‹ Histoire de la Normandie, ancienne et moderneChapitre 15 sur 23 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Guerre entre Louis VIII et l'Angleterre. — Régence de Blanche de Castille. — Victoire de Taillebourg. — Malheurs de la Normandie sous Philippe le Bel. — Louis X promulgue la charte normande. — Edouard III, roi d'Angleterre, dispute la couronne de France à Philippe de Valois. — Descente des Anglais en Normandie. — Jean II réunit cette province à la couronne. — Charles V et Du Guesclln. — Bataille de Oocherel. — Révolte à Rouen. — Prétentions de Henri V, roi d'Angleterre, au trône de France. — Siège de Rouen par les Anglais. — La Normandie est sauvée du joug étranger. — A la mort de Charles VI , Henri VI est proclamé roi de France. — Révolte des Rouennais contre les Anglais. — Guerres en Normandie. — Défaite des Anglais à Formigny. — Charles VIII, Louis XII et François 1". — Guerres de religion sous Charles IX. — Siège du Havre et reprise de cette place par les Français. — Troubles sous Henri III. — La ligue en Normandie. — Avènement de Henri IV. — Victoire d'Arqucs. — Le béarnais s'empare de plusieurs villes de la Normandie. — Siège de Rouen. — Soumission de cette ville à Henri IV. — Règne de Louis XIII. — Louis XIV. — Bombardement de Dieppe par les Anglais. — Lous XV. — Effets désastreux du système de Law , sous la Régence. — État du commerce et des manufactures en Normandie au xviii" siècle. — Création d'une académie de marine. — Les Anglais dévastent Cherbourg. — Louis XVL — La marine, l'industrie et les manufactures en Normandie aux approches de 1789.

Le fils de Philippe-Auguste lui succéda (1233). Comme c'était avec lui que le traité relatif à la restitution de la Normandie avait été conclu, Henri III lui envoya des ambassadeurs pour le

sommer de tenir sa parole. Mais Louis VIIÏ rejeta cette réclamation , et ajouta que son intention était de conquérir le surplus des possessions que les Anglais avaient encore en France. Une réponse aussi menaçante fut prise en Angleterre pour une déclaration de guerre : on ne songea , des deux côtés, qu'à la faire avec vigueur. La France, qui s'y préparait de longue main, se trouva plus tôt prête. Les premiers avantages furent partagés entre les deux puissances, et l'on s'apprêtait à de plus grands efforts , lorsque le pape s'interposa, et détourna les armes de la France contre les Albigeois (1224).

Le règne de Louis VIII ne dura que trois ans (1223-1226). La Normandie fut, pendant tout ce temps, incertaine de sa destinée; elle croyait à l'exécution de la parole donnée par Louis , et elle redoutait, sur son refus, de voir son territoire envahi par les Anglais ; mais la faiblesse de Henri sauva les Normands d'une guerre où ils eussent pris part les uns pour la France, et le plus grand nombre pour la cause des princes de leur nation.

La mort de Louis VIII et la minorité de son fils occupèrent tellement la reine Blanche, à la fois tutrice et régente, qu'elle fut obligée, pendant son administration, d'employer tous les moyens

pour soumettre les barons et les princes ligués contre elle. Pendant ce temps-là (1227-1228), Henri IIl se reposait sur son ministre, Robert Dubourg, des soins du gouvernement. La ligue normande, affectionnée à la famille de ses anciens ducs , réitérait auprès du roi d'Angleterre ses instances pour faire une descente en France; mais le cardinal Romain , ministre et conseil de Blanche de Castille, sut rendre vaines les démarches des mécontents, et la descente n'eut pas lieu, grâce à la corcuption de Dubourg par l'or français (1229).

Les Normands , refroidis par la perfidie de Dubourg, comprirent qu'il ne leur restait de ressource que dans leur propre courage ou dans leur soumission.

La majorité des rois de France ne commençait alors qu'à l'âge de vingt et un ans au plus tôt, Louis venait d y atteindre (1253 ), lorsque Henri lui redennanda hautement la Normandie et les autres provinces que Louis YIII avait promis de restituer, Louis IX se trouvait fort embarrassé ; la mémoire de son père lui était chère. Son conseil prétendait qu'il n'était pas tenu d'accomplir cette promesse; les scrupules du saint roi l'empor- |(irent ei)(in 9Ur tOU^? les considérations poli-

tiques. Louis offrit à Henri le Poitou en entier et la meilleure partie de la Normandie, sous l'expresse condition qu'il se contenterait de ces provinces , en échange de ses prétentions. Heureusement pour la France que Henri fut assez aveugle, ou assez confiant dans ses forces, pour refuser ces offres : il ne répara pas cette faute par sa valeur. Louis, au contraire, eut honte de la cession qu'il avait proposée : il se décida à tout garder et à chasser les Anglais. La célèbre bataille de Taillebourg (4242) consacra le bon droit du roi de France, et refoula les Anglais dans leurs limites. Cependant, en 1247, au moment où Louis IX allait partir pour la terre sainte, il reçut une ambassade de Henri qui lui réclamait de nouveau la Normandie : le roi, par respect pour la mémoire de son père, allait céder, lorsque son conseil intervint et s'opposa à toute conciliation sur ce point important. Henri III ne désespérait pas cependant de recouvrer ses Etats d'outre-mer, et surtout la Normandie, patrimoine de ses ancêtres. Il vit bientôt son attente déçue : les Normands s'attachèrent à la France. Il employa en vain tous les stratagèmes de la politique pour les séduire. Les hommes sages sentirent qu'il était convenable à la tranquillité de la Normandie qu'elle fût sous la

protection de la France, plutôt que sous celle d'une puissance toujours enviée par les rois de France, par cela seul que ce beau domaine avait été démembré de la couronne par la faiblesse d'un de leurs prédécesseurs ; que d'ailleurs cette province, par sa situation , offrait à la fois une garantie aux monarques français contre les incursions des Anglais , et des ressources infinies dans le grand nombre de ses ports de mer, par son commerce , ses fabriques et sa population : ils sentirent encore que la réunion de la Normandie à la France éloignerait les guerres continuelles dont elle avait été le théâtre depuis trois siècles. Quand il n'y aurait eu que le motif d'écarter de leurs foyers ce terrible fléau, il était assez puissant pour faire rejeter toutes les tentatives de Henri. Ce monarque s'en vengea par le seul moyen qui restait en son pouvoir : il confisqua les seigneuries et tous les domaines que les Normands possédaient en Angleterre ; puis il les distribua à ceux de ses sujets qu'il affectionnait.

Enfin , en 1260, cédant à la force des choses , Henri III abandonna au roi de France ses droits sur la Normandie, l'Anjou , le Poitou , le Maine et une partie de l'Aquitaine, ne se réservant que celle au delà de la Garonne, en tirant vers les

Pyrénées, avec les provinces de la Saintonge, du Querci et du Limousin, situées en deçà, entre cette rivière et la Charente. Peu de temps après , Louis IX arrêta, par un édit, que ceux des seigneurs français qui avaient des fiefs dans son royaume et en Angleterre choisiraient celui des deux monarques auquel ils voudraient rendre hommage , et que dorénavant ils ne pourraient plus les conserver en même temps. Cette nouvelle loi , hien conçue , força les vassaux à opter, et par conséquent à perdre l'une on l'autre partie de leurs hiens. Louis dédommagea ceux qui s'attachèrent à lui, en leur donnant les terres de ceux qui s'étaient déclarés pour le roi d'Angleterre.

Louis IX eut la satisfaction, avant sa seconde croisade, de voir la France heureuse. La Normandie partageait le sort de tout le royaume ; elle était tranquille; elle le fut également après la mort de saint Louis (1270), sous son fils, Philippe le Hardi. Mais le règne de Philippe le Bel fut moins heureux que le précédent, d'abord par les désordres infinis qui résultèrent de l'altération des monnaies, ensuite, et surtout, par la guerre qui se renouvela entre la France et l'Angleterre. Philippe était l'agresseur : les Anglais usèrent bientôt de représailles. Le commerce de la Normandie fut

victime de l'injuste agression du roi de France : les vaisseaux normands voguaient tranquillement sur la foi des traités ; les Anglais s'en emparèrent, et en coulèrent bas un grand nombre (4285). On fit des représentations à Philippe, qui n'indemnisa personne : le monarque français n'avait d'autre but, dans la guerre qu'il venait d'allumer, que de s'emparer de la Guienne, dont Edouard I^% roi d'Angleterre, était cependant venu lui rendre bommage.

La Normandie doit à Louis X la fameuse charte normande. Les peuples, épuisés dans toute la France par les vexations du règne de Philippe le Bel, voyant que les subsides continuaient sous celui de Louis , menacèrent de secouer le joug. Les seigneurs et les prélats normands s'assemblèrent avec le tiers état de la province : Louis entendit leurs plaintes, fit cesser les extorsions, et confirma les droits et les privilèges de la province par la charte dite charte aux Normands, de l'an 1315, promettant de n'y porter nulle atteinte. Cette charte fut successivement confirmée par Philippe de Valois en 1339, par Charles VI en 1380, par Charles VU en lAGl, par Louis XI en 14^85, par Chanes VllI, et enfin par Henri 111 en 1579. Uautorilé de celte charte était telle, que lorsqu'il

s'agissait de faire quelque règlement qui intéressait la province de Normandie, on ne manquait jamais d'y insérer la clause suivante : Nonobstant clameurs de haro, charte normande,

Charles IV, dit le Bel, régna trop peu pour le bonheur de ses peuples. Il honora la nation fraq^ çaise , dont il était le chef; et, Tesprit plein de ses antiques libertés , lorsqu'il sentit sa fin approcher (1538), il fit appeler les grands et leur déclara la grossesse de la reine, en ajoutant que si elle accouchait d'un fils, il ne doutait point qu'ils ne le reconnussent pour roi ; mais que si elle n'avait qu'une fille, ce serait aux barons français à adjuger la couronne. Après la mort de Charles le 3el, Edouard III, roi d'Angleterre , disputa la régence à Philippe de Valois , fondant ses prétentions sur ce qu'il était fils aîné de la sœur du monarque défqnt, tandis que Philippe était fila aîné de l'oncle paternel des trois derniers rois. Edouard avait en sa faveur la proximité du degré ; Philippe invoquait la loi salique; son concurrent prétendait que s| cette loi excluait les femmes de la couronne fi cause de la faiblesse de leur sexe , et de la nécessité d'avoir un roi à la tête d'une nation guerrière, cette même loi n'excluait point les fils des princesses! , et que le neveu l'emportait nécessaireiflei^f

sur le cousin germain ; qu'enfin le plus proche parent mâle était le plus habile à succéder.

L'aversion invincible des Français pour la domination anglaise fit donner la régence à Philippe , malgré les raisons concluantes d'Edouard et l'impossibilité de découvrir le sens de la vieille et obscure loi salique. La reine veuve accoucha d'une fille; Philippe fut proclamé roi; il donna à Jean, son fils, le duché de Normandie (1550) ; quoique jeune encore, il l'envoya à Rouen pour l'y faire reconnaître en cette qualité des seigneurs normands. 11 est essentiel de remarquer que, depuis la conquête de Philippe-Auguste, les rois de France ont toujours possédé cette province comme un duché réuni à la couronne, duché dont le dernier titulaire fut l'infortuné Louis XYIT, fils de Louis XVL

Philippe, enflé du succès de ses armes, résolut d'humilier Edouard, son rival et son compétiteur. 11 le somma devenir en personne lui rendre hommage de la Guienne et du comté de Ponthieu. Edouard, outré, déclara la guerre à Philippe, et fit entrer dans ses intérêts les Flamands, et surtout le traître Robert, comte d'Artois. On connaît trop bien par l'histoire de France tous les détails si terribles et si douloureux de cette guerre

à jamais célèbre , pour que nous racontions une fois de plus ces scènes navrantes.

La Normandie, qui devait tant souffrir de l'invasion anglaise, se dévoua tout d'abord à la cause de la France , en levant une armée à la tête de laquelle le duc Jean fut placé.

Ce fut par les côtes de Normandie que l'armée anglaise envahit le territoire français, et marcha de conquêtes en conquêtes. La bataille de Crécy, si désastreuse pour la France, et la prise de Calais , célèbre par le dévouement d'Eustache de Saint- Pierre, vinrent clore tristement le règne de Philippe de Valois (1351).

Jean II, duc de Normandie, monta sur le trône à l'âge de quarante ans. Son règne fut malheureux pour la France et pour la Normandie, qui fut plusieurs fois infestée par les Anglais, et ne recouvra un peu de paix qu'à l'époque du traité de Bretigny (1360). Par un des articles de ce traité, Edouard et le prince de Galles , son fils , renonçaient à la couronne de France en général , et , en particulier, pour toujours, au duché de Normandie , à la Touraine , à l'Anjou , etc. Après quatre ans de captivité en Angleterre, Jean II put rentrer momentanément en France, où il signala son retour en réunissant à la couronne le duché de

Normandie et les comtés de Champagne et de Toulouse (4561).

Charles V, dont la prudente conduite avait sauvé la France pendant sa régence, monta sur le trône, encore agité par les intrigues du roi dp Navarre, Charles le Mauvais, (|ui élevait des prétentions sur le duché de Bourgogne , sur la Champagne et sur la Brie. Le 17 mai 1364, trois Jours avant le sacre de Charles V, la querelle du roi de Navarre fut décidée par la brillante victoire que Boucicaut et Du Guesclin remportèrent sur ce prince et les Anglais, ses alliés, à Cocherel, entre Evreux et Vernon. Les Français, vainqueur pour la première fois depuis les malheureuses journées deCrécy et de Poitiers, commencèrent à reprendre leur ancien ascendant dans les combats.

Charles V vint ensuite à Rouen , où sa présence acheva de dissiper les troubles qui agitaient encore la Normandie , dont l'illustre Du Guescljp fut le grand pacificateur,

Charles VI n'avait que douze ans et neuf mois lorsqu'il succéda à son père (1580). La régence du jeuneroi fut signalée par les plus grands malheurs, et surtout par les levées d'argent si arbitraires qui pesèrent alors sur toutes les provinces de la France, pour satisfaire les caprices insatiables du

duc d'Anjou , nommé régent de cet infortuné pays, Toutes les villesde la Normandie, accouluméep à un gouvernement modéré, longtemps fatiguépg par les guerres, voyant leur commerce ruiné, épuisées par les altérations successives des monnaie, etc., se révoltèrent dès qu'elles virent l'êtes blissemept des nouveaux imports. A Rouen , Iç peuple se réunit sur un des marchés, pt élut un roi. La révolte se s'arrêta pas là ; on pilla les maisons des officiers publics, celles des bourgeois les plus opulents et plusieurs monastères. Le roi , ayant appris ce qui venait de se passer, s'approcha de Rouen avec une armée, et il allait sévir contre ses habitants , lorsqu'ils implorèrent sa clémence. Charles VI leur pardonna tout (5 avril 1585),

Lestroublcs qui agitèrent la France depuis la maladie de Charles Vï , furent favorables aux enpemis du royaume, et surtout aux Anglais. Henri V avait succédé à Richard II sur le trône d'Angleterre; il avait alors vingt- huit ans. Il commença par assembler tous les hommes instruits de ses États, pour avoir leur opinion sur ses droits à la couronne de France. On résolut qu'Henri avait des droits incontestables au trône français, qu'il en avait d'imprescriptibles sur l'héritage de ses ancêtres; mais qu'il devait, avant d'entreprendre

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une guerre pour obtenir ce qu'il réclamait, envoyer des ambassadeurs en France afin d'exposer ses titres.

Maison ne put s'entendre de part et d'autre, et la guerre fut dès lors résolue entre la France et l'Angleterre. Le 14 août 1M5, l'armée navale d'Angleterre parut à la vue des côtes de Normandie, et le 24 octobre, labatailled'Azincourt, gagnée par les Anglais, vint s'ajouter aux désastres de Crécy et de Poitiers. La Normandie avec beaucoup souffert de la descente des ennemis, qui s'étaient emparés d'Harileur; cette possession leur facilitait l'invasion de toute la province, que les Français étaient impuissants à empêcher.

La Normandie eut surtout beaucoup à souffrir des Anglais pendant les années 1417 et 1418.

Enfin, le 18 janvier 1419, après un siège à jamais mémorable, Rouen dut ouvrir ses portes au roi d'Angleterre , et c'est ainsi que la Normandie rentra sous la domination de ses anciens souverains , deux siècles et demi après que Philippe- Auguste en avait dépouillé Jean sans Terre. Bientôt la reine Isabeau de Bavière, cette mère dénaturée, cédant à sa haine contre son fils (depuis Charles VII), envoya, de la part de Charles VI, une ambassade solennelle à Houen pour proposer

au roi d'Angleterre la couronne de France (1420). Henri chargea ses plénipotentiaires de la rédaction du traité relatif à ce sujet ; ce traité fut conclu et signé à Troyes le 21 mai de la même année, avant le départ de Henri pour l'Angleterre. Mais il revint bientôt sur le continent, car les succès du dauphin en Normandie l'y rappelèrent. Après avoir battu Théritier de Charles VI, Henri se rendit à Paris (1422), où il exerça la souveraineté et mécontenta le peuple et les grands par des mesures arbitraires. Sa mort prématurée empêcha la réunion des couronnes de France et d'Angleterre; elle brisa la chaîne des nouveaux événements et interrompit les plus hautes destinées. Charles VI mourut cinquante jours après Henri, et Charles VII fut acclamé par quelques seigneurs restés fidèles au bon droit et à leur pays.

La France se trouvait alors partagée entre deux monarques : l'un était au berceau, mais soutenu par un régent habile et plein de valeur; il possédait la Normandie entièrement avec toutes les provinces depuis l'Escaut jusqu'à la Loire, et la Saône, la Guienne au delà de la Loire, et il commandait dans Paris ; Charles VII n'avait que le Languedoc, leDauphinéet le Lyonnais ; quelques places en Champagne et dans l'Ile-de-France

tenaient encore pour lui. Les Anglais les lui enlevèrent en 1425. Heureusement pour Charles VII, la mésintelligence se mit entre les généraux anglais et le duc de Bourgogne. La guerre languit, et il nq se passa plus rien de considérable en France just qu'au siège d'Orléanç, qui devait décider du sort de la Normandie (1428).

Orléans, malgré les prodiges de valeur de Dunois , Lahire et Xainlrailles, était à la veille de se rendre aux Anglais, quand Jeanne d'Arc parut sous ses murs , sauva ce dernier boulevard de la royauté, et conduisit Charles VII à Reims pour l'y faire sacrer. On sait la vie de cette héroïne, et comment, après une carrière trop courte et si remplie de gloire, elle périt victime d'une infâme trahison , torturée par l'étranger, abandonnée par un roi qui lui devait sa courpnne. Elle fut brûléq vive à Roueu i sur la place du Vieux-Marché, le 50 mai 1451, et ses cendres furent jetées à la Seine. Mais, à partir du siège d'Orléans, les succès de l'étrangçr en France diminuaient tous les jours , et Charles VII attirait le vœu unanime des peuples. La Normandie pe révoltait en mijsse contre la tyrannie anglaise, et faisait tous ses efforts pour retourner sous la domination de Charles VU. Cependant de nouveaux avantages remportés par

les Anglais retardèrent encore la réunion de ciettie riche province à la France. Enfin le bon droit rbiiiporta , et la victoire de Charles à Formigny décida rëiitiêre conquête de la Noriiiaridie et sa réintégration à la France (14-30).

Sous Louis XI , et lorsque la ligue dite du Éién publie menaçait le trône et la vie de ce prince , toute la noblesse de Normandie s'arma pour sa cause, malgré lès représentations dû comte de Chârolais, alors gouvernieur de cette province (4464). Les Normands se signalèrent à la bataille de Moht- Ihéi-y, où Louis XI paya bravement de sa personne.

Les premières années du règne de Charles VIlI (1485) h'intéresse Thistoire de Normandie que parce qu'il vint à Rouen pour y tenir un lit dé justice en l'échiquier de cette province. Ce roi présida encore, en 1489, les états assemblés à Rouen, suivant les formes et usages suivis dû temps dès ducs de Normandie.

Charles VIII étant mort saiis ènfahis (1498), Louis d'Orléans, arrière-petit-fils du roi Charles V, lui succéda comme le plus proche de ses parents, et prit le nom de Louis XU. Avant dé monter sur le trône, il avait été sept ans gouverneur du duché de Normandie. Il aimait céttfe province autant qu'il y était chéri. Elle fut heureuse sous ce mo-

narque, si bien nommé le Père du peuple; aussi l'histoire de ce pays offre-t-elle alors peu d'intérêt.

En 1521, Louis XII nomma au gouvernement de Normandie François, comte d'Angoulêmc, qui lui succéda sous le nom de François P^ En 1508, Louis étant venu en Normandie, sur les représentations qui lui furent faites que le port d'Harfleur s'encombrait de plus en plus , il se fit remettre les projets d'un autre port à l'embouchure delà Seine; et il jeta alors les fondements de la ville du Havre de Grâce.

Louis XII mourut le 1" janvier 1515. La Normandie perdait en lui un protecteur qui TalTectionnail particulièrement. François V^ avaitété, comme son prédécesseur, gouverneur de cette belle province; elle plaça en lui toutes ses espérances. En effet, les premiers regards de ce monarque se portèrent vers la Normandie. Au milieu de ses conquêtes en Italie (1517), il ne perdit pas de vue la Normandie. Dès 1519, il fit bâtir au Havre une grosse tour pour défendre les jetées et la rade; il voulut même que celte ville s'appelât Francisco' polis (Françoisville). Quand le roi - chevalier, vaincu devant Pavie, eut été fait prisonnier par Charles-Quint (1525), pendant qu'il était captif à Madrid, la Normandie fut menacée d'une in-

vasion par Henri VIII, roi d'Angleterre; mais, grâce à l'habileté de la régente, ce danger fut détourné de la France.

Henri VIII et François 1" eurent (1533) une entrevue à Boulogne et à Calais , où ils firent un traité d'alliance pour s'opposer à tous ceux qui pourraient avoir l'intention de nuire à leurs intérêts réciproques. Ce pacte favorisa singulièrement le commerce maritime de la Normandie, qui, à cette brillante époque, prit un accroissement considérable. Déjà ses marins s'étaient formés aux courses lointaines; les succès de leur navigation enhardirent les spéculateurs , et les ports de cette province devinrent bientôt l'entrepôt du commerce d'importation et d'exportation. C'est sous le règne de François l^^ que la Normandie commença à prendre le rang que lui ont mérité par la suite son industrie et la fertilité de son sol.

Les règnes de Henri II et de François II n'offrent rien qui se rapporte d'une manière spéciale à l'histoire de Normandie.

Sous Charles IX, les calvinistes, soutenus par les Anglais , essayèrent de se constituer en un Etat particulier (1561), et s'emparèrent de presque toute la Normandie. En 1562, ils envoyèrent demander à la reine Elisabeth un secours d'hommes

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et d'argent. Cette habile politique répondit qu'elle lie pouvait consentir à cette prière qu'autant qu'on la saisirait d'une place maritime où elle pût mettre garnison. On lui offrit Dieppe ou le Havre. Elle prit ces deux ports , comme l'équivalent de Calais , jusqu'à ce que la France lui eût restitué cette place, suivant le traité de Cateau-Cainbresis (1559).

L'arinée royale française, qui venait de prendre Bourges, vint faire le siège de Rouen, où les calvinistes s'étaient retranchés , dans la crainte que l'Anglais ne s'emparât de la belle et riche province de Normandie , qui était depuis longtemps le théâtre des guerres civiles.

Après de rudes assauts, Rouen fut emporté par les catholiques , en novembre 1562. Mais ce succès fut payé cher par les avantages que l'amiral de Coligny ne cessa d'obtenir dans tout le reste de la Normandie, sans que l'armée royale pût prendre sa revanche. La paix fut enfin signée le 19 mars 1565, à Amboise, entre les royalistes et les réformés. 11 importait maintenant à la France de reprendre aux Anglais les ports maritimes de la Normandie, et surtout le Havre. La France employa toutes ses troupes pour recouvrer cette ville, dont le maréchal de Cossé-Brissac commença le siège le 5 juillet. La peste décimait les assiégés, les secours promis

ne leur arrivaient pas, tandis que Farinée de Cliarles IX augmentait chaque jour. Après une attaque et une défense également vigoureuses de part et d'autre, le Havrç se rendit. Les Anglais purent en sortir la vie sauve, et se retirer librement dans leur île (15()4).

\jA 6n dq règne de Charles IX et celui de Henri III furent désastreux pour la Francç entière. La Normandie surtout souffrit beaucoup des guerres de religion et des suites de la Saint- Barthélémy. Mais il existe tant d'erreurs, de mensonges et de contradictions sur cette époque de l'histoire de Normandie , encore obscure, que nous avons préféré un silence prudent à des assertions dont la vérité ne nous eût pas été assez garantie par des témoignages dignes de foi.

A la mort de Henri III, Henri de Bourbon (depuis Henri lY) recueillit la couronne de France, et eu^ à conquérir le pays sur lequel il était appelé à régner par sa naissance, et dont il devait faire le bonheur et commencer la plus grande gloire. Mais plusieurs considérations forcèrent ce monarque à quitter les environs de Paris et à se rappi-ocher de la Normandie, pour être plus à portée des secours qu'il attendait de la reine Elisabeth.

Le duc de Montpensier, gouverneur de la pro-

vince de Normandie, vint au-devant de Henri IV avec deux mille hommes de pied et six mille chevaux montés par la noblesse normande. Avec ces forces, jointes aux douze cents cavaliers et aux deux mille fantassins, seules troupes dont il put disposer en cette occasion, Henri s'avança vers Dieppe, qui lui ouvrit ses portes, ainsi que Caen, Pont-de-l'Arche et Neufchàtel. Le Béarnais vint camper non loin de Rouen, avec Tintention hautement avouée de mettre le siège devant cette ville aussitôt que les secours anglais lui seraient arrivés. Malgré les échecs assez rudes qu'éprouvèrent les Rouennais dans diverses sorties contre les troupes royales , Henri ne pouvait cependant se flatter de se rendre sitôt maître de Rouen. Le duc de Mayenne s'approchait de cette place pour la secourir: il fallut que le roi de France s'en éloignât pour un temps. Afin de ne pas perdre trop de terrain , Henri vint camper à Arques, non loin de Dieppe, cherchant h y attirer l'ennemi. Bientôt attaqué par Mayenne, le Béarnais (it des prodiges de valeur, et, après une lutte héroïque, remporta la fameuse victoire d'Arqués (4589); ce fut là le commencement des succès (jui le liront triompher de ses ennemis, et lui ouvrirent le chemin à la paisible possession du trône.

A cette époque , deux capitaines de la bourgeoisie de Rouen (Cavey et Louis) s'emparèrent du château de cette ville au nom du roi, et lui firent part de leur entreprise, en l'invitant à leur envoyer du secours. Mais Henri ne put seconder ces braves ; Cavey et Louis périrent victimes de leur dévouement à sa cause.

Après avoir vainement tenté de prendre Paris, Henri fut rappelé en Normandie dans les plaines d'Ivry, où il remporta une nouvelle et brillante victoire sur le duc de Mayenne et les ligueurs. Biron continuait cependant la guerre en Normandie , et se rendait maître de Caudebec, d'Harfleur, de Fécamp et de quelques autres places dans le pays de Caux (1591 ). Il préparait à son maître la conquête de cette belle province, dont la capitale tenait encore pour le parti de la Ligue.

Avec l'aide des secours d'Elisabeth, qui redoutait autant que Henri les succès des Espagnols, alliés des ligueurs, le Béarnais reprit plusieurs villes de la Normandie, telles que Gournay, Louviers ; enfin il ordonna à Biron de conduire l'armée sous les murs de Rouen (11 novembre 1591). Cette ville, bien défendue par Villars, Mayenne et le duc de Parme, résistait à toutes les attaques avec une vigueur extraordinaire, et, malgré la

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bravoure ç^t Tard^iir ^e ses soldats et de ses aljiés, Henri désespérait de la prendre, lorsqu'une r|val||,^ fatale aux assiégés s'éleva pptre leurs chefs. Cette rivalité squva la France ^t son rqi. l.e d^ç cle Parme , pour achever la rujne de la Joigne, qiéppntenl ^'èM*e contrarié dans ses conseils , repassa |§ Somme, emmenant avec lui son armée en Fl^pdr^. Après des efforts jpouïs de part et d'autre, Rouen ^ut céder aux armes du Béarnais. Cet^p importante conquête fut suivie d'un çicte pon moins précieux pour la paix de la France, l'abjuration de Henri IV, qui embrassa la religiop catholique; il en fit profession solennelle le 25 iuillet 1593, dans l'église abbatiç^le de Saiqt- Denis. Moins d'un an après il recevajt la couronne (|e France des mains de l'évêqjije de Chartr^§ (27 février ISQ^) : i) revint ensuite à Saint- Cloud, où l'pn s'occupa activement de faire rentrer toute la France sous la domination de son l^gitimp souverîiin. Pour ne pavlerque ^e la Normandie, I^ soumission de Rouen entraîna celle ^içs villes du Havre, de llardenr, dcMontiyilliers, de Pont- Ai|demer, de Verneuil et de Ncufchàtcl. Enjin, en lollO, Henri se rendit à Rouen avec toute sa çpjir; Il y fit son eplréç solennelle le 1() octobre, jt Y {(jt reçu avgç |g|jjç \^ i}||»K!|if\CPj|CQ [|Ue \\^]-

mettaient Iqs nialheurs qui naguère avaient affligé cette ville.

La Normandie: fut heureuse et florissante sous le règne du bon Henri : Rouen , Elbeuf, Louviers, Bernsfy, Lisicux, Bolbec et Yv^tot virent- bjentpt leur population s'accroître; leurs f^|)fiaiies fournirent à \^ consommation intérieure et extérieure. L'agriculture, le commerce, la navigation, l'industrie reprirent tout leur essor.

La mort de Henri IV (15 mars 1610) remplit de regrets la vaste province de Normandie : un monarque âgé de neuf ans lui laissait entrevoir avec efl'roi les tâtonnements d'une administration nouvelle. Marie de Médicis, qop]mée régente, çj:>pserppoi|relle le gouvernement deNorn^andie, où i^jle 3e fit si^ccqssivement représenter par Fery^- (j|ies, Bohan et le trop fameux poncini, m?iréçl^al ^'Ançj-e. Les craintes des Normands augmentèrent, ppi^imç celles de toute la France, à mesure que l'excessive puissance de Concini s'étendait sur le royaume. Les protestants, elîrayés d^ la mort (le He^iri, ne furent pas rassurés p^r la déçlaratiop de Ijl ré^epte qui confirmait les dispositions de l'édit déliantes. Leurs regards se fixèrent sur des ch^fs, ^)|n rt'avoir recours à la puissance des armes : les dpc§ ^eRphaq et de {f()i|illoîi f||pptclipisi8 par eux.

Lorsque Concini eut payé la peine de ses crimes , de Luynes, que Louis XIII avait enrichi des dépouilles de l'intrigant Italien , fut nommé par le roi gouverneur de Normandie; mais bientôt le duc de Longueville le remplaça dans ce poste important (1619).

Louis XIII eut, peu après, à redouter les intrigues de sa mère, qu'il avait déjà exilée par prudence. Le parti de Marie de Médicis commençait à être inquiétant ; il se composait des princes et seigneurs mécontents, tels que les ducs de Vendôme, de Longueville, le comte de Soissoris, etc. La cour, pour dissiper ce parti, employa la négociation et la force (1620). On commença par la Normandie : le 10 juillet, Louis XIII vint à Rouen , après avoir reçu le serment de fidélité des liabitanls de Caen. 11 donna audience à tous indistinctement, et leur témoigna sa satisfaction du bon esprit qui régnait parmi eux. Partout la présence du monarque dissipa les efforts de la coalition , et rendit la paiv au pays.

Sous le règne de Louis XIII et sous le ministère de Richelieu , la Normandie eut de grands avantages qui donnèrent à son industrie et à son commerce des développements étendus. La gloire littéraire de cette belle province se résume dans un

des noms les plus célèbres qu'aient enregistrés les annales de l'esprit humain, Pierre Corneille, l'immortel auteur da Cid.

Louis XIV succéda à son père à l'âge de cinq ans (1645). Une longue minorité n'effraya pas , cette fois, la nation française, malgré les troubles de la Fronde , qui la signalèrent.

La Normandie , travaillée par l'ambitieuse duchesse de Longueville , sentait sa fidélité s'ébranler, lorsque Anne d'Autriche y mena le jeune roi, afin d'intéresser les Normands en sa faveur : elle fit son entrée à Rouen le 6 février 4650. Louis XIV, âgé de douze ans, était entouré de toute sa cour et d'une escorte nombreuse. La duchesse de Longueville, que cette arrivée déconcerta, quitta sur-lechamp la Normandie, pour se réfugieren Hollande.

Après la mort de Mazarin (1661), Louis XIV régna par lui-même, à la gloire de la France. La Normandie est redevable à Colbert d'une partie de ses manufactures. Jusqu'en 1694, époque désastreuse dans les annales de la France , la Normandie goûta les douceurs de la paix. Mais en 1694elle eut de nouveau à gémir du fléau de la guerre européenne que Louis XIV s'était attirée par son ambition.

Milord Barclay, dont les efforts avaient échoué

devant Brest, voulant se venger de son peu de succès, conduisit sa flotte devant Dieppe, et bombarda cette ville impitoyablement : toutes les maisons fuTex\t renversées et incendiées (1694). Le trésor royal, épuisé par des guerres désastreuses, ne pouvait soulager la misère des habitants dp cette malheureuse cité. Ce ne fut qu'après la paix de ïlis\yick, en 1697, qu'elle commença à se relever de ses ruines. La flotte anglaise, à la suite 4p cet exploit, vint mouiller dans les eaux du Hîivre. Elle |)on)barda cette place, qui ep fut quitte pour vingt maisoqs écrasées et brûlées ; mais les fortifications de son port furent renversées.

La Nprmapdie , plps que les provinces du centre , se ressentit des calapiités qui marquèrent la fin du règne dp Louis XIV. Si sous l'administration de Colbert elle fut prospère, elle eut aussi bien des entraves, des privations et des orages. Sa population fut diminuée par les guerres, son industrie appa^ivrie et pprté^ chez les natipns rivales, son commerce anéanti : e|le éprouva tous les désastres de la guerre ayec l'Angleterfe.

l^oijls XY» *> 'J^gc de cjpq ans ^t demi , succéda ^ Louis ^lY» son bisaïeul, et le duc d'Orléans, petit-fils de France, fut nommé seul régent du rfly^Minp (1715).

En 1719, la chute dii trop fàmetli 'sy^stëWè de Law entraîna la ruine des particuliers. Le côrrirtlerce de la Normandie se ressentit dû discrédit dé ces elîets publics; presque toute là hbblesse dé cette grande province éprouva dès peH'es iconsidërables, et le peuple y périssait de hiisère, son papier à la main. Dès le début du systèhaë, et pbtir Taccréditer, Law acheta dii comte d'Évrëiix, pbdr huit cent mille livres, le comté de Tahcarville, feh Normandie. Il avait offert au marquis de BeUvhbti cinq cent mille liVtes de sa terre de Lillebonne , au pays de Caux, et au duc de Sully un millibh sept cent mille livres du marquisat de Rosny.

Pendant la minorité de Louis XV, les mailufactures de toiles et de siamoises s'étant considérablement accrues dans la généralité de Rouen, tous les ouvriers quittèrent la culture des terres par Tappàt d'un bénélice plus considérable. La récolte des grains n'ayant pu se faire, il en était résulté des inconvénients tellement graves, que la cour crut devoir ordonner la réduction de ces manufactures; elle excepta seulement de ce travail celles de la ville et des faubourgs de Rouen , ordonnant que toutes les autres suspendraient dorénavant leurs travaux depuis le l**" juillet jusqu'au 15 septembre.

La sagesse du ministère du cardinal de Fleury rendit son administration chère à toute la France. La Normandie fut plus redevable qu'aucune autre province aux vues pacifiques de cet homme d'Etat. La marine commerçante jouit, grâce à lui, des avantages inappréciables d'une paix qui ne fut point troublée. L'industrie des nombreuses fabriques de la Normandie , les pêcheries et le commerce de cette province prirent, avec les colonies, un vigoureux essor, de 1726 à 1742.

La paix signée à Aix-la-Chapelle au mois d'octobre 1748, en rendant le repos à la France, ne put cependant relever ses provinces maritimes, la Bretagne, la Normandie, ainsi que celles du Midi, qui avaient fait des pertes immenses. Le commerce y était anéanti ; leurs vaisseaux marchands avaient été la proie des Anglais et des Hollandais; plus de six mille marins normands et bretons étaient prisonniers chez l'ennemi.

En 1749, Louis XV vint visiter le Havre, un des arsenaux de la marine, et peu après (1755), M. Rouillé, ministre à ce déj)artcment, rendit un nouveau lustre à la marine française en créant une académie de cet art. C'était un centre d'émulation où se formèrent des généraux, des administrateurs, des officiers de port, des construc-

teiirs, etc. La guerre reprit en 1736, et les porls de la Normandie éprouvèrent, à cette époque, des dommages considérables. Une expédition plus funeste encore se porta sur Cherbourg, que les Anglais résolurent d'attaquer et de détruire. Ce port, dont on s'occupait de creuser et d'agrandir le bassin, pouvait un jour devenir, par sa position dans la Manche, la terreur de la Grande-Bretagne. Les Anglais s'emparèrent de cette position, où ils brûlèrent tout ce qui leur tomba sous la main; vingt-sept navires furent coulés à fond, cent trente-sept pièces de canon et trois mortiers de fer furent encloués : enfin les travaux du port furent réduits à l'état le plus déplorable.

La Normandie respira enfin sous le règne du bon, du vertueux Louis XVL

A la suite de la guerre de l'indépendance américaine, le commerce se releva insensiblement. Les ports de la Normandie reprirent leur activité; ils devinrent l'entrepôt des denrées coloniales de tout le nord de la France et du midi de l'Allemagne. Les manufactures, à leur tour, eurent de nouveaux débouchés.

En 1778, Louis XVI, qui aimait beaucoup la Normandie, visita cette province, où il reçut partout l'accueil le plus favorable, et où il inau-

gurà lies magnifiques travaux du port de Cherbourg.

Noiis soiiiHiéë àrtiVés à l'ère révolutionnaire en Nôrriiaridie ; ihais ici nous devons nous arrêter. L'iiiétoire de Normandie se termine à répoqufe où bii dëcrbt de l'Assemblée nationale eil date dû 26 février 171)0, divisa la France éh quatrëtingt- trois dépar-tements. La Province de Noi*liiaridié en foi-hia cinq, savoir celui de la Seine- Inférieure, dont le bhef-lifeu est Rouen; bbliil dti Calvados, chef- lieu Caen; celui de TOrHë, chef- lieu Alençon; celui de l'Eure, chéf-lieii Évreux; et celui de la Manche, dont le chef-lieti est Sàint-Lô.

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