les HeWétiens reprirent leur marck», que leur noïttbre et leurs bagages rendaict^t lente et difficile. Les Romains les anirirent de près pendant quinze jouifs. Tout'àM^oup les Helvétieiis irri^ se tournèrent cou-* tr^lux les armes à la main. U se liyra une bataille gé^ nérale dans les plaines de la Tille de Bibracte (Autun)^ le carnage dura depuis Je matin jusqu'au eoucherda soleil. Les Helyétiens combattirent ayec courage, maia 580» âBt; les Romains ayee tout autant de courage , mais ayec plus d'habileté; leur tactique leur donna ht yictoire. Les Helyétiens se réfugièrent «n désordf« yers la colline où leurs femmes, leurs enfans, leurs richesses étaient renfermés au^dedans d'un rempart de diariots. L'ennemi suint de près , pénétra dans ce rempart > égorgea tous ceux qu'il rencontra. Vieillards, hommes, femmes, enfans, sa fureur n'épargna per« sDùne; un grand nombre d'entr'eux se donnèrent la mort pour nre pas sunriyre à leur honneur et à leur liberté; d'autres s'enfuirent en poussant des cri/, cherchèrent de c6té et d'autre un asile, et forent liyrés par les Gaulois à Gésar* Gelui-ci dit aux yaincus , qui se )ietèrent à ses pieds en implorant sa clémence s ^^I^ posez yos armes; retournez dans yotre patrie; rebâtissez
ai
1KH' eabattè«;< oenttntex-Totis <fo virre eomtne anpara* Tant* dans^ ros montagnes et selon tos lois. Tout pajè cotnrient à Fhoinin&> dés que Phoaime Faimoè Tout àt seree jK>int ies* esclaves de* Rome , mais TOtts aures . part à son alliance et à sa protection, y,
Pleins de honte et de douleur^ r^trîts au nombre d'eniriron treize mille > île retournèrent dans Ids rall^ea qu'il» avaient quittées > elr bâtirent de nouvelles babitatiOn$ sur les' cendres des nnciennes. Mus César fît construire^ non loin de Genève et- sur lés bords du lac> «ne nouvelle forteresse , Noviodunum , aujou^^hniN^on^ pour avoii^r<Q&il survies- H^lvétien». Il cantonna successi* vetpcnt d'autres^ corps^ en divers endroits de leur paja.
On' mit également de Finfanteirie romaine en gamisoil au pied des Alpes dU Bas-Yalais^ dans un Heu appelé Octodunim (pentrétre-Martignj), a^n.d» garder la route qui conckiisaiï paiy-d^sus* les Alpes en Italie. Les babi^ tans de cette large vallée qu& 1^ Rhône traverse avant de se jeter dans^ 1^ lac Léman ^ ihenaient une vie libre et- sauvage y ils- n^avaient de relation ni avec les Helvétiensni avec les Ron^jains; ils soumettaient à un droit de péage les marchandises qui passaient les Alpes et exerçaient le brigandage. Yojyant des soldats étrangers s'établir et se retrancher dans leur pajs^ ils furent enflammés de fureur.» Les habitans du pays descendirent des montagnes et sortirent des vallées^ attaquéi^nl les^ Rom^ina dàns' lèors^ retranchemens^ et les harcelérei^t jpsqa'à. ce. qu'ils les eurent chas^sés de la contrée. Mais les Romains revinrent bientôt avec des forces plus considérables: et rendirent toute' résistance kiujtilei Pcés dffdiip miila citoyens armes pour la liberté de leur pays périrent en combattant 5 de. tous côtés ^n^ voyait d^a- viiUgcst ei^ flamin.e. Bèi& cette époque le Vatlais ful^ soumis^ à 1» domination vomaine«
Les Rhitluns se crnrent seuls invincibles derrière leurs glaciers et leurs lacs. Ils avaient des alliés^ placés comme des avant-postes le long de Plnn^ dans les vallées du Tjrol et dans les plaines vindéliciennes Oa Souabe). Us vivaient en sauvages^ pillaient les voja*» geurs>. ouy sortant à Fimproviste des gorges de leurs montagnes en hordes nombreuses ^ ils surprenaient et r^vageaiant lies villes d'Italie voisines de leur pajs. Us cboisissaient parmi leurs prisonniers des victimes pour les immoler sur les autels de leurs dieux.
Irrité de cette conduite , Tempereur Auguste^ sous lequel naquit le Sauveur du monde ^ envpja deux ar*' mées à la fois contre les sauvages habitans des Alpes rbétiennes. Uune passa les Alpes et descendit vers Plnn; l'autre trt^versa le lac vindélicien ou lac de Constance. Tout fui soumis après des combats sanglans. On raconte que les femmes des Rhétiens se précipitèrent dans les rangs des combattans et écrasèrent leurs enfans sur le visage farouche 4e leurs ennemis , comme si f dans leurs m^tagnes^ toute vie devait expirer avec )a libçrtév
De la domination romaine dans l'Helvétie^
(De Tan i k Pan 3oo après Jésas-Ghrist. )
Néanmoins la liberté expira et la vie resta; VHeU vétie^ comme le reste de la terre depuis l'orient Jusqu'à l'occident , fut soumise à la domination d'Auguste f em« pereur romain. H envoja des préfets, des gouverneurs ^t des soldats dans les vallées habitées de l'Helvétie^
et y fit bâtir des forteresses redoutables pour ^nir le peuple sons le joug de Fobéissance. Il reconnut que le pajs d'où s'éleraît l'immense muraille du Jura et les cjbaines nombreuses des Alpes pouvait serrir de rem-* part 4 l'Italie^ sur laquelle il régnait du sein de Topu* lente Rome.
t Toutefois l'empereur traita les Helvétiens avec bu«* manïté, leur laissant leurs mœurs et leurs usages^ afin qu'ils s'accoutumassent plus fticilement à sa domination et oubliassent plus t6t leur honte. Il leur permit même de vivre sous l'empire de leurs lois héréditaires et gou«* vernés par des magistrats de leur choix. Fallait-il délibérer sur les intérêts d'un canton? des hommes Aoisis dans chaque communauté se réunissaient à cet effet. Mais l'empereur se réserva pour lui seul le droit de faire des lois générales, de décréter les impôts et les contributions > de faire la paix et la guerre.
Ces événemens se passèrent dans le temps où Jésus- Christ naquit dans la Judée. Après la mort de l'empereur Auguste, $ts successeurs se montrèrent encore "^ longtemps favorables aux Helvétiens. Us bâtirent un grand nombre de villes coloniales et les unirent entre elles par des grandes routes. Les préfets, les gouverneurs, les militaires romains, accoutumés à une vie plus commode que les Helvétiens pauvres et grossiers, établirent partout des habitations magnifiques et des lieux consacrés aux plaisirs; ils transplantèrent dans le sol helvétique les arbres fruitiers de l'Italie; instruisirent le peuple dans toutes sortes de métiers, de trafics, de négoces, d'arts et de sciences; l'Helvétie apprit à connaître des richesses nouvelles et des jouissances qu'elle avait ignorées jusqu'alors.
Un grand, nombre de bourgs et de villages se peuplèrent considérablement et se changèrent eu villes
magnifi^guef, ornées de païai«^ ck: lenipkitt. de kaîtift) et de théâtres* La rille d^ATeaticum cjuir^autnea; ^laiti alors dix fois plus éteaidiie que ne. l'est au|onrdlniti A^enckes bâti à la même place. Le& ban|a«a du lao. di9i> Mprat abondaient an piûd des mars de cette yllle.. A. l'endroit où de nos jours on ne voit plus que lesi deux, petits villages d'Augst^ l'un dans- le canton de Bâle^ l'autre dans celui d'Aargovie , au confluenl de TErni guelz et du Rhin^ s'éleysât une yille florissante^ Au*^ gusta Rauracorum (Angusta. des Rauraquas.);. Lee. mines de cette ville attestent encore aujourdfhiit to» ancienne magnificence. Mais la plus grande et la. plue* brillante de ces cités était Yindonisea (Windisdii dena: rAargoyie). Dans le vaste espace couvert denses palaîe^. de ses châteaux et «t de ses^ faubourgs^, •'élèvent au** )ourd'hui trois villages et une: ville ^ celle de Brongg. .
Cette magnificence captiva les Helvétiena. Us se» félicitaient de la clémence de leurs maîtres^ leur payaient des impôts et un tribut de. dons voiontairea , et en^*/ . voyaient leurs fils servir dans les armées romainea. Lee; délices de cette nouvelle vie leur firent oublier Vttttf \ tique liberté pour laquelle leurs ancêtres avaient corn* battu tant de fois et versé tant de aang^
Mais sans la liberté^ les délices de la vie sont ua. bien mal assuré. Que l'oiseau captif dans une cage d'or ne chante pas la magnificence de sa prison et les^ délices de son existence; son mattre peut à chaque . instant lui ravir la vie.
Environ soixante et dix ans après Jésa»>Ghrist^ on avait assassiné à Rome un empeieur nommé Galba ^ et mis à sa place Vitellius^ qu'une partie des Romains ne voulaient pas reconnaître. Les Helvétiens ignoraient la mort du premier; mais les chefs des , garnieoins romaines ^l'a^rant apprise de bonne heure se liguèrent
nombreux conriers. Lçs Helvétiens é.toiméft' cnveat ^!U; a^iaMit d^ona x^yoita caAtre Temperear Giilba. L^s. soldats, des garai^ops, surtcmt Qei^x de Vindooissay étaient d'aîUeaxiS; insolena et indiscipiiiiési et ib aTaieni •alevé la^ solde enYOjée à la garnison de Bade^ tonto «ompo&ée de jeunes Helyëtienê. C'est pourquoi on in-» leroepta les m^^gers et les lettres, d'iulos Gécina^ gontTerneur-général de Yindonisse.
lia. nouireUe de cet afiront allama la eolière de Cé^ ciiiai ik sortit avea sa troupe qui portait et œiéritaîl lo nom de terrible. U attaqua de tîto force et mina Uk £oi?f#i^S(»e et. la rille de Bade^. deyenlie florissante i cavse de ses sources salutaires d'ean chaude snr lee bord» de la limmtitf il ravagea tonte la conti{ée et vainquit dax» un combat sanglant ha Helré tiens qui a'éfadeiit mût en deroir de se défendre.. Il poursuivit 1b& fujards au-delà du Bestsberg^ montagne de la chaîne da. Jiira.. Dans leur fuite ^ ceux-ci rencontrèrent sur la grande routé >, eo descendant la. montagne^ une troupe nombreuse de cavalerie thrace. Des milliers de fujarda piment, dan* c^tte rencontre on furent obligés de se dispersa danâi les bois, et dans lei càTemes f d*autrea furent, piis et vendus comme ésclares»
Cette sanglante expédition n'éteignit point la rage de Gécinai il parcourut> pour le rarager^ tout le paja des Helrétiens jusqu'à la ville d'Aventicum* L& vivait un homme riche et considéré ^ Julius Alpinos. Le oruel Somaia ordonna de le saisir comme auteur de la ré^ volte^ et le. flt charger de &rs ei conduire au supplice. En vain une foule de témoins attestèrent Finnocenoe du yietUardi en vain sa:fillé Julie Alpinula^ revêtue de Fauguste caraolère de prêtresse ^ se jeta, aux pieds du monstre. Sa beauté^ i|a [eunçsse^ ses larmes ^ rien ne
put toucher le cœur du farouche gviferrier. Le vieillard fat mis à mort
Tonte PHelrétie retentit de plaintes et de gémissemens. On apprit^ mais trop tard, que Tempérear an-* quel on avait yonln rester fidèle avait été assassiné, et que Vitellins occupait le trône de la terre. Des ambas<* Bsidenrs se rendirent en hâte à Rome pour implorer lar Htiséricorde du nouvel empereur. Les Helvétiens se prosternèrent avec la dernière humilité au pied de son; trône, et demandèrent grâce avec larmes et gémissemens. Le pardon qu'ils sollicitèrent en sujets tremblans^ avec une soumission méprisable, leur fut accordé avec^ mépris comme à de vils esclaves. Cette honteuse servitude est le partage de tous les peuples qui préfèrent à; leur indépendance les douceurs d'une vie commode. I
Mais ni le carnage. du Bœtzberg, ni la désolationr 'd'Aventicum> ni la honte essuyée à la cour de Rome,^ ne rendirent aux Helvétiens leur ancienne vigueur. Elle s'était éteinte dans une longue mollesse. On oublia !«& maux passés et Ton se livra avec la même imprudence qu'auparavant aux plaisirs corrupteurs. L'amour dea richesses, le goàt d'une vie sensuelle, le rafinement des plaisirs, effacèrent Jusqu'à la dernière trace d^ l'héroïsme qui n'habite que dans des cœurs libres.
LeB oppresseurs romains f nrei^t charmés de voir que le peuple, ne se souvenant plus de sa gléire et de sa liberté, restait efféminé et tributaire | que loin des armes il oubliait Fart des combats^ et qu'au lien de ehércher son salut dans l'union des Cantons, il atten«- «iait en silence son bonheur ou son infortune de la main de $eB maîtres*
Aialheur an pays dont les portes aont gardées par dés étrai^igers et où des étrangers siègent dans les tri* bunauxi Malheur au peuple qui^ fier de l'appui d'un»
puissance ^fraQg^Sre^ est diyisé en partis ennemUl Mal* heur aox nations qui amassent de l'or et ne connaissent pas le fer ^ le fer par lequel on défend sa rie et^ ce qui Tant mienx encore^ sa liberté 1
Les Helrétiens^ sans crainte ^ mais sans défense ^ étaient exposés a des périls continuels. Gomme De araicnt oublié le passée iJs ne prévoyaient pas l'avenir*. Leur perte ne pouvait donc plus être éloignée. Aussi le four de leur ruine totMe arriva plus tât qu'ils ne pu^»* reni s'j^ attendre*
L'HçIv^tîe entière devient la proie de peuples
étrangers.
(De Tan 3oo à Fan 65o.)
n survint dans ce même temps parmi les nations des événemens terribles , importans^ extraordiqaires* Rome^ depuis tant de siècles reine du monde ^ en per» dant sea vertus avait perdu les seuls appuis de sa puissance. Le paganisme piéprisé n'avait plus d'empire | les hommes abandonnaient les autels des faux dieux et cherchaient le Dieu inconnu. Du sein de l'orient la lumière du christianisme brillait comme un soleil nouveau, dont les rajons réchaufiâient déjà une multitude de cœurs dans les trois parties du monde alors connu.
U semblait qu'une voix du ciel eût dit s Je mêlerai ensemble tons les peuples du monde ^ comme l'ouragan mêle la poussière ^ afin que de leur choc les étincelles de la foi chrétienne faillissent sur toutes les parties du
globe pour le* enflammer d'âne $aliit«ire ardear. Le$ ÙLVOi dieux deviendront cendre et poussière ; les obosee anciennes seront abolies 9 et toutes cboses seront faitei nourelles.
£t Toici du fond de contrées inconnues sortent aussitôt peuples sur peuples^ cbassant à la pointe de Vépio tout ce qu'ils rencontrent devant euxt On les vit venir des. lieux où le soleij se lève et des contrée» in« domptées- d^ nordi^ IKabord vinrent les Allemanni^ guerriers faroucbes de race germanique. Pendtiat deux siècles et demi de guerres continuelles ils avaient pé«* nétré toujours plus avant dans le territoire soumis à la domination romaine^ et s'étaient approcbés insensiblement des montagnes helvétiques; enfin ils entrèrent^ comme un torrent dévastateur, par les gorges du Jura et se répandirent sur toute l'Helvétie. Depuis la Forêt noire jusqu'au pied des Alpes l'œil ne put plus découvrir qu'un pajs sauvage, qu'une scène de désolation. La /magnificence, d'Aventicum et de Yindonissa fut cbangée en décombres. Le Romain comme PHelvétien^ si le fer ennemi les épargnait, devenaient esclaves. Les Allemanni partagèrent entr^eux, avec ses biens et ses habitans , tout le pays qui s'étend depuis le Rhin et le lac de Constance jusqu'au lac des Quatre-Gantons et à VXar^ Ils aimaient la guerre, la liberté, les troupeaux, •I méprisaient les villes 'comme des prisons indignes d'hommes libres^ Leê souvenirs de Rome et de l'an«* eienne Helvétie furent entièrement effacésé
Bientât après les hordes innombrables des Huns sortirent des déserts de l^Asîe^ils semblaient avoir pris i tâche de piller le mondCé Leur figure était si hideuse qu'on avait peine à les prendre pour des hommes^ leurs actions étaient encore moins humaines, des extei^ minateur^ ImvenièrMit PAliemagne, la Gaule et l'Italie*
— — ÏS
Qoelqtf es-unes de leQrs hordes séUlehieAt passéiMt sur i« territoire helvétique ^ pénétrèrent dans ta Rbétie> dans les pays situés aux bords de PAar^ et se répandirent dans les campagnes d^Augusta , capitale des Ran*raques^ et deBasilia (Bàle), autrefois tille romaine. Ih ne s'arrêtaient nulle part; mais partout le feu> le sang «t les larmes marquaient leur passage.
Ensuite tinrent les Bourguignons , race Tigoureuse.
Us s^étâblirent dans la Gaule aux deux côtés du Jura'^
dans la Savoie ; sur les bords du lac Léman, dans le
'Bas-Talais et jusqu'à l'Aar y parties de PHelvétie où de
nos jours encore la langue française est en usage. 11$
bâtirent là de grandes forteresses, firent sortir Genève
de ses décombres , fondèrei^ peut-^étre Avemiheé M
milieu des cendres d'Aventicum. Sur les hauteurs qui
doininent le lac Léman et Où av4iit été autrefois ta ville
•romaine de dLansoninm, ils fondèrent Lausanne et beMm
iedup d^aulres villes et villages^
Jlprès cela, les puissàns Goths, peuple originaim du nord de F£urope, entrèrent dans PHelvétie du côté du midi, en traversant les plus hautes Alpes. L'Italie était déjà devenue leur proie ; la Rhétie avec ses vallées et ses montagnes couvertes de pâturages eut le même *ftort. La puissance des Goths ts'étendit bien au-delà du lac de Wallenstatt jusqu'aux Sitters, petites «rivières de i'Appenzell, par-dessus le Saint-Gothard dans les vallées d'Uri et dans le pajs de Giaris. Partottt ils eommirent des horreurs.
Ges invasions àuccessives effacèrent toutes les traces de l'antiquité., les arts et rindustrie, les lois et les nsages, les mœurs et les langues qu^on avait parlées jusqu'alors. Le hom même de PHelvéiie se perdit On ^ne parlait plus que des états des AUemanqi, des Goths et des fiourgaighoas.
... Dans fous les pajs où ils arrivaient i les Allenianni binaient l^s yilles. Libres et tranquilles , ils habitaient Jeurs métairies et liçurs fermes. Lears esclaves > hommes ^ femmes et enfans^ leur servaient de bergers > de laboureurs et d'artisans. Quand ils voulaient du bien à Tnii ^e leurs serfs ^ ils lui donnaient des terres inaliénables ^ pour lesquelles il les pajait en cens et en corvées. Leurs troupeaux leur fournissaient toute la nourriture ^dont ils avaient besoin ^ de la viande, dn lait et du ^fromage. Tout le pajrs était en terres et en pâturages \communs. Le sol autrefois labouré fut laissé en friche; 4ts broussaiUes et des forêts s'élevèrent aux lieux qu'avait sillonné la charue. romaine. Autour du lac de Constance fe multiplièrent d^immenses bois, repaires des loups et des ours»
Dans la haute Rhélie, les ûoths conservèrent leur ^iprit belliqueux, mais leurs mœurs étaient plus douces; ^ ils rendirent le peuple jesclave, il est vrai, mais ils lui laissèrent ses anciens usages. Au lieu de raser les forte- •resses qu'ils trouvèrent, ils en construisirent encore de nouvelles* Retirés dans leurs châteaux forts > les' comtes et les seigneurs gouvern^ent les vallées tributaires ait .l|om de leur roi, qui avait son trône en Italie. , ., De tous ces. peuples étrangers les plus humains étaient les Bourguignons. Us ne s'emparèrent que du .ti^rs des terres et des esclaves, et n'exterminèrent pas Jes anciens habitans, quoique leurs sujets et en quelque sorte leur propriété; au contraire, ils s'établirent â côté d'eux, mêlèrent leurs usages et leur langue aux langues et aux usages des vaincus , et finirent par se confondre entièrement avec eux. Aujourd'hui encore ce peuple se distingue du reste des Confédérés par la langue héréditaire mais altérée que parle le peuple dans les cantons de Yaud, de Fribourg et de Neuchâtcl, et qui s'est
formée de la langue romane que parlaient lei Bourguignons»
Mais le règne de tons ce« peuples étrangers ne fut pas de longue durée; ear il en survint un nouveau ^ plu^ fort^ plus audacieui(> plus rusé que tes premiers t c'étaient les Francs. Yenns de contrées éloignées à irarers les Pays-Bas^ et mettant tout à feu et à sang^. ije s'étaient rendus maîtres de- tout le pajs des Gaulois* ils s'établirent dans les villes conquises et donnèrent leur nom à la Gaule^ dès*4ors appelée France^ Lorsqu'ils rencontrèrent les Allemanni établis sur les borde au Rhin , il s'engagea entre les deux peuples une longue lutte. Après maints combats sanglans^ les Allemanni furent complètement vaincus et effacés du rang des ua« liot^s^; ceux d'entr'eux qui habitaient les rives du Rhin^ la Souabe et le pajs * des anciens Helvétlens tombèrent *sou8 la domination des vainqueurs.
Peu de temps après les Bourguignons aussi périrent ^ar la discorde et ies vices de leurs, princes. Les Gothe «'emparèrent des Alpes bourguignones et de Genève^ et les Francs de. tout le reste du rojranme de Bour« gogne.
Mais les derniers seuls surent conserver, leurs conquêtes. U n'en fut pas de même des Goths. Lorsque leur domination finit en Italie, ils perdirent toutes leurs possessions en-deça des Alpes. Prompt et résolu^ le roi des Francs ^ Dietbert^ se mit en marche à la tcte de se$ troupes et soumit la Rhétie et le reste du pays.
Ainsi ^ après plus de cinq siècles de vicissitudes et de changemens politiques^ toute THelvétie se trouva réunie de nouveau sous un seul sceptre ; comme elle rayait été sous la domination romaine.
DominâtioB Éles PraTïès en Hehrëiiè et leur
administration.
(De l'an 55o à Tan 900.)
• Les nt)ttveatix maiCres divisèrent Cotrte FHelrétie en ^etix parties 9 soit pafceqii'ile ne la teonmirent pas tdàk 1 la fois 9 sbit paree^ue les Iiabitans ne parlaient pak tons la tnétne langue. On rëanit à la Souabe là partie t>ocQpée pritcédenlment par les Allemanni "et 'Où 'l'M pàiiait la langue àllematidey c^esl-è-dire la Rh^tie^l Ifc Hioarigao. Ce dernier nom Comprenait alon la contrée yenfermëe entre le lac de Constance et le Rbin d'aà xtàié, fAur et le 6aint«<TOfbard de faittre. Les atfti%k parties , prises sur les Bourguignons et dans le^uelle^ 'on partait le roman, Genève > le Valais, Neucbâtel et lee qui forme aujourd'hui }es cantons de Beiiie, de 'B^ leure, de Fribourg et de Taud furent réunies à UiSô*» roîe et "appelée» la Pettte-^BotirgOgtïe.
Les généreux rois des Francs, chefs d'un petjji^l^ guerrier, organisaient Padministjration d^un pajrs comme celle d'une armée. Ils plaçaient à la tête d'-un gitâ^d caiifon un général en chef ou duc; des cOmmandàns ou comtes administraient des districts de ce eanlô.n, et les districts étaient divisés en grands domaines qu'il» donnaient en récompense à de vaillanrs capitaines, -à titre de don on de fief. Dans ce temps»^là Pargent étant fort rare, les souverains récompensaient par de» do^ mainçs les services de leurs guerriers. Dans les pays conquis, les habitations, les hommes et le bétail (ki« salent partie de ces domaines; les habitans réduits en esclavage ne pouvaient avoir aucune propriété, mais
deraieiit pajer à' leurs maîtres les intérêts de tout ce qu'ils possédaient. Le Thourlgau et la Rhélie étaient soumis au doc de Souabe ou d'ÂlIemannie ^ le reste du pajs au duc de la Petite-^Bourgogne«
Ainsi fut partagée toute l'HeiTétie avec ses habitans et ses troupeaux; ce que le roi n'arait pas donné ou affermé à ses comtes > à' ses nobles ou à ses officiers > resta sa propriété. particulière/ qu'il faisait administrer en son nom et pour son compte»^ Les Francs libres^ quelque petit que fûtlepr nombre^ formaient seuls la nation; les habitans subjugués n'étaient comptés pour rien y malgré leur multitude; ils ne jouissaient d'aucun droit civil; ils étaient esclaresj sans bonneur, sans défense^ Le sort de ces esclares était si misérable dans les premiers temps ^ que leurs mattres pouvaient les punir arbitrairement^ les donner> les vendre et même les mettre à mort sans sujet On les considérait à peine comme des bommes^ mais plutôt comme une sorte de bétail; aussi s'anissaient^ils entr'eux sans bénédiction nuptiale 9 et les enfans qu'ils mettaient au monde deve-* naient la propriété du maître de la mère quand il arri-« vait que le père appartint à un autre seigneur.
Telle était la bari>arie et la dégradation de cet temps I
La réli^on cLretienue péhèlre dans rH6lvëtie«
Au milieu des ténèbres de ces siècles barbares^ des messagers de Dieu^ des bommes pieux entrèrent dans ce pays esclave pour pr^cber aux pajens le rojraume
dea eieux et leur «nnoncer Jésus-Christ crucifié. C'étaient des soldats qui avaient entendu la bonne nouvelle du salut dans d'autres contrées ^ des hommes d'un rang élevé; souvent des fils de rois^ qui renonçaient aux plaisirs et aux pompes du monde pour suivre l'exemple des saints apôtres et confesser Jésus au milieu de» pajens.
On assure que déjà sous la domination romaine^ à peine deux siècles après la naissance du Sauveur^ un prince nommé Lucius avait répandu la semence de la foi dans^ la Rhélte, au milieu des plus grands dangars* P)ixs tard d'autres prédicateurs vinrent vers les Bourgui* gnons ^ et d'autres encore vers les AUemanni dans le Thourigau. Ils rassemblaient autour d'eux des familles pieuses 9 baptisaient jeunes et vieux au iiom de Dieu^ établissaient de petites communautés chrétiennes ^ élevaient des églises et des chapelles. Ils fondaient aussi des couvens pour la propagation de la foi et de la prière ; et instituaient des évéques^ c'est-à*^ire des ins-« prêteurs chargés de surveiller les prédicateurs et les communautés ehrétiennes. Déjà avant la domination des Francs on trouva un évèque à Coire> ville de la ^Lhctic; dont le nom ne commença d'être connu que vers la fm dé la domination romaine; il y en eut aussi à Augusla des Rauraqu'es, à Yindonissa^ à Avenlicum^ à Genève, et à Octodurum dans le Valais.
Mais dès que les Francs , déjà chrétiens^ furent maîtres du pajs, l'œuvre de la prédication et de la conversion fut poussée avec zèle, les prêtres forent protégés, les évéques vénérés, les couvens et l'Eglise enrichis. On imposa une dîme sur les produits de la terre pour l'entretien des ecclésiastiques ; des dons volonn taires augmentèrent la magnificence du culte. Comme l'argent était rare on aimait mieux pajrer en productions
àxk toi et en fonds de terre. Ce que Ton contaerait 4 des institulions pieuses > on crojait moins le donner à des gommes mortels qu'à Dieu et aux saints^ objets de la ré* aération publique. On s'imaginait placer son bien entre les mains de Dieu^ pour en recueillir après la mort une moisson de |oies célestes et immortelles. Par là un grand nombre d'églises et de courens détinrent insensiblement 4rè8-richefi en fonds de terres et en rederanoès qu'on 4eur pajait annuellement*
U Tint des pajs étrangers un nombre toujours crois* nant de prédicateurs de la croix pour ,||Ltlrper les derniers restes de la religion pejenne^ Car d|^ les forêts épuisée .qui ceignaient le lac de Zuricb et dans les yallées les plm «YCculées vécurent encore longtemps des bommes i demi» .sauyageSf sans aucune connaissance du vrai Dieu. Us aacriOaienI à leurs idoles , sur le baut des collines et dans le fond des bois> des chevaux et d'autres victimes choisies parmi leurs troupeaux; au commencement d'une nouvelle année ils faisaient un bruit terrible^ poussant des cris , des clameurs , frappant de grands coups j entrechQqoant des instrumens brujans^ pour chasser les mauvais esprits^ les sorciers et les sorcières; i l'en* trée du printemps ils allumaient de grands feux de joie sur toutes les montagnes en l'honneur des dieux propices. La superstition et la crainte des sortilèges tour^ mentaient constamment Ces pauvres pajens aveugles} ils croyaient à toutes sortes de présages et de prédictions^ à l'influence de bons et de mauvais jours ^ et se laissaient prendre k toutes les impostures nées de la plus grossière ignorancCé
Les hommes piedx qui apportèrent fttix payent la doctrine du salut méritèrent donc la plus hante considération* Sigebert ri^t du pajs des Francs et préeha dans les déserU de la Rhétie. U araît construit sa petite
cLapelie daii« Tendroit satiTage où est au)ourd*faai le couvent deDiseatis. Colomban elfMangold enseignèrent longtemps la doctrine chrétienne sur les bords de TAar, de la Reuss et du lac de Zurich^ de même que Gallus, homme enflammé du zèle le plus ardent. Celui-ci éta^ hlit à la fin son ermitage dans la solitude de la yallée que baigne le lac de Constance > lA où Ton bâtit plus tard à sa mémoire le couvent de Saînt-Gall^ qui a perpétué son nom. Dans les montagnes qui bordent le lac des Quatre-Cantons^ la parole de Dieu fut annoncée par le pieux Meinrad; il construisit sa cellule dans la forêt obscure (Finsterwald) près de la Sihl^ à Tendroit où brille aujourd'hui le couvent de Notre-dame-des- Ermites (£insiedlen). Un duc fonda un collège de chanoines sur la colline voisine de Zurich et lui assigna beaucoup de terres au pied de l'Albis; son frère établit un autre monastère près du lac d^s Quatre-Cantons dans un lieu où autrefois ^ peut-être du temps des Ro« mains ; il n'j avait qu'un fanal pour servir de signal aux navires pendant la nuit; c'est là qu'on voit aujourd'hui la ville de Lucerne. Peu de temps après > le riche comte Béro fit construire près du même endroit un nouveau monastère^ appelé encoi^ aujourd'hui Béromunster (monastère de Béro).
Je ne finirais pas^ si je voulais nommer toutes les fondations pieuses de cette époque. Les pauvres païens vojaient s'élever de toutes parts des édifices sacrés ; le jour ils entendaient dans les églises des paroles de salut et la prédication de la croix^ et la nuit^ dans les couvens, ^s chants et des prières. Leurs cœurs émus leur faisaient désirer le baptême.
Dans les commencemens^ il est vrai^ le christianisme ne produisit que peu d^efiet; les conversions étaient trop fréquentes et tix>p précipitées; les prédicateurs
Digi
ftoUTent àusisi grossiers et aussi ignorans que leurs auditeurs. On donnait le nom de chrétien à tout homme baptisé qui avait appris par cœur une prière^ fréquentait le serrice divin et savait faire le signe de la croix ^ bien qu'il n'eût renoncé ni aux superstitions ni aux mcenrs du paganisme^ Très-souvent on se bornait à substituer les saints aux idoles et à aonner des noms chrétiens aux fêtes pajennes que P<9h continuait à célébrer. La crainte du diable exerçait plus d'empire que l'amour de Dieu» Le pécheur croyait racheter facilement le salut de son ame et se soustraire à la puissance de Fenfer au mojen de cérémonies religieuses célébrées avec régularité et de riches dons offerts aux églises et aux couvens.
Néanmoins la nouvelle religion ne demeura pas inefficace. Dans la marche de l'esprit humain^ comme dans l'ordre de la nature ^ le crépuscule précède la clarté du jour. 0n vit se répandre plus généralement parmi le peuple l'idée du seul Dieu vivant^ l'idée des récompenses et des peines de l'éternité, l'idée que tous les hommes sont les enfans du même père céleste. Beaucoup de prêtres et d'évêques avec leurs femmes et leurs enfans offraient le modèle de bons ménages; car dans ce temps le mariage ne leur était point interdit. Beaucoup de Seigneurs chrétiens adoucirent le sort de leurs sujets ; et accordèrent à leurs esclaves des droits qui procurèrent à ces infortunés une existence plus douce. On établit des écoles dans plusieurs coiivens, où l'on rassemblait aussi et où l'on copiait les écrits des anciens sages; car l'art de l'imprimerie ne fut inventé que quelques siècles plus tard, Le peuple fut instruit dans l'agriculture et l'économie rurale par des moines et des ermites qui, dans leurs solitudes, exlir-. pèrent des forêts et défrichèrent le sol ; les terres com-
mimes forent divisées. Le peuple apprit à brAler la chaux et k bâtir en pierres; jusqu'alors on n'avait eU que de misérables cabanes en bois | il apprit i tisser la laine et à faire des habillemens de drap y en remplacement de la toile et des peaux dont on s'était vêtu précédemment. On commença à planter la vigne snr le^ «Ateaax du Léman et du lac de Zurich.
Tout cela ne fut pas l'ouvrage des moines seuls y mais plus encorio celui àeê Francs. En prenant possession du pays y ils j importèrent l'économie domestique ^ la charrue et l'usage d'j atteler le bœuf ^ parcoque le roi leur avait donné ou affermé des terres avec des esclaves des deux seines pour les travailler.
Ji'Helvétie fait partie de Fempire d'Allemagne; on bâtit des villes.
(De l'an 900 k Tan 1200.)
Les rois de France furent pendant longtemps plus puissans que tous les autres; mais la puissance la plus vaste fut celle de Gharlemagne. Il se fit sacrer à Rome comme empereur de l'ancien empire romain ^ qu'il se proposait de rétablir; et par ce nom d'empereur il prétendait se désigner comme le roi des autres rois. Mais ses fils et Be$ petits«>fils furent constamment en discorde entr'eux, et plusieurs furent des hommes d'un esprit faible. Chacun d'eux voulcit avoir une portion dé la souveraineté, et, pour cet efïèt, ils morcelèrent ce vaste empire. L'un prit la France; un autre, l'Italie j un troisième , TAilemagne ; et ils se f^ent entr*eu:i^ des
guerres terribles et sdtis fin. En eûti^éqneiiee de leur par^ tage, la paftîe de PHelyétie qui avait Appartenu jusqu'à ce moment au duché de Souabe fut incorporée k l'empire d'Allemagne appelé empite germanique.
Ces nouveaux rois et leurs guerre» continuelles ré*^ pandirent partout le désordre et la confusion. Les gouverneurs établis par les rois, c'est-à-dire les ducs et les comtes, s'en réjouirent. Hors delà surveillance de leurs souverains absorbés par de plus grands intérêts, ils gouvernaient leurs cantons et leurs districta selon leur bon plaisir, sans craindre de châtiment. A leur mort ils transmettaient à leurs fils les charges dont ils avaient été revêtus , considérant les duchés et les comtés comme des fiefs héréditaires ou même comme des propriétés. Le duc de Souabe ne voulut plus reconnaître de souverain; ^le duc de Bourgogne prit de son chef le litre de roi. De même que les ducs se soulevaient contre les monarques, les comtes se'soulevaient aussi contre les ducs, soldaient des troupes et agissaient en maîtres absolus. Les évêques ne restèrent pas oisifs. Considérés et puissans dans leurs évêchés et dans leurs domaines, ils imitèrent les comtes et ïea ducs, se rendirent indépendans du bras séculier, se couvrirent du casque et de la cuirasse, et se montrèrent à la tête de leurs armées. Ce que les évêques firent à l'égard des ducs et des comtes, le pape le fit à l'égard des empereurs et des rois; il s'arrogea une autorité sur eux et sur tous les évêques de leurs pajs, enfin sur leurs peuples mêmes.
Il arriva, comme une suite de celte confusion générale, que les seigneurs étles'comtes établis dans l'Helvétie finirent par ne plus respecter les ducs de Souabe; érigés en . souverains, de leur propre autorité, ils ne craignirent plus guère que les rois ou les empereurs allemands.
qu^ils flattaient souvent par ambition. Désiinis pour Tordinaire^ un danger imminent et commun pOuyail seul les unir.
Un pareil danger les menaça tous lorsque Fempe^ rèur Henri y surnommé l'Oiseleur^ eut pris les rênes de l'empire germanique. Du côté de l'orient^ on yit renif de la mer Noire et monter le long du Danube un peuple de cavaliers belliqueux et sauvages 9 nombreux comme le sable de la mer; c'étaient les Hengrais. Ils parcoururent tour-à-tour l'Allemagne et l'Italie ^ potlant partout le fer et le feu; rien ne les arrêtait , ni fleuve, ni montagne. Les forteresses et les châteaux étaient seuls à l'abri de leurs attaques, parcequ'ils n'entendaient rien à l'art des sièges. Cela arriva neuf cents ans après Jésus-Cfarist,
L'empereur ordonna que toutes les grandes réunions d'habitations fussent entourées de murailles, de rem-r parts, de fossés, contré les incursions de ces terribles ennemis. Ainsi Saint-Gall et Bâle furent défendus par de fortes murailles, parcequ'ils étaient à la frontière; Zurich situé sur la rive d'un lac le Tut de même. Ce fu-9 rent en quelque sorte des forteresses où le peuple pût sa retirer avec ses biens en cas d'invasion. La neuvième partie des hommes libres et nobles, mais peu riches, dut se rendre dans ces forteresses nationales, pour les défendre en temps de guerre et pour les administrer en temps de paix; Ainsi se formèrent les villes jst leurs conseils. Les nobles, £ qpi Fadministration des villes ftit confiée, prirent le nom de patriciens.
L'exemple une fois donné, on vit s'éleyer beaucoup 4le places fortes et de villes, comme Luceme etSoleure; plus tard, Schaffhouse remplaça les maisons de pécheurs et de bateliers près de la chute du Rhin, à l'en- ^poit où Ton débarque les yojageurs et les marchai^-
dises* Ce qui arrira dans rHelyétie allomaDde arrriTa aussi dans rHe]yétie bourguignone lorsque les erope* reurs la réunirent à Pempire germanique et j enyojèrent comme baillis impériaux les ducs de Zschringuen. Dans cette partie de PHelyétie se trouyaient déjà les antiques villes de Genèye et de Lausanne» Le bailli impérial- Berthold j joignit la yiUe dé Fribourg, dpnt il fit un ' rempart contre la pipssanee des comtes et des seigneur^ de la contrée. A son exemj^le ^ son fils bâtit la yille dp Berne dans une presqu'île formée par une sinuosité de r^ar.
Ces yilles et toutes celles qui s*éleT^rent ça et là^ parceque de tous côtés op entourait de murailles et de fortifications . des bourgs priyés jusqu'alors de mojens de défense^ reçurent Forganisation politique et les priiyiléges dont jouissaient en Allemagne des yilles plus anciennes. Le laboureur et Partisan qui s'établissaient dans une y^Ile receyaient le droit de bourgeoisie ^ mais ils ^taient obligés de tenir prêtes pour la défense de là patrie une hallebarde et une épée, de pajer des impôts et des contributions I et d'ayoir ch^z eux un seau pour les incendies; car alors , dans les yilles comme dans les yillages^ les maisons étaient bâties en bois. Les grands intérêts se traitaient d^ns l'assemblée générale de la bourgeoisie ; mais les affaires d'administration «étaient confiées à un conseil choisi par les bourgeois et présidé par un ayojer ou boui^uemestre. Le conseil jugeait les petits différens; les causes capitales étaient portées devant le bailli impérial^ ou deyant le vicaire de Tablée, ou le lieutenant du comte '^ en un mot^ deyant le gouyernei^f^ de laVlle, quel que fdt son titre.
La si\reté qu'on trouvait derrière les remparts engagea une grande pallie du peuple à se retirer dans
KS^asi^
les villes; cette affluence de population fit fleurir les métiers et toute espèce d'industrie, le commerce et le* arts mécaniques. On établit des marchés où le laboi|« reur apportait le superflu des produits de ses terres et de ses troupeaux ^ et le citadin lui donnait en échange ' des marchandises^ fruits de son industrie» L'aisance des citoyens augmenta ayec leur activité ^ et ces deux causes adoucirent et épurèrent les mœurs; l'union et' par conséquent la force des bourgeois les fit respecter davantage des seigneurs et des nobles retirés dans des châteaux et des forts isolés. Dans leurs voyages, les ducs^ les rois^ les empereurs , aimaient à s'arréler dans les villes pour }ouir de leurs commodités, et par reconnaissance ils leur accordaient des privilèges et des franchises»
L'accroissement des villes inspira de la jalousie aux «omtes, aux chevaliers et aux autres seigneurs > qui voulurent, de leur c6té, augmenter leur puissance et leurs revenus. Pour obtenir de nouveaux fiefs et de nouvelles terres, ils servirent avec une ardeur redoublée les rois, les ducs et les couvens> ou bien ils firent la guerre à de petits voisins pour s^enrichir de leurs dépouilles. Plusieurs d'entr'eux, connaissant mieux leurs intérêts > allégèrent le joug de la servitude qui pesait sur leurs sujets > et virent àveo plaisir la po« pulation augmenter dans leurs terres. Gomme, par droit de conquête > tout ce pays avec ce que le sol portait et produisait était devenu pour eux des fiefs ou des propriétés^ ils divisèrent les t^res en friche et les pâturages entre les familles des habitans, qui> en échange, étaient assujettis k des corvées et payaient des cens et des dtmes. Ainsi se multiplièrent les villages, les fermes et les métairies. Toute maison nouvellement construite sur une terre seigneuriale payait un tribut
de poules et dPœnfs. Après la mort d'un père de famille serf, ses enfans donnaient à leur seigneur ou au cou-* vent auquel ils appartenaient le meilleur habit du défunt^ le meilleur meuble de la maison ^ la meilleure bête de Fètable. Quand ils avaient satisfait par ce mojea au droit de meilleur catel^ comme cela s'appelait ^ les enfans gardaient le reste à titre d'héritage et de pro^ prièté.
Les corvées et les redevances des serfs augmentaient ainsi les revenus d^s seigneurs. Les fonds de terre non divisés (c'étaient ordinairement 4e grands bois) deraeu-* raient sa propriété. Il fournissait a ses vassaux et à ses sujets tout le bois dont ils avaient besoin ^ et^ selon son bon plaisir^ il leur accordait i contre une redevance ou comme un don gratuit^ la permission de recueillit le gland pour engraisser leurs porcs f ainsi que le pa« cage jusqu'aux limites du premier village on de la première métairie*
Mais sans la permission du seigneur personne n'avait le droit de couper ^ de brûler ^ de défricher en tout ou en partie ces bois de haute-futaie ^ pour les convertir en prairies ou en champs. Cependant les Seigneurs aimaient à voir se multiplier les ménages et s'élever de npuvelles métairies^ Pour favoriser les progrès de )«i population et de l'aisance^ ils faisaient coaper et déraciner une partie de leurs bois> et les paysans qui en profitaient leur payaient annaellemeoi le cens et UD droit de défrichement C'est ainsi que é6 formèrent nne quantité de villages dont les noms^ dans la langue de la Suisse allemande ^guippèlent encore aujourd'hui cette origine (Schvranden et Schvrxndi^ de schwxnden^ diminuer; Ruti et Réuti^ de ruten^ défricher*). Mais
*) Sckwœnden cl ruten ne sont pas synonymes dans le langage
ct$ défricheurs ; s'ils n^^etaient pas déjà libres auparavant ^ demeuraient serfs, comme Tavaient été kurs pères , et tontes leurs possessions étaient considérées comme la propriété de leur séfgneur. Celui-ci leur ^ prétait non seulement le sol , mais encore le bois ^pour bâtir une maison et une étable, la charrue , un chariot, les graines pour les travaux de la campagne; une hache et une échelle pour les travaux de la mai? son; -il fournissait pour Tétahle les premières vaches, les premiers porcs avec leurs petits, et pour la basse*^ cour le coq et les poules. Voilà pourquoi ils étaient chargés de redevances pour tout et devaient à leur sei<4 gneur des corvées^ pour labourer ses champs, des chariages pour'wconduire s^s récoltes à son t^hâteau, la dime. et les cens de Içurs propres récoltes, des fro-* mages, de 'la toile, des poules et des œufs.
Telle fut l'origine des villes et des nombreux villages dfins le pajs des anciens Helvétiens.
9t Autres détails sur les villes et les seigneurs.
(De Taa laoo k Faii 1290.)
Plus Faisance des pajrsans. augmentait, plus les comtes, les nobles, les abbés et les autres seignçurs s'enrichissaient de leurs revenus qui allaient en croissant. Mais leur indépendance et4eur pouvoir gagnèrent
4es t^gricultenrs suisses^ tous les deux signiâent 'défricher > maié le premier en coupant les arbres , le second en y met'* tant le fea.
Sutlders IdioUkon»
snrtont lorsque la famille des ducs de Zashriûguen s'éteignit. Après la mort dil dernier «le ces ducs la dignité de baiUi impérial ne fut plus héréditaire , mais l'emperear la conférait tantôt à un comte ^ tantôt à, un autre. Dès .ce moment les grands seigneurs n'eurent plus i craindre que l'un de leurs pairs détint trop' puissant; chacun s'efforçait d'être le premier et pouvait espérer de le devenir.
Dans ce temps florissaient beaucoup de familles nobles ; qui depuis se sont éteintes. Les comtes de Sa^ voie avaient des domaines étendus 5 dei^ fiefs et des droits dans le Valais^ dans le pajs deVaud^ où l'évoque de Lausanne régnait en petit souverain» Les comtes de fïeuchâtely qui accordèrent de grands droits à la ville de ce nora^ gouvernaient des pajs français et des pays allemands^ baignés par le lac de Bienne^ par l'Aar et la Thièle. Les comtes -de Kjbourg^ maîtres de tout le pays situé entre Zurich et le lac de Constance^ et qui avaient bâti sur leur territoire les villes de Di^senhofen sur le Rhin f et de Winterthour^ près de Zoiich, ne reconnaissaient pas^ daiis toute PHelvétie^ de seigneurs plus puissans qu'eux. Cependant on vit s'élever à côté d'enxy dans l'Aargovie^ les comtes de Habsbourg, possesseurs depuis longtemps d'un domaine considérable et entièrement indépendant 9 situé à l'endroit où avait brillé l'antique Yindonissa. Ensuite ils étaient devenus patrons de la rîche abbaye de Seckinguen^ de laquelle dépendaient beaucoup de domaines dans le pays de GlariSé Outre cela on leur donna en fief un comté^ bourguignon très-ancien^ le comté de Rore dans l'Aargovie; il s'étendait jusqu'à Mouri^ où^ deux siècles auparavant^ la femm^ de l'un des comtes de Habsbourg ^ alors ' appelés comtes d'Altembourg^ avait fondé une abbaye de l'ordre de Saiat«Beuoit, La famille des comtes de
Bore s'étant éteinte^ leur« domaines aTaient passé aa:i comtes de Lenzbourg^ de qui descendaient les comtes de Bade, ce furent les grandes richesses des premiers qui augmentèrent si fort Féclat et la puissance de la maison de Habsbourg^
Les comtes de EappersTfjl, fondateurs de la tîHc de ce nom au bord du lac de Zurich , furent aussi puis** sans et considérés dans le pajs qui touche k la &hétie$ mais les riehcs comtes de Toggenbourg les surpassèrent «ncore* La résidence prîmitiye de leur famille était sur un rocher non loin du courent de Fischinguen. Oesl là que le comte Henri de Togguenbourg ajant aperçu au doigt d'un de ses senriteurs Tanneau nuptial de 89. femme Ida, célèbre par sa beauté, la jeta par une fcf nétre du haut de son château dans un immense précis pioe. Un corbeau ayait enlcTé cet anneau près d'une fenêtre ouverte et Tarait ensuite laissé tomber. Dans sa chute, Ida put se retenir i des broussailles suspendues au-dessus du précipice; elle fut saurée par .le secoui^ de la dirine Proridence et son innocence fut reconnue! mais elle résolut de finir sea jours dans une cellule a Fischinguen, ne pourant plus aimer un époux si colère «t si cruel, qui, non content d'une seule rengeance, arait fait périr son serviteur innocent en le traînant attaché i la queue d'an cheraL
« Je pourrais nommer encore beaucoup de familles de comtes et de seigneurs alors fort puissans, tels que les comtes de Werdenberg, de Sargans, de Montfort, •de Sax, de Vax, de RhscKuns, dans la haute Rfaétie, et d'autres dans FHelrétie bourguignone et dans l'Helrétie allemande* Mais qui voudrait saroir tous ces noms qui ne rappelant que le sourenir obscur de guerres contiswelles et les cruautés atroces dont la tradition se con-' serve près des ruines de leurs ah&teaux jadis formidables?
Plasîenrs de eet fiiihiltes ancientiei et nobles s'élei-* gnirent déjà dans les temps dont nous parlons. €eU arrlra «urtout assez^ fréquemment dans les guerres appe-» lées croisades y nées de Fopînion qui se répandit dans foute r£nrope que la religion et l^honneur imposaient aux chrétiens le devoir de s'armer et d'aller k Jémsa« Hm pour arracher le saint sépulcre des mains des infi« dèles. Des pèlerins guerriers de toutes les nations chré« tiennes se réunissaient en armées Innombrables '^ à toutes les époques de l'année , et partaient pour la Palestine* On les reconnaissait à une croix cousue sur leurs yéte* mens. Tout le monde se croisa, ]eunes-gens, TÎeillards, «nfans, princes, rois, empereurs, princesses, reli«' , ^uses» De tant de milliers de pèlerins, un petit nombre' seulement revinrent dans leur patrie; la plupart mou«> Turent en route ou périrent en Asie et en Afrique, pat la faim, la maladie, l'épée, la peste, la lèpre ou en «aptiyité* Mainte noble dame perdit son époux ^ mainte fnère, ses fils.
Si les croisades menèrent beaucoup de comtes et Ae chevaliers & leur perte, elles améliorèrent le sort 4le8 serf^ dans les villages et dans les métairies, et même celui de la bourgeoisie dans les villes. On traita les serfs avec plus d'humanité aiin qu'ils restassent ches eux et ne cherchassent pas l'indépendance sous les éten* ^arts de la croix. On leur accorda plus de liberté, plus de droits, afin de pouvoir les employer comme soMals <lans des guerres intérieures* Les bourgeois des villes s'enrichirent par toutes sortes de métiers et de trafics, pour l'armement, l'équipement et l'approvisionnement des armées qui partaient sans cesse pour la terre sainte* On ûi jin commerce de marchandises fort éiendu par la Hongrie jusqu'en Grèce, ^t par les ports d'Italie ]us-qu'en £gjipte et dana FOrieat BAle en particulier deVint
45 rrr^^r^m-
florissant ^ar 6e commerce et l'on j apportait déjà da TÎn de Chypre 5 il en fat de même de Zurich^ où Ton commençait à traYaiiler la soie^ alors si rare et si précieuse.
A mesure qae ^a^sance et les richesses s'accroissaient dans les tilles nouvelles > la bourgeoisie étendait ses droits avec plus d'ardeur et agrandissait son territoire par des achats. L'es Tilles se soustrayaient sUccessiyement aux droits souyerains des éyéques^ des abfaiés et des monastères^ à la domination desquels elles ayaient été longtemps soumises » préférant se mettre immédiate* ment sous la protection de Pempire germanique, afin 4le n'ayoir d'autre maître que l'empereur ou, en son nom, un gonyemeur ou bailli. Les Soleurois se rendirent indépendans du couyent de Saint-Ours, qui, ea yertu de ses droits, exerçait une grande influence sur leurs a0aires municipales, parcequ'il ayait contribué puissamment à la fondation de cett« cité. L'abbé du riche couyent de Tous-les-Saints (Allerheilîgen) ayait des djToits seigneuriaux sur le bourg de SchafThouse, et il les faisait exercer par son bailli. Ensuite les bourgeois ne lui permirent plus de nommer que la moitié des membres du conseil municipal, youlant en nommer eux-mêmes l'autre moitié* Plus tard ils exclurent le oouyent de l'administration de toutes les affaires ciyiies et se placèrent, comme d'autres yilles, sous la protection de l'empereur. L9s BAiois tinrent à peu près la même conduite à l'égard de leur éyêque, ensorte qu'ils deyinrent indépendans sous la sauye-garde de l'empire , comme Berne et Fribourg l'étaient depuis longtemps par la fayeur impériale.
Plusieurs petites yilles suivirent l'exemple des grandes à mesure qu'elles en trouvèrent l'occasion. £iles profitèrent habilement des troubles de l'empire.
Quand les rok ou ieê seigneurs do&t «lljM dép.endaient ayaîent besoin d'argent^ elles leur oayraient le trésot municipal s dans les dangers communs leur bras était toujours armé pour la cause commune. Chaque citojen était économe pour sa maison^ libéral pour le bien public. Les maisons particulières étaient de peu d'apparence ^ mais les édiilces publics , les maisons eom** munales et les églises avaient un air de gipandeur et de majesté. Les artisans riyalisaient pour faire de bon on* vrage et pour perfectionner leurp miiierf à Sbrce de peine ^ d'industrie et de réflexion* Les corps de métier veillaient a ce qu'aucun ouvrier ne travaillAt avee né« gligence. Chaque métier devint honorable et lucratif; personne ne cherchait i paraître plus habile quUl n'étaiL Dans les maisons régnaient la piété> laiojrautéy Tamour du travail; dans le conseil^ la justice^ la prudence^ le désintéressement. Nul ne Songeait i vivre aux dépens du bien de l'état; mais on trouvait toujours des citoyens prêts à subvenir aux besoins publics et à doter des établissemens jutiles ou du moins & les favoriser selon leurs moyens.
Par cea vertus les villes ^agrandirent^ devinrent puissantes > acquirent des franchises précieuses^ des fonds de terre ^ toutes sortes d^impôts et d'autres avantages. Toutes tâchaient dono de se placer sous la protection immédiate de Pempire p pour n'avoir plus d'autres maîtres > afin qu'elles pussent elles^-mémes choisir leur gouvernement 5 leurs jugea et administrer les biens municipaux. £lles achetaient volontierB oet avantage en payant un tribut à Pempirei L^empereur confiait ses droits à un bailli impérial> chargé de juger les causes capitales devant rassemblée générale du peuple^ parcequ'étant étranger il pouvait conserver plus d'impartialité qu'un citoyen dans la cause d'un citoyen. £tt cas
de gaerre^ les rïUes choisissaient pour général et sol* daient un seigneur ou comte puissant et d'une valeur reconnue. Pour plus de sûreté^ les villes formaient des alliances entr'elles et avec les villes impériales de la Souabe et des bords du Rhin.
Ainsi donc, après une longue servitude ^ la liberté recommença de promener son étendart entre les couvens et les châteaux^ et de l'arborer surtout dans les villes. Il semble qu'aucune espèce de tyrannie^ qu'elle vienne du dedans ou du dehors^ ne puisse jeter de profondes racines dans le sol helvétique. Sur ce sol la liberté aime à établir sa demeure^ comme l'aigle aime à bâtir son nid sur les rochers sauvages des Alpes.
Des peuplades dans les montagnes de Schwyz,
d'Âppenzell , de la Rhëtîe et du Valais.
(De Pan laoo à Fan lago.)
Derrière les lacs^ au pied des hautes Alpes ^ où s'étaient réfugiés très-anciennement^ peut-être après les victoires des Romains^ les derniers fils des Gimbres, leurs descendana vivaient séparés du reste du monde. Ni Allemand 9 ni Bourguignon ^ ni Franc ^ n'eût osé habiter ces déserts pauvres et horribles. Us faisaient paitre leurs troupeaux sur des montagnes inconnues. On ne vojait ni château sur leurs rochers , ni ville dans leurs vallées. Pendant longtemps les Brouchenbouren j(pajsans du marais) n'eurent qu'une seule église , dans la vallée de Mouotta; le peuple de Schivyz^ d'Untervralden et d'Url s'^ rendait, Les habitons de ces trois
Si
rallées étaient de la même race; tout comme ils araient une église commune ^ ils viraient sous un gouyemement commun y formé d'hommes de leur choix ^ respectables par leur expérience et par leur lojauté.
Mais quand la population se fut trop accrue ^ chaque Tallée eut son église ^ son landamman (président du gou« Teniement}^ son conseil^ son tribunal. Ainsi Schwyx^ Uri et Unterwalden rompirent leur communauté ^ mais continuèrent d'agir^ dans les affaires importantes, comme un seul et même petit état. Plus tard^ les habitans d'Unterwalden se partagèrent en deux parties divisées d'intérêts et séparées par la forêt appelée Kemwald; Tune et Fautre eut son conseil et son tribunal; car. ceux de la partie supérieure (ob dem Walde^ au-dessus du bois) avaient été obligés de pajer les deux tiers des dépenses communes^ d'après un usage ancien ^ fondé peut-être sur ce que primitivement ils étaient plus nombreux que ceux de la parlie inférieure (nid dem Walde , sous le bois *) ; une telle charge leur était devenue onéreuse dans le temps que leurs concitoyens les égalaient en richesse et en puissance. Quoique séparés ils se réunissaient pour les affaires importantes et ne comptèrent jamais que pour une seule communauté; aujourd'hui encore ils ne forment qu'un seul canton.
Personne y hormis l'empdireur^ ne prétendait avoir un droit de souveraineté sur ces montagnes ^ et le peuple aimait à se trouver sous la protection de ce puissant monarque. Quand des divisions éclataient dans son sein^ il choisissait ordinairement pour arbitre un seigneur de Fempire , de préférence l'un des comtes de la maison de Lenzbourg.
*) Noos nons servirons souvent, pour désigner ces deux parties > des noms allemands QbyvaUUn et JVidwalden,
sa
Il j arait encore an milieu de ces peuples de rù6Îe$ aotitudes et des vallées inconnues et inhabitëes. Les empereurs considéraient ces sortes de terres comme un bien sans propriétaire^ par conséquent comme un domaine impérial* Ces souverains en /aisaienl* souvent des donations à des seigneurs et à des couvens^ ou bien ils les constituaient en fiefs. Quand on commençait de défrichet et d^habiter ces terres nouvelles ^ les pajsans en pnj^aient le cens aux rois ou aux Comtes de Lenzbourg ou de ^apperswjl> bu hux églises de Notre-damedes-£rmites> de Zurich , de Béromunster, ou enfin à d'autres seigneurs ecclésiastiques ou séculiers , qui en avaient été investis par l'empereur. Un pieux baron ^ Conrad de Seldenburen , avait bâti le couvent d'£n* gfuelberg> dans une vallée sauvage d'Unterwalden^ au pied du mont Titlis t:ouvert de neiges étemelles. Cet exemple charma tellement le pape, qu'il prit le cou-, vent sous la protection immédiate du saint-siége. >
Mais 9 dans ces mêmes contrées ^ le couvent de Notre-dame-des-£rmites comptait une plus haute antiquité et possédait de plus grandes richesses. Les troupeaux de l'abbé pâturaient sur toutes les montagnes; car autrefois le couvent avait reçu en donation toutes les terres incultes des montagnes environnantes. Les bergers de Schwjz^ étrangers à toutes les affaires du monde ^ ignorèrent longtemps cette donation; ils l'apprirent lorsque l'abbé envoja ses troupeaux dans des pâturages qui leur /appartenaient de temps immémorial et qui avaient passé de génération en génération jusqu'à eux. Ils entrèrent en contestation avec l'abbé 5 celui-ci implora le secours de l'empereur qui lui donna gain de cause. Les bergers de Schwjz^ étonnés de cette sentence , s'écrièrent : )> Puisque la protection de l'empereur et de l'empire nous est inutile^ sachons nous en
passer.^ Leurs frères dlJri et d'UnterwalcIen leê approarèrent^ te {oignirent à eux et cessèrent d'obéir k l'emperenr. Ce monarque en fut irrité ; il les mit au ban de Tempirp et somma révéque de Constance de prononcer* une sentence d'excommunication contre tout le pajs^ et de défendre par là qu'on j sonnât aucune cloche et qu'on donnât les saints sacremens aux Tiyans et aux mouransy jusqu'à ce que les rebelles se fussent soumis 4 leur maître. Les pnjsans de Scbwjz ne se laissèrent point intimider; ils forcèrent leurs prêtres à célébrer le seryice diyin comme aupararant^ et chassèrent datleurs rallées ceux qui s'y refusaient^ Malgré l'anathème de l'évéque^ le bétail multipliait ^ les pâturages restaient fertiles^ et les pa;)rsans enrojaient aux marchés publics de Zurich et de Lucerne les produits de leurs troupeaux. Plus tard^ Tempereur se trourant en danger eut besoin de troupes raillantes pour ses guerres} il euTOja rers eux avec des paroles amicales lo comte de Len^bourg: yl/empereur aime les hommes raillans^^ leur dit ce seigneur; faites la guerre comme Y09 pères et n^ tous inquiétez pas des discours des prétre«. *^ — - Enriron six cents jeunes-gens le suivirent aussitôt à la guerre^ sous les étendarts de l'empereur > pour conquérir de la gloire et du butin > et personne ne fit attentioâ aux discours des prêtres. '
Depuis des siècles il j avait aussi dans les Alpes voisines du lac de Constance une nombreuse population d'hommes libres , protégés pair l'empereur et par l'empire. De tout temps Tabbé de Saint-Gall j avait eu des domaines considérables et des serfs pour cultiver ses terres; bn appelait ceux-ci les gens de la maison de Dieu. L'abbé ^ait une maison et une cellule au bord de la Sittèr et au pied d'une montagne élevée; comme il s'j rendait souvent pour l'exercice de ses droits^ beau-
coup de gens j bâtirent des habitations ; de là se forma le bourg d'Appenzell^)^ dont le nom devint bientôt celui de toute la contrée. L'abbé établit un bailli sur les gens de la maison de Dieu 5 mais les hommes libres protégés par l'empereur à Appenzell^ Houndwyl, Ur« nsBschen et Teuffen^ à l'exemple des peuples libres d'Uriy de Schwjz et d'Unterwalden ^ choisirent dans leur sein y sous la protection de l'empire, leur landamman , leur conseil et leur tribunal ; ils eurent aussi tin bailli impérial.
Cependant les abbés de Saint-Gall acquirent progressiyement de plus grands droits sur tout ce pajs par des achats et par des donations^ enfin ils obtinrent même de l'empereur le tribut dû à l'empire, la juri'diction criminelle et la protection souyeraine de ces quatre petits états libres et impériaux. Cette translation de droits n'étant point au détriment des antiques li*» bertés de ces peuples, il leur paraissait indifférent de pajer le tribut annuel à un bailli impérial ou à un abbé puissant. De son côté le courent de Saint-Gall, content de ses riches rerenus, ne cherchait point à porter atteinte aux droits héréditaires du peuple pasteur; et pour que les gens de la maison de Dieu ne fussent pas trop inférieurs aux autres habitans du pajs^ l'abbé leur accorda plusieurs franchises, entr'autres le droit de se choisir un landamman. Ce fut une récompense pour la fidélité et le courage ayec lequel ils avaient souvent servi, dans les combats , leurs belliquetix abbés. Les malheureux habitans des Alpes rhétiennes ne pouvaient pas se féliciter d'un bonheur semblable. Cent et cent châteaux de comtes et de seigneurs, bâtis sur
^) De Abt, prononcé dam la Suisse allemande Aptf àbhif et ZelUf cellule.
ss
d'âpres rochers j dominaient fièrement toutes les rallées et formaient en quelque sorte une chaîne d'esclavage " autour de lear patrie. Là régnait en maître absolu rëréque de Goire; là^ les abbés de Disentis et de PfefTers; là^ les comtes de Bréguenz, de Werdenberg, de Montfortf de Mœtoch et de Misox; là^ les riches barons de Rh«zuns^ de Montalte^ d'Aspermont^ de Yatz^ et cent autres exerçaient une puissance souveraine. La ville de Goire seule possédait des droits considérables^ sous l'empire de son évé'que^ ça et là encore quelques vallées écartées^ comme la vallée de Prég^ell, sur les confins de l'Italie^ jouissaient d'anciens privilèges» Tout le reste du peuple y surtout dans les lieux où l'on parlait la langue romane ^ était et fut encore longtemps tribu* taire ^ assujetti à des corvées et serf. Les seuls Walsois restèrent libres dans leurs terres et dans leurs villages ^ tels que les Francs les avaient trouvés à l'époque de leur invasion. On dit que ces habitans^ originaires de race allemande^ cherchèrent un asile dans ce, pajs au temps de la domination des Goths^ et qu'ils défrichèrent ^es vallées élevées et reculées ^ telles qu'Avers^ le Bret« tigseu et le Rheinwald au pied' du glacier du Rhin. Ges mêmes colons défrichèrent et habitèrent les premiers les solitudes effrajantes de Davos ^ que le baron de Yatz leur donna en fief.
Le Yalais était de même' soumis à un grand nombre de comtes et d'autres seigneurs; la ville de Sion ne maintenait qu'avec beaucoup de peine ses droits muni** cipaux sous un bourguemestre et un conseil. Le comte de Savoie avait longtemps maintenu sa domination dans le Bas-Yalais; l'évêque de Sion^ dans le Haut- Valais; les habitans de cette partie, où Ton parle la langue allemande, gens de cœur, surent constamment défendre l'antique liberté héritée de leurs pères. Ils
araient divisé leur pays en sept dixains *)• Des députés de chaqaa dixain composaient le conseil du pajs^ présidé par un capitaine-général également de leur choix. S0119 la protection de leurs propres lois^ ils fai-* «aient paître leurs troupeaux depuis les bords du Rhône Jusqu'aux glaces éternelles où il prend sa source.
Hodolphe de Babsboniig, empereur; mëchans
desseins de son fils Albert.
(Dt Taa tago k Pan 4307.)
A I^époque oili tious sommes parvenus, aucun seigneur dans toute THelvétie n'était aussi respecté pouf son humanité > pour sa prudence et pour son courage, que le comte Rodolphe de Habsbourg. Son château était situé dans rAargovie> ëur la mentagne appelée Wulpelsberg. Il était bailli des villes d'Aarau, de Bade, de Mel<^ lingueu) de Diessenhofen et d^autres encore. Les habitans de Sohwjrt le prièrent aussi d'être leur bailli, k cause des troubles nés de la dissension de PempereUr et du papèft Déjà Uri, Sohwjr2 et Zurich avaient formé ensemble une alliancô pour 6e secourir mutuellement contre les usurpations des seigneurs retranchés dans leurs châteaux t butre cela Zurich avait choisi le comte jR.odolph6 pour êoû généml d'arméei
*} Le mot àlleumid e^tZehetttent mais bette manière de l'écrire»
conformé k Tosagd, ne Test point à Pétymolof^e. La division
du Hant-Valais est par centaines (cente), comme chez les
anoims GetmainSé
Mouuta. HiH. des Suisses.
Rodolphe était moins aimé des citoyens de Bàle> bien qn'ils le préférassent encore à ses amis et à ses frères d'armes de la noblesse. Un )oor de eamaral cenx-ci araient gravement manqué d'égards ans belles dames et aux demoiselles de Bâle; de le naquirent des rixes sanglantes) Qn grand tionibre de ces nobles ^dacieux expirèrent sons le bras «rigoureut des raillaos Bâlois. Déplorant ^affront de ses amis et voulant tes venger^ le comte de Habsbourg marcha oontre Ut ville avec des troupes nombreuses*
Mais cette guerre se termina promptement et heurensementé Les ducs et les prince^ d'Allemagne^ après de longUQs disputes au sujet de la succession au trône impérial 9 que la mort de Fempereuf tenait de laisser vacant, avaient réuni leurs su{frage$ en faveur du comte Rodolphe de Habsbourg. Cù t[ol moâva t;e choix > c'est que Rodolphe était> comme le dit Pélecteur de Cologne j sage^ juste ^ aimé die Dieu et des hommes.
A la nouvelle de Pélevation de leur ennemi au trône impérial, les Bàiois sortirent de la ville avec toutes sortes de marques de r6spect> 6t l'invitèrent à y entrer avec BGB froupes^i Oà se fara de part et d'autre une constante amitié; ioutè l'Helvétié fut remplie de joie et d'étonnement» Leé magistrats deè villes et des èampagnes accoururent & Brôugg> dand fAargovie, jpour féliciter le nouvel empereur âin«î ^ue Ha comtesse > sa femme.
Quoique placé àur le premier trône de la chrétienté et danà un pêyi éloigné > fempereur Rodolphe resta jusqu'à la Ûû de $6d jourti affectionné aux peuples de sa patrie. Il âcôordâ dis nouveaux honneurs à leur noblesse > de nouvelles prérogatives à leai^ ville), et confirma par sa parole impériale tous les avantages que ses compatriotes pbtoédàient déjà. Zurich, Schaffhouse, Soleure reçurent le privilège de n'avoir que des juges
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pris dans leur sein et d'être gouvernées par lenrs propres lois; Laupen et Laeeme obtinrent les mêmes franchises que Berne 9 et en oatre Lnceme ne releva plus que de Tempire; Bienne eut les mêmes droits municipaux qu9 Bàle; Aarau n*eut à reconnaître d'autre juge que son atojer; Winterthour^ Diessenhofen et d'autres villes encore recurent des droits semblables. Il confirma aux trois peuplades des Waldstaetten (Uri^ Schwjz et Unter^ walden) le droit perpétuel de relever immédiatement de l'empire. U conféra la dignité de princes impériaux à l'évéque de Lausanne et à l'abbé de Notre-dame-des- Ermites. — Dans l'Helvétie romane (la ci-devant Petite* Bourgogne) y où les comtes de Savoie exerçaient une grande puissance^ il rétablit la dignité rojale par la force des armes ^ protégea Lausanne et Fribourg contre les usurpations de la Savoie ^ et rendit libre, sous la protection de l'empire , tout ce qui avait été libre auparavant. Les villes et les campagnes lui témoignèrent constamment leur reconnaissance par des secours abondans en argent et en hommes.
La face des affaires changea beaucoup à la mort de Rodolphe^ ^suivie de l'avènement de son fils Albert au tr6ne impérial. On sut bientôt que toutes les vues de ce prince tendaient à agrandir ses domaines , en j ajoutant des propriétés étrangères, et qu'il était toujours prêt à fouler aux pieds les droits solennellement accordés aux villes et aux campagnes. Toutes les nations tremblèrent devant lui. Prévojant des jours de malheur et des circonstances périlleuses, les peuples d'Un, de Schivyz et d'Untervralden s'assemblèrent (1291) > conclurent une alliance perpétuelle , et s'engagèrent par serment à défendre mutuellement, envers et contre tous, leurs personnes, leurs familles, leurs biens, et à s'aider les uns les autres par les conseils et par les armes. Cette al-
liançe lear $t donner 1^ nom de Confédérés (Eidq^ nossen^ alliés par serment). D'an autre côté^ réyéque de Constance^ le comte de Savoie et d'autres seigneurs encore^ l'abbé de Saint-Gall et la riile de Zurich, formèrent également une alliance pour s'opposer aux desseins du noureau roi. Les prinpes allemands > ne 4e haïssant pas moins, se choisirent un autre souverain, Adolphe de Nassau.
Cette scission politique fit naître partout la division et des guerres^ les pajs^ les viUes^ tout prit parti dans cette querelle; on s'arma pour et contre Albert. Berne embrassa le parti du comte de Savoie et fit alliance avec Fribourg et Soleure. •— Albert, à la tête d'une armée d'Autrichiens ^ envahit et ravagea le pajs de révéque de Constance. Dans une bataille sanglante il arracha au roi Adolphe la victoire ^ la vie et la couronne impériale. Les Confédérés des Waldstsctten lui députèrent à Strasbourg pour le prier de garantir leurs anciennes franchises , a l'exemple de son glorieux père* Il répondit qu'il songeait à leur proposer incessamment un changement dans leur situation. Cette réponse jeta l'épouvante parmi les Confédérés.
Des cris de guerre et le bruit des armes retentirent depuis les murs de Soleure jusqu'aux rives du Léman. Les comtes et les seigneurs de cette contrée ^ alliés de l'empereur et ennemis de la puissance croissante des villes^ marchèrent contre Berne; mais les courageux Bernois^ soutenus par des troupes auxiliaires de Soleure et d'autres contrées^ commandés d'ailleurs par un guerrier expérimenté^ Ulrich d'£rlach^ battirent les forces supérieures de l'ennemi dans la bataille du Donnerbuhl, prirent d'assaut et rasèrent un grand nombre de forteresses et de châteaux appartenant à la noblesse ,
ensorfe que la gloire de cette, cité brilla du plas Tif éclat dans toutes les contrées de rHelyétie.
Après cette défaite^ Temperear Albert entra luimême dans un pajrs qu'il traitait 'Vie rebelle et mit le siège deyant Zurich; il campa au sommet d'une colline d'où il plongeait sur les rues de la rille. Les Zuricois ne fermèrent pas leurs portes ^ biei^ qu'ils eussent fait les préparatifs nécessaires pour une vigoureuse résistance f mais ils lui firent annoncer qu'ils étaient prêts à le reconnaître pour lent roi si» de son côté^ il reconnaissait leurs droits et leurs franchises» Gomme il n'arait que peu de machines' de siège et qu'il TOjait la Tille remplie de gens armés (les femmes^ et les filles ayaient aussi pri» les armes) , il montra des disporitions pacifiques et confirma la liberté de la tUIo»
Quant aux Confédérés des Waldstietten, il leur fit dire qu'il voulait les adopter comme leê eh ers enfans de sa famille royale > et qu'ils feraient bien de se soumettre en fidèles sujets 4 la maison d^Autriche; qu'il leur donnerai^ des fiefs et les enrichirait; qu'il relèverait leur gloire eu créant parmi eux des chevaliers. Mais sur la réponse des fiers montagnards-, qu'ils préféraient à ces brillans avantages les anciens droits de leurs pères et la protection immédiate de l'empire > il leur envoya des baillis autrichiens durs et méchans> chargés de les opprimer et de les vexer> pour qu'ils désirassent de leur chef de se détacher de l'empire et de se soumettre à la domination d'Autriche. Son choix tomba sur Hermann Guessler de Brounegg et sur le chevalier Béringuer de Landenberg. Ces baillis s'établirent dans le p^s des Confédérés > ce que n'avaient jamais fait les baillis impériaux. Landenberg prit joossessioh du château royal de Sarnen dans rObwaldeiÇISt Guessler fit construire pour lui une forteresse dans le pajs d'Uri. Les péages furent
9Lngmenii$i lei plus petitea iaiite« , pnnioB par de fortes amendes et la prison; les habitans, traites arec hanleur et mépris. Guessler passant à cheral detant la maisoa que Stauffiicher venait de faiçe b&tir dans le village de $teinen> dit ayeo Taoeent de l'insaltet ,^Peat-on souffrir qne de vils paysans bâtissent' de si belles mabons?" Dàtih le pajrs d^Unterwalden , Arnold de Melchthal ayant été condamné pour tine légère fiinte à perdre un bel attelage de bœufs ^ Un valet de Landenberg les détela de la cbarrae en disant : ^ Les paysans peuvent traîner la charrue eux-mêmes.* Irrité de cette offense^ le jeune Arnold frappa le v^ilet, lui cassa deux doigts et s*enfnit dans les montagnes^ Par vengeance ^ Landenberg fit cre« ver les yenx au père d^Arnold*
Les partisans des baillis > tonjourt sonmis & leuis volontés^ étaient traités> an i:ontraire> avec beaucoup d'indulgence et obtenaient gain de cause dans tous leurs différends avec lears ^compatriotes. Mais la faveur des baillis devenait fttueste k cenx qni^ fiers de la posséder^ se croyaient tout permis. Le gouverneur du château de Plie de SchWanau^ dans le lac de Lowerz^ ayant attenté à rhonneur d*une Jeune fille d'Arth, qni appartenait à une famille considérable^ fat assommé par les frères de cette Jeune fille. Une autre fois^ le jeune seigneur de Wolfenschiess^ dans le pays d'Untenralden ^ ami de Landenberg ^ vit à Alzellen la belle femme de Conrad de Banmgarten ; apprenant que son mari n'était pas à la maison y il exigea qu'elle lui préparât un bain, et lui fit des propositions offensantes. Lorsqu'il fut ate bain 9 elle rappela son mari des champs. Au récit d'une pareille audace, le mari courroucé assomma l'impudent gentilhomme dans son bain. — Gomme il n'y avait plus ni justice ni recours à un tribunal ^ chacun se faisait justice à soi-même^ de là résultèrent les plus grands
déaordreâ. Mail Itt baillir^ riant d€9 miiriiiiiras da peuple, persistèrent da'nK leur tyrannie; ila foulaient aux pieds non-seulement les droits reconnus par des titres autben« tiques et sanctionnés par des empereurs et des rois ^ mais encore le droit étemel que Dieu a donne à tout homme ^ et dont il a placé le titre dans son coeur*
GuUlaumç Tell; serment 4u Grutli.
(L'an iSoy.)
Tandis que les oppresseurs riaient et que les oppri* mes gémissaient dans les Tallécs des Waldstœtten^ la ' femme de Wemer Stauffacher^ dans le yillage de Stei« âen, dit un jbur à son mari s ,1 Combien de tempe 'encore yerra-t-on^Forgueil rire et l'humilité pleurer? Des étranger^ seront-ils les maîtres de ce pajs et les héritieis de nos biens? à quoi sert-il que nos montagnes soient habitées par des liommes? mères ^ jdeTons-nous nourrir des fils ^endians et élever lios fines pour servir d'esclaves aux étrangers? Loin' de nous tant de lâcheté!^
SansV répondre y Werher Stauffiicber descendit à • Brounnen, traversa le lac et se rendit dans le pajs d'Uriy vers Walther Furst à Attinghausen. Il j trouya Arnold de Melchthal qui avait passé la montagne pour venir chercher un refuge contre le ressentiment de Landenberg.
Us s'entretinrent ensemble de la misère de leur pajs^
de la cruauté des baillis étrangers que le roi leur ayait
envoyés y malgré leurs droits e| leurs libertés hérédi-
/ taires. Us dirent aussi qu'ils avaient inutilement adressé
des plaintes 4 ce monarque^ qui les aTait mena» ces de les contraindre» en dépit de leurs titres» à s« s^arer de Tempire pour se soumettre & PAutriche; que Dieu n'ajrant donné à aucun roi le droit de fouler aux pieds la justice , ils pouvaient tout espérer du se* cours de Dieu et de leur courage; que d'ailleurs la mort était plus facile à supporter qu'un joug aussi avilissant. Ds résolurent donc que chacun d'eux parlerait dans son pajs à des hommes de cœur et de confiance > et sonderait les dispositions du peuple» afin de savoir ce qu'il serait prêt à faire pour la cause de la liberté.
Dans la suite» comme ils en étaient convenus» ils se réunirent souvent» pendant la nuit» dans un lieu secret au bord du lac des Waldstsctten» situé à peu prés au centre d'Un» de Schwyz et d'Unterwalden» formant une prairie étroite» entourée de buissons» au pied des rocs du Seelisberg» vis-à-vis le village de firounnen; cet endroit porte le nom de Grutli ou Rutli (de ruten» défricher); là ils se trouvaient éloignés de toute habitation. Bientôt ils apportèrent tous l'heureuse nouvelle que le peuple entier préférait la mort à l'esclavage.
La nuit du 17 Novembre de^l'an 1307» chacun d'eux amena avec lui dans la prairie du Grutli dix hommes honorables» pour qui la liberté de la patrie était tout» et la vie n'était rien; lés trpis premiers» levant leurs mains vers le ciel étoile» jurèrent à Dieu» devant qui les rois et les peuples sont égaux» de vivre et de mourir pour les droits du peuple opprimé; d'entreprendre et de supporter tout en commun; de ne pas souffrir» mais aussi de ne pas commettre d'injustice; de respecter les droits et les propriétés du comte de Habsbourg et de ne faire aucun mal aux baillis impériaux» mais de mettre des bornes aux, actes arbitraires
d« lanr tyrannie. Lee trente autres letèrent aussi la main et firent de mémo serment à Dieu et à tous les saints de rétablir la liberté en hommes de cœur. Ils choisirent pont l'exécntion de ce dessein la nuit da pre* mier Janvien Pais' ils ée ééparèrent; chacun d'eux retourna dans sa yallëe et dans àa dabane; ils continuèrent tranquillement k donner tous leurs soins à leurs troupeaux.
Cependant le bailli Hermann Guessler n'était point tranquille; sa conscience ne lui laissait aucun repos* Il lui semblait que le peuple commençait à releyer la tête et à montrer plus de fierté* Pour FéprouYer et pour riiumiliery il fit placer un chapeau au haut d'une perche > dans le pajs d'Uri, et ordonna que tous les passaus s'inclinassent respectueusement devant ce symbole de l'autorité autrichienne» U reconnaîtrait par là^ disait-il > les ennemis de rAutriche.
Guillaume Tell> de Burglen^ habile arbalétrier^ l'un des hommes du Grutli> passa devant le chapeau^ mais ne s'inclina point» Aussitôt on le saisit pour le conduire devant le bailli. Celui-ci l'apostropha^ plein de colère : ^ Arbalétrier téméraire. Je veux que ton art te serve de supplice; mets une pomme sur la tête de ton jeune filsv vises-j et garde-toi de la manquer." — On lie l'enfant, on met une pomme sur sa tète et l'on conduit le père à une distance considérable. U vise, ^ le trait part, la pomme est percée; le peuple pousse des cris de joie. Mais Guessler dit à Tell : ^ Pourquoi portes-tu sur toi une seconde flèche?" Tell répondit: y Si l'une avait manqué la pomme, l'autre n'aurait pas manqué ton cœur."
Le tjran effirajé ordonna de charger de fers cet homme
courageux, de le garotter au fond d'une barque, pour
;le conduire sous 6e& jeux à Kussnacht; il ne jugea pas
.prudent de renfermer dans une prison dn pays UVAp à cause du peuple; et il n'osait pas l'enyojrer hors da pajs dans une prison étrangère^ parceque les droits du peuple s'j opposaient. Craignant le concours dé la innl« titude^ le bailli donna en hâte le signal du départ^ malgré un yent contraire qui soufflait avec impétuosité* Tantôt la barque semblait descendre dans un abkne^ tantôt des vagues écumantes la remplissaient d'eau | les bateliers désespéraient de se sauyer. Plus on avançait ^ plus le danger augnlentait; car les bords du lac sont formés par d'immenses rochers à pic qui s'élèvent vers le ciel comme des murailles. Au comble du désespoir^ Cuessler fit ôter les fers à Tell pour que, batelier habile, il conduisit la barque. Celui-ci la dirigea vers lo flanc nu de l'Axenberg où un roc en forme de plateau avance de quelques pas dans le lac. Il s'élance, repousse la barque; Tell esta l'abri du danger; Guessler, à la merci des flots*
£chappé au péril, il gravit contre la montagne et se sauve à travers le pays de Schwyz. Triste et pensif, il se disait à lui-même : ^ Où fuir la colère du tyran? Si je lui échappe, ma femme et mon enfant lui serviront d'otages. Que ne se permettra-t-il pas contre les miens, si, pour deux doigts cassés à son valet, Landenberg a fait crever Jesyeux au vieux Melôhthal? Devant quel tribunal pui»-je citer Guessier? le roi lui-même n'écoute plus les cris du peuple. £h bienl puisque les lois n'ont plus d'autorité^ puisquMl n'y a plus de juge entre l'oppresseur et l'opprimé, Guessier, nous sommes tous les deux hors la loi; notre seule loi, c'est la nécessité de se défendre. S'il faut que ma femme, mon fils et ma patrie périssent innocens , ou que tu tombes chargé de forfaits ; meurs^ tyran, et que la liberté revive l'*
Tout plein de ces pensées, Tell^ armé de son arba-
lèto et d'uBd fléohe, vole rers Kossnacht, se caohe duns un chemia creux. Le gouTerneor vient à passer; la corde siffle; la flèche d'un homme libre atteint le cœur d'un oppresseur.
A cette nouvelle^ sje répandirent subitement parmi le peuple l'effroi et laj joie. L'action de Tell inspira plus de courage; mais la nuit du premier janvier n'était pas encore venue*
Le premier Janvieî^ de Tan 1308. — La tataille de Morgarten. — Lucerne se joint aux Confe'derés.
(D«ran i3o7 k l'an 1 334- )
La nuit du premier janvier vint. L'un des jeunesgens qui avaient prêté serment sur le Grutll se rendit prés du château de Rossherg, dans l'Obwalden; il j aimait une jeune fille. Celle-ci ^ au moyen d'une porde^ le tira du fossé du château dans sa chambre. Mais vingt autres jeunes-gens attendaient encore au pied du mur; le premier les fit entrer de la même manière. Dés qu'ils furent tous réunis^ ils se rendirent maîtres du bailli , de ses gens et de tout le château^
Le jour renu^ Landenberg sortit du château rojral de Samen pour se rendre à la messe. Vingt hommes d'Unterwalden vinrent au-devant de lui^ apportant , comme présens d'usage ^ des poules^ des chèvres^ des agneaux et d'autres dons encore. Le gouverneur leur dit d'entrer au château. Arrivés sous la porte, l\in d'eux donna un signal avec son cornet; tous tirèrent de dessous leurs habits des fers bien aiguisés, les mirent au
boni de leurs bitons et s'emparèrent An ebifeaiiy {len» dant qae trente antres ^ cachés dans an bois^ acccm^ lurent à lenr secours. Landenberg s'enfnit d'ëpoarantd à Alpnach ; maïs ils le saisirent et Ini firent jnrer^ ainsi qn'à tons ses gens , de quitter à jamais les Waldstietten* Après ce serment^ ils Ini permirent de se retirer k Ln» cerne. On ne fît de mal à personne.
Des feux de )oie brillèrent an loin sur les Alpes.
Stauffacher se rendit ««yec les hommes de Schwyx yers le lac de Lowerz et démolit le château de Sch^ranau. — Wàlther Furst et son gendre Guillaume Tell se mirent à la tète des hommes d'Uri; la forteresse do 'Gnessler fut prise de force.
Des feux de joie brillèrent sur toutes les Alpes.
Ce fut là le nouTcl-an de la liberté. Le dimanche sniyant des députés des trois cantons se réunirent et renourelèrent l'alliance antique et perpétuelle par un serment solennel. Ils avaient reconquis leurs anciens droits sans terser une goutte de sang et sans faire éprouver le moindre dommage aux propriétés du roi ou de la maison de Habsbourg.
£n apprenant ces éyènemens^ le roi Albert fut bors de lui; il rassembla des troupes et^ accompagné de beaucoup de seigneurs et de nobles^ il se rendit dans PAargoyie. Il avait aussi avec lui son neveu et pu* pille ; le duc Jean de Souabe^ auquel il refusait depuis longtemps son patrimoine. Le roi^ après être parti de Bade^ passa la Reuss près de Windisch^ et le duc Jean s'écria: ^^Yoici le salaire de l'injustice f et il traversa de sa lance la gorge du monarque. D'autres seigneurs y conjurés avec le duc^ suivirent son exemple; le chevalier Rodolphe de Balm enfonça sa lance dans la poitrine du roi; Walther d'Ëschenbacb lui fendit la tète. les autres restèrent immobiles à la vue de ce for«<
fait. Biçnt6t iis se dispersèrent tous. Le chef de l'empire germanique expira dans les bras d'une paurre femme qui se trouvait par hasard sur le chemin.
Ce crime répandit répouyante partout. Les assassins restèrent errans dans le monde et moururent maudits die tous les hommes. Zurich leur ferma ses portes; les Waldslœtten n'accordèrent point d'asile aux meurtriers de leur ennemi. Mais les enfans de cette yictime'rojale^ le duc Léopold d'Autriche et Agnès^ reine de Hongrie^ ainsi que la reine Elisabeth , yeuTC d'Albert , confondirent dans leur yèngeance sanguinaire coupables el ignocens; Agnès surtout se signala par sa cruauté. Sur de simples soupçons de complicité^ elle réduisit en cendres un grand nombre de châteaux^ Wart^ Fahrivanguen^ Maschwanden^ Altburen. On dit qu'à Fahrlyangueu; yojrant coûter à ses pieds le sang de soixantetrois chevaliers innocens, elle s'écria: ^Je me baigne dans .la rosée du mois de Mai." £n yain l'épouse du chevalier Rodolphe de Wart embrassa ses genoux et les arrosa de larmes pour obtenir la grâce de son époux; il fut roué vif et exposé^ encore en yie^ à la voracité des oiseaux de proie. Du haut de la roue^ il consola jusqu'à son dernier soupir sa fidèle compagne qui resta seule auprès de lui^ agenouillée , priant, versant des larmes 9 jusqu'à ce que cette ame chérie se fut envolée yers les cieux. — Mais à l'endroit où l'assassinat avait été commis y Agnès et sa mère fondèrent le riche couvent de Kônigsfelden (le champ du roi). £ile-méme s'jr retira 9 résolue de finir ses jours dans la dévotion. Comme elle invitait les passans à se rendre dans son église, frère Berthold Strebel d'Oftringuen lui dit avec Taccent de l'horreur: ,» Madame, c'est une mauvaise dévotion que de répandre le sang innocent et de fonder des couveus avec des richesses injustement ravies."
Le duc Léopold ne pardonna pas non plus aux Waldstsetten d'ayoir secoué le joug de son père » surtout lorsquHl les vit moins dévoués à son frère Frédéric d'Autriche qu^à l'empereur Louis de Bayiére. Il se mit en campagne Contr'eux, avec beaucoup de chevaliers et de seigneurs^ à la tête d^une grande armée. D'après ses ordres^ le comte Otton de Strassberg passa le Brunîg avec 4000 hommes; plus de 1000 hommes furent armés par les gouverneurs de WilHsau, de WoUhausen, de Rothenhourgj et de Lucerne, pour surprendre le pajs d'Unterwalden du côté du lac. Le duc lui-même s'avança , avec l'élite de ses troupes d'£guéri vers les montagnes de Schivyz^ en passant près du Morgarten. Il amenait avec lui des chariots 'chargés de cordes pour faire pendre les chefs du peuple qu'il appelait rebelle.
* — Pour s'opposer à cette armée ^ les Confédérés se placèrent, au nombre de 1300 hommes, sur le penchant de la montagne du Sattel; 400 hommes d'Uri, 300 d'Unterwalden, s'étaient joints à ceux de Schwjrz; 50 bannis de Schwjz vinrent demander qu'on leur permit de se rendre dignes de leur patrie par des actions courageuses. Le 15 de Novembre 1313, plusieurs milliers de chevaliers cuirassés montèrent la niontagne, éclairés par l'aurore; les Confédérés fondirent, sur eux en poussant de grands cris. Les cinquante bannis roulèrent du haut de la montagne d'énormes pierres et des quartiers de rocs qui portèrent dans les rangs des Autrichiens la mort, le désordre jet l'épouvante. La fleur de la no)}lesse tomba au pied du Morgarten sous les hallebardes des bergers et sous leurs massues armées de' pointes de fer*). Léopold ne put se soustraire qu'avec peiné aux ennemis qui le poursuivirent» Les raiuquctHs
*) Ea allemand Morgenstern ; étoile da matin.
ro
IraTersèrent en l^lto le lao pour se rendre dans PUnterwalden; Ik ils défirent encore les Lucernois^ dont un grand nombre se notèrent dans le lao. Témoin de ce carnage^ Strassberg s^enfait épouvanté* Après cette grande yictoire^ les Confédérés renouvelèrent leur alliance^ jurant que tous défendraient chacun^ que cha« cun défendrait tous; qu'ils ne prendraient aucun enga« gement envers une puissance étrangère sans le consen* tement général^ et qu*ils respecteraient^ comme leur 'propre bien^ les biens que des étrangers possédaienC dans leur pajs.
C'est ainsi que le nom des hommes de Schwjrz détint célèbre dans le monde entier et que^ dès ce four^ les Confédérés furent appelés Suisses (Schwyzer; en haut allemand Schweizer). Dans les guerres de l'empire on rechercha bientôt le secours de leurs armes redou- . tées. Leur intercession sauva la liberté de Zurich et de 8aint-Gall lorsque l'empereui:^ pressé par un besoin d'argent^ voulut hjpothéquer ces villes impériales aux ducs d'Autriche. INéanmoins Schaffhouse^ Rheinfelden, Neuchitei^ tombèrent^ comme hypothèques^ au pouvoir de la maison d'Autriche. Ces villes en ressentirent une profonde douleur. Lucerne avait appris par une triste expérience combien le joug d'un prince étranger est pesant. Dépendans de l'Autriche^ les citoyens de cette ville avaient été engagés^ à leur grand détriment^ dans la guerre contre les Waldstaetten^ et dans toutes les guerres étrangères pendant une longue suite d'années. Outre cela^ les ducs^ usant de leur pouvoir^ avaient augmenté les imp6ts. Les Lucernois ne purent supporter plus longtemps un joug si onéreux; ils firent d'abord^ de leur propre autorité^ une trêve de vingt ans avec les Waldslsetten ; mais vojant que les nobles et les seigneurs I irrités de cette trêve et dévoués à la
eause des ducs , machinaient des projets fdnestes contre leur ville 9 ils conciareut avec les Conf édités une al« lianceperpétnelle^ jurant que tous défendraient chacun^ qne ehacnn défendrait tous^ mais qu'on ne portrait atteinte à aucun droit déjà existant.
La noblesse de rAargoyie entreprit IL ce sujets ao nom de l'Autriche ^ une guerre contre Lucerne* Les ci« tojens de cette yille défendirent vaillamment leur bon droit; les Confédérés combattirent ayec eux contre la noblesse^ Mais dans Lnceme même les premières fa« milles prenaient parti pour la noblesse étrangère» Les Sommes de la même race ont tous la même physionomie. Les nobles de Luceme conspirèrent pour faire un massacre nocturne et liyre^ la yiUe aux ducs^ après Avoir égorgé dans leurs lits tous les partisans de la Conféaération. Déjà la nuit était avancée et ils se trouvaient rassemblés en armes dans un souterrain au bord du lac^ sous la salle de la tribu des tailleurs. Un jeune garçon avait entendu par hasard ce quUls projetaient; ils se saisirent de lui et voulurent le faire mourir; mais ils le relâchèrent après lui avoir fait prêter serment do ne dire à aucun homme ce qu'il avait entendu. Le jeune garçon alla dans la salie de la corporation des bouchers ^ où des boui^eois buvaient et jouaient encore^ et là il raconta à haute voix^ non aux hommes mais au jjij^^l^mvLet, les projets qu'il avait entendus et le serment qu'il avait prêté. Les assis tans l'é coûtèrent avec étonnement, sortirent en hâte et réveillèrent toute la ville. Us s'emparèrent des conjurés^ appelèrent du secours d'Unterwalden , et arrachèrent à jamais le gouvernement de la ville aux familles nobles , qui en avaient été chargées jusqu'à ce jour. Les nobles furent exilés. On forma un conseil de trois cents citoyens; la communauté administrait les biens de la ville et décrétai
ra
lei impâlry la guêtre et les alliances» Ainsi la pradenco et le patriotisme d'an enfant saura la liberté de Lacerne.
Les dacsy épaisés ou accablés par d'antres gaerres^ consentirent sans peine à une paix ayec Luoerne^ dèê que neuf arbitres de Bàle , de Berne et de Zuricb eurent dëclaré que TalUance éternelle des quatre cantons n'était ni hostile^ ni contraire aux droits de la maison antri'* chienne de Habsbourg.
Berne remporte une victoire sur la noblesse près de Laupen; le chevalier Broun change la constitution de Zurich.
(De Tan i335 à Tan i34o.)
Sans le même temps la yille de Berne avait été con<« trainte de s'engager dans une guerre à mort contre la noblesse des environs et les alliés de celle-ci. Les comtes et les autres seigneurs voyaient avec peine s'élever au milieu d'eux une ville florissante par ses armes ^ par son industrie^ par son agriculture; puissante par l'esprit public de ses citojens, fortifiée par le Hasli et par Laupen qu'elle avait achetés ^ considérée de plus en plus dans tout le pajs. Gomme Berne ne voulait pas recevoir la monnaie que le comte Eberhard de Kjbourg frappait avec privilège impérial^ ni reconnaître même l'empe* reur Louis de Bavière^ parceque le pape l'avait excommunié^ les seigneurs saisirent avec joie ce prétexte pour châtier des rebelles. Aussitôt le comte Rodolphe de la maison de Neuchàtel^ qui avait accordé les droits de
tille à CerUer et à Ni<ha^ ses propriétés ^ et les araic •ntoarés de mmrailles^ rassembla tous les ennemis de Berne dans son château de Midau. Us décidèrent entre eux quHl fallait détruire de fond en comble la Tille de Berne; puis ils rassemblèrent des troupes de PAargorie^ de la SaToie> de la Haute^Bourgogne^ de l'Oechtland^) et de l'Alsace. Il vint 700 seigneurs ornés de casques couronnés 9 1200 cheyaliers cuirassés^ 15000 hommes a pied et SOOO cheyaux.
Les Bernois ne furent point effrayés â la nouvelle de ces grands préparatifs^ mais ils ne se livrèrent point non plus à une orgueilleuse sécurité; ils résolurent au contraire de satisfaire à toutes les prétentions ]ustes , mais de repousser la force par la force* Toutes les négociations pacifiques ajrant été inutiles , ils prirent les armes*
L'ancien ayojer Jean de Boubenberg fura de sacrifier ht& biens et sa vie pour la défense d&la ville de Laupen^ sous les murs de laquelle se rassemblaient les troapes des ennemis. Il s'j rendit avec 600 hommes pour renforcer la garnison. Tandisquë Ton délibérait dans Phôtel de ville de Berne sur le choix du général à. qui l'on eonfierait cette guerre importante , on vit entrer dans la ville 9 monté sur son cheval^ Rodolphe d'£rlach^ chevalier^ fils de cet Ulrich d'£rlach qui, quarante et nn ans auparavant, avait battu la noblesse sur le Donnerbuhi. Il fut nommé général par acclamation; c'était un militaire expérimenté qui avait aidé à remporter six grandes victoires dans des pays étrangers. A la demande des Bernois, Uri, Schwyz et Dnterwaiden leur envoyè-
*^ Pays compris entre TAar et les lacs qui baignent le pied da Jura; ce pays était autrefois marécageux , couvert de forets et presque désert..
r^nt un secours cle 900 hommes qai pasééreot le Brnnigi le Hasli et le Siebenthal^) en donnèrent 600 , Soleure en-« jFOjra SO cuirassiers^ se souvenant arec reconnaissance du }our où Berne lui avait donne du secours pendant que lo 4uc L^opold d'Autriche l'assiégeait avec une armée nom-^ fcreuse trois ans après la bataille du Morgarten, Mai» •ette foisLéopold avait été vaincu^ moins par les arme» que par le débordement furieux de l'Aar et par la ma-4 gnanimité des assiégés. Lt$ flots enflés de PAar avaient rompu les ponts de bateaux des Autrichiens ^ et les gé« Aéreux citojens de Soleure s'étaient jetés i la nage pour •auver leurs ennemis prêts à périr.
Avec ces renforts et avec quatre mille bourgeois et habitans de la ville de Berne ^ Rodolphe d'Ërlach se posta en face de Tennemi^ non loin d^ Laupen^ sur une hauteur d'où il embrassait d*un coup-d'œil l'armé» de la noblesse. Aussitôt la bataille commence; les bataillons ennemis montent contre l'armée bernoise. "D'Et^ lach donne le signal; les frondeurs commencent l'at^r taque ; les chariots de guerre armés descendent la colline avec fracas 5 rompent les rangs des ennemi^; ensuite viennent les banniéi'es; les hallebardes > les massues garnies de pointes de fei*. Le dernier rang des Bernois prend seul la fuite à l'aspect du choc terrible. Vojant les fuyards, d'Erlach s'écrie avec présence d'esprits 9 La victoire est pour nous; les lâches nous abandonnent^ les héros nous sont restés."
La victoire se décida en effet pour les Bernois. Le comte Rodolphe de Midau fut trouvé dans le premier
*) On Simmenthal, vallée dans la partie sud-ouest du cantou de Berne , traversée dans toute sa longueur du sud au nord par la Simmen, dont les sources remarquables sont près du Valais.
rang des morts; autour de lui 1500 des siens. Cette ba«taille fut liyrëe Tan 1339. Cependant il j, eut çncore pendant quatre jours des escarmouches et des rencontres 4e divers câtés. Le feu et le pillage raragérent beaucoup de lieux. Fribourg^ obligé de faire cause commune ATCC la noblesse, souffrit beaucoup de dommages* £n-< Mite on fil la paix; elle fut glorieuse pour les Bernois. Leur patrie, ' menacée d'abord cPétre efi&cée du rang des filles^ rictorieuse fit trembler tous ses ennemis. Des forces dix fois supérieures en nombre ayaient été Tain^ eues par û%s citojens animés du même esprit , du même courage, et dont toutes les pensées étaient pour leur patrie, dont aucune n'était pour leurs personnes. C'est lônsi qu'on fait des miracles.
La paix faite, les Bernois suspendirent leurs armes (Bl retournèrent à leurs occupations. Rodolphe d'^rlach cultiya en paix son champ paternel^ ne demanda ni récompense, ni emplois, ni titres, et^yécut heureux jusqu'à une vieillesse ayancée. tin jour Jobst de Roudenz d'iJnterwalden, son gendre, entra dans sa chambre et se prit de querelle avec lui au sujet de la dot de sa fille; Jobst aperçoit l'épée du vainqueur de, Laupen suspendue au mur; il la saisit, la plonge dans le cœur du vieux héros et s'enfuit poursuivi par les chiens de son beau-pére. Il ne fut plus revu.
L'avojer Jean de Boubenberg, qui avait rendu de grands services à sa patrie dans les circonstances les plus difficiles, éprouva un sort encore plus triste. Le$ bourgeois le haïssaient à cause de ses manières hau* laines. Il fut accusé de ne pas gouverner avec la sim« p^icité d'un citojren, mais de régner avec l'orgueil d'un' prince, et de ne s'intéresser à une affaire que gagné par un présent. On le bannit de la ville avec tous ses amis pour cent ans et un jour; mais on eut pitié de
lui au bout âû quatone ans^ quand on le yit affaibK par l'âge ^ et il lut de nouyeau reçu dans la rille. Dans un ^tat libre la yerta d'un citojen peut effacer le souvenir de ses fautes précédentes^ mais jamais ses serrices passés ne font pardonner ses torts subséquens.
A peu prés dans le même temps, ^la destinée des conseillers de Zurich fut encore plus déplorable. De quatre en quatre mois^ quatre nobles et Huit des plus considérés d'entre les bourgeois gouvemaîent là rille^ puis se choisissaient des successeurs. Le gouvernement 80 trouyait donc entre les mains d^un petit nombre de familles nobles et militaires ^ a|>pelées les gentilshommes. La autres citoyens et les artisans distingués par leurs richesses, leurs lutniéres et leur courage, ne souffraient qu*ayec peino d'être les sujets de ces familles, dont l'administration était l'objet des murmures publics. Les magistrats, disait-on, ne songeaient qu'à leur intérêt et à ^celui de leurs familles, ne rendaient aucun compte des reyenus de la yille, recevaient les simples citoyens avec hauteur et n'écoutaient en tout que lear caprice. Les murmures continuèrent jusqu'au moment où l'an des membres du conseil embrassa le parti du peuple. Ce fut Rodolphe Broun, homme de talent mais ambitieux. Excités par lui, les citoyens sommèrent le conseil de rendre compte de l'argent de la yille. Rodolphe Broun, Rndiguer Manesse et quelques autres membres du conseil appuyèrent cette juste réclamation; mais les autres membres prétendirent que cette effervescence momentanée de la bourgeoisie se calmerait insensiblement d'elle-même , et ils employèrent mille petites ruses pour gagner du temps. Ils connaissaient bien la salle du conseil, mais non l'esprit du peuple.
Au bout de six semaines Broun fit répandre le bruit
rr
qae le gonseil se jouait du peuplé. Irrité de tant de tergÎTersations ^ le peuple s'attroupa sur le pont inférieur, près de Thôtel de yiile où le conseil était assem* blé. L'attroupement et le bruit augmentant sans cesse ^ * les conseillers furent saisis de crainte; quelques-uns se déclarèrent pour la bourgeoisie; d^autres, inquiets pour leurs personnes, s'esqûiTèrent et sortirent en hâte de la yille. On donna carte blanche an chevalier Broun et l'on résolut de punir les oppresseurs dans leur hon« neur, dans leurs personnes et dans leurs biens. Us fiH rent condamnés à l'exil avec leurs adhérens.
Alors le 'cheyalier Broun, aidé du conseir de ses amis, donna une nouvelle constitution à la ville. Il divisa. tous les artisans en treize tribus, dont les chefs siégeraient dans le conseil; il réunit les gentilshommes en une. société particulière, afin de leur àïet toute influença .sur les tribus. Le comeil^ composé moitié de boiirgeois, moitié de nobles, de.fa»étre renouvelé tous les six mois. Broun se fit noxâmer Eoui|;uemestre à vie et se réserva un grand pouvoir. Le peuple jura cett* constitution avec joie l'an 1336. Les artisans avaient leur voix au conseil; ils pouvaient émpècHer toute rivalité d'artisans étrangers , ' l'exportation de matières brutes, l'importation de marchandises fabriquées, comme si la ville entière n'existait que pour l'avantage dé leurs métiers et„ non leurs métiers pour l'avantage de la ville.
Cependant les conseillers exilés et leùrâ amis son- 'geaient k la vengeance*
iS.
Origine de Talliance perpétuelle des huit anciens <;antons de la Confédération^
(De Tan i34o à Faii i36o.)
Lea exilés s'étaient retirés à Rapperswyl et dans leê châteaux et les forteresses de leurs amis; do là ils fai-» saient une petite guerre aux Zuricois et leur nuisaient en toute occasion. Mais les Zuricois avaient du çœnri^ et Broun était aussi braye que prudent. Yojant tontes leurs tentatives échouer^ les exilés résolurent de fair^ à Zurich lin massacre nocturne. Des comtes et des noblee arrivèrent dans la ville, les uns publiquement^ sona toutes sortes de prétextes^ d'autres en secret. On était convenu qu'après s'être rendu maître de la ville au mojen d'un grand massacre, on ouvrirait les portes au.x troupes considérables qui viendraient de Rappers^ vvvl. La nuit fixée arriva; les conjurés se rassemblèrent dans la maison d'un ami. Un jeune ouvrier boulanger^ à moitié endormi derrière le poêle, entendit leur com« plot; il le découvrit aussitôt à son maître; son maître^ à Broun. Celui-ci, armé et cuirassé, courut nu-piedf à l'hôtel de ville et cria au secours dans les mes. La cloche d'alarme fut sonnée^ les citoyens se trouvèrent en peu d'instans sous les armes. Les conjurés trahis sd disposèrent à se retirer; mais les femmes lancèrent sur eux, du haut des fenêtres, des pierres, des pots de terre, tout ce qu'elles troyvèrent sous la main. Broun, à la tête de la bourgeoisie, les rencontra sur la place du marché* Il s'ensuivit un combat long et meurtrier. Les conjurés furent vaincus; ceux qui purent s'échapper s'enfuirent j beaucoup furent tuésj beaucoup, faits prisonniers.
Broun tourna ensuite toutes ses pensées rers la ?en« geançe. Les cadavres des conjurés restèrent trois ]ourf entiers exposés sur la placé sans sépulture ^ jusqu'à ce que^ mutilés par les chetaux et les chariots qui pas* saient, ils furent devenus méconnaissablesi Trente-sept citoyens^ partisans de la conjuration^ et dans leur a^mbfe d'anciens magistrats , furent décapités du roués dffvant leurs maisons. £nsuite Broun marcha avec sea Iroupes contre Rapperswjl ; la forteresse^ prise d'assaut^ fut démolie; les habitans de la ville furent chassés ; 1m murs^ abattus ; tout^ jusqu'à la dernière habitation^ fut réduit en cendres. Telle fat la vengeance de Broun i elle frappa des coupables et des innocens. Cet événe^ ment arriva l'an 1350»
L'année suivante^ le duc Albert d'Autriche menaçant de tirer une vengeance terrible de la conduite des Zurî<* cois^ leur bourguemestre s'adressa aux Confédérés des Waldst^tteu pour obtenir du secours et pour faire recevoir Zurich dans la Confédératon. Uri, Schwjz, Untenvaîden et Lucerne^ dévoués à Zurich^ qui était à la fois leur rempart et leur marché^ accueillirent avec joie cette ville, et conclurent avec elle une alliance perpétuelle le premief' de Mai 1351, jurant d'emplojer corps et biens à se soutenir mutuellement contre tous les ennemis, et au cas qu'une division éclatât entre les Confédérés, de confier à des arbitres le soin de terminer à l'amiable leur différend. On maintint tous les droits du roi et du saint empire romain, ainsi que toutes les alliances antérieures; mais on décida qu'en formant de nouvelles alliances on les subordonnerait toujours à la Confédération.
Le duc Albert, exlialant sa colère contre les Zuricois, leur demanda satisfaction pour la destruction de
Aapperswjl^ qui arait appartenu à des personnes de sa famille > et pour les traitemens faits à $es serviteurs et à des sujets de rAutriche. S'ayançant à la tête de 16^000 hommes y il somma le peuple de Glaris de lui enyojer des troupes auxiliaires; mais les Glaroniiais opposèrent à cette sommation leurs droits. «Sous la protection de l'empire ^ dirent-ils ^ qous deyons prendre les armes pour l'abbaje de SeckiBgi|en ^ à laquelle notre pajs appartient^ mais rien ne nous oblige à prendre part aux autres guerres de rAutriche. '' — Ce discours blessa lo duc. U résolut d'envojrer des troupes à Glaris^ parce* qu'il était patron du couyent de Seckingnen et que^ de. Glaris 9 il pensait tenir en respect les peuples d'Uri et de Schvijz et les empêcher de porter secours aux Zuricois. Mais les Confédérés sortirent des Waldstnttea ayec la rapidité de Féclair et, au cœur de l'hiyer, occupèrent le pajrs de Glaris pour le défendre dans Tintérêt de leur propre sûreté. Les Glaronnais iireut cause commune ayec les Suisses, enyojèrent 200 hommes de leur yallée pour renforcer la garnison de Zurich, battirent Walther de Stadion, qui ayait attaqué leur pajSy du côté de Rapperswjl, à la tête d'une troupe d'Autrichiens, et rasèrent le château de Nsfels.
Ce courage plut aux Confédérés et ils reçurent Glaris dans leur alliance perpéli^elle , toutefois en faisant la réserve que le duc et la princesse abbesse de Seckinguen conserveraient leur autorité légitime et leurs revenus, mais que, de son côté, le pays de Glaris garderait ses anciennes libertés. Cette alliai^ce fut conclue en 1352, la même année que Rudiger Manesse, de Zurich, ayec moins de 1500 hommes, battit 4000 Autrichiens près de Txtwjl, et que 42 Suisses tinrent tête à plus de 1000 Autrichiens près de KusMiach, au bord du lac àes Quatre-Cantons, et yengèi^ht, sur la hauteur de
SI
Eothènflotie près da même \ttCf Tineendie de Kosênacht et la de»traction de Habsbourg,
- Le duc d'Aatriche n'avait pas encore fait an seul exploit^ et déjà la gloire des Suisses , le brait de la rapidité de leurs victoires volaient de nouveau de vallée en vallée, d'un pajs à Tautre. On ne vantait pas moins leur magnanimité que leur courage, pareequ'ils combattaient, non à la manière des souverains ,^ mais comme des hommes libres; au lieu de piller les pays conquis et de rendre esclaves ou tributaires les peuples vaincus, iU leur donnaient la liberté et s'en faisaient des amis.
Tant de générosité les avait rendus cbers aux habitans des bords du lac de Zoug, à ceux des ^riches* pâturages et des montagnes de cette contrée. Dévoués à leur cause, ils leur donnaient, dans toutes les occasions, secours, conseils, nouvelles importantes. La ville de Zoug, au contraire, demeura fidèlement attachée à la maison d'Autriche; elle ferma ses portes, après avoir muni êes fortes muirailles d'une garnison armée contre les Confédérés. Plusieurs familles nobles j jouissaient du droit de combourgeoisie. On prétend que les anciens comtes de Lenzbourg furent les fondateurs de cette ville forte an bord du lac.
Mais lorsque les Suisses, au nombre d'environ 3000 hommes, arrivèrent devant les murs de Zoug et que le peuple de toutes les campagnes des environs se joignit à eux, les habitans de la ville, soutenus seulement par une faible garnison autrichienne, furent saisis de terreur. Ils députèrent en hâte au duc Albert pour lui demander un prompt secours.
Le député trouva le duc près de Kônigsfelden ; ce prince fit à peine attention à ses plaintes; maia tandis que le député pleurait, Albert s'entretenait avec un fauconnier du plaisir de la chasse. Il lui parais-
sait plas ÎMportant sans doute de prendre «n eisëau que de consenrer une riJle. -— ^Indignés de cette insouciance^ les citoyens de Zoug ouvrirent leurs portes aux Confédérés et. entrèrent dans leur alliance perpétuelle avec la réserve de& droits et des revenus de la maisoil 4* Au triche.
Le duc avait dit au député de Zoug : » J'aurai bien-* tôt reconquis tout cela/^ Il se reposait sur ses grandes (orces; la noblesse de i'Aargovie^ de la Thurgovie^ de rOécbtland^ des troupes de ScbafThouse, de Bâle^ de $trasbourg, villes alliées > même des bataillons de Bernois ^ renforçaient son armée. Il reçut encore un renfort d'Allemagne^ que lui amena l'électeur de Brandebourg. Aussitôt il assiégea Zurich avec une armée. de 34^000 hommes. Cette ville fut vaillamment défendue par une garnison de Confédérés.
L'électeur de Brandebourg s'aperçut bientôt qu'il n'j avait pas beaucoup de gloire à espérer en combattant contre un peuple aussi ferme, aussi uni, aussi. intrépide, que les Suisses; d'ailleurs les vivres commençaient à manquer dans le camp si nombreux du duc et T-on était menacé de la famine. Il o^iit donc sa médiation pour faire la paix , et envoja aux Suisses . deux hommes de confiance. Les Suisses acceptèrent les propositions, et dès le lendemain ils virent les ennemis s'éloigner de leurs murs; les Bernois seuls restèrent, plus dévoués aux Confédérés qu'au duc.
Ce fut à Lucerhe que l'électeur conclut le traité de p«ix, dans lequel, selon la coutume constante des Suisses, la réserve des droits et des traités antérieurs fut exprimée. En même temps les Confédérés reçujpent Berne dans leur alliance perpétuelle; ce fut. en 1353*
Après cette paix, le duc d'Autriche engagea les habîtans de Zoug à se détacher de la Confédération
suisse. Ils répondirent ; ^ L^alliance 'des Suisses a éti reconnue dans le traité de paix ; nous n'obéissons aa duc que dans ce qui concerne ses droits. '^ — Le duQ porta plainte à Tempereur; celui-ci condamna Palliancô des Confédérés. ))t)es membres de Tempire, dit-il^ no peuvent pas s'unirX entr'eux sans le consentement da cbef de l'empire.** Il vint lui-même en Suisse avec une armée considérable et campa sous les murs de Zurich; mais vojant la force, l'union, la lojauté des Confédérés et reconnaissant que le duc n'avait en vue que l'agrandissement de l'Autriche, il changea de dessein, laissa les Suisses en repos, fit la paix et ratifia la Confédération.
Deux ans après cette paix, en 1360, mourut le bour* guemestre Rodolphe Broun, haï pour son ambition et son despotisme^ pendant tout le cours de sa vie, il n'avait eu en vue qu'un seul intérêt , le sien propre. Une année avant sa mort, il s'était engagé par un ser* ment secret de servir les ducs d'Autriche , ainsi que leurs agens, à condition qu'ils n'exigeraient de lui riea de contraire au bien de la Confédération. L'Autriche lui promit mille florins (cent louis) et une rente viagère de cent florins.
Les Suisses agrandissent leur territoire; défaite des Anglais et des nobles; ruine du comte de Kybourg. ' •
(De l'an i36o à Fan i3S50
Qu'est-ce qui rendit les Suisses forts et inébranlables? Ceii qu'ils préféraient la liberté à l'or, aux
plaisirs^ à la vie; c'est qu'ils étaient prompts' à saisir rëpée pour défendre leurs droits et qu'Us n'attaquaient jamais les droits d'autrui; c'est qu'aucun intérêt parti* culier ne les divisait; c'est enfin leur union fraternelle dans les dangers et dans les combats. Voilà ce qui rendit les Confédérés forts et inébranlables. Leur alliance était écrite en caractères plus ineffacidiles dans leur cœur que sur le parcbemin.
Ajant fait la paix avec l'Autricbe^ ils mirent en ordre leurs affaires intérieures, s'appliquèrent à leurs métiers , à leurs négoces^ amassèrent de l'argent^ non pour alimenter le luxe ou pour flatter la sensualité^ mais pour mettre la république en état d'acheter des droits et des revenus que la noblesse apauvrie était prête à vendre. Par là ils augmentèrent leurs forces et leur liberté sans blesser la justice ^ qui doit être la base de toute liberté.
Guersau^ commune de bergers ^ près du lac de Lucerne^ entra^ sous la réserve de ses piérogatiyes » dans l'alliance perpétuelle^ en s'incoiporant aux Quatre- Gantons. Herguiswjl et Alpnach rachetèrent leur liberté de leurs seigneurs et s'unirent au canton d'Unterwalden. ' Lucerne acheta dii seigneur de Ramstein tons ses droits sur Wegguis situé au bord du lac; Zurich^ beaucoup de fiefs impériaux, au mpjen des contributions de ses bourgeois. Berne reçut, comme Zurich, de la faveur de l'empereur des franchises municipales et des privilèges; acheta la seigneurie d'Aarberg et plusieurs villages. D'autres villes aussi , hors de la Confédération , agrandirent, sous la domination de leurs seigneurs ecclésiastiques ou séculiers , leur ancien territoire ; telles furent les villes de Schaffhouse, de Bâle, de Lausanne, de Saint-Gall ^ de fiienne et de Soleure. Mais la puissance des évéques et des comtes s'affaiblit par d'éter-
ss
nelles dneordés ; lears trésors s'épnisérent par des guerres sans fin. Cette circonstance donna an peuple une force et des moyens de s'affrancliir qu'il n'eut pas trourés dans les armes et dans la yiolence. Les Appenzelloîs aussi obéissaient déjà depuis quelque temps bien plus à leurs propres lois qu'aux ordres de l'abbé de Saint- Gail. Les -vallées situées au-dessus du lac de Tboune jouissaient de leurs libertés héréditaires sous la domination paternelle de leurs comtes^ dont le pouypir n'était plus illimité. Le pajs de Gessenaj, soumis autrefois aux comtes de Grajères, avait racheté son entière liberté. L'Oberbasli et Brienz auraient volontiers anéanti par la force le pouvoir qu'avait exercé sur eux jusqu'à cette 'époque le bailli de Rinkenberg. Mais les Confédérés leur refusèrent tout secours poux cette entreprise^ en disant: » Point de liberté sans justice!" Au contraire, lorsqu'un peuple membre ou allié de la Confédération était menacé de quelque danger on de quelque besoin, les Confédérés volaient promptemenl à son secours. On le vit dans l'expédition d'Arnold de Ceryoia , qui vint d'Angleterre avec des hordes indisciplinées, parcourut la France et menaça Bàle.— Mais il n'en fut pas de même dans le temps qu'EngVierrand de Coucj, comte dé Soissons, fit la guerre aux ducs d'Autriche*). Craignant de perdre leurs propriétés en Aargovie^ assignées au comte comme dot de sa femme, les ducs demandèrent inutilement du secours aux Waldstaettcn et àLucerne; ces peuples nourrissaient dans leurs cœurs une trop forte haine contre la maison d'Autriche. Zurich, au contraire, et Berne, dont les frontières étaient menacées à cause du voisinage de l'Aargovie, coururent promptement aux armes*
*) Eogaerrand VII réclamait la dot de Catherine sa mère, fille aînée de Léopold I , vaincu à Morgarten.
Enguerrand entra dans rAargoyî^ à la tête de p1o« âieurs mille] homiiies. Les Suisses n'en furent pas mé^ diocrementeffràjësy même Lu cerne et Unterwalden 5 les plus courageux des sujets autrichiens se disposèrent sans retard à faire résistance; les plus ardens furent les, hommes de r£ntlibouch ^). Ils se rassemblèrent; des jeuûes-gens de Lucerne et d^Unterwalden, avides de combats, s'unirent à eux; 3000 Anglais étaient postés dans un bois appelé Buttisholz; dans leurs rangs se trouvaient beaucoup de seigneurs et de chevaliers. A leur vue, les. hommes de PEntlibouch et leurs compagnons, en tout au nombre de 600, attaquèrent Fennemi et le mirent en déroute après un combat sanglant. Le$ vainqueurs, montés sur les chevaux des cli^evalier^ tués, revêtus de leurs cuirasses, retournèrent chez eux en triomphe. Les seigneurs de la vieille noblesse du pajs s'attristèrent à ce spectacle; l'un d'eux, Pierre de Dorrenberg, dit en soupirant : ^ O nobles seigneurs d'un si ooble sang, faut-?ii voir vos armures dans un si bas rangi" Mais un homme de PEntlibouch lui répliqua: >Hé, mon gentilhomme, le pajsan s'est battu avec vi-» gueur et a confondu sarTg de cheval et sapg de seigneur." •--^ Les citoyens de Befne, de Lausanne et d'Aarberg firent aussi des actions héroïques près dlns et près du couvent de Fraubroi^nnen en se battant contre les hordes d'Ënguerrand de Coucj, surnommées les Gpgler**),
*) Vallée populeuse du canton de Lucerne.
'*'*) A cause de leurs casques k pointes ou de leurs chapeaux ^ui se terminaient en pointes, du mot Gouguel qui, dans Tallemand de la Suisse, désigne tout objet dont la partie supérieure finit eu pointe. Ce mot a du rapport avec le latin 6U€ullus»
STÀLDJt, IdiûUkûn.
C'est pourqaoî ce seigneur te retira triitcHitnt en Al^ taée^ en passant le Haùenstein *).
Six ans plus tard^ l'an. 1382, la title libre et im-* périaljB de Soleure se trouva dans uir grand danger. Non loin de cette ville ^ le comte Rodolphe de Kjbourg habitait le château de Bîpp, qn*il avait reçu comme hypothèque du comte de Thierstein. Il vit avec douleur à quel poipt les biens de son ancienne et noble famille avaient été diminués par la mauvaise économie de ses pères. Là ville de Thoune, propriété de ses ajeux, avait été hypothéquée à Berne ainsi qu'Aarberg. Il allé-* guait quelques prétentions sur Soleure, en vertu de certains droits, et comptait recouvrer toutes ces propriétés par la force jointe à la ruse. Il engagea de tous côtés à son service des hommes capables de faire un coup de main. Son dessein était de surprendre et de soumettre Soleure au milieu de la nuit. Le prieur de Péglise de Saint-Ours, dans cette ville, était son oncle. Un chanoine, Jean Amstein, dont la mai&on touchait au mur de la ville, devait faire entrer la troupe par sa maison et envelopper de linges le. marteau de la cloche d'alarme. Tout était prét^ la nuit vint et la horde en-' nemie s'avançait déjà veis la ville au milieu des té-* nèbres.
Mais Jean Rott, pajsan de Roamisberg, prit les de-' vants et révéla au poste de la porte orientale de la ville les projets meurtriers du comte. On .voulut sonner la cloche d^larme; ce fut en vain. Des cris de terreur retentirent dans les rues; tout le monde prit les armes et courut sur le rempart. £n vojant ces préparatifs de cléfense inattendus, Rodolphe de Kjbourg se retira couvert de honte. Jean Amstein, le chanoine traître, fut
*) Ramification du Jura, dans le caiiton de BAIe.
condamné à être écartelé. Pour récompenser le ienrice de Jean Rott, on décréta que la ville donnerait chaque année à Painé de ses descendans nn habit neuf aux couleurs de la*s|ille^ rouge et blanc.
Dés ce jour les affaires de Rodolphe de K^bonrg^ allèrent de mal en pis. Solenrc et Berne, pour se yen-f ger, s^emparérent de ses biens et de ceux de sts amis. Le manque d'argent le priva de tout mojen de défense; bient6t après le chagrin mit fin à ses jodrs. Ses frères combattirent courageusement pour leur héritage. Beaucoup de nobles embrassèrent lear parti. Cependant Berne appela les Confédérés à son secours. Alors de grands malheurs fondirent sur Kjbourg et les comtes^ firent une paix désavantageuse. Us abandonnèrent à perpétuité aux Bernois la ville de Thoune, le bailliage du Griessenberg et leur vendirent Berthoud"^) déjà assiégé par les troupes bernoises. Berne dédommagea par de l'argent les Confédérés qui avaient envojé des troupes^ et Soleure qui avait pajé les frais de la guerre.
Ainsi se termina, pour la perte de la maison de Kjbourg, Pentreprise sanguinaire qu'elle avait formée contre Soleure; Berne en recueillit les plus grands avantages par sa valeur et sa prudence. Mais dans le même temps ses propres murs renfermaient un ennemi de sa liberté bien plus redoutable que toute la puissance de Sjrbourg.
Soit par l'abus ou la mauvaise* interprétation des lois, soit par l'indifférence des citojens, un petit nombre' de familles étaient insensiblement parvenues à dominer seules dans le conseil et à gérer seules toutes les affaires. Ces familles traitaient au gré de leur caprice les citoyens
*) En aLUemsinà Bourgdorf, \ille da canton de Berne, à quatre lieues de Berne, sur llSmmen.
peu coHAÎdéralles 5 se Jonaiqnt des lois et partageaient les meilleurs emplois entre leurs familles. Cependant les bourgeois portaient dans leurs réunions et dans leurs travaux la vivacité d'un esprit actif et ^ibre. Lorsqu'ils se rassemblèrent, le mardi gras 1384 , pour élire, selon un antique usage, dans leur assemblée générale, les magistrats de la ville, ils destituèrent tous les mesibres du conseil qui leur étaient odieux , ils n'en exceptèrent qu'un seul , et firent serment pour eux et leur postérité qu'à l'aTenir les magistrats et les bourgeois vivraient ensemble comme frères; que cbaque année les bons emplois seraient confiés à d'autres personnes, et la majorité du conseil , renouvel^ée ; que cbaque année les bannerets et leurs assesseurs choisiraient deux cents bourgeois honorables parmi les artisans pour en former un grand conseil; mais que deux frères ne pourraient jamais j siéger en-« semble. Le conseil élu devait se présenter devant l'assemblée générale des citoyens pour être confirmé par elle, si elle le jugeait convenable, et, dans ce cas, pour lui jurer d'observer toutes les lois et les ordonnances contenues dans les registres publics.
Tels furent les cbangemens que l'on fit à Berne et les engagemeos que l'on j prit. Néanmoins le temps fit oublier les uns et les autres^ on négligea peu -à-peu le renouvellement annuel du conseil, et l'on finit par ne plus s'occuper de connaître les membres du conseil des Deux-cents.
La bataille de Sempach»
(De Tan i385 II Tan iSS;.)
J'ai à raconter maintenant les batailles sauglanttf lirrées à TAntriche et aux chevaliers pour la cause d» la liberté^ dans les champs dé Sempach et de Nsefels.
La noblesse^ comme il arrive toujours ^ nourrissait une haine implacable contre la liberté d,u peuple. £116 opprimait les pajsans sujets et traitait avec hauteur les Confédérés ; elle se croyait tout permis et tout possible^ fiére de l'appui du duc d'Autriche, qui établit de nouveaax droits de péage dans ses étati héréditaires afin d'arrêter le commerce des Suisses. Un jour une troupe de Lucernois audacieax se rendit au château de Rothenbourg, où Ton avait établi un nouveau péage, et en démolit les murs; dans le même temps les habitans de l'£ntlibouch, velés de mille ma*« niéres par leur bailli Pierre de Thorberg, qui venait d'augmenter leurs impôts, supplièrent les LucernoU de pi^téger leurs droits et de faire avec eux une. alliance; les Lucernois accédèrent à leur demande. Ce' fut là l'origine de la guerre contre, les. Seigneurs.
Pierre de Thorberg fit exécuter ignominieusement les hommes de l'£ntlibouch , auteurs de l'alliance avec Lucerne, et, à la tète d'une troupe, fit des ravages jusque sous les murs de cette ville. Le duc Léopold d'Autriche vint aussi et jura de tirer vengeance des Confédérés pour tout le mal qu'ils avaient déjà fait tant à lui qu'à sa maison. De là des cris de guerre, de là le bruit d'un armement général. Les Confédérés assemblèrent en hâte une diète; Berne seul n'y envoya point de députe, parceque isa txèvc avec le duc Lçopolcl n'était pas en-»
core expirée* Cent teixante*tept seigneurs ecclJûestîqnes et séculiers déclarèrent la guerrre aux Confédérés dans Tespace de quelques Jours > jurant leur perte et leur mine totale.
Les Suisses coururent subitement aux armes sana être épouvantés de ces menaces ; ils ruinèrent sur la champ plusieurs châteaux : Rumlang sur Ik- Glatt, Mœrsbourg; Schenken sur le penchant de la montagne près de Soarsée^)^ Windegg dans le pajs de Gaster. Les ennemis^ actifs de leur côté^ aidés parla trahison des' habitans , égorgèrent une grande partie de la garnison de Majenberg, composée de citoyens de Zoug et de Lucerne; Majenberg même devint la proie des flammes* Reichensée , dévoué aux Suisse^ , expia sa iidé<*> lité par Fincendie de ses maisons et par le massacre de la plupart de ses habitans ; Penfant à la mammelle ne fut pas épargné*
Léopoldy suivi d'une armée formidable^ d'une troupe nombreuse de chevaliers de la plus haute noblesse et de troupes auxiliaires de tous ses états , marcha depuis Bade, par l'Aargovie et par Soursée, contre Sempach pour châtier avec une verge de fer les citojens de cette petite ville , à cause de leur q.tUchement aux Confédérés. Il voulait ensuite fondre sur Lucerne. Arrivé près de Sempach , il trouva les bannières des Suisses rassemblées sur une colline devant la villcé Sans attendre son infanterie ^ il fit mettre pied à terre aux chevaliers^ au nombre de plusieurs* mille ^ parcequ'il craignait que les chevaux ne produisissent de la confusion dans un combat sur une colline 5 et leur ordonna de serrer leurs rangs et de s'avancer, semblable à un mur de fer, lances baissées, contre la
*) Petite ville près dt rexlrëmite' septentrionale da lac de Sempsch.
petite armée des Suisses. La noblessd poussa des cris de joie;, mais le baron Jean de Hasenboufg s'écria: ^L^orgueil n'est bon à rien/' Léopold répondit: j^lci, dans mon pajs^ )e teux triompher pour mon peuple ou mourir.'*
C'était le temps de la moisson. Le soleil était baut et ardent Les Suisses tombèrent à genoux et firent leur prière 5 puis ils se relevèrent; 400 hommes de Luceme^ 900 desWaldstaetten, 100 de Glaris, de Zoug, de Guepsau^ d'Entlibouch et de Rothenbourg. Tous se précipi* tèrent avec fureur contre l'armée de fer; mais en vain; elle fut inébranlable. Les Suisses tombaient l'un après l'autre; déjà soixante d'enti^eux nageaient dans leur sang. Tous chancelaient.
»Je vais ouvrir un chemin à la liberté;" crie subitement une voix de tonnerre : » fidèles et chers Confédérés , prenez soin de ma femme et de mes enfans." Voilà ce que dit Arnold Strouthan de Winkelried^ chevalier d'Un terwalden. Il embrasse autant de lances ennemies qu'il peut^ les enfonce dans sa poitrine et tombe. Les Confédérés se précipitent par-dessus son corps dans l'ouverture de la, muraille de fer, écrasant tout sous leurs coups terribles; les casques et les brassards volent en éclats sous les massues; les cuirasses brillantes se teignent de sang. Trois fois la principale bannière de l'Autriche échappe à des mains mourantes, trois fois on la relève ensanglantée. La terre est jonchée diis cadavres des»nobles. Le duc lui-même mord la poussière; un homme de Schwyz Ta frappé. La terreur parcourt lès rangs des chevaliers; ils crient qu'on fuie et demandent leurs chevaux; mais leurs gens et leurs chevaux ont déjà pris la fuite, saisis d'épouvante. Les malheureux chevaliers, accablés de leurs cuirasses lourdes et rendues brûlantes par l'ardeur du soleil, commencent à fuir;
In Confédérés Tolent sur leurs pas. Plusieurs ecnUines de comtes^- de barons et de chetaliers de la Souabe., du Tjroiet de rAargOYÎe^ périrent avec des milliers de leurs valets* Schaffhouse perdit sa bannière^ inutilement défendue^ jusqu'à la dernière goutte de leur sang^ par trente*quatre nobles et bourgeois de cette Tille. Le }>anneret de Lenzbourg^ Werner de Lo, tomba au milieu de sept^ ravbjrer d'Aarau^ au milieu de quatorze de ses concitoyens^ et Nicolas Goutt, de Zofinguen^ entouré de douze des siens. Celui-ci ^ sentant sa mort procbaine^ déchira sa bannière pour qu'aucune main ennemie ne put se ya^nter de Favoir enlevée; mourant, il en tint le bâton serré entre ses dents. Les citojrens de Mellinguen et de Bremgarten combattirent contre les Confédérés, égaux en courage, inférieurs en bonheur. — Telle fut rissue de la bataille de Sempach, livrée le 9 de juillet 1386; tel fut le glorieux résultat de Théroïsme et du martjrre d'Arnold de Winkciried.
Berne vint aussi se joindre à ses anciens Confédérés et frères d'armes pour faire la guerre à l'Autriche et à ae» partisans dans les montagnes; il renversa maint château fort de la noblesse, prit sous sa protection rObersibenthal ^} , vallée riche en pâturages, et battit les Fribourgeois dans la plaine de Bumplitz. Les bannières de Zurich et de Luceme flottèrent victorieuses dans les vallons et^ dans les plaines sur le territoire de la nyiison de Habsbourg. La ville impériale de Wesen^^), assiégée par terre et par eau, pressée par le feu etvpar }e fer, fut contrainte de se rendre à Glaris, à Zurich et aux WaldstsBtten.
*) ValUe méridionale du. canton de Btrne.
^> A rextréoûté occidentale du lac d« Wallenitalt^ snr les confins des cantons de Saint-Gall et de Glaris.
l/AniAehê f« trourunl dans des circonsUnces déf«irorables négocia. On conclut une tréye de dix-huit mois; ce fut uti repos pour leê armes et non pour la haine. Telle était l'animosité contre la noblesse et contre rAutrlche^ ennemies mortelles de la liberté des Suisses, ique personne n'osait porter sur son chapeau ou sar son casque des plumes de paon, parure ordinaire des ducs autrichiens ; on ne souffrit plus aucun paon dans toute Ja Suisse^ et un jour^ dans une auberge, un homme cassa son Terre, de fureur, parceque les rajons du soleil, eu se brisant dans le verre, y reproduisirent les couleurs brillantes de cet oiseau.
La bataille de Nœfels et ses suites*
(De Pan i388 k Pan i4oaO
Cependant la noblesse et TAutriche avaient encore de fidèles partisans dans beaucoup d'endroits.
Quoique Glaris gouvernât avec une extrême douceur la petite ville de Wesen, les habitans de cette ville ne renoncèrent pas à l'ancienne haine qu'ils nourrissaient contre leurs voisins ; leur fierté souffrait moins sous le )oug d'un prince puissant que sous le joug de IfiUTs égaux. Ils jurèrent de veiiger la maison d'Autriche sur les Suisses. Dans ce but ils eurent des communications secrètes, avec des seigneurs et des comtes des environs, introduisirent dans la ville des soldats autrichiens déguisés ou cachés dans des tonneaux; et les tinrent cachés dans leurs caves ou dans des réduits. Pour mieui; tromper la sécurité des Glaronnais, ils demand^ent uo
renfort d« gétniiôvu Let OlftroDiiaU^ (jui ne i« doutaicot do rien^ enrojèrent cinquante hommes.
Tont-à-'coup 9 dans la nnit conrenne (la reille do la Saint-'Matthias ISSS)^ des troupes antrîcliiennes ^ aa nombre de [6000 bohimes^ arrirérent de tous côtés Ters la ville 9 par terre et par le lac de Wallenstatt Lo silence régnait dans les rnes et dans les maisons , où les habitans attendaient le signal du massacre. Il fut donné; soudain l'on yit toutes les maisons éclairées» toutes les portes ouvertes aux troupes qui arrivaient. Le massacre commença. Conrad d'Ati^ d'Uri, gouverneur de la ville et commandant de la garnison , fut tué avec plus de trente Confédérés; vingt^deux sautèrent par-dessus les murs de la ville et traversèrent le lac k la nage.
Claris^ rempli de terreur^ envoja une faible troupe sur ses frontières pour résister aux ennemis qui approchaient. Les chemins dans les vallées des hautes Alpef* étaient encore couverts de neige; Ton ne pouvait recevoir du secours des Confédérés. On se battit plusieurs jours aux frontières. Réduits à Pextrémité , les Glaronnais députèrent, à' Tennemi pour obtenir une paix équitable; les seigneurs autrichiens répondirent avec fierté et d'un ton impérieux au landammaU et aux communes du pajs de Glaris : ^Obéir^ comme des serfs, au duc d'Autriche y votre souverain naturel; n'avoir d'autres lois que celles que vous recevrez de lui; lui pajer lo cens et des impôts ; être assujettis , selon son bon plaisir , aux corvées et au droit de meilleur catel, voilà ^ votre destinée. Il n*j aura plus parmi vous de familles exemptes de pajer les impôts; vous devez livrer au due l'acte de l'alliance que vous avez contractée avec les Suisses et le servir contre ce peuple , pajer à la ville de Wcsen tous les dommages qu'elle a soufferts; enfin j,
expier votre forfait fiuqu'à ce que yous ajez mérité in grâce de votre souverain/'
Les Glaronnais répondirent : « Nous reconnaissons volontiers la princesse-abbesse de Seckinguen comme la souveraine de notre pays , et le duc d'Autricbe comme le patron du couvent. Nous paierons les contributions accoutumées et nous consentons même à dédommager la ville de Wesen; mais nous prions qu'on laisse subsister nos anciens droits et notre alliance avec les Suisses. **
Les seigneurs et les conseillers autrichiens rirent de cette proposition , et marchèrent à l'instant même avec 6000 hommes sur Nsefels^ rempart du pays de Claris ^ pu le capitaine Matthieu AmBuel était posté avec 200 Glaronnais. Les femmes et les enfans cherchèrent leur sûreté dans ie$ montagnes; des messagers coururent à Uri et à Schwyz; le tocsin sonna. Mais Tarmée autri-» chienne força les remparts de Nœfels. Se battant sans relâche à la tête d'à peine 500 héros , AmBuel se retira vers le mont Ruti, afin d'être défendu sur ses derrières^ devant lui il avait un sol sauvage couvert de débris de rochers. Ce terrain rocailleux entrayait les mouvemens de la cayalerie autrichienne. Lea Claronnais tancèrent une grêle de pierres contre les hommes et les chevaux ; la confusion se mit dans les rangs enne* mis. Cependant on se battait encore vigoureusement lorsqu'on entendit tout d'un coup dea cris de guerre et de joie retentir dans les montagnes* C'étaient trente hommes de Schivjz qui venaient au secours de leurs fiUiés. L'ennemi 9 ignorant leur nombre , fut épouvanté* Dé^a en confusion ^ la cavalerie étoimée se mit à fuir. A cette vue, l'infanterie autrichienne crut tout perdu et s'enfuit en toute hâte. Volant sur leurs traces, les JiaUeh^des, les épéeç^ les massues en firent un carnage
gr
^rbjable; 2500 hommes fureat tnés dans les vergers et les prairies; beaucoup se précipitèrent dans la Linth. Le pont de Wesen se rompit sous la masse des fnjards et le lac engloutit une multitude de cadavres cuirassés* — Telle fut la bataille de Naefels, livrée le 9 avril 13884 Encore aujourd'hui le peuple de Glaris en célèbre chaque année le souvenir^ le premier jeudi du mois d'avril^ et entend prononcer sur le champ de bataille^ si cher à la liberté 9 les noms des héros tués et des héro# vainqueurs.
Avant que le bruit de cet exploit eut retenti ch^ les Confédérés ; ceux-ci s'étaient rassemblés sous léuri bannières. Les Zuricois^ soutenus par des troupes de toute la Confédération^ attaquèrent, mais sans succès^ là ville de Rapperswjl> nouvellement fortifiée. Les Bernois, aidés par les Soleurois, conquirent Buren^ I^idau, Unterséen; vainquirent devant Fribourg, ravagèrent PAargovie, rasèrent le château antique de Pierre de Gauenstein^ et traversèrent le Frickthai chargés de butin. *
Lorsque les dues d'Autriche apprirent ces revers et virent la Thurgovie entière et TAargovie en grand danger, leurs armées battues et dispersées > leurs trésors épuisés, ils désirèrent la paix et la conclurent pour sept ans. Par le traité de paix, les Suisses conservèrent tous les pajs qui étaient entrés dans leur alliance; ils ne rendirent que Wesen, mais à condition qu'aucun de ceux qui avaient trahi la fidélité jurée aux Suisses et pris part au massacre n'j habitât tant que durerait la paix.
Ce que Léopold, quatrième duc d'Autriche de ce nom, n'avait pu faire par les armes, il le tenta par la tuse. Il songea d'abord à répandre la division parmi les Suisses et gagna eo effet à Zurich le bougnemeetre Ro-
dolphe Schœn et quelques membres da conseiL Les Zuricois bannireat cet homme dangereux avec tout son partie et limitèrent par un acte soeJlé d'un serment le pouvoir du bourguemestre et du conseil ^ pour prévenir l'abus qu'ils en pourraient faire.
Les huit cantons de la Confédération , ainsi que Soleure, firent ^ dans une diète assemblée à Zurich, un« commune loi pour les guerres à venir (10 juin 1393), et jurèrent : ,> d'éviter toute guerre inutile, mais , dans le cas d'une guerre nécessaire, d'unir localement leurs efforts; de ne jamais sortir d'un combat, même blessés, jusqu'à la décision de l'affaire; de rester toujours maitres du champ de bataille; de ne piller qi;ie lorsque le général l'aurait permis ; d'épargner les églises , les couvens et le sexe qui est sans défense. '^ Cette loi , faite à l'oc-* casion de la guerre qui commença par la bataille de Sempach, fut appelée la convention de Sempach. > L'Autriche demandant une prolongation de (a paix, elle fut fixée à vingt ans et observée.
Les Confédérés furent charmés d'avoir tout ce temps pour étendre leurs droits et leur république en dégageant on achetant des terres, en rachetant des droits. Mul n'était pauvre, tous étaient riches, quand il s'agissait de contributions pour l'honneur de la patrie; tout comme, au jour du combat, chacun était riche en courage et prodigue de son sang. C'était l'âge d'or des vertus helvétiques.
Les Zuricois achetèrent de la noblesse qui s'apauvrissait les bailliages de Kussnacht sur le lac de Zurich, de Hôngg et Thaliivjl; les seigneuries de Grunenberg, de Regensberg et plusieurs autres terres. Les Lucernois acquirent tout le Rothenbourg, £bicon, des droits sur Mérischwanden et sur des villages voisins situés au bord du lac des Quatre-Cantons ; ils recurent à titre
^^hypothèques les chârteaiix de Wollhomfien^ de Rouss* vfyl et r£Dttihouch. Les Bernois firent Pacqnisition de iieaiicoiip de droits et d'un vaste territoire dans les montagnes de FOberland^); ils j joignirent la grande Tallée de Froutiguen^ le fertile Emmenthal^ la seigneurie d€s comtes de Kjbourg dans Tancienne Bourgogne^tlepuis Thonne jusqu'au pont d'Aarwanguen. De lenr c6té; les villes de Soleure et de Bâle étendirent leurs •droits et leur territoire plus rapidement avec Por qu'ils ne l'avaient fait avec le fer. Un fit une alliance per« pëtuelle avec le peuple de la vallée d'Urseron, au pied du Saint-Gothard ; de tout temps cette rallée avait joui de la liberté. Plus tard^ les baillis du duc de Milan^ pour une querelle au sujet dii péage ^ ajant pris à des pajsans d'Obwalden et d'Uri le bétail que ceux-ci menaient à la foire de Yai-ese ^ puis leur ajrant refiisé justice ^ les troupes d'Uri et d'Obwalden portèrent letirs bannières au-delà du Saint-Gothard et firent avec le peuple du val Livino une alliance offensive et défensive* Cette alliance fut respectée; car les seigneurs de Bel** linzone^ redoutant les Confédérés^ recherchèrent mémo leur alliance.
Ainsi 5 pendant la paix^ les SuisseK agrandissaient leur territoire avec de l'argent et des traités, embel^ lissaient leurs villes et leurs bourgs^ amélioraient leurs -constitutions. Fribourg abjura son ancienne inimitié contre Berne ^ forma avec cette ville une alliance perpétuelle d'amitié et de combourgeoisie ^ et fit de même un traité d'amitié avec la ville de Bienne. Schaffhouse imita la constitution de Zurich, mais rendit la sienne
*) Pajs d^en haut, comprenant les vallées de HasU^ de Crin-' delwald et de Lauterbrourmenf sur les CQnfins des tsntons de Berne et du Valais,
plttf f^Totable à la liberté. La tille dé Zoag eut une querelle arec les trois communes de Menzinguen, de Bar et d'Egueri, pour le privilège de garder la bannière et le sceau du canton; une guerre civile allait s'ensuivre; les Confédérés rétablirent la paix par une intervention armée ^ et firent triompher la justice. Glaris racheta les dimes et les droits de Fabbaje dé Seckinguen, ensorte que tous les citojens se trouvèrent exempts d*imp6ts.
Tels furent^ chez les Suisses^ les fruits de la paix^ «près les combats livrés pour la liberté à Scmpaeh et « Msefels.
Lçs jours de gloire des Appenzelloisir
(De Tan i4o3 ï Tan i4ii.)
LtB montagnards de TAppenzell entendirent parler des batailles et des faits des Confédérés. A ces récits, leurs tristes pensées se tournèrent vers l'abbé de Saint-« Gall, homme fort dur qui augmentait sans mesure les impôts, et vers les baillis qu'il leur envoyait. Les im« positions exorbitantes étaient levées avec inhumanité» Le bailli de Schwsndi mit un droit de péage considé-» rabie sur le fromage, le lait et le beurre, et si quel-* qu'un essayait de passer à côté du bureau du péage sans pajer, deux énormes chiens dressés exprès sautaient sur lui. Le bailli d'Appenzell, pour maintenir son droit de meilleur catel, en vertu duquel le meilleur habit de tout homme qui venait à mourir lui appartenait, fit un jour rouvrir la tombe d'un pauvre pour enlever Fhabit dont des enfans pieux avaient revêtu lô corps de }eur père.
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Tant d'excès lassireut la patience des Appenxêllois , et ils résolurent de ne plus souffrir un pareil abus du pouYoir. lis dirent: ^Les choses ne peuvent plus rester sur ce pied,** A un jour fixe, ils surprirent tous les châteaux et chassèrent tous les baillis. L*abbé Cuno^ qui résidait à Saint-Gall^ n'avait ni troupes ni argeat; il s*adressa donc à dix villes impériales de Souabe, dont il était l'allié^ et leur demanda du secours. Ces villes envojèrent aux Appenzellois des messagers chargés de les menacer. Ceux-ci répondirent : ^Nous sonunes prêts à reconnaître tous les droits de l'abbé et à> lui obéir ^ mais nous ne voulons pas supporter Pinjustice. I^ous prions le seigneur abbé de choisir ses baillis parmi des hommes de bien que nous lui proposerons.** Les villes impériales tinrent conseil à Ravensbourg, rejet^érent la proposition des sujets de l'abbé et rétablirent les mêmes baillis , qui ajoutèrent la vengeance à leur cruauté précédente.
L'abbé Cuno était aussi en différend avec la ville florissante deSalat-Gall, à laquelle les empereurs avaient accordé des franchises importantes et qui d'ailleurs avait pour alliées d'autres villes impériales. Saint-Gall^ enrichi par l'activité de son commerce et de se3 fabri*» ques^ désirait se soustraire à la dépendance de l'ai>baje. Les mêmes droits faisant naitre les mêmes craintes et les mêmes besoins chez les Appenzellois et chez les Saint- Gallois ; ils firent alliance pour défendre en commun leurs^ anciennes prérogatives. Cet accord déplut à l'abbé 9 il redoubla de dureté envers les Appenzellois^ ferma l'oreille à leurs plaintes et vQulu| annuUer leur traité d'alliance avec Saint-Gall. Indignés^ 'ils lui demandèrent de s'expliquer ^ et prirent les armes. Cuno* s'enfuit d'épouvante dans sr^ terre de Wjl. Les dix villes impériales s'assemblèrent de nouveau et déei^
diront que Fabbé eboûirait ses bailiiis parmi les gens du pajSy mais sans proposition préalable; que F^in-* perear fixerait Timpôt impérial; que Talliance d'Appen-> Eell arec Saint-Gall serait nulle et annullée à jamais. *- Les Saint-Gallois se soumirent à cette sentence;^ mais les montagnards de rAppenzeil crièrent à la trahison. Us yojaient bien que les seigneurs des yilies impériales^ fiers de leur noblesse , préféraient les intérêts d'un prince-abbé aux intérêts de simples paysans. Tous les babitans des montagnes se rassemblèrent et les Rhodes ou cohortes (de Rotte^ bande ^ troupe) du pajs {nrèrent à leurs chefs y et toutes les communes* jarèrent aa landamman, dans le village d'Appenzell, dts rester ferniement unis pour la défense de leur» droits.
Abandonnés par Saint-Gall, ils demandèrent alliance et secours à tous les cantons, excepté Berne. Cinq re-^ jetèrent leur demande ; Schwjrz fit avec eux une alliance de combonrgeoisie , et GJaris fit publier ^que tous les courageux amis de la liberté qui voudraient secourir lea Appenzellois étaient libres de le faire.**
A cette nouvelle, après avoir réitéré leurs menaces an peuple d'Appenzell, les vilJes impériales, de cour» cert avec Tabbé, résolurent de soumettre les paysans par la force. Les villes armèrent donc cavaliers et fan-^ tassins et les envoyèrent à Saint-Gall, où l'abbé le» traita magnifiquement. Puis cette armée continua sa marche; en tète la cavalerie en cuirasses brillantes ^ derrière elle 5000 hommes d'infanterie. Ils passèrent de grand matin par dessus le Linsenbûhel et montèrent par le chemin creux vers la hauteur Yœglinseck, là oit se trouve le village de Speicher. C'était le 15 mai 1403.
Les Appenzellois, bien instruits de ce qu'ils avaient à hktef étaient soutenus par 200 hommes de Glaris et
300 de Schtvjz; Lorsque les sentinelles placées sur les montagnes firent connaître par un signal rarrirée des ennemis, tout se mit en mouyement. Chacun se sépara courageusement de sa femme et de ses enfans^ résolu k tout risquer pour tout obtenir; les vieillards trop faibles pour prendre les armes bénirent leurs fils; 2000 hommes volèrent au sommet du Vœglinseck; 80 Appenzeliois se postèrent au haut du chemin creux^ ceux de Claris et de Schwjz se placèrent des dent côtés du chemin, dans le bois.
.La cavalerie ennemie monta courageusement le long de la montagne. Les quatre-vingts Appenzeliois s'avancèrent contre elle avec des lances et des frondes; puis les soldats de Glaris et de Schwjz sortirent du bois fit se jetèrent sur les flancs de la cavalerie. Les cavaliers resserrés dans un chemin étroit ne pouvaiAit faire ni mouvement ni manœuvre; ils piquèrent des deux pour atteindre la plaine au haut de la colline; mais là tout Appenzell s'avança en cohortes armées, sous la conduite du capitaine Jacob Hartsch. A cette vue les chefs en-* nemis résolurent de retourner sur leurs pas et d'attendre les Suisses dans la plaine; ils crièrent: en arrière! et dans toute leur armée on entendit retentir ces mots s en arrière! en arrière! Les derniers rangs s'imaginèrent que tout était perdu et qu'on ordonnait de fuir. La terreur s'empara d'eux. Mais les guerriers d' Appenzell, de Glaris et de Schwjz fondirent de tous c6tés sur la cavaleiie enfermée dans le chemin creux. Le désordre le plus complet se mit dans les rangs desi ennemis qui commencèrent à fuir en hâte du c6té de Sainl-Gall. Six cents chevaliers couverts de fer mordirent la poussière dans le chemin creux; les autres poussèrent leurs chevaux à travers leur infanterie ; derrière eux des épées^ des lances, des massues et la mort.
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Des cris de douleur retentirent dans les dix villes impériales; on j pleurait des pères , des fils ^ des époux; ne voulant plus courir de risqua pouf Tabbé^ ces villes furent aises de conclure une paix. Mais l'abbé accablait fl'injures et ses alliés et les Appenzellois qui ruinaient tous ses châteaux et ravageaient to]is seç domaii^e^. Il implora le secours du duc Frédéric d'Autriche et lui dit : y»^ l'on n'y prend garde ^ Appenzell deviendra une seconde Si^isse^ et dps lors la noblesse et l'Autriche perdront tout dans les hautes Alpes."
Après de longs pourparlers ^ le duc Frédéric lui promit du secours et rassembla en effet beaucoup de phevaliers et une armée formidable. Il .s'avança çn deux colonnes sur Arbon et Saint- Qall^ pour surprendre les eniiemis de deux côté$. Avant qu'il arrivât^ Rodolphe de Werdenterg se présenta devant l'assemblée générale des Appenzellois et leur dît: ^J'ai appris que le duc lève des troupes en Tjrol et se dispose à vous attaquer. ZiCS mêmes périls doivent nous^ unir par les méme^ seur timens; c'est pourquoi je me présente devant vous. Vous me connaissez. Derrière ces rochers est Werdenberg^ c'est l'héritage de mes pères ; mes ajeux ont gour verné en souverains le Rheinthal. L'ambition autrichienne m'a tout ravi 9 elle ne m*a laissé que mon cœur et mon èpée; je vous les offre; permettez-moi de pester auprès de vous^ citojen libre d- Appenzell^ de vivre et de combattre avec vous,"
Il dit, se dépouilla de sa belle armure et de ses riches vétemens (il était comte), prit le costume des bergers et vécut parmi eui^. Celte simplicité plut à toute l'assemblée; elle confia sur Ip champ à ce vaillant guerrier le commandement en chef. On construisit des fortifications dans les déûlés et l'on renouvela l'ancien traité d'amiljé avec la ville de Sainl-Gall.
LiB 17 Juin 1405 9 c'était un jour de pluie ^ le gros de Farmée du duc Frédéric s'avança d'Altstactten dans le Rheinthal*)^ contre les frontières d'Appenzeli en montant 1^ montagne AmStoss. Le chemin était glis*» $aQt; la marche^ difficile sur un plan incliné couvert d'un gazon court et mouillé. Quatre cents Appen-^ zellois^ soutenus par quelques hommes de Glaris et de Schwjz roulaient en outre du haut de la montagne des quartiers de içqç et des troncs d'arhres. Les co« hortes autrichiennes avaient à peine atteint le milieu de la montagne ^ que Rodolphe de Werdenherg donna un signal. Soudain les Appenzellois fondirent en pous* sant de grands cri$ sur les rangs déjà rompus des en-^ liemis; Rodolphe à leur téte> nu^pieds comme tous les Appenzellois; ils marchaient ainsi avec plus de sûreté sur le $ol glissant. Le& ennemis ne purent pas se servir 4e leurs arhalétes dont les cordes étaient détendues par 1^ pli;ie; on se hattit lance contre lance ^ épée contre épée* L^s Autrichiens combattirent ayec la rage du dé-« sespoîr; tout-à-coup ils virent sur les hauteurs une nouvelle troupe d'Appenzellois qui semblaient vouloir Ipur couper la retraite. Effrajés, ils descendirent la montagne en grande hâte; les Appenzellois volèrent sur leurs traces et portèrent le carnage dans leurs rangs. Jja troupe qu'on avait vue, sur la hauteur c'étaient les fçmmes et le^ filles d'Appenzell, toutes en sarraux de bergers ; elles youlaient mourir pour la liberté avec leurs maris 9 leurs amans , leurs frères ^ ou leur aider à vaincre. ^Des toiTcns de sang et de pluie coulaient le long de la montagne. Le combat et la fuite durèrent six heures. Puis les vainqueurs revinrent sur le champ
^) Vallée sur la xive gaachs 4a Rhin, dans le canton de $aiat-GalU
de bataille^ tombèrent à genoux et rendirent grâce de lear victoire au Dieu des combats et de la liberté.
Sur ces entrefaites^ le duc Frédéric ^ ravageant tout sur son passage , était arrivé d'un autre côté jusque sou» les murs de Saint-Gall. Trouvant cette ville trop bien défendue ^ il retournait déjà du côté d'Arbon, lorsque les Saint-Gallois ^ divisés en petites troupes^ assaillirent son armée qui marchait en désordre, et en tuèrent une grande partie près du Hauptlisberg. Le duc fut profondément affligé de cet affront, mais plas encore en apprenant la victoire d'Appenzell. Il jura de ne pas se retirer sans vengeance. Pour cet effet, il fit répandre le bruit qu^il retournait d'Arbon dans le Tjrol j et il regagna réellement avec ses troupes les bords du Rhin. Mais arrivé au village de Thal^ il fil faire volteface et revint contre les Appenzellois en montant la colline de la Wolfshalden. Il comptait surprendre et atterrer ce peuple de bergers. Mais déjà .ils étaient instruits de tout 5 400 d'entr'eux se jetèrent en poussant de grands cris sur Parmée autrichienne qui marchait sans ordre parcequ'elle était sans défiance. £lle se rangea en hâte et se posta avantageusement près de Péglise. Le combat fut terrible. Quarante Appenzellois étaient déjà tués sans que les rangs ennemis fussent rompus; mais bientôt les Autrichiens, mis en fuite, redescendirent rapidement la colline. La mort de chaque Appenzellois fut vengée par la mort de dix ennemis.
Le duc retourna dans le Tjrol, maudissant cette guerre. •
Les Appenzellois, que leur gloire rendit redoutables dans tout le pajs, formèrent avec les Saint-Gallois une alliance pour neuf ans, vengèrent, par reconnaissance, Rodolphe de Werdenberg, reconquirent sur TAutriche et lui rendirent rhéritage de ses pères ^ aidèrent à ceux
lor
d« Sob^Tt k enlever aux dues d'Autriche la vallée de Wîcgui et la Marche inférieure *) , et pénétrèrent par le Vorarleherg dans le Tjrol jusqu'à Landeck, où ils battirent les troupes mercenaires du duc. Déjà les Tjroliens des bords de l'Inn et de l'Ëtsch dirent : ^Que nous importe le duc? devenons des Suisses libres." — Mais les Appenzellois apprirent que le duc soulevait contr'eux les forces que l'empire avait sur les bords du lac d^ Constance. Ils sortirent en hâte du Tyrol pour retourner chez eux, où ils ne trouvèrent toutefois point d'ennemi.
Les ravages de cette guerre durèrent cinq ans. Le6 Appenzellois victorieux ^ terribles à tous leurs ennemis sur les hords du lac de Constance, de la Thonr^ de rinn^ prirent de vive £prce plus de soixante châteaux 5 ils en brûlèrent au-delà de trente^ et mirent enfin le siège devant Bréguenz^ mais sans succès.
On ne s'occupa de faire la paix qu'après la désolation de toutes ces contrées. L'empereur d'Allemagne voulut terminer le différend , mais Appenzeli trouva sa sentence peu 'équitable. Par la médiation de Schwjz^ on rendit à l'abhé Cuno ses revenus; mais il perdit pour toujours ses droits seigneuriaux sur Appenzeli. L'Autriche conclut une trêve de plusieurs années et reprit possession du Rheinthal.
Les Appenzellois^ satisfaits d'être libres et indépèndans au sein de leurs montagnes^ formèrent un traité d'alliance et de combourgeoisie avec les Confédérés^ à l'exception de Berne; ce fut le jour de la Sainte-Catherine 1411; ils promirent de ne plus entreprendre de
'^^ La Marche, partie septentrionale du canton de Schwjrz» entre le lac de Zurich et le canton de Claris; la vallée de H^œgUif ao sad-est de la Marche, dans le même canton.
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gaerrs sans Iç oonsentement des Suisses^' et quand çeax-cî auraieAt une gAierre^ de les soutenir avec toutes leurs forces et à leurs propres frais. Les Suisses réser-? rérent et à la Confédération entière et à chaque canton en particulier le droit d'içtendre ou de limiter ce traité^ et de ne secourir les Appenzellois ^ en cas de guerre^ qu'aux frais de ce peuple^
Ce tipaitéy bien éloigné d'offrir les mêmes avantages aux deux parties ^ prouve à qud point les Appenzellois, inquiets pour leur nouvelle indépendance^ tenaient à l'amitié des Suisses , puisqu'ils se montraient disposés à Tacheter à tout prix^ et combien , d'un autre c6téy les Confédérés craignaient d'être entraînés dans dea guerres étrangères pa^ les belliqueux montagnards, de. l'Appenzell.
Conquête de l'Aargovie par les Suisses; e'tabllssemens de bailliages communs.
(De l'an i4t3 à Pan i4id.)
Apres la conquête de leur liberté et de leur alliance avec les Suisses, contens de leur sort, les braves Ap* penzellois ne désiraient plus la guerre. Le duc Frédéric^ de son côfé, comprit qu'il était dif&cile de combattre un peuple fort de son union ^ ^^i^ àe ses droits^ plus attaché à son indépendance qu'à la vie. Il vojait d'ailleurs les Confédérés si puissans, que leur amitié devenait plus désirable pour lui que leur inimitié. C'est pourquoi il proposa aux huit cantons qui ^lors composaient la Coxifédération et conclut avec eux, le 28 de xnài 1412; une paix de cinquante ans^ en reço^.^
naissant leurs droits sur tout ce qu'Us possédaient Les Suisses reconnurent aussi les hypothèques ^ les fiefs et tous les droits que le duc possédait dans leur pajs. GeUe paix fut confirmée par seize villes dépendantes de la maison d'Autriche, savoir: Schaffhouse^ Waldshout, Laufenbourg, Seckinguen, Rheinfelden, Diessenhofen, Bade, Rapperswyl, Brougg, Bremgarten, Zofînguen, Soursée, Lenzbourg, Mellinguen, Aarau et Frauenfeld. '
Mais Cette paix ne tint pas au-delà de cinq ans. Au S*>
bout de ce temps, Sigismond, empereur des Allemands^ se rendit à Constance où se ' tenait un grand concile , pour terminer les schismes qui désolaient l'église chrétienne. Là se trouvaient assemblés les prélats les plus distingués de pajs éloignés et de pajs voisins, ainsi que les ambassadeurs des rois et des princes souverains de l'Italie, de l'Allemagne, de la France, de l'Angleterre, de la Pologne, du Danemark, de la Suéde, de la Hongrie et de beaucoup d'autres états. Ils s'étaient érigés en tribunal parcequ'un prêtre bohémien, Jean Huss, prêchait à Prague une doctrine nouvelle, opposée à la doctrine de l'église catholique, et avait trouvé de nombreux sectateurs. Outre cela, l'église catholique était divisée dans son sein même 5 car, au lieu d'un pape, elle en avait trois, en Italie et en France, qui s'anathématisaient et s'excommuniaient mutuellement. Ces discordes troublaient et aigrissaient la chrétienté.
Pendant que les «puissances spirituelles et temporelles étaient assemblées à Constance, le duc Frédéric eut une querelle avec l'empereur Sigismond. Le duc refusait de se rendre à Constance pour recevoir > selon l'usage, ses fiefs de la main de l'empereur. D'ailleurs les pères du concile étaient courroucés contre lui, parceqa'il protégeait l'an des papes AQmmé Jean que
l'on se proposait de destituer. Pour punir sa désobéis^ sance opiniâtre^ le concile prononça contre lui Panathéme de Juda et Pexcommunication majeure. L'empereur le déclara coupable du crime de lèse -majesté envers sa personne et envers l'empire, le dépouilla de ses droits de souverain et de ses fiefs. Tous les sujets de l'empire furent sommés de prendre les armes contre le duc; la même sommation fut adressée aux Confé^ dérés. L'empereur engagea la ville de Schafifhouse à se détacber du duc, son souverain, et, pour la récompenser, il la déclara indépendante, ensorte que, à l'égal des autres villes libres, elle relèverait désormais immédiatement de l'empire. Les Scbaffbousois saisirent avidement cette offre de la liberté. Avides d'obtenir le même avantage, Frauenfeld, Diessenbofen et presque toute la Tburgovie prêtèrent serment d'obéissance à l'empereur.
Mais les Confédérés se faisaient un juste scrupule de violer une paix qu'ils venaient de conclure avec le duc pour cinquante ans. La sainte assemblée de l'église, il est vrai, les déclarait exempts de tout pécbé, et l'empereur leur promettait la propriété perpétuelle de tous les pajs atitricbiens dont ils feraient la conquête. Mais les citoyens des Waldstacttén, de Zurich, deZoug, de Lucerne et de Glaris répondirent : ^Nous ne saurions nous persuader qu'un manque de foi puisse jamaic être louable."
Berne fut d'un autre avis. L'occasion lui paraissait favorable pour étendre sa domination et pour affaiblir la puissance de l'Autriche dans son voisinage. C'est pourquoi Berne dit à Zurich : ^La justice et l'honneur permettent la guerre, puisque l'empire et l'église la commandent; l'heure de la destruction de tous les ennemis de nos ajeux a sonné." Les Confédérés héûtaijBut encore. L'empereur leur envoja à plusieiuft re«
prises des messages , et le concile les menaça plusieurs fois de les excommunier s'ils ne marchaient pas contre le duc»
Berne se hàla d'armer ses troupes. Son exemple en« traîna Zurich, ayide de hutin. Tous les autres Ck>nfédërés se soumirent aux ordres du monarque et de l'église ; les Appenzellois seuls demeurèrent inébranlables.
A la nouTelle de cet armement et de la disgrâce de Frédéric leur souverain^ les villes et la noblesse de rAargovie assemblèrent une diète à Soursée^ au printemps de l'an 1415. Les députés des yiUes dirent: y Restons neutres entre l'Autriche et la Suisse^ et bor« nons-nous à maintenir les droits de la maison d'Autriche avec nos libertés. U est temps que toutef les parties de l'AargOTÎe fassent entr'elles une alliance pour leur défense commune. Alors elle pourra entrer dans la Confédération suisse comme état distinct et libre, sans craindre la prépondérance d'un autre canton^ sans être assujettie à ses égaux."
L'orgueil des seigneurs et des nobles ne leur permit pas de faire cause commune ayec les villes. Ils aimaient mieux avoir un prince pour maître que des bourgeois pour égaux. Ainsi la diète se sépara sans résultat. Cependant, avant de se séparer, les villes résolurent de se placer sous la protection de la Confédération, mais trop tard.
A peine les députés des villes s'étaient -ils mis en route qu'ils virent , de bon matin , sur toutes les hauteurs les signaux d'attaque, les bannières et les bataillons des Confédérés. Us retournèrent donc chez eux pleins de tristesse.
Les troupes bernoises marchèrent sur Zofinguen, harcelèrent la ville pendant quelques jours et la foreèrent enfin à quitter le parti du duc pour prêter
terni<sni dé fidélité à l'empire et à Berné. A droite de
Zofinguen on yojait sur le sommet d'un rocher quatre
forts appelés les Wyken; les Bernois en prirent trois ^
les Lucernoîs forcèrent le quatrième. A gauche de Zo«
finguen S6 trouvait Arbourg^ petite ville au bord dà
FAar avec ilne forteresse; les Bernois ^'emparèrent de
l'une et de l'autre, ainsi que des deux Wartbourguen ,
forts d'observation construits sur les sommets de deux
montagnes voisines. Dé là ils marchèrent sur Aarau^
renforcés par des troupes envoyées de Soleure^ de
Bieime^ de Neuchâtel et de la Neuville. Aarau^ malgré
l'opposition d'une partie de ses citoyens^ se rendit en
se mettant sous la protection de l'empire et des villes
de Berne iet de Soleuré; toutefois cette dté réserva sa
franchises. Brougg et Lenzbourg firent des capitulations
semblables; de même que plusieurs châteaux de TAar-
govie; TrOstbourg^ qui fut ravagé par le feu^ Rouod^
Brounegg et d'autres encore. Ainsi ^ dans l'espace de
quelques semaines^ les Bernois conquirent dix-^-sCpt for*-
teresses et villes fortifiées et Un pajs vaste et riche; la
rapidité de leurs attaques fut la cause de ce succès. Ils
ne perdirent en tout que quatre hommes; ce fut devant
le château de Wildegg, où les vaillans seigneurs de
Hallwyl firent une vigoureuse résistance.
Dans le même temps les bannières de Luceme s'é^ taient avancées par Soursée et avaient soumis les rivessu-^* périeures de la Sour^ de la Wigguern^ de l'Aa et de la Winna; elles s'arrêtèrent aux dernières limites des conquêtes des Bernois. Du côté de l'orient^ elles conquirent la contrée fertile où se trouvent Reichensée^ Mejenberg et Villmerguen.
Les Zuricois^ de leur c6té^ avaient passé l'Albis et forcé le bailliage libre de Knonau de leur jarer fidélité. Une partie de leurs troupes étaient descendues le long
de la Limmath, du côté de Bade en AargOTÎey et araienC pris Dietikon.
Dans la contrée où la Limmath et la Reuss se rapprochent de rAar^ les troupes des sept cantons se rencontrèrent et firent en commun la conquête de ce qui restait encore à FAutriche dans ce pays^ c'était Mellinguen^ Bremgarten et Bade. Mellinguen^ fidèle au duc 9 se défendit pendant quatre jours; Bade tint plus longtemps^ parceque le château de Stein qui défend cette yille renfermait une forte garnison commandée par le seigneur de Mannsherg; mais lorsque les ma-* chines des Bernois eurent renrersé une partie des murs et que l'eau commença de manquer aux assiégés, le château se rendit et fut ruiné. On vit hriller au loin la flamme de cet antique manoir.
Ces conquêtes terminées ^ les Confédérés organisèrent leurs nouveaux états. Berne, Zurich et Luceme gardèrent chacun' leurs propres conquêtes ayec tous les droits que la. maison d'Autriche avait exercés. Le% pajs soumis en commun durent former des hailliages communs^ mais Berne fut exclus, parceque ses armes avaient déjà trop étendu son territ<»ire*
Mais ceux d'Uri dirent : ^Nous apprenons que l'em* pereur s'est réconcilié avec le duc Frédéric. Rendons plutôt à l'empereur ce que nous venons de prendre, afin qu'il rende au duc ce qui lui appartient; car c'est pour l'empereur, non pour nous-mêmes, que nous avons fait cette guerre. Quant à nous. Confédérés, nous, hommes d'Uri, nous ne prendrons aucune part à ce qui ne nous appartient pas. Nos pères nous ont transmis la coutume d'estimer une fidélité inviolable plus que tout le reste.'*
Les autres Confédérés rirent de ce scrupule : » Que le9 hommes d'Uri sont délicats 1 qu'ils sont dévots! il
faut qu'ils se distinguent toujours par quelque bizarrerie.** Ils décidèrent que, puisque Uri refusait sa part, Zurich, Lucerne, Schwyz, Unlerw.alden et Claris feraient gouverner tour- à- tour pendant deux ans. ces bailliages communs, et que chaque année des députés de ces cantons examineraient l'administration et le compte des revenus.
Ainsi les Confédérés gardèrent leurs conquêtes, dont la prppriété leur fut confirmée par l'empereur. Ils régnèrent donc sur ces nouveaux pajs à la place de l'Autriche. Citoyens libres, semblables à des princes souverains, ils avaient considérablement augmenté le nombre de leurs sujets dans les villes et dans les campag^ies.
Soulèvement clu Valais contre le seigneur de Raron. — Bataille d'Arbedo et artifice du seigneur Zoppo.
(De Tan 1419 k Tan i4a6.)
Un siècle s'était à peine écoulé depuis l*aclion de Guillaume Tell, et les villes, les bourgs, les villages de la Suisse, autrefois sujets, avaient maintenant à leur tour des sujets et faisaient trembler ceux devant lesquels ils tremblaient auparavant. Les descendaos de ces guerriers, de ces chevaliers qui, du haut de leurs châteaux presque inaccessibles, menaçaient jadis les villes, venaient leur demander humblement le droit de cité, ou leur vendaient tout ce qu'ils possédaient et allaient s'établir dans un autre pajrs, pour ue pas obéir i des gouvernemens roturiers.
— - lis
Ges changetneDS avaient donné aux Confédérés le sentiment de leurs forces et leur avait inspiré une fierté militaire que ne blessaient impunéme/it ni leurs amis ni leurs ennemis. On s'en convainquit dans les que-» Telles que fit naître Wichard de Raron^ seigneur et capitaine-général du Valais.
Dans le temps que les Confédérés aidèrent au can-» ton d*Uri à faire la conquête de la vallée de Livino, ils s'emparèrent aussi de la vallée de Domo-d'Ossola et j mirent une faible garnison. Le duc de Milan ^ pour ne pas laisser aux Suisses la possession tranquille de cette vallée, la vendit au duc de Savoie. Celui-ci envoya à Domo-d'Ossola. des troupes qui traversèrent le Valais. Le seigneur de Ràroii leur montra le chemin à travers les montagnes; la garnison suisse ^ trop faible pour résister avec avantage^ fut obligée de se retirer.
Le seigneur de Raron dit à cette occasion que s'il avait fait partie de l'expédition ^ aucun Suisse ne serait resté en vie. Ces paroles orgueilleuses aigrirent les Un-' terwaldéen^ et leurs frères d'Uri. Ajant accusé en vain le seigneur de Raron auprès de la ville de Berne où il avait droit de cité^ ils soulevèrent contre lui les habi-« tans du Valais. Ceux-ci avaient déjà des griefs contre ce seigneur; ils lui reprochaient l'alliance qu'il avait faite avec la Savoie^ sans leur autorisation; ils l'accusaient^ ainsi que les grands du pajs^ de violer les anciens droits et de vouloir réduire le peuple sous le Joug de l'esclavage* Les hommes de Brigg dirent s ^Si le Valais doit conserver les droits qu'il a eus jusqu'à ce Jour^ il est nécessaire de mettre aux grands seigneurs un frein et un mords; et^ pourcela^ il faut que tous les hommes d'honneur mettent la main à l'ouvrage."
Suivant une coutume antique du pajs, quelques hommes prirent une énorme massue sur laquelle lia
araient taillé un visage humain avec l'expression de la tristesse^ et l'entourèrent de verges et d'épines; cette image . figurait la justice opprimée et les Yalaisans l'appelaient la Mazze. Ils la mirent en évidence dans une place publique ; le peuple accourut en foule. Un homme hardi s'approcha de la massue en qualité de chef de la Mazze; il la tint debout et se chargea de porter la parole pour elle. Beaucoup de gens du peuple «'adressant à la triste image lui demandaient : ,» Mazze , pourquoi es-tu si triste? Mazze ^ pourquoi es-tu venue ici ?" Mais elle ne répondit point. D'autres dirent : 9 Mazze ^ nous voulons te porter secours; mais dis-nous eontre qui. Grains -tu Sillenen? Est-ce Asperling ou Henngarten (seigneurs du pajs) qui te fait de la peine?'^ La Mazze resta immobile et se tut. Mais lorsqu'on vint à nommer le seigneur de Raron, elle fit un mouvement affirmatif et s'inclina profondément. Alors ils soulevèrent la Mazze ^ la portèrent de village en village dans tous les districts du Valais ^ en disant que la Mazze se rendait vers le chef du pajs, vers tous ses adhéren's et vers son neveu l'éyéque de Sion.
Lorsque le seigneur de Raron vit tout le peuple soulevé^ il s'enfuit en Savoie et implora l'assistance du duc. Mais les Yalaisans réduisirent en cendres son grand château et sa tour bâtis au-dessus de la Siders et la forteresse de Pévèque qui dominait Louesch ; ils assiégèrent son château fort de Beauregard^ situé sur le haut d'un rocher^ au-dessus de Ghippis : ils ruinèrent toutes ses propriétés. Le duc de Savoie n'osa pas lui porter accours.
Le seigneur de Raron vola vers ses concitoyens de Berne pour les supplier de l'aider et de le sauver. Les Yalaisans^ d'un autre c6té^ s'adressèrent à Uri et à Unterwalden; hommes libres, ils conclurent avec eux
une alliance défensire^ et promirent d'aider à ces deux cantons à reprendre la vallée d'Ossola qui touche au Valais. Sur le champ les troupes d^Uri et d'Unterwalden passèrent les plus hautes Alpes; celles de Schwjz^ de Lucerne et de Zurich les suivirent ; les Yalaisans franchirent les Alpes sur un autre 'point et toute la yalléa d'Ossola fut reconquise.
Mais Berne prit les intérêts du seigneur de Raron auprès des Confédérés et demanda qu'on lui rendit jus* tice. De longues négociations s'en suivirent. Les Ber* nois voulurent marcher contre le Valais et sommèrent les autres Cjonfédérés d'en faire autant; mais Uri^ l^^* terwalden et Lucerne s'j refusèrent. Une guerre civild faillit à éclater parmi les cantons. Pour prévenir un tel malheur^ les cantons neutres formèrent une diète à Zurich^ et après avoir entendu les amis et les ennemis du seigneur de Raron, ils arrêtèrent: ^qu'avant tout les Valaisans restitueraient à leur seigneur tous sel biens 5 puis^ de son côté^ qu'il ferait droit à leurs plaintes." .
Les chefs de parti valaisans ne voulurent pas se soumettre a cet arrêt; ils soulevèrent de nouveau le peuple et rengagèrent à une résistance opiniâtre. Us rassemblèrent des gens armés, entrèrent dans l'Oberhasli, d'où ils emmenèrent des troupeaux de moutons ^ prétextant qu'aidé par des gens de i'Oberland, le seigneur de Raron était entré dans le Valais et y avait exercé des ravages. Pour défendre les passages de ses montagnes, Berne envoya une troupe de soldats contre le Valais. Schwyz et Zurich tentèrent encore une fois de terminer cette querelle par leur médiation; mais les Valaisans n'entendirent à rien^ ils préféraient la guerre à un arrangement équitable.
Les Bernois^ renforcés par les bannières de Fribonrg, de Soleure^ de Neuchâtel et d'autres ^ en tout 13^000 hommes^ franchirent les plus hautes Alpes et entrèrent par le Sanetsch, du côté de Siders^ dans le district valaisan de Gombs. Ils reçurent aussi du secours de Schwjz; mais Uri et Unterwalden n*en envoyèrent point aux Yalaisai^s dont ils blâmaient l*opiniâtrelé. Beaucoup de Tillages devinrent la proie des flammes. La terreur se répandit dans toute l'étendue du Valais.
Cependant un simple pajsan, Thomas Brantschen^ rendit le courage à ses concitoyens; lorsqu'il yit les ennemis s'avancer vers le village d'UIrichen, en marquant leurs tracés par le pillage. „Hé! s*écria-t-il , que fait le Valais^ ancienne patrie de héros? Nos pères li't>nt<-ils pas autrefois^ près d'Ulrichen^ fait nager dans le sang les troupes du duc de Z^ehringuen? £h bien! à cette même place, combattons encore une fois pour notre patrie et notre vieille liberté , ou mourons d'une mprt glorieuse.'-
En disant ces mots, il sortit d'une embuscade avec 400 Yalaisans courageux, au moment où les Confédérés passaient et se jeta .à l'improviste sur leurs nombreux bataillons. Brautschen combattit en héros; il étendit de sa main quarante Bernois dans la poussière; à la fin il tomba lui-même sur leurs cadavres. La terr reur était dans les rangs des Bernois. Tous chancelaient quand le secours de Schwyz arriva et força les Valaisaqs à regaguer leur première position. Personne ne les j suivit. Le jour d'après les Suisses abandonnèrent le Valais parceque les troupes bernoises du Gessenaj*) avaient rencontré une résistance terrible près de Sion.
*) ValUc k rextrémîté occîdeQUie du canlon de Berne.
On fil de bureau des propositions de paix, tes Valaisans consentirent enfin ^ mais avec peine, à restituer au seigneur de Rarou toutes ses seigneuries et à lui pajrer, pour tout dommage^ la somme modique de 10,000 florins*); aux Bernois, la même somme pour les frais de la guerre; au chapitre de Sion, 4000 florins. . Cela arriva Tan 1420, quelques mois après Faction héroïque de Thomas Brantschen. Mais le seigneur de Raron mourut loin de sa patrie; l'éclat de sa famille fut à jamais terni, parcequ*il no' sut pas se concilier Tamour du peuple.
Cependant le duc de Milan n'avait pas encore pu onhlier la perte de la vallée d'OssoIa. Sa douleur et sa colère augmentèrent en apprenant que les Suisses venaient d'acheter des barons de Sax, seij^neurs de Bellinzona, cette ville et toute la contrée qui s'étend depuis la vallée Levantine jusqu'au lac Majeur, pour le prix de 2400 florins. Il arma secrètement et surprit avec des forces consitîérables Ossola et Bellinzona. Tout, même la vallée Leventine, fut contraint de lui jurer fidélité.
Les Conféàërés se levèrent trop tard pour la ven-^ geancc. Depuis la conquête de TAargovie, l'ancienne concorde ne régnait plus parmi eux. C'est là ce qui les avait retardés. La discorde ternit aussi Téclat de la victoire qu'ils achetèrent si chèrement dans les champs d'Arbedo, près de Bellinzona, où, après avoir passé le Sainl-Golhard, ils rencontrèrent les troupes milanaises. Là, les Confédérés eurent à soutenir , depuis le matin jusqu'au soir, une lutte sanglante contre l'habileté et le désespoir des Italiens. Beaucoup de héros suisses j perdirent la vie; Jean Rot, landammaa d'Uri, Henri
*) Environ io,8oo fi-ancs de France.
VunÛneVf qui portait la bannière du même captons et le yieillard Pierre Kolin^ amman et banneret de Zopg» Ce dernier moarut à la tête de son bataillon^ la bannière à la maiq. L'un de ses fils la retira de dessous lei corps de son père et la fit flotter sanglante au-dessus du bataillon. H tomba bientôt^ mais la bannière ne derint pas la proie de l'ennemi; Jean Landwing la saura. Cette bataille eut lieu le 30 de juin 1422.
Les Suisses repassèrent le Saint-Gothard , attristés par la perte de tant de braves et par leur victoire san-' glante^ s*accablant les uns les autres de reproches ; mais ils laissèrent, avant de partir, une garnison dans la vallée Levantine. Pendant plusieurs années ils eurent ensemble des disputes interminables au sujet du parti qu'il fallait prendre contre le duc de Milan, et ils em** plojèrent, moitié à regret, des demi-mesures qui n'amenèrent aucun résultat.
Ennuyé de ces longueurs, un homme courageux du canton de Scbwjz, Petermann Rjsig, rassembla autour de lui 500 hommes pleins d'audace, passa avec eux le Saint-Gothard , franchit les montagnes à sa droite, descendit dans la vallée d'Ossola, en chassa la garnison et s'j établit à la place des troupes milanaises» Toutes les forces du duc de Milan marchèrent contre lui; Petermann Rjsig leur résista. L'héroïsme de la petite troupe de Schv^ réveilla les Confédérés qui se mirent aussitôt en route vers la vallée d'Ossola. Il vint des troupes auxiliaires de Soleure, du Valais, du Toggenbourg, de la Rhétie. Cela jeta le duc dan» le découragement; mais il attendait encore de sa prudence ce qu'il ne pouvait plus attendre de la force des armes.
Il envoya son chambellan Zoppo avec beaucoup d'or vers les Confédérés , pour traiter avec eux. Cachant la ruse du renard sous les dehors de la franchise,
Zoppo parla aux chefs des Suisses avBc l'accent de la bienveillance et de Pafiection^ accompagnant ses dis* cours, de grandes libéralités. Il parvint à diviser leurs intérêts f engagea Uri^ le Bas-Unterwalden et Lucerne à faire séparément la paix, puis il gagna les autres au mojen de liaisons secrètes* L'an 1426, les Confédérés abandonnèrent au duo de Milan la vallée d'Ossola^ Beliinzona et la vallée Levantine pour la somme de trente et un mille et quelques centaines de florins et pour certaines prérogatives et franchises en faveur de leurs négocians et de leurs petits marchands. Leg troupes suisses retournèrent dans leurs cantons. Ainsi l'action héroïque de Pétermann Rjsig fut rendue inutile; en vain le sang des nobles Kolin avait teint leur bannière sur le champ de bataille d'Arbedo. Dans tous les temps lés Suisses ont eu bien plus a redouter les artifices des étrangers que leurs armes.
La cause de la libertë fait naître dans la Haute- . Khëtie la Haute ligue , la ligue de la Maisondieu et la ligue des Dix juridictions.
(De Pan 1 4^5 k Tan i436.)
Tandis que les Confédérés vendaient à prix d'argent ce que tant de héros leur avaient acquis au prix de leur sang 9 un e^rit tout différent parcourait les vallées élevées des Alpes rhétiennes^ l'esprit de la liberté ^ de la justice^ de la concorde.
Depuis la domination des Francs^ les habitans de la Haute-Rhétic étaient constamrnent demeurés sujets
tributaires et serft de Tévêque de Coire, des abbés de ï)lsentis et de PfefFers, et d'une foule de seigneurs ecclésiastiques^ de comtes^ de barons et dé gentiisbommes. Xa yiUe de Coire jouissait ^ à la vérité^ de plusieurs pririiéges , mais son évéque lui faisait aussi endurer, tien des tourmens. Les villageois, plus malheureux encore, avaient à souffrir des guerres continuelles que faisaient entr'eux les grands et les petits seigneurs, dont lé nombre était trés-considérable ; mais la paix ne leur était pas moins funeste, tant ils obéissaient à des maîtres durs et cruels! Uri, Schwjz et Unterwalden n^avaient pas gémi sous une tjrannie plus atroce que la Rbétîe; mais la Rbétie eut aussi des Guillaume Tell.
Quand Fégoïsme', l'arbitraire, Tinjuslice, Porgueil des dominateurs furent arrivés à leur comble, les babitans infortunés de ces vallées et de ces montagnes se rappelèrent qu'ils étaient aussi des hommes et que, enfans de Dieu, ils avaient reçu de leur Père des droits qu'aucun tjran ne doit méconnaître. Le courage de quelques hommes de bien réveilla le courage de tout le peuple; il se leva bientôt pour défendre ses droite éternels.
Dans la haute et verdojante vallée d'Engadine, des glaciers de laquelle Plnn sort avec fracas du coté du Tyrol, le château de Gardovall, bâti sur un rocher audessus du village de Madoulein, était la terreur de toute la contrée. Un jour le cruel châtelain de Gardovall fut frappé de la beauté d'une jeune fille du village de Camogask, situé vis-à-vis de son château. Il y envoya ses gens avec ordre de lui amener cette jeune fille la nuit de ce jour même. Le père , appelé Adam , fut rempli de terreur; la fille, de désespoir. Mais, rassemblant toute sa force , Adam dit aux satellites : ;) Annon-i
ceï à votre maître que je préfère lui amener moi-même mon enfant demain matin. **
Dès qu'ils furent partis^ le père courut vers ses voisins et ses amis^ la rage dans Tarn e^ le feu dans lei yeux. 11 leur raconta tout et s'écria : » Hommes comme ce seigneur, sommes-nous ses troupeaux?** L'indignation fit bouillonner toiis les, cœurs. Ils jurèrent dan& l'ombre de la nuit de mettre fin à la misère de la vallée ou de périr tous ensemble.
Dès l'aurore Adam conduisit au cbâteau de l'horrible fjran sa belle et jeune fille, parée de ses babits de fèfe, comme une épouse. Quelques conjurés suivaient^ comme pour former le cortège d'honneur; d'autresf s'étaient mis en embuscade autour du château, atten-f dant le moment d'agir; tpus étaient armés.
A peine le châtelain aperçoit-il l*objet de ses 4ésir8 qu'il descend en hâte les degrés du château et veut emn brasser la jeune fille sous les jeux du père. Adam tire une épée et la plonge dans le cœur impudique du monstre. Lui et les siens prennent de force le château^ massacrent ceux qui s'j trouvent, arborent le signal de la liberté et la troupe placée en embuscade se hâte de les rejoindre. Gardovall devient la proie des flammes. Tout le pajs au-dessous des sources de l'Inn* est affranchi de la tjrannie de ses maîtres.
La vallée de Sohams, dont les fertiles pâturages offrent un aspect riant au milieu de rochers élevés, était également asservie à des monstres inhumains retranchés dans les châteaux de Baerenbourg et de Fardun. Ils se permettaient tout contre le peuple, même les humiliations les plus cruelles;, le peuple souffrait et se taisait. Le vigoureux Jean Chaldar eut aussi à souffrir, mais il ne se tut pas. Deux> chevaux du seigneur de Fardun ajant été lâchés dans ses champs de blé, il en fut
courroacé et assomma les chevaux. 11 expia cette action dans les fers et dans les tourmens^ Jusqu'à ce que les siens purent le racheter à force d'argent et de larmes.
De retour au sein de sa famille^ heureux et content ^ H était un jour à table avec les siens ^ lorsque le seigneur de Fardun entra dans sa cabane. Tous le saluèrent respectueusement^ mais il lança sur eux des regards de mépris et cracha dans la bouillie qu'ils mangeaient La colère de Chaldar s'alluma comme la foudre; il saisit le tjran à la gorge ^ le serrant de ses deux mains ^ comme l'aigle des Alpes serre sa proie : y Mange la bouillie que tu as assaisonnée ! " Il dit , enfonça la tête du misérable dans la nourriture brûlante et l'étrangla. Puis il courut hors de sa cabane^ assembla le peuple. Des cris d'alarme retentirent. Les châteaux de Fardun et de Bserenbourg s'écroulèrent dans le sang et les flammes.
Comme dans ces vallées l'inhumanité et la tyrannie des seigneurs favorisèrent la cause de la liberté^ -de même aussi 9 dans d'autres contrées de la Rhétie^ la liberté dut ses succès à leur ambition. L'évéque Hartmann de Coire était perpétuellement en guerre avec la noblesse du pajfi. Gomme il souffrait beaucoup de dommages et qu'il ne pouvait pas défendre lui-même tous les domaines de son église^ dispersés dans un grand nombre de villages et de vallées^ en quelques endroits même situés au milieu de terres ennemies^ il accorda aux sujets de la Maisondieu le droit de former entr'eux et avec les vallées et les villages voisins des alliances défensives. Déjà en 1396^ les sujets de la Maisondieu, dans les vallées de Domleschg^ Avers ^ Oberhalbstein et Bergun firent un traité avec les seigneurs de Werdenberg à Schams; Domleschg et Obervatz. Ge fut le
premier fondement de la ligne connue pins tard soue le nom de ligne de la Maisondieu.
Les comtes et les seigneurs de la Hante-Rhëtie imitèrent cet exemple* Rëunis aux peuples des yallées déjà ligués entr'eux^ ils conclurent arec leurs yoisins lee Glaronnais^ Tan 1400 , une alliance défensiye perpé^ tuelle contre les prétentions et les attaques de réyéque de Coire.
Mais les rallées exprimaient tou)ours dans leurs alliances la réserve de tous les droits quelconques de leurs seigneurs ; et ces droits donnaient lieu à beaucoup d'abus. Lt8 seigneurs ne connaissaient d'autre loi que celle de leur bon plaisir et de leur puissance; il n^ ayait ni justice dans les jugemens^ ni sûreté sur les grandes routes»
Désirant mettre un k ces maux^ mais sans violence et sans révolte^ plusieurs paysans lojaux^ respectables et intrépides formèrent une sorte d'association dans la Haute-Rbétie. Ils se réunissaient cbaque nuit entre Fabbaje de Bisentis et Uanz^ la première ville entourée de murailles qu'on trouve sur le Rbin. Le lieu de leur rendèz-yous était dans une forêt près du village de Trouns. Là ils s'entretenaient de leurs intérêts communs et communiquaient ensuite en confidence leurs résolutions aux bommes les plus estimables de leurs communes respectives.
Dans un seul et même jour toutes les communes et toutes les vallées de la Haute-Rbétie députèrent les bommes les plus considérables et les plus éclairés à leurs seigneurs^ pour demander que la justice et la sÂreté fussent garanties à tous par un pacte solennel auquel tous prêteraient serment, afin que désormais les droits des grands et de;s petits fussent inviolables.
Les seigneurs furent effrayés par Fappel qui leur fut adressé si subitement à tous du fond de la forêt de Trouns; ils se rappelèrent les événemens qui s'étaient passés dans la Confédération suisse un siècle aupara-* vaut. Le pieux et prudent abbé de Disentis , Pierre de Poultinga^ fit tout de suite droit aux réclamations de 'ses siljets. Lès comtes de Werdenberg, de Sax, les barons de Rbsezuns et d^autres suivirent cet exemple^ soit pour se mettre à l'abri de la violence du peuple ^ soît pour se faire un rempart contre le puissant évécbé de Coire.
Au mois de mai de Fah 1424^ ces seigneurs et les députés des communes de la Haute-Rbétie^ vêtus dô leurs modestes sarraux gris^ assemblés en plein air devant le village de Trouns^ à Tombre d'un érable^ sanctionnèrent par un serment fait à la très-sainte Trinité ^ une alliance perpétuelle pour le maintien de là justice et de la sûreté de tous^ sans blesser les droits réels de persoune. Ainsi se forma la Haute ligue ou ligue Grise; plus. tard ^ elle fut complétée par Faccession des TaHées de Mison et de Galanca. Bientôt le] nom de Grisons s'étendit à tous les Rbétiens^ bien que la ligue de la Maisondieu existât déjà séparément^ et qu'outre cela un grand nombre de domaines du côté du Tjrol n'appartinssent ni à la ligue de la Maisondieu^ ni à la ligue Grise ^ mais au ricbe comte Frédéric de TogguenbouTgy dont la domination s'étendait au loin.
Peu de temps après ^ celui-ci mourut sans enfans^ et l'on craignit que sa succession ne fit naitre une guerre. Alors s'assemblèrent des députés des districts ^ des bourgs^ des villages et des juridictions qui^ dans les montagnes de la Rhétie , dépendaient de la maison de Togguenbourg. Il en vint de Davos ^ de Klosters^ de Kastels^ de. Schiersch^ de Seewis^ de la juridiçtioa
canoniale de Schiersch^ de Malans, de Maienfeld^ de Belfort^ de Goui'walden, de Schalfik intérieur et de Schaliik extérieur. Ils dirent : «Puisque la mort du comte de Togguenbourg nous a rendu notre liberté ^ faisons dans cette partie des montagnes une ligue semblable à celle de la Maisondieu et à la ligue Grise ^ respectons les droits d^autrui , mais défendons \es nôtres^ Nul ne pourra citer un concitoyen devant un tribunal étranger^ ni former au debors une alliance > sans lo consentement de tous. Quand on aura reconnu l'béri-* lier du comte de Togguenbourg^ nous lui remettrons son béritagC; mais nous ne lui permettrons pas de dis-* sOudre notre ligue.*' — Ajant ainsi parlé ^ ils scellèrent leur alliance par un serment solennel le vendredi après la Fête-Dieu de Tan 1436. Telle fut Fprîgine de la liguer dés Dix juridictions.
Ainsi se forma une nouvelle confédération entre les. trois ligues des Alpes rhétiennes. Dés ce moment les Rbétiens ne portèrent plus que le nom de Grisons *)*
Querelle au sujet de Théritage du comte de
Togguenbourg.
(De Tan i436 à Fan i443.)
La mort du ricbe comte de Togguenbourg produisit des effets bien diiférens cbez les Grisons et cbez les Suisses ; là elle appela ufi peuple courageux à la liberté et à la concorde; ici elle alluma la cupidité^ l'ambition et les torcbes de la guerre civile.
^) Eu allemand J?M/}J/i«r , ligués» eX Qrauhundner ^ ligués gris.
A peine le comte Frédéric de Togguenbonrg ent^il fermé les jreux qu'il se présenta nn grand nombre d'hé* ritiers* Ses domaines étaient considérables; il en ayait beaucoup au-delà du Rhin; plusieurs autres s^éten^ daient^ entre Zurich et le Tjrol^ le long des montagnes d» FAppenzell. De ce nombre étaient le Togguenbourg^ la seigneurie d'Uznach^ la Marche supérieure^ Windegg dans le Gaster^ le Rheinthal, la seigneurie de Sargans et les Dix juridictions dans le pays des Grisons. Outra cela il ayait des propriétés dans la Thurgorie et ailleurs; Madame Elisabeth^ tcutc du défunt ^ se croyait héri*^ tiére légitime; mais des parens éloignés de son mari lui contestèrent son droit et lui opposèrent leurs pré^ tentions. D'un autre c^té^ Zurich crojait aussi avoir des litres à cet héritage ^ parceque le comte ^ mort sans enfans^ était citojen du canton et bourgeois de la yille; mais comme il était de même citojen du canton de SchnvjZy celui-ci réclamait le même avantage.
Pour s'assurer une protection ^puissante^ madame Elisabeth se lia plus étroitement avec la ville de Zurich et .lui fit une donation en bonne forme d'Uznach et de Windegg. Les Schwjrzois engagèrent les parens du comte k interdire à sa veuve toute aliénation de l'héritage ou de $eB parties. Les sujets du comte qui habitaient Lich^ tensteig^ les vallées du-Kecker, de la Thonr^ de Saint- Jean^ Uznach, et au-dessous du lac de Walienstatt^ se présentèrent devant les habitans de Schwjz et leur dirent : y Feu notrç seigneur^ tout occupé de notre bonheur pendant sa vie, voulait qu'après sa mort nous trouvassions auprès de vous protection et sûreté. Re-^ cevez donc notre serment et comptez-ifous à perpétuité au nombre de vos citoyens." Les habitans de la seigneurie de Sargans y qui n'avaient appartenu au comte de Toggenbourg qu'à titre d'hypothèque , prièrent le
duc Frédéric d'Autriche de vouloir les racheter ^ coœme ses fidèles sujets. Il le fit; muis s'aperceyant que leurs iutentions n'étaient pas lojales^ il les ahaBdonna au comte Henri de Werdenherg.
A la nouyelle de cette alliance d'Uznach et d'antres lieux ayec Schwyz^ la ville de Zurich^ enflamniée de .colère 9 éclata en menaces ^ prétendant qu'Uznach lui appartenait. Mais les Sch^zois envoyèrent quelque» troupes dans la Marche et du côté d'Uznach pour aider à leurs nouveaux concitoyens à repousser la fo^ce par la force 9 proposèrent aux Zuricois de soumettre lent afiaire à un arbitrage^ et associèrent Glaris à leur autorité sur les nouveaux domaines ^ pour avoir^ en cas de besoin ^ l'appui de ce canton.
Depuis que ies gouvernemens des villes et des caii« tons de la Suisse eurent conquis l'Aargovie et érigé des bailliages communs^ le pouvoir les avait rendus fiers et hautains; jaloux de leur propre liberté ^ ils détes*' taient la liberté chez les autres; ils aimaient mieux des sujets que des citoyens libres^ leurs égaux en droits* Us n'avaient pas voulu associer l'Aargovie comme état libre à leur Confédération; ils ne songèrent pas à rendro la condition du Toggnenbourg meilleure. Ce qu'ils vou-* laient^ c'étaient des sujets.
De là des disputes ^ àe^ querelles ^ des désordres sanglans. Une grande diète assemblée à Lucerne'^essaja inutilement de rétablir la paix; on se sépara plus aigri qu'auparavant. A la tète du gouvernement de Zurich se trouvait le bourguemestre Rodolphe Stussi^ et à la tête de celui de Schivyz le landamman Itel Reding de Bieberegg, tous les deux hommes ambitieux^ entreprenans^ pleins de talent et d'éloquence; mais ils se haïssaient, ardens pour les prérogatives de leurs cantons^ indiffér* rens pour la paix et le salut de la Suisse.
On ?it âloTs^ pour la première fois quel abtnve de mi^M oreose rëgoûihe <;au tonal qaaiid il préfère sec îmëréUà ceux de la Confédération. La disette de ran*< aée 1439^ suite des pluies continuelles qui détruisirent fes moissons 9 avait déjà prouvé que l'ancienne et belle union n'existât plus« Chaque eanion défendait Vex-* yortation de tous les mojens de subsistance; cette nie-« jnre augmenta la souffrance de tous^ ainsi <pie leur «nimosité. Scbwjz et Zurich se menacèrent de meltref Fépée 4 la main.
Pour prévenir de plus grands maux , les Confédérés prononcèrent un arbitrage à Berne. Schiyyz s*j soumit; Zurich r^sta^ accusant le» Confédérés de partialité, pour avoir laissé Uznach au canton de Scbivjx, en dé-^ pit de la donation de la comtesse Elisabeth; d'ailleurs il n'avait pas été fait mention de Gaster et de Windegg, liien que Schwj2 en eût pris possession avant la déci*- »ion de ce di£fôrend et malgré l'invitation contraire des Coafédér^^
Le bourguemestre Stussi dit: ))Que le fer décide 1'* Cependant U commença par envoyer aux Schtvjzois nue lettre ouverte, dans laquelle il ne les appelait plus Confédérés. Il leur proposa d'en appeler au tribunal de l'empereur romain, chef de l'empire germanique, dont ils relevaient les uns^«^Wes autres. Les Schvvjzois répondirent-: ,»Le droit impérial peut être excellent, mais ee n'est pas celui que nous aidons reconnu dans notre serment de Confédérés."
Les Zuricois et Schwjrz mirent donc leurs armées en campagne; elles se rencontrèrent près de l'£zelberg* Les troupes de Schwyz occupaient la hauteur; celles, de Zurich, la partie inférieure près de PfsBiiîkon. Slossi lui-même s'avança contre la Marche; mars il la trouva si bien défendue par des fortifications et par les» soldats
dp Schwj^ et de iSlaria^ qa'U se retira sans aroîr riea entrepris. Itei Aeding reçut sur FËzelbeig des envoyés^ d'Uri et d'Uuterwaldea. Ils le conjurèrent «a nom do Dieu et de la patrie de tenter encore de faire la paix, pour que Ton ne vit pas (crime inoui!) le sang des Suisses verse par la main des Suisses. Mais dans cet instant le sang coulait déjà. Une troupe de Zuricois s'était avancée jusque sous les avant-postes de Schwyz, 11 j eut un grand nombre de blessés; onze Znricois furent tués; les autres s'enfuirent.
Les Confédérés obtinrent un nouvel armistice et entamèrent de nouvelles négociations. £lle n'eurent aucun résultat y parceque Zurich persistait à recourir à l'arbitrage de l'emporeur romain et à refuser celui des Confédérés. Ce refus excita le courroux des cantons contre les Zuricois. Zurich arma de nouvelles 'troupes, et Stussi^ à la tête, de plus de 6000 hommes^ marchai vers l'Ezelbergy où les troupes de Schwjz et de Glaris, avec un renfort d'Uri et d'Unterwalden, l'attendaient en bon ordre»
Il arriva au milieu d'une nuit, comme par miracle, qu'une terreur subite , dont la cause resta inconnue, s!efnpara des Zuricois postés près de PfsefTikon. Saisis d'épouvante, ils se jetèrent tous dans leurs bateaux, au nombre de cinquante-deux, et retournèrent en hâte à Zurich^ Les troupes qui occupaient les hauteurs de llEzelberg en descendirent, ravagèrent, occupèrent les bords du lac, et engagèrent ensuite tons les Confédérés à marcher contre Zurich.
L'épouvante et le désordre se mirent dans cette villa destituée de tout secours; elle renoua les négociations rompues et se soumit à l'arbitrage des Confédérés. Dans dette situation, Zurich dut non seulement renoncer à l^nte préteAlion sur le Togguenbourg , m^is encore
oéder à Schivjz et i Glaris, pour les traie de la guerre, Pfsffikon, WoUrau^ Hoarden et d'autres lieux , ainsi que certains droits. Un canton fit donc des conquiêtes aux dépens d'un autre. Ce fut en 1440. La même année Schwjz acquît d'une manière plus honorable le village de Merlischacben, sur les bords du lac des Quatre- Gantons^ en Facbetant des seigneurs opulens de Moos. Dans le même temps encore Uri trouva l'occasion de reprendre la vallée de Livino, qu'il avait perdue. Voici comment cela se passa. X)n avait refusé , soit à Airolo^ soit à fiellinzona, de rendre justice à quelques bommes d'Uri^ selon les conventions conclues entre les deux pajs. Pour venger cette injure, les bannières d*Uri, en revenant de l'Ezelberg, passèrent sans s'arrêter le Saint- Gotbard et occupèrent sans résistance le val Livino et Bellinxona. Le vieux duc de Milan, qui n'était point préparé à la guerre, acbeta cbèrement la paix en cédant à Uri le val Livino.
Sur ces entrefaites le duc Frédéric d'Autricbe, petitfils de ce Léopold qui périt à Sempach, était monté sur le trône impérial. U avait déclaré publiquement qu'il songeait à reprendre aux Suisses toutes les propriétés de ses ajeux. Dans ce but, il faisait sonder sans relàcbe les dispositions du peuple de l'Aargovie, des nobles et des villes.
Gette nouvelle réjouit le bourguemestre Stussi et le conseil de Zuricb, irrités contre les Confédérés. Si Zurieb, qui occupait la première place dans la Confédération suisse, eut oublié généreusement^ son offense et révélé aux alliés les desseins de l'Autriche, de quel éclat sa magnanimité aurait brillé alors aux jeux de ses Confédérés et brillerait à jamais aux jeux de ses descendans! — Mais Zurich n'écouta que la veng^eance, ne sentit que son injure^ oublia ses concitojens et
conclut secr^ement une alliance criminelle avec Fempereun II n'y avait point de grandes âmes. Ce traité honteux fut conclu Tan 1442.
Dés que le bruit s'en répandit, les Confédérés accusèrent unanimement Zurich d'avoir violé l'alliance perpétuelle. Des diètes s'assemblèrent; Zurich fut sommé de se séparer de l'Autriche. Iljr eut un grand nombre de pourparlers inutiles; Zurich n'abandonna point le parti de l'empereur. Ce souverain envoja vers les Znricois le capitaine Thuring de Hallwyl, pour recevoir solennellement le serment de fidélité à l'empire^ le serm^t d'une alliance offensive et défensive. A la demande du capitaine, les Zuricois ôtèrent leurs croix blanches, marques distinctives des Suisses dans toutes leurs guerres, et prirent les croix rouges telles que les portaient les Autrichiens. D'autres mirent aussi sur leurs chapeaux l'aigle impériale et la plume de paon.
Les Confédérés furent navrés de cette conduite; tout le peuple 9 enflammé de colète. Des injures ^ de mauvais traitemens, des assassinats, des incendies^ furent les suites de cette mésintelligence. Enfin une guerre générale des Confédérés éclata contre Zurich.
Guerre de tous les Confédérés contre Zurich* Bataille de Saint-Jaques. La pai^»
(De l'an i443 à l'an i45o.)
La déclaration de guerre des Confédérés n'intimida point Zurich qui comptait sur le secours puissant de TAutriche. Déjà en effet, à la sommation de l'empe-
xeur, :Thurîng de Hallwjrl, un grand nombre de che- ^iraliers et de soldats^ même le margrave Guillaume de Bade^ avaient volé au secours de la ville. On j comptait au-delà de 5000 'Autrichiens.
Alors commença une guerre de Suisses èontre Suisses, prés de PfsefEkon et de Freienbacb^ sur les rives dii lac de Znricb y les soldats de Schwjz combattirent avec succès contre des Zuricois en nombre double; de même Lucerne, Uri et Unterwalden, sur les bauleurs du Hirzely contre les Zuricois qui s'j étaient retranchés derrière des remparts élevés. Leurs remparts furent pris et renversés; beaucoup de sang généreux coula. Qui voudrait énumérer \t^ villages réduits en cendres au bord du lac^ dans les pajs de Zoug^ de Schwjrz et dans les bailliages libres? Chaque jour le sang rougissait la terre 9 chaque nuit la flamme rougissait le ciel. La ville de Bremgarten se défendit en vain avec intré-» pidité^ pour maintenir la portion de souveraineté que Zurich avait eue sur elle. Le sort de Bremgarten effraya Bade^ qui aurait voulu rester neutre^ mais qui dut ouvrir ses portes aux Confédérés. !Ni la tour de Rnmlang, ni les fortere/tôes de Gruninguen et de Reguensberg ne purent résister à la fureur des Suisses.
£nfin Schwjz, Uri, Unterwalden, Claris, Zoug, Lucerne, au nombre de 5000 hommes, passent FAlbis pour marcher sur la ville de Zurich. Itel Reding marche avec eux. Les Zuricois et les Autrichiens, à pied, à cheval, volent au-devant d'eux emportés par la rage; le bouguemestre Stussi dans leurs rangs. On court, on traverse la Sihl. Avides de carnag^e, les deux armées se rencontrent dans \^^ prairies entre le village de Wiedikon et Tantique chapelle de Saint-Jaques, le 22 juillet 1443. De chaque côté deà milliers de çombattans; de toutes parts à&h cris , des géraissemens i- \b carnage. La
tfrreur sê répand dans les rangs dçs Zurîcois qai çom«-^ battent sans ordre parcequ'ils sont sortis en. désordre. Ils s^enfaîent dans Ja plus granule coQfusion et repassent le pont de la Silil. Là, le bourguemestre Stassi, réné-^* Table par ses cbeveux blancs et par son béroïsme, s'arrête au milieu du pont, brandit sa bacbe d'arme ets'écrie: ^Arrêtez, cilojens, ajrrélez!"^ Mais un citoyen, de Zurich lui crie d'une voix terrible : ^Que la foudro du ciel t'écrase, tout le mal nous vient de toi seul!'* et il lui passe sa lance au travers du corps. Le bourguemestre tombe avec fracas dans son armure. Amis^. ei^nemis, tout'passe sur son cadavre et vole au faubourg. Les citoyens barricadent les portes de la ville; le faubourg est pillé par les vainqueurs. Ceux-ci coupent en pièces le cadavre de Stussi, déchirent Son cœur de leurs dents, enduisent leur chaussure de la graisse de so% corps, et jettent ses restes mutilée dans les flots de Isi SihK Des maisons, des villages enflammes servent de flambeaux aux vainqueurs qui, assis sur les cadavres de leurs ennemis, boivent k leur victoire au milieu de la nuit.
Ensuite les Confédérés assiégèrent le fort de Rap-^ perswjl , occupé par les Autrichiens ; les Bernois assiégèrent Laufenbourg. Mais ces deux places tinrent bon. La forteresse de Greifensée, au contraire, tomba, lorsqu'on lui donna l'assaut. Jean de Breitenlandenberg,, surnommé Jean le sauvage, Pavait défendue vaillamment avec un petit nombre d*hommes pendant vingt-six jours. Ce siège coûta cher à Itel Reding et à ses Confédérés, Ceux-ci en furent tellement exaspérés, qu'iU demandèrent à grands cris la mort de Jean le sauvage et de ses héros, qui se rendirent à discrétion. ^Tous,"^ .s'écria la soldatesque farouche, >>tous mourront, et ceux de Greifens^ aussi.*' • — Le capitaine Holzaçh de Mea-
xingaen sur le lac de Thoune fit entendre sa yo» : ^ Confédérés^ craignez Dieu ^ épargnez le sang innocent, ne souillez pas l'honneur de la Confédération. *' Mais le landamman Itel Reding répondit : , Cet homme a des sentimens autrichiens, qu'ils meurent tous, à Texcep* tion des citoyens de Greifensée. ** Les hordes sanguinaires poussent des hurlemens d'approbation. Vieillards, hommes/ femmes, pères, mères, implorent en Tain la pitié. Reding donne le signal; le cercle est fermé; le bourreau de Berne j entre, Tépée à la main. Jean le sauvage meurt courageusement. Les têtes de beaucoup d'autres tombent auprès de la sienne. Le bourreau 8'arréte, regarde Itel Reding et semble demander grâce pour les autres. Reding l'apostrophe plçin de colère : i^ Si tu ne remplis pas ton office, un autre le remplira fiur ta personne." Alors tombent aussi les têtes de Félix Ott, de Jean Escher de Zurich et des autres. A la cinquantième, la nuit est déjà venue. Reding fait allumer des torches de paille pour éclairer la fin de l'œuvre sanglante. Lorsque la soixantième est abattue, Reding s'éloigne de la foule saisie d^herreur.
Les Confédérés retournèrent contre Zurich avec 20,000 hommes et mirent le siège devant la ville dans l'été de 1444. Les Zuricois se défendirent avec courage. Seize d'entr'eux, surnommés les boucs, avaient formé une société militaire et firent beaucoup de mal aux Confédérés qu'ils attaquaient en partisans.
La noblesse autrichienne de l'Aargovie aussi fut active dans l'intérêt de Zurich. Le comte souverain du Bouchsgau etduSissgau, Thomas de Falkenstein, pour nuire aux Bernois, envoja deux de ses gens avec ordre de mettre le feu à la ville d'Aarau pendant la nuit. Ce coup n'ajant pas réussi , il traversa à cheval la ville de Brougg, accompagné des deux seigneurs de Baldegg,
et dit : Nous venons du camp de Zurich ;| et nout allons à Bâle chercher le seigneur ^cyé que pour nous aider à faire la paix. La seconde nuit après cela^ il reparait aux portes de Brougg. ),Nous apportons la paix^ ^dit-il,** yoici le seigneur éyêque; ouvrez-nous.'* A ses côtés se trouvaient deux de ses gens revêtus des couleurs de Bâle. Le gardien trompé ayant ouvert la porte de la ville, Falkenstein y entra avec 400 cavaliers, pilla la ville, fit saisir et enfermer Tavojer ËfEnguer, les membres du conseil et les principaux citoyens. Il se proposait de les faire décapiter au point du jour. Mais le bruit de son action s'était déjà répandu dans les environs; les paysans se levèrent de tous côtés. Falkenstein fit mettre le feu à la ville et emmener les prisonniers. Ils devaient être exécutés dans une forêt de chênes, non loin de Brougg. A la prière de Jean de Rechberg, l'un des complices de Falkenstein, ils furent emmenés à Laufenbourg et gardés secrètement dans une tour située sur un rocher an bord du Rhin. L'un d'eux, Burgui Ku£fer, descendit de la tour au moyen d'une corde faite avec ses draps et ses couvertures, s'élança dans les flots du Rhin, parvint à s'échapper et découvrit tout. Les dames de Brougg rachetèrent la liberté de leurs maris à force d'or. Pour venger cette action, les Soleurois démolirent les châteaux de Gœsguen et de Farnsbourg qui appartenaient à Falkenstein.
Cependant la ville de Zurich était toujours assiégée et vivement pressée. L'empereur, occupé à une guerre lointaine, ne pouvait j envoyer aucun secours. Il pria le roi de France de le secourir contre les Suisses. A cette époque, la France était couverte de troupes indisciplinées, parmi lesquelles se trouvaient des Anglais et d'autres étrangers qui, jusqu'à leur défaite, hii
araîent fait )a guerre sout 1« commandement dii comte d'Armagnac. Le roi les réunit^ leur donna de^ chefs et les -envoya au secours de Zurich SjOus les ordres de J'hë-* ritier de Ja couronne, le dauphin Louis. Les Armagnacs étaient au nombre de 30^000 ; ils arriyèrent près de £âJe pendant que les Soleurois, aidés par des troupes de Berne, de Luceme et de Bâle, assiégeaient la haute forteresse de Farnsbourg. Ceux-ci enrojérent en hâte des messagers au camp derant ZuricK pour demander du secours contre les nombreux Armagnaës. ,, Ce ne sont que de misérables fats,*' répondirent les assiégeans, M ils se contentèrent d'envojrer à Farnsbourg un ren-^ fort de: 600 hommes.
A la nouvelle que les Français couvraient déjà les champs de Munchenstein, non loin de Bâle, 900 de «eux qui assiégeaient Farnsbourg et les 600 hommes nouvellement arrivés allèrent à leur rencontre. Le 26 aoàt i444, au p^pint du jour, ils trouvèrent 4000 Armagnacs devant le village de Pratteleu; ils leur livrèrent un combat sanglant, les repoussèrent dans leurs fortifications près de Mouttenz, puis les forcèrent d'en sortir et de se jeter dans les flots de la Bits qui coule près de là.
Du haut des tours de leur ville, les ha-bitans de Bàle furent témoins de la valeur avec laquelle la petite troupe des Suisses s'avançait contre un ennemi si supérieur en nombre. Trois mille Bâloîs sortirent de la ville pour engager les Suisses à s*j retirer. Ils ny réussirent pas. Les Confédérés traversèrent la Birs à la nage , arrivèrent au rivage opposé, malgré les terribles décharges^ des ennemis, dont toutes les forces étaient rangées sur les bords de la nrière. Ils pénétrèrent dans ces hordes innombrables, semblablcv^^ à des anges destructeurs. Ils iuuent bientôt séparés , mais jis ne s'en battirent {^s
•moins 9 500 dans une plaine^ les antres derrière le mur ^u jardin de Thôpital près de Saint-Jaques. Terribles xomme des lions, ceux dé la plaine se battirent ayec acharnement jusqu'à ce qu'ils tombèrent morts sur les i^davres d'ennemis nombreux; tués, leurs rangs étaient aussi serrés que pendant la bataille. Terribles comme des lions 9 ceux du jardin se battirent avec non moins de courage derrière leur mur; trois fois ils^ repoussèrent Tassaut; deux fois ils firent une sortie; le mur croula; l'hôpital et la chapelle brûlèrent. Tous les Confédérés moururent en héros. On en trouva 99 étouffés dans lés voûtes des caves. Mais des milliers d'hotnmeè ^t àt chevaux ennemis jonchaient la terre entre Sainte-Jaques €t Prattelen.
A la fin de la bataille qui avait duré dix heures, comme le chevalier Bourkard Muncb, «eigneui^ d'Auen* stein et de Landskrone, ennemi des Confédérés > parcourait à cheval le champ de bataille, acci^iUpâgné de cjuelques autres chevaliers, et foulaût les cadavres àe^ Suisses-, il s'écria dans sa joie : ^ Maintenant' }e nie baigné dans les roses.** Alors > se relevant du milieu des morts, le capitaine Arnold Scbik d'Uri lui 'crià : ), Baise encore cette rose-ci ! ** et lança au front de Bourkard une pierre qui lui porta «n 'Cdup mortel.
Quinze cents Confédérés moururent glorieusement à Saint-Jaques ; dix seulement sauvèrent leurs jotxts par la fuite. Ils furent Jionnis dans toute la Suisse et repoussés partout, pour n*avoir pas voulu partager en vrais Suisses avec les héros 1$. gloire de leur courage et là gloire de leur trépas.
Le daiipliin s'drréta sur le champ du carnage et n'osa pas aller plus avant. Il venait d'apprendre <|ae les Confédérés avaient quitté les murs dé Zurich pour aàarcher <;ontre loi avec toutes leurs forces^ ^Si des
centaines nons ont £ait nager dans notre sang, 6*écrîa« t-il^ que ne feront pas des milliers?'^ — Plein de respect pour leur bravoure 9 il conclut avec eux une paix à Ënsisheim.
Cependant la guerre intérieure^ contre Zurich^ l'Autriche et la noblesse dévouée à cette puissance^ continuait toujours. Bâle se joignit courageusement et franchement aux Confédérés > partagea avec eux tous les dangers des combats^ chassa de son sein tous les nobles qui avaient aidé les Armagnacs de leur conseil et «de leur secours. Ses troupes marchèrent avec celles de Berne et de Soleure sur Rheinfelden. Cette ville était dévouée aux Confédérés^ mais Sa forteresse située sur un rocher dans le Rhin était occupée par Jean de Falkenstein, par Hallwjl^ par beaucoup' de gentilshommes et d'Autrichiens. Tous ceux-ci s'enfuirent de nuit; la forteresse fut ruinée. — Rapperswjl dut aussi endurer un nouveau siège; c'était une place forte. Jean deRechberg et les Zuricois la soutenaient vigoureusement Mais Itê troupes de Schwjz et de Lucerne les battirent complètement près de Wollrau , dans une belle nuit d'hiver (le 16 décembre 1445). L'année suivante (le 6 mars 1446), les Autrichiens éprouvèrent une défaite plus sanglante encore, lorsque, au nombre de 6000 hommes (Jean de Rechberg était avec eux), ils voulurent pénétrer en Suisse près de Raga2: 1100 Confédérés de tous les cantons remportèrent cette victoire décisive ^ dont la paix fut le résultat.
Une guerre si peu glorieuse pour lui déplaisait à l'empereur, qui d'ailleurs avait d'autres embarras do cette nature. Stussi ajant été tué et Itel Reding étant aussi mort, Zurich et les Confédérés se rapprochèrent sans peine. A la vérité le feu et le fer faisaient encore ;a et là quelques ravages, mais on négociait avec acti-
▼itCî jusqu'à ce que Taroyer de Berne, Henri de Boubenberg, prononça le 13 de Juillet 1450, cette sentence arbitrale: ,,Zuricb renoncera à son alliance atcc PAutricbe et recouvrera le territoire que les Confédérés lui ont enleyé, à Texception' de celui qu'elle ayait perdu précédemment sur les bords supérieurs du lac*).** — Toutes les parties consentirent à laisser le Togguenboarg à un parent du comte, au seigneur de Raron, qui le vendit plus ta|d (en 1469) à Tabbé de Saint-Gall.
Rheinfelden est dévasté j Friboui^ tombe au pouvoir de la Savoie; la Thurgovie devient un bailliage commun de la Confédération.
(De l'an i45o à Tan i468.)
Tandis que les Confédérés étaient occupés à {faire la paix, il arriva un forfait inoui. La ville impériale de Rbeinfelden, dévouée aux Suisses, autrefois hypothéquée à FAutricbe, puis rendue à TËmpire, était confiée à la protection de Bâle , de Berne et de Soleure. Ne soupçonnant ni danger, ni mauvais dessein, chacune de ces villes s*était contentée d'y envoyer une garde pour la représenter. Mais le chevalier Guillaume de Grunenberg, à qui FAutriche avait permis de prendre la ville de Rheinfelden comme hypothèque, en rem- . placement du château qu'on lui avait ruiné, désirait se mettre en possession de cette ville. U engagea Jean de
*) La rive méridionale de la plus petite partie da lac à Torient du pont de PfxfEkon; ce territoire £ût aujoard'hni partie du canton de Schivjrz,
Rechbcrg à la lut conquérir par rus€. Tliomas de Fal^^ kensteiii y l'ii^ceadiaire d'Aarau, Fauteur du massacre Docturue de Brougg^ se montra aussi disposé à secou-r der cette entreprise.
Un matin (en novembre 1448) pendant le servie^ divin ^ on vit arriver devant la ville un bateau cbargé de bois qui descendait le Rbin ; quelques hommes en longs sarraux gris^ qui s'jr trouvaient ^ dirent qu'ils ve« naient comme, pèlerins de Notrc-Dame-'des-Ërmites^ et qu'ils s'arrêteraient dans la ville pourdiner. Mais dés qu'ils furent sous la porte de la ville ^ ils jetèrent leurs sarraux^ se montrèrent armés et cuirassés et tuèrent Jes gardes et les péagers; 120 hommes armés sortirent de dessous le bois du bateau et portèrent le carnage daa$ la ville^ Grunenberg à la tête de 600 hommes ^ qui s'étaient tenus cachés^ entra par la porte opposée après l'avoir enfoncée* Ils massacrèrent ceux qu'ils trouvèrent dans les rues^ pillèrent les maisons ^ commirent tous les excès 5 chassèrent hommes^ femmes^ enfans; ceux-ci^ dépouillés de tout> se retirèrent à Bàle^ où ils furent acciii«iUi4 p4r la pitié et logés dans l'hôpital et dans les
|.es Bàlois ae sfen tinrent pas là. Ils se mirent en marche ) en troupe nombreuse^ animés par la vengeance^ battirent Rechberg et Falkenst^in, et brûlèrent beaucoup de châteaux 9 repaires de brigands nobles. Mais lorsque bientôt après le traité de paix eut rendu Rheinfelden à Ja maison d'Autriche^ les nobles > obligés d^ar bandonner la ville ^ emportèrent tous les meubles et les ustensiles^ bris'èrent les portes^ les fenêtres^ les poiles^ et ne laissèrent que les murs. . <-
Une grande partie de la Suisse était désolée par la guerre. Le commerce et les métiers languissaient dans les villes; dans les campagnes l'agriculture était négligée.
Cette 'guerre insentée avait coûte ani Zurico» ifi^OfiùO flofins. Ils retirèrent tout i'argent^qu'ils avaient prêtée L'empereur Stgismond leur ajrant hypothéqué le comté de Kjbourg et ne pouvant pas dégager son hypothèque^ la maison d'Autriche leur abandonna en propriété per* pétuelle ce comté ^ à titre de payement.
La guerre avait fait naître entre Berne et Fribourg^ une animosité qui subsistait encore; toujours dévoué à l'Autriche, Fribourg s*était toujours montré contraire aux Bernois et aux Confédérés. Fribourg avait passé de» mains des ducs de Zsehringuen, ses fondateurs, aux héritiers de Kybonrg, qui la vendirent à l'Autriche; de là ce grand dévouement à cette maison. Aussi Berna s'empressa-t-il de fournir du secours au duc de Savoie, dans les différens qui s'élevèrent entre lui et Fribourg et qui finirent par une guerre.
La paix rétablie, PAutriche récompensa mal la fidé<« lité des Fribourgeois. £ile les traita durement, cassa^ arbitrairement les avoyers et le conseil , refusa de rendre les sommes empruntées, et donna Je potnmandement à» la ville au maréchal Thuring de Hallwyl, dont fautow rite fut sans bornes, et la domination sans me^re^ Cette conduite aliéna ïes cœurs des citoyens etfitnaltie des conspirations et des troables; le peuple songea àè% ce moment à secouer le {oug de l'Autriche. Berne s'en réjouit dans Pespoir de profiter de ces circonstances et d'éloigner à jamais de son voisinage l'influence redou«4 table de l'Autaiche* Dans le même temps le duc de Savoie réclama de la ville épuisée 200,&0Û florins qu'elle lui devait Le mauvais état des afl&ires fil- comprendre à l'Autriche qu'elle ne pouvait plus conserver Fribourg.: elle négocia avec la Savoie et fut bientôt d'accord avec elle. L'Autriche ordonna au maréchal de Hallwyl de quitter la ville* Cet ordre l'affligea. Il dit àu;K Fribour-
geois que le duc Albert allait arrirer dans leur yîUe; qu'on préparât unç réception solennelle^ et que les citoyens lui envoyassent leur argenterie, afin qu'il pût traiter le duc ayec la splendeur conyenable. Dès qu'il eut reçu l'argenterie il la fit emballer et l'expédia secrètement* Puis il monta à cheval avec ses chevaliers comme; pour aller au devant du duc ; Tavoyer et beaucoup de conseillers les accompagnèrent. Aune lieue de la ville, il se retourna , remit à l'avoyer un acte par lequel le duc Albert renonçait à ses droits sur Fribourg; puis il ajouta : „ Votre argenterie est le prix de votre liberté. Adieu! '**— Hallwyl piqua des deux ; les Fribourgeois retournèrent chez eux remplis d'étonnement
Mais il y eut de nouveaux désordres, une nouvelle agitation. Le peuple de la campagne était en opposition avec la ville. La ville, de son côté, craignait de retomber sous la puissance des Bernois. Le duc de Savoie exigeait impérieusement le payement de la somme qu'on lui devait. Jeté par là dans un grand embar^ ras , le conseil de. Fribourg se soumit à la domination et à la protection du duc de Savoie. Le 10 de juin 1452, dans l'église cathédrale de Saint-Nicolas, l'avoyer, le conseil, les soixante, les bannerets, les deux-cents, toute la communauté de la ville et des campagnes, jurèrent fidélité au duc de Savoie, qui, à son tour, confirma à la ville et à la campagne qui en dépendait de très-anciens privilèges.
Sur ces entrefaites, malgré la paix on n'était pas tranquille dans le reste de la Suisse. Les guerres continuelles avaient donné aux mœurs de la rudesse et aux esprits des goûts militaires. L'homme du peuple aimait mieux se battre et faire du butin, que de labourer la terre, conduire des troupeaux ou exercer^ un métier. Quand son pays était en paix, il suivait le son du tambour dans
un pays étranger. Des enrôleurs Tenaient engager des $oldats pour le service d'Allemagne et pour celui de France. De leur c6té^ les seigneurs et les gourememens , toa>* jours avides de s'agrandir > cherchaient à se faire une for* tune et un nom auprès des souverains^ pareequ'ils 8>» considéraient eux-mêmes comme les souverains de leurs peuples.
Vojant ces dispositions, le roi de France témoigna beaucoup d'amitié aux Confédérés > fit une alliance avec eux 9 comme avec de bons voisins (en 1453), et des centaines de Suisses grossirent ses troupes et lui vendirent leur courage. Le duc de Milan, par le m霫 principe, fit cession à perpétuité au canton d'Uri dv val Livino, et conclut un traité ou capitulation (en 1467) avec les Suisses, relativemeut.au droit de passage, ji la liberté de commerce > au péage et aux différent juridiques. Ce furent là les premiers traités des Suisses avec ces voisins dont ils devaient ensuite arroser les champs de tant de sang si précieux et si honteusement vendu 1
Cependant ils avaient constamment chez eux dés sujets de querelle ou de guerre. Quand on en cherche, on en trouve toujours de justes ou d'injustes. La villo de Strasbouig s'était plainte auprès du gouvernement de Zurich que le gentilhomme-brigand, comte de Thenguen, pillait les négocians strasbourgeois , les Zuricois coururent venger leurs amis. Us prirent Fgliçau et Rheinau^ et gardèrent, pour les frais de la guerre, Eglisau et le couvent de Rheinau sous la protection de la Suisse (en 1457). Pour témoigner sa reconnaissance, Strasbourg invita la vaillante jeunesse de Zurich à une fête consacrée à la victoire et à Tamitié. Leé jeunes Zuricois descendirent en bateaux la Limmat, l'Aar et le Rhin jusqu'à Strasbourg; ils prirent avec eux de la
bouillie de mil brûlante et de petits pains chauds, le tout bien enveloppé. Le soir ils débarquèrent à Strasboui^ et offrirent dans le jojeux repas leur bouillie et leurs petits pains encore chauds ^ pour montrer avec quelle célérité des amis peuvent se rendre auprès de leurs amis.
L'année suivante une fête militaire à Constance eut une issue funeste. Un citoyen de Constance refusa de recevoir d*un Lucernois un plappart bernois (le plappart était la vingt-neuvième partie du florin), et appela avec mépris la monnaie suisse plappart de vache. Piqués de cette injure, tous les Suisses quittèrent la fête, ils revinrent bientôt^ au nombre de 4000 hommes de tous les cantons, et ravagèrent les biens que la ville de Constance possédait dkns la Thurgovie. Elle ne put racheter la paix qu'à force d'argent. Cette guerre fut . nommée guerre de plappart.
Comme les Confédérés retournaient dans leurs foyers, sur leur route 300 hommes d'Uri, de Schwjz et d'Unterwalden demandèrent à la ville de Rapperswyl le passage et un gite. On reçut amicalement les Suisses fatigués; car les habitans de Rapperswyl, quoique toujours fidèles et dévoués aux ducs d'Autriche, avaient eu constamment à supporter de leur part de mauvais procédés. Cela avait puissamment disposé les habitans de Rapperswyl en faveur des Confédérés ; aussi les reçurentils avec la plus généreuse hospitalité, et cette même nuit. on se jura mutuellement amitié éternelle; sans égard pour l'Autriche, Rapperswyl fit une alliance défensive avec les trois Waldstœtten et Claris.
Celte alliance enflamma le courroux de l'archiduc Sigismond; mais des embarras bien plus grands le tinrent tout occupé ailleurs et ne lui permirent pas de songer aux Confédérés. Le pape lui-même était en
querelle avec Tarcliidac; il Texcommunia et loinma les Suisses de s'emparer des biens que rAutriche po8« sédait encore dans leur pajs. Ceux-ci^ sachant bien que non-seulement le pape mais encore l'empereur était contre l'archiduc y se trouvèrent bientôt sous les armes et envahirent la Thurgovie^ qui fut obligée de prêter serment de fidélité aux sept cantons de la Confédération , avec la réserve de ses droits et de ses institua tions judiciaires. Diessenhofen se défendit en vain avec courage^ dans l'intérêt de l'Autriche. Tout le peuple des campagnes était pour les Suisses. Dés ce momebt les Confédérés , Appenzell excepté ^ conservèrent les droits que l'Autriche avajt eus sur la Thurgovie. L'archiduc TOjant que tout était perdu pour lui dans ce pajs^ vendit aux Zuricois la ville de Winterthour. C'est ainsi que la belle et vaste Thurgovie devint domaine suisse l'an
A la même époque^ Mulhouse, ville impériale dans l'Alsace, eut beaucoup à souffrir du brigandage de la noblesse des environs, et se trouva hors d'état de lui résister plus longtems. Un maitre meunier avait retranché six plapparts du gage d'un de ses domestiques; celui-ci avait imploré l'assistance d'un gentilhomme; le gentilhomme en prit occasion de chercher querelle à la ville. De là une guerre. Mulhouse demanda du secours aux Confédérés. Amis de cette ville, les Suisses se montrèrent prêts à la soutenir. La noblesse sut mettre Sigismond duc d'Autriche dans ses intérêts. Après de long pourparlers sans résultats, les torches de la guerre, allumées de nouveau', ravagèrent la contrée qui s'étend depuis SchafFhouse jusqu'à Waldshout et Mulhouse. Beaucoup de châteaux et de villages furent changés en déserts, beaucoup d'hommes nojés dans leur sang. Vainqueuï^s sur tous les points, les Confédérés mirent
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à la un le siëge deyant Waldshoat. Berne était d^am que l'on prit la ville d'assaut pour qu'à Pavenir elle puisse servir de rempart à la Suisse contre l'Allemagne^ Les autres cantons avaient des vues moins grandes. Berno se tut à regret en voyant 8e$ Confédérés accepter un traité de pa1x> moyennant le payement des frais de la guerre. Enfin on conclut à Waldshout une paix qui mitSchafThouse et Mulhouse à l'abri des attaques de l'Autriche et de la noblesse. Ce fut en 1468. La même année le duc Sigismond fit aux Confédérés une cession solennelle de tous ses droits sur la Thurgoyie.
Union des trois ligues de la Rhe'tie. Discorde à Berne. Commencement de la guerre de Bourgogne.
(De l'an 1469 k Fan 1476.)
Les Grisons n'avaient pris aucune part à ces guerres et à ces troubles qui désolaient la Suisse^ quelquefois même pour un plappart. Ils vivaient alors dans l'in*» nocence de leur premier amour pour la liberté et pour les droits étemels que Dieu a donnés à tous les hommes. Ils ressemblaient à ces premiers Confédérés qui^ loin d'être avares de la liberté^ aimaient la voir fleurir chez, les autres 9 ne demandaient qu'à être indépendans de la tyrannie et des caprices de seigneurs puissans ou de princes 9 et ne désiraient point acheter ou conquérir des sujets et des esclaves. Beaucoup de vallées des trois ligues rachetèrent à grand prix les impositions qu'elles payaient à leurs anciens seigneurs; jamais elles n'employèrent^ pour s'en affranchir^ la violence et la sédi-
tîon. Mais lorsqne; malgré le rachat de ces droits , des seigneui-s sans conscience voulaient de nouveau imposer l«nr joug à des hommes légitimement lihres^ le peuple^ les armes à la main, se jetait avec la force du lion courroucé sur les ennemis de ses droits et de son bonheur, et triomphait comme les premiers Confédérés. La vallée de Schams renferme les ossemens de beaucoup de seigneurs hautains tués (en 1450) pour avoir formé une bande noire contre les descendans de Jean Ghaldar.
Pour se fortifier contre toutes les attaques de leurs ennemis et pour maintenir la concorde, des députés de toutes les communes et de toutes les juridictions des trois ligues s'assemblèrent dans le petit village de Vazerol, au centre du pajs (1471}. Là les trois ligues jurèrent de rester à jamais unies pour le maintien de leurs droits, de partager les périls et la mort, de se défendre contre les ennemis étrangers, comme un seul peuple et un seul corps, de délibérer en commun sur leurs intérêts et de juger leurs différens dans une diète annuelle. Il fut convenu que la diète se tiendrait alternativement à Coire dans la ligue delà Maisondieu^ à Ilanz dans la Haute ligue et à Davos dans celle des Dix juridictions. Les députés de la diète ne seraient pas investis du droit de conclure, mais auraient seulement le droit d'initiative; Padoption ou le rejet de leurs propositions appartiendrait au peuple assemblé en communes. Au cas qu'il survint un différend entre deux des ligues, la troisième serait arbitre; ce que deux ligues décideraient serait obligatoire pour la troisième. Telle était celte organisation politique. Chaque communauté avait ses lois et son chef; plusieurs communautés réunies étaient gouvernées par un landamman et avaient leur basse et leur haute justice; c'est pour-
quoi une semblable réanion de communant^s s'appelait une hante justice; plusieurs hantes Justices formaient uiM lig^e^ les trois composaient la république des Grisons» Le peuple élisait et installait lui-même ses magistrats; son choix tombait toujours sur les gens de bien les plus estimables et qui lui inspiraient le plus de confiance.
Tandis que la concorde s^affermissait dans les Alpes rhétiennes, la discorde faillit à jeter Berne dans un abime de maux. Cette ville ^ bâtie autrefois par le duo de Zachringuen sur un soi libre ^ peuplée de citojreni libres et d^artisans laborieux ^ comptait aussi parmi ses citojens des seigneurs justiciers du voisinage; la ville protégeait les droits que ces seigneurs possédaient sur son territoire ; les seigneurs , en échange , prenaient dans toutes les occasions les intérêts de la ville en bons citojens. Un grand nombre de ces familles nobles siégeaient dans le conseil et s^étaient de tout temps rendues utiles à la chose publique par leur sagesse f leur courage et leurs biens. Ils avaient surtout aidé la ville à augmenter le nombre de ses sujets. par des conquêtes et des achats^ et à se mettre par là en grande considération parmi les Confédérés. Toutefois les simples bourgeois se crojaient les égaux des noËles familles de ces seigneurs^ tandis que ceux-ci laissaient tomber des regards dédaigneux sur les pelletiers^ les bouchers^ les boulangers et d'autres artisans honorables^ et se targuaient ridiculement de leur noble origine et de la série de leurs aïeux. CeUe morgue excita les bourgeois à les humilier et à les vexer en toute rencontre. '
Une occasion particulière fit éclater leur haine à répoque dont nous parlons. Un bailli *) de la seigneurie
*) Frei\veibel\ magistrat k qui appartenaient le» jugemeos de première instance dans la police judiciaire et administrative.
de Worb^ qui avait outrepassé sa compétence, donna lieu à une grande division d'opinions dans le conseil de Berne. Condamné par ses^ juges ^ le bailli en appela au grand conseil; de là deux partis : celui des seigneurs ligués pour le maintien de leurs prérogatives légitimes et obstinés à demander un tribunal impartial, et celui des autres membres du grand conseil; le cbef de ce dernier parti était un boucber, Pierre Kistler. Mais on refusa solennellement de reconnaître les prérogatives des seigneurs 5 c'est pourquoi tous abandonnèrent la ville avec leurs femmes et leurs enfans, et se retirèrent dans leurs terres seigneuriales. Devenu ensuite avojer de Berne (en 1470), Pierre Kîstler se plut à bumilier les nobles et à les assimiler en tout aux autres citojens* Les avojers, conseils et bourgeois de Berne publièrent^ en conséquence, une ordonnance sévère contre le luxe des babillemens. £n apprenant qu'elles devaient renon^ cer aux longues queues de leurs robes, les femmes et les filles des nobles éclatèrent en lamentations et engagèrent leurs maris à refuser obéissance, vu que la longue queue était Ja marque diatinctive de la noblesse. De nouveaux trouilles s'élevèrent; les Confédérés inquiets offrirent leui^ médiation. Le conseil de Berne trouva bon de ne pas pousser plus loin cette affaire et de laisser tomber l'ordonnance.
Il agit sagement; car bientôt après les Suisses eurent besoin de ]a plus parfaite concorde, pour ne pas devenir la proie de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. Ce prince, superbe, ambitieux, avide de gloire, s'enflammait de colère à la moindre résistance. Sa do»* mination s'étendait depuis les frontières septentrionales de la Suisse, le Jura et le Rhin, entre ce fleuve et la France, jusqu'à la mer du nord. Il avait chassé, les armes à la main, René, duc de Lorraine, et, s'avau-
çant jnsque sous lç< murs de Paris ^ arait effrajé sur son trÔDe le roi Louis XI. Celui-ci haïssait le duc de Bourgogne et lui suscitait sans relâche de noureaux ennemie. Il ^adressa aussi avec beaucoup de flatteries aux Suisses dont il arait appris à eonnaitre la râleur redoutable dans les plaines de Saint-Jaques^ lorsqu'il B^ëtait encore] que dauphin. Pour obtenir leur secours contre le duc^ il n'épargna ni les présens ^ ni les chaînes d'or qu'il enrojait aux conseillers les plus influens dans les rilles de la Suisse. René de Lorraine^ chassé de ses états ^ implora aussi leur assistance^ et même i'empe^ reur d'Allemagne les encourageait à marcher contre la Bourgogne. A ta rérité ils n'araient pas à se plaindre du duc^ quoique son bailli^ Pierre de Haguenbach^ se fut montré négligent à protéger les négocians suisses , quelquefois maltraités en trarersant la Bourgogne. Mais ils ne résistèrent pas aux prières et aux présens du roi de France; la jeunesse belliqueuse des rilles était sur-» tout aride de noureaux exploits. L'Autriche , la Lorraine et d'autres puissances de l'Allemagne s'étaient coalisées ^ de leur aôté, coottre la Bourgogne.
Ainsi les Confédérés firent un traité ar«c la France (en 1474) et fondirent arec 8000 hommes sur la Haute-* Bourgogne^ pillant et brûlant tout; les Lorrains et les Autrichiens j. entrèrent en même temps au noinbre de iO^OOO. Des troupes de Bâie^ de Fribonrg^ de âchafl^ house^ de Saint-Gall^ s'étaient jointes aux Confédérés. On exerça les plus affreux rarages et l'on maltraita cruellement les comtes et les seigneurs du Pa^de-Yaud^ dévoués à la Bourgogne^ ainsi que le duo de Saroie^ qui arait embrassé le parti de Charles le Téméraire. Les Bernois et les Fribourgeois prirent Morat qu'ils obligèrent à leur jurer obéissance. Les bannières de& GonCédérés flottaient au loin le long des rires du lac
JLéman. Un graad nombre de châteaux deyinrent la proie des flammes. Ils mirent une garnison dans la citadelle de Grandson au bord du lac de Neuchâtel. Les Yalaisans se joignirent à eux et leur aidèrent à cambattre la grande puissance de la Saroie devenue leur ennemie.
Lorsque les Suisses furent bien engagés dans cette guerre qu'ils faisaient pour le roi de France et pour l'empereur d'Allemagne^ ces deux princes les abandonnèrent inopinément par la plus lâche perfidie. L'empereur, le premier y fit la paix arec le duc de Bourgogne, et douze semaines plus tard le roi de France conclut avec lui une trêve de plusieurs années (1475}. Il avait cependant promis aux Suisses de joindre ses armes aux leurs ^ bien loin de cela, il accorda même le libre passage au duc pour marcher contre les Confédérés. C'était à eux que Charles en voulait le plus ; il avait résolu dé les humilier et d'en tirer vengeance. Charles avait une fille unique, héritière de tous se^ états; il éblouit le roi et l'empereur en les flattaât séparément de l'espérance que le fils de l'un et de l'autre obtiendrait la main de sa fille et toutes ses richesses. Mais, en effet, il ne songeait à rien moins qu'à une pareille union.
S'étant ainsi débarrassé' de ces deux puissans ennemis, il leva une armée considérable soit dans ses états, soit en France et en Italie. Les Confédérés trahis furent effrajés de* ces préparatifs; ils lui envoyèrent deux ambassadeurs pour lui offrir la paix, une alliance exclusive et toute espèce de satisfaction; mais il rejeta fièrement leurs offre/ j, traversa le Jura jlepuis Besançon à la tét« de 60,000 hommes, marcha sur la ville de Grandson, bien résolu d'immoler les Suisses i sa vengeance. C'était au mois de mars 1476.
Issue de la guerre de Bourgogne. — Frlbourg
devient libre.
(De l'an 1476 à Fan 1477.}
Lorsque le duc de Bourgogne eut passé le Jura , la ville d'Yverdun se trouva déjà en la puissance de ses soldats, grâce à la trahison de quelques citoyens. Le cliàteau seul^ défendu par une vaillante troupe de Ber-* nois^ .tenait encore. Lorsqu'il parut devant Grandson^ la petite garnison de cette ville résista avec intrépidité an courroux de ce prince, et ne fut point Ajntimidée par les assauts qu'elle avait à soutenir le jour et la nuit. Irrité d'avoir été arrêté inutilement dix jours entiers devant cette misérable place, il ordonna une attaque générale, menaçant les Suisses de faire pendre, après la prise du château, tous ceux qui résisteraient plus longtemps. Celte menace éhranla le courage. d'un grand nombre des assiégé^ et surtout de leur lâche capitaine Jean Wjler. Dans ce moment arriva vers eux^ du camp ennemi, un gentillvomme bourguignon qui parlait l'allemand : il loua leur courage, dit que le duo le respectait et leur promettait une libre retraite s'ils renonçaient à l'heure même à leur résistance valeureuse ^ mais insensée. Ce discours les persuada. Pour témoigner leur reconnaissance à leur médiateur^ ils lui firent un présent de cent florins, et sortirent sans soupçon du château. Mais le duc les fit saisir, dépouiller de Jeurs habillemens et pendre aux arbres p a -lU* centaines ; ' d'autres furent cruellement traînés dans l'eau et tiraillés avec des cordes jusqu'à ce qu'ils fussent nojés.
Saisis d'horreur, les Confédérés, forts de 20,000 hommes, marchèrent sans hésiter sur Grandson contre
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^une armée trois fois aussi nombreuse. Au point du jour idu 3 mars 1476^ les soldats de Lucerne^ de Schwjz et ,de rOberland bernois^ se montrèrent comme ayant-garde .dans les vignobles situés entre le lac de NenohAtel et la cbaine du Jura. Apres avoir fait leur prière, ils com- .n)encèrent Tattaque. Les Fribourgeois et les Bernois .avancèrent d'un pas ferme, conduit par un guerrier expérimenté Jean de Hallwjrl et par Tavojer de Berne Nicolas de Scbarnacbtbal. Cette avant -garde s'était déjà ;l>attue vaillamment pendant plusieurs heures et beaucoup Jie sang avait coulé , lorsque le gros de l'armée confédérée parut sur les hauteurs , dans l'éclat du soleil du midi. Du baut des collines retentit le sou éclatant du xor d'Unterwalden , et le sombre mugissem^ent du taureau*) d'Uri; on vit s'approcher les bannières flottantes de Zurich et de SchafThouse. ^Quelles sont ces troupes?*' ^demanda le duc. „Cg sont les hommes devant lesquels l'Autriche a fui," répondit le seigneur de Stein. ,,Mair .heur à nousl" s'écria le duc; ,,une poignée de ces hommes nous à fatigués depuis le point du j^r jusqu'à cette, heure; que deviendrons-nous maintenant vis-àvis de leur multitude?" La terreur s'empara de ses troupes lorsque l'œuvre sanglante recommença. £n vain le duc s'opposa aux fuyards; loin de pouvoir les arrêter, il fut entraîné par eux. Les Suisses acharnés les poursuivirent jusque fort avant dans la nuit. Mais lorsque les soldat^ de Berne et de Fribourg virent devant Grandson les malheureux pendus aux arbres, ils montèrent au château, animés par la vengeance. Les soldats bourguignons se rendirent en tremblant ; mais ils furent tous pendus sans miséricorde à la place des cadavres des Suisses que leurs amis enlevèrent.
*) Espèce de cor qui imite le mugissement de cet aninuil.
Charles le Téméraire perdit mille Hommes et son camp opulent 9 dont les richesses valaient au-delà d^on million de florins. Sa parure dacale^ ornée de diamans, de ruhis^ d'autres pierres précieuses et de pertes, tomba aassi au pouvoir des vainqueurs. Un Suisse trouva sur la grande route un diamant, gros comme la moitié d'une noix. Il voulut d'abord }eter qette pierre brillante, dont il ne soupçonnait pas la valeur; cependant il la garda et la vendit à un prêtre pour trois francs *), Apres avoir passé de main en main , ce diamant fut vendu au pape pour vingt mille ducats, et il brille encore aujourd'hui sur la triple couronne. Un autre diamant, également trouvé dans ce camp , parvint par des ventes et des achats successifs jusqu'à la couronne rojale de France. Telle fut la richesse et la magnificence du butin.
Cependant Charles retourna bientôt en Suisse, par Lausanne , avec de nouvelles forces. Il passa son armée en revue près de Lausanne, au mois d'avril; elle était considérable. Puis il se rapprocha des rives du lac de Neuehatel , et de là il s'avança sur Morat. Adrien de Boubenberg, avec 600 braves et les habitans de la ville, y fit une plus grande résistance que les défenseurs de Grandson. Tandis que le duc se trouvait arrêté là , les Confédérés et leurs amis rassemblèrent leurs troupes. Déjà Horat était en grand danger ; ses murs et ses tours avaient des brèches; le rempart s'ébranlait, mais non le courage de Boubenberg et des héros qu'il commandait. Il tint ferme jusqu'à ce qu'il vit arriver de tous côtés les Confédérés et leurs alliés de Bienne, des villes de l'Alsace, deBâle, de Saint- Gall et de Schaffhouse. Ils marchèrent en avant; sur leurs pas, malgré le mauvais temps et les mauvais chemins , des troupes de Zurich , de
*} Un franc de Suisse vaut i fr. 5o e. de France.
Tkargotie, cPAargow, de S^trgans, Tenaient cii grande hâte. Jean Waldmann^ géljÉPal des Zurîcois, arrivé à Berne Ist Teîltè de la bataille^ Vaecorda à ses troupes ha-» rassées que quelques heures de repos; à dix heures du soir il fit sonner le réyeil et se remit en marche. La yilie était illuminée ; devant toutes les maisons te trou*^ vaient des tables servies pour les braves. Tout partit pour l'armée de Morat^ dans Ppbscurité de la nuit^ au mFlieu de Forage et de la pluie.
Le jour vint; c'était le 22 de juin; le ciel était couvert de nuages; la pluie tombait par torrens* Les. Bourguignons déployèrent leurs lignes immenses devant les jeux des Suisses» Ceux-ci comptaient à peine 34^000 eombattans. Avant de donner Je signal de l'attaque ^ Jean de Hallwjl tomba à genoux avec son armée. Pendant qu'ils priaient le soleil perça de ses rajons les nuages. Aussitôt Jean de Hallwjl agita ^on épée en s'écriants ^ Levez-vous I levez-vous. Confédérés! Dieu vient éclai-i rer notre victoire.*' Il dit Aussitôt retentit le bruit des armes; on se heurte, on se frappe; la bataille s'étend depuis le lac jusque sur les hauteurs. Hallwjl comman^ dait la gauche ; à droite se battait le fort de l'armée suisse, sQus les ordres de Jean Waldmann ; sous les arbres du rivage, Adrien de Boubenberg. HaUwyl avait à soutenir un combat terrible , il se soutint jusqu'à ce qu'il vit paraître au haut de la colline , sur les derrières des ennemis, le général de Lucerne, Gaspard de Her« tenstein , guerrier à cheveux blancs. Hallwjl l'avait enyojt là par des chemins détournés. La mort vola dans tous les rangs des Bourguignons; les derniers, les premiers, tous étaient massacrés. Des milliers d'entr'enx combattaient encore, des milliers tombaient, des milliers prenaient la fuite. Le duc, pâle, morne, vojant que tout était perdu > s^enfuit à bride abattue accom-
pagné d'à peine trente chevaliers ; il arrira tnr les rires du lac de Genève: 15,000^6 siens étaient couchés dans^ la plaine entre le lac de Moral et la ville d'Avenches ; un grand nombre en cherchant à se sauver périrent dans les eaux du lac et dans les marais qui le terminent. Le reste fut dispersé. Les tentes^ les provisions ^ les trésors des ennemis devinrent la proie de J'armée victorieuse. On jeta ensuite les morts dans des fosses pleines de chaux vive et on les recouvrit de terre. Quelques années après les citojrens de Morat érigèrent un ossuaire quUls remplirent des os et des crânes des Bourguignons, pour avertir les étrangers de redouter les Confédérés qtkand ils sont unis.
René duc de Lorraine ^ que Charles avait chassé de ses' états f triompha lorsqu'il apprit les revers de ce prince. Il fit une guerre à outrance à son ennemi humilié et lui reprit la ville de Nancj. Pour se rendre plus redoutable encore^ il demanda aux Suisses un renfort de 6000 hommes; il lui en envoyèrent 8000, sous les ordres de Jean Waldmann, Pun des héros de la. journée de Morat. A peine eurent-ils joint l'armée de René, que Charles le Téméraire reparut à la tête de nouvelles troupes et attaqua vivement Nancj. îlené vola au secours de celte ville avec ses troupes et les troupes stiisses. Aussitôt s^engagea une bataille sous les murs de la ville assiégée ,. le 5 jauvier 1477. Mais Charles commandait une armée découragée. Le commandant de son avant-garde , le compte Cola Campobasso, au lieu d'attaquer 9 passa à l'ennemi. L'armée de René l'emportait sur celle du duc, en nombre, en force et en courage. Celui-ci fut vaincu sans peine; s'enfujant à cheval, il tomba dans un marais couvert d'une mince couche de glace, et périt par la main de ceux qui le poursuivaient. Cinq cents seigneurs et chevaliers tom-
berent à ses botes ; des milliers de ses soldats |onokaient de leurs, corps le champ de bataille* Ainsi finit Tadversaîre redoutable des Confédérés*
Alors les ennemis de Charles s'emparèrent de son pajs. Mais ies états de la haute Bourgogne envojérenC des ambassadeurs aux Suisses^ pour demander la paix; ils désirèrent piéme d'être reçu dans le sein de la Confé-* dèration. Les Bernois^ politiques autant que magna* nimes^ parlèrent en faveur de leur admission: y, Le Jura et les Vosges" dirent-ils ^^nous serviront de rempart contre la France.'* — Les autres cantons , surtout les plus petits^ furent d'un avis contraire. Ils craignaient qu'une si grande extension de la Confédération ne les entraînât dans des guerres étrangères^ ou que l'étendue de tant de grands cantons ne rendit leur propre petitesse plus sensible. On se contenta donc de faire ache-^ ter la paix aux Bourguignons pour Ja somme de cent cinquante mille florins. L'archiduc Maximilien d'Autriche reçut sans guerre le sceptre de la Bourgogne avec la main de Marie, fille de Charles le Téméraire. Sous la condition d'une défense réciproque eï dans l'intérêt d'une paix durable, l'Autriche fit une alliance perpétuelle avec Zurich, Berne ^ Lucerne, Uri et Soleure : peu après, UnterT^alden , Schwjz, Zoug et Claris s'j joignirent Par celte alliance l'Autriche renonça formellement à toutes prétentions (^ sur ce que les Confédérés avaient enlevé à la maison de Habsbourg, et les deux psrtties contractantes se promirent assistance'mutuelleen cas de danger.
^. Les Suisses firent aussi un traité d'alliance avec le roi dé France, et lui permirent l'enrôlement volontaire dans leur pajs. Pour cet effet il répandit en Suisse beaucoup d'argent, de présens, de pensions. Les baillis , les gentilshommes , les magistrats enrôlaient k
Vtnri de yaillans soldats pour le gerrice de la France 5 eux-mêmes, comme capitaines et ofRciers supérieurs, s'enrichissaient des dons et de la solde qu'ils recevaient du roi , et s'empressaient par conséquent de vendre à des pays étrangers le noble sang des Suisses.
Dans ce temps la Suisse était remplie de fainéans, qui avaient .perdu à la guerre le goût de la discipline , du travail , d'une vie réglée et honnête ; ils ne voulaient vivre que de vexations et de pillage. Beaucoup d'entr'eux 8*en allèrent à leurs périls et risques chercher fortune dans les guerres étrangères; ces émigratiqns étaient continuelles. Beaucoup d'autres se livraient à une vie détf*ordonnée et au brigandage. D'autres encore commettaient d'autres excès. A Zoug dans le temps du carnaval, il y en «ut qui s'entretinrent entre le jeu et le vin de la distribution inégale du butin fait en Bourgogne, et de l'avidité des grands seigneurs de Berne et de Fribourg, qui en avaient gardé la meilleure partie. lisse liguèrent, jurèrent d'aller leur en demander compte et s'appelèrent la bande de joyeuse vie. S'égajant, s'amusant, tous armés, il» traversèrent les villes et les cantons de la Suisse, pour aller chercher à Genève une contribution imposée à la suite de la guerre de Bourgogne et qui n'avait pas encore élé payée. Partout, sur leur passage, la jeunesse amie de la joie grossissait leurs rangs. Us ne faisaient de mal à personne et payaient toutes leurs dépenses. Ils arrivèrent à Berne au nombre de 700, à Fribourg au nombre de 2000. Mais ce désordre fit naître des craintes. Les autorités exhortaient les citoyens à ne prendre part à aucun armement illicite. Des diètes s'assemblèrent On appaisa les jeunes gens de la bande joyeuse par des paroles amicales. Mais on ne put les engager à rentrer dans leurs foyers qu'après que Genève et tausanne eurent pajé leurs contributions arriérées. Alors il» se séparèrent.
Ver» la même époqae Berne fit la paix et «ine aK liance arec la Savoie; lui rendit le Pajs-de-Yand qu'il avait reçu en hypothèque et dont il ne garda qn'Aigle; mais il obtint que la Savoie reconnût Findépendanc^ de FriboQi^ comme ville libre de l'empire romain (le 23 août 1447). Car Berne n'aimait pas à voir si près do lui une place aussi forte ^ entre les mains delà maison de. Savoie. Pour prix de sa liberté^ Fribonrgse chargea d'une grande x^rtie des dettes de cette maison.
La Journée glorieuse de Giornîco. — Nicolas de Flue. — Fribourg et Soleure entrent dans la Confédération. — Mort de Jean Waldmann à Zurich.
(De rai^ 1478 k Tau 1489.)
Dans les vallées et dans les montagnes , dans Ie« campagnes et dans les villes de la Suisse^ tout le peuple était rempli d'une arrogance soldatesque. Depuis qno le âuc de Bourgogne avait perdu ses trésors dans uno bataille 9 son armée' dans la seconde ^ la vie dans la troisième 9 le Suisse ne craignait plus personne; de là des guerres sans fin.
Un jour 9 des sujets du duc de Milan coupèrent da bois dans une forêt du val Livino. Sur le champ des jeunes gens d'Uri^ guidés par la vengeance , passèrent le Saint* Gothard , pillèrent et maltraitèrent les habi-' tans des premiers villages du Milanez. Au lieu de punir ces jeunes gens 9 le canton d'Uri les prit sous sa protection , déclaria la . guerre aux Milanais et appela les
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Confédérés à son secours. €eiix«^ci virent bieù le tort du canton d'Uri p ils Youlorent tenter un accommodement, mais en même temps ne pas abandonner leurs ftmis. Ils leur envojèrent ^onc des troupes pour les soutenir eh ca-s de besoin. Voyant cela, le duc de Milan euTOja le comte Borelli avec des forces considérables le long du Tessin. L'ayant-gard€ des Suisses, composée ée &00 bommes d'Uri, de Lucerne , de Scbwjz et de Zurich, se trouvait près du village de Giornico; les autres Confédérés, au nombre d'environ 10,000', étaient restés bien en arrière. Borelli voulut marcher sur Giornico avec rélite de ses troupes. On était au milieu de l'hiver (28 décem'bre 1478). Les Suisses firent couler les eaux du Tessin sur les prairies qui se couvrirent aussitôt d'une surface de glace; puis ils attachèrent à leurs souliers des crampons. Tandis que les Milanais mont lient d'un pas mal assuré la pente glacée de la colline, l3s Suisses se précipitèrent sur eux d'un pas ferme. Leur petit nombre vainquit sans peine la multitude des ennemis chancelans. Frischhans Theilig, chef des Luceruois^ se jeta avec sa redoutable épée au milieu des Milantis, semblable à l'ange de la mort. Ceux-ci s'enfuirent pleins de terreur, 15,000 hommes devant 600. Leur 8iug teignit la neige jusqu'à Bellinzona; il en périt audôlà de 1500. Cette action presque incroyable rendit \ù nom des Suisses célèbre dans toute l'Italie. Milan a;hetala paix, paja des. dédommagemens et reconnut que Livino , ainsi que la vallée de Brugiasco , appartiendrait à Uri comme fief perpétuel, à la seule condition qu'Uri envoj^ât chaque année à l'église cathédrale de Milan un cierge pesant trais livres.
Dans la plupart des guerres, surtout dans celle de Bourgogne , Soleure et Fribourg s'étaient battus vaillamment pour les Confédérés. C'est pourquoi Berne s'ef-
«for^a (|e fairç entrer ces deux yiUes dont la Confédération. Mais les libres habitans des yallées et des montagnes d*Uri, de Scbwyz et d'Unterwalden s*j opposèrent Us craignaient que les villes qui leur étaient si sapérieuresen lumières et eu civilisation^ toujours attenttres d'ailleurs à étendre leur domaine et à augmenter le nombre de leurs sujets^ ne s'emparassent des rèues de toute la Confédération et ne la conduisissent au gré de leur volonté et de leurs. intérêts. Pans cette crainte et par une secrète jalousie ils ne voulaient pas que le nombre} des villes •. dominatrices s'accrût dans la Confédération. Les villes^ en échange 9 nourrissaient de tout autres soupçons contro les cantons libres. Immédiatement après les désordres causés par la bande de jojeuse vie^ Zurich^ B'erne et Lucerne voulant se soutenir mutuellement ^'étaient liés entr'eux et avec Soleure-et Fribourg, par un droit dp combourgeoisie. Ces villes craignaient que les campagnards libres des petits cantons ne songeassent à rendre tous les Suisses aussi libres qu'eux et à exciter les sujets des villes à secouer t6t ou tard le joug des bourgeois, pour iu-^ troduire un gouvernement tout à fait populaire. Cela était contraire aux vues des citadins. Ils avaient conquis ou acheté leurs sujets et ne voulaient pas renoncer à leurs droits.
De là naquit une déCance réciproque qui divisa les Confédérées. Un événement confirma les soupçons des villes. A Escholzmatt dans l'Ëntlibouch , bailliage du canton de Lucerne, vivait un vaillant guerrier, Pierre AmStaiden ; souvent ses cousins, Fancieu landamman Bnrgler d'Obwalden et le beau- frère de ce dernier^ Kuhnegguer le visitaient : assis auprès d'un verre de vin, ils aimaient à s'entretenir de la liberté. AmStaldeu avait à se plaindre du bailli' de l'Ëntlibouch et des seigneurs de Lucerns; ses cousins l'exhortèrent à frapper un grand
coup dani^ la tiile m^ine , ^ la fête de Saint-Lé odegard. Bes gens d^Obwalden deyaient se rendre à la fête de leur o6ii\ les ayojers> le conseil et cent autres ^ être massa*» orés; les tours et les murs abattus; Luceme^ changé •n beaq yillage; PËntlibouch^ en état indépendant Tel fat leur complot. LesLucernoîs en eurent connaissance { AmStalden se trahit par des propos imprudens. On le saisit et l'emprisonna; il ayoua tout et fut décapité.
Sur ces entrefaites des députés de toute la confédération étaient assemblés à Stanz dans le canton d'Unterwalden^ ayec les enyo;fés de Saint- Gall, d'Appenzell> de Solenre et de Fribourg. Là le partage du butin fait en Bourgogne et l'admission des deux taouyelles yilles , ainsi que d'antres sujets encore excitèrent la plus yiye défiance , firent éclater la haine la plus yiolente. Lts troiè cantons primitifs proférèrent des menaces si terribles contre les yilles ; Lucerne et les antres yilles s'abandonnèrent à de telles inyèctiyes contre les trois cantons , que les Fribonrgeois et les Soleurois renoncèrent de leur chef et modestement à leur yoeu^ et que le bruit eourut dans toute la Suisse qu'on était prêt à prendre les armes et ^ue la Confédération allait se dissoudre. .
Le bruit de cette discorde effraja le pasteur de Stanz, Henri Imgrund^ citoyen déyoué de coeur au bien de •a patrie. Il courut dans la solitude du Ranfttobel;^ pour annoncer ce malheur au pieux solitaire Nicolas LcBTenbrougger. Cet homme religieux ^ que son habitation sur un rocher près de Saxelen dans l'Obwalden ayait fait surnommer de Flue ( Floue ^ rocher) yîyait déjà depuis plusieurs années en solitaire dans la prière et dans la contemplation des choses célestes. Sa déyotion le faisait yénérer de tout le pays. On croyait même que depuis un grand nombre d'années il n'ayait point pris.de nourriture, seulement il s'approchait
chaque mois de la sainte -cène. Il conôbait sur dés planche^ dures dans son étroite cellule | une pierre loi serrait d'oreiller. Sa femme i dont il ayait en cinq fils et cinq filles^ demenrait dans la vallëe et cultivait son bien. Il avait fait admirer son conrage et son hnmanité dans la guerre de Thurgoyie.
Dès que le pasteur de Stanz lui eut appris la discorde des Confédérés 9 il quitta sa solitude^ se rendit à Stanz ^ entra dans la salle où la diète était assem« blée. Tous se levèrent de leurs sièges à Tapparition . du vénérable vieillard^ dont la taille haute et la figure inaigre annonçaient encore la vigueur de la Jeunesse. Pour lui, il leur parla avec la dignité d'un envojé divin ,- et leur prêcha la paix et la concorde, au nom de ce Dieu qui avait donné tant de fois la victoire il eux et leurs pères. ,,Vous êtes devenus forts** dît -il, ^•par'^a puissance de yos bras réunis, et maintenant vous voulez les séparer, pour un vil butin? Ne permettez pas que le bruit de cette honte se répande dans les pajs qui vous environnent. Vous, villes, renoncez à des droits qui blessent les anciens Confédérés ; vous , campagnes , rappelez-vous les combats que Fribourg et Soleure ont livrés à vos côté&; recevez-les dans votre alliance. Mais, Confédérés, n'étendez pas trop la haie qui vous enferme. Ne vous mêlez pas des que- ' relies étrangères. Gardez^-vous de toute dissension. Loin de chacun de vous la pensée d'accepter de l'or pour prix de sa patrie ! **
Les discours de l'auguste solitaire ébranlèrent et touchèrent si profondément les coeurs de tous les assis-* tans, que dans l'espace d'une heure toutes les difficultés furent applanies. Ce même jour Soleure et Fribourg furent admis dans l'alliance perpétuelle des Confédérés; ce fut le samedi 22 de décembre 1481. Le traité d'à
Stanx qi]e4*aa conclut ratifia tontes leis anciennes alliaiW ces et les conditions de la convention nommée PfafTen- et Sempacber-Brîef et sanctionna la proposition du pieiu Nicolas de Fine de diviser entre les cantons les terres conquises ; et le butin entre les troupes victorieuses. Il fut aussi décidé que sans la permission de ses supérieurs personne ne devait assembler les communes ni faire des propositions dangereuses. Dans le cas d'un soulèvement contre l'un des gouvernemens cantonaux | tous les autres cantons devaient aider à faire rentrer les mécontens dans le devoir.
Le solitaire retourna sur son rocKer; chaque député ^ dans son canton. La joie se répandit en tout lieux ; da haut de toutes les églises le son religieux des clocbes l'annonça depuis les Alpes jnsqnes au Jura.
Malheureusement la concorde rétablie àStanz ne ramena parmi les Confédérés ni Tancienne discipline ni les mœurs antiques. La cupidité et la hauteur se répandirent parmi les autorités des villes; la vénalité^ parmi les magistrats ; la grossièreté ^ dans les assemblées des communes; la dissipation et le goût du brigandage ^ parnfi le peuple* £n 1480 les tribunaux de la Suisse condamnèrent dans l'espace de trois mois près de quinze cents assassins et brigands. L'émigration pour les guerres étrangères continuait sans relâche. Des jeunes gens partaient par centaines et par milliers^ des musiciens à leur tête,et passaient le Khin et les montagnes^ pour suivre les élendarts des rois et faire du butin ou chercher la mort. Avec de pareilles dispositions^ on ne manquait ni de querelles ni de sujets de guerre. La seule année de i4S7 vit éclater quatre guerres du côté de l'Italie, l'une des Grisous contre Milan ^ l'autre des Grisons et des Confédérés , près de Roverédo , contre Venise , la troisième du Valais contrs Milan, la quatrième des fier-
nolft et des autres peuples de la Suisse occidentale ea fateur du duc de Savoie et contre les Piëmontais; on se battit près de Saluzzo.
Les dissensions intérieures et les soulèyemens st mullipiièrçnt dans la même proportion. Les nobles et les prêtres zu^-iK^ois^ ennemis mortels du sage et Tail* lant Jean Waldmann^ bourguemestre de cette ville ^ qui cherchait à limiter leur pouvoir , animaient contre luipar leurs discours y le peuple de la ville et celui de» campagnes I rappelaient un t^ran et Paccnsaient de faire des lois de sa propre autorité et de fouler aux pieds tous les anciens droits. Jean Waldmann^ fils d*un pajsan de Blikcstorf, dans le canton de Zoug, arrivé à Zuric ^ comme tanneur ^ s'j était élevé par Ses grands talens et son grand courage; vainqueur dans les journées de Mo-* rat et de Nancj^ son crédit égalait sa gloire^ et dans l'enceinte de la Confédération et à la cour des rois. Mais les Confédérés lui reprochaient son attachement pouc rAutriche et pour le duc de Milan; les Zuricois^ en particulier^ sa hauteur et Fabus de son pouvoir. Ces plaintes n'arrêtaient point le bourguemestre; malheur à celui qui l'attaquait par ses discours ou par ses actions. Frischhans Theilig de^ Lu cerne, le héros de Giornico ^ avait souvent blâmé la partialité de Waldmann en fa-« veur de la maison de Milam Un jour il vint à Zurich, pour y vendre des toiles; sans autre forme de procès, Waldmann le fit saisir et décapiter, malgré les instantes prières de la ville de Lucerne qui demanda grâce pouc son héros.
L'humeur superbe de cet homme si distingué pat les dons de la nature souleva contre lui ^l'indignation publique et hâta sa ruine. Ses ennemis profitèrent, pour le perdre, de l'agitation qui commençait à se manifester parmi les habitans des bords du lac de Zurich.. Le&
eommnaM de M«ilen et de Herrliberg se sonlevèrent le< premières; à leur exemple^ pi usieart autres yiUages^ qui se plaignaient de la dareté des lois et de vexations multipliées. Ils arriTerent en armes devant les murs de la ville et s'écrièrent: ^^Souvenez-vons, nos seigneurs, que vous nous promites après la guerre de Zurich dans la Wasserkirche *) de ne nous imposer aucune nouvelle charge.'' Il vint aussi des députés de la Confédération pour être médfateurs , fondés sur la déclaration de la dernière diète > que les plaintes des communes seraient examinées et justice rendue à la partie lésée. Waldmann crojant l'honneur de la ville de Zurich compromis par cette déclaration^ fit changer la sentence des arbitres par le grefUer de la ville. Selon la nouvelle rédaction , les pajsans, après avoir fait des plaintes mal fondées, auraient demandé humblement pardon de leur injustice et obtenu seulement que leurs griefs seraient examinés à la première occasion.
La falsification de la sentence étalit parvenue à la connaissance du public, un nouvel attroupement se dirigea contre la ville , la tranquillité fut troublée dans ees murs mêmes , en sorte que le bourguemestre n'osait plus sortir sans cuirasse et dormait dans l'hôtel du conseil. Mais malheur au gouvernement qui emploie pour sa défense d'autres armes que l'amour du peuple! Le bourguemestre et chevalier Waldmann fut saisi dans le tumulte avec tous ses adhérens, conduit dans le Wellenberg, appliqué à la torture et décapité > le 6 avril 1489. U avait commis des fautes et des crimes , mais la fureur de ses ennemis les avait égalés.
*^ Eglise de Veau , bAtiment situé sur la Lîmmat , ^ rextrémiié du pont supérieur. Depuis plusieurs siècles il ne sert plus d'église. C'est U que sont déposés des archives , la bibliothèque de la ville et des collections pour les sciences et les arts.
JLe ]ont de sa inort^ les autorités de Zuridi'et les autres citoyens se présentèrent devant le tribunal des Confédérés. Ceux-ci parvinrent à unir les deux parties par une conreutioa qu'on appela la décision dç Waldmann. £lle enjoignait aux citoyens de la campagne de se' soumettre loyalement et sincèrement aux bourgue* mestres , aux conseillers et au grand conseil de la ville de Zurich : mais , en échahge , elle leur assurait ]e]droit d'aller vendre leurs marchandises où bon leur semble-* raifll de s'établir partout où il leur conviendrait, d'exercer des métiers dans les villages ( de cultiver la vigne; d'administrer leurs terres à leur guise ; d'avoir un spusbailli dans les communes' des bords du lac, et beaucoup d'autres droits encore. Au cas que la ville de Zurich voulut exercer un pouvoir injuste sur les communes des bords du lac , deux ou trois paroisses d'entre celles-ci devaient s'assembler > et dix ou vingt députés de chaque paroisse porter leurs griefs devant une diète des Confédérés assemblée à Zurich, afin d'obtenir justice.
Les sept cantons arbitres des deux parties et garans de leur convention pronoi^cèrent et scellèrent cette décision le 9 de mai 1489.
Guerre de Souabe. Formation de la Confe'de-
ration des treize cantons.
(De l'an 1490 k Pau i5oo.)
Quand dans un pays l'esprit de parti l'emporte sur la vérité y le pouvoir sur la justice, adieu ]a paix y adieu la liberté ! Tel fut le sort de Zurich après le supplice ^e Waldmann. La sentence arbitrale des sept cantons
ïro
«niera k cette tille «ne grande partie de l^i^ncienne cou- •idération de «es «ujets et fut pour elle une. source de maux pendant plusieurs siècles^ . Les ennemis de Waldmaxm, assie dans le conseil > possesseurs et dissipateurs de «ef. biens ^ persécuteurs impitoyables de ses partisans, •urpâssérent sa ffrannie et son injustice. Leur gourer^ Siement arbitraire désola leur pajs pendant un long fenipir. On appela ce gourernement le conseil de corne; sa dureté fit regretter Tadaiini^tration du bouigueniestre despote. ; f
La discorde, aetîye eu {tous H^ux, dlrisait de hbïv^ Teau à Saint-Gall la tUie et Fabbé. Celui-ci voulut bâtir m noureaa eo#rent à Rorscbach sur son propre territoire) cela irrita les Saint-Gallois. Les Appensellois , de tout temps pea amis de l'abbé, tolèrent à leur secours; les gens de la maison de Dieu eux-mêmes embrassèrent leur parti. Le content fat rasé. L*abbé implora le se** c^urs des quatre cantons protecteurs du couteRtf Zuricb, Luceme, Scbwjz, Glaris se rendirent à cet appel et rétablirent le calme par la force des armes (i490). Cette querelle coÂta beaucoup d^argent aux Saint-Gallois, et Appenzell pierdit, pour le« frais de la guerre, le Rheintbal et une partie de la seigneurie de Sax, que les cantons protecteurs gardèrent; dans la suite ils partagèrent le gouvernement de cette seigneurie avec les cantons d'Uri , d'Unterwalden et de Zoug. De pareilles conquêtes de Confédérés sur Confédérés aigrissaient nécessairement les esprits*
Heureusement un danger commun et salutaire tint resserrei' les liens de la Confédération.
Maximilien I d'Autriche était détenu empereur d^Allemagne. La France lui atait cédé le comté de Basse- Bourgogne; pour le conserter plus sûrement, il l'avait incorporé^ eômme un nouveau cercle, k l'empire getr
Xnaniqne. Jl TOulut de même ttaùsformtr }a Suittf pu cercle de Pempîre. L^i Conîédétég ê^j refuséreajt^ pr^ férant lear existence indépendante. Les étàtê de la Souabe araient formé entr^eu^i une aliianoe pour étoa^ fer toutes les querelles et les guerres intestines. Cette alliance plut à l'empereur politique ; il se mit i la tèt* de cette confédération en s*jr associant ^ dans Tintention de la faire servir à raffermissement de la puissance au-^ trichienne. Il somma les Suisses d'entrer aussi dans la confédération de la Souabe ; ils B^ refusèrent encore^ Jaloux de toute leur indépendance.
Irritée de ce refus ^ Tempereur dit a Inspmck aux députés de la Confédération : «Vous êtes des membres indociles de l'empire^ il faudra sans doute que je you» visite un jour le fer à la main.^ Les députés répond!-* rent : ,>Nous prions humblement votre Majesté impériale de se dispenser d'une telle visite; les Suisses sont grossiers et ne respectent pas même les couronnes.''^
La hardiesse des Suisses ne blessa pas moins la confédération de la Souabe; elle donna lieu à beaucoup de provocations et de "rixes près des confins des deux pajs; la ville de Constance entra dans la confédération «ouabe, dans Pîntérét de sa sÂreté; car un jour une troupe de vigoureux Thurgoviens^ excités parle bailli d'Uri qui gouvernait la Thurgovie, avait essayé de surprendre cette ville pour la châtier de ses bravades.
Le voisinage des Grisons et de l'Autriche ne fut pie non plus favorable à la paix entre ces deux peuples* Le Tjrol et PËngadine étaient continuellement en dissensions; limites, droits , péages ^ tout leur fournissait des sujets de contestation. En 1476^ les Tyroliens étaient entrés dans la vallée d'£ngadine> les armes à la main; mais, vaincus et couverts de leur propre sang, ils ttvaieal été rechassés dans leur pajs par la gorg>e éb'eile
d« Finftteitniins» — • A ce malheur le joignit tuie antre e^afte de troubles. Après le partage de Phèritage du 0pmte de Toggnenbourg^ les droits que eeloi-»ci ayaif dans la ligue des Dix juridictions étaient échus aux comtes de Mœtsch, de Sax et de Montfort; plus tard, en 1478 et en 1489^ ils avaient été rendus à la maison d'Autriche* Telle fut la cause des querelles qui agi* tarent ces peuples. ^
* Les Grisons et les Suisses a^ant à redouter également là puissance et la haine de l'empereur Maximilien^ la ligue de la Maisondieu et la ligue Grise formèrent en 1497 un traité d'amitié et une alliance défensive avec Zurich^ Luceme, Uri^ Schwyz, Unterwalden « Zoug et Glaris. La ligfue des Dix juridictions n'osa pas s'j joindre^ elle craignait l'Autriche.
Alors l'empereur Maximilien donna un libre cours à son ressentiment. Quoique déjà engagé dans une guerre difHcile dans les Pa^s-Bas^ il envoya de nouvelles, forces dans le Tyrol; les troupes de la confédération souabe s'avancèrent et enveloppèrent la Suisse depuis le passage étroit du Louziensteig^ qui conduit de l'Allemagne dans les Alpes rhétiennes^ jusqu'à la ville de Bâle^ en occu- ]pant tous les bords du Rhin et du lac de Constance.
Ainsi la Suisse et la Rhétie se virent exposées au plus grand danger. Néanmoins les Grisons se levèrent courageusement pour défendre leur liberté; tous les Confédérés suivirent leur exemple. Les Appenzellois et guerriers de Sargans volèrent vers le Schollenberg. Les bannières dtt Valais > de Bàle^ de SchafThousci flottèrent bientôt à la vue de l'ennemi. Nul homme en état de porter les armes ne resta dans ses fojers. La lutle commença an mois de février 1499; 8000 impériaux franchirent les frontières des Grisons et pénétrèrent dans le Munsterthai
•t dans FËDgadine. Un général de l'empereur , Louis de Brandis^ qui commandait plusieurs mille hommes ', se rendit inopinément maître du passage de ïiOuzien^ steig^ grâce à la trahison de quatre citoyens de la petite lîlle de Maienfeld. Mais les Grisons reconquirent ce poste important;^ 800 Souahes j trouvèrent leur tombeau; les autres s'enfuirent jusqu'à Baizers. Alors lés Confédérés passèrent le Rhin près d'Azmoos, et, réunie aux Grisons, remportèrent une éclatante victoire près de Freisen. — La noblesse de la Souabe occupait avec 10,00& hommes Saint-Jean, Hœchst, Hard entre Bré' guen'z et Foussachj 8000 Confédérés tuèrent dans ceè positions presque la moitié de son armée, montèrent jusqu'aux forêts de Bréguenz et imposèrent des contrî-** butions à ce pajs. — Un, second corps de 10,000 Confé* dérés traversa le'Hégau, le fer et la flamme à la main* dans l'espace de huit jours, vingt villages, hameaux et châteaux furent réduits en cendres. Après cela il se livra "escarmouche sur escarmouche, bataille sur bataille.
Les ennemis réussirent, il est vrai, en sortant se* cirètement de Constance, à surprendre pendant le sommeil la garnison suisse d'£rmatinguen, et à tuer dans leur^ lits soixante-treize hommes sans défense. Mais ils exjpièrent cette lâche victoire dans le bois du Schwaderloch, d'où 18,000 d'entr'eux, vaincus par 2000 Confédérés, s'enfuirent avec tant de précipitation que les portes de la ville de Constance se trouvèrent trop étroites pour les fujards et que le nombre de leurs morts surpassa celui des Suisses qu'ils avaient eus à combattre. — Un corps de Confédérés, posté sur les bords du Haut-Rhin, pénétra dans le Walfgau où les ennemis s'étaient retranchés près de Frastcnz, et où, fiers dé leur nombre qui s'élevait à 14,000 hommes, ils étaient loin de redouter le courage des Suisses. Mais Henri
Wolkb> kftro4 d'Urî, patfc U Lunguengasterbftrg ^r^ç 2000 braves, tourna la forte position de rennemi^ ^t aa mort héroïqae fut pour ses compagnons d'armes le aignal de la victoire. Ceux-ci se jetèrent au milieu du fracas des traits et des armes , dans les lignes autrichiennes; leurs coups vigoureux portaient de rang en xang l'effroi et le carnage; 3000 morts couvrirent le >champ de bataille de Frastenz. Ceux des Autrichiens qui purent sauver leur vie &*enfuirent saisis d'épouvante à travers les forêts et les marais; car alors chaque Suisse •e battait comme si la victoire ne dépendait que do «on bras; pour son pajs et pour la gloire , chacun volait d'un visage jojeux au devant des périls et de la mort, cherchant les ennemis, ne les comptant pas. Partout où flottait un étendart suisse, se tr^ouvait plus d'un guerrier, digne compagnon de ce Jean Wala de Glaris, qui se mesura seul, près de Gams dans le Aheinthal, avec vingt cavaliers ennemis.
Les Grisons, de leur côté, ne se battirent pas ^vec moins de gloire. Témoin l'action de Malserhaide dans le Tyrol, où 15,000 hommes rassemblés sous les bannières de l'Autriche derrière de forts retranchemens^ furent attaques par 8000 montagnards de la ligue Grise, Les retraùchemens furent tournés; les remparts, assaillis. Benoit Fontana j monta le premier ; il avait frajé le chemin. Retenant de sa main gauche ses entrailieg qui sortaient par une large blessure, combattant de sa main droite, il s'écria : «A l'ouvrage, maintenant. Confédérés l que ma chute ne vous arrête pas! qu*im«* porte un homme de moins? Sauvez aujourd'hui vos ligues indépendantes et la liberté de vos montagnes. Si vous tombez vaincus, vous léguez à vos enfans un esclavage éternel.'* Ainsi s'écria Fontana, et il mourut. La bruyère fut couverte iPAutriebieAs tués; près de 5000
~- — irs
mordirent: Ta )>oiit»ièr^ Le« Grisons ne comptèrent .^ne 200 ^ofU et 700 blessés.
ïfonqne le bruit de tant de d^éfaites parrint dans les Pajs-'Bas aux oreilles de l'empereur Maximilien ^ il re- 'i ' l^ui^^^ ^^^^ ^^ capitale^ accabla de reproches ses généraux et dit aux princes de Tempire germanique : i»£nvojez-moi du secours contre les Suisses y assez audacieus: pour avoir attaqué Tempire. Car ces grossiers pajsans^ qui n'Ont ni vertu, ni noblesse, ni modération, maïs en qui tout est grossièreté, orgueil, perHdie, baine de notre nation, ont même su entraîner dai;is leur parti un grand nombre de sujets de l'empire qui étaient demeurés fidèles jusqu'à ce jour***
Mais les princes de l'empire bésitèrent à envojer du secours. Pour comble de disgrâce, l'empereur apprit alors avec effroi que son armée, envoyée au-delà des montagnes de l'£ngadine pour étouffer la ligue. Grise^ avait élc détruite au milieu de l'été et par des avalanches^ et par la famine, et par des quartiers de rocs que les montagnards précipitaient du haut de leurs Alpes. Il apprit aussi que, sur la colline boisée du Brouderholz prés de Bâle, 1000 Suisses avaient battu 4000 de leurs ennemis; que, bientôt après, dans la même contrée, près de Dornach, 6000 Confédérés avaient remporté une victoire éclatante sur 15,000 Autrichiens en leur tuant 3000 hommes et leur général Henri de Furstenberg. Voyant qu'en huit knois Us Suisses avaient été victorieux dans huit batailles, l'empereur rentra en luimême et résolut de renoncer à une guerre dans laquelle plus de 20,000 hommes avaient déjà été immolés et plus de mille villages, bourgs, villes et châteaux^réduits en cendres.
La paix fut négociée et conclue a Bàle le 23 de septembre 1499. L'empereur ratifia les anciens droits des
Coiifédérëft et leufs conquêtes ^ et lenr accorda\de plus la juridiction ordinaire de la Thurgoyîe qui^ îftpsV que fa juridiction criminelle et d'autres droits imponans^ ayaiént appartenu jusqu'alors à la yille de Constance. Dés ce moment les empereurs ne songèrent plus à dyf ^ ^A soudre la Confédération ou à l'incorporer à l'empire. Dés ce moment les Suisses n'eurent plus à redouter de joug étranger. C'est dans les champs de Frastenz, dt la Malsethaîde et de Dornach qu'ils jetèrent les fonde** mens de leur indépendance.
Les cantons Confédérés ne forent point ingrats en* vers leurs amîs^ ils rendirent hommage k Phéroïsme avec lequel Bâle et Schaffhouso avaient toujours combattu pour la Confédération et au déyouement des Apipenzellois que la gloire et la liherté avaient toujours trouvés sous leur étendart. C'est pourquoi Bâle fut reçu dans l'alliance perpétuelle des Suisses (9 juin 1501}; SchafThouse qui florissait déjà y fut égalemeut admis (9 août 1501), et quelques années plus tard Appenzell^ déjà lié par des alliances perpétuelles avec la plupart des cantons.
Ainsi la Confédération des treize cantons se trouva close la deux-cent-cinquième année après la mort de Guillaume TelL Le Valais, les Grisons, Saint-Gall^ Mulhouse, Rolhweil en Souahe, et d'autres villes encore, furent considérés comme alliés de la Suisse. Ces villes et ces pays étaient libres, indépendans de tout prince et unis à la Suisse pour leur défense réciproque.
De la grossièreté des mœurs ; des guerres mein cenaires des Suisses, à gui elles procurent la Valteline et les bailliages italiens.
(De Tan i5oo k Tan i5a5.)
A l'époque dont nous racontons l'histoire, les cantons suisses n'étaient pas, ainsi que de nos jours, égaux en droits comme membres de la Confédération, ai liés immédiatement entr'eux par un pacte commun. JLes dis autres cantons ne se rattachaient proprement qu^aus trois cantons d'Uri, deSchinrjz et d'Unterwalden, comm» a leur centre commun;, mais ils n'étaient liés entr'eux que par des traités particuliers» Chaque canton, tout occupé de son intérêt et de sa gloire, songeait rarement à l'avantage des autres ou au bien de la Confédération* La crainte que leur inspiraient Pambition et la puisH* sance de seigneurs et de princes voisins les avait peu k peu unis davantage. Leur union fut forte tant que durât cette crainte. ^
Les gouvememens cantonaux étant à la toiê indé-pendans les uns des autres, sauf les restrictions de leurs alliances particulières > et indépendans de tout prince étranger) les Suisses se vantaient d^étre libres; cependant au sein de leur pajs^ le peuple Jouissait de peu àe liberté. Les seuls habitans des cantons forestiers pouvaient se glorifier d'être tous égaux ta droits > et il en était de même dans leâ autres cantons pour les seuls bourgeois des villes. Le reste du peuple, dépendant des cités, acheté ou conquis, était réduit à la condition de sujets, quelquefois même de serfs, et ne jouissait que des droits limités dont il avait joui ancienne-
ment sous la domination de comles ou de princes. Les cantons forestiers e;ix-mémes ayaient des sujets qu*ils faisaieat gouverner en souverains par des baillis. Mi )es cantons ni les villes de la Suisse ne permêlUiient k leurs sujets de racheter leur liberlc , ce que pourtant les seigneurs et les 4^onites avaient permis autrefois aux Confédérés.
Mais le peuple se souciait peu de la liberté; farouche et grossier par suite des guerres continuelles « il A*aimait que les querelles et les combats 9, le \in et la «lébauclM* Quand il n'^ avait point de guerre au sein de leur patrie^ ies jeunes-gens avides de butin, allaient se ranger sous les bannières de princes étrangei-s et vendaient à vil prix leur courage , leur sang et leur vie. X.es camp<ignes manquaient de bonnes écoles et les «cclésiestî<{ues ne songeaient point à Tiustruction du peuple. Souvent ip^me les mœurs du cleigé n'étaient pas moins dépravées que celles du peuple des villes et He 1^ campagne; les convens, corrompus par leur opulence) devenaient le théâtre des plus giands désordres. Beaucoup de prêtres étaient plongés dans l'ignorance la plus profonde; beaucoup d'autres , adonnés au vin et au }eu; la grossièreté de leurs propos égalait celle de leurs moeurs; un grand nombre vivaient publiquement avec des concubines. Tel élait ce siècle de corruption.
Dans les villes principales des cantons ^ la ^ébauche et la dissipation faisaient souvent la loi. La division régnait entre les citoyens et les magistrats; l'envie et la défiance; entre les métiers et les professions. Les membres des conseils faisaient tout dans leur intérêt et dans celui de leurs familles ; ne faisaient rien dans l'intérêt des ottojreus; avancer leurs fils^ leurs cousin^, leurs neveux et leur procurer des places lucratives; tel était le but de leurji constans ciToits. Il ^ avait sans doute
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partout d«s âmes généreuses et Traiment patriotiques , plus dévouées à la patrie qu'à leur propre intérêt j mais on haïssait leurs discours autant qu'on redoutait ieur exemple.
La Suisse n'avait plus de guerre à craindre au^deliors; les rois .et les princes > ses voisins^ étaient ohi£^rmés d'avoir a leur seiTice dés Suisses dont Ja vie et la mort les intéressaient moins que la vie et la mort de leurs sujets ; la noblesse des villes et des campagnes profita de ces dispositions pour s'ouvrir une nouvelle source de richesses. Le désir des rois d'avoir à leur service d« vaillans Suisses^ celui des jeunes-gens de s'enrichir 4 la guerre, senirent à Tenvi l'avidité des magistrats. Malgré la défense expresse des gouvernemens , des mil* liers de jeunes-gens couraient sous les drapeaux étran** gers, où la plupart périssaient misérablement faute de secours et de soins. Les gouvernemens jugèrent donc plus convenable de faire des traités avec les souveraiiis pour la formation de régimens suisses, commandés par des officiers nationaux, soumis à leurs propres lois et soldés régulicrement, afin que chaque gouvernement pût veiller au bien de ses sujets en pajs étranger* ^Confédérés, il vous faut une ouverture par où vous puissiez vous échapper," avait déjà dit Rodolphe Reding de Schwjz, en vojrant la^jojeuse vie des jeunesgens après la guerre de Bourgogne.
Les gouvernemens des Suisses, des Grisons, des Valaisans, commencèrent donc à vendre leurs sujets aux princes étrangers. Le premier traité de cette nature fut conclu entre le roi de France et le gouvernement de Luceme dans les années 1479 et 1430. En 1499 FAutriche prit aussi des Suisses à sa solde; les princes d^Italie initèren^t cet exemple; d'autres le suivirent plus tod» Le pape lui-tblme voulut avoir unis garde-suisse.
Le premier qui la prît à sa solde (1503) fut Jules II; prince belliqueux,
La Suisse eut beaucoup à souffrir de cette manie. Bien des champs demeuraient incultes^ bien des charrues restaient oisives^ parceque les cultivateurs avaient prîs des armes mercenaires. Revenaient-ils? ils rapportaient des maladies et des vices étrangers et corrompaient les cœurs simples et vertueux; lie service étranger était' pour eux Fécole de tous les vices. Les fils des nobles et des magistrats arrivaient seuls aux grades de capitaines et d'ofïiciers supérieurs^ ils s'enrîchissaient ^ et, grâce à leur argent, obtenaient ensuite dans leur pays une considération et un crédit dont ils ne se seryaient que pour opprimer leurs compatriotes. L'orgueil et la vanité les rendaient avides de titres de noblesse et de décorations dont ils venaient se targuer dans leur pajs, s'imaginant être plus que les autres enfans de la patrie, plus que Suisses.
Les rois firent servir à leur avantage la cupidité et la folie des Confédérés ; ils envoyaient des ambassadeurs en Suisse, s'j faisaient un parti, distribuaient des présens, accordaient des gratifications et des pensions à leurs partisans dans les conseils; à ce prix les membres des conseils se faisaient les serviteurs et les créatures des princes étrangers. Les divers cantons étaient français, milanais, vénitiens, espagnols, rarement suisses» L'ignominie en fut le salaire. Gomme l'empereur d'Allemagne et le roi de France briguaient en même temps la faveur des cantons et marchandaient à Tenvi des troupes, l'ambassadeur français eut l'impudence de faire distribuer à Berne (1516} au son de la trompette les pensions annuelles que le roi pajait à certains seigneurs; à Fribourg, il étala des monceaux d'écus, et tandis qu'il les entassait avec une pelle, il demanda aux sasïs^
tans : )>Le son de cet argent ne Tant-il pas mieux q]ie les paroles creuses de Pempereur?** Tant Pamour do* Targent avait ayili les Suisses!
On vit les douze cantons (Appenzell doit être excepté) tantôt alliés avec Milan contre la France^ tantôt arec la France contre Milan. Ces deux pajs furent appelés avec justice le tombeau des Confédérés. Il n'était pas rare d'j voir Suisses contre Suisses s'entr'égorger pour de Pargent. Cette honte fut même protégée par un seigneur ecclésiastique^ Matthieu Schinner^ éyéque de Sion en Valais, saint ami de la discorde. Suivant io prix qu'on lui ofirait, il intriguait en Suisse, tantôt en faveur du roi de France, tantôt contre ce monarque en faveur du pape; le saint-père, pour le récompenser, lui donna le chapeau de cardinal et le nomma légat auprès de la Confédération.
Les guerres mercenaires des Suisses ne furent faites ni pour la liberté ni pour Phonneur national; néanmoins ces troupes soldées par l'or étranger conservèrent sous les éfendarts des rois leur réputation de bravoure. A l'aide de plusieurs mille Confédérés, le roi de France soumit tout le Milanez dans l'espace de vingt jours. Mais le duc , chassé de son pays , revint bientôt avec 5000 Suisses , qu'il avait enrôlés contre le gré des gouvernemens cantonaux , pour repousser lés Français. Le roi de France reçut aussitôt de ses alliés de la Suisse 20,000 hommes, se maintint en Italie et donna aux trois cantons, Uri, Schwj^z et Unterwalden (1502 et 1503} Palenza , Riviera et Bellinzona avec leur territoire. Dès que le roi crut pouvoir se passer des Suisses, il les paja mal et irrégulièrement. Plein de îoie le cardinal Schinner, fit sonner en faveur du pape et de Venise un sac qui renfermait 35,000 ducats- Aussitôt 20,000 Suisses et Grisons passèrent les Alpes
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et s'unirent aax Vénitiens contre Jes Français. Les Grt» fons s^emparérent de la Valteline, de Clères et de Bor* mio. Ils prétendirent que cent ans auparavant un duc âé Milan ^ chassé de ses états, avait donné ces vallées à l'évéché de Goire. Les Confédérés des douze cantons soumirent les pajs de Lugano^ Locarno et Valmaggia. hts Français furent forcés d'évacuer la Lombardie et ' le jeune duc Maxiinilien Sforza^ fils de celui que les Français avaient chassé , fut réintégré dans Théritage (le ses pères. Victorieux sous ses bannières y les Suisses battirent les Fraisais près de Novare, le 6 de juin 1513; il la vérité ils perdirent 2000 hommes^ mais ils en tuèrent 10^000 à Teunemi. La bataille de Marignan (14 septembre 1.515) dura deux jours entiers et fut plus meurtrière encore; à peine 10,000 Suisses se battirent contre 50,000 Français. Ils furent obligés d'abandonner Je champ dé bataille ^ mais Us ny laissèrent pas Thonneur. Ils se retirèrent à Milan , tristes , les pièces de " campagnes sur leur dos^ les blessés au centre de leur armée. Les ennemis avaient perdu la Heur de leurs troupes^ ils nommèrent cette action la bataille des géans.
Epouvanté de la victoire qui ressemblait à une défaite^ le roi de Fiance, François I, fit Tannée suivante une paix perpétuelle avec les Confédérés, et à force d'argent et de promesses il obtint de quelques cantons qu'ils lui envoyassent des troupes; des autres^ qu'ils ne permissent aucun enrôlement à ses ennemis. Ainsi Jes Confédérés combattiient de nouveau pour lui contre l'empereur, le pape, le duc de Miiau ; et le roi fil avec eux une alliance d'amitié ( 1521)« Pendant bien des années encore ils arrosèrent, pour lui , de leur sang , le sol de l'Italie, sans bonheur, sans avantages, si ce n'est que lu Confédération* fut niaiaine de son filf.
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Chaque câtiton enrôla à Paris pour la fête du bap^ témÇf un députe avec un prêtent de cinquante ducals. Ce qui fut piuf agiéabie encore au prince que ce pré* «enty ce fut ia promptitude avec laquelle les Suisses enTOjèrent 16,000 hommes à son secours en Italie. Cependant comme ils perdirent 300Ô des leurs près do Bioçca (20 avril 1522), que de 15,000. hommes qui étaient entrés en Lonibardie (en 1524} il en revint à peine 4000, que dans la bataille de Pavie (24 février 1525), où le roi fut fait prisonnier, ils éprouvèrent une nouvelle perte de 7000 hommes , ces revers le& dégoûtèrent peu à peu des guerres d'Il^i^U-
Commencemefit de la scission religieuse dea
Suisses*
(De Van iSiq k Tau 1537.)
Les guerres nvercenaires en Lombardie^ dans là rojaume de Naples, eu France, en Piémont et dant d'autres pays eurent au moins un côté avantageux. C'é<^ tait un tiiste résultat sans doute, que le gain d'un pçn. de gloire mililaire Biep loin que la conquête des. bailliages italiens donnât à la Confédération plus df sûreté et de force contre les puissances étrangères, cp bien dangereux fut l'origine de toutes sortes de dissent sions intestines, qui rendirent la Suisse aussi faible^ que la vénalité des emplois, la mauvaise administra* tion , la corruption de la justice la rendirent méprisable aux jeux de r£urope. Les plus grands avantages furent ceux qu'en tirèrent nour eux et pour leurs fa-
ttàUes dei bailHs avides et prévaricateurs. .fD*un autre c6té la possession de la Vaitelinei de Glèyes et de Vormio ne fut pas plus salutaire au peuple des Grisons. Unpetitnorabre.de familles s'enrichirent^ il est frai f mais le pajs même fut entraîné dans des querelles interminables et dans des guerres avec des voisins beaucoup plus puissans ; des troubles intérieurs de tout genre suivirent de prés cette malheureuse conquête.
Mais les Confédérés retirèrent aussi de ces campagnes une utilité réelle : après tant de pertes et de sacrifices f ils reconnurent enfin combien il était funeste pour eux de se mêler des querelles étrangères ^ d'accorder trop d'influence sur les cantons aux ambassadeurs des autres états , et de permettre à des magistrats de recevoir de souverains des pensions et des gratifications. Aussi plusieurs cantons proscrivirent-ils par une loi ces bénéfices publics ou secrets ; un membre d'un gouvernement libre ne doit jamais devenir le valet d'un ipaître étranger. Après que tant de milliers de jeunes insensés eurent /été massacrés loin de leur patrie ^ les désordres causés )^ar cette humeur belliqueuse cessèrent; les gouvernemens firent mieux respecter les lois^ la discipline et les mœurs remplacèrent les débordemens de tout genre. Quelques cantons commencèrent cette réforme avec beaucoup de vigueur.
La Suisse comptait alors beaucoup de savai^^^ surtout parmi les ecclésiastiques. Il y avait aussi de bonnes écoles dans les villes. Mais le peuple de la campagne , plongé dans la plus profonde ignorance , ne savait ni lire ni écrire. Il arrivait de là que la plus grande partie des pajSans n'avait presque aucune connaissance de la religion, Surtout dans les lieux où les pasteurs négligeaient de leur donner une instruction vraiment chré* jtienne. Ce fut la source d« be^aucoup de maux. Mai»
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c^iUAi un plas grand malheur encore quand \eê ecclésiastiques aimaient mieux s'asservir le peuple par l'ignorance , que de Téclairei^ pour le rendre meilleur ; quand, plus attachés aux plaisirs de la terre qu'aux biens célestes, au lieu de détourner leurs ouailles du vice, ils leur donnaient impudemment l'exemple de l'ayarice, de la débauche, de l'ivrognerie, de la fureur du jeu.
Malheureusement ce scandale n'était que trop com« mnn. Toutes les personnes d'un esprit sain et d'un coeur droit en étaient révoltées. Mais ce qui provoquait le comble de l'indignation, c'était l'impunité des éciésiastiques et l'audace qu'ils portaient au sein de la corruption. Ici le nance du pape renvojait ^absous un moine qui avait eu un commerce illicite ayec une religieuse; là l'abbé de Gappel, Ulrich Trinkler , faisait d'un couvent de femmes son sérail; à fierne les dominicains, recourant à la fraude la plus yile par Je plus yil intérêt, se jouaient de la crédulité par des apparitions et par des miracles ; un pauyre malheureux, nommé letzer, en perdit presque la raison. Faut-il s'étonner que , parmi les laïques el les ecclésiastiques , tous les honnêtes gens murmurassent d'une démoralisation si déplorable?
A cette époque le pape Léon X, ambitieux d'embellit par de magnifiques édifices Rome sa capitale, ayant besoin de beaucoup d'argent, fit vendre des indulgence^! pour un prétendu pardon des péchés. Il afferma en Suisse le commerce des indulgences à un moine franciscain , Bernardin Samson. Par ce trafic beaucoup d'argent sortit du pays , ce qui déplut aux autorités civiles ; aussi voyaient-elles avec plaisir qu'on s'élevât contre cet abus impie. . L'évéque de Constance lui-même ne désapprouva point le pasteur de Notre-Dame-des-Ermites, qui prêcha publiquement contre la prétention imprudente d'offrir le pardon des péchés à prix d'argent;
c'était un eceUsiâsUqna léouliery' Ulrich ZniûfMf &ali£ de Wildbfliit dans )« ToggHenboarg.
MaisZwiagH ne s'en tînt pas là; ît attaqua arec cba-», leur les YÎce^ des laïques et des eccUsiasIiques. U reo^ contra un grand nombre de contradicteurs qui vou'^' iaient le réduire au silence. La contradiction augmenta son courage au lieu de Tabattre. Appujé sur la bible ^ comme sur la propre parole de Dieu, il commenta d'enseigner qu'une yie pure et une ame religieute étaient plus agréables à Dieu que les pèlerinages et les macérations; que le pain et le vin dan« la Sainte- Gène n'é«» taient que les sjmboles du carp& et du sai^, de Jésus- Christ* U rejeta beaucoup de doctrines et de cérémonies admises jusqu'alors , entr'autres ki messe, la doctrine du purgatoire, Tadoration des saints, le célibat dés prêtres*
Beaucoup d'ecclésiastiques, et dans leur nombre des hommes distingués par leur sayoir et par leur piété , pensaient comme ZWingli. Sa doctrine eut beaucoup de partisans à Zurich , à Berne, à Bâle, à SchafThousei àSaint-Gall, à Bienne, à Coire et généralement denu toutes les villes où de bonnes écoles avaient répandu des connaissances solides. Lorsque Zwingli, appelé à Zurich en qualité de pasteur, y piécha publiquement sa croyance le 1 de Janvier 1519, tout le peuple embrassa cette doctrine et le gouvernement le prit sous sa protection et lui témoigna autant d*iiffection que d'estime. Uu grand nombre d'ecclésiastiques suisses, réguliers et séculiers, suivirent son exemple et prêchèrent sa doctrine sans aucun respect humain. Le nombre de ses adhévons fut partout considérable.
Ces mêmes idées ne régnaient pas seulement en Suisse, mais encore en Allemagne. Dans le même tcms, un savant Augustin de Witlenberg, Martin Lutlier^ sans avoir entendu parler de Zwingli^ précbail^
pnbHqnetnent à ped prés la même doclrîne qnt Mé Beaucoup de roî^ et de pruiee&^ ainsi qu'une gra«d# partie de leurs peuples en Allemagne, en Suède ^ en Danemarck et ea An^gleterre embrassèrent la doctrine de Luther ; et furent appelés Luthériens. £n Suisse , saM adopter Je nom d'aucun homme , la nourelle église s'appela éyangélique réformée/ c'est-à-^dire , l'église de Christ rétablie dans sa pureté primitive , d'après la pa«* rôle de Dieu.
A la yérité le pape était convenu dans la dicte de Nuremberg (1522) qu'il s'était introduit beaucoup d'abus dans l'église catholique; mais, ajoula-t-41, la gucrison doit être lente et suceessîve , de peur qu'on ne perde tout en voulant tout sauver à la fois. Ces senti-» mens étaient partagés par ]es bons catholiques de la^ " Suisse, ennemis des innovations , efifrajés par l'idée d'a-« bahdo'nner l'antique et sainte foi de leurs pères* Parmi eux, beaucoup d'hommes pîeuft et respectables crurenl devoir donner des avertissemens aux partisans de la ré-*> forme. „ Prenez garde à ce que tous faites" dirent^ils; ,,voua nous reprochez l'erreur; hommes comme nous, n'jètes- TOus pas sujets? Nous suivons les traditions d'hommes pieux plu^ rapprochés du tems dusauveut de plus de4ix^ siècles, pourquoi vous croirions-nous plutôt, vous qui n'êtes que d'aujourd'hui? Prenez-j garder tandis que Vous ne parlez que de l'amour de Dieu, vous livrez votre patrie à la hoine, à la discorde et à la* désolation.
Grands et petits étaient infatigables à parler sur ce sujet; les deux parties entamèrent même des négociations, mais chacun d'eux prétendait être dans la vérité et ac-^ cùsait l'autre d'erreur et d'hérésie. Une nouvelle haine remplit les cœurs de fiel. Les Cantons instituèrent dçs conférences publiques sur la religion entre des hommes savans des deuic partis , dans respcrancc dt faire cesser
toate ioisftloii; maSm, oomme il arrire presque toujours, cbftciin resta attaché à ««s idées arec plas d'opiniâtreté ^a^anparayant
La doctrine du rétablissement de l'ancienne foi chrétienne se répandit davantage de jour en jour. Zwingli y eontribua le pins à Zurich; à Berne Berthold Hailer^ Loapoulons^ Nicolas Manuel; à Bàle Oecolampade} dans les Grisons Henri Spreiter à Sainte-lntonie ; Jean Gomander à Caire ; Jean Blasius à Malans ; sur les bords du làc de Génère et de Neuchàtel Guillaume Farel; à Biehne Thomas Wittenhach^ sans nommer une foule d'autres > j trataillerent arec le même succès. À l'exemple de Zurich et de Berne Schaffhouse^ Baie, Saint-Gall, adoptèrent la réforme^ abolirent la messe ^ y adoration des saints , les couyens ; les laïques reçurent dans la Sainte -Gène le rin aussi bien que le pain; on permit aux prêtres de se marier. Le nouyeau culte fut introduit parmi le peuple des campagnes par des ordonnances souveraines ^ quelquefois par la force contre le gré et la conviction d'une partie des sujets.
Si les autorités et les pasteurs allèrent trop loin dans leur zèie^ le peuple grossier allait souvent plus loin encore ; il profanait les images longtems adorées des saints 5 il outrageait les croix, il raillait les personnes fidèles à leur ancienne croyance.
Gette conduite aigrit les esprits des catholiques à tel point qu'ils en conçurent la haine la plus violente contre les Confédérés réformés. Lucerne, Uri, Scliwj^z, Unterwalden , invariablement attachés à l'ancienne doctrine, brûlèrent par ordre du pape (1521) les écrits de Luther, et défendirent, sous peine de mort, de prêcher la nouvelle doctrine sur leur territoire. Dans les cantons de Claris et d'Appenzeli le peuple se divisa de telle sorte, que le nombre des catholiques et celui dès ré-
fbrm^ y ftit à peu près égal. A Soleurc et à Fril^onrg les gouTememens défendirent toute innûyation.
Enfin 9 lorsque la réforme pénétra aussi dans les bailliages de la Confédération^ dans le Rheinthal^ la Thurgovie, le Togguenbourg, les bailliages libres^ ïë comté de Bade et ailleurs y les catholiques en conçurent de la crainte. Les petits cantons surtout craignaient que la réforme des bailliages communs ne restreignit leurf droits de souveraineté et ne rendit les villes trop puis-^ santés. L'ambition des villes toujours avides d'étendre leur territoire n*était que trop connue. On vojait d'ailleurs la conduite violente des réformés dans plus d'un canton 9 et l'humeur despotique avec laquelle ils défendaient aux catholiques établis parmi eux de suivre le culte de leurs pères. L'animosité devint extrême^ lorsque les catholiques s'aperçurent que les docteurs réformés n'étaient pas d'accord entr'eux; que dans les cantons évangeliques des sectaires exaltés donnaient lieu à toutes sortes de désordres et résistaient aux lois et à l'autorité. Les ^anabaptistes surtout causaient le plus de troubles et de scandale. Préchant dans les bois et dans les champs^ ils annonçaient la prochaine venue du Messie et l'abolition de toute sujétion spirituelle et temporelle. L'exaltation de ces enthousiastes devint telle que Zurich , Berne ^ Saint-Gall ^ SchafiThouse et Bâle durent en arrêter les suites par les peines les plus sévères. Ces sectaires avaient introduit parmi eux la communauté des biens et des femmes ; de jeunes filles jouaient de bonne foi le rôle de Messie; Thomas Schmoucker poussa le fanatisme jusqu'à décapiter avec une hache sur la Muhlegg,^'son propre frère Lienhard^ comme victime e;qpiatoire pour les péchés du monde#
Progrès de la discorde dans les affaires
ecclésiastiques.
(De Tan i5a7 à Fan i53o.)
La scission de Péglise accrut en Suisse les désordres, les agitations, les inimitiés, d'année en année^ de jour en jour. Chacun des deux partis prétendait constater par la conduite la moios chrélienue, qu'il était seul en possession du vrai christianisme. On piévojait les plus grands malheurs. Toutefois il se trouvait parmi les ca*tholiques et les réformés de la Suisse beaucoup de gens sages et bien intentionnés qui, désirant prévenir les maux de la discorde, disai«nt: ,,Si notre foi est la véritable et si elle vient de Dieu, prouvons- le les uns la ux autres parles oeuvres de la charité; car la charité rient de Dieu, mais. la haine vient de Satan.'* — Malgré ces sages avertissemens, ce qui arrive toujours aiTtva cette foi s- ci. Les cris de l'orgueil et de l'égoïsme nei permirent pas d'entendre la voix de la sagesse.
Des deux côtés s'élevaient des hommes yioleps qui criaient et s'agitaient , non par amour de Dieu, ni par amour du bien et de la vérité^ mais pour satisfaire^ «ous un prétexte sacré, des intérêts secopdaires* Parmi les habitaus de la cainpagne un grand nombre attendaient de la réforme plus de libertés et de droits, ^t^ quand il voyaient leur espérance déçue, ils retournaient aussitôt ad catholicisme. Lorsque la ville <le Berne abolit le couvent d'Interlachen et le remplaça par deê prédicateurs réformés, les sujets du convent eu eurent une grande joie: plus de couvent, dirent-ils > plus de dimes, plus de cordées! Mais Berne exigea bientôt
dUnec et corrées ; sur le champ les paysans, rede?enus calholiques par eolèie, chassèrent les yrëdicateurs réformés 9 et s'araoccrent en troupes armées jusqu'à Tboune. Alors Berne somma sea autres sujets de prononcer une sentence arbitrale; cette ville voulait conserver la paix^ parcequ*elle ne pouvoit pas espérer un secours prompt et sâr des cantons voisins ^ tous catholiques. Les sujets arbitres honorèi-ent la confiance de leur gouvernement , et prononcèrent avec justice cette sentence : y^Les droits temporels du couvent passent à l*autorit4 temporelle et ne sont point devenus la propriété des pajsans. '* Les révoltés de Grindelwald se séparèrent en niurmura^it> quoique la ville de Berne leur eut remis aa * profit de leurs pauvres , une partie de leurs anciennes charges.
' Tontes ces mesures pour le rétablissement de la |>aix échouaient contre l'exaspération des esprits. Les moines d'Interlachen ^ tnécoutens d'avoir perdu leur' monastère^ rodaient ça et là et soulevaient en secret le peuple. L'abbé 4'£nguelbergy craignant pour ses droits et ses revenus dans POberland bernois ^ eut recours aux mêmes mojens, surtout dans rOberbasli; Se temps immémorial ^ cette vallée avait joui d'une grande liberté : elle avait son sceau particulier, sa banuiére^ un landamman de son choix, et se trouvait tooios sous Tautorifié que sous la protection de la villa de Berne» Lors donc que les communes d'Oberbasli, «xott'ées par les moines d'£ngueiberg et par leurs voisi;is 4'Unterwalden , eurent de nouveau aboli dans leur seitt le culte réformé (152 S) et fait venir des prêtres catholiques d'Uri et d'Unterwralden , les vallées du i^riodelivald , d'Aeschi, de Froutig^en, d'Obersimme» ict d*autre8 imitèrent cet exemple et le c^inton d'Unterfvaldea leur cnvojra même du secours pour lç« soulç-
ntr en eas de beaoin. Berne courut promptement aux armes, son aun^e se mit en marche pour arrêter les progrès de l'apostasie. Les mécontent, perdant courage, se dispersèrent en toute hâte, les soldats d^Unterivalden repassèrent le firunig; Berne punit sèrèrement l'Oberhasli; lui enleva pour un long temps la bannière et le sceau de la yaliée , et pour toujours le droit d*é^ lire son landamman ; les auteurs de la révolte furent mis à mort; leurs complices, contraints de demander pardon à genoux, au milieu d'un grand cercle fprmé par la force armée. Froutiguen, le Simmenthal et les autres yallées furent également ramenés par la force au culte qu'ils renaint d'abandonner.
Les réformes ecclésiastiques que les gouyernemens ' réformés tentaient dans leur propre pajs et parmi leurs sujets obtenaient le plus souvent un succès facile, cfor le peuple était ignorant et avait une crainte servile des seigneurs et des autorités de la ville. Souvent il adoptait la nouvelle croyance, moins par conviction que par une soumission aveugle. Mais il se présenta plus de difficultés et il j eut des révolutions plus violentes dans les bailliages communs, gouvernés en même temps par des cantons des deux religions. Dans les bailliages libres et dans le comté de Bade on vit des communes changer plusieurs fois de religion dans une même année , suivant l'influence relative des cantons catholiques ou protestans. Excité par les gonvernemens catholiques^ le conseil de la ville de Bremgarten chassa de son em* ploi le pasteur Henri Bullinguer> propagateur de la réforme dans les bailliages libres; le peuple, au contraire, encouragé par les tilles de Berne et de Zurich > dut à son opiniâtreté le maintien du culte réformé. L'abbaje de Weflinguen même adopta ce culte, et le Togguenbourg, malgré l'opposition de son souverain ^
Yùhhé de Saint-Gall ^ décréta Tabolition de la meaae ^ de Tadoration des aaintSk
La haine réciproque des cantona catholiques cl des cantons réformés prenait de pins en pins nn caractérd TÎolent A Frauenfeld^ le landamman Wehrli aTaii parlé et agi arec nn zèle ardent contre le nonreaù culte; c'en fut assez pour gue les Zuricois le Saisissent à son passage par leur ville ^ quoiqu'il portât un manteau aux couleurs d'Unterwalden ^ et le fissent exécuter publiquement. De son c6té^ le gouyernemeat de Schwjz s'empara du pasteur réformé Kaiser d'Uznach, et le fit périr sur un bûcher comme hérétique.* A la fin ^ personne ne put plus entrer dans un canton où régnait one religion différente de la sienne sans craindse d'/ perdra la yie. Obligé de se rendre d'UnterwJilden dans les bailliages libres pour j exercer les fonctions de bailli. An* toine Adacker ne voulut point j aller sans une eseort» armée; telles étaient la défiance, la crainte et la haine ! Les réformés des bailliages libres tremblèrent à leur tour à l'arrivée de ce, gouverneur catholique. Pour leur sûreté, les Zuricoijs envoyèrent une gamisoii de 800 hommes d'infanterie à Bremgarten et dans l'abbaje de Mouri (1529) et quelques mille hommes dang le pays de Gaster, dans la T4iurgovie et sur les frontières du canton de Zoug. Les Bernois aussi mirent sur pied 10|060 hommes, prêts k combattre au moindra danger.
Les cantons catholiques né restèrent pas oisifs. Uri, Schiv^, Unterwalden , Zoug et Lucerne rassemblèrent leurs forces sur leurs frontières; 1500 Yalaisans se joignirent à eux. Us avaient contracté une alliance avec l'empereur romain pour la défense de l'ancienne foi.
Les autres cantons , voyant Confédérés contre Confé« dérés les ^rmes à la main, s*entremirent entre les deux
partis «t les ^exhortèrent k la paix. U régnait encore en' Suisse un esprit gènéraL de magnanimité, reste des beaux temps de la Confédération , et le Suisse des bords de la Limmat ne pouvait pas oublier que le Suisse des Waldstœtten était son frère. Aussi rojait-on sourent officiers et soldats des deux armées ennemies prendre ensemble amicalement leurs repas , manger en commun la soupe au lait à côté des bornes de leurs cantons ^ •t guerroyer en plaisantant avec leurs cuillers de bois, quand l'un d^eux se permettait de dépasser ses limites dans la soupière commune pour pécher un morceau friand. Cette fois encore , Ve landamman Aebli ile Claris et le statmeistre Stourm de Strasbourg parvinrent i conclure entre les deux partis dissîdens une paix de religion le 26 de juin 1529. — Les troapes retournèrent dans leurs foyers.
A peine de retour dans leurs cantons respectifs, les deux partis renouvelèrent leurs anciennes querelles ; les réformés surtout se montrèrent ardens à propager leur doctrine. Le zèle des Bernois prépara l'adoption de la réforme dans la principauté de Neuchâtel, et le savant Berthold Haller la fit recevoir dans une partie du canton de Soleure. L'activité des Zuricois gagna à la croyance des réformés un grand nombre de communes dans le pays de Sargans, dans la Thurgovie et dans le comté de Bade, de thème que dans ks villes de Kaiserstouhl et de Zurzach. Bien plus, l'abbé de Saint-Call, François Gueisberguer, étant mort dans le même temps , les Zuricois et la partie réformée des Glaronnais cherchèrent à dissoudre l'ablygre de Saint-Gall, et à y séculariser tout ce qui appartenait a l'église. Les citoyens ' de la ville de Saint-C'àll* introduisirent en effet le culte réformé dans l'église de l'abbaye. Une grande paitie des Tichesses du monastère fut consacrée au soulagement
byGoQgle
des pauvres* 1^%% gens de la maison de Dieu araient embrassé la réforme ; afin de les attacher plas sûrement à la noayeUe doctrine^ on diminua leurs charges et Ton accorda à leurs communautés ie droit d'élire leun pasteurs.
Cette conduite offensa les cantons catholiques; car Luceme et Schivyz étaient aussi bien que Zurich el Gians cantons protecteurs de Fahbaje de Sainf-Gall. Quoique ces derniers eussent fait^ dans tous les chan* gemens qu41» introduisirent, la réserve des droits des deux autres cantons protecteurs» ils n'eu poursuiyireni pas moins sans interruption le cours de leurs réformes. Dans les bailliages communs ils établissaient toujours en principe la liberté de conscience, mais ils la permettaient rarement dans le fait. A la fin , Rapperswjl aussi se détacha de l'ég]îse romaine, e^le Togguenbourg eut Fespérance de s'affirandiir de tous les droits de l'abbaje.
Uri, Unterwalden et Zoug, voyant que la dernière paix de religion n'avait point été faite à l'avantage des catholiques, se joignirent à Schwjrz et à Lucemè; cha* cun disait: » C'est là un nœud tel que l'épée seulo peut le délier."
Guerre de CappeL — Mort de Zwingli. —
Wengui, avoyer de Soleure.
(De Tan i53i k Tan i5330
Les citoyens de Zurich ne gardèrent plus de mesure. Tous voulaient la guerre , mais tous ne la voulaient pas par le même motif, h^^ uns la demandaient par un
Mp mal •ntondn pour la noaTelle doctrine , persuadé» ^'il fallait lacrifler à l'intérêt de la foi tes biens et sa fie, «t tout oser pour la propager en Suisse. D'autres , «îid^ de conquêtes, aspiraient i opprimer Tautoiité des cantons catholiques d^ns les bailliages communs dont ils roulaient s'arroger la domination exclusive. D'autrei encore ne la désiraient que pour triompher des catholiques. Car à Zurich même beaucoup de citojeHii étaient restés secrètement attachés à la foi de leurs pères, soit par conviction, soit par haine pour Taustérité des prédicateurs de la réforme, qui censuraient sans ménagement la licence des mœurs et tonnaient contre les pensions étrangères et contre la vénalité des grands.
L9ê Bernois, an contraire, ne soupiraient qu'après 1» paix; car lia n'étaient pas assurés de la tranquillité dan» leur propre pajs, et ne pouvaient attendre aucun avantage de la sécularisation de l'abbaje de Saiut*Gall, ai éloignée de leur territoire. Ils dirent donc aux Zuricois : )| Pourquoi répandre le sang de vos compatriotes? Empêchez toute importation de blé dans les cantons forestiers. Jusqu'à ce qu'ils observent tous les points du traité de paix et qu'ils vous satisfassent." Mais les Zu*iricois répondirent : ^Vn pareil mojen a tout l'odieux d'une guerre, sans amener une décision aussi prompte que les armes." — On se prépara donc à la guerre; les Zuricois avec avidité, avec précipitation, les Bernois lentement et i regret; cela nuisit aux uns et aux autres.
Les cinq cantons catholiques, Lucerne^ Urî, Schwjz, Vnterwaldea et Zoug, dirent aux cantons de Zurich et de Berne : «Chaque jour vous propagez vos innovations par la ruse et par la force; devons->nous souffrir que la fminte foi de nos pères soit entièrement bannie du pa;&
4|a*Us ant habité ? Vous nous rendei nos nxjels înfidiki et vous oncomagez la i^bellion. Les révoltés du Etteintthal ont surpris le bailli d'Unterwalden , Kretz ; ils le retiennent encore prisonnier dans la maison communale d'Altstsetten , et tous le souffrez. Yous dépouillez de ses droits et de ses biens Fabbé de Saint-Gall. Nous ' demandons justice d'après les lois de la Confédération; %ons nous la refusez. Nous voulons une francise ré-» conciliation; vous nous interdisez vos marché^. Que répée décide donc entre tous et nous^ puisque vous Texigezl Dieu nous jugera."
Ainsi parlèrent les cinq cantons^ et sous leurs bannières 8000 hommes marchèrent sur le ahamp vers Zoug et dans les bailliages libres. Déjà un faible corps de Zuricois était campé près de Cappel; mais la bannière principale de Zurich devait suivre. Les Bernois^ arrêtés près de Lenzbourg> ne savaient quel parti prendre^ parcequ'ils n'avaient point reçu d*ordre. Les bannières des cinq cantons s'avancèrent le 12 d'octobre^ {1531} pisqu'à Gappel; 300 hommes des plus. courageuiL se précipitèrent aussitôt dans les rangs des Zuricois ; les autres suivirent. Le combat fut long et terrible. Le principal corps d'armée de Zurich , avec lequel se trouvait Ulrich Zv^ingli, arriva par l'Albis^ mais trop tard et trop fatigué» Là se battirent avec un antique héroïsme Suisses contre Suisses. Plus de 600 Zuricois perdirent 1% vie* Zv^ingli fut trouvé parmi les morts. Les autres s'enfuirent^ poursuivis jusqu'à la nuit. Les vainqueurs retournèrent tard sur le' champ de bataille^ et remercièrent Dieu ^ suiTant l'usage de leurs ancêtres, pour le massacre de leurs frères; puis ils pillèrent le camp abandonné par les Zuricois.
Cependant le jour suivant les hauteurs de l'Albis forent couvertes de soldats du parti reformé. Les nom-*
fcrenset tronpn des Bernois 9 postées prés de Bremgarten^ pillèrent le couyent de Mouri; d'un autre e6ié, les réformés s^aTancérent jusqu'à la montagne de Zoug. Plusieurs corps de leurs troupes devaient aller piller le couyent de Notre-Dame-des-Ërmites. Mais Jean Houg^ fils de Fayojer de Lucerne^ les surprit avec 600 hommes d'élite > ayiint le point du jour> sur le mont Goubel prés de Menziguen , et les mit en fuite après un combat de courte durée (24 octobre).
Ces défaites répandirent le deuil et l'effroi dans la yiUe de Zurich ; yingt-six membres du grand et du petit conseil ayaient perdu la yie sur le champ de bataille. Les Grisons réfo^és^ déjà en marche , s'arrêtèrent prés d'Uznach. Les Glaronnais éyangelîques déclarèrent qu'ils resteraient neutres. Les Togguenbourgeois youlurent traiter de leurs intérêts ayec les cantons catholiques, prolecteurs de l'abbaje de Saint-Gall. Les Zuricois se yojant seuls sentirent la nécessité de faire la paix.
Sans être enflés par leurs succès,, les cinq cantons leur offrirent la paix à des conditions équitables. Elle fut conclue le 16 de noyembre, en plein air, près de la métairie de Teinikon, au-dessous du Breitholz (forêt large). Des arbitres devaient s'occuper plus tard àes frais de la guerre; dans les bailliages communs, les deux partis devaient avoir les mêmes droits. — £n entendant les conditions de la paix, les Bernois y accédèrent et retournèrent chez eux; beaucoup d'entr'eux étaient encore attachés au fond du cœur à l'église catholique romaine. Peu d'années après , on vit même le général bernois, Sébastien de Diesbach, abjurer de
nouveau le protestantisme à Fribourg.
t Après que les cinq cantons victorieux eurent fait la
paix avec Zurich et Berne ^ ils demandèrent satisfactioA
à Soleare^ qui avait envoyé aux Bernois des troupes auxiliaires. La plupart des communes du canton dé SoJeure avaient déjà embrasse la réforme; c^était la raison de leur dévouement aux Bernois. Dans la capitale du canton y au contraire , le conseil et la bourgeoisie étaient divisés y et cette scission religieuse faisait naître fréquemment des querelles et des persécutions. Mais lorsque les cinq cantons victorieux exigèrent on un dédommagement de mille florins ou leur retour i la croyance de leurs pères , il n'j en eut que peu qui you« lussent pajer. La plupart reprirent le nom de catholiques. ASoleure même les catholiques s'armèrent contre les réformés pour les contraindre à L'abjuration; ils arrivèrent avec un canon chargé devant la maison où les réformés délibéraient entr'eux. Déjà Tarme redoutable les menaçait de la mort Tout-à-conp un homme vénérable s'avance au milieu des furieux^ présente devant la bouche du canon son cœur que faisait battre un vrai patriotisme ^ et s'écrie : y Si le sang de vos concitojjBns doit couler, que le mien coule avant tout!^ — Tons furent efTrajés à la vue de ce héros chrétien; c'était Tavojer de Soleure , Wengui. Le sang ne conla point Les réformés de la ville de Soleure, plus attachés à leur foi qu'à aucune autre chose, sacrifièrent leur biens, leurs propriétés, quittèrent le canton et s'établirent dans d'autres villes. Le culte catholique romain fut rétabli dans toute l'étendue du canton, dont trente-quatre communes avaient déjà embrassé la réforme (1523).
Tels furent les résultats de cette victoire de Gappel,. où des frères furent égorgés par leurs frères: mais elle «n eut d'autres encore. L'abbé de Saint-Gall fut réinté- . «gré dans tous 4t% droits , la propagation de la réforme à jamais arrêtée dans les bailliages communs. Lts catholiques acquirent même une telle prépondérance, qu'ils
rélablirenl leur cBlte par la force dans plutieuri paities àm ces bailliages.
Genève se sépare de la Savoie. Berae s'empare f ' du Pays-de-Vaud.
(Deran i533 à ISin i558.)
Des dîtiiioBS ••mblables ayaient éclaté dans \e% antres parties des Alpes helyétiennes. Bans les yalLécts ^des Grisons une partie des comoinnes conserva l'ancienne ^nrojance^ les antres embrassèrent la nonrelle^ sans que la contrainte g^nàt les consciences. Le coite éyangéHqi^c ayait de nombreux sectateurs & Sion et à Lonescho dans le Valais I où Thomas Flatter prêchait la réforme ayeic le plus de zélé. An Pajs-de-Yaud, le long du lac Léman^ Lausanne 9 les autres yilles et la plupart des yillages 6e séparèrent de Téglise romain su Genéye fit de'mème^ mais ce ne fui pas sans troubles et sans commotion. €ar la discorde religieuse yint se mêler i^ la discorde civile qui régnait dans celte cité«
Genève était déjà à cette époque une ville belle 0t populeuse^ florissante par les sciences, par les arts, par rindustrie, par l'activité de ses citoj9n6. Deux fdis cette antique cité des Allobroges ayait été détruite do. temps des empereurs romains; deux fois elle s*était relevée de ses ruines. Aujourd'hui encore on y trouve sous s€|ji chaussées des chaussées plus anciennes. Après la domination des Romains, les rois boui^uigtions en firent soUvent leur résidence;^ et plus tard, sous ^i^^ Francs, les Bourguignons 31 assemblèrent fréquemment
byGbogle
leurs diètes. Depuis plusieurs siècles un érèque y exer« çait raptorité ecclésiastique sur une grando ëtepdue d« pajs: Il portait le titre de prince^ possédait de grands biens , jouissayl de grandes prérogatives , et même dans « la Tille du droit de régale. Ce droit fut transmis aux étéques par les rois francs qui en ayaient été inrestis* Les autres droits des rois furent longtemps exercés par les comtes de Genève^ leurs délégués. Mais insensiblement les comtes se les étaient arrogés tous et les ayaient rendus béréditaires dans* leurs familles. Non seulement ils considéraient comme leur b éritage Genèye et tout son territoire^ à Texception des propriétés de Péyécbé^ mais ils étaient encore les représentans de Tévéque dans Padminis-* tration de ses biens temporels. De là des querelles et une rivalité 'sans fin entre Pévéque de Genève et le comte de Genève. La bourgeoisie gagna beaucoup à cette dissension. Soutenant tour-à-tôur la cause de l'un et de l'autre^ elle avait reçu de nouveaux droits et des francbises de tous les deux. A la fin ^ trois partis se disputèrent la prééminence dans ce coin de terre: Tévéque^ le comte et la bourgeoisie. Il s'jr joignit bientôt un quatrième^ le comte de Savoie^ voisin puissant. La bourgeoisie l'avait appelé a son secours contre le comte de Genève^ et lui avait donné une grande partie des droits de ce dernier; il voulut les avoir tons* D'abord il tenta de supplanter le comte de Genève^ puis il acheta tous sei biens, lorsque sa famille se fut éteinte.' Par là il acquit la plus grande influence sur Genève.
Devenus de plus en plus puissans jusqu'à s'arroger le titre de duc , les comtes de Savoie étaient devenus de plus en* plus dangereux pour la boui^eoisie. Cat bientôt ils s'emparèrent aussi de tout le pouvoir des évéques , en plaçant toujours sur le siège épiseopal un fils de leur maison. Cependant^ lorsque, après lee guerrei
dasSuissM are* Charles ta Téméraire^ Tun de ces évèques eat coBcla an traité d'alliance défensive avec Berne et Friboarg^ en son nom et au nom de la bourgeoisie ^(1493), celle-ci acquit dans ces Confédérés voisins des garans de ses droits et des défenseurs contre Pusurpation des ducs et des évéques. Cette alliance eut des suites importantes.
Un jour (1517) un Genevois du peuple coupa ^ par méchanceté^ le jarret à la mule du juge épiscopal Grossi. Le coupable et une troupe de camarades de son espèce^ qui en voulaient au juge^ firent porter le jarret coupé dans toutes les rues par un idiot , et lui ordonnèrent de crier: ^ Achetez^ achetez un morceau de la grosse béte!^ Grossi vit dans ces mots une allusion i son nom et une offense faite à sa personne. U accusa sei ennemis devant le tribunal de Tévéque. L^évéque leur accorda leur grâce ^ à l'exception de Pécolat, qu^il fit mettre en prison^ et de Berthelier^ qui s*enfait i Fribourg. Là-dessus s'éleva une nouvelle querelle pour savoir à quel tribunal Pécolat ressortissait. La ville de Genève prétendait le faire comparaître devant son tribunal civil. De difficultés en difficultés cette affaire fut portée successivement devant le duc^ l'évèque^ Tarcheyéque , enfin devant le pape.'
Sur ces entrefaites Berthelier n'avait pas perdu son temps à Fribourg. Revêtu de pleins pouvoirs par ses compatriotes , il avait resserré les liens d'amitié entre Fribourg et Genève. 11 retourna dans sa patrie airec un sauf-conduit , et, fit ratifier le nouveau traité avec Friboui^ ; le 6 de février 151 S. Le duc en fut tellement irrité^ qu'il fit mettre à mort à Turin quelques voyageurs genevois qui traversaient ses états* Cet acte de vengeance augmenta J'animosité des Genevois^ et fit éclater la division entre les partisans de la Confédération et les partisans /
du dua de Sayoie. Ces derniers, peu nomlreiiz, postaient le nom de Mamelaks; les autres furent surnommés Goàfédërës, £idsgenossen , on selon la prononciation française de ce nom allemand. Huguenots.
La dispute causée par l'alliance dont il vient d'être question fut portée deyant mainte diète suisse, mais sans aucun succès. Le duc poursuivit ayec tant de cruauté les Huguenots qu'il traitait en sujets rebelles, qu'un grand nombre d'entr*eux cberchèrent un asile A Berne et à Fribourg. }1 fit même saisir et exécuter Bertbelier. La noblesse sayojarde reçut l'ordre de vexer ( Genève de toutes les manières. A toutes ces baines se joignit la scission religieuse occasionnée par la réforme. La plupart des Huguenots étaient attachés à la doctrine évangélique. Le prieur de Saint-Yictor , nommé Bonnivard, fut un des premiers à prêcher contre le pape, -p- Le duc etl'évêque redoublèrent de cruauté, ensorte que Berne et Fribourg ne purent laisser plus longtemps leurs alliés sans secours. Ils traversèrent avec 12,000 hommes le Pajs-de-Vaud jusqu'à Morges, ravageant tout sur leur passage. Là des députés du Valais et des dix can* tons vinrent interposer leur médiation, et engagèrent l'armée bernoise à se retirer ; une paix fut conclue à Saint- Julien (1530). Le duc promit de respecter les droits de la ville de Genève, sous peine de perdre le Pajs-de- Yaud; les Genevois s'engagèrent à respecter les droits du duc, sous peine de voir se rompre leur alliance avec les Suisses.
La paix fut rétablie, la bonne intelligence ne le fut pas. Le duc continua le cours de ses persécutions. Dans Genève les catholiques et les protestans se haïssaient. L'un et l'autre parti en venait dea projets sinistres aux assassinats. Mais les Huguenots eurent le dessus dans eette triste lutte. L'évêque et le duc formèrent enfin de
eonceii !• profct de surprendre la TÎlle a main arméb Mai* la yigilance et le courage des citoyens déjouèrent cette tentatiTe. L'évéque^ craignant le peuple^ s'enfuit 4p la yille et transporta son siège épiscopal i Ges. Iss i^enerois en furent enchantés. Us introduisirent sans obstacle le culte protestant , déclarèrent Péyèqne déchu de ses droits régaliens, proclamèrent l'indépendance de leur rille et formèrent dès ce moment un état libre» Ce fat en 1536.
Cette démarche audacieuse fut décisiye. Car dans cette conjoncture il yint à Genèye un ecclésiastique français , également sayant et habile daq^ les affaires de rétat et dans celles de Péglise, zélateur ardent de la doctrine éyangélique; cet homme était Jean Càlyin. Il ne se contenta point d'instituer ,à Genèye le nouyeau culte» il réprima par une discipline séyère l'extrême corruption des mœurs ^ et contribua puissamment à consplider le nouyel état par des lois fermes. Telle fut la cpnsidération dont jouit Calyin, qu'à la fin rien ne se faisait contre sa yolonté ; telle la gloire de son génie et le respect pour ses opinions , qu'en Suisse , en France, eu Allemagne les réformés furent surnommés Calyinistes.
Cependant les Mameluks exilés et la noblesse sa- Toyarde du Pajs-de-Vaud pressaient yiyement la yille de Genèye. Les Bernois enyojèrent au duc de Sayoie leur déclaration de guerre» parcequ'il ayait yiolé le traité de paix de Saint-Julien. Ils enyojèrent au mois de janyier 1536 sept mille hommes de guerce dans le Pajs-de-Vaud , et» dans l'espace de onze jours» soumirent tout depuis Morat jusqtt'4. Genèye ; ils déliyrèrent cette yille» qui lès reçut avec des cris de joie; chaaaèrent l'éyèqtie de Lausanne » s'emparèrent de sti biens
•I df se« fTirlléges, et deriDrent ainsi maîtres dt toa| le Pajrs-de-Vaud. Cette conquête fut plus aisée encore qne n^arait été celle de PAargoyie; car le doc de Sa» Toie f engagé dans une guerre contre le roi de France et réduit aux abois , ne put opposer aucune résistance ' aux armes bernoises. La noblesse sarojarde était impuissante. D'ailleurs les TÎlles du Pajs-de-Yaud et les communes des campagnes se soumirent volontiers aux Bernois, fatiguées qu'elles étaient de porter le joug* pesant de la maison de 8aToie^ et de Toir les assemblées des états du pajs s'occuper de leurs intérêts priyés et
' négliger les intérêts du peuple.
Mais le Valais et Fribourg yirent de mauraîs œil cette nouvelle conquête qu'ils auraient voulu partager avec les Bernois. Les Yalaîsans s'emparèrent de tout le pajs situé entre leurs frontières et la Dranse^- ief Fri-
, bourgeois soumirent les comtés de Rue et de Rom ont. Pour n'être point troublés dans leur nouvelle possession et pour s*j consolider^ les Bernois' ne s'opposèrent poiât à ces conquêtes. Ce fut dans le même but qu'ils introduisirent partout sans délai le culte réformé^ firent administrer par buit baillis bernois le pajs conquis , qu'ils divisèrent en buit bailliages , et créèrent pour tout le Pajs-de-Vaud un trésorier cbargé de maintenir les droits souverains de Berne et de retirer les impôts an profit de cet état. Un petit nombre de lieux seulement conservèrent leurs anciennes francbises; mais la ville de Lausanne garda presque en totalité ses importans privilèges et devint en quelque sorte une ville libre soumise au patronage de Berne. — Deux fois déjà les Bernois àvjiient conquis le Pajs-de-Yaud ; d'abord dans les guerres dé Bourgogne , où ils ne gardèrent pour eux que Bex et Aigle; puis, immédiatement avant la paik de Saint-Julien^ où ils ne tirèrent aucun avantage du
uxkccè» de leur* armes. A leur troisième inrasion , ifs ne rendirent pas leur belle conquête.
Pendant longtemps les riches et pnissans comtes de , timyères refasérent courageasement de rendre hommage aux yilles de Berne ei de Fribourg, dont les nouyeileà conquêtes enfermaient de toutes parts les terres de ces seigneurs. Mais les deux yilles profitèrent adroitement de la pénurie d'argent de ces comtes accablés de dettes, et achetèrent tous les titres de leurs créanciers (1554). Par là Fribourg acquit la seigneurie de Grajrères, et Berne les vallées de Roagemont et d'Oron^}.
Berne .doubla l'étendue de son territoire par la soumission du Pajs-de-Yaud , et devint la ville la plas puissante de la Confédération par sa politique adèoile^ par son habileté à profiter de la faveur du moment^ par Fesprit public^ par la résolution et par le courage de ses citojens.
Haine religieuse dans les bailliages italiens , dans les Grisons et ailleurs. Dispute au sujet du calendrier. Alliance de Boromée.
(De l'an 1 558 à Fan 1 586.)
Genève 9 entouré de son petit territoire^ florissait comme état indépendant > et devint en peu de temps l'une des villes les plus célèbres de la Suisse, grâce à son industrie et à son amour pour les sciences. Cependant JL cause de ses troubles continuels, les Confédérés
*) Elles font aiijoord*hai partie du canton de Vaud.
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il«. Toularent pas l'associera leur Confédération comm^ ville alliée. Ces troubles furent causés et par le channq encore nouveau de la liberté^ et par la sévérité inflexible et le %éle impétueux de CaJvin. Ce réformateuif fongueux menaçait de l'exil , de l'épée ou du bûcher^ quiconque n'adbérait pas à ses doctrines.
La seule ville de Berne resta fidèlement attachée k Genève 9 ainsi que Genève à Berne; aussi ces deux états renouvelèrent-ils à perpétuité (1558} leur alliance dé-^ fènsive. Genève trouvait dans Berne le rempart le plus siir pour sa liberté contre toute attaque étrangère ou interne; Berne, de son côté 9 vojait dans Genève un avant-poste avantageusement placé pour arrêter les in-^ vasions des Savoyards, pour tenir le Pajs-de-Vaud en respect, et pour dompter les Yaudois s'ils s'avisaient dé réclamer des franchises que leurs nouveaux maîtres étaient intéressés à ne pas leur accorder*
La discorde religieuse qui divisait les Confédérés et leurs sujets avait aussi pénétré au-delà du'Saint-Gothard dans les bailliages italiens et allumé une haine mutuelle dans des cœurs auparavant unis. Le nombre des réformés était surtout considérable dans le bailliage de Locamo ; ils comptaient parmi eux la plupart des familles les plus riches et les plus considérées ; Lélius et Faustus Socin avaient répandu dans cette contrée une doctrine beaucoup plus libre encore que celle de Zwingli et de Calvin. Mais ils furent chassés et leurs adhérens punis par l'exil ou par la mort Après eux, Becoaria devint k Locarno le principal docteur des évangéliques. Le bailli, qui était catholique, le fit emprisonner, mais une troupe de réformés assaillit le château et obtint de vive force la liberté de Beccaria. Le bailli^ avec rautorisation des sept camtons catholiques , ordonna
aux réformés daller à la messe ^ el bannit ceux qUi né Toalurent pas se soumettre à cet ordre. ^Gette yiolenee est contraire â notre traité de paix,** s'écrièrent les éta^ évangéliques qui participaient à la souveraineté des bailliages italiens. — »Non,** répondirent les cantons catholiques; \\t traité né s'étend pas à ces bailliages; c'est la majorité des Toix qui décide ici.'^ Ainsi \t^ persécutions continuèrent^ encouragées d'ailleurs par le nonce du pape. Enfin le bannissement général des ré-* formés de Locamo fut décidé et eut son exécution an mois de mars 1555. Cent cinquante réformés , assemblés dans FhôteMe-TÎlle de Locamo^ drfrent écouter cet arrêt ayec une soumission silencieuse. Tout^à-conp le nonce du pape entra dans la salle et s'écria transporté de colère c ^Ce jugement est trop indulgent II faut enlever aux exilés leurs biens et même leurs enfans.** «^ Mais les députés des cantons catholiques frémirent à l'idée d'une telle barbarie ; leur cœur connaissait encore l'humanité^ étouffée dans le cœur du prêtre; ils dirent d'un commun accord : «Nous ne révoquerons point le jugement que nous venons de prononcer."
Ainsi les exilés > accompagnés de leurs femmes et de leurs jeunes enfans , passèrent les montagnes les plus sauvages^ dans la plus rigoureuse des saisons^ s'él6ignant tristement de la terre chérie où reposaient les cendres de leUrs pères, ht^ Confédérés évangéliques les recurent avec une charité vraiment chrétienne. Zurich offrit un asile à plus de cent de ces infortunés. Il j avait dans leur nombre des hommes riches et savans , les Orelli, les Murait et d'autres dont les familles fleurissent encore à Zurich et l'honorent Ils apportèrent dans cette ville l'art de tisser la soie, y établirent des moulins, deà teintureries, et l'enrichirent par leur industrie à tel ppint que la prospérité de Zurich devint
célèbre en peu de temps ^ m^me hors des limites de la Suisse.
Malgré' la dissidence des églises ^ les Suisses seraient probablement reyenns à leur ancienne concorde^ s^ils n'ayaient pas prêté une oreille trop facile aux insinuations d^ambassadeurs étrangers. A la même époque , des guerres de religion désolaient aussi la France et l'Allemagne; les enyojrés des souyerains engagés dans ces guerres^ recbercbaient la fayeur et l'assistance dea cantons auxquels les unissait le lien d'une foi commune ^ et les animaient contre les cantons attachés à la crojanco opposée. Des deux côtés ^ les prêtres aigrissaient encore dayantage les esprits du peuple. Les cantons réformés, se gardèrent prudemment de se mêler dans des que-* relies étrangères; il n'en fut pas de même des cantons catholiques; Us se montrèrent dociles à la yoix du nonce papal et furent séduits par Fappat de l'or quo^^ l'ambassadeur français répandait pour engager au ser* yice de son roi des soldats mercenaires. £n 1553^ ils conclurent ayec le roi Henri II la première capitulation en règle; au sujet des régimens qjie la Suisse enyerrait. au seryice de France; ils fournirent dans une seule année 10^000 hommes ^ et firent suiyre d'année en année des renforts considérables. Les Suisses se battirent yaillamment sur le sol étranger ^ mais leur gloire ne fut que celle dq mercenaires. Leur sang ne coula point pour leur patrie ^ leurs actions n'appartiennent doncf pas à l'histoire de la patrie. Laissons les étrangers yanter les exploits qu'ils ont pajés.
Le nonce du pape trayaillait sans relâche contre les intérêts des cantons réformés. Il songea même à rétablir la domination de la maison de Sayoie à Genèye et jpeut-« Itre aussi dans le Pajs-de-Yaud. Jaloux de la prépondé^
rance de Berne ^ quelques cantous réformés auraient volontiers secondé les vues du nonce ^ mais ce dessein échoua. Car lorsque le duc de Savoie réclama en effet le Pajs-de-Yand en 1564^ les Bernois prévinrent des pertes plus considérables parJe sacrifice volontaire du petit pajs 4e Gex et de tout le district qu'ils possédaient au-delà du lac de Genève» £n échange , le duc Emanuel Philibert renonça par le traité de Lausanne à toutes ses prétentions sur le Pajs-de-Vaud, et le roi de France se rendit garant de ce traité ^ mais sous la réserve expresse de tous les droits dont le Pajs-de-Vaud avait joui sous la maison de Savoie* — Genève ^ au contraire^ resta longtemps encore en butte aux attaques de cette puissance voisine. Mais la nécessité de défendre sans cesse son existence politique contre la ruse et la force d'un voisin beaucoup plus puissant 5 développa de nouvelles forces dans cet état indépendant y petit en étendue ^ mais grand par le courage de ses habitans. Dans tous ses dangers^' Berne le secourut en allié fidèle. £n considération de rhéroïsme de Genève ; les Zuricois firent une alliance perpétuelle avec cette ville en 1581.
De tons les défenseurs du saint-siége, jamais aucun ne s'était montré en Suisse avec un aussi grand ascendant que l'archevêque de Milan ^ le cardinal Charles Boromée: mais rarement aussi on vit un homme plus capable 9 par ses talens et par ses vertus ^ d'exécuter de grandes entreprbes que ce )eune prélat^ actif, pieux, brûlant de zèle pour sa foi. Arrêter par des barrières éternelles la propagation des nouvelles doctrines, affermir au milieu des orages de son siècle l'antique église ébranlée jusqu'en ses fondemens, telle fut la tâche qu'il choisit pour lui consacrer sa vie. Dans ce but, il abolit beaucoup d'abus en Italie, épura les mœurs du clergé t\ fit un grand nombre de voyages. Il vint aussi en
Sui&se^ mais tout ce qu'il j fit ne tourna pas à Payantage des Confédérés.
ArrÎTé dans la Yalteiine^ où les Grisons s'occupaient à établir des écoles protestantes ^ il travailla secrètement contre leur projet. Dans les Grisons^ il aurait désiré mettre aux catholiques les armes à la main contre les réformés ; mais , à Texception de Tévêque de Coire et de sa cour^ les libres enfans des Alpes rbétiennes 1< reçurent froidement* Ils étaient fatigués de ces querelle* et de ces haines religieuses auxquelles ^ dans leur pajrs comme en Suisse ^ les familles des grands avaient rattaché les intérêts de leur égoïsme politique. Déjà cette calamité avait fait périr sur Téchafaud le jeune seigneur Jean Planta de Rhsezuns (1572), et avait fait condamner plus d'un honnête citojen à perdre ses biens ^ sa vie, sa patrie, son honneur. De nos jours encore on s'en* tretient dans les montagnes des Grisons, des tribunaux redoutables de Thusis et de Goire, des rassemblemeni armés du peuple, et de la vénalité si commune dans ces temps de corruption. La loi appelée Kesselbrief (1570) vint enfin mettre des bornes à cette ambition impudente qui obtenait les honneurs à force d'argent et d'intrigues; une autre loi, Dreisieglerbrief (1574), défendit tous les attroupemens de gens armés. L'amour .de la liberté s'alliait chez les Grisons à l'amour de la justice. Un petit nombre seulement de fanvilles nobles et ambitieuses respectaient aussi peu la justice qu'elles aimaient peu la liberté.
Le cardinal Charles Boromée reçut l'accueil le plus amical des cantons catholiques. Le mauvais état de leurs écoles lui suggéra l'idée d'établir à Milan un se* minaire de prêtres en faveur des jeunes catholiques de la Suisse. C'est lui qui introduisit l'usage d'avoir constamment en Suisse un nonce du pape. Cela déplut aux
réformés; ils prérojaient les désagrémens qaif naîtraient pour eux de la présence continuelle d'un représentant du saint-siége. Pendant l'hiver de l'année 1580 un nonce arriya à Berne ^ mais le gouvernement lui ordonna de quitter sur-le-champ la ville, et les enfans le poursuivirent dans les rues à coups de houles de neige.
La lutte des catholiques et des protestans occupait le mon/le chrétien presque tout entier. L'£spagne> la Savoie , r£mpire y étaient les plus zélés défenseurs du pape. Malgré cela les huguenots ou protestans triomphèrent presque en France. Le pape voulut engager tous les catholiques de la terre dans une guerre à mort contre les protestans, et cette guerre, il osait l'appeler 'sainte! En Suisse, le cardinal Boromée prêchait avec cèle la nécessité de former une ligue puissante pour le maintien de l'église romaine. Plus on lutta, ^plus les esprits s'échauffèrent. L'animosité alla si loin que les réformés ne voulurent pas recevoir le nouveau calendrier (1582), parcequ'il avait été perfectionné par l'ordre du pape. Le parti évangélique se défiait tellement de Rome qu'il rejetait tout ce qui en venait, même les améliorations, et qu^ir maintint opiniâtrement l'ancien calendrier, malgré ses défauts. Cet ohjet faillit à causer une guerre civile.
La dispute des partisans des deux calendriers favorisa la ligue projetée par le cardinal en faveur de l'église; les sept cantons catholiques se liguèrent en effet selon ses vœux. Des députés de Lucerne, d'Uri, de Schwyz, d'Unterwalden , de Zoug, de Soleure et de Fribourg s'assemblèrent à Lucerne et j jurèrent une alliance que l'on nomma la ligue d'or ou la ligue de Boromée. Elle ne ser?it qu'à creuser davantage l'abîme qui séparait déjà les deux partis de la Confédération.
Soulèvement à Mulhouse. Les deux rhodes d'Appenzell se séparent. Le, duc de Savoie cherche à surprendre Genèv^.
(De Fan 1587 k Fan i6o3.) '
Dès cette époque > les cantons catholiques s^i^rent plus yolonti ers et pins intimement arec des étrangers qu'ayec des Suisses éyangéiiques. Les étrangers se réjouirent de cette discorde dont ils surent profiter. Pambassadeur d'Espagne distribuant Tor à pleines mains y. parvint à conclure en faveur de son roi un traité avec. liUcerney Uri^ SchTvjz, Unterwalden^ Zoug et Fribourg {1587). Le nonce du pape vint prêcher une croisada contre les réformés ou huguenots de France, et plus de 8000 Suisses catholiques allèrent prendre part à la guerre civile qui désolait ce royaume. Des députés des huguenots sollicitèrent un armement pour la défense de là foi évangélique^ et des milliers de réformés , Suisses et Grisons^ partirent pour arroser de leur sang ces champs de bataille où avait déjà coulé tant de sang français; les gouvernemens cantonaux eurent l^air de ne pas s'apercevoir de ces émigrations. Des Suisses quit« talent leur pajs pour aller égorger leurs frères à prix d^argent Tel fat Teffet de la haine religieuse!
Cette peste répandait partout son germe corrupteur; les choses les p^us insignifiantes devenaient la cause des plus grands malheurs ; c^est ce qu'on vit à Mulhouse , Tillè de l'Alsace. ,
L'origine de Mulhouse remonte à des temps fort anciens. Depuis environ cinq siècles elle était; comme la plupart des villes de la Suisse ^ une ville libre de l'em-
pire germanique ; plas tard elle arait fait successivement des traiter d^alliance défensive avec Bâle , arec Berne , •vec Fribottrg et avec Soleure; enfin elle fut associée a la Confédération comme ville alliée (1515}^ ayant voix et séance dafts les diètes. U. arriva que la famille des Finningiier ei^ avec d'autres citoyens^ au sujet d'une portion d'u^, bois^ un procès qu'elle perdit. Elle en appela au gouvernement autrichien d'Ënsisbeim^ puis à la^^lpte suisse* Les Confédérés catholiques, à qui l'on montrait dans cet événement une occasion de ramener Mulhouse au sein de l'église romaine^ embrassèrent la éanse des Finninguer et menacèrent le conseil municipal de Mulfaottise de rompre leur ancienne alliance. Le conseil implora les cantons évangéiiques qui jugèrent le procè/ à son avantage. Sur le champ les cantons catholiques et Appenzell renvoyèrent aux Mulhousois le traité d'alliance^ après en avoir arraché les sceaux* Le parti des Finninguer profita de cet événement pour sou^ lever le peuple et pour faire casser le conseil municipal (comme auteur de la rupture avec les Suisses. Les cantons réformés voulurent rétablir la bonne intelligence par leur médiation^ mais on ne les écouta pas; ils menacèrent de rétablir par la force l'ancien ordre des choses; les Mulhousois coururent aussitôt aux armes et appelèrent à leur secours des soldats autrichiens. X^es Suisses réformés envoyèrent contr'eux des troupes sous les ordres du général d'£rlach ; six cents Bâlois formaient Favant-garde. Mais du côté de la ville retentissait le tonnerse du canon. Au milieu de la nuit les Suisses assaillirent et forcèrent les portes de Mulhouse. Les combats^ les massacres remplirent toutes les rues $ les citoyens furent vaincus; la garnison autrichienne fut désarmée et renvoyée ; le calme rétabli par le supplice des chefs dc$ rebelles. Mais depuis ce moment (1587)
— - aifi
Fallîance de Mulhouse ayec les cantons catholiques fat à jamais rompue ^ et cette yille ne put plus recourrer le droit de suffrage à la diète.
Peu de temps après ce triste éYénement, le canton d'Appenzell deyint le théâtre de calamités presque plus funestes encore. Les catholiques et les réformés ayaient vécu paisiblement ensemble dans les deux parties du canton ; on comptait dans les rhodes extérieures plus de réformés^ dans les rhodes intérieures et d&ns le chef* lieu Appenzell plus de catholiques. Malheureusement des capucins vinrent travailler secrètement le peuple^ et lui persuader qu'il fallait ramener de force les évangé- Jiques au culte qu^ils avaient abjuré. Le landamman Megguelin, fougueux zélateur de l'ancienne foi^ voulut commencer cette œuvre par la conversion de vingt-sept jeunes réformés. Il les fit comparaître devant l'assem-* blée des deux conseils^ pour rendre compte de leu^ croyance^ après avoir eu soin d'entourer l'hôtel du conseil de paysans catholiques: au cas que les vingt-^ sept réformés ne voulussent pas se soumettre^ un signal devait être donné au peuple de la fenêtre, le conseil s'éloignerait, et le peuple se jetterait sur les jeunes rebelles. Mais ce projet n'avait pas été bien calculé. Car lorsque, pour punir l'obstination des jeunes gens, Megguelin courut à la fenêtre tandis que les conseillers s'avançaient vers la porte, les vingt-sept réformés tirèrent de dessous leurs manteaux des armes qu'ils avaient tenues cachées, s'emparèrent de la porte et des fenêtres et inspirèrent au landamman une si grande frajeur, qu'il cria par la fenêtre: ^^Paij^! vous pouvez vous séparer.'* Les paysans s er^ épatèrent et les jeunes gens se retirèrent sans péril. Ce jour (14 mai 1578) fut le commencement de toutes sohes de troubles.
JEn eflfet, dés ce moment les deux partis s'achar-
nèrcnl Kan contre l'autre^ et 'commencèrent le cours des plus yiolentes persécutions. Les réformés fbrent tourmentés dans les rhodes intérieures ^ les catholiquec dans les rhodes extérieures. De part et d'autre on faisait des prisonniers^ on sonnait le tocsin^ on courait aux armes. Mais des hommes éclairés et amis de leur patrie empêchèrent heureusement que la guerre civile n^éclatât Voyant enfin que la concorde ne pouvait être rétablie ni dans les- conseils^ ni dans les assemblées des communes^ ni dans les assemblées générales^ ces mêmes hommes proposèrent d'invoquer l'intervention des Confédérés. Ceux-ci malheureusement étaient moins juges que parties. Les catholiques soutinrent les catholiques^ les réformés soutinrent les réformés. On convint à la fin que le repos ne pouvait être rétabli qu'en divisant le canton en deux parties^ dont chacune aurait sa crojrance, son gouvernement et son tribunal.
Après dix ans de troubles Pacte de la séparation des deux parties du canton fut signé le 8 de septembre 1597. On partagea entre les deux rhodes le pajs^ les tribunaux^ les bannières^ les sceaux ^ même les armes de l'arsenal. Les réformés s'établirent dans les rhodes extérieures, au nombre de 6322 âmes; les catholiques dans les rhodes intérieures n'en comptèrent que 2782. Mais bien que divisées, comme Obwalden etMidwalden, les deux rhodes réunies, à l'instar, du pajs d'Unterwalden , continuèrent de former un seul canton. Cette mesure commandée par la nécessité contenta tout le monde, excepté le landamman des rhodes intérieures, nommé Tanner. Ennemi irréconciliable des rhodes extérieures , il ne cessa de $MSciter des querelles et d'exciter la discorde; il vouli^ engager les cantons catholiques à contraindre les rhodes extérieures de céder toutes les prérogatives aux sus. ou sept catholiques restés
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dans cette partie du canton. Mais it échoua dans son entreprise ; ses actions et ses discours le rendirent à la fin si odieux à ses propres concitoyens qu'il perdit ses biens et ses dignités, fut réduit à mendier son pain de lieu en lieu et mourut misérablement en Thurgoyic, dans une étable.
Ce fut un bonheur pour la Suisse , que les rois et les princes voisins, occupés par des guerres continuelles, ne purent point se mêler des troubles intérieurs de la Confédération. Sans cette circonstance son indépendance aurait couru plus d*une fois de grands dangers. Mais P£spagne[et Milan étaient continuellement en guerre ayec* la France, et l'empereur ayec les Turcs. Chacun de ce^ souverains désirait avoir des Suisses pour troupes auxi* liaires. 6fais les Suisses, soit parcequ'ils se défiaient les uns des autres, soit parcequ'ils ne penchaient pas tou» pour le même souverain, n'envojèrent point de soldats. Ils engagèrent, au contraire, de la manière la plus touchante les rois de France et d'Espagne à faire la paix, et Zurich pria l'empereur, Lucerne le pape 9 d'inspirer aux esprits des dispositions pacifiques. Leurs démarches eurent peu de succès.
Cette circonstance , jointe à Pamour que le roi de France Henri lY sut inspirer par ses vertus ' et par son courage auk catholiques et aux réformés , la promesse qu'il fit aux Suisses de leur pajer chaque année quatre cent mille couronnes ^) , pour éteindre les dettes accumulées de la France, un million en argent comptant qu'il leur envoja par son ambassadeur, tout cela gagna à ce monarque les cœurs des Confédérés. Us firent avec lui une nouvelle alliance (1602).
'*') La couronne vaut S fr. 7$ cent, de France.
Cette alliance déplut et au roi d*£$pagne et an pape él aa duc de Sayoie , tous trois ennemis du raillant Heori IV. Le duc de Savoie crut avoir trouvé une excellente occasion de reconquérir Genève. Il envoja secrètement sous les ordres du colonel Brunaulieu ses trompes et des soldats napolitains et espagnols pqur surprendre cette ville. Au milieu de la nuit du 11 au 12 décembre i602 f ces troupes s'avancèrent jusqu'au pied ^es murs , j appliquèrent 'des échelles, montèrent sur les murailles et se crurent déjà victorieuses. Une sentinelle genevoise, qui entendit le bruit, tira un coup de fusil. Le gardien de la porte abaissa la sarrasine ; les citoyens se réveil- 'lèrenty coururent sur les remparts en criant: «Fennemi! fennemil'% tuèrent tous ceux qui avaient déjà pénétré dans la ville, et brisèrent les échelles des assaillans. Les Savojards se retirèrent avec une perte considérable et couverts de honte.
Aussitôt Berne et Zurich envoyèrent des troupes au 'àecotirs de Genève et contraignirent le duc à faire un traité de paix (le 11 de juin 1603), par lequel il s'engagea à n'avoir jamais de troupes ù quatre milles de Genève, à ne bâtir aucune forteresse à la même distance et à ne plus attaquer la ville. Depuis ce temps les Genevois^ célèbrent chaque année la nuit de l'escalade par une fête consacrée A la joie et au souvenir de leur victoire, ., . '
il»
Troubles à Bienne. Conjuration, contre Genève. La mort noire. Commencement des guerres»^ civiles dans les Grisons.
(De Van i6o3 k Fan i(Ji8.)
Tandis que les Genevois défendaient leur petit ëtat contre les attaques du duc de Sayoie, le Yal^iis yit la dernivère guerre de religion entre ses enfans divisés^ Ibi^ les réformés^ inférieurs en nombre^ succorakérent. On les avait tolérés pendant plus de cinquante ans, en vertu d'un traité de paix conclu en 1551 ; inaia a la iin on ne voulut plus les souffrir. L'évéque et lo conseil du pajs leur ordonnèrent de vendre Içurs biens^ et de sortir de kur patrie. Les cantons évangéliques ' intercédèrent envain pour les malheureuses victimes de cette persécution (1603^; les cantons catholiques insu-» tèrent auprès du gouvernement valaisan sur la nécessité de chasser les réformés et leurs prédicateurs. Us furent exilés en effet et ne revirent plus le pajs de leurs pères..
Les habitans de Bienne eurent aussi \ine lutte ave«. leur évèque. Bienne est une ancienne ville agréablement située au bord du la& auquel elle a donné son nom. Cette ville fut longtemps soumise aux comtes de Neu-^ cbàtél, en conservant des franchises particulières; en, i274, elle passa sous la domination de l'évêque de BâU quij^ jaloux d'obtenir son affection, lui conféra les di^oits d'une ville libre et impériale. Cette liberté la refidit prompt,ement florissante ; ses armes furent heureuses dans^ plus d'une querelle^et les habitans de la vall«« d« r£rgu«l *):
*) Att nord du lae de Bienne.
•nÎTaienl sa bannière. A6n de placer ses droits sous une protection puissante , elle avait formé de bonne heure (i279) une alliance ayec Berne , un siècle plus tard aTec Soleure (1383) et le siècle suivant (1496) avec Fribourg. £lie était en bonne intelligence avec tous les membres de la Gonfédëration et hooorée par eette rai*- •on comme ville alliée. Elle voulut en 1554 acheter tous les droits de Tévéque sur ses citoyens et sur l'Erguel, pour devenir la capitale''d*un beau territoire. Mais, au lieu de réussir^ ce projet fît naître entre Tévéque de B41e et la ville de Bienne des querelles accompagnées de beaucoup de calamités. Mais des arbitres suisses tei^ minèrent enfin ce différend (1610) à Tamiable; Bienne, continuant à rendre hommage a Pévéque comme prieur du pajs, ne devait former aucune alliance nouvelle sans •on consentement et celui des Confédérés ^ l'évéque conservait tous ses autres droits dans la ville, mais il dut confirmer les franchises de Bienne, et les troupes de TErguel purent continuer à marcher sous la bannière de cette ville.
Pour faire Phistoire complète de ces temps malheureux, il nous resterait à raconter encore beaocopp d*autres discordes; nous aurions à parler de la conjuration de deux Français , Du Terrait et La Basside , qui Voulurent surprendre Genève par trahison (1609} et livrer cette ville au duc de Savoie, mais qui furent eux-mêmes trahis et punis de mort La Thùrgovie nous ofïHrait des querelles que firent naître, en célébrant une noce à Gachnang, des pajsans ivres. Ils maltraitèrent le seigneur Hector de Béroldinguen , démolirent sa chapelle et lapidèrent le lieutenant-baillival ; ce qui occasionna une scission si dangereuse entre les cantons réformés et les cantons catholiques , que" les derniers ne voulurent plus se trouver à la diète avec les Zuri-
cois^ et qvtef sans rintervention des auti'es Confédérés^ la guerre aurait éclaté entre ces deux partis* Mais def malheurs plus grands et plus terribles réclament toute notre attention.
La peste se manifesta tout-à-coup. Cette t^er^iblf maladie^ à laquelle on donna le nom de mort ivoire, avait été apportée à Baie (1610) de pays fort éloîgi^és; elle fit périr dans cette ville prés de 4000 persosmet. L'année suivante elle pénétra jusqu'à Soleure, Bern< et Fribourg; 5000 personnes moururent à Zurich; prés d^ 2000 dans le pajs de Claris ;. bien plus encore dans If Togguenboui^ et dans le canton d'Appenzell. A Sarneii dans FObwalden on enterra 280 morts dans la ipénif fosse. £n Thurgovie la mort noire dépeupla des viUggef entiers > et les champs demeurèrent incultes ^ faute d9 bras pour les cultiver. On compta les morts de la Thupv govie^ il s'en trouva 33^84. Ce fléau enleva pr^sqiie partout le quart de la population.
La peste porta ses ravages jusque dans les hautes vallées des Grisons ^ désolées dans le même temps par d'autres maux^ ouvrage des hommes.
Depuis <pie le roi d'Espagne fut devenu maître de Milan et de la Lombardie, il chercha sans relâche les mojens de soumettre la Yalteline^ pajrs sujet def Gri^ sons 9 afin que ses états fussent limitrophes des états autrichiens par le Tyrol; car l'Autriche, dévouée à l'£spagne, ne pouvait envoyer de secours à Milan que par le territoire de Venise ou par celui des Grisons* C'est pourquoi, fidèle aux instructions de son roi, le gouverneur de Milan se mêlait de toutes les divisions de la Yalteline, où les querelles religieuses entretenaientmalheureusement des divisions continuelles. Depuis que les Grisons eurent permis aux habitans. de la Yalteline • le libre exercice du culte évaugélique (1552)^ les habi*-
tans d'an grand nombre de communes avaient adopta ce culte ; de 1& naquit la discorde. . ^ .«
Mais le roi de France^ ennemi de rAutriche et de TEspagne^ révéla aux Grisons les intentions de cette dernière puissance. La république de Venise 9 qui craignait les forces de PEspagne et de rAutriche, leur donna le même avertissement. Venise, la France et PEspagne envoyèrent aux Grisons des ambassadeurs qui cberchèrent à gagner les chefs et les principales familles par des flatteries et par des présens. "Lth grands, cédant à laséductfon, s'intéressèrent, les uns à la France, les autres à r£sf>agne; la patrie seule rut oubliée. A 1^ tète du parti espagnol se trouvait Rodolphe de Planta ; à la tète du parti français. Hercule de Salis. Le premier eut d'abord pour lui le pouvoir et la plupart des communes catholiques. Mais le gouverneur espagnol de Milan bâtit au haut d'uift colline, près du lac de Corne, une citadelle à laquelle il dohna k nomade Fuentes, qui était le sien (1604). Dé là ses regards plongeaient dans les vallées de Clèvcs et de la Valtelrne, et il eut ainsi la clef d'un des principaux passages des Grisons.
Le peuple en fut effrajé, et sa terreur produisit une grande agitation. Les deux partis s'entr'accusocent et - soulevèrent les communes. Celles-ci élevèrent leurs bannières et établirent à Coire un tribunal criminel qui devait juger les traîtres. Comme il arrive toujours dans les troubles populaires , innocens et coupables furent emprisonnés sans distinction , exilés, dépouillés de leurs biens: George Béeli, bailli autrichien à Cartels, et Gaspard Baselga, capitaine du prince-évèque à Furstenbourg, eurent là tète tranchée à Coire (1607). Ils avaient send PEspagne plus fidèlement que leur patrie. 'Lts Confédérés demandèrent inutilement la grâce des deux coupables* Béeli reconnut ses torts sur Péehafaud t
v^ Le citojcn d'un pajs libre'* s'écria-t-il , «cesse d'étoe. un homme libre dés Tinstaut qu'il attache trop de pri); à la fayeur de princes étrangers."
Un nouveau tribunal criminel institué à Ilanz mîtigea, bientôt après, plusieurs des peines prononcées par le tribunal de Coire. Mais la haine des partis ne fat point appaisée ; l'Espagne et la France prenaient soin de l'alimenter par leur or. L'un cherchait à faire des partisans à Venise et à la France, l'autre à Milan. Chacun songeait à exercer ses vengeances particulières et à s'enrichir par dcs^ pensions étrangères et par des présent» On forma de nouveaux tribunaux, on commit de nouvelle^ injastices, on alluma de nouvelles haines. L'alliance avec l'Espagne et celle avec Venise furent rejelées; des communes se levèrent contre des communes, des frères contre leurs frèrçs. Dans la vallée d'Engadine, le peuple divisé prit les armes pour s*entr'égorger; les partisans de l'Espagne avaient à leur tête un beau-frère de Rodolphe Planta, Augustin Travers; les partisans de Venise étaient commandés par son frère Antoine Travers. Déjà le canon avait porté la mort dans les deux armées; alors les femmes et les sœujrs des combattans se jetèrent au milieu de leurs maris et de leurs frères avec des cris et des larmes, et parvinrent à séparer et à calmer les furieux.
Mais ceux qui n'avaient pu résister à l'ascendant de» prières d'un sexe au cœur tendre, furent bientôt après excités à une nouvelle haine par le fanatisme de prêtres au cœur endurci. Les ecclésiastiques réformés des Grisons s'assemblèrent (1618) pour les affaires de l'église & Bergun, vallée sauvage entourée de glaciers. Quelquesuns d'entr'eux dirent que le gouverneur de Milan avait envoyé de grandes sommes dans le pajs pour faire ac-^ cepter l'alliance avec l'Espagne, et que, s'il échpuait
dans ce projet^ il ^tait résolu de susciter des troubles dans la Taltelint pour se baigner dans le sang de tous les réformés.
Ce discours répandu dans tout le pajrs aigrit de nouyeau les deux partis et leur mit les armes à la ^ain* L'Engadine commença la guerre et Rodolphe Planta fut obligé de se sauver dans le Tyrol. Un pasteur réformé , George Jenatscb^ marcba contre lui depuis Samaden à la tête d'une troupe armée. Un tribunal criminel assemblé à Thusis fut dirigé par quelques pasteurs protestans avec la dernière cruauté. Ce tribunal mit à prix la tête de Rodolphe Planta et celle de son frère Pompée, ordonna la confiscation de tous les biens de révéque de Goire^ Jeap Flougui^ qui avait pris la fuite , et le condamna à mort par contumace; il bannit à perpétuité Augustin Travers, en proscrivit un grand nombre d'autres, infligea des punitions de toute espèce, dont les plus cruelles atteignirent Nicolas Rousca, archiprétre de Bédano dans la Yaiteline, et Jean Baptiste Prévost, surnommé Zambra, landamman du Prégsell. Rousca, prêtre catholique respectable par sa piété, mourut dans le^fei^, empoisonné, prétendit-on, quoique, mis a la torture, il eût protesté courageusement qu'il n'avait point conspiré en faveur de l'Espagne ; son cadavre fut enterré par le bourreau^ Le landamman Zambra, vieillard âgé de soixante-quatorze ans, atfaibli par la maladie, eut la tête tranchée, parceque les douleurs de la torture lui arrachèrent l'aveu qu'il avait reçu des pensions et des présens de r£spagne et de la France.
Le cri du sang de Zambra et de Rousca monta jusqu'au ciel. Leur mort fut suivie de jours d'effiroi et de lamentation. Malheur au peuple qui prétend se faire justice les armes à la main!
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Ruine terrible de Plurs. Massacre de la Valt»
teline. Guerre civile des Grisons.
(De Pan i6i8 à Tan i6ai.)
Des Calamités plijsiques précédèrent les calamités que les passions allaient attirer à ce malheureux pajs.
Dans la yallée de Clèves^ que les Grisons faisaient gouverner par ^eurs baillis^ ainsi que la Yalteline et Bormio^ florissait au pied dû mont Gonto le bourg opulent de Plurs (Pleurs)^ orné de nombreuses églises, de palais et de jardins de plaisance. Il devait sa richesse à son industrie; des marchands j faisaient travailler chaque année plus de vingt mille livres de soie.
Le 14 de septembre l&iS, après plusieurs jours de pluies abondantes et continuelles^ une portion de terre du mont Gonto se détacha et couvrit plusieurs vignobles* Les bergers coururent à Plurs pour avertir les habitant du péril qui les mcpaçait. ^La montagne'* dirent-ils, y a depuis plusieurs années des crevasses considérables; les troupeaux s'en éloignent souvent avec de grands mugissemens.'' J)*autres dirent que dans les villages voisins les essaims d'abeilles avaient abandonné leurs ruches et qu'on les avait vues tomber mortes du haut de Pair. Les habitans de Plurs méprisèrent ces aver* tissemens.
Tout-à-coup y à'Pentrée de la nuit, la terre retentit au loin d'un bruit lugubre, auquel succède le silence de la mort. Le torrent de la Maira reste à sec pendant deux heur/ss. Dès que le jour parait, le ciel se nlbntre voilé d'un nuage extraordinaire de poussière et de va* peur. Le village de Cilano et le riche bourg de Pluit
ont disparu tous les décombres du sommet du Gonto ; des débris de rochers s'éléyent à cent pieds au-dessus des habitations et forment un yaste tombeau où sont couchées deux mille et cinq cents victime^.
L'effroi remplit la Valtelinej mais la sédition et la vengeance qu'on se préparait à tirer de la mort du pieux Rousca j firent promptement oublier la ruine de Plurs et de Cilano, Le même effroi se répandit dans toutes les vallées rhéliennes; mais la haine des partis appela bientôt l'attention de tous les esprits sur des projets sanguinaires. Les parens des infortunés condamnés par le tribunal de Thusis demandèrent vengeance des injustices du parti français; les catholiques accusèrent à grands cris les réformés de vouloir bannir l'ancienne religion de toutes les vallées de leur patrie; les bannis crièrent à l'iniquité et implorèrent l'assistance des Suisses, de la maison d'Autriche, des Milanais-, des Espagnols.
Plusieurs communes de la ligue Grise, celle de Lougnetz la première, levèrent de nouveau Pétendart de la guerre civile, et marchèrent sur Coire pour se faire justice; les habitans de PEngadine, du Prettigœu et d'autres partisans des Français prirent les armes et allèrent à leur rencontre. Quelques-uns étant tombés dans la mêlée, d'autres communes s'interposèrent entre les deux partis, et instituèrent à Coire un tribunal neutre qui miligea (juin 1619) les jugemens sévères du tribunal de Thusis et rappela de l'exil les deux frères Planta.
Celle modération ne servit qu'à aigrir le peuple de FEngadine, du Munsterthal et de Davos. Il porta se» bannières contre Coire et cassa les jugemens du tribunal. Ce fut en vain que Thomas de Sch^uenstein, seigneur de Haldenstein, se rendit dans lear camp pour calmer Us esprits ^el empêcher toute violence. Vainement il
proposa ^ comme mojen de paciBcàtlon , d'exclure de toutes les charges^ pendant TÎngt ou trente ans, les chefs du parti des Planta et ceux du parti des Salis. Ce mojen ne plut à personne. Ceux qui avaient pris ïes armes décidèrent qu'il fallait renvoyer les ambassadeur» des puissances étrangères , auteurs de tous les maux. Ils chassèrent de Goire les juges neutres, mirent en fuite leurs troupes retranchées près de Reichenau et établirent un nouveau tribunal criminel à Davos. Celuici ne se contenta pas de confirmer les sentences prononcées àThi;sîs,-^il les aggrava; les exilés, rentrés dans leur patrie, furent de nouveau envoyés en exil. Ici comme à Thusis, la sévérité pernicieuse du tribunal fut due surtout à l'instigation d'ecclésiastiques réformés.
Les deux exilés, Rodolphe Planta et son frère Pompée, implorèrent les armes de l'Autriche contre leur patrie, enrôlèrent dans le pays arrosé par l'Adige des soldats sans maitre, et leur cousin Jaques Roboustelli souleva le peuple de la Valteline et ramassa autour de lui dans le Milanez une troupe de gens sans aveu.
Dans la nuit du 19 de juillet 1620, Jaques Roboustelli descendit avec ses hordes sanguinaires dans la Valteline ; la conjuration pour le massacre général des réformés de ce pays était parvenue à sa maturité. Le bourg de Tirano, chef-lieu de la vallée, fut cerné. Quatre coups de fusil donnèrent le signal ; le sang commença de couler. On sonna les cloches d'alarme; le massacre se répandit de village en village; partout les évangéliques furent assommés, étranglés, tués à coups de feu, à coups de pierres; leurs cadavres iurcat jetés dans les flots de l'Adda. On ne fit grâce ni aux femmes, ni aux vieillards, ni aux enfans à la mamelle. On coupait aux uns le nez, les joues, les oreilles; on arrachait aux autres les entrailles ; à d'autres encore on
templitsait le gotier de poadre et Ton j mettait le fèv; Un boucher se yanta d*avoir assassine dix -huit per- •onnes. La tête du pasteur réformé de Tirano fut plantée sur sa chaire au bout d'une pique. Les lieux les plus saints furent profanés. )
Apres un massacre de plusieurs jours ^ Jaques Roboustelli prit en main les rênes du gouvernement de la Yalteline; Bormio s*nnit à lai, mais Glêves demeura fidèle aux Grisons. Ceux-ci , divisés enir'eux, le furent encore après les atrocités que nous venons de raconter. Les communes catholiques de la ligue Grise ^ séduites par leurs prêtres et par les chefs du parti espagnol, refusèrent d'envojer des troupes contre les rebelles de la Yalteline. La ligue de la Maisondieu , au contraire , et la ligue des Dix juridictions envoyèrent contre eux près de 2000 hommes sous les ordres de Jean Gouler et d'Uljrsse Salis, fils d'Hercule. Tandis qu'ils s'avançaient contre la Yalteline, les deux frères Planta entrèrent du Tjrol dans le Munsterthal, vallée des Grisons, avec des troupes autrichiennes que commandait le général Baldiron, et ils menacèrent d'occuper cette vallée jusqu'à ce qu'on les rappelât de leur exil. Dans le même temps des troupes milanaises arrivèrent par Glèvcs au secours de la Yalteline. Les soldats des Grisons, déjà maîtres de la moitié de cette vallée rebelle, furent contraints de céder au nombre et d'attendre un renfort de Suisses dont ils avaient imploré le secours.
Cependant les Suisses n'étaient pas moins c^visés tntr^enx que leurs alliés. Berne envoja au secours des Grisons le colonel Nicolas de Mulinen, avec 2000 hommes; mais les cantons catholiques leur fermèrent le passage près de Mellinguen en Aargovie. Ils arrivèrent par un détour à Zurich , où le colonel Jacob Steiner se joignit à eux avec 1000 hommes. Lorsqu'ils voulurent
frayerser la Marche y on sonna le tocsin dans fout le canton de Schwjz^ pour les en empêcher. Enfin ^ par un noureau circuit , ils parvinrent jusqu'aux yailées rhétiennes. De là ils marchèrent sar Bormio avec les troupes des Grisons et arrivèrent victorieux jusqae devant TiranOi Les catholiques de la ligue Grise ne suivirent point leurs bannières. Devant Tirano il j eut un combat sanglant contre les troupes espagnoles et les rebelles de la Valteline (11 septembre 1620). Là le vaillant Nicolas de Mulinen mourut en héros ^ et -tous les chefs bernois, à Pexception d'un seul , tombèrent à ses côtés au pied de» murs de la ville. Flouri iSprecher aussi^ l'un des colonels grisons, et beaucoup d'autres avec lui moururent de 1» mort des braves } mais ils ne purent pas prendre Tirano. Leur armée, commençant à manquer de poudre, de plomb et de mèches, fut obligée de battre en retraite* Sur ces entrefaites Pompée Planta avait mis en mouvement toute la ligue Grise, au secours de laquelle les cantons catholiques avaient envoyé, sous les ordres du colonel Jean Conrad Béroldinguen d'Uri, 1500 hommes qui . campaient déjà près de Reichenau, à deux lieues de Goire.^On parlait d'incorporer la ligue Grise dans la Gonfédérfition helvétique comme quatorzième canton ^ de lui donner la propriété exclusive de la Valteline, et de la séparer des deux autres ligues. L'idée d'urne telle rupture de tous les liens d'une ancienne amitié fit frémir tous les citoyens bien pensans. Ils se levèrent, exhortèrent les deux partis à la réconciliation y obtinrent le rappel des ambassadeurs étrangers et voulurent qu'on" entendit les Confédérés. A peine l'ambassadeur français fut-il rentré dans leur pays, qu'il recommença ses intrigues et forma un parti dévoué à la France; de son eôté, le gouverneur espagnol du Milanez envoya des" émissaires rasés et chargés d'or, qui gagnèrent les grands
el Ut communes au parti ennemi des Français ; le non^e dn pape soulevait les catholiqaes contre les réformés i enfin les députés de la Confédération , au lieu de rétablir la paix^ débattirent avec amertume leur ancienne querelle , et retournèrent tous chez èux^ sans avoir obtenu le moindre résultat. L'armée bernoise les suivit de près.
La discorde et la baine s'envenimèrent de plus en plus. George Jéuatsch^ autrefois pasteur réformé^ main-» tenant homme de guerre, surprit avec ses hordes Pompée Planta dans le château de Rietberg et Tassomma; puis il rassembla les bannières de PËngadine, de £ergun et du Munsterthal, vainquit Parmée des cantons catholiques et la força, après un combat de sept heures, à s^enfuir à travers les montagnes dans le canton d'Uri (11 avril 1621). L'abbé de Disentis, Sébastien de Castelberg, complice du massacre de la Yalteline, s'enfuit avec Conrad de Béroldinguen , chef de l'armée catholique vaincue. Surprise et subjuguée, la ligue Grise fut forcée de renoncer à ses traités avec Milan.
De nouvelles négociations furent entamées avec l'Espagne et l'Autriche, au sujet de la restitution de> la YalteiiUe. Mais ces deux puissances songeaient k garder et non à rendre la Valleline , Clèves et Bormio , et même à s'empai^r de la basse Engadine, afin d'avoir toujours, en opposition avec les intérêts de la France^ une communication ouverte entre le Tjrol et le Mila-* nez, entre l'Allemagne et l'Italie. Impatienté par lea longueurs de ces négociations trompeuses, le peuple d'un grand nombre de communes prît les armes en désordre pour conquérir la Valteline et Bormio. L'issue de ce mouvement trompa son attente; battu par Ics^ Espagnols^ il retourna dans ses vallées, couvert de honte.
Cette expédition imprudente que le peuple des Gri^ Bons entreprît pendant que ses députés étaient encore en négociation avec Parchidnc d*Aulrîclie, alluma I9 courroux de ce prince. » Puisque vous voulez I^ guerre,** s'écria-t-il , y, vous aurez la guerre ! " , et sur le champ ses troupes reçurent Tordre d'entrer dans les vallécf rbé tiennes.
Les Grisons subjugués par les Autrichiens.
(De Tan i6ai k Fan i63o.)
Un jour d*automne de Tan 1621 une armée considérabie pénétra de tous côtés dans le pajs des Grisons. Par-dessus les montagnes et à travers les vallées du Tjrol arrivèrent plusieurs milliers d'Autricbiens , à qui Rodolphe Planta montra le chemin de sa patrîe. Le général impérial Baldiron fit passer au fil de Tépéo tous ceux qui luj résistèrent; armé du feu et du fer, il subjugua la ligue des Dix juridictions , désarma le peuple, et le força, entouré de ses baïonnettes, de prêter k genoux serment de fidélité à TAutriche. Du c6té de ntalie vint à la tête de plus de sept mille Espagnols et Italiens le duc de Féria, qui chassa de Clèves la vaillante garnison que les Grisons y avaient mise, et s*empara du pajrs. A la vue de ces revers les troupes zuricoises , qui se trouvaient encore près de Maienfeld, se retirèrent.
Le général Baldiron exerça des cruautés inouies dans la ligue des Dix juridictions; on le surnomma le nouvel Holopherne. Corps et biens étaient à la merci de ses soldats. Les paysans furent traités comme des
bétes de somme. Un porte-enseigne autrichien gratit sur une montagne sur le dos d'un respectable campagnard ^u'un soldat faisait ayancer à coups de fouet. ^ G*est ainsi qu'il faut apprivoiser ces paysans fiers et sau-* Tages!'' dit le porte-enseigne. Le pays fut inondé do capucins qui voulurent convertir les habitans au catho« licisme. Les ecclésiastiques réformés furent chassés par les soldats; soixante-quinze églises se trouvèrent bientôt sans pasteurs. L'évéque de Goire en conçut une joi^ extrême.
Lorsqu'on voulut forcer les vaillans habitans da Prettigseu à se rendre dans les églises des capucins^ ils ^'écrièrent : y C'en est trop ! Mourons , s'il le faut , sans patrie et sans liberté; mais du moins sauvons nos âmes.'* Ils se retirèrent dans les foréls qu'ifs convertirent en arsenaux. Ils se firent des massues^ qu'ils armèrent 4e pointes au mojen de grands clous; leurs couteaux devinrent des poignards, leurs faux des lances. Le dimanche des rameaux 1622, ils s'élancèrent tous des forêts en poussant de grands cris, surprirent les garnisons et le camp des Autrichiens, tuèrent près de 400 hommes, firent beaucoup de prisonniers et chassèrent du pajs le reste des ennemis. Ils s'avancèrent en force jusqu'à la ville de Maienfeld, assiégèrent les Autrichiens qui s'j étaient réfugiés, et mirent le siège devant Goire où se trouvait Baldiron lui-même avec ses Autrichiens et ses Espagnols. Encouragés par le succès des braves du Prettigseu, tous les habitans des Dix juridictions se soulevèrent, ajant à leur tête le vaillant Rodolphe de Salis, le landamman Pierre Couler de Davos et Thuring Enderli de Maienfeld. D'autres amis de la liberté vinrent vers eux des deux autres ligues et de la Suisse , surtout du canton d'Appenzell. Quelques cantons envoyèrent de l'argent. Après beaucoup de combats et de victoires, lo
pajs fut dëliyré des ennemis. BaldiroB se retira eonTer< de honte. Peu de temps après ^ les Grisons , menacés de nonyeau par le même ennemi^ demandèrent un non» reau secours à la diète helvétique; mais les GonfédéréS| absorbés par leurs querelles intestines , ne portèrent pas secours à leur voisins.
Le cruel Baldiron revint en effet avec de nouveUet forces^ au mois de juillet de la même année (1622). Il passa les montagnes avec 10^000 hommes. Vieillards # femmes ; enfans furent égorgés par les ennemis furieux. On se battit au Sbnd des vallées et au-dessus des nuages^ au sommet des plas hautes alpes. Mais tout succomba au nombre des ennemis. Le dernier combat fut livré dans le Prettigseu ^ près de Raschnals y dans la plaine Aquasana (5 septembre). Après une mêlée longue et sanglante^ la petite troupe des Grisons fut ébranlée et céda; mais trente hommes du Prettigseu tinrent ferme; pe voulant pas survivre à la liberté de leur pairie ,^ ils se dévouèrent à une mort glorieuse. Ils agitèrent leurs terribles massues et se précipitèrent iinpétueusement et la tète baissée dans les rangs des Autrichiens , se bat« tirent avec fureur au milieu des ennemis serrés, et tombèrent Pun après l'autre en héros, entourés d'un« multitude de victimes qu'ils avaient immolées. Les troupes de Goire et de la ligue Grise accoururent trop tard à leur secours. Lorsqu'elles virent de loin les flammes d'un grand nombre de villages et toute la contrée soumise, elles retournèrent tristement sur leurs pas.
Malheur aux vaincus ! Alors seulement commença l'excès de la misère. Le pillage , le brigandage, les assassinats eurent un libre cours. La soldatesque ps^ssa an fil de Pépée les vieillards, outragea les femmes, et après avoir tout pillé , emmena même les cloches
des églises^ pour les rendre. Lu malheureux habitans s'exilaient par centaines^ et mouraient par centaines de faim ou de la peste hongroise; c'était une maladie mortelle du cerveau^ accompagnée de douleurs excessives.
La ligue de Ja Maisondieu et la ligue Grise enyojèrent à l'archiduc d'Autriche à Lindau des plénipotentiaires supplians (septembre). Les Confédérés, émus de pitié , intercédèrent pour eux auprès de ce prince. Mais il persista dans sa volonté ; les Dix juridictions devaient rentrer sous la domination de sa famille et les deux autres ligues accorder toujours un libre passage aax Autrichiens et aux Espagnols. — Les Suisses catholiques » contens de cette humiliation de leurs frères prolestans; ajoutèrent au malheur des Grisons l'amertume de leurs reproches: ^Nous vons avons souvent avertis ! " s'écrièrent-ils. Le bourguemestre de Zurich, Jean Henri Holzhalb, leur dit: )>Ghers alliés, ne comptez pas sur notre secours à cette heure ; nous avons assez affaire pour nos propres querelles. Nous voyons bien que vous serez obligés de faire de grands sacrifices: mais Dieu vous enverra avec le temps un secours plus puissant que le nôtre. Pour le moment présent, empêchez comme vous pourrez que votre pajrs ne souffre de plus grands maux."
Se vojant abandonnés par les Suisses, les Grisons s^ résignèrent à boire jusqu'à la lie cette coftpe d'amertume. Les huit juridictions et la basse £ngadine, sépa^ rées de la ligne Rhétienne, furent entièrement soumises au joug de l'Autriche. La misère parvint à son comble; les désordres des soldats , les violences des gouverneurs autrichiens, les envahisscmens de i'éyéque de Coire n'eurent plus de frein.